mardi 6 février 2018

LES ESCROCS

LES ESCROCS


Version française – LES ESCROCS – Marco Valdo M.I. – 2018
Chanson italienne – Gli imbroglioni – Giorgio Gaber – 1963
Paroles : Giorgio Gaber
Musiq
ue : Giorgio Gaber et Umberto Simonetta






Dans cette chanson, il y a une strophe prophétique qui m’a laissé pantoisElle date en effet de 1963, et Gaber ne pouvait certainement pas savoir que quelques années plus tard, en 1977, notre binamé Silvio Berlusconi – présent ! – serait été revêtu des honneurs de Chevalier du Travail en ayant précisément 40 ans !

Dialogue Maïeutique

Connaissez-vous un pays où un repris de justice est hissé à la tête du gouvernement ? Oui, auraient répondu les Allemands vers 1933. Connaissez-vous un pays où un escroc est hissé à la tête du gouvernement ? Oui, répondraient les Zétazuniens de maintenant. La chanson pose le même rébus en italien et le chœur de répondre : oui, chez nous disent les Italiens, on en connaît même plusieurs et le plus valeureux d’entre eux, malgré sa santé chancelante de vieillard libidineux, a un retour de flammes et entre deux quintes, il se verrait bien reconduire un gouvernement ; si ce n’est finir tout bonnement président de la République (ou de ce qu’il en resterait).
Pauvre Italie, dit Lucien l’âne, elle doit se tracasser avec tout ce qu’elle va devoir encore avaler. Mais, comme dit ma grand-mère, qui n’a pas ses petits soucis ? Tout cela sans compter le Brésil, l’Argentine, la Turquie et j’en passe des quantités. Mais qu’y faire ? Ainsi va le monde et il ira ainsi tant que durera la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres pour maintenir leurs privilèges, leurs richesses, étendre leur domination et satisfaire leurs infantiles ambitions. Allons, Marco Valdo M.I. mon ami, ne te décourage pas, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde où prospèrent les embrouilles, fourmillent les escrocs, un monde peu ragoûtant et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Connaissez-vous ce pays
Où les orangers et les citronniers fleurissent
Et où les escrocs vivent tranquilles ?

On commence vite
Dès l’enfance, par des escroqueries tout petites
Pour se rendre un peu plus malin,
On change les points du bulletin.

À seize ans, le cœur s’enflamme
En cachette de papa et maman
Et s’épanchent les instincts de la race
En séduisant la première fille.

La la la la la...

Connaissez-vous ce pays
Où il y le soleil et la mer, de la musique
Et où les escrocs vivent tranquilles ?

À vingt ans, on se débrouille
Pour sauter le service militaire ;
On peut même obtenir, avec l’embrouille,
Une honnête licence de docteur.

À trente ans, il y a la famille
Et on trompe sa femme
Puis, pour vivre comme il faut,
Il y reste l’habituel système du faux.

La la la la la...

Connaissez-vous ce pays
D’amour ardent, de passions folles
Où les escrocs vivent tranquilles ?

À quarante ans, experts dans le métier,
On est fait chevalier.
Si on ne glisse pas sur des peaux de bananes,
On embrouille le fisc et les douanes.

À cent ans, on se repose finalement
Après une vie laborieuse
Et on meurt avec la nostalgie ravageuse
De ne pas pouvoir embrouiller le temps.

La la la la la...

Connaissez-vous ce pays
Où les orangers et les citronniers fleurissent
Et où les escrocs vivent tranquilles ?

Les escrocs, les escrocs,
Les escrocs, les escrocs…

PAATRIIE


PAATRIIE



Version française – PAATRIIE – Marco Valdo M.I. – 2018
Chanson allemande – FaaterlandFloh De Cologne – 1983
Paroles : Hansi Frank
Musique : Dick Städtler et Vridolin Enxing





Une des dernières chansons du collectif politico-musical allemand Floh De Cologne, qui s’est dissous en 1983 après plus de 15 ans d’existence.


Dialogue Maïeutique

Mon ami Lucien l’âne, je trouve toujours un peu de temps pour faire une version française de chansons allemandes, surtout de celles qui mettent au clair l’existence d’une « autre Allemagne », qui font entendre des voix allemandes contre la guerre, contre le nationalisme, cette peste qui hante encore les populations de ce cœur de l’Europe. Pas seulement elles, je te l’accorde, car ce mal est universel ; mais nous nous en tiendrons là, je veux dire à ce Faaterland que j’ai traduit par PAATRIIE pour lui garder sa saveur de dérision. Quant à ce nationalisme allemand, dont on connaît le caractère extrêmement redoutable, il faut rappeler encore et toujours que les premières victimes de cette hydre germanique ont été les gens d’Allemagne eux-mêmes ; les débordements hors frontières sont venus plus tard ; précisément après que ces gens d’Allemagne eurent été vaincus, laminés et pour tout dire, éliminés ; tout avait commencé par des assassinats individuels, effectués en douce, sous le manteau. Ce sont ces mêmes gens d’Allemagne qui seraient à nouveau les cibles de cette « bête immonde », si on la laissait à nouveau sortir de son trou et déployer ses ambitions.

Évidemment, Marco Valdo M.I. mon ami, il est important et salutaire de diffuser ces voix allemandes qui mettent elles aussi en garde contre la PAATRIIE, car elles montrent qu’il ne faut pas désespérer de l’espèce humaine, même en territoire germanique. Mais aussi, car elles permettent de corriger certain strabisme ou que sais-je ?, certaine vision biaisée qui laisse a priori penser que toute l’Allemagne, tous les Allemands sont des nationalistes invétérés. Et puis, il est toujours bon de contrer ce discours haineux et inclusif où qu’on soit, car la nation et son corollaire de la patrie ne sont pas des exclusivités allemandes et sont tout aussi toxiques dans n’importe quel coin du monde.

Comme tu peux le présager, reprend Marco Valdo M.I., de ce que je viens de dire et du titre de la chanson, il s’agit d’une interpellation pleine d’acide ironique, lancée à pleine voix contre ce fondement de tout nationalisme : la Patrie. Toutefois, rassure-toi, la chanson ne formule pas un discours théorique – même si ce dernier est bien là en arrière-plan, jamais directement exprimé et toujours présent. Elle procède kaléidoscopiquement par petites scènes, qui édifient ainsi les auditeurs ; des scénettes qui montrent crûment où a mené dans le passé, cet attachement troupal et grégaire à la Patrie, à la nation, ajoutons-y pour faire bonne mesure au peuple et à la race et les résultats qu’on peut attendre d’une telle dérive. Cependant, il y a la conclusion où s’exprime clairement la position que la chanson propose de prendre face (si j’ose ainsi dire) à la Patrie.

Fort bien, dit Lucien l’âne. En effet, quand on lit la fin de la chanson, on comprend que ce côté « face » serait plutôt un côté « pile », ah, ah. Cela dit, nous devons à présent reprendre notre tâche et recommencer à tisser le linceul de ce vieux monde guerrier, national, patriote et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Mon Papi avait une petite maison ;
En 41, une bombe frappa la maison ;
La maisonnette a brûlé avec Mamie
Pour la Pa-pa-pa-pa-pa-pa-pa-pa-patriiiiie !

Mon oncle est tombé dans la boue la plus noire,
Une salve lui
avait arraché la mâchoire.
Personne na retrouvé cette partie
Dans la Pa-pa-pa-pa-pa-pa-pa-pa-patriiiiie !

Mon grand frère était avec Rommel
Ils firent de la bouille de sa cervelle
Alors, il perdit l’esprit
Pour l
a Pa-pa-pa-pa-pa-pa-pa-pa-patriiiiie !

J’étais dans les bras de ma mère
Dans la ville, il y a eu une al
erte
Elle
s’est coagulée autour de ma vie
Pour l
a Pa-pa-pa-pa-pa-pa-pa-pa-patriiiiie !
Pour la patrie.

C’est pourquoi j’ai de bonnes raisons
De faire à la PAAAAtriiie cette proposition :
Déposez arme !
Et marche ! Marche !
Lèchez-moi le cul
Lèchez-moi le cul, le cul, le cul…


L'Autre Côté du Mur

L'Autre Côté du Mur

Chanson française – Marco Valdo M.I. - 2009



Le Mur est tombé, c'est sûr ! Mais que d'un seul côté...
Il nous reste à abattre l'autre côté du mur...
Le côté de la misère et de l'exploitation, celui du chômage, celui de la richesse qui se nourrit de la pauvreté... Il nous reste à abattre le libéralisme qui pour assurer ses revenus et sa domination tue et les hommes en tant qu'individus, que peuples et qu'espèce et détruit la planète.
J'en ferais bien une petite chanson... avait dit Marco Valdo M.I. en commentaire à la chanson de Klein Orkest – Over de Muur.
et bien la voici.
Qu'on en s'y trompe pas, L'Autre Côté du Mur n'a rien d'un « Sunny side of the street ».
Sans doute pourrait-elle être plus inspirée, sans doute peut-on dire les choses différemment, sans doute... Cela m'est bien égal, pourvu qu'on les dise !




Il y a toujours deux côtés à un mur
dit le maçon
Et des deux côtés, d'un côté comme de l'autre
Il y a la vie

D'abord, on construit le mur
pour protéger, pour séparer,
Et des deux côtés, d'un côté comme de l'autre
Il y a la vie

Chacun chez soi de son côté du mur
Fait ce qu'il veut
Et des deux côtés, d'un côté comme de l'autre
C'est la vie

Sauf au zénith, à midi ou à minuit, le mur
A toujours un côté à l'ombre
Alternativement, d'un côté comme de l'autre
C'est la vie

Après bien des combats, on abat le mur
D'un seul côté,
On exulte, d'un côté comme de l'autre
C'est la vie

On abat en même temps que le mur
Toute une vie collective
On étend la misère d'un côté, comme de l'autre
C'est la vie

La liberté d'exploiter passe derrière le mur
On crée le chômage individualisé
richesse d'un côté, pauvreté de l'autre
C'est la vie

On libère le personnel, de l'autre côté du mur
On liquide l'usine
Enrichissement d'un côté, amincissement de l'autre
C'est la vie

Les Chevaliers à la conquête derrière le mur
Prennent et pillent
Entreprise d'un côté, colonie de l'autre.
C'est la vie.

On avait oublié que comme un mur
A deux côtés
Il faut abattre un côté, puis l'autre.
C'est la vie.

La dictature d'un parti a construit le mur
Les gens de là-bas l'ont fait tomber
Ils ont abattu un côté, on doit abattre l'autre
C'est la vie.

La météo parle du mur
Les temps changent
Un côté est abattu, on va abattre l'autre
C'est l'avenir.

Vouloir faire disparaître ce mur
Tombé dans le passé
d'un seul côté et maintenant, abattre l'autre
C'est la révolution !




jeudi 1 février 2018

Dans les Plaines du Far-West

Dans les Plaines du Far-West


Chanson française – Dans les Plaines du Far-West – Yves Montand – 1945

Paroles et musique : Charles Humel, Maurice Vandair
version Rai, sous-titres en italien :https://www.youtube.com/watch?v=CLimSg7ak_U
Michel Emer et son orchestre1945 : https://www.youtube.com/watch?v=VcxrQjPwsP4







Dialogue maïeutique

L’autre jour, Lucien l’âne mon ami, on avait présenté – toi et moi – une chanson nouvelle intitulée « Ogalla, Ogallala », où on parlait d’un épisode de cette incroyable guerre de l’eau qui se déroule actuellement partout dans le monde, un épisode qui relatait assèchement de la plus grande nappe d’eau étazunienne, due aux pompages des fermiers et aux captages pour alimenter les grandes villes, leurs habitants et leurs entreprises.

À propos, Marco Valdo M.I. mon ami, on vient d’apprendre que la ville du Cap, au sud du sud de l’Afrique, métropole de ces autres USA (Union Sud Africaine, devenue République d’Afrique du Sud), une agglomération de plusieurs millions d’habitants est quasiment en état de pénurie et que la chose va durer, car on ne pourra trouver de solution à court terme – il faudra des années, si on y arrive et à quel prix. En attendant, on rationnera dans les quartiers pauvres à 25 litres par jour par habitant. Pas dans les beaux quartiers qui ne sont pas concernés.

Certes, Lucien l’âne mon ami, et on connaîtra rapidement pareille situation en Chine, en Inde et en Europe. Quant aux Zétazunis, c’est déjà le cas en Californie (Los Angeles, par exemple) et j’en reviens à notre histoire d’« Ogalla, Ogallala », où cette quasi-mer souterraine est en train de connaître le sort de la Mer d’Aral et d’assécher les Grandes Plaines, celles où les cow-boys ont construit le légende étazunienne, le western et l’incroyable aventure du cow-boy qui inhalait le cancer à pleins poumons. La grande plaine redeviendra une steppe semi-aride, poussiéreuse et on ne sait trop quelles émigrations, elle entraînera. « Dans les plaines du Far-West quand vient la nuit... »

En effet, dit Lucien l’âne, tout dépend de quelle nuit on parle.

Une dernière chose, à propos de la chanson et de son sens historique. Il y a dans cette chanson toute l’histoire de la période où elle a été créée ; c’était en 1945, au lendemain de la guerre, moment où les armées venues d’Amérique avaient envahit l’ouest de l’Europe, qu’elles avaient largement contribué à libérer de l’occupation nazie et où les commerçants et industriels étazuniens envahissaient l’Europe avec leurs produits qu’ils étaient les seuls à pouvoir produire – leurs usines étaient intactes, leurs réseaux commerciaux aussi, amenant ainsi l’American Way of live, ses frigos, ses autos et ses produits médiatiques : musique, chansons et cinéma. Ils faisaient la mode, y compris vestimentaire – il nous en reste le « jean », le chewing-gum, le cinémascope en couleurs, le rock, les séries télés. Les artistes d’Europe s’intéressaient à ce courant: Boris Vian écrivait des pseudo-romans américains – J’irai cracher sur vos tombes (soi-disant traduit de « I shall spit on your graves » d’un certain Vernon Sullivan), Yves Montand chantait « Dans les plaines du Far-West quand vient la nuit... », le mythe du cow-boy prospérait hors des plaines.

Eh bien, Dit Lucien l’âne, il ne reste qu’à conclure. Que dire, si ce n’est que cette « histoire d’eau » est des plus inquiétante pour les humains si peu précautionneux de leur propre avenir. Cette histoire d’eau pourrait bien devenir une fameuse histoire de boue, puis une histoire de poussière, une histoire de sable et in fine, une histoire de merde. Mais comme les étoiles, Ogallala et les Grandes plaines s’en foutent. Quant à nous, tout ce qu’on peut y faire est de tisser, tisser le linceul de ce vieux monde avide, trop avide, bientôt aride, trop aride, mortifère et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Dans les plaines du Far-West, quand vient la nuit,
Les cow-boys près du bivouac sont réunis ;
Ils fredonnent au son d’un harmonica
Une vieille chanson de leur beau Texas,
Et leur chant est répété par l’écho,
Syncopé par le rythme d’un banjo.
Dans les plaines du Far-West, quand vient la nuit,
Les cow-boys près du bivouac sont réunis.


Sur leurs grands chevaux, ils jouent du lasso
Ya ho !
Bingue, Bongue ! Bingue, bongue !
Rien n’est pour eux plus beau
Sous le soleil qui leur brûle la peau
Ya ho !
Crânement, ils vont sans trêve ni repos,
Qu’ils soient de New York, de Chicago
Ce sont tous des as du rodéo.
Dans les plaines du Far-West, quand vient la nuit,
Les cow-boys près du bivouac sont réunis ;
Ils fredonnent au son d’un harmonica
Une vieille chanson de leur beau Texas.

Dans les plaines du Far-West, quand vient la nuit,
Les cow-boys près du bivouac sont endormis.




mardi 30 janvier 2018

Ogalla, Ogallala

Ogalla, Ogallala

Chanson française – Ogalla, Ogallala – Marco Valdo M.I. – 2018




Dialogue maïeutique



Oh la la, oh la la, Marco Valdo M.I. mon ami, quel titre est-ce là ? De quoi elle cause la chanson-là ?

Je me doutais que tu allais faire une pareille réflexion, Lucien l’âne mon ami et comme on peut l’imaginer, j’ai une réponse à te donner, dont j’espère qu’elle ne te décevra pas. En premier lieu, ce n’est pas « Oh la la Oh la la » le titre de la chanson, c’est « Ogalla, Ogallala ». Et ça change tout, même si je dois reconnaître qu’en écho, il y a bien l’expression que tu avances qui laisse entendre qu’il y aurait un drame qui se jouerait. Et pour un drame, c’en est un et un drame à rebondissements qui n’est pas près de finir. Venons en au fait : l’Ogallala du titre n’est la petite ville du Nebraska, à laquelle tu pensais certainement, mais une gigantesque nappe aquifère (Ogallala aquifer) d’environ 450.000 km², une superficie entre celle de la France : 543.000 km² et celle de l’Italie : 301.000 km². Cette sorte d’immense lac souterrain se situe au milieu des Zétazunis, sous les États suivants : Colorado, Dakota, Kansas, Nebraska, Nouveau Mexique, Oklahoma, Texas et Wyoming et de façon plus géologique sous Les Grandes Plaines, pays de la légende étazunienne qu’Yves Montand chantait : « Dans les plaines du Far West quand vient la nuit, les cow-boys près du bivouac sont réunis… ».

C’est toute la légende du western qui a déferlé sur le cinéma, dit Lucien l’âne. Un mythe patriotique lui, ce Far West. Comme on sait, il n’y a rien de plus nocif et de plus toxique que les mythes patriotiques.

Pour en revenir à la chanson, Lucien l’âne mon ami, il te faut savoir que l’aquifère Ogallala vivait tranquille sous le continent. Avant l’arrivée des colons, il gonflait ses réserves sous une steppe semi-aride où paissaient les grands herbivores, tout en alimentant des fleuves, des rivières, des lacs. Mais les fermiers sont arrivés et ont découvert cette immense, mais pas infinie, réserve d’eau et ils l’ont pompée afin de faire de ce semi-désert une des zones les plus productrices de céréales et autres nourritures destinées pour l’essentiel à l’élevage et in fine, à nourrir les troupeaux humains des grandes cités. Il en fallut toujours plus et on renforça les capacités de pompage, jusqu’à vider quasi-complètement l’Ogallala.

C’est terrible, dit Lucien l’âne. On aurait dû les prévenir.

C’est terrible, en effet, Lucien l’âne mon ami. Ce qui est terrible, c’est qu’ils sont prévenus depuis longtemps. Une première semonce avait été tirée vers 1930 – le Dust Bowl désastreux qui inspira diverses chansons à Woodie Guthrie et au-dessus d’Ogallala, la terre n’était plus alors qu’une étendue brune poussiéreuse. Le message d’Ogallala était clair ; on fit semblant de ne pas comprendre. On tira la conséquence qu’il fallait forer plus, plus profond et pomper, pomper pour arroser, arroser. On fit appel à des techniques et des équipements de forage plus puissants, plus efficients et on intensifia l’exploitation des terres. Les populations agglomérées autour de ce pactole augmentaient ; les villes réclamaient des montagnes d’eau pour leurs habitants et leurs entreprises. Entretemps, il fallut soutenir l’effort de guerre et ensuite, la nouvelle prospérité du monde momentanément pacifié. De fait, les résultats des grandes cultures furent meilleurs que jamais ; la prospérité s’installa dans les fermes et dans toute la région, qui fournissait le quart de l’alimentation du pays et exportait ses produits en grande quantité. Dès lors, on accrut encore l’exploitation, les crédits et les aides accélérèrent le mouvement et l’aquifère de plus en plus vite s’épuisait. On en est là à présent, même si les signes de l’épuisement commencent à devenir de plus en plus inquiétants et qu’en certains endroits, les forages doivent être abandonnés. Les tempêtes de sable sont revenues. Cependant, la canzone va plus loin.

Comment ça, plus loin, dit Lucien l’âne ?

Eh bien, la chanson envisage le futur et tire certaines conclusions en quelque sorte inévitables, même si on peut le retarder en important de l’eau…

Ah oui, comment et d’où ?, dit Lucien l’âne interloqué et fort sceptique.

Du Canada, du Québec, d’Alaska, répond Marco Valdo M.I., mais comment on ne sait pas encore. On envisage aussi de dessaler l’eau de mer, mais là, il faudrait l’énergie de nombreuses centrales nucléaires. Hors de portée aussi. Dans l’ensemble de la planète, on trouve d’autres régions où la guerre de l’eau va sans doute se produire, mais au-dessus d’Ogallala, les fermiers fuyant les banquiers auront déserté bien avant, ruinés. Il ne restera que les ruines d’un glorieux passé agricole : des fermes vides, des machines à pomper rouillées. Quant à l’aquifère d’Ogallala, comme les étoiles, il s’en fout ; il lui suffira de 6000 ans pour se remplir à nouveau.

Ainsi, dit Lucien l’âne, en cherchant la prospérité, l’homme creuse sa propre tombe et la planète et le reste de l’univers s’en fout. Il nous faut plus encore qu’à l’ordinaire, tisser le linceul de ce vieux monde exploiteur, avide, asséché et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

Trois ères glaciaires,
Trois glaciations millénaires,
La neige, le gel, les longs hivers,
Les pluies sur la plaine entière
Ont comblé l’aquifère
Qui se meurt sous la terre.
Là-bas, sous l’Oklahoma.
Ogalla, Ogallala !

Sous la grande prairie
Où vivaient les bisons,
Où passaient les saisons,
Sous le soleil, sous les pluies,
À l’unisson de la plaine fleurie,
La nature chantait sa chanson
Là-bas au Kansas, au Nebraska
Ogalla, Ogallala !

Ogallala, fille de la pluie,
Dans l’immense réservoir
Sous la grande prairie,
S’étendait dans le noir.
Ogallala vivait en paix
Entre les roches en grès
Sous le Texas, sous le Dakota.
Ogalla, Ogallala !

Des fermiers l’ont trouvée,
Elle, le don du ciel,
Eau douce sous le soleil,
Les fermiers l’ont captée.
Ils ont vidé la source de vie
Qui meurt d’asphyxie
Sous au moins 8 états.
Ogalla, Ogallala !

Ogallala, l’eau douce,
Mille et mille pompes
Sucent ton sang clair
Plus encore aujourd’hui
Qu’hier,
Creusent de nouveaux puits
Et créent lentement un désert :
Texas, Kansas, Colorado, Oklahoma.
Ogalla, Ogallala !

Oh, dit le fermier,
Il n’y a plus assez d’eau à pomper.
Ah, dit le banquier,
Il faut quand même rembourser.
Oh, dit le fermier,
Il ne reste qu’à m’en aller :
Kansas, Texas et cetera.
Ogalla, Ogallala !

Chez toi, Ogallala,
La guerre de l’eau n’aura pas lieu ;
La poussière brune couvrira
Les champs longtemps luxurieux,
Les foreuses rouillées
Et les maisons au sable abandonnées :
Nouveau-Mexique, Wyoming, en triste état.
Ogalla, Ogallala !

Sur les paysages désolés des Grandes Plaines,
Pour retrouver une vie sereine,
Il te faudra six mille ans seulement
De pluies et de ruissellements
Pour te remplir à ras bords.
Les hommes seront peut-être morts
Et pour toi, la vie continuera.
Ogalla, Ogallala !

samedi 27 janvier 2018

CHANSON ITALIENNE

CHANSON ITALIENNE

Version française – CHANSON ITALIENNE – Marco Valdo M.I. – 2018



« Qui va là ? », je hurle. Il me répond : « Je suis Joachim Ringelnatz, je suis Allemand, mais antifasciste ! Ne tirez pas ! »… Je le fais passer. Nous nous embrassons. C’est pas plus mal que chez eux tous ne sont pas des « nazis schmazi »…

Joachim Ringelnatz était un écrivain, un carbarettiste, un poète, et il peignait aussi. Il inventa un personnage littéraire, le matelot Kuddel Daddeldu, qui était un peu son alter ego, anarchiste et anti-autoritaire. Il mourut peu après la venue du nazisme, mais dans les temps pour se voir qualifié d’artiste « dégénéré ». Beaucoup de sa production fut détruite dans les années qui suivirent sa disparition.
Cette poésie-chanson sur l’Italie fasciste est datée de 1926 et c’est un véritable instantané de ces années, celles de l’assassinat de Matteotti, de l’institution des Tribunaux spéciaux, de la nomination des podestàs à la place des maires élus, du mystérieux attentat manqué de Bologne qui servit au duce pour briser toute opposition (l’arrestation d’Antonio Gramsci date de ces jours) et toute liberté…



Dialogue maïeutique

Lucien l’âne mon ami, te souviens-tu de Joachim Ringelnatz ? Nous l’avons déjà rencontré et nous en avons déjà causé ensemble.

Évidemment, Marco Valdo M.I. mon ami. J’ai beau être un âne, je n’en suis pas un. Je ne suis pas plus un crabe ou un kangourou et je n’ai l’intention ni de me marier, ni de me pendre par le cou à la façade de l’hôtel de ville, devant la porte sur la grand-place, pour faire la nique aux fonctionnaires idiots et bornés.

e vois, Lucien l’âne mon ami, que tu es en pleine forme et que tu te souviens parfaitement de cette circonstance où nous avons devisé de Joachim Ringelnatz et de son fabuleux texte « Ein Taschenkrebs und ein Känguruh » – « Le Crabe et le Kangourou ». C’était une histoire assez dada, en apparence, mais universelle dans sa visée. Celle d’aujourd’hui a des visées plus focalisées sur l’Italie, comme d’ailleurs son titre l’indique. Pour le contexte politique italien, je te renvoie au commentaire de Bernart Bartleby, dont j’ai pris la peine de traduire l’essentiel à ton attention. Pour parler de l’Italie contemporaine, Ringelnatz use d’une ironie cinglante, tout à fait dans le ton de dérision acide qu’il emploie habituellement. C’est une chanson d’une lucidité rare ; dans la même veine, on peut se souvenir de Karl Valentin, d’Erika Mann et son Prince de Menterie, d’Erich Kästner et Poirier sur la Lorelei, de Kurt Tucholsky et son Tambour du Régiment de la Garde, de Walter Mehring et son Hop là, nous vivons !d’Hugo Ball et sa Danse de Mort 1916, d’Elsa Laura Seemann et sa Danse Macabre en Flandre, de Bertolt Brecht et sa Légende du Soldat mort et sans aucun doute, bien d’autres encore.

Moi, dit Lucien l’âne, j’ajouterais à cette liste, ce que ta modestie t’a empêché de citer, je veux dire ton Holà, nous vivons !Mais restons-en là et reprenons notre tâche et tissons comme tous ceux-là le linceul de ce vieux monde aseptisé, vain, triste, ennuyeux et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



L’Italie était auparavant malpropre !
L’Italie est maintenant propre,
Elle est couverte d’or et de vermeil.
Qui remercier d’une telle merveille ?

Le petit Mussolini qui lève son petit bras,
Bonne à tout faire, sergent-major
Qui, né tardivement, vit encore
Grâce à beaucoup de petits attentats.

L’Italie qui a déjà remporté
Quelques batailles, triomphe aujourd’hui,
Chaque jour, chaque nuit
Au moins dix fois. Qui doit-elle remercier ?

Le petit Mussolini qui lève son petit bras,
Bonne à tout faire, sergent-major
Qui, né tardivement, vit encore
Grâce à beaucoup de petits attentats.


L’Italie, cette grande nation
Deviendra – grâce au génie
De Mussolini – une furie…
- (
Fin de la rédaction)
Fin
ie.