jeudi 10 octobre 2019

L’ÎLE

L’ÎLE



Version française – L’ÎLE – Marco Valdo M.I. – 2019
Chanson italienne – L’isolaMichele Gazich2018




San Servolo (Venise)
L'Asile : Dehors et Dedans





Crainte comme cri, attendue comme chant, cette œuvre peut à juste titre être décrite comme l’authentique « Spoon River » italienne. On parle de morts, c’est clair, mais les personnages impliqués ne sont pas « juste morts ». Ils sont morts deux fois : la première fois parce qu’ils étaient malades et internés dans un asile ; la deuxième fois parce que « les hôtes », les internés, d’origine juive, ont été déportés et tués. Tous les personnages racontés dans l’album vivaient, ou plutôt habitaient, sur la petite île de San Servolo, une oasis de terre pittoresque dans la lagune vénitienne. Ils vivaient dans un édifice très ancien, utilisé comme monastère pendant environ mille ans, mais en 1715, on l’a transformé en hôpital militaire et après moins de dix ans, en « hôpital psychiatrique ». Et cette destination est restée, malgré plusieurs changements, jusqu’en 1978, date à laquelle il a finalement été fermé. En ces 253 ans, dans ces murs, c’est toute une humanité qui est passée par là et qui, là, s’est brisée. On vivait là parce que quelqu’un vous y avait amené de force, parce qu’on était considéré comme « fou », inapte à la vie sociale, inapte à la vie, inadaptés et point final.



Michele Gazich a vécu sur l’île pendant environ un mois et a décidé de voir cet endroit avec les yeux d’aujourd’hui, mais en essayant de remonter le temps, en recueillant les histoires dans les dossiers individuels de milliers de personnes qui ont été enfermées dans ce lieu de tourment, en essayant de lire, dans ces journaux, la douleur et la souffrance humaines de qui est passé par cet endroit, vécu, végété, perdu sa vie. Une humanité problématique et, peut-être, pas nécessairement malade, mais seulement victime de dépressions, d’épuisement nerveux, de difficultés relationnelles. Malade ou peut-être seulement « dérangé », ou simplement ayant besoin d’un peu d’aide qui, peut-être, bien que demandée, n’est jamais arrivée. Une aide qui les aurait peut-être aidés à se libérer des angoisses de la vie quotidienne, ou du moins à les endurer, en vivant une existence « normale ». Nombreuses sont les histoires recueillies, faites de douleur et de peur, d’angoisse et d’épouvante, de silences et de hurlements nocturnes, de fantômes intérieurs et d’espérances interrompues. D’un coup d’œil, Gazich, comme les internés, pouvait observer la mer et le désir de liberté contenu dans l’horizon entre le ciel et l’eau. Avec un autre, il pouvait scruter les murs écaillés et remplis de ces « ombres » qui, dans ce lieu, ont perdu la santé mentale, l’intelligence, l’émotion, la dignité, la vie intérieure pour être, plus tard, prises et conduites au massacre, comme boucs émissaires de péchés jamais commis.
Pour écrire un album comme celui-ci, il ne pouvait suffire de lire un ou plusieurs livres, d’observer des photographies, de se remémorer la mémoire composée grâce à un article de journal ancien et périmé. Non, la réalité devait être affrontée, regardée dans les yeux, avec la peur de ne pas pouvoir y résister. Les photos des patients en prison devaient être observées et pénétrées avec soin, cadrées, intériorisées. Ces regards absents ou furieux devaient être portés au plus profond de soi pour comprendre, jusqu’au bout et autant que possible, comment ces vies ont été éteintes, lentement et avec une méthode inquiétante. En même temps que la vision des photographies, Gazich a également lu une myriade de dossiers médicaux, y compris ceux relatifs aux personnes racontées dans les chansons, dont les textes sont consignés dans le livret qui accompagne ce travail.
Il est clair que « Temuto come grido », entendu comme une chanson n’est pas un album aux couleurs douces, pastel, aux tons pleins de poésie tendre, qui est bien présente mais jamais tendre, en effet… Non, dans ces chansons (?), il y a la présence de l’humanité déchirée et crucifiée, il y a la présence de celui qui est « méprisé et rejeté par les hommes, un homme de douleur qui sait bien souffrir, comme celui devant qui on se couvre le visage, qui a été méprisé et que nous n’avions aucune estime pour lui » (Is 53,3), il y a la présence de celui qui, encore aujourd’hui, continue à réclamer sa dignité comme personne mais ne possède plus les droits ; il y a l’image de l’homme qui se transfigure dans le tourment d’une vie sans espoir, sans lumière, sans horizon, destinée à l’oubli de l’obscurité. Il y a l’homme dans son immensité niée. Il y a l’homme défiguré et offensé, sans même un semblant de salut, même lointain, imminent, possible.…
Ce travail, on l’aura compris, n’est certainement pas un travail simple, mais intrinsèquement composé de souffrances et de désespoirs, du mal qui a pénétré chaque espace de la vie et qui, après le martyre de l’enfermement, a fait subir à ces hommes et ces femmes, coupables d’être des enfants d’Abraham, subirent la déportation dans les chambres à gaz. Un événement qui a planté, dans ces pauvres corps, dans ces esprits dévastés, un autre clou, une autre lame tranchante enfoncée pour blesser le cœur. Et, il paraît insultant de dire, peut-être dans ce voyage, dans ce dernier voyage, que l’un d’entre eux a pu penser, peut-être un instant, que la destination de ce train, était la liberté. Mais ce ne fut pas le cas.
Tout commence sur cette île, San Servolo, où le cri des internés de l’asile se perdait vers les murs ou, parfois, vers la mer, sans que personne ne puisse l’entendre.
De cette mer autour, morphologiquement peu profonde mais immense pour ceux qui étaient internés, l’île est le premier signe de la douleur vécue. Cette île, qui ne sera jamais un « chez soi », est l’endroit où les internés arrivent, non pas comme hôtes, mais comme prisonniers. Le morceau est l’image de la solitude et du sentiment de claustrophobie qu’on vit et partage dans ce lieu, où tout est limité, « Couloir, jardin » où se consument les jours pendant que les corbeaux volent autour des murs. Et chez les internés qui ne sont pas obscurcis par la folie, qui est peut-être née dans ces salles, il y a la conscience que leur douleur nourrit la mer qui, au contraire, ne remercie pas, mais avec sa perfidie, déchire leur âme. La personne qui parle (dans la chanson) est née à Venise le 28 mai 1880, dossier n° 1943/202 (année d’hospitalisation et numéro progressif d’entrée à partir du mois de janvier) et le 11 octobre 1944 sera « retirée » par ordre du commandement allemand SS et transférée dans les camps…



Mes amis, je vais vous parler de l’île.
Où personne n’arrive de lui-même.
Sans port ni débarcadère,
Une île où on ne sera jamais chez soi.
Une île où on ne sera jamais chez soi.


Ne parviennent pas ici les hommes conscients
Ne parviennent pas ici, les hommes guidés par le vent.
Si quelqu’un arrive, c’est de force qu’on l’amena à
L’île où il ne sera jamais chez soi.
L’île où on ne sera jamais chez soi.


Certains parfois en paroles ont compati ;
Par pitié, ils donnent des vivres et des habits,
Mais si je dis que je veux m’en aller,
Il n’y a personne pour m’emmener,
Jamais personne ne veut me sortir d’ici.


Tous mes jours se consument :
Couloir, jardin, volent les corneilles.
Mon cœur pourrit à mesure que mon moi s’efface.
Je nourris la mer qui me tourmente,
Je nourris la mer qui me tourmente,
Je nourris la mer qui me tourmente,
Je nourris la mer qui me tourmente.

lundi 7 octobre 2019

La Marengo du Lieutenant

La Marengo du Lieutenant


Chanson française – La Marengo du Lieutenant – Marco Valdo M.I. – 2019

ARLEQUIN AMOUREUX – 1bis

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l'édition française de « LES JAMBES C'EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.






Dialogue Maïeutique


Ainsi, Marco Valdo M.I. mon ami, tu as encore écrit une chanson où il est question de Marengo. Qu’est-ce à dire ? Est-il toujours question de la bataille qui s’y déroula il y a plus de deux siècles ? Et si comme je le pense, elle devait faire partie de ton Arlequin amoureux, pourquoi ne pas l’avoir écrite bien plus tôt ? Vu que cet « opéra-récit-historique » comme tu l’avais appelé, tu l’avais commencé par « Marengo », il y a déjà quelques années et que tu l’avais interrompue assez rapidement.

Disons plus exactement, Lucien l’âne mon ami, que je l’avais suspendue, car j’avais d’autres projets en cours, qui me requéraient entièrement. Lais en vérité, je ne l’avais pas oubliée. Il se trouve qu’à présent que je termine ma série de publications, je reprends le fil de cette histoire d’Arlequin amoureux par « La Marengo du Lieutenant ». Cependant, je te rappelle quand même que durant cette suspension, j’ai publié (voir le catalogue du Livre en Papier), outre Dachau Express (1 volume), les Histoires d’Allemagne (6 volumes), les Histoires Lévianes (3 volumes), La Geste de Liberté (3 volumes) et que je sortirai prochainement, les Lettres de Prison (1 volume).

Certes, lit Lucien l’âne, c’est là un travail considérable ; mais ce nouveau Marengo ?

D’abord, Lucien l’âne mon ami, j’ai rencontré une première difficulté à la reprise de cette « série » - c’est très à la mode, les « séries ».

Je me demande ce que tu as pu rencontrer comme difficulté, susurre Lucien l’âne.

Simplement, rétorque Marco Valdo M.I., il y a que les dix premières chansons étaient déjà placées dans un certain ordre et numérotées. Or, celle-ci devait nécessairement être proche de l’autre Marengo. J’ai donc arrangé cette affaire en la numérotant 1 bis.

C’est en effet une curiosité féconde, car rien n’empêche un ter, un quater, etc. Ce serait, dit Lucien l’âne, une série dans la série. Mais encore ?

Ensuite, Lucien l’âne mon ami, laisse-moi te faire remarquer qu’il ne s’agit pas d’« un », mais d’« une Marengo ». Pourquoi « La Marengo » ?, car en fait, il s’agit de la bataille de Marengo. J’ai dû imaginer un tel titre pour dire que c’est la bataille, la même bataille, mais vue d’un autre angle, par un officier, par le lieutenant qui commande notre futur Arlequin. C’est un tout autre point de vue, même si comme chez le Lieutenant Lukas, dont Chveik était l’ordonnance, toute cette logorrhée militaire se tourne elle-même en dérision.

Bien, bien, dit Lucien l’âne, je vois le genre. Mais quand même, un commentaire.

Soit, répond Marco Valdo M.I. : déjà le titre « La Marengo du Lieutenant » devrait te faire pressentir que lui aussi, quelque part dans un palais ou une maison viennoise, a une amoureuse, qu’il ne prend pas pour une « virago » ; au contraire, mais il n’en dira rien cette fois. La chanson (et en partie la première) est une lettre qu’il adresse à cette belle Viennoise et il décrit assez objectivement les armées en présence. Et le résultat assez désastreux de toute cette virile confrontation – un village ravagé, une dizaine milliers de victimes, rien que chez les Autrichiens ; pour les détails, il suffit de lire la chanson.

C’est ce que je vais faire illico, dit Lucien l’âne et cela fait, tissons le linceul de ce vieux monde militaire, médiocre, stupide, mortel et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



On était trente mille Autrichiens
Sur l’herbe, on avait posé nos fesses.
La Patrie requérait des prouesses
Et ce soir, on ne faisait rien.

Ils étaient vingt-deux mille Français
Dans Marengo à vider les barriques.
La République requérait l’ardeur patriotique :
Vaincre ou mourir, ils buvaient frais.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Au matin, les clairons sonnaient,
Les coqs appelaient au combat.
À l’attaque, on s’élançait :
En rangs, on y allait au pas.

Sans vigueur, sans discipline militaire,
Mes hommes ne sont pas des soldats
D’une fougue extraordinaire.
On prend le bourg, l’ennemi n’y est pas.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Victoria ! Triomphe ! On tenait le village.
Mais, ma chère, empêcher le pillage ?
Enfin, n’y pensez même pas.
Les poules s’enfuyaient dans les bois.

Au soir, on perdit la bataille,
La cavalerie s’est enfuie ventre à terre.
Épuisés, pris en tenaille,
Dix mille fantassins se couchèrent.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

jeudi 3 octobre 2019

LA MALLE DE CHARON


LA MALLE DE CHARON


Version française – LA MALLE DE CHARON – Marco Valdo M.I. – 2019
Chanson italienne – Il traghetto di CaronteFrancesco Camattini – 2007




Passage de Dante vers l'Enfer




Dialogue maïeutique


Dans le fond, Marco Valdo M.I., j’aime beaucoup les titres étranges dont tu pares tes chansons, même – comme c’est le cas cette fois-ci – s’il s’agit d’une version française d’une chanson originellement en langue étrangère. Car j’imagine que cette « Malle de Charon » n’est pas à proprement parler une traduction, du simple fait que la « Malle » considérée comme un bateau destiné à faire le passage d’une rive à l’autre est une dénomination un peu particulière et à ma connaissance, strictement régionale, qui désignait un bateau qui assurait le passage trans-Manche entre Ostende et Douvres et c’était même un service public ; je pense me souvenir qu’il a fonctionné pendant plus d’un siècle. C’était même un moyen d’excursion assez apprécié des gens ; il permettait une balade en mer d’une journée à un prix abordable.

D’abord, Lucien l’âne mon ami, je te remercie de ton appréciation de mes titres énigmatiques, car comme tu l’as sans doute senti, j’y tiens beaucoup. Un titre, vois-tu, c’est un peu la signature, un peu aussi ce qui attire l’œil du passant inattentif, comme quand soudain l’œil accroche à un détail, se focalise sur un point excentrique. Ainsi quand on se déplace dans un lieu peuplé de milliers d’éléments dans la nature ou par exemple, au milieu de la ville dans une rue fort encombrée et que dans cet univers on décèle un oiseau, une fleur, une forme, un regard, que sais-je ? Eh bien, dans la monotonie des jours, des mots et des discours, soudain, un titre surgit et monopolise, tétanise l’attention comme une lumière dans la brume. Dans le cas présent, ç’aurait dû en bonne logique être la barque de Charon ou le bac de Charon, mais on est en mer, d’où cette curieuse Malle de Charon. Quant à Charon, c’est celui-là que Brassens évoquait dans Le Grand Pan en disant :

« La plus humble dépouille était alors bénie,
Embarquée par Charon, Silène et compagnie »

Oui, dit Lucien l’âne, je sais pertinemment bien qui est ce Charon qui utilisait une barque pour faire passer le Styx aux défunts ; on le désigne souvent sous l’appellation exotique de « nocher » – le nocher des Enfers, le nocher du Styx, le vieux nocher des morts ; c’était le passeur de l’Achéron. Comme tu le devines, je n’ai jamais eu recours à ses services. Mais passons.

Avant d’en venir à la chanson, je voudrais, Lucien l’âne mon ami, attirer ton attention sur un tableau d’Eugène Delacroix qui représente le passage vers l’Enfer de Dante sur la barque Charon. C’est une représentation terrible qui fait écho allégoriquement à la fin de la chanson.

Oh, dit Lucien l’âne, ce tableau est en effet terrible, mais n’est-il pas l’œuvre du même peintre qui fit Le Radeau de la Méduse, tableau dont tu illustras ta chanson Le Radeau de Lampéduse.

Eh non, Lucien l’âne mon ami, Le Radeau de la Méduse est l’œuvre de Théodore Géricault, dont précisément – et là, tu as raison – s’inspira Eugène Delacroix pour ce Charon passant Dante vers l’Enfer.

Mais quand même, dit Lucien l’âne, la chanson ne parle pas quand même pas de peinture. Que dit-elle vraiment ?

Elle dit des choses tout aussi épouvantables que ne disait Le Radeau de Lampéduse ; elle rapporte l’aventure infernale de réfugiés que des émules de Charon mercantiles et cupides mènent sur la mer vers un avenir radieux et jettent par-dessus bord à quelques encablures de la côte. À présent, cela se fait fréquemment directement au large de la Libye au départ de la croisière sans retour. Et pire encore, en Italie, jusque très récemment, un ministre s’entêtait à rejeter au large ces malheureux que des cœurs généreux avaient arrachés aux serres des vautours des côtes africaines.

Je vois, dit Lucien l’âne, c’est l’histoire de cette capitaine que tu racontes à ta manière dans Le petit Navire, la Capitaine et les Réfugiés et ce ministre sinistre est celui à qui tu proposais qu’on offre un « canard en plastique », quand on discutait de LA CAPITAINE, ta version française de la Capitana de Francesco Camattini, précisément ; le ministre déchu n’a pas eu le temps de recevoir son canard et encore moins d’apprécier les grands sentiments. Enfin, tissons le linceul de ce vieux monde infernal, dantesque, barbare et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






La mer est sombre, le vent siffle.
60 miles, puis la côte du Salento,
Caron le démon aux yeux de braise
Emmène les âmes sur son bateau.
À présent, la coque tangue sur les eaux noires ;
Dans le dos, s’éloignent la patrie et le drapeau,
Rêves lointains qui s’embrasent,
L’enfer d’aujourd’hui est déjà au-delà :
Qui vivra verra.


Hurle la mer et crie le vent,
Nous sommes trop sur la barque de Charon,
Treize en tout, trop lourds, trop pesants.
Le cœur se serre, mais silencieux, on va de l’avant ;
32 milles et un orage :
Un éclair d’espoir, l’Italie, apparaît déjà
Ou alors, l’ombre d’une poule,
Terrifiée à l’idée que le renard est là.


Hurle la mer et siffle le vent.
2 miles encore, puis la côte du Salento,
Caron le démon se fâche bientôt,
Prend sa mitraillette et crie « Descendez maintenant ! »
Mon cher amour, je ne sais pas nager,
Le naufrage n’est pas doux pour moi ;
Déjà, dans le ciel, je vois s’envoler
Un corbeau noir, qui vivra, verra.


La mer est calmée et le vent est calmé.
Treize corps dérivent sous les eaux du Salento.
Caron le Démon, mais le vrai, le beau
Nous emporte parmi les âmes dans l’obscurité.


vendredi 27 septembre 2019

NOUS NE VOULONS PAS DE GUERRE

NOUS NE VOULONS PAS DE GUERRE


Version française – NOUS NE VOULONS PAS DE GUERRE – Marco Valdo M.I. – 2019

Chanson allemande – Wir wollen keinen Krieg – Paul Burmann & AGB Band – 2014



Parfois, disons-le franchement, on se demande s’il existe encore des « chansons contre la guerre », les simples, les pacifistes, les qui disent non à la guerre, qui disent oui à l’amour qui entoure la Terre (! ! !), avec les peuples et le « Non à la guerre ! ». La réponse est oui : il y en a encore. Un exemple nous vient d’Allemagne, avec cette chanson de Paul Burmann et de son « band » : une chanson contre la guerre absolument classique, sans chichis, avec le vidéo qui s’ouvre sur l’enfant qui tend à son père musicien le formulaire d’appel aux armes et la scène dans un (authentique) cimetière de guerre, avec la jeune veuve qui pleure et jette les fleurs sur la tombe, et l’enfant blond devenu orphelin de père. À dire cependant que, dans ce contexte résolument « classique », cette chanson dit au moins une chose absolument vraie et importante, et elle insiste : la guerre fomentée et incitée par les mensonges des « médias », de plus au temps des « réseaux sociaux » et autres choses du genre. Il en a toujours été ainsi, et il en sera ainsi toujours et les « peuples d’Europe » ne la refuseront pas du tout, semble-t-il, la guerre. Ils ont périodiquement du besoin de leurs stupides nationalismes, de l’« ennemi », des « frontières » et de la « sécurité », et donc par les mensonges des médias toujours plus sophistiqués et capillaires, ils se laissent prendre joyeusement. Bienvenue, alors, même une chanson « classique », naïve, directe qui, évidemment, ne servira absolument à rien comme toutes les autres. [RV]


Dialogue maïeutique


Tu vois, Lucien l’âne mon ami, cette chanson dans sa présentation originelle et avec sa traduction italienne de la main de Riccardo Venturi, traînait dans ma liste de versions françaises « à faire ». Il y en a d’ailleurs des centaines. Mais voilà, je ne sais trop comment, ni pourquoi, je suis retombé dessus l’autre jour et je me suis dit, il faut vraiment que je la fasse, cette version.


Oh, dit Lucien l’âne, mieux vaut tard que jamais.


Mais elle n’est dans mes réserves que depuis 2018, autant dire hier, répond Marco Valdo M.I., et il y en a de bien plus anciennes, qui attendent, qui attendent et peut-être même, attendront toujours. Car, c’est inévitable, il y en a toujours de nouvelles qui arrivent. Et comment faire ? Quel critère, l’ancienneté ? En fait, c’est comme ça tombe. Pas vraiment le hasard, mais un sursaut, un clin d’œil, que sais-je ? Toujours est-il que j’ai fait celle-ci ; peut-être pour son affirmation péremptoire ou pour le commentaire de Riccardo Venturi, que je m’en vais te commenter à mon tour.


Oui, j’ai vu son commentaire et je suis fort curieux de ce que tu vas en dire, dit en riant Lucien l’âne. Personnellement, je trouve qu’il n’a vraiment pas tort de mettre les choses au point en ce qui concerne la guerre et les illusions populaires.


De fait, Lucien l’âne mon ami, j’allais commencer ainsi à reprendre un peu son argumentation afin de l’agrémenter de quelques réflexions supplémentaires. D’abord, il est vrai que cette chanson fait partie d’une espèce qui était plus en vogue, il y a déjà quelques temps : la chanson pacifiste naïve, diront certains, directe, diront d’autres. Moi, je dirais directe et naïve et même, directe, parce que naïve. Mais il me faut m’expliquer, je le vois à ton œil papillonnant. Le qualificatif « directe » ne suscite sans doute pas de controverse ; c’est le mot « naïve » qui pose problème, car d’aucuns y verront une sorte de dédain, une forme d’ironie ou une tentative de déconsidération. Rassure-toi, il n’en est rien, c’est une pure description, sans arrière-pensée. Tout comme en peinture, je n’ai rien contre le « naïf ». Cependant, nous savons ici, toi et moi et d’autres, que la guerre est un phénomène complexe et en grande partie, récurrent. En ça, la conclusion « pessimiste » de Riccardo Venturi est tout à fait pertinente ; si l’on n’y prend garde et si on laisse monter les populismes et les nationalistes, les discours haineux, les tirades patriotiques, on va tout droit à la guerre militaire, à la guerre directe, brutale, méchante et somme toute, « naïve » elle aussi.


Je le pense également, dit Lucien l’âne. À voir les discours imbéciles et les positions de matamore de certains, on pourrait y avoir droit. Mais, je t’en prie, poursuis.


Donc, Lucien l’âne mon ami, quand on veut vraiment comprendre la guerre et éventuellement, pouvoir s’en prémunir, il convient de la regarder dans toute sa complexité, autrement dit, dans le cadre de la Guerre de Cent Mille Ans, celle que les riches font aux pauvres pour assurer leur domination, protéger leurs privilèges, accroître leurs richesses et renforcer l’exploitation. Dans cette dimension, la guerre n’est pas que ce phénomène occasionnel où des gens en armes tuent, envahissent, écrasent, liquident occupent, etc. Celle-là, c’est la guerre « naïve », la guerre « bête et méchante » que font les militaires ou les para-militaires. Mais c’est un phénomène périphérique, c’est un moment épisodique, c’est l’acmé de la guerre. C’est contre cette forme virulente que s’élève notre « band » naïf, mais à l’analyse, ces passages de crise sont l’arbre qui cache la forêt. Les ravages de la guerre souterraine, de la guerre qui se meut ornée du masque de la paix, sont de loin pires. Par exemple, la Deuxième guerre mondiale a fait des dizaines de millions de morts – arrondissons à cent millions ; c’était certainement un bilan atroce. Mais la « paix », qui est l’état ordinaire de la Guerre de Cent Mille Ans, depuis lors, a tué énormément plus, terriblement plus par la faim, par la maladie qu’on ne soigne pas jusqu’à ce que mort s’ensuive, par les épidémies, par les inondations ou les sécheresses, par le sous-développement des uns dû au surdéveloppement des autres, par le racisme, par le mépris, etc. Cette guerre-là, cette forme-là de la guerre est bien plus atroce ; elle est endémique ; c’est la guerre silencieuse et permanente, qui rampe dans le corps de l’humanité comme un cancer irrémédiable. Alors, cette façon naïve de condamner seulement la « guerre naïve » est une véritable impasse, pour ne pas dire un leurre, une tromperie – sans doute, naïve, en ce qu’elle cache la vraie nature de la « guerre ». Dans la Guerre de Cent Mille Ans, la paix est la poursuite de la guerre par des moyens civils.


Soit, dit Lucien l’âne, comme je vois la chose, c’est pareil pour le climat, qui finalement n’est qu’un aspect de cette Guerre de cent Mille Ans, dont tu parles tout le temps et puis quoi ? Que faire ?


Oh, Lucien l’âne mon ami, ce qu’il faut faire, est aussi complexe que le phénomène. D’abord, je dis qu’on sait à quelles conditions, cette guerre cessera, si évidemment, un jour elle cesse. Il faut et il suffit que l’homme cesse de vouloir la richesse, arrête sa course à la possession des choses, du monde, des autres êtres, restreigne ses appétits et ses consommations, arrête de s’arrêter aux apparences, abandonne ses ambitions, mette de côté son orgueil, son racisme, sa bêtise et se contente de vivre et du simple bonheur de la vie. Je précise toutefois que l’homme ici doit être compris comme chacun, sans distinction de race, de sexe, d’âge, etc. Autant te dire que c’est pas demain la veille que cela se fera, mais chacun peut commencer à tisser le linceul de ce vieux monde, à chaque geste de sa vie, à chaque heure de son destin.


D’accord, Marco Valdo M.I. mon ami, restons-en là et tissons, en effet, le linceul de ce vieux monde avide, amer, ambition, avare, absurde et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Depuis des décennies, les guerres hantent la Terre.
Et se font toujours sous un faux prétexte,
Par les mensonges, suscitées et fomentées.
Et combien vies humaines ruinées ?

Nous ne voulons pas de guerre,
Levons-nous pour qu’il n’y en ait plus aucune.
Les peuples d’Europe refusent cette guerre,
Où tous perdent et personne ne gagne.

Nous ne voulons pas de guerre,
Levons-nous pour qu’il n’y en ait plus aucune.
Les populations d’Europe refusent cette guerre,
Où tous perdent et personne ne gagne.

Pas de guerre ! Oh non !

Trompés par les médias et les commentaires,
On va aujourd’hui à nouveau vers la guerre,
Contre
l’Iran, contre la Chine, contre la Russie,
Vous menez les peuples à la mort par votre folie.

Nous ne voulons pas de guerre,
Levons-nous pour qu’il n’y en ait plus aucune.
Les peuples d’Europe refusent cette guerre,
Où tous perdent et personne ne gagne.

Nous ne voulons pas de guerre,
Levons-nous pour qu’il n’y en ait plus aucune.
Les peuples d’Europe refusent cette guerre,
Où tous perdent et personne ne gagne.
Nous n’irons jamais à la guerre,
Refusez-la, pour avoir la paix demain.
Tenons-nous ensemble par la main
Pour entourer ainsi d’amour la Terre.

Nous n’irons jamais à la guerre,
Refusez-la, pour avoir la paix demain.
Tenons-nous ensemble par la main
Pour entourer ainsi d’amour la Terre.