samedi 20 mai 2017

ABÉCÉDAIRE DU PRÉCAIRE

ABÉCÉDAIRE DU PRÉCAIRE

Version française – ABÉCÉDAIRE DU PRÉCAIRE – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson italienne – Filastrocca del precarioDisabilié – 2015
Texte et musique : Stefano Onnis




La comptine du précaire est une chanson, inspirée d’une comptine populaire d’origine toscane.
Comme celle-ci , il emploie les lettres de l'alphabet pour jouer avec les mots et endormir un enfant, l’idée est de renverser complètement cette image à partir du fait que tous les mots liés à l’actuelle condition de précarité ouvrière n’ont vraiment rien à voir avec la « bonne nuit et les rêves d’or »…


Dialogue maïeutique :

Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson qui est une comptine, c’est-à-dire une de ces chansons qu’on chante aux enfants avant qu’ils s’endorment et même, pour qu’ils s’endorment. Ce sont des chansons qui racontent de jolies histoires, question d’apaiser l’esprit agité du bambin.

Oh, dit Lucien l’âne, des comptines, des litanies, des ritournelles, des cantilènes, des lallations, j’en ai entendu tant et tant ; j’ai été jusqu’à en accompagner de braiments harmonieux. Depuis le temps qu’on me colle dans les crèches, comme si je n’avais que ça à faire au cœur de l’hiver.

D’accord, Lucien l’âne mon ami, ne t’emballe pas comme ça. Je précisais les choses, car justement, cette comptine-ci ne fonctionne pas comme ça. C’est, si tu veux, une anti-comptine, une comptine à rebours. C’est une chanson réaliste, dure, construite sur le modèle d’une comptine, elle-même bâtie sur le schéma de l’alphabet. Comme l’alphabet scout, mais de façon différente cependant, car l’alphabet scout…

Celui-là aussi, je le connais, Marco Valdo M.I. mon ami. Pour la raison, que j’ai souvent pâturé près de leur camp à ces bruyants enfants. Je te chante le début :
« Un jour, la troupe campa
A, A, A.
La pluie se mit à tomber
B,B,B…. »

Arrête-toi là, on a compris, s’écrie Marco Valdo M.I. C’est bien celle-là, c’est bien cet alphabet, dont tu remarqueras qu’il utilise la lettre en répétition pour faire la rime. C’est exactement l’inverse dans cette comptine italienne. La lettre sert d’initiale au mot-clé – appelons-le ainsi – de référence.
On a donc – dans ma version française : A : annonce ; b : Bien ; C : Contrat ; D : Désolation ; E : Expérience ; F : Flexibilité ; G : Gens ; H : Homme ; I : inerte ; J : Jeu ; K : Kafka ; L : Lamentable ; M : Mort blanche ; N : Nouvelle tragédie ; O : ouvrier ; P : Précaire ; Q : Quantité ; R : Réforme ; S : Suppression ; T : Terrible ; U : Unité perdue ; V : Vilaine histoire ; X : Plus rien de fiXe ; Z : Zéro.
Ce qui, comme tu le vois, n’est pas vraiment un vocabulaire enfantin.
C’est aussi la raison pour laquelle je l’ai intitulée « ABÉCÉDAIRE DU PRÉCAIRE » et non, comptine. Même si aujourd’hui, nombreux sont les enfants qui n’ignorent rien de la situation absurde dans laquelle on maintient leur père, leur mère ou les deux.

Je vois, je vois, dit Lucien l’âne. Alors, voyons-le ton abécédaire qui m’a l’air de raconter un épisode de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin d’accroître leurs richesses, de renforcer leur domination, d’instaurer la peur au cœur des gens et d’assurer ainsi leur obéissance et leur soumission. Quant à nous, reprenons notre travail et tissons le linceul de ce vieux monde avide, exploiteur, dominateur et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






A : annonce de travail dans un journal

B : bien : tout ira bien, ne pas penser, c’est vital

C : contrat à durée limitée, C.D.D.
Un projet de trois mois, qui peut-être sera renouvelé.

D : Désolation, on ne le renouvelle pas
Rien ne change, c’est toujours comme ça

E : Expérience, enthousiasme, et cetera

F : Flexibilité, nous voilà ! Il faut signer, sinon quoi ?

G : Tant de gens sont au chômage

H : Un homme couché au pied d’un échafaudage

I : Inerte, immobile. Arrive l’ambulance.

J : Jeu de sirène ; ç’aurait pu être plus grave.

K : C’est le monde de Kafka.

L : Lamentable : travail au noir sous-payé

M : Mort blanche, danger !

N : Nouvelle tragédie d’une vie, événement banal ;
Pas d’article dans le journal.

O : Ouvrier, autrefois, héros du travail adulé

P : Précaire au call-center, aujourd’hui méprisé.

Q : Quelle quantité de frais, il doit encore supporter :
Pas de congés de maladie, pas de vacances, sans jamais protester.

R : Réforme du travail, au boulot sans trêve :

S : Suppression du droit de grève,

T : Terrible : Toutes les luttes syndicales
Se perdent dans l’indifférence générale.

U : Unité perdue, triste destin ;

V : Vilaine histoire, triste fin.

X : X, on n’a plus rien de fixe.

Z : Finalement, on compte pour zéro.
Alors, je vais me coucher tôt
Sous les couvertures, tous les mots

Font un joli rêve et un beau contrat tout chaud.

jeudi 18 mai 2017

FINI LA GUERRE

FINI LA GUERRE


Version française – FINI LA GUERRE – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson italienne – Finì la guerraDodi Moscati 1997





Si tu veux des soldats, t’as qu’à les faire en bois !



C’est l’occasion de rappeler que durant la guerre de 1915-18, les étudiants se proclamèrent interventionnistes.


Dialogue maïeutique

Lucien l’âne mon ami, voici une canzone dont le titre ne demande pas vraiment d’explication et je pense que tu ne m’en demanderas pas. Ce qui nous permettra de commencer notre dialogue maïeutique par une interrogation étonnée à propos du commentaire lapidaire du commentateur italien à mon sens trop général qui désigne les « étudiants » comme « interventionnistes » durant la guerre de 1915-18. D’abord, il convient de préciser ici que s’il s’agit d’étudiants, ce sont les étudiants italiens dont il est question.

En effet, Marco Valdo M.I. mon ami, ça paraît surprenant vu de maintenant – un siècle plus tard et après les grands mouvements étudiants contre la guerre au Vietnam et qui ont marqué l’année 1968, tous les mouvements pacifistes des années 50-60 et ceux contre la bombe atomique ; sans doute, les étudiants n’étaient-ils pas seuls à mener ces protestations, mais il y en avait beaucoup.

Dès lors, Lucien l’âne mon ami, quand on lit un tel commentaire, on est étonné, pour ne pas dire incrédule. Et pourtant ? Et pourtant, c’est exact, mais partiellement seulement. Il serait plus exact de noter : « une partie des étudiants », tout comme ce fut le cas pour le reste de la population. Pour ce qui est des étudiants de l’époque, je peux au moins citer un étudiant turinois qui ne l’était pas : Carlo Levi (né en 1902 – antifasciste militant de la première heure). Cet étudiant-là était le neveu, par sa mère, du militant socialiste Claudio Treves, nettement anti-interventionniste et ce jeune homme était, comme on dit plus couramment en italien, de matrice libertaire et dans la lutte contre le fascisme rejoindra le mouvement Giustizia e Libertà, dit libéral-socialiste et dont la visée était profondément révolutionnaire. Cela dit, e fut certainement le cas de la majorité des étudiants et dans les deux camps. L’exaltation patriotique est un virus qui infecte la jeunesse dès lors qu’il existe des frontières, des nations et des engouements massifs.
Au-delà de cette remarque, parlons de cette chanson, qui est composée d’une filastrocca toscane, qui lui sert de support et vise à favoriser la mémorisation. Comme tu le sais sans doute, la filastrocca est cette sorte de comptine, de ritournelle qui est généralement composée de propositions qui s’enchaînent par une logique interne, sans trop se soucier de coller à une réalité. On en connaît beaucoup (Filastrocca burlona, Filastrocca del Natale, Filastrocca del precario, Filastrocca delle parole, Filastrocca di Jacob detto il ladro, Filastrocca quanto costa , Filastrocca vietnamita et Di filastrocche e fucili) qui sont très appréciées des enfants qui les utilisent jusque dans leurs jeux. Quant à celle-ci je ne sais de quand elle date, ni de quelle guerre, elle relate un épisode. Car il y a une contradiction entre elle et le cœur de la chanson qui concerne la guerre de 1915-18, durant laquelle il n’y avait pas de raison d’aller « en France… pour tuer le capitaine ». Par contre, elle est certainement pacifiste et s’adresse en direct au roi d’Italie, Victor Emmanuel. Pour les détails, voir la chanson. Sauf peut-être pour un bout de phrase : « Victor Emmanuel, roi d’Italia : Combien d’hommes, chaque jour tu abats ? » qui anticipe assez bien le slogan des étudiants et manifestants étazuniens lors de la guerre du Vietnam, qui manifestaient en interpellant le président Lyndon Baines Johnson, qui avait pris la suite de J.F. K. (John Fitzgerald Kennedy), d’une façon presque similaire : « Hey ! LBJ ! How many kids do you kill today ? » – Hey! LBJ combien de gars as-tu tués aujourd’hui ? ».

Eh bien, Marco Valdo M.I. mon ami, puisque dans la filastrocca, il est question d’un âne, tu penses bien qu’il ne pourrait s’agir de moi qui ai vu des meuniers pendus et bien des fois, quand des mauvaises conditions (sécheresse, orages…) tarissaient les récoltes ou quand les troupes vagabondes ou d’envahisseurs s’en prenaient aux paysans, c’est-à-dire littéralement, aux gens du pays. Pour le reste, reprenons notre tâche et avec la patience du moulin poussé par l’âne ou le vent ou l’eau, tissons le linceul de ce vieux monde belliqueux, absurde, aride, avide et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Trotte, trotte, petit poulain !
Mène l'âne au moulin !
Le moulin est foutu
Et le meunier s’est pendu,
Il s’est pendu au râtelier,
Sa femme prépare le dîner,
Elle le fait pour donner à manger
À Piccirillo qui part en France,
Avec sa hache, avec sa lance
Et son petit couteau dans sa gaine
Pour tuer le capitaine.
Le capitaine tombe à terre
Et ainsi finit la guerre.
Je maudis ceux qui veulent la guerre,
Les premiers étaient universitaires.
Combien de jeunes gens sous la terre ?
Combien de jeune sang pour des frontières ?
Victor Emmanuel, roi d’Italia :
Combien d’hommes, chaque jour tu abats ?
Si tu veux des soldats, t’as qu’à les faire en bois !
Mais les miens, laisse-les-moi.
Victor Emmanuel, que fais-tu ?
La meilleure jeunesse, tu la veux toute entière ?
La meilleure jeunesse, tu la veux toute entière ?
Et mon bel amour, quand me le rendras-tu ?

Trotte, trotte, petit poulain
Mène l'âne au moulin
Le moulin est foutu
Et le meunier s’est pendu
Il s’est pendu au râtelier
Sa femme prépare le dîner
Elle le fait pour donner
À Piccirillo qui va en France
avec sa hache et avec sa lance
avec un petit couteau dans sa gaine
Pour tuer le capitaine
Le capitaine tombe à terre
et ainsi finit la guerre.


dimanche 14 mai 2017

EXPLOSIONS NUCLÉAIRES À LOS ALAMOS

EXPLOSIONS NUCLÉAIRES 
À 
LOS ALAMOS

Version française – EXPLOSIONS NUCLÉAIRES À LOS ALAMOS – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson italienne – Esplosioni nucleari a Los AlamosMarco Ongaro – 2004







Comme d’habitude, Lucien l’âne mon ami, je sais que tu vas me poser la question rituelle à propos de l’étrangeté de ce titre incongru. Et tu auras raison. Comme d’habitude aussi, je vais commencer par te dire que ma traduction ou plus exactement, ma version française de la canzone n’est pas tout à fait conforme à l’originale italienne. Et comment le pourrait-elle ? C’est une absurdité d’imaginer qu’elle pourrait l’être. Il y a mille raisons à ça et la principale, c’est que pour refléter exactement un texte, il n’y a pas d’autre voie que de le recopier tel quel. À partir de là, comme d’habitude, je rappellerai la raison essentielle pour laquelle je me bricole des versions françaises de textes conçus en d’autres langues et là, c’est tout aussi évident, c’est parce que je ne les comprends pas et je ne les comprends pas, car je ne connais pas – disons suffisamment – les langues dans lesquelles ils ont été écrits. D’aucuns imaginent ingénument que je connais d’autres langues que le français. Ils se trompent.

Comme je te comprends, Marco Valdo M.I. mon ami. C’est l’évidence-même quand on prend la peine d’y réfléchir : il faut toujours se traduire un texte, même quand il est dans la langue qu’on connaît. Sinon, comment expliquer les exégèses ? Souvent même, les gens demandent qu’on leur traduise ou qu’on leur paraphrase des textes dans leur propre langue. C’est vrai pour des phrases aussi simples que : le chat est sur la table ou le canapé est au milieu du salon, pour lesquelles il faut d’historiques explications. Car, comme l’on sait, ces phrases-là disent autre chose que ce qu’elles ont l’air de dire.
Ainsi, la carte n’est pas le territoire est le fondement de la sémantique générale, laquelle comme son nom l’indique s’applique à tout et donc aussi à la chanson. J’en tiens pour preuves parmi bien d’autres « Le temps des cerises », « I pompieri di Viggiù » ou « Tout va très bien, Madame la Marquise ». Cela dit, en effet, je voudrais bien que tu éclaircisses un peu ma lanterne, car ce titre me paraît fort mystérieux.

Dans les faits et au premier degré, « Explosions nucléaires à Los Alamos », c’est clair, c’est limpide. Si l’on s’en tient là, Lucien l’âne mon ami, il suffit de dire que la seule chose mystérieuse est « Los Alamos » et que Los Alamos est un nom charmant qui désigne tout simplement « Les Peupliers », ce qui n’explique pas la présence de ce toponyme dans le titre de cette chanson. En fait, Los Alamos est une petite ville des États-Unis, située au Nouveau Mexique, pas trop loin de Santa Fé et c’est sur son territoire sur le site d’une ancienne école de rancheurs (en français de Camargue : des gardians) – en fait, une ancienne école agricole – que fut établi au cours de la dernière Guerre Mondiale, dans le courant 1943, le centre de recherches nucléaires, chargé de mettre au point la bombe atomique. Mais il y a un mystère complémentaire, à savoir que ce lieu ultra-secret à l’époque n’est en réalité pas celui où eut lieu la première explosion ; il n’y en eut même jamais à Los Alamos. La première explosion de la première bombe, curieusement dénommée Gadget, effectivement conçue à Los Alamos, eut lieu à l'extrémité nord du champ de tir d’Alamogordo dans la vallée de Jornada del Muerto dans le comté de Soccoro au Nouveau-Mexique, à plus de 350 kilomètres de Los Alamos.
Cependant, je te dois quand même une autre explication. Je passe les allusions aux vedettes du cinéma hollywoodien et à l’American Way of Life de cette famille de campeurs du Wyoming et j’en viens à ce que je veux expliciter un brin : le chapeau d’Oppenheimer. Robert Oppenheimer est un physicien étazunien qui à ce moment dirige le projet Manhattan dont le but explicite est la réalisation dans les délais les plus brefs de bombes atomiques, considérées comme l’arme suprême, capable de mettre hors combat les adversaires des Alliés. En l’occurrence, l’Allemagne et le Japon.
Quant à son chapeau, c’est une façon de désigner l’explosion elle-même qui après quelques instants, prit la forme d’un chapeau.
Et ce que raconte la chanson se présente un peu comme un film à la fois précis et vague, une sorte de rêve américain – American dream – assez cauchemardeux dans lequel traîne une terrible pestilence, celle d’Hiroshima, ville japonaise frappée par la première bombe militaire, une odeur nauséeuse qui se répandit au monde entier dans les temps qui suivirent l’explosion du 6 août 1945. Cette sensation est toujours là au cœur de la Terre à hanter l’humanité entière.

Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, maintenant que tout ça est éclairci, il ne nous reste qu’à reprendre notre tâche et à tisser le linceul de ce vieux monde explosif, nucléaire, pestilentiel, dément, légèrement suicidaire et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



John Ford passa
Avec toute son équipe ;
John Wayne
passa
Jetant la vie et le whisky par chaque pore ;
Clark Gable
passa ;
Marilyn Monroe
passa
Et
d’autres fantômes qui
Qui consumaient des Malboros en tas ;
L'air était chaud en ce matin
Pétillant et cristallin.
Mais qui aurait dit
comme ça
Que c’était l’air d’Hiroshima ?

Une blonde passa
Dans une Impala
Avec son nouvel amant
À la recherche d'un motel bon marché.
Une famille : les parents, les enfants,
Des touristes du Wyoming
Qui partaient en camping :
Le fils avait son air échevelé,
La fille avait un nœud dans les cheveux.
Il y avait un ciel bleu
Comme on n’en avait jamais vu là.
Mais qui aurait dit comme ça,
Que c’était le ciel d’Hiroshima ?

Le chapeau d'Oppenheimer
Poussait comme un champignon
Là-bas tout au fond
De l'ennui du désert.
Fermi était déjà mort
Et le temps long encore
Avant qu’on accable tout haut
Ce monde bourreau.

John Wayne se leva,
John Ford broncha,
Marilyn Monroe, le sourire joyeux,
Cacha son visage dans ses cheveux.
Ainsi, on ne sait pas plus qu’elle
Ce que veut dire
Vivre et mourir.
Avec ce frisson de cellules rebelles
De celui qui dans la nuit, va
À la cuisine à pas discrets
Se chauffer un peu de lait,
De ce lait au goût d’Hiroshima



jeudi 11 mai 2017

LE PLEUR DE L’ÂNE

LE PLEUR DE L’ÂNE

Version française – LE PLEUR DE L’ÂNE – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson italienne – Il pianto dell’asinoSkassapunka – 2017





Dans silence de la nuit, dans l’obscurité complice de l’homme, un pleur déchire les tympans endormis d’une ville qui dort. Nous venons d’un quartier de la périphérie nord de Milan, qui le jour montre un visage souriant, bien-pensant et de nuit se cache, en faisant place au braiment d’un âne qui, vraiment, presque tous les soirs parcourt les rues du village, comme s’il criait de douleur pour ses conditions et celles du monde dans lequel il vit. Notre ville est aussi le domicile de beaucoup de travailleurs, étant une zone industrielle, une classe ouvrière poussée à la recherche de l’embourgeoisement, au refus de son état, bombardée de centres commerciaux les plus gros du monde et des cochonneries de l’EXPO, rendue docile et domestiquée par le moralisme du moyen âge du vingt et unième siècle. L’âne est la métaphore de cette classe, Notre classe, car ils pensent que nous sommes des stupides, têtus, de rustres animaux de somme utiles au travail et juste bons à être battus par les patrons à chaque tentative de révolte.



Comme une déchirure, un tympan troué,
Un cri dans la nuit, le viol d’un sourire,
Entends-tu la plainte ? Un cœur s’est réveillé
De trop d’os cassés, les larmes sur le visage.

Les rues vides, le monde dort ;
La cage est un lit muet, l’obscur est désormais le maître ;
Les yeux ouverts, on lève la tête.
Dans cette merde, je sens ma révolution.

Le monde pleure, il sent la mort
Dans les décombres d’une fausse bonté ;
Le monde crie toujours plus fort ;
Un poing fermé serrera la liberté.

Il y a celui qui résiste, celui qui reste dans le troupeau
Et même, te laisse le poids sur le dos.
Fils de tous les rebelles sans temps,
Même le souverain tremble, il y a un pleur qui résonne ;
Les esclaves ne naîtront pas dans la révolution.

Le monde crie toujours plus fort
Houuuuuuuu !
Car cette fleur qui ne se rend pas,
Le poing fermé, la liberté serrera.

mercredi 10 mai 2017

Avec les Pompiers

Avec les Pompiers

Chanson française – Avec les Pompiers – Fred Adison 1934
Paroles : Charlys et Couvé
Musique : Henry Himmel

Interprètes :


Donc, Lucien l’âne mon ami, nous sommes en 1934, année quasiment liminaire de la consolidation du parti nazi à la tête de l’Allemagne et du renforcement de la dictature d’Adolf Hitler sur le-dit parti – par l’élimination de tous ses concurrents nationalistes et même de la SA, milice nazie, par la SS milice hitlérienne, sorte de garde prétorienne du Führer. Les choses prennent tournure et même, mauvaise tournure. Comme tu pourras aisément le comprendre, on était là devant le début d’un formidable incendie qui va embraser le monde entier quelques années plus tard.
C’est à ce moment que Charlys et Couvé pour les paroles et Henry Himmel pour la musique lancent par la voix de Fred Adison, cette chanson qui raconte l’étrange et cocasse aventure des pompiers pyromanes malgré eux.

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, je la connais mi aussi cette et qui ne la connaît pas cette Scie fort populaire (on la chante encore dans ces soirées…) et quand bien même , quelqu’un ne la connaîtrait pas encore, après l’avoir écoutée une seule fois, il ne l’oubliera plus jamais, ne fût-ce qu’à cause de cette musique de fanfare sautillante qui rappelle les tressautements des débuts du cinéma et ces inoubliables fantaisistes que furent Stan Laurel et Oliver Hardy.

Ah, Luxien l’âne mon ami, je ne sais si cette chanson rappellera à tout le monde ces deux loustics extraordinaires, d’autant logiquement pour cela, il faudrait déjà les connaître et donc, les avoir vus dans leurs exploits, mais ce que je sais, c’est que les pompiers maladroits de notre chanson farce, annoncent – tels des Cassandres bottées, casquées et ignifugées – des événements nettement plus dramatiques, plus détestables encore qui vont se dérouler sur une échelle terriblement plus grande. D’autant que cette chanson à la gloire de ces héros du feu sera bientôt suivie d’une autre tout aussi enflammée, intitulée « Tout va très bien, Madame la Marquise » , que l’on peut caser dans la même veine satirico-prophétique.
D’autant plus encore que d’autres incendies, œuvres de pyromanes patentés, en grandeur réelle cette fois, allaient suivre à brève échéance et finalement, embraser la planète entière : Guernica, Madrid, Barcelone, l’Espagne toute entière étaient mises à feu et à sang par les bandes franquistes, fascistes et nazies ; puis vint le tour de la Tchécoslovaquie, la Pologne, l’Europe entière et au-delà.
Je vois, je vois, dit Lucien l’âne. Cette histoire de pompiers incendiaires par incompétence et incommensurable bêtise, sera reprise quasiment à la lettre, mais localement adaptée en Italie et aux circonstances, quinze ans plus tard, sous le titre I Pompieri di Viggiù .

Cela dit, reprend Marco Valdo M.I., outre de donner encore une fois raison à Cassandre, ces chansons prémonitoires me semblent éclairer de leurs flammes fatidiques les épisodes de la Guerre de Cent Mille Ans  qui vont suivre. Cette Guerre d’usure si sournoise que les riches font aux pauvres depuis déjà pas mal de temps afin de maintenir leur domination, de renforcer leur pouvoir, de multiplier leurs richesses, d’étendre leurs influences, d’accroître leur puissance et d’assurer la pérennité de l’exploitation, cette guerre polymorphe qui parcourt la vie des hommes et qui ne pourra être close que du jour où l’humaine nation y mettra fin en mettant hors jeu la richesse et l’ambition.

Mettre fin à la richesse et à l’ambition, que voilà un beau programme, dit Lucien l’âne. Beau et le seul possible, il revient à mettre fin à l’infantilisme, cette maladie qui débilite gravement l’espèce humaine. D’autant plus qu’il faudra que tous s’en convainquent. Alors, nous, nous qui en sommes convaincus, il nous faut reprendre notre tâche et tisser, tisser le linceul de ce vieux monde ambitieux, débile, infantile, perclus de richesses et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Chez nous au village,
On est à la page,
Car nous avons fondé
Une compagnie de pompiers.
Ils se présentèrent
Chez "Mossieu" le Maire
Qui fit un grand discours
Pour fêter ce beau jour.

Nous avons bien rigolé,
La fanfare a défilé,
Avec les pompom...
Avec les pompom...
Avec les pompiers.
Au bistrot l’on a trinqué
Et la jeunesse a dansé
Avec les pompom...
Avec les pompom...
Avec les pompiers.

Y avait l’instituteur,
Le préfet, le facteur,
La femme au pharmacien
Qui dit du mal de ses voisins.
Dans le pays tout entier,
On a fait tous les cafés
Avec les pompom...
Avec les pompom...
Avec les pompiers.

Hier soir une Delage
Prit feu dans un garage.
Ne voyant pas la nuit
Leur pompe à incendie,
Ils prirent sans méfiance
La pompe à essence
Pour arroser le feu,
Ils firent la queue leu leu.

Nous avons bien rigolé,
Tout le village a flambé
Avec les pompom...
Avec les pompom...
Avec les pompiers.
Comme ils étaient affolés,
On a fait un défilé
Avec les pompom...
Avec les pompom...
Avec les pompiers.

Le capitaine avait
Requis tous les objets :
Des plats, des vieux chapeaux,
Pour faire la chaîne avec de l’eau.
Enfin, ça s’est arrêté :
Y avait plus rien à brûler
Avec les pompom...
Avec les pompom...
Avec les pompiers.

Cette chaude alerte
Causa bien des pertes ;
Après les explosions,
Ce fut l’inondation ;
Il fallut à la nage
Traverser le village ;
Oui, mais pour boire un coup,
Il n’y avait plus d’eau du tout.

Nous avons bien rigolé,
On a failli se noyer
Avec les pompom...
Avec les pompom...
Avec les pompiers.
Comme il restait un café,
On y entra pour se sécher
Avec les pompom...
Avec les pompom...
Avec les pompiers.

Nous n’avions plus beaucoup
Les yeux en face des trous
Et tout en nous tordant,
Nous tordions nos vêtements.
En famille, on est rentré,
Mais tous les administrés
Avaient leur pompon
Avaient leur pompon
Avec les pompiers.