lundi 9 décembre 2019

Oh… INTERNET !


Oh… INTERNET !


Chanson de langue française – Oh… INTERNET ! – Marco Valdo M.I. – 2019





Dialogue Maïeutique

Je dois, Lucien l’âne mon ami, à la vérité de dire que ceci est une chanson un peu parodique, qui m’a été inspirée par une chanson étazunienneil s’agit de « Ohmerica », qui à son tour, parodie l’hymne national de ce grand pays. Grand par la taille, s’entend. 2 500 kilomètres du nord au sud et 4 500 kilomètres d’est en ouest. Comme tout le monde – je veux dire tout le monde dans tout le monde, tout le monde dans le monde entier – tout le monde sait que ce grand pays est actuellement trumpé par un trumpeur, qui proclame à coups de trompes qu’il va lui redonner sa grandeur : 2 500 kilomètres du nord au sud et 4 500 kilomètres d’est en ouest, que ce grand pays, etc. n’avait jamais perdue.

Voilà bien un tour de passe-passe de bonimenteur, dit Lucien l’âne. Mais encore ?

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, il m’est venu l’idée que la grande surveillance mondial et par conséquent, la tentative de domination sur tout le monde et sur chacun en particulier en vue d’établir le règne de la richesse et de la prospérité, passe à présent par le réseau d’espionnage et de propagande le plus sophistiqué qui soit : INTERNET (I). C’est le sens la chanson. C’est Orwell (O) multiplié par Bradbury (B), le tout au carré, soit dans une formule einsteinienne : 

I = (O.B)2.

Oh, dit Lucien l’âne, ça risque d’être chaud ; il y a de quoi avoir des sueurs froides. Mais un peu de détails ne ferait pas de mal à l’affaire.

Soit, répond Marco Valdo M.I. ; il suffit de s’informer un peu pour savoir que nous sommes entourés de caméras qui scrutent nos déplacements, nos visages et ce jusque dans les villages et même, c’est plus nouveau, dans nos maisons, dans nos autos. Enfin, partout. Cela porte mille noms : caméras de sécurité, smartphones, téléviseurs interactifs, GSM, GPS, montres connectées, etc. Et comme dans Farenheit 451, les écrans atteignent une taille gigantesque et il ne faudra plus longtemps, pour qu’ils occupent des murs entiers, bientôt – si ce n’est fait, ils vous parleront, ils vous interpelleront par votre nom et vous demanderont ce que vous faites, ils vous conseilleront quoi boire ou manger, où aller manger, quel spectacle aller voir, quelle route suivre… Et en fait, c’est déjà très largement le cas, chez les plus avancés de nos contemporains. Et tout ça se passe sous la houlette d’INTERNET.

C’est affolant, dit Lucien l’âne. Heureusement, je n’ai aucun de ces engins.

Certes, Lucien l’âne mon ami, mais cependant, tu n’échappes pas à leur regard perçant, à leur oreille vigilante. Mais, vois, notre petit entretien, nos petits dialogues maïeutiques, nos chansons, les livres qu’on publie, les articles qu’on écrit, tout ça est sou contrôle.

Alors que faire ?, dit Lucien l’âne un peu effaré.

Oh, pas grand-chose, rétorque Marco Valdo M.I. ; juste avancer dans sa vie comme avant. En fait, il n’y a rien à faire, justement ne rien faire, si ce n’est vivre sa vie en évitant autant que faire se peut de se laisser entraîner dans cette ronde folle. En fait, toi, tu peux imaginer de fuir dans la cambrousse pour le restant de ta vie d’âne ; moi, je m’ermitifie déjà depuis un certain temps ; j’évite toute malencontreuse possession. Je vis du bonheur de mes petites créations d’artisan du mot et voilà tout. Je suis devenu, car je l’ai voulu : un cénobite tranquille. À deux et à tous ceux qui voudront faire pareil, sans jamais nous réunir ou manifester, nous serons et nous le dirons à tout qui voudra le savoir et à ceux qui nous surveilleront quand même : « les cénobites tranquilles ».

Ah ! Ah !, s’exclame Lucien l’âne, à toutes ces gardiennes de la moralité publique et du commerce privé et à tous ces surveillants qui voudront savoir qui nous sommes, nous affirmerons tranquillement : « Les cénobites tranquilles ».

Pour le reste, conclut Marco Valdo M.I., je laisse courir la réflexion chez ceux qui réfléchiront ; quant aux autres, nous ne pouvons strictement rien pour eux. Qu’ils commencent par se connaître eux-mêmes et examiner le monde qui les entoure et la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour garder leurs privilèges, accroître leurs richesses, renforcer leur domination, étendre leur pouvoir, maximiser leurs profits et contrôler la vie-même. Et que tous ceux qui veulent se tenir à l’écart de cette emprise mondiale, aient toujours à l’esprit cette petite maxime, qui est notre antienne : « Ora e sempre : Resistenza ! ».


Enfin, soupire Lucien l’âne, tissons le linceul de ce vieux monde bleu, exalté, excité, consommable, consomptible et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !

Nous savons quand vous dormez et quand vous êtes éveillés.
Si vous êtes conformes, vous ne devez pas vous inquiéter.
Il vaut mieux ne pas remettre en question ce monde,
Car nous contrôlons tout, nous surveillons tout le monde.
Relax, relaxez-vous, il n’y a pas de raison.
Il n’y a aucune preuve que nous vous espionnons
Et si ça ne vous plaît pas, vous pouvez porter plainte.
Cependant, en vérité, soyez sans crainte,
Vous resterez sous contrôle, de toute façon.

Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !

Nous prospérons, le monde est au bord de l’effondrement.
C’est le diable qui raconte de tels boniments.
Ne cessez jamais de voyager, jamais n’arrêtez d’acheter,
Car si on arrête de consommer, le monde va s’écrouler.
Nous savons quand vous dormez et quand vous êtes éveillés.
Si vous êtes dans les normes, vous ne devez pas vous inquiéter.
Il vaut mieux ne pas remettre en question ce monde.
Car nous contrôlons tout, nous surveillons tout le monde.

Nous interceptons vos paroles, nous lisons votre courrier
Et si ça ne nous plaît pas, on peut toujours vous couper.
Voyez-vous à la dernière lueur du crépuscule,
Sur la terre des hommes libres, les écrans des crédules.

Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !

La Gondole bohémienne


La Gondole bohémienne


Chanson française – La Gondole bohémienne – Marco Valdo M.I. – 2019

ARLEQUIN AMOUREUX – 28

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.


"Faust et Méphisto, un duo flamboyant"


Dialogue Maïeutique 


Une gondole bohémienne, en voilà une invention fantastique,Marco Valdo mon ami ! Que pourrait faire une gondole en Bohême ?

Là, tu n’as pas tort, Lucien l’âne mon ami, car une gondole n’a rien à faire hors de Venise et de sa lagune. Il y a cependant une explication.

Laquelle, demande Lucien l’âne, je me le demande.

Alors, tu ne vois donc pas, Lucien l’âne mon ami. Donneras-tu ta langue au chat ?

Auquel ?, rétorque Lucien l’âne. Auquel, je me le demande, vu que là, devant toi et moi, il y en a trois : Jésus, Gudule et Makhno qui s’étendent comme des tapis persans sur ton lit. Regarde, ils nous regardent et cois, ils se demandent quoi.

Oh, Lucien l’âne mon ami, ne m’embrouille pas, car je te soupçonne d’esquiver ma question ; d’où, j’en conclus que tu ne sais pas et qu’en effet, tu tonnes ta langue aux chats ; note qu’une langue d’âne est suffisamment grande pour ces mignons félins. Mais trêve de fantaisie ! La gondole bohémienne est tout bonnement une manière de dire que « tous ces pantins », ceux de la chanson, ont été conçus et ont commencé leur carrière artistique à Venise avant d’émigrer à travers l’Europe et d’atterrir en Bohême quand les Périnet ont pris leur retraite et ont cédé leur troupe en bois à l'Arlequin déserteur afin qu’ils poursuivent leur itinérance. Cependant, Matthias les oublia longtemps dans leur boîte et, contraint et forcé par le sort, y a à présent recours pour assurer sa subsistance et celle de sa protégée, Barbora.

Oh, répond Lucien l’âne, pourquoi ne cherche-t-il pas quelque besogne au rendement plus certain et au destin plus sédentaire ?

Précisément, car il ne le peut pas ; souviens-toi, Lucien l’âne mon ami, que notre Arlequin est né de la désertion et de l’interminable fugue qui en découle. Certainement, Matthias se poserait volontiers quelque part et il y accepterait les plus humbles besognes ; franchement, il y prendrait même racines – d’ailleurs, il n’a cessé d’essayer de s’acclimater partout où il passait (dernièrement, au château, au couvent, à la ferme), mais las, il ne peut y arriver. C’est le destin d’Arlequin.

Oui, mais, dit Lucien l’âne…

Mais quoi ?, reprend Marco Valdo M.I., tu sais quoi, il n’a pas le choix ; vraiment pas le choix : il doit vagabonder, il se doit d’être insaisissable et quoi de plus pratique, qu’un petit praticable ? Quoi de plus commode qu’un théâtre portable qui tient tout entier dans sa hotte que Matthias porte aisément sur son dos.

Donc, si j’ai bien compris, dit Lucien l’âne, notre Arlequin a reconstitué une troupe théâtrale miniature que tel un Père Noël – il véhicule dans une hotte sur son dos. Une jolie troupe composée de tous les personnages récupérés de Périnet qu’il met en action dans les petits villages, car évidemment, les villes lui sont fortement déconseillées pour les raisons que l’on sait. À cette tâche d’art mineur, j’imagine que Barbora l’aide tant qu’elle peut. Mais que peut-elle faire ?

Barbora ?, souffle Marco Valdo M.I., elle fait ce qu’elle sait faire : elle répare et entretient les marionnettes qui en fort besoin. Elle fabrique la toile de fond du décor et dans toute sa naïveté, elle regarde avec une admiration enfantine, les scénettes qui se déroulent devant ses yeux sur le castelet. Elle s’inquiète de Faust, elle frémit face au diable et elle s’émerveille de Geneviève. On joue en extérieur s’il ne pleut pas ; s’il pleut, on ne joue pas. Le rythme est de deux représentations dans l’après-midi ; faute d’éclairage, on ne peut jouer en soirée. Les spectateurs paient en menue monnaie ou en nature : pain, pomme, poire, œuf : tout fait farine à ce moulin du désespoir. Le lendemain, tôt au matin, tout ce monde d’Arlequin est déjà reparti ; le théâtre et sa troupe a repris son chemin ; la fugue doit continuer.

Ah, dit Lucien l’âne, la vie de saltimbanque est mouvementée ; pour une vie errante, c’est est une ; tout à fait comparable à celle que j’ai connue ma vie d’âne durant. Crois-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, la vie est plus aérée le long de mes sentiers que dans les salons et puis, qui sait, c’est peut-être notre vocation cet art de la fugue. Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde inerte, immobile empesté, asphyxié et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Nés au temps où Marie-Thérèse chevauchait sa jument –
Pas grands, mesurant souvent seulement un empan,
Avec le déserteur, tous ces pantins fuient devant la mort,
Dans cette gondole bohémienne où ils vieillissent encore.

Périnet et Périnetova les ont traînées
Tout partout, ces poupées sans façons
Pour, vêtues de chutes et de chiffons,
Donner d’inoubliables spectacles en soirée.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Avec leurs têtes magnifiques, dans le tilleul sculptées,
Avec leurs yeux peints, immenses et purs,
Avec leurs moustaches noires aux pointes retroussées,
Avec aux tempes, des accroche-cœurs en bois dur.

Le vernis s’écaille sur leur peau
Et souvenir des mains et du savoir-faire
D’un artiste depuis longtemps sous terre,
Saigne chaque entaille au couteau.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Ils s’étagent par couches dans leur boîte :
Au-dessus Faust et Méphisto, un duo flamboyant,
Et auprès de Siegfried son époux se tient droite
Geneviève, comtesse palatine, duchesse de Brabant.

Matthias a là une troupe presque au grand complet
Avec un David et un Goliath en papier mâché,
Un Polichinelle, un Pantalone et même, un Pierrot amputé
Pour jouer Faust et La Belle Geneviève sur son castelet.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.