Version
française – SUR LES BORDS DU RHIN ET DE LA RUHR – Marco Valdo
M.I. – 2016
Chanson
allemande – An
Rhein und Ruhr marschieren wir – Anonyme – 1937
Chanson
née dans les groupes de jeunes antinazis connus
comme Edelweißpiraten – Edelweiss pirates. La
base mélodique est celle de
l’« Argonnerwaldlied » (Chant des
forêts de l’Argonne), une chanson militaire remontant à la
Grande Guerre (14-18), dont le schéma
musical fut emprunté par les militants
communistes, ensuite les nazis et enfin, nos
« Edelweiss pirates ». Mais le
morceau est un véritable pot-pourri, avec des
références à des chansons populaires (comme celle remontant
au XVIIIe siècle « Wahre Freundschaft soll nicht
wanken », qu’on peut traduire par « Vraie
amitié ne peut chanceler ») et des chants de travail
(comme celles des premières années
du XXe intitulées « Immer
bunt sind wir gekleidet », ou « Das Wolle lied »)
J’ai
trouvé le
texte sur
Museenkoeln,
un site très intéressant consacré
aux événements culturels dans la ville de Cologne et qui
comporte une solide
section sur les
Edelweißpiraten
et les autres groupes de
jeunes
anti-nazis qui furent actifs surtout dans la région du Rhin-Ruhr et
à Cologne en particulier.
Ce
n’est pas un hasard si le 10 novembre de 1944 précisément dans la
ville rhénane, la Gestapo pendit publiquement, sans procès, 13
membres des Navajos, une bande de fuyards, déserteurs, Juifs,
communistes et petits délinquants qui se reconnaissaient dans les
Edelweißpiraten. Voir la chanson Lied Von Navajos
Dialogue
maïeutique
Sur
les bords du Rhin et de la Ruhr ? Mais, Marco Valdo M.I. mon
ami, ça me fait presque le même effet que si le titre avait été
« Sur les bords de la Meuse et de la Sambre ».
D’ailleurs, il me semble, à moi qui me suis longuement promené
sur les rives de ces cours d’eau et dans les creux de ces vallées
et sur les crêtes qui les encadrent – parfois de vignes, parfois
de rochers ; parfois aussi de champs, par fois de forêts ;
parfois encore de villes et parfois d’usines, que ce sont des lieux
aux parfums voisins – que j’y suis en pays de connaissance. Pour
un peu, partout, on s’y sentirait chez nous.
Il
reste à y adjoindre la Moselle, cousine de la Meuse… Pour le
reste, tu as raison, Lucien l’âne mon ami, n’eût été
l’incommensurable bêtise de Guillaume, roi de Prusse et Empereur
d’Allemagne et ses ambitions folles et les massacres qu’elles
entraînèrent dès août 1914 sur précisément les bords de Meuse
et de Sambre, on aurait gardé les relations de bon voisinage et
d’amitié qui étaient celles qui unissaient les pays de Liège et
de Cologne. Mais voilà, il y eut les incendies, les vols, les viols,
les meurtres, les assassinats imbéciles, tellement stupides qu’ils
furent condamnés même par les lois de la guerre.
Pourtant,
et tu le sais aussi bien que moi, il n’y a aucun respect
intellectuel à avoir pour ces lois qui n’en sont pas et qui sont,
d’ailleurs, totalement idiotes, vu que tout comme on ne peut faire
d’omelettes sans casser des œufs, on ne peut faire de guerre sans
tuer des gens – peu importe qu’ils portent ou non, un uniforme.
Des lois comme s’il s’agissait d’établir les règles d’un
jeu entre militaires… On ne joue quand même pas avec des soldats
de plomb. Ceci dit, petite parenthèse à propos de cette idée de
lois de la guerre, car il s’agit d’une expression amphibologique.
En ce sens, qu’il faut distinguer loi et loi. Il y a les lois
disons « scientifiques », c’est-à-dire des règles
générales qui peuvent découler de l’observation ou de l’étude
des faits et les lois disons « juridiques », qui elles
sont de purs principes, de purs postulats, de purs édits qui
découlent de la volonté des hommes ; elles ne reposent sur
aucun socle solide extérieur à celle-ci. En ce sens, ce sont des
supputations et des intentions qu’on espère voir s’appliquer
dans le réel. Elles relèvent de la croyance en la bonne volonté
des belligérants, autant dire des illusions.
Fondamentalement,
dit Lucien l’âne, du point de vue de la raison, la guerre est une
connerie, disait à la Barbara le poète Prévert. Cependant, il faut
parfois y répliquer par la force, s’y opposer avec violence. C’est
une évidence qui fut assumée depuis toujours par les résistances.
« Ora e sempre : Resistenza ! » a ce sens-là.
Voilà,
dit Marco Valdo M.I., qui nous ramène à notre canzone, qui nous
reporte aux bords du Rhin et de la Ruhr et) à ces
jeunes gens (jeunes filles et garçons) qui depuis le début se sont
mis en travers (au péril de leur vie) en travers des pas des bandes
nazies. Franz-Josef Degenhardt qui leur a consacré une
chanson, intitulée Ballade vom Edelweiß-Piraten Nevada-Kid, disait :
« Les
Edelweiss pirates – ainsi se nommaient dans les années 30-40 des
groupes de jeunes qui s’opposaient aux nazis. Certains d’entre
eux combattirent le régime de terreur par les armes. La plupart
furent découverts par la Gestapo, torturés et exécutés. Seule une
petite partie a survécu. Dans ma région, ils se surnommaient les
Edelweiss pirates Navajos. Sous le col de leur chemise, ils portaient
une fleur d’Edelweiss en corne, ils se donnaient des noms d’Indiens
et de vieux trappeurs et, comme signe de reconnaissance
secret, un sifflement – le refrain d’une chanson de soldats,
qu’on hurlait alors et qui l’est encore aujourd’hui. Mais les
dernières notes étaient sifflées de travers. »
Bref,
ces Edelweiss pirates avaient comme signe de ralliement (outre des chaussettes blanches) l’édelweiss,
une
petite fleur figurée en corne ou en nacre et qu’ils portaient au
revers de leur chemise. L’édelweiss– alias pied-de-lion,
Gnaphale à pied de lion, étoile d’argent ou encore étoile des
glaciers, cette fleur blanche sauvage qui pousse en haute altitude et
qu’il faut aller chercher à ses risques et périls ; c’est
ce que raconte la chanson. Certaines rumeurs disent que l’édelweiss
était la fleur préférée de Hitler ; sans doute, devait-il
aimer les coups de pied au cul ou les coups de patte de
l’Ours blanc.
Alors,
Marco Valdo M.I mon ami, il nous reste à connaître cette canzone de
révolte et puis, à reprendre notre tâche tout aussi révoltée et
à tisser le linceul de ce vieux monde encroûté, inique, absurde,
aboulique, avide et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi
Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Sur
les bords du Rhin et de la Rhur, nous
marchons,
Pour notre liberté, nous nous battons.
Nous attaquons la patrouille rudement.
Edelweiss marche, Attention – sur la route librement.
Pour notre liberté, nous nous battons.
Nous attaquons la patrouille rudement.
Edelweiss marche, Attention – sur la route librement.
Maître,
donne-nous les documents !
Maître, donne-nous notre argent !
Car nous préférons les femmes
Au travail obligatoire en ce monde.
Notre camp d’Edelweiss pirates
Se trouve en Autriche sur une montagne.
Il nous faut un certain courage,
Pour grimper là-haut sur la montagne.
Nous les repousserons toutes :
Gestapo ou patrouille,
Car nous, Edelweiss pirates
Ne connaissons pas la ruse lâche.
Maître, donne-nous notre argent !
Car nous préférons les femmes
Au travail obligatoire en ce monde.
Notre camp d’Edelweiss pirates
Se trouve en Autriche sur une montagne.
Il nous faut un certain courage,
Pour grimper là-haut sur la montagne.
Nous les repousserons toutes :
Gestapo ou patrouille,
Car nous, Edelweiss pirates
Ne connaissons pas la ruse lâche.
Les
étoiles par-dessus les sapins
Sautant l’Isar te dirigent
Vers le camp des Edelweiss pirates,
Ours blanc, garde-le bien.
Sautant l’Isar te dirigent
Vers le camp des Edelweiss pirates,
Ours blanc, garde-le bien.
Écoute Ours blanc :
Notre patrie n’est plus libre maintenant !
Balance ta massue comme dans l’ancien temps !
Frappe les crânes des Hitlerjugend et des S.A. durement !