jeudi 11 juillet 2013

UN JUGE


UN JUGE


Version française – UN JUGE – Marco Valdo M.I. – 2010
Chanson italienne – Un Giudice - Fabrizio De André – 1976



Riccardo a bien fait d'insérer cette chanson de De André ; d'autant que je l'avais traduite en 2010 et que j'avais tout simplement omis de la transférer aux CCG... Voici donc la version 2010 ne varietur, sans changement, telle quelle, telle qu'en elle-même...




À un moment donné, les auteurs de chansons, les poètes eux-mêmes, du moins certains d'entre eux à l'esprit un peu systématique en viennent à vouloir passer à un travail plus ample, à une création multiple et à développer – tels des musiciens – un thème en plusieurs œuvres qu'il relie. Ce fut le cas d'Edgar Lee Masters avec son « anthologie », ce qui exprime clairement le but, l'objectif du poète. Je m’explique : anthologie est un mot d'origine grecque dont le sens est des plus éclairants, puisqu'il dit tout simplement : anthos - fleur et legein – lier, rassembler... en franco-latin : florilège. Somme toute, un bouquet, un bouquet de poésies, que peut-il y avoir de mieux ? Il rassembla tout le village sous la colline; cela donna l'anthologie de Spoon River.




Moi, dit Lucien l'âne en grattant son sabot sur un caillou plus rugueux, moi, dit Lucien l'âne, je la connais cette colline comme bien d'autres semblables. C'est un lieu où les humains ont pris l'habitude de poursuivre leur vie éternelle.




Donc, vois-bien la chose Lucien l'âne mon ami, Fabrizio De André qui passait par là – du côté de Spoon River, y a trouvé matière à chansons, à un florilège... Il fit donc une série de chansons à partir des poèmes d'Edgar Lee Masters et traça ainsi à son tour une sorte d'anthologie. Ce qui est en jeu, c'est précisément ce souhait, cette volonté, cette œuvre liée. Alors que L'Odyssée ou la Chanson de Roland sont des chansons et elles ont de l'ampleur, la chanson, vois-tu Lucien l'âne mon ami, a vu ses particularités progressivement et fortement perturbées par l'évolution désastreuse de la radio, du disque... et bien évidemment, du commerce qui s'ensuivit ou qui en fut le moteur. Pauvre chanson : on l'a raccourcie, on l'a fait naine. On l'a en quelque sorte châtrée. En fait, la chanson et avec elle la poésie ont subi le même destin que la peinture quand au cours des ans et des siècles, cette belle représentation en pleine lumière, largement établie sur les murs... fut réduite, mise en prison dans le cadre de plus en plus restreint de l'habitat privé, fermé. C'est tout le phénomène de la « privatisation »... Détestable manie ! On a ainsi atrophié, puis étouffé carrément la peinture, on lui a enlevé ses couleurs, ses formes tumultueuses, ses grandes respirations, pour finir par la mécaniser, par l'automatiser, au travers de l'appareillage photographique. Depuis, la photo s'est libérée, la créature a échappé à son destin réducteur... La liberté, le besoin d'espace finit toujours par trouver sa voie.




Si je te suis bien, dit Lucien l'âne en souriant, tu vas ainsi doucement vers une conception de la chanson multiple, de la chanson comme une œuvre intégrant un monde complexe, de la chanson élément d'une plus grande chanson, englobant plusieurs, voire un grand nombre de chansons qui entretiendraient entre elles des liens de parenté, de familiarité de sorte à reconstituer un monde entre elles. À retrouver le temps de raconter, le temps du conteur qui prend ses aises, qui prend les aises de la vie... Passant, sembles-tu me dire, arrête-toi, prends le temps de t'arrêter, laisse courir le temps, tu le rattraperas toujours assez tôt et écoute ma chanson.




Oui, c'est exactement ça. Le temps du conte ne peut être compté; que ce soit le temps du conteur ou le temps du vent.... C'est un temps entre parenthèses... mais, sais-tu Lucien l'âne mon ami, ce que signifie cette parenthèse, ces parenthèses auxquelles je te convie, à la manière de Sterne... Ces parenthèses sont des excursions en dehors de la route droite, de la route efficace et rectiligne, de cet autoroute qui conduit si vite à la mort. Prendre le temps du conte, c'est en fin de conte, suivre sa ligne de vie, laquelle par essence, est sinueuse et imprévisible.




Je vois bien ce que tu me dis. Prendre le temps du conte, c'est échapper à la logique de la rentabilité, c'est sortir du carcan de l'argent et de la misère mentale imposée par les riches dans la guerre de Cent Mille Ans. Car, vois-tu Marco Valdo M.I. mon ami, je crois bien que les riches ne supportent pas l'idée qu'on puisse vivre la pauvreté comme l'état idéal pour une plénitude du monde. Dès lors, étendre la chanson, prendre le temps du conte, c'est comme tisser le linceul de ce vieux monde pressé, stressé, ennuyeux et cacochyme. C'est à mon sens aussi, le sens profond des Canzoni Contro la Guerra (de Cent Mille Ans que le riches mènent contre les pauvres afin de les dominer, de les réduite en esclavage, de leur prendre leur temps....)




Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.






J'ajouterai juste ceci, dit Lucien l'âne... Tu commentes ainsi Fabrizio De André et Edgar Lee Masters... Tu traces une nouvelle naissance à la chanson (et sans doute n'es-tu pas le seul...) et tu appliques toi-même cette exigence dans tes séries de chansons : Dachau express (24 chansons tirées de l'histoire de Joseph Porcu), Le Cahier Ligné (104 chansons tirées de Carlo Lévi) et les Histoires d'Allemagne (100 chansons tirées de Günter Grass).








Ce que veut dire avoir
Un mètre cinquante de taille
Ce sont les yeux qui vous le révèlent
Et les réflexions des gens
Ou la curiosité
D'une fille irrévérencieuse
Qui s'approche seulement
En raison d'un doute impertinent
Elle veut découvrir si c'est vrai
Ce qu'on dit des nains
Qu'ils sont fourni de la vertu
La moins apparente
Entre toutes les vertus
La plus indécente.


Passent les ans, passent les mois,
Et si on compte aussi les minutes,
Il est triste de se retrouver adultes
sans avoir grandi;
La médisance insiste
Elle bat sa langue sur un tambour,
jusqu'à dire qu'un nain
Est une charogne pour sûr
Car il a le cœur trop
Trop proche du trou de son cul.


Et alors, ma taille
Ne dispensa plus la bonne humeur
À celui qui debout à la barre
Me disait : « Votre Honneur »,
Et de le confier au bourreau
Fut pour moi un vrai plaisir
Avant de m'agenouiller
À l'heure de l’adieu
En ne connaissant pas du tout
La taille de Dieu.




Judge Selah Lively

Edgar Lee Masters (1868–1950).  Spoon River Anthology.  1916.



Suppose you stood just five feet two,
And had worked your way as a grocery clerk,
Studying law by candle light
Until you became an attorney at law?
And then suppose through your diligence,
And regular church attendance,
You became attorney for Thomas Rhodes,
Collecting notes and mortgages,
And representing all the widows
In the Probate Court? And through it all
They jeered at your size, and laughed at your clothes
And your polished boots? And then suppose
You became the County Judge?
And Jefferson Howard and Kinsey Keene,
And Harmon Whitney, and all the giants
Who had sneered at you, were forced to stand
Before the bar and say “Your Honor”—
Well, don’t you think it was natural
That I made it hard for them?



LE JUGE SELAH LIVELY

Version française – LE JUGE SELAH LIVELY – Marco Valdo M.I. – 2010
Poème – « Judge Selah Lively »
de Edgar Lee Masters
tiré de l'Anthologie de Spoon River



Supposez que vous ayez tout juste cinq pieds deux pouces
Et que vous ayez commencé comme employé à l'épicerie
Étudiant le droit à la chandelle
Jusqu'à devenir un juge.
Et supposez que par votre vigilance
Et votre assidue présence à l'église
Vous deveniez juge au Tribunal Collectionnant les documents et les hypothèques
Et représentant toutes les veuves
Face à la Cour des Successions et des Tutelles.
Et que malgré tout
Ils se moquent de votre taille
Et rient de vos habits de vos chaussures vernies
Et alors supposez
Que vous deveniez Juge du Comté
Et que Jefferson Howard et Kinsey Keene,
Et Harmon Whitney, et tous les géants
Qui ont ricané de vous, soient forcés de se tenir
evant vous au bar et dire : « Votre Honneur »...
Eh bien, ne pensez-vous pas qu'il
soit naturel
Que je le leur fasse durement sentir ?



Birgit Treuhand, liquidator


Birgit Treuhand, liquidator

Canzone française – Birgit Treuhand, liquidator – Marco Valdo M.I. – 2013
Histoires d'Allemagne 93
An de Grass 94

Au travers du kaléidoscope de Günter Grass : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 – l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary. 


 


Birgit en personne



Cette Histoire d'Allemagne, comme toutes les précédentes, est en fait la transposition d'un récit en chanson et comme pour chacune des précédentes, on entend un narrateur particulier ; en l'occurrence, une narratrice qui débite un monologue autojustificateur. C'est une sorte de lamentation dans laquelle elle tente de justifier le retentissant échec de l’Exposition universelle de Hanovre dont elle était le Commissaire général et le massacre économique qu'elle a mené en dirigeant la Treuhand jusqu'à sa fin en décembre 1994... Un office public chargé de remettre sur pied l'économie de la République Démocratique. Ici, dans la chanson, on l'appellera Brigit Treuhand, pour rappeler le forfait.


Fille de banquier failli, elle s'y connaissait donc en faillite et su mener au port celle de presque toute l'économie de la Démocratique en faisant profiter de ses dépouilles les prédateurs de la Fédérale. Ce fut une formidable arrivée de sang frais pour les vampires du privé, un massacre pour les travailleurs (elle a créé plus de deux millions de chômeurs...), un désastre pour les régions concernées et une fameuse saignée pour le pays tout entier. On verra ça dans la chanson. Un journal économique français de l'époque décrit l'affaire comme suit : « Chargé de liquider les entreprises non rentables, l'office a supprimé des pans entiers de l'industrie est-allemande, laissant sans emploi 2 millions de personnes. Plusieurs entreprises ont été sacrifiées sur l'autel de la concurrence avec l'Ouest, comme la compagnie aérienne Interflug ou les mines de potasse de Bischofferode. Des dizaines de cas d'escroqueries ont été découverts, impliquant parfois des membres de la Treuhand: privatisations bradées, subventions détournées, actifs de sociétés pillés par leurs nouveaux propriétaires. Enfin, alors qu'elle prévoyait de générer des bénéfices, la Treuhand laisse une ardoise de 270 milliards de DM... » Ceci dit, on est vraiment dans un univers orwellien. Imagine avec tout ça que Treuhand peut se traduire par Fiduciaire, société de confiance, « en main de confiance, en de bonnes mains ».


Orwell n'aurait pas trouvé mieux, dit Lucien l'âne en riant.


Le pire de tout, c'est que c'est le modèle de ce qui se fait actuellement en Grèce (REGARDEZ CE QU'ILS FONT AUX GRECS, ILS VOUS LE FERONT DEMAIN...) et qui se met en place ailleurs ; en fait, dans chaque pays d'Europe. On trouve des aventures similaires ailleurs dans le monde... En fait partout où on privatise... et on privatise partout. Et toutes les sirènes du politiquement correct sonnent dans le même sens avec un bel unisson. Et, si l'on n'y prend garde, les mêmes méthodes vont donner les mêmes résultats.


C'est évident, dit Lucien l'âne. Ce sont des comportements de chacals, des mœurs parasitaires, phagocytaires... Mais en somme, elle ne faisait que répéter ce que le Reich précédent avait systématiquement réalisé dans l'ensemble des pays conquis par ses armées. Encore une fois, nous avons plus que raison de tisser inlassablement le linceul de ce vieux monde escroc, vampire, privatiseur, dépeceur et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





J'ai beau être une femme
Rien ne peut m'entamer
Je suis dure comme l'acier
Je suis brillante comme la flamme


J'aime voir le soleil se coucher
Sur les bords de l'Elbe, l'été
J'envie les vagues et les flots
Quand je vois passer les bateaux
L'eau au ras de la ligne
Qui vont et viennent
De la mer à Hambourg
Et retour

Ils m'appellent Treuhand maintenant
C'est papa qui serait content
Lui qui était banquier et qui a fini
Failli
Moi, je ne cours aucun danger
Aucune enquête ne peut m'entamer
Secret d'État sur tous mes dossiers
Privatisation, vitesse, opacité

Vite, vite, vite, la course est lancée
Faut tout liquider d'ici la fin de l'année
On paye à la prime, sans discuter
Je vends un peuple entier

Certains trouvent ça indécent
J'encaisse des milles et des cents
J'achète les investisseurs à crédit
Les mafieux de tous les pays se sont unis
Aigrefins, affairistes de l'Ouest se sont servis
Après, ni vu ni connu, c'est fini

Deux cent septante milliards envolés
En somptueuses affaires un peu partout.
J'ai dit envolés... On ne sait pas où.
Secret d'État. Faut pas chercher.


Et cette exposition universelle, parlez m'en
Avec les billets subventionnés
On a réussi à perdre des milliards
C'était du grand art
Des milliards encore une fois
Tout ça grâce à moi, à moi, à moi

J'ai beau être une femme
Rien ne peut m'entamer
Je suis dure comme l'acier
Je suis brillante comme la flamme


J'aime voir le soleil se coucher
Sur les bords de l'Elbe, l'été
J'envie les vagues et les flots
Quand je vois passer les bateaux
L'eau au ras de la ligne
Qui vont et viennent
De la mer à Hambourg
Et retour

mercredi 10 juillet 2013

Dis à ton fils


Dis à ton fils


Chanson française – Dis à ton fils – Marianne Mille et Maurice Dulac – 1972
Paroles: Boris Bergmann, arrangement d'après traditionnel: Anne-Marie Garcia


















Regarde, Lucien l'âne mon ami, une chanson où il est question d'un mulet... Ce compagnon de toutes les infortunes, ce transporteur à tout faire... Ce « somaro », tout comme toi... et moi. Dans les Andes, car l'histoire que raconte cette chanson se déroule dans les Andes, dans les montagnes de cette Amérique latine écrasée et exploitée... D'abord, par les envahisseurs venus d'Ibérie... Puis, malgré ses tentatives de libération, à nouveau mise sous la coupe par son grand voisin du Nord. Et l'affaire n'est pas finie... Mais c'était là plutôt le sujet d'une autre chanson de Marianne Mille et Maurice Dulac, que je t'ai présentée l'autre jour et qui s'intitule « Libertad » [[45019]].






Je me souviens très bien de Libertad... Une fort belle chanson et en quelque sorte historique... Nombreuses ont été les révoltes et les révolutions des Latino-américains contre leurs dominateurs étrangers... Mais c'était souvent pour tomber sous la coupe de dominateurs locaux...






Tu as parfaitement raison, Lucien l'âne mon ami... Mais cette deuxième chanson de Marianne Mille et Maurice Dulac vient combler cette lacune. En gros, elle dit la vérité toute crue :



« Nous serons libres demain
Mais demain, il va falloir se lever
Je sais bien, il faut planter le café ».



Ainsi, avec l'air de n'y pas toucher, la chanson met le doigt sur ce qui fait problème dans les luttes pour l'indépendance nationale... Un leurre évidemment quand le paysan se retrouve gros jean comme devant, soumis aux lois du « marché ».






Pourquoi cultiver du café ?, dit Lucien l'âne en ouvrant ses yeux comme des bouches de volcan. Ça ne se mange pas …






De fait, mais le commece international et ses aigrefins ont besoin de matières premières et se fichent comme d'une guigne de la subsistance des paysans... En cela, tu as raison, le temps et la terre consacrés à cultiver le café... pour le confort d'autres pourraient utilement être employés par les paysans pour assurer leur propre subsistance... mais, remarque ceci Lucien l'âne mon ami, que le paysan libéré peut tout aussi bien se retrouver soumis tout simplement aux lois « nationales » des puissants et des riches du pays, de ceux qui ont réussi à tirer profit de la « révolution »... pour laquelle bien des paysans sont morts au cri de « libertad ». Évidemment, les paysans se sont battus car ils croyaient que la « libertad », l'indépendance allait leur assurer un meilleur destin... Ils ont cru aussi que celui d'entre eux qui mourrait dans cette lutte ne serait pas mort pour rien. Et c'est le cas, il est mort pour installer ses (nouveaux) dominateurs...






Ça me fait penser à la « libération » de la Sicile et du Sud italien par Garibaldi... et de façon plus générale, par exemple, à la libération de l'Europe par les Zétazunis... Depuis, c'est la soumission atlantique... REGARDEZ CE QU'ILS ONT FAIT AUX GRECS... et ce n'est pas fini. Au fait, combien coûte un F.35 ? Cette libération fut un jeu de dupes... Comme j'ai dit un jour face à l'évolution de l'Europe : « Mais qui donc a gagné la guerre ? » Cependant, la vraie question demeure : comment mettre fin à cette guerre de cent mille ans ? Comment mettre fin à cette course incessante après la richesse, car c'est elle la vraie responsable de tout ce gâchis... Mais quand donc les humains le comprendront-ils et se décideront-ils à y mettre fin ? Enfin, il me semble qu'au brésil, par exemple, de ces temps-ci, ça commence à remuer... Et nous, nous, en attendant, tissons le linceul de ce vieux monde où les libérateurs viennent imposer leurs lois, où les révolutionnaires instaurent la réaction et où le paysan et le pauvre – c'est-à-dire le pauvre des villes et le pauvre des campagnes... sont toujours grugés, ce vieux monde trompeur, menteur et mensonger, prometteur de liberté, vendeur de libre concurrence et de libre exploitation des choses, des biens, des animaux et des gens et de surcroît, cacochyme.









Heureusement !









Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane








Dis à ton fils qu'il doit rentrer
La nuit va bientôt tomber

- Laisse-le jouer près de l'eau
Le maïs est encore chaud

- Mais demain, il va falloir se lever
- Je sais bien, il faut planter le café






Dis à ton fils qu'il doit rentrer
Je voudrais bien lui parler
- Je crois qu'il n'est pas encore temps
Ce n'est jamais qu'un enfant
- Mais demain il faudra bien qu'il apprenne
- Son chemin est fait de sang et de peine


Dis à ton fils qu'il doit rentrer

Le mulet est déjà prêt
- Il a son fusil sur le dos
Il t'attend près du ruisseau
- Dès demain nous serons dans la montagne
- Je sais bien, et que Dieu vous accompagne




Tu vois, ton fils n'est pas rentré,
Les soldats nous l'ont tué

- Je sais bien qu'il n'est pas mort pour rien
Nous serons libres demain

- Mais demain, il va falloir se lever
- Je sais bien, il faut planter le café

mardi 9 juillet 2013

Libertad


Libertad




Maurice Dulac – Marianne Mille
1970


Texte : Boris Bergman








Il y a 26 chansons dans les Chansons Contre la Guerre (CCG) où dans le titre, apparaît le mot « Libertad », dit Lucien l'âne. Comme il y avait avant que tu n'y ajoutes « Ma Liberté » de Georges Moustaki, 26 chansons en langue française où dans le titre, apparaissait le mot « liberté ». Tu avoueras que pour une coïncidence, c'est une coïncidence...




En effet, Lucien l'âne mon ami, c'est une coïncidence et d'autant plus que j'ai l'intention de te faire connaître une chanson dont le titre est tout simplement « Libertad ». J'en suis d'autant plus ravi que c'est une chanson que j'avais un peu perdue de vue, mais qui restait bien vivante dans ma mémoire comme certain grand soleil... d'Amérique latine. Une chanson qui évoque les sempiternelles luttes des paysans amérindiens contre la colonisation et la post-colonisation étazunienne :
« Les hommes du Nord sont venus voler nos vies

Lui:


Les hommes du Nord sont venus voler nos fruits
Les fruits sont grenades
Alors libertad »



De ce point de vue, elle est toujours d'actualité, toujours plus d’actualité... Du Chili au Mexique, De l'Argentine au Vénézuela, du Brésil à Cuba...

Et c'est une chanson populaire au bon sens du terme... Pas une chanson qui a du succès au « box office », de celles qu'ils appellent à tort populaire et qui ne sont que commerciales. Celle-ci c'est une chanson du peuple, qui fait entendre la voix de ces « paesani », des « peones »... De ceux qui comme nous s'en vont répétant : « Noï, non siamo cristiani, siamo somari »...





Donc, si je te comprends bien, une chanson qui dans cette Guerre de Cent Mille Ans [[7951]]
« Car
Nous vivons encore maintenant
À chaque moment, à chaque instant
La guerre de cent mille ans. »

que les riches font aux pauvres afin de les asservir, d’en tirer moults bénéfices, de les exploiter encore et plus encore, de les forcer au travail... une chanson qui pourrait être une sorte d'emblème de la paysannerie en lutte pour une vie décente... Je vais certainement l'aimer...




Cette chanson à deux voix où l'homme (Lui) va s'en aller dans la montagne comme guérillero... Oh, Lucien l'âne mon ami, tu vas l'aimer d'autant plus que tu pourras entendre la voix de Marianne Mille (Elle) ...




Oui, je sais... Quand elle dit : « Ne t'en va pas, pense à nous deux », moi, je réplique à part moi : « Plus je t'entends et plus je veux... », mais il est vrai que je suis un âne. Revenons, si tu le veux, à notre tâche essentielle qui est de tisser le linceul de ce vieux et pieux monde exploiteur, dominateur, colonisateur, dictateur, crève-cœur et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.








Lui:

Il nous suffit de trois chevaux
D'une machette une faux
Pour être guérillero

Elle:


Il ne suffit pas de rêver
Quand tu ne peux t'acheter
Le seul mot de liberté

Lui:


Mes rêves sont grenades, ils sont barricades
Libertad

Elle:


Les hommes du Nord sont venus voler nos vies

Lui:


Les hommes du Nord sont venus voler nos fruits
Les fruits sont grenades
Alors libertad

Elle:
Prends l'eau du puits, taille la pierre

Lui:


Pierre à fusil plus de misère

Elle:


Regarde-moi, pense à nous deux

Lui:


Plus je te vois et plus je veux
Libertad

Mes rêves sont grenades, ils sont barricades
Libertad

Elle:


Si tu t'en allais que serait la vie sans toi

Lui:


Si je me soumets que sera la vie pour toi
La vie sans grenades
Adieu Libertad

Elle:


Ils sont dix mille vous êtes cent

Lui:


Adieu ! On m'appelle, on m'attend

Elle:


Ne t'en va pas, pense à nous deux

Lui:


Plus je pense à nous plus je veux
Libertad.

lundi 8 juillet 2013

AIDE-MOI VALENTINE



AIDE-MOI VALENTINE 

Version française – AIDE-MOI VALENTINE - Marco Valdo M.I. – 2013
d'après les versions italienne et anglaise de Riccardo Venturi d'une
Chanson chilienne de langue espagnole – Ayúdame Valentina – Violeta Parra – 1962 



 

 Violeta









Ah, Lucien l'âne mon ami, je suis très content de te voir, car...


Car ?, dit Lucien l'âne en redressant le crâne et en papillonnant des deux yeux tout en agitant alternativement les oreilles pour montrer son désarroi. Car quoi ? Alors, maintenant, il te faut une raison pour être content de me voir...


Ho, ne te braque pas ainsi, Lucien l'âne mon ami. Tu as parfaitement raison... Mais tu ne m'as pas laissé le temps de finir ma phrase... Je n'ai pas besoin de raison pour être content de te voir... Je voulais juste ajouter une raison supplémentaire, en quelque sorte la raison du jour... J'insiste : je suis toujours content de te voir et la raison en est que tu es mon ami. C'est d'ailleurs – à mes yeux comme aux tiens – le trait caractéristique de l'amitié que ce plaisir de se voir. Comme tu le constates, et je ne t'en ai pas fait la remarque jusqu'ici, comme tu le noteras dans tes tablettes, ce doit d'être réciproque. C'est là pure logique.


Certes, Aristote lui-même n'aurait pas mieux dit. Mais, maintenant, quelle est cette raison adventice qui justifie ce supplément de joie que tu as eu de me voir ?


Remarque, avant de conclure sur ce point, que cette joie est en quelque sorte de même nature que ce que Plotin appelait l'entropie. Elle vient en quelque sorte en surplus, comme une dimension intangible de l'être...


Mais, s'il te plaît, laisse-là Aristote et les Pères de l'Église, laisse-z-y aussi Plotin et son Dieu qui dégouline de partout... On n'est pas ici pour faire de la théologie et viens-en au fait.


Tu ne crois pas si bien dire ou plutôt, te tromper à un tel point... Car la chanson de Violeta Parra relève quasi-entièrement de l'univers théologique, même s'il s'agit d'une approche des plus ironique. D'abord, rien que son titre est tout un programme... te souviens-tu de Valentine Terechkova ? Sans doute, d'ailleurs, vas-tu me dire à ton habitude que tu l'as rencontrée, que tu l'as véhiculée sur ton dos et toutes ces révélations qui te sont usuelles.


De fait, j'ai connu et promené la mouette... Avant son vol, avant même qu'elle ne soit désignée... Avant même qu'elle imagine de voler... Au temps où on se connut, elle et moi, elle était une jeune et jolie ouvrière et elle aimait assez les promenades... Moi, comme tu le sais, j'étais toujours à la recherche des roses qui doivent me rendre mon apparence humaine... À vrai dire, je n'en ai pas trop envie, mais cela, c'est une autre histoire. Bien sûr, on s'est encore promenés tous les deux plusieurs fois après son exploit...


Tu ne vas quand même pas me dire que tu as connu aussi Violeta Parra, au Chili...


Je ne voudrais pas que tu croies un instant que je me vante, mais je dois à la vérité que je l'ai connue alors qu'elle était encore enfant là-bas à San Fabián de Alico et qu'elle courait les campagnes. Elle avait à peine dix ou douze ans et je me souviens qu'elle chantait tout le temps. Mais laissons mes pérégrinations et je t'en prie, viens-en à la chanson.


Donc, Violeta – on est en 1962, qui n'avait plus douze ans, écrit une chanson où elle demande à la toute récente et toute jeune cosmonaute Valentine, laquelle vient de passer trois jours dans l'espace autour de la Terre – que soit dit en passant, elle a bien failli quitter pour l'infini... Son engin s'éloignait de la Terre au lieu de s'en approcher... Elle a bien eu une solide frayeur, mais à côté de ses nausées, c'était – excuse-moi l'expression, du pipi de chat... pour ne pas dire, de la pisse d'âne. Donc, pour résumer la chose, Violeta demande à Valentine de l'aider – tant elle (et toute la population de son pays et toute la population du monde) est cernée par les bergers, pasteurs, prêtres, lamas, moines, nonnes et autres personnages en robe ou en pantalon... et tant ils l’assomment de discours religieux et théologiques, ce dont elle n'a cure.


Et nous aussi ! Nous qui « non siamo cristiani, siamo somari »... bref, qui sommes d'honnêtes mécréants.


Et que demande Violeta à Valentine ? Je te laisse le découvrir... En fait, ce sont là deux mécréantes de haut vol... Sache simplement qu'il s'agit d'une chanson laïque, athée, anticléricale et étant tout cela, forcément optimiste et de la plus grande humanité. Bref, une chanson selon notre raison et selon notre cœur !


En somme, dit Lucien l'âne en brayant de rire, « Le cœur et la raison sont les deux mamelles de l’athéisme »... Ainsi reprenons notre tâche et tissons le suaire de ce vieux monde gangrené par la religion, bigot, cagot, idiot, calotin, débile, totalitaire, stupide et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Valentine









Qu'allons-nous faire de tant
Et tant de prédicants !
Les uns se prévalent de livres,
D'autres de belles raisons ;
Certains d'étranges histoires
De miracles et d'apparitions,
Les autres de la présence
De squelettes et de scorpions,
Putain de Mère ! Les scorpions.

Qu'allons-nous faire de tant
De prières et de chants
Qui dans toutes les langues évoquent
La gloire et cela et ceci,
Les enfers et les paradis,
Les limbes et les purgatoires,
Les édens et la vie éternelle,
Les archanges et les diables,
Putain de Mère ! Les diables.

Mais oui, ils adorent l'image
De Marie la madone,
Mais ils n'adorent aucune
Dame ou demoiselle ;
Alors, que ce soit oui ou non, demain
Ou un vendredi matin,
Pour entrer en gloire
Il faut des dollars,
Putain de Mère ! Faut des dollars.

On voit qu'ils ne sont pas très propres
Les blés dans cette vigne
Et la zizanie prétend
Manger tout le champ ;
Peu lui chaut la manière
De clouer son épine
Pour sucer le plus faible
Quel diable d'insecte,
Putain de Mère ! L'insecte.

Qu'allons-nous faire de tant
De célestes développements
Valentine, faut m'aider,
Toi qui si haut a volé.
Une fois pour toutes, dis-moi
Que là haut un tel domaine n'existe pas :
Demain saura l'édifier
L'homme avec sa raison.
Putain de Mère ! Avec sa raison.

Qu'allons-nous faire de tant
De dieux et de leurs représentants!
À chaque pas, ils me mordent
De leurs canines féroces.
Valentine, faut te dépêcher
Ils ont multiplié les bergers
Car bientôt tout va s'effondrer
Comme dans l'histoire des sermons,
Putain de Mère ! Des sermons.

Qu'allons-nous faire de tant
De mensonges permanents :
Valentine, Valentine,
Passons le balai.
Messieurs : sous la terre
Se scelle le décès
Et à tout corps en silence
Le temps offre le néant,
Putain de Mère ! Le néant.

dimanche 7 juillet 2013

LE JOURNALISTE

LE JOURNALISTE

Version française – LE JOURNALISTE – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne - Il giornalista – Margot – 1961

Texte de Gianni Rodari
Musique de Fausto Amodei


« Toujours dans le sillage des Cantacronache, en 1961, Margot Galante Garrone grave un disque de chansons pour enfants sur des textes de Gianni Rodari, parmi lesquelles celle-ci, mise en musique par Fausto Amodei, un message délibérément mais provocateurement naïf. »


(Enrico de Angelis, da Mille papaveri rossi - La pace nella canzone italiana)

Regarde, écoute, Lucien l'âne mon ami, voici une chanson délicieuse... Elle est – en principe et en apparence – destinée aux enfants... Chantée par une dame de bonne souche, née dans une famille et un environnement antifascistes et que nous avons déjà croisée avec les Cantacronache, dont elle fit partie.


Margot, la dame de la photo


En somme, c'était la dame des Cantacronache... Rien à voir avec la Margot de Tonton Georges, qui à ma grande consternation ne figure pas dans les CCG, mais on va y remédier... et moins encore, avec la Margot chômeuse, dont tu contas l'histoire ici-même [[36862]].

C'est bien elle en effet... Celle qu'on voit sur la photo... C'est Margot... Et ce qui me chiffonne, vois-tu, c'est que nous sommes en 2013 et que la chanson date d'un demi-siècle, même si elle est toujours d'actualité. D'ailleurs, pour en quelque sorte l'actualiser, je me suis fait le plaisir d'ajouter deux vers qui font une allusion à certain personnage actuel... Tu le reconnaîtras aisément à son titre; je l'appelle le "bunga-bunga"; parfois aussi, le nain maléfique. [[37399]]


je vois très bien de qui il s'agit... Un triste personnage, en effet. Cependant, encore une fois, j'ai cette impression que la chanson italienne (celle qui vaut vraiment la peine) a été longtemps ignorée en langue française...

Elle l'est d'ailleurs encore... et tout comme toi, je trouve que c'est d'autant plus idiot que l'inverse n'est pas vrai...



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Oh journaliste, envoyé spécial,
Quelles nouvelles rapportes-tu au journal ?

J'ai été en Amérique, en Chine,
En Écosse, en Suède et en Argentine,
Chez les Soviets et chez les Polonais
Les Slovaques et les Slovènes
Les Allemands et les Français.

J'ai parlé avec les Esquimaux,
Avec les Siamois, avec les Hottentots
Je reviens du Chili, de l'Inde et du Congo,
De la tribu des Bongo-Bongos…
(À ne pas confondre toutefois
Avec les soirées chez le bunga-bunga )

Et sais-tu ce que je rapporte ?
Une seule nouvelle !
Je serai licencié pour paresse.
Cependant elle est sensationnelle,
Elle mérite la une de toute la presse :
Tous les peuples de la terre
Ont déclaré la guerre à la guerre.