samedi 10 octobre 2020

CENT JOURS AVANT LE NÉANT

 

CENT JOURS AVANT LE NÉANT


Version française – CENT JOURS AVANT LE NÉANT – Marco Valdo M.I. – 2020

d’après la traduction italienne 100 GIORNI ALLA FINE DEL MONDO de Riccardo Venturi d’une

Chanson allemande – 100 Tage bis zum Untergang Die Toten Hosen – 1987

Paroles et Musique : Maurer / Frege

Album : Reich & sexy II : Die fetten Jahre

(Perlen vor die Säue : Die besten Raritäten & B-Seiten aus 20 Jahren)



LE TRIOMPHE DE LA MORT

Pieter Bruegel den Aauwe – 1564



À supposer que la fin du monde (que la langue allemande exprime magnifiquement avec le terme Untergang, littéralement “effondrement”) survienne à cause d’une guerre, d’une épidémie, d’un astéroïde ou qui sait de quelle cause maléfique, que se passerait-il si, coquin de sort, on annonçait demain la fin du monde dans les cent jours ? Cent jours, c’est un peu plus de trois mois, c’est-à-dire que si aujourd’hui, le 8 octobre 2020, la fin du monde était annoncée dans les cent jours, la date catastrophique et définitive serait le 16 janvier 2021.


Au cours de ces cent jours, toutes nos perspectives vont certainement changer, sauf notre individualité sacrée et notre capacité – ou incapacité – à toute sorte de réaction. Mais je dirais que, face à une telle perspective finale, au moins deux choses seraient généralisées : la perception de la futilité authentique et désespérée des “règles” qui ont freiné l’humanité depuis ses débuts, et l’irruption de la fin dans la “Normalité”, ou dans toute cette série infinie de normalités quotidiennes qui forment la chaîne bosselée qui, d’une certaine manière, nous lie tous, et partout. Il faudrait alors, bien sûr, voir quelle sorte de fin du monde se prépare : une chose serait la fin de l’humanité, l’extinction de l’espèce homo sapiens ou « race humaine » pour ainsi dire, et une autre l’explosion de la planète Terre qui entraîne avec elle les océans, les montagnes, les animaux, les plantes et tout le reste.


En général, nous avons tendance à identifier la « fin du monde » avec la fin du reste d’entre nous, mais ce n’est pas le cas. Si nous en finissions avec le reste d’entre nous, la vie continuerait sous d’autres formes, d’autres manières. Ce serait une autre histoire et, un jour, peut-être serions-nous considérés comme nous considérons les dinosaures aujourd’hui. Eh bien, en attendant ces fameux trois mois avant la fin du monde – quelle que soit la déclinaison –, il m’est venu à l’esprit que le célèbre groupe allemand Toten Hosen (qui signifie quelque chose comme « pantalon mort », mais qui est en fait un jeu de mots sur « roten Rosen », roses rouges) venait de faire une petite chanson sur les cent jours qui nous séparent de la fin du monde ; une petite chansonnette qui dit toutes sortes de choses à faire, des plus ordinaires (comme payer les factures ; vous ne voulez pas aller au bout du monde avec l’électricité coupée…) au plus haut niveau, comme de décider qui sont vos amis ou qui vous voudrez embrasser – les accords sur les masques et la distanciation sociale le permettant. Quels seront vos derniers mots, qui d’ailleurs ne seront pas enregistrés pour la postérité ? Une facétie ou une prière ? Ou allez-vous vous taire ? Serez-vous en compagnie ou seul ? Ou vous rendrez-vous compte qu’en réalité, le monde est déjà fini depuis longtemps et que vous ne l’avez même pas remarqué, occupé à écrire de futures idioties sur les réseaux sociaux ? [RV]


Dialogue Maïeutique


D’abord, dit Lucien l’âne, il faudrait que tu m’expliques le titre de la version française de cette chanson, car il me semble bien particulier ou en tout cas, divergeant par rapport aux titres des versions allemande et italienne.


Oui, d’abord, d’abord, tu as raison, Lucien l’âne mon ami. Donc, littéralement le titre allemand originel peut être traduit par – 100 jours jusqu’à l’effondrement ; le titre italien traduit par : 100 jours jusqu’à la fin du monde. Comme tu le sais, mon choix est en effet fort différent lorsqu’il dit – Cent jours avant le néant. L’allemand parle de l’effondrement, donc d’une catastrophe et d’une chose en mouvement, l’effondrement est un processus ; l’italien évoque un moment fixe et effroyable : la fin du monde et donc une situation ultime, une phase terminale ; quant à mon titre en pointant le néant, il décrit l’après, le futur.


En somme, dit Lucien l’âne, on a ainsi l’effondrement qui est une action ; la fin du monde qui est son aboutissement ; et le néant qui est son état futur au-delà du moment fatal. Ce sont effet trois visions différentes. C’est aussi le mystère de la traduction et sans doute aussi, y a-t-il derrière cette cacophonie une différence de perception, un certain décalage que j’aurais tendance à qualifier de philosophique, même si je la soupçonne fort d’être principalement due aux habitudes linguistiques. Mettons donc, le néant ; c’est lui qu’il faut que tu m’expliques.


Oh, dit Marco Valdo M.I., le néant. Ce n’est pas ce qui n’est pas, mais bien ce qui n’est plus. Je vois ta surprise, mais c’est pourtant logique. Pour définir, faire exister un « ce qui n’est pas », il faut nécessairement penser un « ce qui est » ; autrement, il n’y a rien qui l’institue. Et dès lors, le néant n’existe que parce qu’on peut l’envisager ; sinon, paradoxalement, le néant se réduit à rien. Évidemment, je te l’accorde, le même raisonnement peut être appliqué au rien ou à n’importe quoi. Mais pour en revenir à ce titre, le néant est ce qui n’est plus ou ce qui est au-delà de ce qui n’est plus ; c’est un troisième stade. On a donc trois temps, comme à la valse : ça s’effondre, c’est effondré ; ça n’est plus. Voilà tout ! Encore faut-il si ce n’est qu’une séquence réservée aux vivants que ça se passe calmement, que ce ne soit pas un scénario à la Brueghel, un triomphe de la mort.


Sans doute, dit Lucien l’âne, mais même dans ce cas, je perçois quelque chose de plus dans cette affirmation du néant, je pressens une tranquille certitude ou une certitude de tranquillité. Mais à part ça, que dit la chanson ?


Tout simplement, répond Marco Valdo M.I., elle s’interroge sur ce qu’on pourrait faire dans la période des cent jours qui précède l’effondrement – fin du monde – néant.


Oh, dit Lucien l’âne, cent jours, c’est le temps nécessaire pour aller de l’île d’Elbe à Waterloo.


En effet, reprend Marco Valdo M.I. en riant, mais la chanson n’a pas vu les choses sous cet angle historique et impérial. Elle est, en quelque sorte, plus terre à terre. Et globalement, elle peut – à part ce délai un peu pressant – être appliquée à la vie elle-même où qu’il s’agisse d’une femme, d’un homme, d’un enfant, d’un vieillard, d’une civilisation, d’un peuple, d’une espèce, d’un pays, d’un empire, d’un continent, de la vie sur une planète, de la planète, d’une étoile, d’une galaxie, d’un univers, bref, de tout ce à quoi on peut penser, tout rigoureusement et dans la plus ordinaire indifférence, tout connaîtra ses cent jours. Mais s’il faut s’arrêter à ça, on ne ferait plus rien.


Bien dit, dit Lucien l’âne, sur ça, je te rejoins. Tissons le linceul de ce vieux monde biologique, géologique, astronomique et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Avez-vous bien tout emballé

Qui vous importe et que vous aimez ?

Avez-vous rangé tous vos papiers

Et tous vos amis salués ?

Y a-t-il quelque chose inachevé ?

Toutes vos factures sont-elles payées ?

Votre tombe est-elle déjà commandée

Ou bien, vous vous en foutez ?


Que ferez-vous quand arrivera la nouvelle dernière :

« Cent jours avant le néant ! »

Votre ultime répartie, sera-t-elle une facétie ou une prière ?

Cent jours avant le néant.

Cent jours avant le néant.



Pour escalader chaque montagne, vous avez le temps ;

Pour parcourir chaque vallée, vous avez le temps ;

Pour traverser chaque mer, vous avez le temps ;

Pour voir chaque pays du monde, vous avez le temps ;

Vous avez le temps, pour décider,

Cent fois encore dans quelle direction aller.


Que ferez-vous quand arrivera la nouvelle dernière :

« Cent jours avant le néant ! »

Votre ultime répartie, sera-t-elle une facétie ou une prière ?

Cent jours avant le néant.

Cent jours avant le néant.


Lentement, vous devez décider,

Comment votre vie achever,

Et qui seront désormais vos ennemis

Et qui seront maintenant vos amis,

Et qui vous tiendrez dans vos bras,

Quand tout finira.


Que ferez-vous quand arrivera la nouvelle dernière :

« Cent jours avant le néant ! »

Votre ultime répartie, sera-t-elle une facétie ou une prière ?

Cent jours avant le néant.

Cent jours avant le néant.


Que ferez-vous quand arrivera la nouvelle dernière :

« Cent jours avant le néant ! »

Votre ultime répartie, sera-t-elle une facétie ou une prière ?

Cent jours avant le néant.

Seulement cent jours avant le néant.

Cent jours avant le néant.


Que ferez-vous quand arrivera la nouvelle dernière :

« Cent jours avant le néant ! »

Votre ultime répartie, sera-t-elle une facétie ou une prière ?

Cent jours avant le néant.

Seulement cent jours avant le néant,

Cent jours avant le néant.


jeudi 8 octobre 2020

COMPTINE DE L’ABEILLE

 

COMPTINE DE L’ABEILLE


Version française – COMPTINE DE L’ABEILLE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Filastrocca dell’apeMimmo Mòllica – s.d.




 

LA BELLE, LES ABEILLES ET LE VOLEUR DE MIEL

Lucas Cranach – ca. 1530







La Filastrocca dell’ape« Comptine de l’abeille » de Mimmo Mòllica se veut un hommage à ces insectes laborieux, mais aussi un appel pour la sauvegarde des abeilles et de la biodiversité. Les abeilles, en effet, sont en danger réel, menacées par les pesticides et la perte de leur habitat. Les pesticides les paralysent, provoquant la désorientation et la mort. Sauvons les abeilles !

Les abeilles, après tout, font bien plus que du miel : un tiers de notre nourriture dépend d’elles par le biais de la pollinisation. De nombreuses cultures légumières et horticoles importantes risquent d’être durement touchées par la diminution du nombre d’insectes pollinisateurs (fruits et légumes, tels que les tomates, les amandes, les pommes et les fraises : plus de 4 000 types de légumes rien qu’en Europe).

Sauvons les abeilles !

 






Dialogue Maïeutique


Ah, oui, dit Lucien l’âne, sauvons les abeilles et tout le reste. Mais les abeilles, c’est très bien, ça fait bzu et ça butine. Je les ai toujours connues et je les aime bien ; surtout, j’aime bien les regarder, on dirait qu’elles dansent en trois dimensions et toujours en couleurs, au soleil. Certainement, il faudrait les sauvegarder, les abeilles, car elles mettent des taches de soleil mouvantes dans la longueur du jour. Évidemment, il faut prendre le temps de les regarder ; ça vous fait de très belles et de très agréables journées. Et puis, comme tous les êtres vivants – disons comme les rats – elles ont parfaitement le droit de vivre ; mais pour moi, pas à cause de leur éventuelle utilité ; l’utilité est un hasard superficiel, c’est un effet d’entropie. Comprends-moi, les abeilles ne sont pas là pour faire du miel, ni pour polliniser, c’est une vision très utilitariste de l’existence ; c’est prendre le monde à l’envers. En fait, si elles font du miel, si elles pollinisent, c’est parce qu’elles sont elles-mêmes et qu’elles ne peuvent rien faire d’autre que d’être elles-mêmes ; en fait, en quelque sorte, le miel, la ruche, le pollen, c’est l’abeille elle-même, entendue comme un ensemble inséparable de lui-même. De même, à ce compte-là, s’il doit y avoir une téléologie, l’homme est là pour faire des ponts ou pour faire des guerres ; d’aucuns pourraient justifier l’utilité des guerres comme des moments de grands progrès et des séquences de transmission de savoirs et même, de civilisation. Ce seraient des ferments de l’évolution humaine. C’est peut-être même vrai, mais dans un raisonnement a posteriori. En fait, tout comme pour l’abeille et le miel, la guerre n’a d’autre but que de faire de la guerre et par un effet d’entropie, elle peut engendrer des progrès, mais tout autant des régressions ; ça lui est complètement indifférent. Il en va de même de l’abeille.


Halte-là, Lucien l’âne mon ami, ici, dans la chanson, il est question de l’abeille, des abeilles racontées par une abeille. Et cette abeille plaide pour la survie des abeilles – splendeur et misère des abeilles serait un assez bon titre. Donc, cette sympathique petite abeille chante une comptine. Une comptine s’adresse aux enfants et elle dit des choses simples. Il faut la voir comme ça et c’est comme ça qu’elle veut qu’on la voie. C’est une défense et illustration des abeilles par une jeune abeille à destination des jeunes humains. Avant qu’il ne soit trop tard, c’est un avertissement. Tiens, c’est un discours de Cassandre et de ce que j’en sais, il se pourrait bien qu’elle ait raison de sonner ainsi le tocsin. On commence à voir les effets de cette destruction systématique des insectes et d’autres espèces animales (donc, pas seulement des abeilles) et il n’est pas sûr du tout qu’on pourra y mettre fin à temps.


Oui, dit Lucien l’âne, à force de jouer avec les allumettes, on finit par mettre le feu et puis, on ne sait que faire face à l’incendie. Mais rassure-toi, tout finit toujours par s’arranger, disent certains. Même mal, ajoute le sage. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde décrépit, empesté, infatué, imbécile et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane











Je suis la petite abeille fidèle,

Je suis l’abeille qui fait le miel,

Volant toujours comme l’aviateur,

Toujours à me poser sur les fleurs.



Toujours en vol, entre le champ et le jardin,

Trèfle, thym, origan ou romarin,

Je suce le nectar de chaque fleur,

De mère nature, le cadeau le meilleur.



Un miel doux, source de vie,

Riche en pollen de jonquilles,

Du nectar, nous sommes les butineuses ;

De la cire, nous sommes les faiseuses.

 

Lors même que l’air se salit et se pollue,

Que leau est trouble et pue.

Nous faisons plus encore pour les gens,

Nous protégeons et nous sauvons l’environnement,



Si je disparaissais à jamais du monde,

La crise de la planète serait plus profonde.

Sans les abeilles et les pollinisateurs

S’éteindrait la race des agriculteurs.



Nous sommes nombreux à l’avoir compris

Que la planète doit être sauvegardée

Des pesticides avec lesquels on anéantit

Les abeilles, par millions, déjà on a tuées.



Quand les abeilles n’y seront plus,

Votre monde ira à l’envers

Et vous aurez perdu

Le ciel et l’Univers.



Les abeilles, jolies et fécondes,

Gardent les secrets du monde,

Précieuses messagères du temps,

Elles annoncent le printemps.



Nous sommes petites, mais des milliers.

La ruche est douce à habiter

Où il y a la paix, l’entente et l’unité,

La cire, le miel, le travail et l’humilité.

De la nature, nous sommes la volonté,

Et dans le monde, nous sommes la liberté.





dimanche 4 octobre 2020

W LA LIBERTÉ

 

W LA LIBERTÉ



Version française – W LA LIBERTÉ – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – W la libertà Zauber – 1986

 

 

 

 


 



W la libertà est un mini-LP publié par Drums Edizioni Musicali en 1986. qui rassemble quatre titres enregistrés par Zauber avec le trio vocal de Mirage (produit par Zauber lui-même). Le disque est la suite naturelle de « Profumo di Rovina » (« Dix chansons de Ferrante Aporti » de 1985), dans ce cas-ci dédié cependant à la section féminine. On peut lire sur la couverture que « Viva la libertà » ainsi que « Profumo di Rovina » (1985), est une anthologie discographique de chansons écrites par des détenus. Contrairement au précédent disque, cependant, elle ne recueille que des compositions de filles et est confiée à l’interprétation d’un seul groupe, Mirage.

(VERSO LA STRATOSFERA – Blog dedicato al rock progressivo (e non solo) italiano degli anni 70 e deviazioni varie)


Dialogue Maïeutique


Mon ami Lucien l’âne, il me semble que tu as l’air un peu perplexe face à ce titre. Dis-moi si je me trompe.


Marco Valdo M.I., mon ami, je m’interroge sur ce W, que tu as d’ailleurs repris dans la version française. Je suppose qu’il veut simplement dire, noter étrangement Viva ou Vive.


Certainement, Lucien l’âne mon ami, et toi qui vis en fuyard depuis des siècles, toi qui évites si scrupuleusement, si précautionneusement de te faire enfermer, tu en sais quelque chose de la valeur de la liberté.


En effet, dit Lucien l’âne, si j’ai choisi de rester un âne, de rester prisonnier de mon corps d’âne, dans cette apparence insolite pour un jeune homme que j’étais, je l’ai fait justement pour bénéficier à jamais de cette vie d’âne errant, courant et discourant interminablement qui est la mienne.


Juste quelques mots à propos de la version française, car, Lucien l’âne mon ami, elle diffère sensiblement de la chanson italienne sur un point accessoire que je trouve néanmoins essentiel et à propos de l’artifice que j’ai trouvé pour surmonter la difficulté de genre.


Oh, dit Lucien l’âne, tu as bien fait alors, car le genre est très à la mode depuis quelque temps. Mais quelle était cette difficulté ?


Eh bien, Lucien l’âne mon ami, si tu as lu le commentaire d’introduction, tu sais que le texte de la chanson et l’interprétation sont le fait d’un groupe féminin, appelé « Mirage ». Or – je ne sais si c’est la même sensation en italien – le texte une fois traduit revêtait au singulier une forte connotation masculine ; ce qui ne rendait pas justice à ses créatrices. Il m’a paru nécessaire de contourner cet obstacle et d’effacer cette malencontreuse impression. Alors, comme la liberté – et cela n’est pas discutable – appartient à tous, je me suis dit que mettre le texte au pluriel permettrait d’éviter cet écueil de genre. Pour le reste, outre que la chanson la voit sous un angle particulier, de la liberté, il n’y a pas grand-chose à en dire au-delà de ce qu’on en a tant dit – songe par exemple à Liberté, elle aussi écrite sur le mur, si ce n’est qu’elle est essentielle à la vie et pas seulement humaine, car elle est le moteur même de l’évolution naturelle, laquelle ne peut être contrainte. Le monde et la vie se sont créés et ne croissent que grâce à elle. Elle va son chemin dans tous les sens, y compris dans des impasses, muant de mue en mue dans son étrange parcours. Ainsi en va-t-il aussi de la liberté individuelle des humaines et des humains, êtres minuscules s’agitant dans l’immensité.


Hou là, Marco Valdo M.I. mon ami, te voilà à nouveau philosophant à tours de bras ; d’ailleurs, on en a déjà causé tant quand on parcourait ici même les Lettres de Prison de Carlo Levi ; il y en avait quarante-deux entre Le Fils emprisonné et Le Ciel de Lucanie, pour ne rien dire de L’Arlequin amoureux (entre Marengo et Les Pieds nus) ou de la Geste de Liberté (entre Katheline, la bonne Sorcière et L’Heure de l’Hirondelle). Je t’en prie, restons-en là et tissons le linceul de ce vieux monde étouffant, limité, carcéral, réduit et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien l’âne.



W la liberté que l’on veut supprimer

Elle renaît plus forte quand on veut l’enterrer.

La liberté écrite sur le mur

Par ceux qui ont déjà été emprisonnés

Ou ceux qui n’ont pas de futur.



Tous parlent en bien de cette chose étrange,

En font de longs discours chaque semaine.

W la liberté avec un signe fort

Gravé avec des lettres torses d’or.



W la liberté pour ceux qui sauront piocher

Et détruire le mur du pénitencier.



W la liberté que l’on veut supprimer,

Elle renaît plus forte quand on veut l’enterrer.

C’est une excuse que les madrés utilisent

Pour en profiter à la face des autres.



Tous parlent en bien de cette chose étrange,

En font de longs discours chaque semaine.

W la liberté avec un signe fort

Gravé avec des lettres torses d’or.



Seuls qui l’ont perdue comprennent vraiment,

Que quand elle manque, on rencontre le néant.

vendredi 2 octobre 2020

LES PETITS HOMMES AU POUVOIR ÉNORME

 

LES PETITS HOMMES AU POUVOIR 

ÉNORME


Version française – LES PETITS HOMMES AU POUVOIR ÉNORME – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson allemande – Die kleinen Männer mit der riesengroßen MachtGeorg Kreisler – 1979

Paroles et musique de Georg Kreisler (1922-2011), satiriste, cabarettiste et compositeur viennois. (georgkreisler.info) Étazunien d’adoption, sa famille, de religion juive, dut fuir l’Autriche après l’Anschluss en 1938.

Album : « Mit dem Rücken gegen die Wand » (Avec le dos au mur).

 



  

Homme de pouvoir

Bruno Voigt - 1933




Dialogue Maïeutique 





« Les petits hommes », ha, ah !, dit Lucien l’âne, mais tous les hommes sont petits, même comparés à un cheval ou à une vache, ou à un cochon.


Lucien l’âne mon ami, je t’arrête tout de suite. Certes, tu as raison, vu comme ça, les hommes sont tous petits, mais ce n’est pas de cette grandeur-là qu’il s’agit ; il s’agit de la grandeur au sens moral, pas de la taille de leur corps, ni de la taille de leur richesse matérielle relative, mais de la taille de leur personnalité.


En quelque sorte, dit Lucien l’âne, il s’agit de leur petitesse intérieure.


Juste, reprend Marco Valdo M.I., et comme on le sait, les hommes et les femmes peuvent considérer leurs semblables de divers points de vue. Dans ce cas, on considère les gens du point de vue de la personnalité, chose qui englobe toutes sortes d’éléments et singulièrement, le caractère, la posture morale et pour tout dire, la psychologie globale de l’individu et pas de son physique.


Oh, dit Lucien l’âne, ainsi un homme grand peut être un petit homme et un homme petit un grand homme et bien entendu, pareil pour les femmes, avec certaine nuance ; ainsi, on dira de Christine de Suède ou de Catherine de Russie qu’elles étaient de grandes dames – elles étaient de la noblesse et occupaient de hautes fonctions avec un certain brio et d’Hypatie d’Alexandrie ou de Marie Curie que c’étaient de grandes femmes, car leur grandeur se mesure à leur intelligence, à leur valeur scientifique ainsi qu’à leur humanité – qui n’ont aucun pouvoir coercitif sur les autres. Pour les mêmes raisons, on pense assurément de Voltaire que c’est un grand homme, pareillement pour Socrate, Aristote, Einstein ou Bertrand Russell. Ce n’est pas le cas pour Jules César, Alexandre le Grand ou Louis XIV, qu’on dit aussi le Grand, qui sont des gens qui doivent leur grandeur à d’autres critères.


Bref, dit Lucien l’âne, je vois de quoi il s’agit quand on parle de grands hommes et donc, que seraient alors les petits hommes de la chanson ?


Eh bien, dit Marco Valdo M.I., je voudrais quand même insister sur le fait qu’on peut être un grand homme sans aucune renommée et être à jamais ignoré comme tel. De tels grands hommes sont heureux, car ils appliquent à la lettre la morale du grillon de Florian : « Pour vivre heureux, vivons cachés ». Maintenant, voyons ces petits hommes de la chanson. Ce sont des nains moraux, leur petitesse est morale ; il faut les considérer du point de vue de leur personnalité (ou de l’absence de celle-ci) ; ils sont petits moralement et ce, quel que soit le poste, le rang qu’ils ont dans la société. En clair, ils peuvent occuper la plus haute fonction d’une société ou la plus basse, détenir les plus grands ou le plus petit pouvoirs, ils n’en restent pas moins de petits hommes.


Et ces petits hommes, dit Lucien l’âne, le mot qui les qualifie le mieux ne serait-il pas : mesquin ?


Exactement, dit Marco Valdo M.I., c’est le bon mot ; ce qui les caractérise, c’est la mesquinerie, c’est leur principale qualité. Ceci dit, ils ont également un égo inversement proportionnel à leur taille morale. Plus ils sont médiocres et mesquins, plus leur égo est gigantesque. Du point de vue éthique, ce sont des imbéciles heureux, ceux de La Ballade des gens qui sont nés quelque part. Le problème, c’est qu’il y en a beaucoup dans la société humaine. Ils sont nombreux et se démènent – c’est leur but essentiel – pour être les premiers, pour dominer, pour commander, pour diriger ; ils aiment le pouvoir, ils apprécient aussi de faire sentir aux autres l’importance qu’ils s’attribuent ou celle qu’ils se sont attribuée, quel que soit le niveau où ils se situent ; de même les pouvoirs démesurés dont ils disposent peuvent s’appliquer à n’importe quel poste ou niveau : du vigile au président le plus grand. Ils développent le syndrome de la peste émotionnelle, telle que al décrivait Wilhelm Reich ; ils la véhiculent et l’imposent. Et chose facile à comprendre, plus le niveau de pouvoir auquel ils accèdent, plus grande est la nuisance qu’ils représentent, plus – on me passera l’expression – ils emmerdent (littéralement) le monde.


Oufti, dit Lucien l’âne, je me demande comment ils peuvent vivre avec eux-mêmes, ce doit être écœurant, insupportable. Cependant, restons-en là, sinon, on n’en sortira pas aujourd’hui. Ça nous mènerait je ne sais où et en tout cas, trop loin. Pour l’heure, tissons le linceul de ce vieux monde pestilentiel, tout petit, trop grand, rond, plat, multiple, unique et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane















Les petits hommes au pouvoir immense

Ont été à l’école

Et portent des cravates.

Ils ont des biens et des familles et des dettes

Et veulent le meilleur pour leur patrie abstraite.



Les petits hommes au pouvoir énorme

Ont énormément d’ambition,

C’est nous qui en manquons.

Ils sont photogéniques, peignés, joviaux et au régime

Et regardent de haut les autres hommes.



Ils s’éveillent et sont prêts à l’instant,

Pour dormir, ils n’ont pas assez de temps.

Pour eux, la musique et le chant sont une perte de temps.

Ils ne pensent jamais à un rêve,

À un poème, à un arbre.

Ils rient peu et très rarement.



Les petits hommes au pouvoir colossal

Ont été depuis des ères immémoriales

Une race d’hommes spéciale.

Leurs erreurs sont fausses, leurs vertus sont fatales,

Leur arrogance est absolument normale.



Leurs femmes sont encore pires,

Avec leur air de deux airs.

On ne sait pourquoi ils en sont fiers.

Leurs enfants sont peureux, frivoles et stupides.

Dès après leur naissance, elles ont des hémorroïdes.



Ils ont des maîtresses, encore plus pires,

Qu’ils engagent comme secrétaires,

Qui sont là pour l’argent et l’influence,

Qui papillonnent et se moquent des choses,

Sourient de travers, parlent à tort et s’imposent.



Un petit homme m’a demandé : « Que devais-je faire ?

Le pouvoir était proche, j’ai dit oui

Et j’ai eu de la chance : maintenant je suis ici

Avec la police et les militaires.

Et le fait que je sois petit est oublié.

Je bois du champagne doux

Et comme il a bon goût,

Je suis comblé.

Petit homme, Dieu ne m’a pas gâté.

J’encaisse beaucoup. J’avale la saleté

Et je boucle des tas de dossiers.

Mais ce que je fais, je le fais pour la patrie.

Je n’abandonnerai pas mon peuple.

Ce serait irresponsable.

Je me sacrifie.



Les petits hommes au pouvoir démesuré

Pensent au courage et aux responsabilités,

Jamais à démissionner.

Nous, on est dans la merde jusqu’au cou.

Dès qu’on se bat pour s’en échapper,

Un petit homme arrive et se moque de nous.



Les petits hommes ont beaucoup promis,

On a entendu vraiment beaucoup leurs cris,

Mais rien n’a changé.

Un seul conseil : Méfiez-vous, chers amis,

Des petits hommes aux pouvoirs démesurés.