lundi 16 novembre 2015

UNE FEMME

UNE FEMME

Version française – UNE FEMME – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Una donnaIl Teatro degli Orrori – 2015


L'élimination systématique des Yazidis (pour commencer… et ensuite à qui le tour ?), c'est la logique de l'édification d'une sous-humanité et de son corollaire : d'une surhumanité.

L’actualité. Une femme parle : « Mais regarde, tu les vois, mon ami, ce sont des réfugiés, ils fuient une mort certaine et nous ici à nos petites affaires, et toi, femme, la beauté de ton sourire parle de ton courage, sa douceur est un drapeau ». Dans le livret , c’est l’unique texte qui manque, à sa place il y a une photo. « J’ai vu la photo d’une fille et suis remonté à la source, nous l’avons achetée à une agence irakienne. C’est une fille yazida de quatorze ans en fuite de l’Isis avec ce qui reste de sa famille, elle porte un kalashnikov que lui a donné l’Unité de Protection du peuple kurde pour la protéger. Le clic la cueille alors qu’elle se tourne, cueille son regard extraordinaire : dans cette photo il y a la contemporanéité. Il ne parle pas seulement du drame des réfugiés, de cette incroyable migration. Il parle même de nous, de nos égoïsmes, de notre indifférence. Pour ceci j’ai mis seulement l’image : le texte est cette fille ».



Ah, mon ami Lucien l’âne, vois ma perplexité. Je viens de faire une version française d'une chanson italienne d'un groupe dont le nom est en soi tout un programme : « Il Teatro degli Orrori » - Le Théâtre des Horreurs et un nom tout à fait pertinent en ce qui concerne notre « monde ». C'est un groupe musical actuel et la chanson est de cette année 2015. Et comme tu l'as pu voir dans le mot du commentateur italien, il y a une liaison directe entre cette chanson et « l'actualité ». Même si, l'actualité, on s'en fout.


On s'en fout ? Que veux-tu dire ?, toi que je vois te préoccuper constamment, au jour le jour, des histoires humaines, de ce qui se passe dans ce foutu monde.


Eh bien, je veux tout simplement indiquer que ce grand dégueuloir d'informations en continu et ce matraquage cervical permanent doivent être évités comme la peste. Et spécialement dans leurs versions audios et audio-visuelles qui paralysent, pétrifient toute capacité de réflexion – en raison-même de leur soi-disant immédiateté (un leurre, puisque précisément, comme ce sont les médias par excellence, ils médiatisent), de leur instantanéité (effective, celle-là), de leur caractère répétitif hypnotique et de l'éparpillement de la pensée qu'ils créent par l'atomisation de la relation du réel. En fait, contrairement à ce que son apparence laisse supposer, l'écran n'est pas un miroir neutre, une fenêtre ouverte sur le monde ou la radio, une oreille attentive. Ce sont plutôt des machines à décerveler ; tel est leur caractère intrinsèque, quelle que soit la bonne volonté de ceux qui travaillent à alimenter ces machinesPour mieux me faire comprendre, je dirai : c'est dans leur nature. Il suffit de voir comment ils sont obligés de saucissonner le monde – en de minuscules tranches. Elles débitent la réalité en rondelles d'informations. Je m'arrête là, sinon…


Sinon ?, s'écrie Lucien l'âne, arrêté lui aussi subitement dans son élan réflexif… Sinon, tu n'en finirais jamais avec cette parenthèse. Quand tu te laisses entraîner, on voit bien où tu démarres, mais on ne sait jamais quand tu vas aboutir…


Et en finale, je ne parlerai jamais de la canzone, dont je te rappelle (ici, je raccroche au train) qu'elle s'intitule Una donna, Une Femme. Une femme en fuite, avec un fusil-mitrailleur à l'épaule. Elle fuit les tueurs, violeurs, sadiques, croyants, déments de l'État islamique. Et l'image le laisse penser aussi : le cas échéant, elle fera usage de son fusil. Tel est la signification de cette photo et de son regard.


J'espère bien, dit Lucien l'âne, qu'elle ne devra pas en arriver là.


Peut-être bien que oui, peut-être bien que non. Mais, en réfléchissant, on ne peut s'empêcher de penser qu'elle aurait pu être juive quelque part en Pologne, en Lituanie ou en Ukraine vers 1943, au temps des Einsatzgruppen (https://fr.wikipedia.org/wiki/Einsatzgruppen)Je ne prends évidemment pas cette référence par hasard.


J'imagine assez. Je te connais bien, Marco Valdo M.I. mon ami, et je sais ta cohérence. Dès lors, dis-moi…


J'ai choisi ce retour anachronique car j'entends signifier qu'on se trouve en présence de deux États totalitaires absurdes et qu'à bien des égards, cet État islamique est comparable à l'État nazi. Un des traits communs les plus marquants est cette manie de l'administration, de l'enregistrement, de la « systématique » dans le massacre (et pas seulement). Il y a là des émules d'Adolf Eichmann (https://fr.wikipedia.org/wiki/Adolf_Eichmann). Sans doute, sont-ils pires encore à bien des égards. Ainsi, Brecht avait raison : « le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde ». On est en présence d'une logique tout à fait similaire d'élimination ou d'esclavagisation de populations entières, en l'occurrence, les Yazidis, une population kurde présente dans les montagnes de l'Asie mineure depuis des milliers d'années (on parle de plus de 6000 ans) parce que Kurdes, parce que Yazidis. L'élimination systématique des Yazidis (pour commencer… et ensuite à qui le tour ?), c'est la logique de l'édification d'une sous-humanité et de son corollaire : d'une surhumanité.


Un telle élimination , en français, ça s'appelle un génocide. Il me semble d'ailleurs, à moi qui ne suis qu'un âne, que c'est là une pratique assez courante parmi les humains. En vrac, je cite (et forcément, j'en oublie et sans doute, beaucoup) : les Arméniens, les Héréros, les Roms, les Rwandais, les Juifs, les Amérindiens, les Inuits, les Biafrais, les Tasmaniens… Sans oublier les espèces animales. Là, on ne compte même plus celles qui ont été totalement éliminées. Le tout selon des modalités diverses et à des époques différentes. Je me demande, mais ce n'est pas ma spécialité, s'il existe une histoire des génocides (des génocidés et des génocidaires), car on devrait pouvoir dégager des points communs à toutes ces guerres humanicides.


Maintenant, j’en viens à une question qui touche au binôme guerre et paix. Il me plaît de définir la guerre comme une agression et la paix comme une manière de vivre sans pratiquer l'agression. Mais ça ne résout pas le problème pour celui qui est agressé. Ici, dans la canzone, cette jeune femme, cette jeune fille yazida. Sa réponse au problème est double : un, face à la guerre, fuyons. Excellente solution quand on peut le faire et si on en a les moyens, y compris financiers. Mais comme tu le sais, la plupart des gens n'ont ni la possibilité de s'échapper, ni les finances. Sinon…


Sinon ?, demande Lucien l'âne abruptement.


Sinon, deux : quand il n'y a plus d'échappatoire, il faut faire face et on doit passer à la résistance, puis ensuite, quand ce sera possible, à l'élimination de l'agresseur. Telle est la voie de la paix. Une précision s'impose cependant : un agresseur est considéré comme éliminé à partir du moment où il a été écarté du lieu de l'agression et qu'il n'est plus en état d'agresser.


En quelque sorte, dit Lucien l'âne en hochant son large front, il convient d'éviter le génocide à rebours. Voyons cette canzone et reprenons notre tâche qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde assassin, massacreur, génocidaire et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Une femme, une fille prête à donner tout ce qu’elle a sans réserve. En échange de rien.
Une femme, une fille sans réserve ; en échange 
de rien.
Mais regarde, regarde, regarde, 
ce n’est pas n’importe quelle image, observe bien autour la route de poussière et cette femme marche seule, tenant par la main un enfant, elle semble pressée, qui sait où elle va ? Qui sait pourquoi toi par contre tu t’es arrêté à me regarder pour un instant comme si tu me connaissais et m’aimais bien; peut-être cette mitraillette sur mon dos a une seule parole, comme le monde qui tourne, comme ton destin, le monde qui virle destin.

Moi, je ne sais pas décrire ce sentiment où il m’arrive de te penser près de moi, mais tu es si lointaine et tant en danger que tu pourrais mourir.
Tu pourrais mourir
Et me vient une tristesse, une amertume si grande que je voudrais pleurer crier disparaître pour toujours

Une femme, une fille
Prête à donner tout ce qu’elle a, sans réserve, en échange de rien.
Une femme, une fille, ses espérances en échange de rien.

Je ne sais pas décrire ce sentiment qui me vient de vouloir t’embrasser fort comme si nous étions,
Depuis tant de temps, des amis très proches.
Nous, nous ne nous abandonnerons jamais, mais jamais.
Nous, nous ne nous abandonnerons jamais, mais jamais.
Nous, nous ne nous abandonnerons jamais.

Mais regarde, regarde, regarde, tu les vois, mon ami, ce sont des réfugiés, ils fuient une mort certaine et nous ici à nos petites affaires, et toi, femme, la beauté de ton sourire parle de ton courage, sa douceur est un drapeau rouge déplié au vent, autre chose que les nénettes qui défilent, tu t’es arrêtée un instant pour me regarder avec ton arme à l’épaule.
Tu as une seule parole, comme le monde qui tourne, comme ton destin.

vendredi 13 novembre 2015

La Religieuse

La Religieuse

Chanson française – La Religieuse – Georges Brassens – 1969
Paroles et musique : Georges Brassens

Interprétations :

Philippe Sarrouy et les 3 mirlitons : https://www.youtube.com/watch?v=AJL3ZekCjfY


Il paraît que, dessous son gros habit de bure,
Elle porte coquettement des bas de soie,
Festons, frivolités, fanfreluches, guipures,
Enfin tout ce qu’il faut pour que le diable y soit.



Mais que donc viendrait faire une religieuse dans les Chansons contre la Guerre ?

Y être ou ne pas y être ? Telle est la question. Tel est le dilemme… D’abord, ce n’est pas n’importe quelle religieuse. C’est la sœur de Fernande.


Voyez-vous ça, la sœur de Fernande. D’accord. Mais encore ?


Eh bien, Lucien l’âne mon ami, si la brave Margot (faudra aussi la présenter aux CCG, qui font semblant de l’ignorer) découvrait son corsage et inspirait ainsi tous les gars du village, cette religieuse incarne à elle seule tous les fantasmes des enfants de chœurs, des ecclésiastiques et même, qui lui résisterait ?, du Christ et des auditeurs de la chanson. C’est une Mélanie  à rebours ; elle incendie les cierges sans même les toucher.


Et bien entendu aussi, dit Lucien l’âne en brayant comme un zèbre en rut, ceux des interprètes et même, celui de l’auteur de la canzone. Une sacrée gaillarde que cette sœur ! D’une certaine manière, elle me fait penser à cette autre nonne  dont, par l’entremise de Georges Brassens encore, Victor Hugo racontait la terrible aventure ; celle dont le Père Hugo disait :
« Comme si, quand on n’est pas laide
On avait le droit d’épouser Dieu ».


Eh bien évidemment, pour répondre à la question rituelle de savoir si la chanson a sa place ici, j'affirme qu'elle a toute sa place dans les chansons contre la guerre, dans la mesure où il y a là comme un parfum de libération de la femme, une liberté du corps et une sensualité peu compatibles avec les normes canoniques. Sauf, si, comme je le vois à tes yeux égrillards, on songe à d’autres canons ; et de fait, comme tu le verras, c’est ce qu’on appelle par ici et maintenant un « canon ». Et puis, mettre la corne à la tête du Christ, même en hypothèse, cela aurait valu le bûcher, il y a peu de temps encore.

Évidemment ! Je peux même te garantir qu’on en a torturé pour moins que ça.


Bref, sous ses airs de Sainte Nitouche, cette canzone est un brûlot anticlérical, dicté, diront certains, par le diable lui-même ou en tout cas, par un mauvais esprit.

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, arrête-toi là ! Pour un peu, ils vont nous envoyer un exorciste. Ce n'est pas qu'ils me font peur ces chasseurs de diables, mais ils m'horripilent tant que j'en ai le poil tout retourné. Enfin, écoutons la chanson, rions et reprenons notre tâche et tissons le suaire de ce vieux monde religieux, clérical, superstitieux, collet monté et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Tous les cœurs se rallient à sa blanche cornette,
Si le chrétien succombe à son charme insidieux,
Le païen le plus sûr, l’athée le plus honnête
Se laisseraient aller parfois à croire en Dieu.
Et les enfants de chœur font tinter leur sonnette …

Il paraît que, dessous sa cornette fatale
Qu’elle arbore à la messe avec tant de rigueur,
Cette petite sœur cache, c’est un scandale !
Une queue de cheval et des accroche-cœurs.
Et les enfants de chœur s’agitent dans les stalles …

Il paraît que, dessous son gros habit de bure,
Elle porte coquettement des bas de soie,
Festons, frivolités, fanfreluches, guipures,
Enfin tout ce qu’il faut pour que le diable y soit.
Et les enfants de chœur ont des pensées impures …

Il paraît que le soir, en voici bien d’une autre !
A l’heure où ses consœurs sont sagement couchées
Ou débitent pieusement des patenôtres,
Elle se déshabille devant sa psyché.
Et les enfants de chœur ont la fièvre, les pauvres …

Il paraît qu’à loisir elle se mire nue,
De face, de profil, et même, hélas ! de dos,
Après avoir, sans gêne, accroché sa tenue
Aux branches de la croix comme au portemanteau.
Chez les enfants de chœur le malin s’insinue…

Il paraît que, levant au ciel un œil complice,
Elle dit: "Bravo, Seigneur, c’est du joli travail !"
Puis qu’elle ajoute avec encor plus de malice :
"La cambrure des reins, ça, c’est une trouvaille !"
Et les enfants de chœur souffrent un vrai supplice …

Il paraît qu’à minuit, bonne mère, c’est pire :
On entend se mêler, dans d’étranges accords,
La voix énamourée des anges qui soupirent
Et celle de la sœur criant "Encore ! Encore !"
Et les enfants de chœur, les malheureux, transpirent …

Et monsieur le curé, que ces bruits turlupinent,
Se dit avec raison que le brave Jésus
Avec sa tête, hélas ! déjà chargée d’épines,
N’a certes pas besoin d’autre chose dessus.
Et les enfants de chœur, branlant du chef, opinent …

Tout ça, c’est des faux bruits, des ragots, des sornettes,
De basses calomnies par Satan répandues.
Pas plus d’accroche-cœurs sous la blanche cornette
Que de queue de cheval, mais un crâne tondu.
Et les enfants de chœur en font, une binette …

Pas de troubles penchants dans ce cœur rigoriste,
Sous cet austère habit, pas de rubans suspects.
On ne verra jamais la corne au front du Christ,
Le veinard sur sa croix peut s’endormir en paix,
Et les enfants de chœur se masturber, tout tristes ...

jeudi 12 novembre 2015

L’Île Saint Louis

L’Île Saint Louis

Chanson française – L’Île Saint Louis – Léo Ferré – 1948
Texte et Musique : Francis Claude – Léo Ferré (1948)
Biographie du coauteur : Francis Claude https://fr.wikipedia.org/wiki/Francis_Claude
Interprétations :



Si l’on a trop de vague à l’âme,
Mourir un peu n’est pas partir.
Quand on est île à Notre-Dame,
On prend le temps de réfléchir.

Voici une chanson éminemment poétique, dont on pourrait se demander ce qu'elle vient faire dans les Chansons contre la Guerre. On pourrait faire valoir que c'est une chanson d'émigration et d'une émigration ratée, puisqu'en finale, elle revient à son point de départ. Mais le principal argument n'est pas celui-là.


Quel est -il dès lors, dit Lucien l'âne un peu interloqué ?


Mais, ajoute Marco Valdo M.I., tout simplement celui qui veut que les meilleures chansons contre la guerre sont des chansons qui n'en parlent pas, ce sont des chansons de paix. Cependant, pour revenir à l'argument premier, c'est curieux, mais il me semble que le destin de pas mal des émigrés, réfugiés, personnes déplacées, fuyards contemporains est ou sera précisément celui-là de fuir un endroit avec dans la tête une « île au trésor » qui s'est noyée depuis longtemps… C'est un destin tout à fait tragique… Heureux encore quand on peut rentrer dans son pays de départ. Il reste la leçon de la chanson qui dit : le large ne vaut pas le port…


Je sais. Rien n'est plus épouvantable. Fuir, mais où ? Camus avait raison. Globalement, ce monde est absurde, plongé qu'il est irrémédiablement dans sa Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux plus faibles pour asseoir leur domination, étendre leur pouvoir, renforcer leur exploitation et accroître leurs richesses. Et face à ça, seul l'être vivant (qui ne peut quand même pas attendre la fin de cette guerre absurde) en vivant sa vie, sa simple vie quotidienne de grain de sable sur une plage, parvient à lui donner un sens obstiné. Mais trêve de philosophie, écoutons la chanson et reprenant noter tâche, tissons le linceul de ce vieux monde absurde, suicidaire, dément et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






L’île Saint Louis en ayant marre
D’être à côté de la Cité,
Un jour a rompu ses amarres
Elle avait soif de liberté.
Avec ses joies, avec ses peines
Qui s’en allaient au fil de l’eau,
On la vit descendre la Seine.
Elle se prenait pour un bateau.

Quand on est une île,
On reste tranquille
Au cœur de la ville,
C’est ce que l'on dit
Mais un jour arrive,
On quitte la rive,
En douce, on s’esquive
Pour voir du pays.

De la Mer Noire à la Mer Rouge,
Des îles blanches aux îles d’or,
Vers l’horizon où rien ne bouge,
Point n’a trouvé l’île au trésor.
Mais tout au bout de son voyage,
Dans un endroit peu fréquenté,
On lui raconta le naufrage :
L’île au trésor s’était noyée.

Quand on est une île,
On vogue tranquille
Trop loin de la ville
Malgré ce qu’on dit,
Mais un jour arrive
Où, l’âme en dérive,
On songe à la rive
Du bon vieux Paris.

L’île Saint Louis a de la peine.
Du pôle Sud au pôle Nord,
L’océan ne vaut pas la Seine,
Le large ne vaut pas le port.
Si l’on a trop de vague à l’âme,
Mourir un peu n’est pas partir.
Quand on est île à Notre-Dame,
On prend le temps de réfléchir.

Quand on est une île,
On reste tranquille
Au cœur de la ville,
Moi je vous le dis.
Pour les îles sages,
Point de grands voyages,
Les livres d’images
Se font à Paris.

Mon Vieux Léo

Mon Vieux Léo
Chanson française – Mon Vieux Léo – Marco Valdo M.I. – 2008-2015


Et si tu peux
Encore un peu
Jouer du piano
Au cœur du néant
Tu te plais sûrement
Mon vieux Léo.


Ah, Lucien l’âne mon ami, c’était il y a déjà quelques années… Je venais de découvrir les Chansons contre La Guerre… Autrement dit, c’était en 2008 et c’était une de mes premières tentatives, disons, d’écriture de chanson. J’avais eu l’idée de faire une chanson, une parodie déjà. Et une parodie de Georges Brassens et je te le dis tout net, je n’avais pas pu aboutir. J’avais donc laissé la chose en plan.


Et alors, pourquoi me racontes-tu ça ? J’imagine que tu as dû retrouver cette chanson inachevée et sans doute, as-tu essayé de la mener à son terme…


C’est exactement ça et comme tu le penses bien, vu qu’on en parle ici, j’ai dû réussir à la terminer. Mais je ne dirai pas combien de fois je l’ai reprise – une vieille chaussette ne l’a pas été autant, modifiée, recommencée, réécrite… Une montagne de papier griffonnée, raturée, barrée, sursaturée de corrections, de biffures… Et maintenant que je l’ai finie, j’en suis bien content, même si…


Tu m’en vois ravi, dit Lucien l’âne en tressautant pour simuler la joie, sauf que je ne sais toujours pas de quelle chanson il s’agit, de quelle autre chanson elle est une parodie, de quel auteur elle s’inspire et in fine, de qui ou de quoi elle parle. Ça fait beaucoup, tu l’admettras.


J’admets, j’admets, Lucien l’âne mon ami. Et je te livre le secret tout à trac. Son titre est fixé et on ne pourrait – tu vas le comprendre tout de suite – en donner un autre. C’est « Mon Vieux Léo », une canzone où il est question de Léo Ferré. C’est, comme je te l’ai dit, une parodie d’une chanson de Georges Brassens : « Le vieux Léon » (1953) et elle a comme trame une histoire que j’ai inventée, à savoir que Georges Brassens, reprenant son vieux Léon, s’adresse à Léo Ferré par-delà le temps de façon très amicale et l’interpelle à propos de son grand saut dans le rien ou sur le rocher (étant Monaco où on l’a ramené d’Italie) et la vie d’artiste qu’il peut y mener avec les autres anarchistes exilés là-bas dans le néant. Mais pour les anarchistes, l’exil est une seconde nature. Il lui demande (Georges à Léo) si les anars ont enfin fait un mauvais sort à la guerre et il lui donne des nouvelles d’ici.


Je verrais bien le père Valdu reprenant une telle parodie… Ce devrait être dans ses cordes de guitare et vocales… Juste pour dire, évidemment. Cela étant, il faudrait sans doute un de ces jours que tu insères « Le vieux Léon » de Tonton Georges dans les Chansons contre la Guerre, car tout comme La Vie d’Artiste de Ferré, cette chanson manque cruellement au tableau. Enfin, je t’avoue que je suis très impatient de découvrir cette parodie et je me réjouis hautement déjà, rien qu’à l’idée. Voyons-la et reprenons notre tâche ; tissons, tissons le linceul de ce vieux monde mortel, mortifère, morbide et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Ça fait maintenant
Près de vingt-cinq ans
Mon vieux Léo
Que tu es parti
Chanter au pays
Des arnarcos.
Parti serein
Voir si les copains
Du bref été
Étaient contents
De se marrer
Dans le néant.
Plus de vingt-ans
Depuis le temps
Que tu es allé
Guincher au bal
Phénoménal
Des révoltés.
Léo, mourir
N’est pas finir.
Léo, j’espère
Que tu as trouvé
Dans ce désert
La liberté.


C’est une erreur
Mais les rêveurs
De la grande vie
Au grand jamais
On ne leur permet
De fantaisie.
Et toi, tu as dû
T’en aller ailleurs
L’esprit rageur
Sans avoir vu
Revenir jamais
Le joli mois de mai.
Mais les copains
Viendront demain
Les rangs serrés
En rigolant
Et tout fringants
De te retrouver.
Et dans les cœurs
Où pousse la fleur
De l’anarchie
Il fait ma foi
Beaucoup moins froid
Qu’à la Bastille.

Depuis l’ami
Que d’Italie
On t’a ramené
On n’a pas cessé
De faire partout
Les quatre cents coups.
Et on gueulait
Tant qu’on pouvait
À l’unisson
Et dans les prisons
De la Pianosa
À la Santé
Nombre d’amis
Derrière les murs gris
Furent enfermés
Nul sans surprise
N’a oublié
Le temps des cerises.
Et les bons amis
Sont restés à l’écart
Des gens de partis.
À t’écouter
Nous rechanter
Graine d’ananar
Tous ces anars
Ont le cœur gros
Mon vieux Léo.

Comment ç’est-y
Chez les amis
Autour de toi.
Les libertaires
Ont-ils déjà
Tué la guerre
Et le pinard
Du Père Peinard
Est-il meilleur
D’être partagé
En amitié
Et de grand cœur.
Et s’il t’arrive
Qu’une fée vive
Se laisse approcher
C’est sûr alors
Que tu as trouvé l’Âge d’or
Sur ce rocher
Et si tu peux
Encore un peu
Jouer du piano
Au cœur du néant
Tu te plais sûrement
Mon vieux Léo.


mercredi 11 novembre 2015

LE TRAVAIL FATIGUE

LE TRAVAIL FATIGUE



Version française – LE TRAVAIL FATIGUE – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Lavorare stancaIl Teatro degli Orrori – 2015


Tout le monde sait que 
Finmeccanica fait de l'argent 
Avec les armes


Ce serait fantastique
De se retrouver chef du monde
Et de voir les choses à sa mode,
De se sentir en sécurité,
De se sentir chez soi.
Un appartement est inutile,
Une famille est inutile.
Ne nous cachons plus en pleine journée,
Ni de la lumière de la mer.
Nous combattrons une autre fois 

Hors des tranchées.
Ce serait fantastique.
Travailler fatigue.
Travailler tue.
Tout le monde sait que 
Finmeccanica fait de l'argent 
Avec les armes
Et nous ici à aimer nos enfants
Mais quel sens ça a ?
Ce serait fantastique
De ne pas voir la fin du mois 

En chaque Saint jour que 
L'Éternel agaçant concède à nos vies inutiles
Si je ne m'étais jamais marié 

Et je n'avais pas eu d'enfants, 
Pas un, même.
J'aurais tant de temps, 

Mais tant de temps 
Pour ne plus rien faire.

Ce serait fantastique
De se retrouver chef du monde
Et de voir les choses à sa mode,
De se sentir chez soi.

Certes, ce ne serait pas mal de se lever
À midi et ne pas devoir chaque matin rencontrer
Un contremaître affolé et toujours affairé.
Dieu sait peut-être pourquoi.
Pour prendre soin de soi
Et descendre boire un café,
Acheter un quotidien
Pour connaître les derniers scandales du pays qui
Ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change jamais.

Let's take a low cost flight and low profile sneak away from them all.
Fuir Varese en gobant les apéritifs.
Fuir Caserte à toutes jambes.
Aller dans ce pays à l'autre bout du monde où le ciel ne finit jamais,
Où l'océan en tempête est 

Si beau, car j'ai peur de te regarder dans les yeux 
Et de te dire que je t'aime 
Encore plus peut-être que ma première amie.
Fuyons un pays qui ne change pas, car il ne veut pas changer
Qui ne change pas car il ne veut pas.

Il ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas.

Mais, peut-être bien que oui ou que non.
Il pourrait bien tomber
Que sais-je moi ?
Il pourrait pleuvoir.

Ce serait fantastique
De se retrouver chef du monde
Et de voir les choses à sa mode,
De se sentir en sûreté,
De se sentir chez soi.
Ce serait fantastique
Et de voir les choses à sa mode,
De se sentir chez soi.
Ce serait fantastique.

mardi 10 novembre 2015

CHANSON DE LA BASILICATE

CHANSON DE LA BASILICATE

Version française – CHANSON DE LA BASILICATE – Marco Valdo M.I. – 2015
D’après la version italienne
D’une chanson napolitaine – Canzone della Basilicata – Eugenio Bennato – 1980


Et quand on y va une nuit de lune
Que de loin, une voix appelle
Ne l’écoutez pas, c’est une strige




« La Basilicate était un des thèmes musicaux qui m’étaient demandés, et concernait justement le paysage, peut-être plus précisément le paysage comme il apparaît à qui vient de Naples.Naquit une mélodie qui accompagnait les panoramiques sur ces vallées et sur ces collines, une musique pour ces terres décrites par le peintre lettré Carlo Levi qui y séjourna en confinement politique et qui, en peintre, la décrivit dans son roman Le Christ s’est arrêté à Eboli.
À la musique, j’ajoutai un texte, que j’écrivis immédiatement après pour souligner la civilisation de ces gens qui dans l’Histoire n’avaient jamais fait la guerre à personne, mais l’avait toujours subie chez eux au cours des invasions et des dominations qui s’étaient succédés au long des siècles.

Et si je cite la ville de Turin n’est pas la Turin des intrigues de Cavour, mais le sommet du triangle industriel qui dans l’après-guerre accueillait des légions de paysans recyclés en ouvriers, mais en même temps toujours des culs terreux, sur les chaînes de montage des usines et des ateliers. »


(Eugenio Bennato 
"Brigante se more - viaggio nella musica del Sud", Coniglio editore, 2010)


Et qu’est-ce que j’en sais de la Basilicate ?
On dit que le Christ n’y est jamais venu
Et s’est arrêté avant cette terre.
Et qu’est-ce que j’en sais de la Basilicate ?
C’est une histoire ou un lointain mythe
Qu’on oublie à peine les a-t-on entendus.

À celui qui veut venir sur cette terre
Où la douleur n’est pas péché
Où ne peut jamais exister la guerre
Car la paix n’y a jamais été.
Et quand on y va de jour sur cette terre
Par les routes serpentent sous le soleil,
On y entend le pas de la tarentelle.

Et quand on y va une nuit de lune
Que de loin, une voix appelle
Ne l’écoutez pas, c’est une strige
Et avant cette terre
Un ange s’est arrêté
Et le temps s’est arrêté
Mais le diable est arrivé.
Il y a le rouge du soir,
Il y a la cheminée et le noir.
On naît à Matera
Et à Turin, on mourra.