jeudi 8 octobre 2020

COMPTINE DE L’ABEILLE

 

COMPTINE DE L’ABEILLE


Version française – COMPTINE DE L’ABEILLE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Filastrocca dell’apeMimmo Mòllica – s.d.




 

LA BELLE, LES ABEILLES ET LE VOLEUR DE MIEL

Lucas Cranach – ca. 1530







La Filastrocca dell’ape« Comptine de l’abeille » de Mimmo Mòllica se veut un hommage à ces insectes laborieux, mais aussi un appel pour la sauvegarde des abeilles et de la biodiversité. Les abeilles, en effet, sont en danger réel, menacées par les pesticides et la perte de leur habitat. Les pesticides les paralysent, provoquant la désorientation et la mort. Sauvons les abeilles !

Les abeilles, après tout, font bien plus que du miel : un tiers de notre nourriture dépend d’elles par le biais de la pollinisation. De nombreuses cultures légumières et horticoles importantes risquent d’être durement touchées par la diminution du nombre d’insectes pollinisateurs (fruits et légumes, tels que les tomates, les amandes, les pommes et les fraises : plus de 4 000 types de légumes rien qu’en Europe).

Sauvons les abeilles !

 






Dialogue Maïeutique


Ah, oui, dit Lucien l’âne, sauvons les abeilles et tout le reste. Mais les abeilles, c’est très bien, ça fait bzu et ça butine. Je les ai toujours connues et je les aime bien ; surtout, j’aime bien les regarder, on dirait qu’elles dansent en trois dimensions et toujours en couleurs, au soleil. Certainement, il faudrait les sauvegarder, les abeilles, car elles mettent des taches de soleil mouvantes dans la longueur du jour. Évidemment, il faut prendre le temps de les regarder ; ça vous fait de très belles et de très agréables journées. Et puis, comme tous les êtres vivants – disons comme les rats – elles ont parfaitement le droit de vivre ; mais pour moi, pas à cause de leur éventuelle utilité ; l’utilité est un hasard superficiel, c’est un effet d’entropie. Comprends-moi, les abeilles ne sont pas là pour faire du miel, ni pour polliniser, c’est une vision très utilitariste de l’existence ; c’est prendre le monde à l’envers. En fait, si elles font du miel, si elles pollinisent, c’est parce qu’elles sont elles-mêmes et qu’elles ne peuvent rien faire d’autre que d’être elles-mêmes ; en fait, en quelque sorte, le miel, la ruche, le pollen, c’est l’abeille elle-même, entendue comme un ensemble inséparable de lui-même. De même, à ce compte-là, s’il doit y avoir une téléologie, l’homme est là pour faire des ponts ou pour faire des guerres ; d’aucuns pourraient justifier l’utilité des guerres comme des moments de grands progrès et des séquences de transmission de savoirs et même, de civilisation. Ce seraient des ferments de l’évolution humaine. C’est peut-être même vrai, mais dans un raisonnement a posteriori. En fait, tout comme pour l’abeille et le miel, la guerre n’a d’autre but que de faire de la guerre et par un effet d’entropie, elle peut engendrer des progrès, mais tout autant des régressions ; ça lui est complètement indifférent. Il en va de même de l’abeille.


Halte-là, Lucien l’âne mon ami, ici, dans la chanson, il est question de l’abeille, des abeilles racontées par une abeille. Et cette abeille plaide pour la survie des abeilles – splendeur et misère des abeilles serait un assez bon titre. Donc, cette sympathique petite abeille chante une comptine. Une comptine s’adresse aux enfants et elle dit des choses simples. Il faut la voir comme ça et c’est comme ça qu’elle veut qu’on la voie. C’est une défense et illustration des abeilles par une jeune abeille à destination des jeunes humains. Avant qu’il ne soit trop tard, c’est un avertissement. Tiens, c’est un discours de Cassandre et de ce que j’en sais, il se pourrait bien qu’elle ait raison de sonner ainsi le tocsin. On commence à voir les effets de cette destruction systématique des insectes et d’autres espèces animales (donc, pas seulement des abeilles) et il n’est pas sûr du tout qu’on pourra y mettre fin à temps.


Oui, dit Lucien l’âne, à force de jouer avec les allumettes, on finit par mettre le feu et puis, on ne sait que faire face à l’incendie. Mais rassure-toi, tout finit toujours par s’arranger, disent certains. Même mal, ajoute le sage. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde décrépit, empesté, infatué, imbécile et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane











Je suis la petite abeille fidèle,

Je suis l’abeille qui fait le miel,

Volant toujours comme l’aviateur,

Toujours à me poser sur les fleurs.



Toujours en vol, entre le champ et le jardin,

Trèfle, thym, origan ou romarin,

Je suce le nectar de chaque fleur,

De mère nature, le cadeau le meilleur.



Un miel doux, source de vie,

Riche en pollen de jonquilles,

Du nectar, nous sommes les butineuses ;

De la cire, nous sommes les faiseuses.

 

Lors même que l’air se salit et se pollue,

Que leau est trouble et pue.

Nous faisons plus encore pour les gens,

Nous protégeons et nous sauvons l’environnement,



Si je disparaissais à jamais du monde,

La crise de la planète serait plus profonde.

Sans les abeilles et les pollinisateurs

S’éteindrait la race des agriculteurs.



Nous sommes nombreux à l’avoir compris

Que la planète doit être sauvegardée

Des pesticides avec lesquels on anéantit

Les abeilles, par millions, déjà on a tuées.



Quand les abeilles n’y seront plus,

Votre monde ira à l’envers

Et vous aurez perdu

Le ciel et l’Univers.



Les abeilles, jolies et fécondes,

Gardent les secrets du monde,

Précieuses messagères du temps,

Elles annoncent le printemps.



Nous sommes petites, mais des milliers.

La ruche est douce à habiter

Où il y a la paix, l’entente et l’unité,

La cire, le miel, le travail et l’humilité.

De la nature, nous sommes la volonté,

Et dans le monde, nous sommes la liberté.





dimanche 4 octobre 2020

W LA LIBERTÉ

 

W LA LIBERTÉ



Version française – W LA LIBERTÉ – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – W la libertà Zauber – 1986

 

 

 

 


 



W la libertà est un mini-LP publié par Drums Edizioni Musicali en 1986. qui rassemble quatre titres enregistrés par Zauber avec le trio vocal de Mirage (produit par Zauber lui-même). Le disque est la suite naturelle de « Profumo di Rovina » (« Dix chansons de Ferrante Aporti » de 1985), dans ce cas-ci dédié cependant à la section féminine. On peut lire sur la couverture que « Viva la libertà » ainsi que « Profumo di Rovina » (1985), est une anthologie discographique de chansons écrites par des détenus. Contrairement au précédent disque, cependant, elle ne recueille que des compositions de filles et est confiée à l’interprétation d’un seul groupe, Mirage.

(VERSO LA STRATOSFERA – Blog dedicato al rock progressivo (e non solo) italiano degli anni 70 e deviazioni varie)


Dialogue Maïeutique


Mon ami Lucien l’âne, il me semble que tu as l’air un peu perplexe face à ce titre. Dis-moi si je me trompe.


Marco Valdo M.I., mon ami, je m’interroge sur ce W, que tu as d’ailleurs repris dans la version française. Je suppose qu’il veut simplement dire, noter étrangement Viva ou Vive.


Certainement, Lucien l’âne mon ami, et toi qui vis en fuyard depuis des siècles, toi qui évites si scrupuleusement, si précautionneusement de te faire enfermer, tu en sais quelque chose de la valeur de la liberté.


En effet, dit Lucien l’âne, si j’ai choisi de rester un âne, de rester prisonnier de mon corps d’âne, dans cette apparence insolite pour un jeune homme que j’étais, je l’ai fait justement pour bénéficier à jamais de cette vie d’âne errant, courant et discourant interminablement qui est la mienne.


Juste quelques mots à propos de la version française, car, Lucien l’âne mon ami, elle diffère sensiblement de la chanson italienne sur un point accessoire que je trouve néanmoins essentiel et à propos de l’artifice que j’ai trouvé pour surmonter la difficulté de genre.


Oh, dit Lucien l’âne, tu as bien fait alors, car le genre est très à la mode depuis quelque temps. Mais quelle était cette difficulté ?


Eh bien, Lucien l’âne mon ami, si tu as lu le commentaire d’introduction, tu sais que le texte de la chanson et l’interprétation sont le fait d’un groupe féminin, appelé « Mirage ». Or – je ne sais si c’est la même sensation en italien – le texte une fois traduit revêtait au singulier une forte connotation masculine ; ce qui ne rendait pas justice à ses créatrices. Il m’a paru nécessaire de contourner cet obstacle et d’effacer cette malencontreuse impression. Alors, comme la liberté – et cela n’est pas discutable – appartient à tous, je me suis dit que mettre le texte au pluriel permettrait d’éviter cet écueil de genre. Pour le reste, outre que la chanson la voit sous un angle particulier, de la liberté, il n’y a pas grand-chose à en dire au-delà de ce qu’on en a tant dit – songe par exemple à Liberté, elle aussi écrite sur le mur, si ce n’est qu’elle est essentielle à la vie et pas seulement humaine, car elle est le moteur même de l’évolution naturelle, laquelle ne peut être contrainte. Le monde et la vie se sont créés et ne croissent que grâce à elle. Elle va son chemin dans tous les sens, y compris dans des impasses, muant de mue en mue dans son étrange parcours. Ainsi en va-t-il aussi de la liberté individuelle des humaines et des humains, êtres minuscules s’agitant dans l’immensité.


Hou là, Marco Valdo M.I. mon ami, te voilà à nouveau philosophant à tours de bras ; d’ailleurs, on en a déjà causé tant quand on parcourait ici même les Lettres de Prison de Carlo Levi ; il y en avait quarante-deux entre Le Fils emprisonné et Le Ciel de Lucanie, pour ne rien dire de L’Arlequin amoureux (entre Marengo et Les Pieds nus) ou de la Geste de Liberté (entre Katheline, la bonne Sorcière et L’Heure de l’Hirondelle). Je t’en prie, restons-en là et tissons le linceul de ce vieux monde étouffant, limité, carcéral, réduit et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien l’âne.



W la liberté que l’on veut supprimer

Elle renaît plus forte quand on veut l’enterrer.

La liberté écrite sur le mur

Par ceux qui ont déjà été emprisonnés

Ou ceux qui n’ont pas de futur.



Tous parlent en bien de cette chose étrange,

En font de longs discours chaque semaine.

W la liberté avec un signe fort

Gravé avec des lettres torses d’or.



W la liberté pour ceux qui sauront piocher

Et détruire le mur du pénitencier.



W la liberté que l’on veut supprimer,

Elle renaît plus forte quand on veut l’enterrer.

C’est une excuse que les madrés utilisent

Pour en profiter à la face des autres.



Tous parlent en bien de cette chose étrange,

En font de longs discours chaque semaine.

W la liberté avec un signe fort

Gravé avec des lettres torses d’or.



Seuls qui l’ont perdue comprennent vraiment,

Que quand elle manque, on rencontre le néant.

vendredi 2 octobre 2020

LES PETITS HOMMES AU POUVOIR ÉNORME

 

LES PETITS HOMMES AU POUVOIR 

ÉNORME


Version française – LES PETITS HOMMES AU POUVOIR ÉNORME – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson allemande – Die kleinen Männer mit der riesengroßen MachtGeorg Kreisler – 1979

Paroles et musique de Georg Kreisler (1922-2011), satiriste, cabarettiste et compositeur viennois. (georgkreisler.info) Étazunien d’adoption, sa famille, de religion juive, dut fuir l’Autriche après l’Anschluss en 1938.

Album : « Mit dem Rücken gegen die Wand » (Avec le dos au mur).

 



  

Homme de pouvoir

Bruno Voigt - 1933




Dialogue Maïeutique 





« Les petits hommes », ha, ah !, dit Lucien l’âne, mais tous les hommes sont petits, même comparés à un cheval ou à une vache, ou à un cochon.


Lucien l’âne mon ami, je t’arrête tout de suite. Certes, tu as raison, vu comme ça, les hommes sont tous petits, mais ce n’est pas de cette grandeur-là qu’il s’agit ; il s’agit de la grandeur au sens moral, pas de la taille de leur corps, ni de la taille de leur richesse matérielle relative, mais de la taille de leur personnalité.


En quelque sorte, dit Lucien l’âne, il s’agit de leur petitesse intérieure.


Juste, reprend Marco Valdo M.I., et comme on le sait, les hommes et les femmes peuvent considérer leurs semblables de divers points de vue. Dans ce cas, on considère les gens du point de vue de la personnalité, chose qui englobe toutes sortes d’éléments et singulièrement, le caractère, la posture morale et pour tout dire, la psychologie globale de l’individu et pas de son physique.


Oh, dit Lucien l’âne, ainsi un homme grand peut être un petit homme et un homme petit un grand homme et bien entendu, pareil pour les femmes, avec certaine nuance ; ainsi, on dira de Christine de Suède ou de Catherine de Russie qu’elles étaient de grandes dames – elles étaient de la noblesse et occupaient de hautes fonctions avec un certain brio et d’Hypatie d’Alexandrie ou de Marie Curie que c’étaient de grandes femmes, car leur grandeur se mesure à leur intelligence, à leur valeur scientifique ainsi qu’à leur humanité – qui n’ont aucun pouvoir coercitif sur les autres. Pour les mêmes raisons, on pense assurément de Voltaire que c’est un grand homme, pareillement pour Socrate, Aristote, Einstein ou Bertrand Russell. Ce n’est pas le cas pour Jules César, Alexandre le Grand ou Louis XIV, qu’on dit aussi le Grand, qui sont des gens qui doivent leur grandeur à d’autres critères.


Bref, dit Lucien l’âne, je vois de quoi il s’agit quand on parle de grands hommes et donc, que seraient alors les petits hommes de la chanson ?


Eh bien, dit Marco Valdo M.I., je voudrais quand même insister sur le fait qu’on peut être un grand homme sans aucune renommée et être à jamais ignoré comme tel. De tels grands hommes sont heureux, car ils appliquent à la lettre la morale du grillon de Florian : « Pour vivre heureux, vivons cachés ». Maintenant, voyons ces petits hommes de la chanson. Ce sont des nains moraux, leur petitesse est morale ; il faut les considérer du point de vue de leur personnalité (ou de l’absence de celle-ci) ; ils sont petits moralement et ce, quel que soit le poste, le rang qu’ils ont dans la société. En clair, ils peuvent occuper la plus haute fonction d’une société ou la plus basse, détenir les plus grands ou le plus petit pouvoirs, ils n’en restent pas moins de petits hommes.


Et ces petits hommes, dit Lucien l’âne, le mot qui les qualifie le mieux ne serait-il pas : mesquin ?


Exactement, dit Marco Valdo M.I., c’est le bon mot ; ce qui les caractérise, c’est la mesquinerie, c’est leur principale qualité. Ceci dit, ils ont également un égo inversement proportionnel à leur taille morale. Plus ils sont médiocres et mesquins, plus leur égo est gigantesque. Du point de vue éthique, ce sont des imbéciles heureux, ceux de La Ballade des gens qui sont nés quelque part. Le problème, c’est qu’il y en a beaucoup dans la société humaine. Ils sont nombreux et se démènent – c’est leur but essentiel – pour être les premiers, pour dominer, pour commander, pour diriger ; ils aiment le pouvoir, ils apprécient aussi de faire sentir aux autres l’importance qu’ils s’attribuent ou celle qu’ils se sont attribuée, quel que soit le niveau où ils se situent ; de même les pouvoirs démesurés dont ils disposent peuvent s’appliquer à n’importe quel poste ou niveau : du vigile au président le plus grand. Ils développent le syndrome de la peste émotionnelle, telle que al décrivait Wilhelm Reich ; ils la véhiculent et l’imposent. Et chose facile à comprendre, plus le niveau de pouvoir auquel ils accèdent, plus grande est la nuisance qu’ils représentent, plus – on me passera l’expression – ils emmerdent (littéralement) le monde.


Oufti, dit Lucien l’âne, je me demande comment ils peuvent vivre avec eux-mêmes, ce doit être écœurant, insupportable. Cependant, restons-en là, sinon, on n’en sortira pas aujourd’hui. Ça nous mènerait je ne sais où et en tout cas, trop loin. Pour l’heure, tissons le linceul de ce vieux monde pestilentiel, tout petit, trop grand, rond, plat, multiple, unique et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane















Les petits hommes au pouvoir immense

Ont été à l’école

Et portent des cravates.

Ils ont des biens et des familles et des dettes

Et veulent le meilleur pour leur patrie abstraite.



Les petits hommes au pouvoir énorme

Ont énormément d’ambition,

C’est nous qui en manquons.

Ils sont photogéniques, peignés, joviaux et au régime

Et regardent de haut les autres hommes.



Ils s’éveillent et sont prêts à l’instant,

Pour dormir, ils n’ont pas assez de temps.

Pour eux, la musique et le chant sont une perte de temps.

Ils ne pensent jamais à un rêve,

À un poème, à un arbre.

Ils rient peu et très rarement.



Les petits hommes au pouvoir colossal

Ont été depuis des ères immémoriales

Une race d’hommes spéciale.

Leurs erreurs sont fausses, leurs vertus sont fatales,

Leur arrogance est absolument normale.



Leurs femmes sont encore pires,

Avec leur air de deux airs.

On ne sait pourquoi ils en sont fiers.

Leurs enfants sont peureux, frivoles et stupides.

Dès après leur naissance, elles ont des hémorroïdes.



Ils ont des maîtresses, encore plus pires,

Qu’ils engagent comme secrétaires,

Qui sont là pour l’argent et l’influence,

Qui papillonnent et se moquent des choses,

Sourient de travers, parlent à tort et s’imposent.



Un petit homme m’a demandé : « Que devais-je faire ?

Le pouvoir était proche, j’ai dit oui

Et j’ai eu de la chance : maintenant je suis ici

Avec la police et les militaires.

Et le fait que je sois petit est oublié.

Je bois du champagne doux

Et comme il a bon goût,

Je suis comblé.

Petit homme, Dieu ne m’a pas gâté.

J’encaisse beaucoup. J’avale la saleté

Et je boucle des tas de dossiers.

Mais ce que je fais, je le fais pour la patrie.

Je n’abandonnerai pas mon peuple.

Ce serait irresponsable.

Je me sacrifie.



Les petits hommes au pouvoir démesuré

Pensent au courage et aux responsabilités,

Jamais à démissionner.

Nous, on est dans la merde jusqu’au cou.

Dès qu’on se bat pour s’en échapper,

Un petit homme arrive et se moque de nous.



Les petits hommes ont beaucoup promis,

On a entendu vraiment beaucoup leurs cris,

Mais rien n’a changé.

Un seul conseil : Méfiez-vous, chers amis,

Des petits hommes aux pouvoirs démesurés.



mercredi 30 septembre 2020

UN GÉNÉRAL

UN GÉNÉRAL


Version française – UN GÉNÉRAL – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson allemande – Der GeneralGeorg Kreisler – 1964

Paroles et musique de Georg Kreisler (1922-2011), satiriste, cabarettiste et compositeur viennois. (georgkreisler.info)

dans l’album " Nichtarische Arien " (" Arie non ariane ") de 1966





UN GÉNÉRAL







Dialogue Maïeutique


Lucien l’âne mon ami, voici une chanson qui raconte l’histoire d’une famille sans histoires : un père représentant, une mère admirable, leurs trois filles. Tout roulerait tranquillement, ordinairement, s’il n’y avait eu ce fils qui s’est mis dans la tête de se parer d’un uniforme. Depuis, il est général, il plastronne, il caracole, il se pavane au grand dam de ses sœurs et de ses parents.

Ohlala, dit Lucien l’âne, c’est comme ça, un général dans une famille, c’est tout un bazar et plein d’ennuis. Parfois, il va à la guerre et c’est fort bien ainsi, que ferait-il d’autre ? On le sait par cette chanson qui racontait ce qui était arrivé à cette famille qui avait acheté un « général à vendre » ; elle avait dû s’en séparer.

Certes, répond Marco Valdo M.I., un général, c’est censé faire la guerre ou en tout cas, aller souvent en campagne militaire. C’était ainsi que la mathématicienne et marquise Émilie du Châtelet l’entendait. Son mari revenait parfois, lui faisait un enfant pour la lignée, puis repartait à ses garnisons, ses sièges, ses batailles et ses gloires. Il faut dire qu’Émilie dans ses très longs intervalles recevait son ami Voltaire pour débattre de philosophie et science avec lui. Elle en a profité pour faire connaître Newton et ses Principes mathématiques à la France. Ça ne l’empêchait pas d’être coquette et Voltaire l’appelait gentiment Madame Pompon Newton. Mais je m’égare.

Pourquoi « Un général » ? C’est l’intitulé de ma version française, alors qu’il aurait fallu dire – vu que le titre allemand était « Der General » – « Le Général », mais voilà, il y avait déjà la chanson de Maurice Fanon avec ce même titre de « Le Général » et que nous avions déjà fait une version française d’une autre chanson allemande homonyme – « Der General » de Dieter Süverkrüp.

Oh, dit Lucien l’âne, n’était-ce pas celle où on disait « Que fait le général après la bataille ? Il salue les survivants. »


Exactement, répond Marco Valdo M.I., mais celle-ci d’aujourd’hui, celle de Kreisler, est beaucoup plus ironique et mordante. Elle s’en prend à l’idée-même du général, à son ambition, son égotisme, son solipsisme, son autoadmiration. Je te laisse apprécier le personnage au travers de la chanson. Une dernière chose : je voudrais une fois encore insister sur le fait que c’est une version française et que de ce fait, il ne faut pas s’étonner si elle ne correspond pas mot à mot, ni même vers par vers, à la chanson d’origine. Cependant, en gros, c’est la même histoire, c’est une bonne approximation.


En effet, dit Lucien l’âne, mais une langue n’est pas l’autre et les expressions pertinentes dans l’une ne fonctionnent pas toujours dans l’autre.


Si ce n’était que ça, dit Marco Valdo M.I., ça ne vaudrait pas la peine d’en parler. Ma remarque a comme but de souligner que la version – telle que je l’entends – à la différence de la traduction, entend être une œuvre indépendante, quoique assez fidèle. C’est une évolution ; c’est la raison pour laquelle elle est signée d’un nom d’auteur et que je prends bien soin de distinguer la version française et la chanson ainsi créée peut voler de ses propres ailes. Évidemment, tout dépend de ce qu’on veut faire. Il en a toujours été ainsi ; par exemple, nul ne contestera à Shakespeare la paternité de ses œuvres, mais il est patent qu’il allait chercher la substance de ses pièces qui se déroulent Italie dans les œuvres des auteurs italiens de son époque (entre parenthèse, ceci suppose qu’il ait connu ces œuvres en direct – comment se les procurait-il ? et qu’il ait connu les diverses variantes d’italien de ce temps ; de même, Homère fit son œuvre à partir d’une compilation de récits véhiculés par les aèdes.


C’est ainsi que ça va, je le sais bien, dit Lucien l’âne et crois-moi, je suis bien placé pour le savoir. Bref, on pourrait débattre longtemps, mais il me faut conclure. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde militarisé, surarmé, conflictuel, plastronnant et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.







Son père est représentant,

C’est un homme honorable ;

Sa mère est une dame admirable,

Comme on en trouve rarement.

Le fils a subi l’enseignement

Comme un refrain obsédant.

Les voies du Seigneur sont impénétrables :

Bien que le fils a étudié à l’université,

Sans être un mauvais étudiant,

Qui aurait pu alors imaginer

Que ces parents en rien coupables

Iraient à présent en ville tête basse,

Ne regarderaient personne en face,

Car pour eux aussi, leur fils est un raté.

Mais sans doute, vous le devinez.



Ce pauvre homme est général,

C’est un vrai scandale.

Il aurait vraiment

écouter sa mère.

À présent, c’est le plus désolant

Les yeux aveuglés, sa mère pleure,

Lui, il se promène et fait le fanfaron

Avec une bande au pantalon !

Il joue au soldat, il monte à cheval,

Il caracole comme un petit enfant ;

Il fait du raffut et fait peur aux gens

Pour se faire remarquer : c’est un général.



Ces gens ont trois filles et n’ont pas honte d’elles.

La première est mariée à un chauffeur.

La deuxième est même avec un docteur,

Qui va l’épouserprétend-elle.

La troisième est encore célibataire,

Et pour encore un certain temps.

On dit qu’elle a eu beaucoup d’amants,

Qu’elle est déjà mère

Et qu’il faudra reconnaître l’enfant.

Ce qui complique encore son cas.

Cependant, le fils seul s’est égaré si affreusement ;

Pour lui, seul importe qu’on marche bien au pas :

Gauche-droite, une-deux, gauche-droite,

Gauche-droite, une-deux, gauche-droite !


La catastrophe est totale.

À présent, il est général,

Il coud des rubans

Et de petites étoiles,

Sur ses vêtements.

Il dort la nuit dans une tente,

Qu’on le salue, ça le contente.

Il se couche toujours très tôt

Et rêve qu’il est un héros.

Si on le réveille, il se met en colère :

Comme un chien devant une vipère !

Vous demandez : est-ce normal ?

Qu’importe : c’est un général !