dimanche 7 septembre 2014

FRANCO


FRANCO

Version française – FRANCO – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – Franco – Paolo Pietrangelis.d.




quelqu'un qui s'en va à la recherche des chansons et qui les récolte afin qu'elles ne se perdent plus. Par ailleurs, il était lui-même interprète de ces chansons populaires.




Ohlàlà, la tête que tu nous fais, Lucien l'âne mon ami… Reprends tes esprits, détends-toi, je comprends bien ton désarroi. Mais, tu le sais pourtant qu'il y a plein de gens qui portent ce prénom de Franco. Allons, il ne s'agit pas du tout d'une canzone qui ferait le panégyrique de ce sinistre tyran espagnol.



Tu ne te trompais pas, Marco Valdo M.I. mon ami, j'étais plus que perplexe quand j'ai vu ce titre… Je suis très sensible aux titres et là, je te l'avoue, j'étais pour le moins étonné. Mais, dis-moi alors de qui, de quoi il est vraiment question…



Comme tu l'imagines, il s'agit d'un homme prénommé Franco, comme je te l'ai dit, c'est un prénom fort répandu. Donc, le Franco dont il est question ici, je te l'assure était un type bien, un gars que tu aurais eu saisir à rencontrer… Il exerçait l'honorable profession de « chercheur en chansons »…



Chercheur en chansons… De quoi s'agit-il ?



Mais tout simplement de quelqu'un qui s'en va à la recherche des chansons et qui les récolte afin qu'elles ne se perdent plus. Par ailleurs, il était lui-même interprète de ces chansons populaires. En fait, il poursuivait le même objectif que nous ici… en considérant la chanson comme un des modes d'expression les moins muselés de faire circuler la parole en liberté. Là où les industries culturelles échouent tant elles sont sous la coupe des gens d'argent et de pouvoir, la chanson – entendons, essentiellement la chanson populaire et la chanson dite d'auteur, la chanson qui a mis son point d'honneur à ne paraître jamais à la télévision, comme disait Léo Ferré [[7786]], qui en matière de chansons en connaissait un bout, donne vie et voix à cela-même qu'on veut occulter et parfois même, carrément, interdire.



Mais qui était-il ?



C'était Franco… Franco Coggiola. Rassembleur de chansons, de son état.



Oui, en effet, c'est un très beau métier qu'il faisait ce Franco-là. Quant à nous, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde télévisuel, étranglé, asphyxié et cacochyme.




Heureusement !




Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Comme la chose serait plus opportune
S'il n'y avait plus personne
Si disparaissaient jamais les commerçants
Les ouvriers, les employés et les étudiants.
Disparus comme fumée au vent
Disparus comme l'an mil neuf cent
Dans un nuage un peu rougeâtre
Impressionnés sur une plaque
Derniers signes d'un siècle évanescent.
Je perdis conscience déjà à Guernica
Sauvé par une amie, déjà
Je repris connaissance à Stalingrad, bientôt
Poignardé malgré moi par ces salauds de Salò.
En voyage organisé
Je suis allé en Bolivie avec Che
Puis au Chili avec Allende
Un communiste ne se rend jamais
Nous avons libéré Saigon, pas vrai ?
Et tintèrent nos verres.
Aujourd'hui se moque d'hier
Pendant quarante ans otage
Prisonnier d'un village.
Place Fontana et puis Bologne
Entre Brescia et la honte
Les années de plomb dans les poumons
On n'écrivait plus de chansons
Plus jamais nous ne chantions.
Voleurs, clowns et danseuses
Puis ils nous jetèrent à la frontière
Un mur nous tomba sur la tête
La TV sera le futur
Mais il n'y a plus d'avenir.
Non, il ne servirait d'ailleurs à rien
S'il n'y avait plus personne
À qui confier la mémoire
Nous nous défions de l'histoire
Depuis que Franco, tu es parti si loin.











vendredi 5 septembre 2014

Tract


Tract

Canzone française – Tract – Marco Valdo M.I. – 2014

Le Livre Blanc 10

Opéra-récit contemporain en multiples épisodes, tiré du roman de Pavel KOHOUT « WEISSBUCH » publié en langue allemande – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1970 et particulièrement de l'édition française de « L'HOMME QUI MARCHAIT AU PLAFOND », traduction de Dagmar et Georges Daillant, publiée chez Juillard à Paris en 1972.











Évidemment, mon ami Lucien l'âne, comme dans toute affaire qui fait l'objet de polémiques, de communiqués, de rétraction… On voit fleurir d'autres types de réactions. Ainsi voit-on surgir de ce qui était un vide vertigineux des libelles, des feuillets, des feuilles, des papiers, des tracts. D'où sortent-ils ? On ne sait… Mais ils sont là…


Oh, les libelles et tout ça, les tracts, je connais ça. J'en ai vu depuis fort longtemps ; dès qu'on a pu imprimer, même rudimentairement, dès que l'on eut le papier, ils sont apparus. Le tract est l'arme du réprouvé, il est la voix du faible, il passe le mot sous le manteau. Il peut se répandre à petites doses, venter comme la brise sur l'océan ou déferler comme des vagues marines. Donc, la chanson est un tract, c'est bien ça ?


Exactement. Une chanson-tract ou un tract en chanson. Mais pas n'importe quel tract, un tract poétique et comme bien des tracts, d'une virulence explosive. Et c'est bien son but, frapper comme une balle. Pas n'importe quel tract, c'est le tract que les jeunes adressent à leurs pères, autrement dit aux pouvoirs en place. Il y a dans ce tract comme un souffle de jeunesse, une sorte de concentré de ce qui se disait à la fin des années soixante du siècle dernier et qui – il faut l'espérer – resurgira au prochain printemps.


Il me semble aussi entendre d'autres voix, venues d'un autre temps… Par exemple, ces mots de justice et liberté étaient le nom d'un mouvement de résistance sous le fascisme et on les entendit aussi, dans la France de la fin du siècle des Lumières, puis dans l'Europe de 1848… Et bien souvent aussi, ailleurs. On dirait un recommencement, une sorte d'éternel retour…


Mais c'est de cela qu'il s'agit, Lucien l'âne mon ami, c'est là un épisode classique de la Guerre de Cent Mille Ans et la revendication qu'il porte de changer le monde pour changer la vie devra bien un jour être rencontrée. Car, vois-tu, cette exigence est plus profonde que certains se plaisent à l'imaginer ; elle résulte d'une insatisfaction abyssale, née précisément du trop plein, née cette avalanche de choses, née de la marchandisation du temps et de la vie elle-même. Pour dire les choses plus précisément encore : née de la réification du monde… Ils ont transformé le monde en choses et par le fait-même, ils ont condamné la vie à l'inertie quotidienne.


Ce sont, écoute bien ce que je dis, Marco Valdo M.I. mon ami, ce sont des apprentis sorciers que ces bâtisseurs d'empire et malgré leur morgue et leur puissance, et sans doute en raison de leur morgue et de leur puissance, telle la vague de la mer cent mille fois recommencée, revient le lancinant propos :

« Quant à nous, oui, nous...
Nous, nos espérances sont infinies.
Nous voulons changer la vie,
Nous voulons changer tout. »



L'Histoire n'est pas finie, en effet, dit Marco Valdo M.I. elle n'arrête pas de jouer des tours à ceux qui entendent l'arrêter. Comme si on pouvait arrêter le temps.


Et nous, pour notre part, nous poursuivons notre notre tâche et nous tissons, imperturbables, le linceul de ce monde ronflant, mercantile, dogmatique, croyant et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.




Comme les ours,
Vous hibernez.
Vous n'êtes plus dans la course,
Il vous faut vous réveiller.
Ô pères et autres vieux
Chevaux domestiqués aux tristes yeux
Pris dans les œillères
Ô pères, aux vérités mensongères
Aux mille dogmes, aux mille crédos,
Cette prison de machines emplie,
Croulant sous les frigos, les autos,
C'est votre monde sans vie.


Quant à nous, oui, nous...
Nous, nos espérances sont infinies.
Nous voulons changer la vie,
Nous voulons changer tout.
Nous, au nom de l'humanité,
De l'avenir, du futur du monde
Contre votre bêtise, contre votre lâcheté,
Votre sclérose, votre hypocrisie immondes,
Au nom de Jean Huss, de Giordano Bruno,
De Galileo Galilée, de tous les réprouvés,
Nous voulons créer un monde nouveau,
Un monde de justice et de liberté.


Alors, nous allons tout boycotter
Vos églises : boycotter
Vos partis : boycotter
Votre presse : boycotter
Votre radio : boycotter
Vos télés : boycotter
Vos cinémas : boycotter
Vos magasins : boycotter
Vos écoles : boycotter
Et vos universités.
Nous boycotterons tout
Car de votre monde, nous, on s'en fout !

mercredi 3 septembre 2014

LE RÊVE


LE RÊVE

Version française – LE RÊVE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – Il sogno – Franca Rame – 1977
Paroles de Dario Fo et Franca Rame
Musique de Fiorenzo Carpi


En amoureux, il m'a emmenée au ciné
C'était un beau film, mais sur la pellicule
Ne jouaient pas des artistes étrangers,
C'était nous les protagonistes.




La vie est un rêve… Ainsi parlait Calderon de la Barca vers 1635. Enfin, il l'écrivait sous forme de pièce de théâtre : « La vida es sueño ». Une histoire assez alambiquée dont je ne t'entretiendrai pas. Mais il reste ce titre plus grand que l'aventure de Sigismond… Donc, le rêve...


Ou le cauchemar ou le fantôme ou le fantasme… ou comme le spectre qui hante le Manifeste du parti communiste, dont accoucha le couple Karl Marx et Friedrich Engels, il y a un peu plus d'un siècle. Ou l'esprit comme celui qui se cachait dans la queue du chat, dit Lucien l'âne en éclatant d'un rire franc et massif. (https://www.youtube.com/watch?v=69S4GTFJg3A)


Certes, mais la canzone de Fo et Rame n'a pas de prétention, elle raconte un rêve qui rêve du monde d'au-delà de la Guerre de Cent Mille Ans, une journée dans un temps où auraient abandonné la course à la richesse, n'auraient plus ce sentiment pervers et destructeur qu'est l'envie, ne nourriraient plus d'ambition, vivraient sans arrogance, un monde matériellement simple et humainement complexe d'où la pauvreté aurait chassé la misère.


Que voilà un beau rêve et même si ce n'est qu'un rêve… Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, raison de plus pour reprendre notre tâche et tisser encore et toujours le linceul de ce vieux monde ambitieux, avare (vis-à-vis des pauvres et des miséreux), arrogant, absurde, aboulique et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





L'autre nuit j'ai rêvé
Qu'à l'usine j'étais à travailler
Et près de mon métier
L'ingénieur travaillait
Moi, à manipuler les peignes, je l'initiais
Et lui m'a même dit merci,
C'était gentil.
On n'entendait pas ce grand vacarme
On ne sentait pas la pestilence de teinture,
Ma tante accordait les pauses,
On allait tranquilles, c'était commode.
Sans même le demander, j'allais
Aussi aux cabinets
Et assise à mon aise, je lisais
Tout un grand journal
Où on voyait ce titre phénoménal :
« Travailler peu, vivre beaucoup ».
Je suis allée sur le coup
Faire une petite balade
Dans un grand parc rempli d'enfants
Et dans ma promenade
Je vis sur la pelouse mon enfant.
Mon enfant m'a pris par la main
Et m'a ramenée à notre maison.
On vivait au premier étage,
Ce n'était pas un de ces immeubles
Où nous sommes maintenant, comme en prison.
Mon mari était déjà rentré,
En congé, il faisait la lessive
Il faisait la lessive et n'était pas enragé
En amoureux, il m'a emmenée au ciné
C'était un beau film, mais sur la pellicule
Ne jouaient pas des artistes étrangers,
C'était nous les protagonistes.
Tous des gens du coin.
L'un se levait et nous demandait
Ce dont il avait besoin ;
Tous on en discutait,
Et puis après, chaque question
Trouvait sa solution.
Personne ne faisait le fanfaron,
Aucun n'avait l'air de commander,
Chacun était tout sourire.
Et il y avait un grand panneau à regarder
Avec écrit dessus : « Interdit d'interdire ».
Et puis, les gens parlaient d'une autre voix
Personne ne disait : « Ceci est à moi et ça, c'est à toi » ;
Les choses à toi ou à moi, c'était du passé.
Tout était nôtre, tout était à nous tous.
Même l'amour avait changé,
Ce n'était pas plus une affaire
Entre toi et moi contre les autres ;
C'était avec les autres.
L'amour était l'amour des autres en même temps…
C'en était fini de l'égoïsme,
On vivait véritablement
Le communisme.
C'en était fini de l'égoïsme,
On vivait véritablement
Le communisme.

samedi 30 août 2014

GABRIELLE


GABRIELLE



Version française – GABRIELLE – Marco Valdo M.I. – 2012
Chanson italienne – Gabriella – I Gufi – 1964
D'abord dans l'album «  Ma bene, ma bravo ! » des Peos, formation milanaise – pré-Gufi – oubliée, reprise par « Le cabaret des Hiboux » (Cabaret dei Gufi) de l'année suivante.
Écrite par Giampiero “Peo” Borella, Nuccio Ambrosino e Nanni Svampa.





Avec leur habituel style ironique et cynique qui les caractérisait, voici l’énième banderille plantée par les Gufi (Hiboux) dans le flanc des bonnes mœurs, avec l'adhésion qui en découle aux thèses favorables à la contraception et à l'avortement :

Et crac ! La question est grave
Tôt ou tard, elle doit bien finir cette histoire  :
Ou on change le système d'éducation
Ou l'horaire des consultations...
La la la la la la la la la la la la la la…

Thèses qui ne prévaudront que des années plus tard... Je crois qu'on peut tranquillement dire qu'il s'agit là de la première chanson italienne qui affronte ce thème ; une chanson encore aujourd'hui (et pensez alors!) d'une actualité brûlante !




Il était une fois une petite fille
Elle s'appelait Gabrielle
Sa maman la réprimandait chaque soir
« Monte il est tard, il est l'heure de dormir ! »


Comme toutes les enfants en ce monde
Elle rêvait de devenir grande
Et finie la ronde, elle pensait,
« Un jour, quelles choses je ferais... »


Devenue grande, quel désespoir
Tant de choses encore lui échappaient
Par exemple, elle ne comprenait pas
Pourquoi elle ne pouvait pas sortir le soir


Son papa lui n'arrêtait pas de lui dire
« Toi, le soir, non, non tu ne dois pas sortir
La nuit, tu sais, on peut pécher
Et les gens vont vite à murmurer. »


Tous les après-midis, à partir de ce jour-là
Gabrielle sortait deux ou trois heures
S'en allait avec Gaston faire l'amour
Respectant ainsi le conseil de papa.


Mais un triste jour, elle se sentit mal
Et décida d'aller chez un docteur
Spécialisé dans les affaires de cœur
Afin qu'il porte remède à son mal.


Ce docteur malheureusement,
Recevait de nuit seulement
Gabrielle brave et obéissante
Ne pouvait pas se rendre à la visite.


Et crac ! La question est grave
Tôt ou tard, elle doit bien finir cette histoire :
Ou on change le système d'éducation
Ou l'horaire des consultations...
La la la la la la la la la la la la la la…

La Mort Grise

La Mort Grise
Ou
Giacinto, Il Cameriere – Giacinto, Le Serveur

Chanson bilingue – franco-italienne - La Mort Grise ou Giacinto, Il Cameriere – Giacinto, Le Serveur– Marco Valdo M.I. - 2005



Les "camerieri - serveurs" sont les figurants du second plan. 




Giacinto est une canzone leviane, une canzone bilingue – français – italien. Elle est tout droit issue de L'Orologio, un roman hautement poétique et tout aussi hautement politique de Carlo Levi. Cette canzone peut se chanter dans l'une ou l'autre de ces langues ou dans les deux. On peut imaginer une chanteuse ou un chanteur; on peut imaginer de chanter séparément et successivement les deux versions ou les entremêler, comme c'est le cas ici. On peut aussi imaginer un duo italo-français. En somme, il y a beaucoup de possibilités et on peut même se passer de musique. La musique est déjà dans le texte, la musique est dans la poésie.
Giacinto, comme on le verra, a un gros problème dans l'existence et son métier n'arrange rien : il est serveur. Giacinto a les pieds plats; ça n'aide pas...


D'accord, la chose est certainement intéressante, mais quel rapport avec les Chansons contre la Guerre, où caser une pareille chanson ? J'aimerais assez que tu me l'expliques, mon ami Marco Valdo M.I., car moi, je ne connais pas la canzone en question... En fait, il n'y a que toi qui sais...


Peut-être, peut-être, ça dépend... Vois-tu, Lucien l'âne, mon ami, il faut parfois prendre son temps pour dire les choses... C'est comme ça quand on cause. Ce fut aussi comme ça pour cette canzone leviane. J'ai longtemps hésité à la considérer comme une chanson contre la guerre. Et finalement, j'y suis arrivé. Oh, ce n'est pas évident, mais... Giacinto, comme on le verra, a un gros problème dans l'existence et son métier n'arrange rien : il est serveur. Giacinto a les pieds plats; ça n'aide pas...


Bien sûr, mais quand même, ne fais pas trop durer le plaisir, car moi, je voudrais bien connaître cette histoire de Giacinto.


Alors, voilà. Giacinto est un serveur ; un serveur dans un restaurant et, il fait ce métier malgré ses pieds plats. N'en ris pas, l'âne Lucien mon ami, les pieds plats sont une calamité chez les personnes adultes. À tel point qu'ils étaient une cause de réforme du temps du service militaire...


Surtout chez les fantassins, dit Lucien l'âne. On marchait beaucoup dans les rangs militaires en ce temps-là.


Justement, tu mets le doigt – un doigt d'âne bien saboté – sur le point douloureux. Pour te donner une idée, le pied plat, c'est en quelque sorte la fourbure du cheval et bien entendu celle de l'âne. Comme sans doute tu le sais, à force, la fourbure peut conduite à une forme d'abattement de l’animal qui peut arriver à tel point que l’animal ne peut plus se lever.. Et faire pendant des années et sans doute, toute sa vie ou presque le serveur avec des pieds plats, c'est un véritable calvaire. Et pourquoi le fait-il ce métier d'esclave, notre Giacinto ? Tout simplement car il n'a pas le choix... Tout comme le paysan, le mineur, l'ouvrier, le manœuvre, les domestiques... Faut bien qu'il vive.


C'est tout simplement un destin de bête de somme, tout comme celui de l'âne, par exemple, dit Lucien l'âne en opinant des deux oreilles. Tu sais, cet âne qui tourne indéfiniment une meule ou celui que l'on charge comme un baudet... Certes, l'âne a bon dos, mais faut pas exagérer quand même.


De plus, Lucien l'âne mon ami, considère bien ceci : son appellation de « serveur » rappelle furieusement son état, celui de « serf ». Faut voir comment les gens, certaines gens, traitent un serveur. Avec quelle morgue, quelle indifférence, quelle condescendance... Et on le houspille, on le presse, on l'engueule, on le méprise... Mais il n'a pas le choix. Faut bien qu'il vive. Le voilà rabaissé, le voilà amoindri, écrasé... À un tel point que même sa vie intime en est détruite... Et comment se défendre, il n'a même pas cette force collective qu'on peut voir parfois à l’œuvre dans les grandes entreprises, dans les usines, dans les mines et dans les campagnes et qui déborde parfois dans les rues, sur les boulevards, sur les places. Lui, en plus de tout, il est tout seul, tout seul à affronter la vie et l'exploitation qu'on fait de lui et d'elle. Ainsi, la Guerre de Cent Mille Ans s'abat aussi sur ces personnages qui passent souvent inaperçus dans notre société.


Ah, voilà, j'ai compris. Bref, Giacinto endure une souffrance terrible, il meurt au travail, mais lentement, quotidiennement, silencieusement... Appelons-là cette vie de mort, si tu veux bien, Marco Valdo M.I., de la couleur de bien des ânes, la mort grise.


Oui, c'est une bonne façon de l'appeler... La mort grise, celle qu'on ne voit pas dans le brouillard des jours gris. Oh, tu sais, ceux qu'elle frappe, il suffit de lever le regard dans les rues, dans les trains, les bus, les métros, dans les couloirs des grandes administrations, dans les halls des entreprises, dans les magasins... Partout, partout, on la voit gravée dans les visages.


Mais il est temps de conclure et de reprendre notre travail, notre effort, notre tâche, celle que nous faisons pourtant en souriant, en riant, en chantant et tissons le linceul de ce monde triste, gris, terne, épuisant, épuisé et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






Giacinto
Si precipita incontro
E
Offre
Una seggiola
A
Un tavolo libero
Giacinto fa il cameriere

Giacinto
Se précipite
Et
Offre
Une chaise
A une table libre
Giacinto est serveur

Basso
Piuttosto grassoccio
Viso tondo
Pelle umida
E lucida
Capelli neri
Occhi furbeschi
Piedi piatti
Giacinto
Si precipita incontro
Con piedi piatti
Con piedi piatti

Bas
Plutôt gras
Visage rond
Peau humide
Et
Luisante
Cheveux noirs
Yeux fourbes
Pieds plats
Giacinto
Se précipite
Avec ses pieds plats
Avec ses pieds plats

Giacinto
Nel suo mestiere
Indovina
Valuta
I clienti
Giacinto
Nel suo mestiere
Non c’è male
Fa il cameriere
Nel suo mestiere
Giacinto
Si precipita incontro
Con piedi piatti
Con piedi piatti

Giacinto
Dans son métier
Devine
Évalue
Les clients
Giacinto
Dans son métier
Y a pas de mal
Fait le serveur
Dans son métier
Giacinto
Se précipite
Avec ses pieds plats
Avec ses pieds plats

Giacinto
Il cameriere
Dice che
Le donne
Non gli piacciono
Le donne
Che spavento ! come fare ?
Giacinto
Il cameriere
Dice che
Le donne
Non gli piacciono
Ma quale donna per lui ?
Meglio fare da soli
Giacinto
Si precipita incontro
Alle donne
Con piedi piatti
Con piedi piatti

Giacinto
Le serveur
Dit que
Les femmes
Ne lui plaisent pas
Les femmes
Quelle épouvante ! Comment faire ?


Giacinto
Le serveur
Dit que
Les femmes
Ne lui plaisent pas
Mais quelle femme pour lui ?
Mieux vaut le faire seul


Giacinto
Se précipite
Vers les femmes
Avec ses pieds plats

Avec ses pieds plats

mercredi 27 août 2014

JE SUIS SÛR DE TE REVOIR ENCORE

JE SUIS SÛR DE TE REVOIR ENCORE

Version française – JE SUIS SÛR DE TE REVOIR ENCORE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson de langue allemande – Ich weiss bestimmt, ich werd dich wiedersehen !Adolf Strauss – 1943


Poème de Ludwig Hift (1899 - 1981), juif autrichien , employé de banque à Vienne, qui fut incarcéré à Thérésienstadt et qui réchappa de l'Holocauste.
Musique (tango) composée par Adolf Strauss (1902-1944) qui fut moins chanceux que Ludwig Hift: Juif tchèque, Adolf Strauss eut le même destin qu'Ilse Weber et tant d'autres de ses compatriotes et des ses coreligionnaires ; enfermé au camp-ghetto de Thérésienstadt, il faut en 1944 transféré à Auschwitz où il fut éliminé.


Arrangement pour piano e voix de Moshe Zorman.


Soirée musicale à Thérézienstadt
Jo Spier 19444








Quand je t'ai vue la première fois,
J'ai été ensorcelé par ton regard
Ton sourire m'a semblé un éclat
De soleil et un merveilleux hasard.
Et j'ai cherché ta proximité,
Tu es aussi venue vers moi,
Me rendant si fortuné
Que je conjecturais aussitôt,
Un mai d'amour nous souriant bientôt.

Je suis sûr de te revoir encore
Et de te serrer dans mes bras,
Tout en moi exulte. Ah ! Comme ce sera
Beau de t'embrasser encore et encore !
Ce qui fut est perdu et oublié ;
Du soleil, aucune ombre n'éteint l'éclat ;
Qui peut alors connaître notre félicité !
Et moi, je veux être toujours avec toi.

Pourtant le destin t'éloigne de moi
Par delà les pays et les mers ;
Et maintenant on marine toi et moi
Dans tant d'années sévères.
La nostalgie profonde que je ressens
Pour toi inlassablement,
Jour et nuit me fait penser à toi
Et sa chanson fredonne en moi :

Je suis sûr de te revoir encore
Et de te serrer dans mes bras,
Tout en moi exulte. Ah ! Comme ce sera
Bon de t'embrasser encore et encore !
Ce qui fut est perdu et oublié ;
Du soleil, aucune ombre n'éteint l'éclat ;
Qui peut alors connaître notre félicité !
Et moi, je veux être toujours avec toi.