vendredi 2 octobre 2020

LES PETITS HOMMES AU POUVOIR ÉNORME

 

LES PETITS HOMMES AU POUVOIR 

ÉNORME


Version française – LES PETITS HOMMES AU POUVOIR ÉNORME – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson allemande – Die kleinen Männer mit der riesengroßen MachtGeorg Kreisler – 1979

Paroles et musique de Georg Kreisler (1922-2011), satiriste, cabarettiste et compositeur viennois. (georgkreisler.info) Étazunien d’adoption, sa famille, de religion juive, dut fuir l’Autriche après l’Anschluss en 1938.

Album : « Mit dem Rücken gegen die Wand » (Avec le dos au mur).

 



  

Homme de pouvoir

Bruno Voigt - 1933




Dialogue Maïeutique 





« Les petits hommes », ha, ah !, dit Lucien l’âne, mais tous les hommes sont petits, même comparés à un cheval ou à une vache, ou à un cochon.


Lucien l’âne mon ami, je t’arrête tout de suite. Certes, tu as raison, vu comme ça, les hommes sont tous petits, mais ce n’est pas de cette grandeur-là qu’il s’agit ; il s’agit de la grandeur au sens moral, pas de la taille de leur corps, ni de la taille de leur richesse matérielle relative, mais de la taille de leur personnalité.


En quelque sorte, dit Lucien l’âne, il s’agit de leur petitesse intérieure.


Juste, reprend Marco Valdo M.I., et comme on le sait, les hommes et les femmes peuvent considérer leurs semblables de divers points de vue. Dans ce cas, on considère les gens du point de vue de la personnalité, chose qui englobe toutes sortes d’éléments et singulièrement, le caractère, la posture morale et pour tout dire, la psychologie globale de l’individu et pas de son physique.


Oh, dit Lucien l’âne, ainsi un homme grand peut être un petit homme et un homme petit un grand homme et bien entendu, pareil pour les femmes, avec certaine nuance ; ainsi, on dira de Christine de Suède ou de Catherine de Russie qu’elles étaient de grandes dames – elles étaient de la noblesse et occupaient de hautes fonctions avec un certain brio et d’Hypatie d’Alexandrie ou de Marie Curie que c’étaient de grandes femmes, car leur grandeur se mesure à leur intelligence, à leur valeur scientifique ainsi qu’à leur humanité – qui n’ont aucun pouvoir coercitif sur les autres. Pour les mêmes raisons, on pense assurément de Voltaire que c’est un grand homme, pareillement pour Socrate, Aristote, Einstein ou Bertrand Russell. Ce n’est pas le cas pour Jules César, Alexandre le Grand ou Louis XIV, qu’on dit aussi le Grand, qui sont des gens qui doivent leur grandeur à d’autres critères.


Bref, dit Lucien l’âne, je vois de quoi il s’agit quand on parle de grands hommes et donc, que seraient alors les petits hommes de la chanson ?


Eh bien, dit Marco Valdo M.I., je voudrais quand même insister sur le fait qu’on peut être un grand homme sans aucune renommée et être à jamais ignoré comme tel. De tels grands hommes sont heureux, car ils appliquent à la lettre la morale du grillon de Florian : « Pour vivre heureux, vivons cachés ». Maintenant, voyons ces petits hommes de la chanson. Ce sont des nains moraux, leur petitesse est morale ; il faut les considérer du point de vue de leur personnalité (ou de l’absence de celle-ci) ; ils sont petits moralement et ce, quel que soit le poste, le rang qu’ils ont dans la société. En clair, ils peuvent occuper la plus haute fonction d’une société ou la plus basse, détenir les plus grands ou le plus petit pouvoirs, ils n’en restent pas moins de petits hommes.


Et ces petits hommes, dit Lucien l’âne, le mot qui les qualifie le mieux ne serait-il pas : mesquin ?


Exactement, dit Marco Valdo M.I., c’est le bon mot ; ce qui les caractérise, c’est la mesquinerie, c’est leur principale qualité. Ceci dit, ils ont également un égo inversement proportionnel à leur taille morale. Plus ils sont médiocres et mesquins, plus leur égo est gigantesque. Du point de vue éthique, ce sont des imbéciles heureux, ceux de La Ballade des gens qui sont nés quelque part. Le problème, c’est qu’il y en a beaucoup dans la société humaine. Ils sont nombreux et se démènent – c’est leur but essentiel – pour être les premiers, pour dominer, pour commander, pour diriger ; ils aiment le pouvoir, ils apprécient aussi de faire sentir aux autres l’importance qu’ils s’attribuent ou celle qu’ils se sont attribuée, quel que soit le niveau où ils se situent ; de même les pouvoirs démesurés dont ils disposent peuvent s’appliquer à n’importe quel poste ou niveau : du vigile au président le plus grand. Ils développent le syndrome de la peste émotionnelle, telle que al décrivait Wilhelm Reich ; ils la véhiculent et l’imposent. Et chose facile à comprendre, plus le niveau de pouvoir auquel ils accèdent, plus grande est la nuisance qu’ils représentent, plus – on me passera l’expression – ils emmerdent (littéralement) le monde.


Oufti, dit Lucien l’âne, je me demande comment ils peuvent vivre avec eux-mêmes, ce doit être écœurant, insupportable. Cependant, restons-en là, sinon, on n’en sortira pas aujourd’hui. Ça nous mènerait je ne sais où et en tout cas, trop loin. Pour l’heure, tissons le linceul de ce vieux monde pestilentiel, tout petit, trop grand, rond, plat, multiple, unique et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane















Les petits hommes au pouvoir immense

Ont été à l’école

Et portent des cravates.

Ils ont des biens et des familles et des dettes

Et veulent le meilleur pour leur patrie abstraite.



Les petits hommes au pouvoir énorme

Ont énormément d’ambition,

C’est nous qui en manquons.

Ils sont photogéniques, peignés, joviaux et au régime

Et regardent de haut les autres hommes.



Ils s’éveillent et sont prêts à l’instant,

Pour dormir, ils n’ont pas assez de temps.

Pour eux, la musique et le chant sont une perte de temps.

Ils ne pensent jamais à un rêve,

À un poème, à un arbre.

Ils rient peu et très rarement.



Les petits hommes au pouvoir colossal

Ont été depuis des ères immémoriales

Une race d’hommes spéciale.

Leurs erreurs sont fausses, leurs vertus sont fatales,

Leur arrogance est absolument normale.



Leurs femmes sont encore pires,

Avec leur air de deux airs.

On ne sait pourquoi ils en sont fiers.

Leurs enfants sont peureux, frivoles et stupides.

Dès après leur naissance, elles ont des hémorroïdes.



Ils ont des maîtresses, encore plus pires,

Qu’ils engagent comme secrétaires,

Qui sont là pour l’argent et l’influence,

Qui papillonnent et se moquent des choses,

Sourient de travers, parlent à tort et s’imposent.



Un petit homme m’a demandé : « Que devais-je faire ?

Le pouvoir était proche, j’ai dit oui

Et j’ai eu de la chance : maintenant je suis ici

Avec la police et les militaires.

Et le fait que je sois petit est oublié.

Je bois du champagne doux

Et comme il a bon goût,

Je suis comblé.

Petit homme, Dieu ne m’a pas gâté.

J’encaisse beaucoup. J’avale la saleté

Et je boucle des tas de dossiers.

Mais ce que je fais, je le fais pour la patrie.

Je n’abandonnerai pas mon peuple.

Ce serait irresponsable.

Je me sacrifie.



Les petits hommes au pouvoir démesuré

Pensent au courage et aux responsabilités,

Jamais à démissionner.

Nous, on est dans la merde jusqu’au cou.

Dès qu’on se bat pour s’en échapper,

Un petit homme arrive et se moque de nous.



Les petits hommes ont beaucoup promis,

On a entendu vraiment beaucoup leurs cris,

Mais rien n’a changé.

Un seul conseil : Méfiez-vous, chers amis,

Des petits hommes aux pouvoirs démesurés.



mercredi 30 septembre 2020

UN GÉNÉRAL

UN GÉNÉRAL


Version française – UN GÉNÉRAL – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson allemande – Der GeneralGeorg Kreisler – 1964

Paroles et musique de Georg Kreisler (1922-2011), satiriste, cabarettiste et compositeur viennois. (georgkreisler.info)

dans l’album " Nichtarische Arien " (" Arie non ariane ") de 1966





UN GÉNÉRAL







Dialogue Maïeutique


Lucien l’âne mon ami, voici une chanson qui raconte l’histoire d’une famille sans histoires : un père représentant, une mère admirable, leurs trois filles. Tout roulerait tranquillement, ordinairement, s’il n’y avait eu ce fils qui s’est mis dans la tête de se parer d’un uniforme. Depuis, il est général, il plastronne, il caracole, il se pavane au grand dam de ses sœurs et de ses parents.

Ohlala, dit Lucien l’âne, c’est comme ça, un général dans une famille, c’est tout un bazar et plein d’ennuis. Parfois, il va à la guerre et c’est fort bien ainsi, que ferait-il d’autre ? On le sait par cette chanson qui racontait ce qui était arrivé à cette famille qui avait acheté un « général à vendre » ; elle avait dû s’en séparer.

Certes, répond Marco Valdo M.I., un général, c’est censé faire la guerre ou en tout cas, aller souvent en campagne militaire. C’était ainsi que la mathématicienne et marquise Émilie du Châtelet l’entendait. Son mari revenait parfois, lui faisait un enfant pour la lignée, puis repartait à ses garnisons, ses sièges, ses batailles et ses gloires. Il faut dire qu’Émilie dans ses très longs intervalles recevait son ami Voltaire pour débattre de philosophie et science avec lui. Elle en a profité pour faire connaître Newton et ses Principes mathématiques à la France. Ça ne l’empêchait pas d’être coquette et Voltaire l’appelait gentiment Madame Pompon Newton. Mais je m’égare.

Pourquoi « Un général » ? C’est l’intitulé de ma version française, alors qu’il aurait fallu dire – vu que le titre allemand était « Der General » – « Le Général », mais voilà, il y avait déjà la chanson de Maurice Fanon avec ce même titre de « Le Général » et que nous avions déjà fait une version française d’une autre chanson allemande homonyme – « Der General » de Dieter Süverkrüp.

Oh, dit Lucien l’âne, n’était-ce pas celle où on disait « Que fait le général après la bataille ? Il salue les survivants. »


Exactement, répond Marco Valdo M.I., mais celle-ci d’aujourd’hui, celle de Kreisler, est beaucoup plus ironique et mordante. Elle s’en prend à l’idée-même du général, à son ambition, son égotisme, son solipsisme, son autoadmiration. Je te laisse apprécier le personnage au travers de la chanson. Une dernière chose : je voudrais une fois encore insister sur le fait que c’est une version française et que de ce fait, il ne faut pas s’étonner si elle ne correspond pas mot à mot, ni même vers par vers, à la chanson d’origine. Cependant, en gros, c’est la même histoire, c’est une bonne approximation.


En effet, dit Lucien l’âne, mais une langue n’est pas l’autre et les expressions pertinentes dans l’une ne fonctionnent pas toujours dans l’autre.


Si ce n’était que ça, dit Marco Valdo M.I., ça ne vaudrait pas la peine d’en parler. Ma remarque a comme but de souligner que la version – telle que je l’entends – à la différence de la traduction, entend être une œuvre indépendante, quoique assez fidèle. C’est une évolution ; c’est la raison pour laquelle elle est signée d’un nom d’auteur et que je prends bien soin de distinguer la version française et la chanson ainsi créée peut voler de ses propres ailes. Évidemment, tout dépend de ce qu’on veut faire. Il en a toujours été ainsi ; par exemple, nul ne contestera à Shakespeare la paternité de ses œuvres, mais il est patent qu’il allait chercher la substance de ses pièces qui se déroulent Italie dans les œuvres des auteurs italiens de son époque (entre parenthèse, ceci suppose qu’il ait connu ces œuvres en direct – comment se les procurait-il ? et qu’il ait connu les diverses variantes d’italien de ce temps ; de même, Homère fit son œuvre à partir d’une compilation de récits véhiculés par les aèdes.


C’est ainsi que ça va, je le sais bien, dit Lucien l’âne et crois-moi, je suis bien placé pour le savoir. Bref, on pourrait débattre longtemps, mais il me faut conclure. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde militarisé, surarmé, conflictuel, plastronnant et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.







Son père est représentant,

C’est un homme honorable ;

Sa mère est une dame admirable,

Comme on en trouve rarement.

Le fils a subi l’enseignement

Comme un refrain obsédant.

Les voies du Seigneur sont impénétrables :

Bien que le fils a étudié à l’université,

Sans être un mauvais étudiant,

Qui aurait pu alors imaginer

Que ces parents en rien coupables

Iraient à présent en ville tête basse,

Ne regarderaient personne en face,

Car pour eux aussi, leur fils est un raté.

Mais sans doute, vous le devinez.



Ce pauvre homme est général,

C’est un vrai scandale.

Il aurait vraiment

écouter sa mère.

À présent, c’est le plus désolant

Les yeux aveuglés, sa mère pleure,

Lui, il se promène et fait le fanfaron

Avec une bande au pantalon !

Il joue au soldat, il monte à cheval,

Il caracole comme un petit enfant ;

Il fait du raffut et fait peur aux gens

Pour se faire remarquer : c’est un général.



Ces gens ont trois filles et n’ont pas honte d’elles.

La première est mariée à un chauffeur.

La deuxième est même avec un docteur,

Qui va l’épouserprétend-elle.

La troisième est encore célibataire,

Et pour encore un certain temps.

On dit qu’elle a eu beaucoup d’amants,

Qu’elle est déjà mère

Et qu’il faudra reconnaître l’enfant.

Ce qui complique encore son cas.

Cependant, le fils seul s’est égaré si affreusement ;

Pour lui, seul importe qu’on marche bien au pas :

Gauche-droite, une-deux, gauche-droite,

Gauche-droite, une-deux, gauche-droite !


La catastrophe est totale.

À présent, il est général,

Il coud des rubans

Et de petites étoiles,

Sur ses vêtements.

Il dort la nuit dans une tente,

Qu’on le salue, ça le contente.

Il se couche toujours très tôt

Et rêve qu’il est un héros.

Si on le réveille, il se met en colère :

Comme un chien devant une vipère !

Vous demandez : est-ce normal ?

Qu’importe : c’est un général !

dimanche 27 septembre 2020

Trumpland is Wonderland

 

Trumpland is Wonderland


Chanson française – Trumpland is Wonderland – Marco Valdo M.I. – 2020




 

Wondertrumpland




Dialogue Maïeutique

 


L’autre jour, Lucien l’âne mon ami, un chœur d’émigrants venu du passé interpellait les gens des Zétazunis d’Amérique et les mettait en garde face à la dégradation des conditions de vie dans leur pays.


En effet, dit Lucien l’âne, deux cent mille morts jusqu’à présent et des millions de chômeurs, ce n’est pas rien.


Cependant, reprend Marco Valdo M.I., il m’a paru que cette discrète alarme n’était pas assez directe d’autant qu’elle était apparue dans le cours de notre dialogue. C’eût été parfait, s’il n’était question de l’avenir de millions de gens et puis, on en était encore au fleuret moucheté.


Oh, dit Lucien l’âne, tu pratiques l’escrime à présent ?


Pas vraiment, répond Marco Valdo M.I., c’est de l’escrime verbale. Mais comme tu le sais, comme cela s’est révélé au fil des temps, les mots sont plus puissants que les armes, car, tout comme le projectile continue sa route vers sa cible et finit par la toucher – même si le tireur ou l’artilleur a été abattu, les mots une fois lancés continuent leur trajectoire et se font entendre sans perdre rien de leur vitalité et au besoin, de leur alacrité ; j’ai même tendance à penser qu’elles augmentent avec la distance parcourue.


Soit, dit Lucien l’âne, mais de quoi parle la chanson et qui l’a écrite, et pourquoi et comment et toutes ces questions qu’il est d’usage de poser ?


Oh, Lucien l’âne mon ami, je ne sais par où commencer. Disons d’abord que c’est une chanson de ma composition ; disons encore qu’elle a été inspirée, outre le chœur des émigrants de Walter Mehring, par une chanson qu’Erika Mann fit à Munich la même année de 1934, dans laquelle elle houspillait le Moustachu antipathique, intitulée Der Prinz von Lügenland. On en trouve la trace dans le titre de celle-ci qui s’intitule « Trumpland is Wonderland », soit en français : « Le Pays de Trump est le Pays des Merveilles », par antiphrase évidemment.


J’avais saisi, dit Lucien l’âne.


Je précise néanmoins, Lucien l’âne mon ami, que c’est un titre bâti sur l’expression « Deutschland ist Lügenland » (L’Allemagne est le pays du mensonge) qu’on pouvait inférer de la chanson d’Erika Mann qui visait le pays d’Hitler et dès lors, le titre « Trumpland is Wonderland » indique le pays de Trump, le pays sous la domination de Trump, le pays tel que le décrit Trump lui-même et Wonderland renvoie au pays totalement imaginaire et inventé, aussi vraisemblable que celui d’Alice au pays des Merveilles de Tim Burton, production Disney, une version très contemporaine.


Tiens, dit Lucien l’âne, je pensais qu’Alice était un personnage d’un roman anglais écrit par un pasteur pour une jeune fillette au XIXe siècle.


Évidemment, dit Marco Valdo M.I., mais la jeune enfant a grandi et est devenue une jeune fille et puis, comme on sait, on n’arrête pas le progrès. Donc, cette chanson entend portraiturer dans sa posture de menteur, de hâbleur, de tricheur invétéré ce Prince de Menterie qu’est le maître de Trumpland et elle se place dans le rôle de Cassandre quand elle dénonce la tentation de coup d’État qui ronge ce proto-dictateur.


Proto-dictateur ?, dit Lucien l’âne, qu’est-ce à dire ? Serait-il en passe de se transformer en dictateur à part entière ?


En quelque sorte oui, Lucien l’âne mon ami, et s’il ne tenait qu’à lui, il le serait déjà pleinement. Mon chant, car c’est un chant de sirène, un chant d’alarme, dépouille l’épouvantail de ses oripeaux. Il sort les plumes et le goudron pour enduire le tricheur, il met à nu les intentions et les mobiles de cet avatar du dictateur, du caudillo, du conducator, du duce, du führer, du petit père du peuple, etc. Il en a tous les tics, tous les tocs, tous les trucs et toutes les ambitions.


Quand même la sirène, dit Lucien l’âne, c’est toujours mieux que le glas ; il y a encore la possibilité d’échapper au désastre. En attendant, on pourrait toujours lui dédier ton autre chanson qu’était : « Fous le camp » à ce Prince de Menterie.


C’est bien le sens de ce que j’entendais, dit Marco Valdo M.I., et il n’empêche que le malheur se pointe à l’horizon et un horizon proche pour les habitants de ce Wonderland qu’il leur promet et qu’il ne réalisera jamais. On sait où tous ces mirages ont conduit les gens : à la ruine. Ceci dit, j’ai l’impression que le destin de ce Wonderland est suspendu à l’attitude que prendront les militaires étazuniens au moment venu.


Si c’est ainsi, dit Lucien l’âne, c’est plus qu’inquiétant et tu fais bien de sonner du cor. Pour le reste, tissons le linceul de ce vieux monde malade d’une étrange peste, atteint de dictaturomanie, berné, trompé, souillé et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane









C’est le nouveau Wonderland

Wo der Prinz von Lügenland regiert,

Où règne Le Prince de Menterie.

C’est un grand pays Trumpland,


Je suis le Prince de Menterie,

Je mens à toutes les filles,

Je ne sais que mentir,

Personne ne peut tant vomir.


Qui ment une fois, on ne le croit pas ;

Qui ment toujours, toujours on le croit.

Tromperie est menterie,

Trumperie est tromperie.


Je répands tant de faux songes

Que le ciel en tombe sur la nation,

Le pays fourmille de cadavres et de mensonges,

Du peuple monte un vent de putréfaction.


Les deux cent mille morts sont vivants,

Je dis vrai quand je mens.

Tout le monde me croit, c’est sûr,

Je peux le lire sur les figures.


Mentir est un art,

Mentir donne du pouvoir.

Il fait beau mentir,

Il est bon de mentir.


Mentir, c’est de la triche,

Mentir, c’est faire voir la vie en rose.

Mentir, c’est embellir les choses,

Mentir rend riche.


La naïve vérité va en chemise.

Mentir est chatoyant et grise.

La Menterie est mon foyer,

Personne ne peut y dire la vérité.



Chaque jour, je joue ma survie.

Face à la vérité, je tempête et je crie ;

Je prépare le poison, j’allume l’incendie ;

Moi, moi, le prince de Menterie !


Je mène mon pays à la guerre civile.

Qui ne me croit pas est un imbécile,

Qui m’aime a confiance en moi

Et jusqu’au bout me soutiendra.


Soyez calmes ! Soyez paisibles !

Aimez-vous les uns, les autres !

Priez, dites des patenôtres !

Frappez, tuez, soyez terribles !


J’écraserai mes ennemis sous les bombes

Et je cracherai sur leurs tombes.

Je croasserai sur les décombres

Que tout est la faute des ombres !


En vérité, je vous le dis,

Mon combat est béni.

Vous êtes mes apôtres,

Les méchants, ce sont les autres.


Grâce à moi, demain tout sera magnifique ;

Grâce à moi, ici, ce sera le Paradis ;

Grâce à moi, Dieu bénit le pays ;

Grâce à moi, Dieu protège l’Amérique.