mercredi 5 août 2015

La Bague de la Mère Morte

La Bague de la Mère Morte


Chanson française – La Bague de la Mère Morte – Marco Valdo M.I. – 2015

ARLEQUIN AMOUREUX – 11

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l'édition française de « LES JAMBES C'EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.




Famille paysanne vers 1800


Lucien l'âne mon ami, il te souviendra que nous avions laissé notre Arlecchino tout à la joie du bel accord intervenu lors de la Paix d'Amiens. On était en 1802 et il était déserteur depuis deux ans déjà, à vagabonder au travers de l'Europe, tentant en réalité de rentrer chez lui en évitant de se faire remarquer. On l'avait laissé au sortir de la forêt, à l'entrée du village.


Mais quand -même on ne peut pas le laisser là éternellement, dit Lucien l'âne en riant rien qu'à l'idée de ce déserteur suspendu à quelques pas de chez lui.


Certes, l'entrée du village, c'est l'entrée du village et le paysage qu'on y voit est très familier. Bref, on se sent déjà chez soi ; mais chez soi, c'est encore autre chose… On y a vécu, dormi, grandi… Que sais-je ? On y a un toit, un lit, un coin à soi et même, de quoi vivre. Pour Matthias, alias Matĕj, Matys, Matysek, Mathieu, Arlecchino le déserteur, Arlequin amoureux, chez soi, c'est dans la maison, dans la ferme familiale, dans ce qui devrait être aussi son héritage. C'est à ce retour de l'Arlequin qu'est consacrée cette chanson.


C'est une histoire classique, dit Lucien l'âne, qui a fait l'objet de bien des chansons. Par exemple : Quand un soldat [[718]], la très jolie chanson de Francis Lemarque et l’inénarrable Adèle [[8254]], que chantaient si drôlement les Quatre Barbus ou encore, La demoiselle de magasin [[8969]]. Et sans doute, bien des autres et dans d'autres langues.


Comme cela est arrivé à des milliers, si ce n'est des millions d'autres, notre déserteur de retour au foyer arrive à l'improviste et il va découvrir une situation nouvelle : entretemps, sa mère est morte, sa sœur est morte, il ne reste de la famille que son frère Lukas. Mais Lukas s'est doté d'une compagne et de la fille de cette matrone. Il faut bien faire tourner la ferme et seul, c'est seul. En fait, la chanson est tout entière consacrée à la découverte de la situation. En somme, un état des lieux, mais qui laisse transparaître certaines dérives embarrassantes. Matthias peut constater – de visu – qu'une puissante étrangère s'est emparée de la bague de la mère morte, un peu comme on s'empare des signes du pouvoir et a mis la main sur le faible Lukas. On dirait même qu'on n'espérait plus trop le retour du soldat.


C'est souvent le cas et parfois, l'aventure tourne au tragique et dans le fond, ce sera peut-être le cas. En attendant d'en savoir plus, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde oublieux, incertain, désolant et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Déserteurs, soldats
Même combat !
Il faut rentrer chez soi.
Ah ! Ça ira ! Ça ira ! Ça ira !

Une femme bien aimée, quand on en a,
Nous attend-elle ou ne nous attend-elle pas ?
A-t-elle trouvé un jeune homme avec des bras ?
L’agriculture manque de bras, tout le monde sait ça.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Pour le revenant, toute la question est là :
Être ou ne pas être
Par le chien, comme Ulysse, peut-être
Reconnu sous son propre toit.

Avant, il y avait Katerina
La puînée, tant aimée, de Matthias le soldat
À présent, elle n'est plus là, la bonne Katerina
Veuve et morte, la sœur d'Arlecchino le déserteur

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Il reste Lukásěk, mon frère,
Mon petit frère bien-aimé, Lukas
Il a grandi avec Katerina et moi
On en était si fiers

Être ou ne pas être ?
Comme je n'étais pas là
Qui sait ? Mort peut-être
À force d'être soldat.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Lukas, lui, n'était plus seul sous notre toit.
Il y avait Barbora et sa mère opulente :
Des seins comme des balles ballantes,
Un fessier marchant comme deux oies.

Puissante, avide, conquérante,
Elle avait tout pris : les vaches, leurs pis,
La ferme, la terre et l'homme dans le lit
Et la bague de la mère morte de la fièvre ardente.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.


lundi 3 août 2015

La Maman Des Poissons

La Maman Des Poissons

Chanson française – La Maman Des Poissons – Boby Lapointe – 1969



La maman des poissons, elle est bien gentille ! 





On se souviendra, mon cher ami Lucien l'âne, qu'on s'était promis et qu'on avait promis d'insérer ici-même deux chansons dans le bestiaire, suite à la version française des Animaux  que j'avais proposée.


Bien sûr que je m'en souviens et tu avais même dit – je cite de mémoire, mais de mémoire d'âne (la Comtesse, vers 1860, y avait d’ailleurs consacré tout un livre, aux mémoires d'un âne ; ah oui, la comtesse, la bonne âme, avait d'ailleurs eut l'honnêteté d'écrire : « Vous verrez enfin que lorsqu’on aura lu ce livre, au lieu de dire : Bête comme un âne, ignorant comme un âne, têtu comme un âne, on dira : De l’esprit comme un âne, savant comme un âne... »). Donc, de mémoire d'âne :
« Moi, elle m'a remis en mémoire deux chansons que j'aime beaucoup et qui trouveraient place elles aussi dans un bestiaire des chansons contre la guerre : l'une est une sorte de zoo à elle toute seule, elle s'intitule Les Éléphants et l'autre, à laquelle – comme on le découvrira – il est fait allusion dans la version française ci-dessous, s'intitule « La Maman des Poissons ».
et j'y répondais :
« Moi aussi, je les aime beaucoup les nouvelles chansons que tu annonces et j'espère qu'elles seront bientôt dans le bestiaire des Chansons contre la Guerre... »


Comme tu confirmes la chose, insérons, insérons. Cependant, mon bon Lucien l'âne mon ami, il est de coutume de trouver une justification au moment de l'insertion d'une chanson nouvelle dans ce site. Notons qu'on en a déjà une : on avait promis et nous, on tient nos promesses. Imagine le lecteur lointain, tout seul la nuit, attendant que nous lui présentions les chansons promises. D'accord, il en a déjà reçu une : Les Éléphants , qui jouèrent aux chars d'assaut dans la Rome antique. Ce n'est cependant pas une raison pour le priver de la seconde, qui est précisément cette « Maman des Poissons ». Une deuxième raison, outre le fait que l'auteur en est Boby Lapointe, natif de Pézenas, comme Molière, il y a que c'est une chanson très pacifique et surtout, qu'une fois qu'on l'a entendue, il y a de fortes chances qu'on ne l'oublie jamais. Pour ce qui est de trouver une raison raisonnable, on reprendra celle qu'avançait Raymond Queneau pour « justifier » le titre de ce très curieux roman de Boris Vian : « L'Automne à Pékin » en déclarant à peu près ceci : c'est un titre logique, vu que le roman se passe ni en automne, ni à Pékin. De la même façon, dans son apparence, cette maman des poissons ne dit strictement rien à propos de la guerre – ni contre d'ailleurs. Cependant, on l'a déjà dit ici, les meilleures chansons contre la guerre par nature n'en parlent pas, car la guerre est une situation qu'elles traitent par le mépris.


En effet, les meilleures chansons contre la guerre sont forcément des chansons de paix. Et puis, pour faire court, je suggère une maxime pour les CCG : « Une bonne chanson vaut mieux qu'une bonne guerre » et il en va de même, pour les mauvaises chansons… Alors, ayant ainsi sacrifié aux rite et coutume locaux, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde guerrier, militarisé, uniformisé et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Si l'on ne voit pas pleurer les poissons
Qui sont dans l'eau profonde,
C'est que jamais quand ils sont polissons,
Leur maman ne les gronde.

Quand ils s'oublient à faire pipi au lit,
Ou bien sur leurs chaussettes,
Ou à cracher comme des pas polis,
Elle reste muette.

La maman des poissons, elle est bien gentille !

Elle ne leur fait jamais la vie,
Ne leur fait jamais de tartine,
Ils mangent quand ils ont envie,
Et quand ça a dîné, ça redîne.

La maman des poissons, elle a l’œil tout rond ;
On ne la voit jamais froncer les sourcils ;
Ses petits l'aiment bien, elle est bien gentille
Et moi, je l'aime bien avec du citron.

La maman des poissons, elle est bien gentille !

S'ils veulent prendre un petit vers,
Elle les approuve de deux ouïes,
Leur montrant comment sans ennuis,
On les décroche de leur patère.

La maman des poissons, elle a l’œil tout rond ;
On ne la voit jamais froncer les sourcils ;
Ses petits l'aiment bien, elle est bien gentille
Et moi, je l'aime bien avec du citron.
La maman des poissons, elle est bien gentille !

S'ils veulent être maquereaux ,
Ce n'est pas elle qui les empêche
De se faire des raies bleues sur le dos
Dans un banc à peinture fraîche.

La maman des poissons, elle a l’œil tout rond ;
On ne la voit jamais froncer les sourcils ;
Ses petits l'aiment bien, elle est bien gentille
Et moi, je l'aime bien avec du citron.


Si l'on ne voit pas pleurer les poissons
Qui sont dans l'eau profonde,
C'est que jamais quand ils sont polissons,
Leur maman ne les gronde.

Quand ils s'oublient à faire pipi au lit,
Ou bien sur leurs chaussettes,
Ou à cracher comme des pas polis,
Elle reste muette.

La maman des poissons, elle est bien gentille !

dimanche 2 août 2015

Les Éléphants

Les Éléphants


Chanson française – Les Éléphants – Sttellla – 1990










On en parlait l'autre jour de ces éléphants quand on commentait une chanson italienne dont le titre était particulièrement net : Gli Animali – Les Animaux et j'évoquais l'idée d'un bestiaire. 



Juste, juste. Un bestiaire, c'est là qu'on met les animaux, question de les retrouver en sortant, tout comme le vestiaire est l'endroit où l'on met les vêtements pour les retrouver en sortant.




On continue ainsi à folatrer, juste pour se souvenir de dada, du surréalisme louviérois et de Phantomas, la superbe revue de notre ami Théodore, auteur de l'inoubliable Locoémotive… Enfin, tout ça pour dire que ces éléphants n'ont rien d'étonnant dans nos régions, où par inadvertance, à l'évidence, ils n'ont jamais mis le pied.




On l'aurait remarqué, dit Lucien l'âne. Quoique dans les Pyrénées et dans les Alpes, il paraît qu'ils en ont déjà vu passer. Mais c'était il y a longtemps. D'ailleurs, si ma mémoire est bonne et elle l'est, je les accompagnais. Ils ne se débrouillaient pas trop mal, même s'ils n'avaient pas – comme nous les ânes – le pied montagnard.




Mais ces éléphants-ci n'ont aucune raison d'aller en montagne ; ils vivent de la chanson… C'est ce qui leur demande le moins d'efforts. Les Alpes, les Pyrénées, les voyages marins et les délices de Capoue, très peu pour eux. Ça leur donne la nausée, rien que d'y penser. D'ailleurs, ici, ils ne font strictement rien. Ce qui est leur droit le plus strict. Au fait, comme tous les animaux, les éléphants sont placés sous la haute protection de La Déclaration Universelle des droits de l'âne , étendue à tous les êtres vivants. Si, si, les éléphants et tous les animaux cités dans la chanson ont ce même droit. Mais bon sang, il y a quand même, un point mystérieux dans cette chanson, qu'on avait promis d'insérer ici.




Oui, c'est mystérieux, mais c'est précisément ce qui permet de classer cette chanson dans les chansons contre le racisme idiot (charmant pléonasme)… C'est ce « Mais j'aime pas les singes… Oh guenon ! »




Tu as parfaitement suivi ma pensée. Sans faire un cours sur le surréalisme évolué de nos régions, une sorte de « concept flou » où l'indéterminé affronte incidemment des vagues de vague, il me reste à préciser qu'ici, on boit le surréalisme comme une bière locale, assez fermentée et même, les astémiques et autres hydrophores participent de cette coutume régionale, hors fermentation et sans le secours de la religion s'entend. Une région où on peut encore rencontrer un autre auteur des Chansons contre la Guerre, l'ami Raoul Vaneigem. Tout ceci baigne dans une mer d'acide ironique et de sels de dérision. Cependant, l'Éléphant de Saramago continue à hanter l'Europe. Traduisons, puisque quand même, finalement, on est là pour ça : ce « J'aime pas les singes (ou les immigrés, les émigrés, les migrants, les nègres, les Grecs, les sans-papiers, les chômeurs, les réfugiés, les demandeurs d'asile, etc) » est pure dénonciation de ces gens qui bâtissent des frontières, construisent des murs, établissent des quotas, parquent dans des camps, une dénonciation qui s'exprime avec toute sa puissance dès le Oh guenon ! , qui retire le tapis sous la botte du défenseur de la civilisation, de la nation et des valeurs chrétiennes – évidemment ramenées aux préceptes, bulles, ukases et autres injonctions de l'Église catholique, apostolique et romaine.




J'entends bien tout cela et je le savais, Marco Valdo M.I. mon ami, dit Lucien l'âne encore une fois hilare. Un dernier mot pour dire que j'ai une tendresse particulière pour le point d'ironie, signe graphique qu'on ne voit jamais ou plutôt, que perçoivent ceux pour qui il devrait se trouver là. En fait, le point d'ironie ne se voit pas, il se ressent. Foin de ces considérations et revenons à notre tâche qui – faut-il le rappeler – consiste à tisser le linceul de ce vieux monde assez rassis, raciste, rasoir et cacochyme.




Heureusement !






Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.








J'aime bien les éléphants,
Fan-fan les éléphants ;
J'aime bien les serpents,
Pan-pan les serpents ;
J'aime bien les pingouins,
Gouin-gouin les pingouins ;
J'aime bien les tigres, j'aime bien les lions
Mais j'aime pas les singes,
Oh guenon !

J'aime bien les fourmis,
Mi-mi les fourmis ;
J'aime bien les souris,
Ri-ri les souris ;
J'aime bien les dalmatiens,
Sien-sien les dalmatiens ;
J'aime bien les canards, j'aime bien les girafes
Mais j'aime pas les singes,
Oh guenon !

J'aime bien les hiboux,
Bou-bou les hiboux ;
J'aime bien les chameaux,
M
au-mau les chameaux ;
J'aime bien les crocodiles,
Dil-dil les crocodiles ;
J'aime bien les lamas, j'aime bien les pumas
Mais j'aime pas les singes,
Oh guenon !
Mais j'aime pas les singes,
Oh gueno
n !



jeudi 30 juillet 2015

JE VIENS MOI AUSSI. NON TOI NON !

JE VIENS MOI AUSSI. NON TOI NON !



Version française – JE VIENS MOI AUSSI. NON TOI NON ! – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Vengo anch'io. No, tu no! – Enzo Jannacci – 1967
Auteurs : F. Fiorentini - D. Fo - E. Jannacci – Enzo Jannacci – 1967



Enzo Jannacci - Dario Fo - 1963

On pourrait aller tous ensemble dans les mercenaires
Là-bas au Congo de Mobutu se faire enrôler
Je viens moi aussi ? Non toi non.





Regarde, Lucien l'âne mon ami, comment vont les choses dans ce monde étrange dans lequel il nous est arrivé de vivre parallèlement l'un à l'autre.


Sans doute, sans doute. Pour paraphraser en le détournant le titre de la chanson que tu as récemment traduite : Je viens moi aussi et toi de même. Mais au fait, dis-moi Marco Valdo M.I. mon ami, ce qu'elle vient faire ici cette chanson et aussi, un peu, pourquoi tu l'insères en italien, comme si nos amis des CCG n'en avaient pas connaissance. Elle leur aurait donc échappé ?


D'abord, commençons par le commencement. Et... Au commencement était Carlo Levi.


Quoi ? Que vient faire Carlo Levi dans cette affaire ? Tu ne vas quand même pas me dire que c'est Carlo Levi qui t'as fait connaître cette chanson… Si je me souviens bien, Carlo Levi est mort depuis longtemps…

En effet, Carlo Levi est mort il y a quarante ans et pourtant, c'est bien lui qui m'a suggéré cette chanson. D'où, mon « Au commencement était Carlo Levi... ». Mais venons-en au fait. Depuis quelques temps, je me suis remis à refaire une version en langue française de cet étonnant et très intrigant livre de Carlo Levi : Paura della Libertà – La Peur de la Liberté. Je te rappelle au passage que Carlo Levi est un des fondateurs et des penseurs du mouvement clandestin de résistance au fascisme, Giustizia e Libertà. C'était au début des années vingt du siècle dernier. Donc… Pour des raisons de traduction, d'éclaircissement du processus qui avait conduit Carlo Levi à écrire – pour lui-même – Paura della Libertà, j'ai relu une série d'interviews qu'il avait données dans les années soixante et septante à la radio et à des journaux. Et c'est dans une de ces transcriptions, que j'ai trouvé le passage suivant, où il est question de cette chanson de Jannacci. La journaliste de la RAI – Terzo Programma (14 juin 1969), Marina Como, lui demande :
« Può far mi il nome de qualche canzone che Le è capitato di ascoltare et che Le piace, oppure il nome di qualche cantante… » (Pouvez-vous me donner le nom d'une chanson qu'il vous est arrivé d'écouter et qui vous plaît, ou le nom d'un chanteur...)
Et Carlo Levi répond… Avant de donner sa réponse, j'indique qu'elle intéresse particulièrement les CCG en ce qu'elle dit à propos de la chanson en général. Donc, Carlo Levi :
« Ce ne sono un'infinità…
Ci sono poi altre canzoni fra le centomila che si ascoltano per le quale ho interesse proprio per la scoperta di un loro motivo psicologico attuale : per esempio certe canzoni di Jannacci… quella di Jannacci ad esempio che dice Vango anch'io… questo « vengo anch'io » l'ho trovato fantastico, bellissimo... » (Il y en a une infinité… Il y a ensuite d'autres chansons parmi les cent mille qu'on entend et pour lesquelles j'ai de l'intérêt précisément en raison de la découverte d'un motif psychologique actuel : par exemple certaine chanson de Jannacci… celle de Jannacci qui dit Vengo anch'io … ce « vengo anch'io », je l'ai trouvé fantastique, très beau... »). Arrivé là, je me suis précipité dans les CCG pour voir cette chanson… Elle n'y était pas. Je l'ai donc cherchée et maintenant, je l'ai insérée dans les CCG. D'abord, la version italienne et ensuite, comme tu le vois, ma version en français. Mais…


Tu ne vas quand même pas me dire qu'il y a encore des éléments inattendus : tu t'intéresses à une chanson, tu la trouves, tu l'insères, tu insères une version en français… Que peux-tu y ajouter ? Tout est dit, non ?


Non. Il y a plus qu'on ne l'imagine dans ce cheminement hasardeux, le voyage au pays de la chanson est sujet à d'étranges aléas. Il y a le texte et le texte. Et l'histoire de la chanson elle-même. Il y a que parmi les auteurs, il y a Dario Fo et j'avais déjà traduit le texte que j'avais trouvé et qui reprenait exactement ce qu'on peut entendre dans les enregistrements publics de Jannacci et dans les compilations que l'on trouve sur Internet. Cependant, je trouvais à ce texte, un goût d'un peu trop peu, lorsque j'ai découvert que la version diffusée et connue avait été censurée et les deux dernières strophes avaient été interdites d'édition. Et quelles strophes… C'étaient de vraies bombes politiques et imagine, elles touchaient à la Belgique 'une part, dans sa politique post-coloniale au Congo et à la dictature de Mobutu et d'autre part, à la catastrophe minière du Bois du Cazier, mettant également directement en cause le résultat de la politique d'émigration italienne : Uomini contro carbone. J'ai donc rajouté ces deux strophes. Je te laisse découvrir.


Laissons découvrir… Car de fait, avec ces deux strophes, c'est réellement une autre chanson, très explicitement chanson contre la guerre, cette fois.
Alors, écoutons-la et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde dérisoire, arrogant, avide, aveugle, assassin et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



On pourrait tous aller au zoo communal.
Je viens moi aussi. Non toi non.
Pour voir comment sont les bêtes féroces
Crier au secours, le lion s'est enfui, à l'aide
Et voir en cachette l'effet que ça fait.

Je viens moi aussi. Non toi non.
Je viens moi aussi. Non toi non.
Je viens moi aussi. Non toi non.
Mais pourquoi ? Parce que non !

On pourrait tous aller maintenant que c'est le printemps.
Je viens moi aussi. Non toi non.
Avec sa belle bras dessus, bras dessous parler d'amour,
Découvrir qu'il finit toujours par pleuvoir
Et voir en cachette l'effet que ça fait.

Je viens moi aussi. Non toi non.
Je viens moi aussi. Non toi non.
Je viens moi aussi. Non toi non.
Mais pourquoi ? Parce que non !

On pourrait tous espérer un monde meilleur.
Je viens moi aussi. Non toi non.
Où chacun, est prêt à te couper une main,
Un beau monde de haine et sans amour
Et voir en cachette l'effet que ça fait.

Je viens moi aussi. Non toi non.
Je viens moi aussi. Non toi non.
Je viens moi aussi. Non toi non.
Mais pourquoi ? Parce que non !

On pourrait tous aller à ton enterrement
Je viens moi aussi. Non toi non.
Pour voir si les gens pleurent vraiment,
Comprendre que pour tous, c'est là chose banale
Et voir en cachette l'effet que ça fait.

Je viens moi aussi. Non toi non.
Je viens moi aussi. Non toi non.
Je viens moi aussi. Non toi non.
Mais pourquoi ? Parce que non !

On pourrait aller tous ensemble dans les mercenaires
Je viens moi aussi ? Non toi non.
Là-bas au Congo de Mobutu se faire enrôler
Puis tirer dans les nègres à la mitrailleuse
Chaque tête rapporte à la civilisation.

Je viens moi aussi. Non toi non.
Je viens moi aussi. Non toi non.
Je viens moi aussi. Non toi non.
Mais pourquoi ? Parce que non !

On pourrait aller tous en Belgique dans les mines
Je viens moi aussi ? Non toi non.
Voir ce qui se passe quand éclate le grisou
Remonter de beaux cadavres avec les ascenseurs
Ensevelis sous le drapeau tricolore.

Je viens moi aussi. Non toi non.
Je viens moi aussi. Non toi non.
Je viens moi aussi. Non toi non.
Mais pourquoi ? Parce que non !

LES ANIMAUX

LES ANIMAUX


Version française – LES ANIMAUX – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Gli animaliAlessandro Mannarino – 2014
Paroles et musique : Alessandro Mannarino

Bestiaire


Voici, Lucien l'âne mon ami, une chanson qui devrait bien te plaire. Elle raconte des histoires d'animaux ; On dirait un vrai zoo, ou à tout le moins une ménagerie. Elle devrait figurer dans un bestiaire.


Merci bien, j'aime beaucoup les chansons où il est question des animaux et j'aime aussi les bestiaires. De quels animaux parle-t-elle, celle-ci ?


Elle parle du chien, de l'âne, des chiroptères (plus connus sous le nom de chauves-souris, mais ça n'allait, pas pour la rime), du mulet, du crocodile, des serpents, de l'agnelet, du singe et des poissons…


Ça fait du monde et ce serait peut-être le moment de rappeler aux humains les droits des animaux et spécifiquement, ceux de l'âne par le biais de cette Déclaration Universelle des droits de l'âne  que tu publias ici-même, il y a quelques temps. Je ne voudrais pas qu'elle s'abîme comme un navire qu'un capitaine négligent a oublié au coin d'un océan.


Moi, elle m'a remis en mémoire deux chansons que j'aime beaucoup et qui trouveraient place elles aussi dans un bestiaire des chansons contre la guerre : l'une est une sorte de zoo à elle toute seule, elle s'intitule Les Éléphants et l'autre, à laquelle – comme on le découvrira – il est fait allusion dans la version française ci-dessous, s'intitule « La Maman des Poissons ». Tout comme y trouverait place Le crocodile d'Offenbach , qu'il faudrait bien lui rendre… Rendons à Offenbach, ce qui est à Offenbach ! Mais voilà, il manque un bestiaire dans les parcours des Chansons contre la Guerre ; il y a bien un parcours relevant les chansons où des animaux sont mal traités. Mais le bestiaire, ce serait autre chose ; disons que ce serait le coin des animaux. Il y aurait là aussi par exemple le chameau ou le dromadaire et le chameau, ou le chameau et le dromadaire , sans compter le chat ...


Moi aussi, je les aime beaucoup les nouvelles chansons que tu annonces et j'espère qu'elles seront bientôt dans le bestiaire des Chansons contre la Guerre et bien évidemment, rendons à Offenbach, ce qui lui revient. En attendant écoutons celle-ci et reprenant notre tâche, tissons, tissons le linceul de ce vieux monde trop anthropocentré, trop anthropocentrique, parfois même trop atroce, négligeant les animaux,et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Le chien se soumet
Parce que ça lui plaît
L'âne va d'avant en arrière
De chez lui au cimetière.
Les chiroptères
Évitent la lumière
Le mulet porte le bât
Et ne se reproduit pas
Le crocodile cherche
Toujours une proie
La proie se démène
Pour qu'il la voie
Les serpents pullulent
Comme les saints patrons
Ils changent de vêtements
Ils sont sales dedans, dehors élégants
Faites attention !

Oh oh oh, oh oh oh, oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh
Oh oh oh, oh oh oh, oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh

Les gouvernements changent
Mais pas les esclaves
L'agnelet hurle
Et les chiens policiers bavent
Le singe pourpre
A mis son kimono
Il dit qu'il peut parler haut
Avec le Tonnerre Suprême
Dans la forêt, on a construit un grand Dôme
Où les animaux vénèrent l'homme.
Les poissons dans la mer se confondent
Et font le tour du monde
Ils sautent au soleil et baisent dans l'eau profonde

Oh oh oh, oh oh oh, oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh.
Oh oh oh, oh oh oh, oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh.
« Grand-père, grand-père, puis-je te poser une question sur notre vie de poissons de la mer ? Pourquoi parfois il y en a un qui disparaît ? »

« Car il a été pris dans le filet du pêcheur. »

« Mais y a-t-il un moyen de ne pas se faire attraper ? »

« Il faut savoir distinguer la lumière des étoiles de celle des lamparos. »

Oh oh oh, oh oh oh, oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh
Oh oh oh, oh oh oh, oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh
Oh oh oh, oh oh oh, oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh

lundi 27 juillet 2015

IL Y A LE DIABLE

IL Y A LE DIABLE

Version française – IL Y A LE DIABLE – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Il diavolo c'è - Sergio Endrigo – 1993

Parole
s et musique de Sergio Endrigo



Ah, ah, qu'est-ce qu'il y a ?
Tu peux être sûre que là,

Il y a le Diable,
Il y a le Diable.




Voilà, dit Lucien l'âne en riant tout en balançant la tête de haut en bas ou de bas en haut selon le moment du tempo, une chanson qui en effrayerait plus d'un et qui l'entraînerait à appeler au secours un prêtre exorciste. Des exorcistes… au cours de mes périples, il me fut donné d'en rencontrer plusieurs et tous me parurent un peu brin de zinc ou brindezingue comme on voudra.


Oh, j'aime bien ton brin de zinc, je trouve l'expression assez jolie, même si dans le français authentifié, elle n'existe pas encore ; ce qui ne saurait au reste tarder. Mais j'en arrive à l'effroi que pourrait créer le titre de la chanson et peut-être chez les mêmes personnes, la chanson entière – on voit de tout les côtés de ces fanatiques, ces temps-ci et j'en profite pour leur lancer une de nos antiennes : « Fanatiques de tous les pays, calmez-vous ! ».
Donc, l'effroi de certains… On ne saurait les en guérir pour la simple raison que si effroi il y a, c'est parce qu'ils croient à l'existence du Diable et la chose va de pair avec la croyance à l'existence de Dieu, étant les deux faces du même ectoplasme. Et on aura beau leur expliquer que le diable de la chanson de Sergio Endrigo est en quelque sorte une figure, une image, une entité symbolique, un objet rhétorique, ils n'en démordront pas. Disons que chez Endrigo, cette entité symbolique en appelle à l'idée qu'on se faisait du diable dans un Moyen Âge reculé en opposition au dieu de ce temps, lequel dieu était censé être le bon et le diable de son côté, assumait le rôle du mauvais, dans une sorte de western œcuménique. Pour conclure, voici : le diable, c'est le mal, le mauvais côté des choses et du monde. Dans la chanson, tu peux – sans en aucune façon en occulter le sens – remplacer le mot « diable » par le mot « mal ».


D'accord, la messe est dite. Mais qu'as-tu d’autre à dire à propos de cette chanson ? Car je vois à ton œil qui pétille que tu brûles de me révéler une de tes étranges pensées, qui, je l'avoue, me déconcertent souvent...


Et tu n'as pas tort. Encore une fois, ce qui m'agite, c'est un souci de traduction. Le texte italien dit : « Nella gente che... il diavolo c'è ! », ce qui se traduit généralement par « Dans les gens qui... », que normalment on convertit en « Parmi les gens, chez les gens... », tout ce qu'on voudra sauf « Dans les gens... », ce qui supposerait « dans les gens = à l'intérieur des gens... » Cependant, à la réflexion, et me remémorant le film italien « Il piccolo diavolo » (http://www.filmpertutti.co/il-piccolo-diavolo/), où un diable exilé sur Terre (Benigni) s'introduit dans des personnes (particulièrement, une grosse dame, un cardinal…) et où il convient de faire appel à des exorcistes pour l'en extraire. La suite à l'écran… Je me suis rendu compte que la bonne traduction était véritablement dans, à l'intérieur des gens…

Alors voyons avec Endrigo ce que le « diable » fait en entrant dans les gens et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde hanté, endiablé, rongé par le mal de diable et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Dans les gens qui se croient toujours plus haut que toi,
Qui te traitent en esclave et se prennent pour les rois,
Pleins de la vanité, de la suffisance et de la superbe
Du paon gonflé et triomphant qui se croit on ne sait quoi,
Il y a le Diable,
Il y a le Diable.

Dans les gens qui ne dépensent rien, ne donnent rien à qui n'a rien
Et confient tout leur bonheur à leurs biens,
Qui ont un trésor sous le lit et vivent en pauvreté,
Qui nous verraient crever de soif et n'offriraient pas un café.
Il y a le Diable,
Il y a le Diable.

Dans les gens qui envient tout ce qu'on a
Peu ou rien peu importe, qui envient même nos tracas.
Ah, ah, qu'est-ce qu'il y a ?
On peut être sûr que là
Il y a le Diable.

Dans les gens qui ne font rien pour rien et ne font pas
Et qui passent leurs jours à bailler sur leur sofa,
Et s'écroulerait le monde qu'ils ne bougeraient même pas un doigt,
Qui prennent tout et ne donnent rien et ne se demandent jamais pourquoi.
Il y a le Diable,
Il y a le Diable.

Dans les gens qui prennent feu pour rien et s'enflamment de fureur,
Se fâchent, s’énervent et sont toujours prêts à exploser :
Des mèches allumées, des bombes en liberté.
Dans ces gens qui pour un rien tuent des gens, savez-vous ce qu'il y a ?
Il y a le Diable,
Il y a le Diable.

Dans les gens qui se gavent comme s'ils étaient Gargantua
D'abord mangent leur part et puis veulent tout le plat.
Ah, ah, qu'est ce qu'il y a ?
On peut être sûr que là,
Il y a le Diable.

Dans tes jambes si élancées que des plus longues on n'en trouve pas,
Dans ta bouche si gentille qui ne dit jamais je ne veux pas,
Dans ta peau d'or comme les saints, comme les rois,
Dans tes aisselles mouillées qui parfument tes bras
Il y a le Diable,
Il y a le Diable.

Dans les gens qui t’épient, te déshabillent, ne regardent que toi
Et ne veulent pas admettre que tu es seulement à moi
Ah, ah, qu'est-ce qu'il y a ?
Tu peux être sûre que là,
Il y a le Diable,

Il y a le Diable.