mercredi 14 novembre 2018

Le Carillon d’Harlem

Le Carillon d’Harlem

Chanson française – Le Carillon d’Harlem – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
107
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
IV, XI)

HAARLEMMERMEER
Dialogue Maïeutique


Le Carillon d’Harlem, Marco Valdo M.I. mon ami, serait-ce qu’il y aurait fête et que la paix serait descendue telle un ange bleu sur la ville au bord du lac d’Haarlemmermeer, depuis lors asséché et pour partie reconverti en aéroport.

Comme te le dira à son début la chanson, réplique Marco Valdo M.I., le carillon et les cloches d’Harelem sonnent l’heure à l’accoutumée. C’est l’hiver, tombe la neige molle ; mais très vite, malgré un premier silence de consternation, les cloches et le carillon reprennent de plus belle et appellent à la résistance face à la venue du duc d’Albe et de ses bourreaux. En fait, tout comme dans le Moscou de 1812, musique de Tchaikowsky, les cloches et le carillon sont des acteurs de la tragédie. Et puis…

Et puis, justement, demande Lucien l’âne. Est-ce tout, est-ce une histoire de carillon et de cloches ?

Hé bien, oui !, reprend Marco Valdo M.I., et puis, les cloches transportent dans l’air au-dessus de la campagne hollandaise le défi que la ville lance à l’armée de tueurs qui vient la prendre contre son gré. C’est le début d’un long siège, d’une bataille qui va durer huit mois. Et, comme tu le verras, l’hiver qui gèle le lac et coupe les voies d’accès mettra la ville en péril.
Écoutons donc cloches et carillon, puis tissons le linceul de ce vieux monde glacial, cruel, mortel et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Et la neige, la neige doucement neige
Et tombe, tombe mollement.
L’air, l’air est blanc, tout blanc ;
Sur l’eau noire, la neige se désagrège.

Sur la terre et sur les champs,
Les cloches d’Harlem sonnent l’heure.
Les arbres défeuillés demeurent.
Les chemins se perdent dans le blanc.

Cloches, cloches, ne sonnez pas !
Ne tintez plus l’air de joie !
Don Frédéric, le ducaillon de sang,
Arrive avec ses tueurs en régiments.

Entendez-vous dans les campagnes
Ces soldats, cette artillerie d’Espagne ?
Cloches, ne sonnez pas !
La mort vient à grands pas.

Cloches, cloches, nous sonnons
Et chante, toi, carillon !
Haarlem, bonne fille,
La masse de bourreaux défie.

« Qu’ils viennent ! », disent les gens,
« Nous sommes femmes, marins, habitants.
L’Albe arrogant présente son droit canon.
Cloches, carillon, « Dites non ! ».

Et le droit canon bat, abat nos murailles ;
Les portes s’effondrent, c’est l’assaut.
« Tue ! Tue ! » hurle la piétaille
« Bienvenue ! », nos canons offrent leur cadeau.

Cloches, cloches, saluez leur retraite !
Carillon chante les convois clandestins,
Le blé nourricier et la poudre prête.
Nos murs se relèvent avant le matin.

Venez dans nos rues, bourreaux !
Nos femmes guerrières font le guet.
Avec leurs minuscules petits couteaux,
Nos enfants couperont vos jarrets.

Alerte ! Ne sonnez plus, cloches et carillon !
Il gèle ! Il gèle, saison aigre et amère !
La flotte des Gueux sur l’Haarlemmermeer
Coincée par le gel est battue, les secours s’en vont !

jeudi 8 novembre 2018

Sept et Vingt-deux


 
Sept et Vingt-deux


Chanson française – Sept et Vingt-deux – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
106
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
IV, X)





Dialogue Maïeutique

Décidément, Marco Valdo M.I. mon ami, pour ce qui est d’inventer des titres énigmatiques, tu t’y entends. Moi, par contre, je n’y comprends rien et me voici, contraint à chaque fois, de te demander une explication. Et ce n’est pas différent cette fois-ci avec cette mention chiffrée. 7 et 22, on dirait une date, mais laquelle ? Je connaissais déjà 11/9, 9/11, que sais-je encore ? Mais là, je donne ma langue au chat.

Et tu fais bien, Lucien l’âne mon ami, car ainsi le chat sera content. Trêve de plaisanterie, ces nombres étranges n’indiquent nullement une date. Il s’agit des fameux « Sept », dont parle la Légende, souviens-toi de « Vengeance et Mort »

« Par la guerre et par le feu,
Par la mort et par le glaive,
Cherche les Sept.

Dans la mort et dans le sang,
Dans les ruines et dans les larmes,
Trouve les Sept. »

Ces Sept que Till doit retrouver, mais dont on ne sait jamais si ce sont les bons. On avait déjà rencontré les sept bouchers à la fête chez Stevenine :

« Les Sept sont là,
Sept pour te sauver,
Sept fort bouchers,
Sept amis pour toi. »

Quant aux Vingt-deux, ce sont 22 assabres d’une escadre venue d’Espagne qui tente d’atteindre Anvers pour y porter vivres, armes et surtout l’or pour payer les armées du Duc de fer. Il est donc de la plus haute importance de s’en emparer et d’empêcher aux Espagnols l’accès par mer. Ce blocus finira par porter ses fruits.

Mais dis-moi, Marco Valdo M.I., que sont ces assabres tout aussi mystérieux ?

Lucien l’âne mon ami, tu as parfaitement raison de poser cette question, car en effet, c’est un terme assez sibyllin dont on ne trouve pas trace dans les dictionnaires usuels. Avec un peu de patience, on finit par trouver qu’il s’agit du nom donné à un petit bateau caboteur, usité par les Espagnols. La chanson raconte la capture et la destruction par les Gueux d’une escadre de 22 assabres dans la rade de Middelbourg jusque sous les tirs de canons des forts. Et ensuite, cette guerre continue s’alimentant d’elle-même continûment ainsi que le font toutes les guerres jusqu’à épuisement d’au moins un des adversaires.

Ainsi va le monde et personnellement, je ne sais s’il en ira un jour autrement, ni quand. L’essentiel cependant, conclut Lucien l’âne, c’est de vivre avec persévérance les bonheurs du jour ; jour après jour, tant qu’il y en a, comme ils viennent et tels qu’ils se présentent. Pour le reste, tissons le linceul de ce vieux monde plein de bruits et de furie, horrifiant où un ruffian coiffé d’une casquette rouge brait des éructations insensées, et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Nelle et Till conversent sur le pont ;
L’orage gronde au fond de la nuit.
« Nous sommes des renards qu’affole
L’arrivée de la volaille espagnole :

Vingt-deux assabres, piqués des lueurs
De lanternes, leurs insignes de malheur.
Tous feux éteints, nous attendons,
Dit Till, le passage du convoi ennemi. »

Et répond Nelle : « La nuit d’ici
Est une nuit de sorcières
Au ciel noir comme bouche d’enfer
Où les mouettes poussent de grands cris.

Till, mon aimé, prenons la poudre,
Allons dans le monde des esprits.
Peut-être, y verra-t-on les sept réunis. »
Alors, fermant les yeux, ils voient la foudre.

Et la mer démontée se rit du ciel lointain
Où sont les sept, les sept étoiles.
Arrive un navire de fer à l’immense voile,
Il déchire l’eau et la mer geint.

À l’arrière, trône madame la Mort.
Ricassante, de la gauche, elle serre fort
Sa faux et de la droite, elle dégage
Un fouet et frappe tout son équipage.

Partout, les victimes hurlent : « Pitié ! ».
Sur terre, flambent villages et villes.
Les noirs cavaliers tuent, volent, violent ;
Enfin, épuisés, ils s’asseyent et jouent aux dés.

Les lanternes des assabres font de rouges étoiles
« L’Espagnol vogue sur Flessingue. Alarme ! »
Les Gueux de mer exultent : « Aux armes !
Pour le Prince de Liberté, en chasse à pleine toile ! »

Tous à courre : La Johannah, le Cygne, le Gueux,
L’Anne-Mie, l’Egmont, le Guillaume-le-Taiseux,
Sous le vent, l’escadre fuit vers le port ;
Les flibots la poursuivent sous le feu des forts.

Les canons des murs tirent et tirent encore ;
Les Gueux vident les assabres et s’emparent
De l’or, de blé, de balles, d’artillerie et de poudre
Et dans la rade, abandonnent les carcasses noires.

mercredi 7 novembre 2018

La Saint-Barthélémy



La Saint-Barthélémy


Chanson française – La Saint-Barthélémy – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
105
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
IV, X)





Dialogue Maïeutique

La Saint-Barthélémy, dit Lucien l’âne, pour moi, c’est cet énorme massacre qui eut lieu à Paris où les catholiques enragés firent un bain de sang de leurs voisins protestants ; un carnage qui fut étendu rapidement à d’autres villes de France et qui dura plusieurs mois. On dénombra plusieurs dizaines de milliers d’assassinés : hommes, femmes, enfants, vieux, jeunes, tous y passèrent.

C’est bien cette Saint-Barthélémy-là que raconte Till dans la chanson, poursuit Marco Valdo M.I. et le Saint Barthélémy, dont selon la tradition catholique, on célébrait ainsi la fête à Paris n’est autre – quelle ironie – que le saint patron des bouchers, des écorcheurs et des tanneurs. Autant dire, Barthélémy, le saint patron des tueurs.

En effet, ça ne manque pas de sel, dit Lucien l’âne.

Mais au fait, que vient faire cette histoire de Saint-Barthélémy dans la légende la Légende des Pays.

Curieusement, Lucien l’âne mon ami, c’est un coup de bleu à l’âme de Lamme qui en est la cause ou l’origine. Du fait d’un sevrage prolongé, fait de petite bière et de hareng, le pauvre homme se met à dépérir.

On le comprend, s’écrie Lucien l’âne. Du hareng ; soit !, de temps en temps ; mais du hareng, rien que du hareng, à longueur de temps, arrosé de bière plate, il y a de quoi désespérer du monde et de la vie.

C’est précisément, dit Marco Valdo M.I., ce que fait Lamme. Il se lamente, il se chagrine et pire encore, il maigrit.

C’est terrible, dit Lucien l’âne en riant. Mais la Saint-Barthélémy, que vient-elle faire dans tout ça ?

J’y viens, dit Marco Valdo M.I., j’y arrive. La Saint-Barthélémy est évoquée par Till pour ramener à sa juste dimension le malheur de Lamme. C’est comme qui dirait s’il lui disait : « Rastrins valet ! », « N’exagère pas ! ». Il s’agit de faire voir à Lamme qu’il y un sort bien pire que le sien, qu’il convient d’accepter le hareng saur ou sec et la bière aqueuse tant que dure le combat pour la liberté et d’apprécier la vie – tant qu’il y en a. Ainsi, Till conforte l’âme de Lamme en lui prédisant le retour de sa femme. Pour le reste et les détails, voir la chanson.

Écoutons cette chanson de bien triste mémoire et puis, tissons le linceul de ce vieux monde fade, pénible, lourd, triste, veule et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Les flibots au soleil se traînent,
Les vigies dans les hunes sifflent
Et depuis le matin, scrutent l’horizon en vain.
Trèslong interroge, elles répondent : « Rien ! »

« D’où vient, Lamme, ton air si dolent ? »
« Oui, riez de moi, pauvre et souffrant,
Riez, par abandon, le cœur me faut :
Pain, fromage et boisson, il me faut.

Le Prince défend de prendre pour notre bien
Vivres des riches, ni rien des couvents.
Je n’ai plus ni ma femme, ni bon vin.
Je vis de petite bière et de hareng.

Où est passée la joie, où est passée la vie ? »
Till dit : « Je vais te le dire une bonne fois.
Oh Lamme ! Laisse-là tes mélancolies,
Frappe le soldat d’Albe où tu le trouveras.

Ils ont tué dix mille cœurs libres à Paris
La nuit de la Saint-Barthélémy.
Ils ont jeté au fleuve de pleines charretailles
De morts et de vivants et faisaient ripaille.

La Seine était rouge de sang et neuf jours entiers,
Les corbeaux s’abattant par nuées
Se repurent de ce carnage de réformés
Et d’autres villes sont encore endeuillées.

Les dames de la cour en grandes prêtresses
De leurs mains fines dépouillaient les corps
Pour voir et mesurer la virilité des morts
Et elles riaient ces paillardes, de cette étrange messe.

Si l’arrière-goût du hareng te rend malade,
L’odeur de cette vilenie est bien plus fade
Et les assassins ont les mains sales et roides
D’avoir tant tâté tant de viande froide.

Ces tueurs offraient aux dévotes damoiselles
Des oies grasses, le croupion ou les ailes.
Comme les charognards, des cadavres nourris,
Ces festins honteux fêtaient Saint Barthélémy. »

« Je ne me plaindrai plus, dit Lamme,
Ni du hareng, ni de la petite bière.
Tristesse et mélancolie, c’était hier.
Mon cœur est en joie, je reverrai ma femme. »

dimanche 4 novembre 2018

La Maumariée

La Maumariée

Chanson française – La Maumariée – Anne Sylvestre – 1968

Paroles et musique : Anne Sylvestre – 1968
Écrite pour Serge Reggiani en 1968 et interprétée pour la première fois à Bobino (Paris) – 1968


Anne Sylvestre : https://www.youtube.com/watch?v=0p8SzaULmg8
Serge Reggiani : https://www.youtube.com/watch?v=u5-u3JjE7eA








Dialogue Maïeutique

Vois-tu, Lucien l’âne mon ami, j’ai toujours du mal à commenter certaines chansons d’Anne Sylvestre ou de Barbara.

Qu’est-ce que tu me chantes là, Marco Valdo M.I. mon ami ? Du mal et pourquoi donc ?

Du mal, mon ami Lucien l’âne, car leurs chansons, leur voix, leur ton, que sais-je, tout ça à la fois, ça me fait mal. Une douleur profonde, insinuante et pénétrante, rien que d’y penser et dont je n’arrive pas à me dépêtrer et si j’ai le malheur de les écouter, c’est pire encore. Oh, ce n’est pas que je ne les aime pas ; à vrai dire, je les aime trop et l’émotion, telle une cascade sauvage et gigantesque se déverse en moi et m’emporte sans que j’y puisse rien faire.

Et alors, Marco Valdo M.I., qui t’oblige à les écouter ou même, à t’en souvenir ?

Personne, ni rien, Lucien l’âne mon ami, elles s’invitent toutes seules. Soudain, elles sont là. D’aucuns disent que ce sont des chansons sorcières et je le croirais volontiers, mais malgré tout, ce sont de bonnes sorcières. Ah, si je commence à les écouter, il me faut me faire violence à moi-même pour m’en échapper. Ce ne sont pas les seules, évidemment ; c’est comme ça avec tant de chansons. Celles de Brassens, Ferré, Brel, Lapointe et d’autres me prennent aussi la mémoire et me poursuivent des heures, des jours durant, mais elles ne font pas ce mal-là. Elles ne me noient pas dans cette mélancolie qui m’enveloppe comme une brume de novembre. Tiens, c’est comme le dimanche soir, ça me fout le bourdon.

Voilà qui est déroutant, dit Lucien l’âne ; Cependant, qu’en est-il de la chanson elle-même ?


Pour ce que j’en sais, elle serait une réminiscence de chansons anciennes, d’histoires qui se sont transmises de femme en femme dans les provinces lointaines du Québec ou de n’importe quel village de n’importe quelle province. C’est l’histoire finalement banale d’une femme mal mariée, mariée contre son gré, mariée de force… Comme ça s’est toujours fait et ça se fait encore dans les sociétés patriarcales où la coutume, quand ce n’est pas la loi, ou un Dieu ou un prophète ramène la femme à moins qu’un homme et lui impose la soumission aux mots de la tribu. Certaines femmes sont patientes, certaines s’en accommodent – ce sont les plus résistantes ; d’autres mettent fin au supplice en se suicidant – ce sont les plus douces. La maumariée de la chanson est de celles-là.

Oh, dit Lucien l’âne, quelle triste histoire ! Elle a dû se demander comme Caussimon et Ferré après lui :

« …si c’est utile et surtout,
Si ça vaut le coup,
Si ça vaut le coup,
De vivre sa vie. »

Cela dit, il me semble qu’il existe déjà une « autre maumariée[[41577]] » au destin guère meilleur. Pour le reste, même si elle doit t’écorcher vif, écoutons cette chanson et puis, pour te consoler, tissons le linceul de ce vieux monde mélancolique, triste, sinistre et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Maumariée, oh maumariée !
Quand ils t’ont trouvée,
Si blanche et dorée,
Blonde, blonde, blonde.
Maumariée, oh maumariée !
Quand ils t’ont trouvée noyée
Dans le courant,
Entre tes draps de mousse,
Dans le courant,
Les yeux fermés, si douce,
Comme un jardin de fleurs,
Comme un jardin
Saccagé par l’orage,
Comme un jardin,
Comme une fleur sauvage,
Tu fuyais ton malheur
Entre deux eaux,
Entre deux eaux.

Et j’étais là, moi,
J’étais là,
Inutile et vain,
Avec mes deux mains.
Imbécile et froid,
Avec mes deux bras,
Avec tout mon corps
Qui regrette encore,
Maumariée,
Je t’aurais consolée.
Moi, maumariée,
Que j’aurais su t’aimer.

Et tous les hommes qui sont là
T’auraient ouvert portes et bras,
Tous auraient voulu empêcher
Cet irrémédiable péché.
Toi si blonde, maumariée,
Toi si blonde, mal aimée.

Maumariée, oh maumariée !
Quand tu t’es sauvée,
Si blanche et dorée,
Blonde, blonde, blonde,
Maumariée, oh maumariée,
Quand tu as désespéré,

Ne pouvais–tu,
Ne pouvais–tu m’attendre,
Ne pouvais–tu,
À cet instant comprendre
Que je courais vers toi,
Que je courais
Comme vers une source,
Ignorant que ma course
Me conduisait là–bas
Au bord de l’eau,
Au bord de l’eau

Et je suis là, moi,
Je suis là,
Avec mes deux mains
Qui ne tiennent rien.
Ton image en moi
Qui ne s’en va pas,
Avec tout mon corps
Qui regrette encore,
Maumariée.
Jamais je n’oublierai,
Moi, maumariée
Que j’aurais pu t’aimer.

Maumariée, oh maumariée,
Quand ils t’ont trouvée,
Si blanche et dorée,
Blonde, blonde, blonde, blonde, blonde…

Le Pont de Mons



Le Pont de Mons


Chanson française – Le Pont de Mons – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
104
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
IV, IX)






Dialogue Maïeutique

Sache, Lucien l’âne mon ami, si tu ne le sais déjà, qu’après le mariage, la vie continue, pour Nelle et Till comme pour tous ceux qui sont unis par cette vénérable coutume.

Qu’y faire, dit Lucien l’âne en riant. Nul ne peut échapper à cette dérive du temps, nul ne peut l’arrêter, même le plus heureux des événements.

Si je te dis ça, enchaîne Marco Valdo M.I., ce n’est pas que j’aie la moindre intention de philosopher à propos de cette curieuse habitude de se marier, mais simplement pour faire le raccord avec le moment où la dernière chanson avait laissés Nelle et Till. Donc, les aventures continuent et avec les Gueux des Mers, Nelle, Till et Lame poursuivent la lutte contre la présence espagnole et ses alliés ecclésiastiques. Je ne dis pas catholiques, car il faut – comme le fait Till lui-même et comme le fait le Prince de liberté – ici faire la distinction entre d’un côté, les gens qui vivent dans les Pays, qui peuvent être de telle ou telle confession ou sans confession du tout, et donc en ce compris les « catholiques » (généralement par tradition ou par habitude, mais gens de mœurs pacifiques et peu soumis aux idées et aux pratiques de l’Inquisition et peu désireux de nuire à leurs voisins fussent-ils d’une autre confession ou simplement, indifférents ou sans appartenance religieuse ou athées) et de l’autre côté, l’écrasante machine de domination qu’est l’Église catholique.

Permets-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, avant d’en venir à la suite, juste une petite remarque personnelle « à propos de cette curieuse habitude de se marier ». Ne l’as-tu pas pratiquée toi aussi ? À ce qu’il me semble, ce fut bien le cas. Cela dit…

Lucien l’âne mon ami, là, je t’arrête à mon tour un instant pour te faire remarquer que le fait de l’avoir pratiquée moi aussi fait tout simplement que je peux parler d’expérience. En somme, je te donne un avis d’expert.

Pour cette matière, dit Lucien l’âne, je pense que les experts ne manquent pas. Mais revenons à ta nouvelle chanson et à ce curieux « pont de Mons ». De quoi s’agit-il ?

Tu fais bien, Lucien l’âne mon ami, de recentrer l’attention sur le pont de Mons, dont je m’empresse de te dire deux mots. Pour ce qui est du pont lui-même, il s’agit d’un pont-levis, qui placé par-dessus les douves, devant une des portes de la ville, permet lorsqu’il est baissé l’accès à la cité et relevé, empêche le passage. Donc, tu en déduiras facilement que Mons, ville principale et chef-lieu du Hainaut, est à cette époque une ville fortifiée, entourée de remparts et de douves, dont on trouve traces encore aujourd’hui dans les boulevards circulaires qui l’entourent. Il reste encore dans le vocabulaire « mémoriel » des cités contemporaines cette expression « intra muros » qui désigne le « centre ville ».
Dans cette guerre de libération, comme on a pu le lire ici, il y eut pour les Gueux sur terre tant de victoires et tant de défaites ; il y eut un moment où s’accumulaient les victoires et puis, faut de moyens, la révolte fut écrasée par les troupes espagnoles. C’est alors que le mouvement des Gueux prit la mer.
La victoire des Gueux de terre, si je peux les nommer ainsi, à Mons était une prise capitale, qui fut rapidement contrariée par la suite. C’était dans les débuts de cette longue guerre en l’an 1572. Elle montre toute l’étendue de cette guerre des Gueux qui s’étendait sur un territoire qu’on pourrait appeler aujourd’hui le cœur de l’Europe. J’avais déjà fait remarquer également qu’il s’agit d’une épopée fluviale où apparaissent l’Yser, la Lys, l’Escaut, la Sambre, l’Oise, la Meuse, le Rhin, l’Ems… Et puisqu’il s’agit de Mons, laquelle est située au confluent de la Haine et de la Trouille, on les ajoutera.

Oui, tout ça est bien intéressant, dit Lucien l’âne, mais quand même, la chanson…

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, elle raconte l’exploit cavalier par lequel les Gueux, conduits par Louis de Nassau, frère du prince de Liberté, ont enlevé la ville aux Espagnols. C’est un bond superbe d’un genêt sur le pont qui se relevait et qui le rabattit et ouvrit ainsi la porte de la ville aux Gueux. Le reste est chanté par Till (accompagné au tambour par Lamme et au fifre, par Nelle) à la demande des Gueux de mer, à la fin d’un repas de fête. Enfin, tu remarqueras qu’elle est plus longue et n’a pas la même structure que les autres chansons de la Légende, car j’ai repris intégralement la chanson de Till.

Voyons voir et tissons les linceul de ce vieux monde inquiet, inquiétant, intolérant, fanatique et cacochyme.

Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Till, Lamme et Nelle, le joyeux escadron,
Aux couvents reprennent le bien du pays
Que par romaines momeries et processions,
Les gens de l’Église au peuple avaient pris.

L’argent ainsi récupéré
Donne des armes à la liberté
Et c’est droit de guerre
Pour ceux qui n’en ont guère.

Lamme ramène saucissons et jambons,
Volailles, oies, dindes, poules, poulets et chapons
Et après lui, au bout d’une corde ecclésiastique
Il traîne les veaux et les porcs monastiques.

La jubilation s’empare des Gueux de mer.
Et dans la joie, ils requièrent au dessert
La chanson du pont de Mons, la victoire ;
Till chante ; Lamme et Nelle rythment l’histoire.


Le Pont de Mons


« Où sont tes piétons ou les cavaliers ?
Ils sont au bois, égarés, foulant tout :
Railles sèches, muguets en fleurs.
Monsieur du Soleil fait reluire
Leurs faces rouges et guerrières,
Les croupes luisantes de leurs coursiers ;
Le comte Ludwig sonne du cor :
Ils l’entendent. Doucement battez le tambour.

Au grand trotton, bride avalée !
Course d’éclair, course de nue ;
Trombe de fer cliquetant ;
Ils volent, les lourds cavaliers !
En hâte ! En hâte ! À la rescousse !
Le pont se lève… De l’éperon
Au flanc saignant des destriers !
Le pont se lève : ville perdue !

Ils sont devant. Est-ce trop tard ?
Ventre à terre ! bride avalée !
Guitoy de Chaumont, sur son genêt,
Saute sur le pont qui retombe.
Ville gagnée. Entendez-vous
Sur le pavé de Mons
Course d’éclair, course de nue,
Trombe de fer cliquetant ?

Vive Chaumont et le genêt !
Sonnez le clairon de joie, battez le tambour.
C’est le mois du fin, les prés embaument ;
L’alouette mont chantant dans le ciel.
Vive l’oiseau libre !
Battez le tambour de gloire.
Vive Chaumont et le genêt ! Or ça, à boire ça.
Ville gagnée !… Vive le Gueux ! »

samedi 3 novembre 2018

LES EMBUSQUÉS


LES EMBUSQUÉS


Version française – LES EMBUSQUÉS – Marco Valdo M.I. – 2018
Chanson italienne – Gli imboscati – anonyme – 1918




Su
r l’air de "Bombacè" del Sor Capanna (1865-1921), probablement la toute première version de Il general Cadorna
Te
xte tiré de "Al rombo del cannon: Grande Guerra e canto popolare", de Franco Castelli, Emilio Jona, Alberto Lovatto, éditeur Neri Pozza



Dialogue Maïeutique


Je me disais, Lucien l’âne mon ami, que j’allais l’insérer sans commentaire, car il y a tant à faire ici. J’en étais là de mes pensées en cours de traduction quand je me suis mis à ruminer. Il m’est d’abord venu l’idée que si l’on remplace « De Caporetto à Udine » par « De la Panne à Verdun », on peut en conclure immédiatement que c’était pareil sur tous les fronts, d’un côté comme de l’autre : à l’Ouest, rien de nouveau, sans compter le front de l’est où la même guerre produisait les mêmes effets. On peut y ajouter qu’on mourrait à l’offensive et on mourrait tout autant à la défensive.
En 1916, de l’autre côté du front, Erich Mühsam écrivait « Le Chant des Soldats »et tant d’autres dans de nombreux pays en de nombreuses langues, dont certaines sont ici dans un beau rassemblement de chansons contre la guerre.


Pour conclure ce bref dialogue, je voudrais dire que le cri de « Guerre à la Guerre » était le cri de ralliement de ceux qui en étaient réchappés. Les autres étaient enveloppés dans une stupeur muette pour l’éternité. Quant à nous, en accord avec tous ceux-là, tissons le linceul de ce vieux monde guerrier, lâche, belliqueux, planqué et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Il ne faut pas beaucoup d’études
Pour reconnaître les embusqués
Qui arborent des guêtres luisantes
Et des cheveux gominés.

Et quand viendra la paix,
Eux seuls seront les héros
Et ils chanteront à la postérité
Ce que nous, nous avons fait.

De Caporetto à Udine,
Il n’y a que des embusqués
Qui, seuls, font la guerre,
Qui, seuls, sont soldats.