vendredi 5 juin 2020

LE CIEL AU-DESSUS DE BERLIN


LE CIEL AU-DESSUS DE BERLIN



Version française – LE CIEL AU-DESSUS DE BERLIN [CHANSON DE L’ENFANCE] – Marco Valdo M.I. – 2020
Chanson allemande – Der Himmel über Berlin [Lied vom Kindsein]Peter Handke – 1987




Ciel de Wansee – Berlin
Max Liebermann


Dialogue Maïeutique

Souvent, Lucien l’âne mon ami, je me surprends à réfléchir au sens de certaines chansons en dehors du moment précis où nous ne parlons. Ce sont des nébuleuses de pensées qui traversent le ciel du jour. Une bribe par ci, une bribe par là, elles vont, elles viennent, cahin-caha, et je ne sais pourquoi plutôt elle-ci plutôt que celle-là.

Voilà qui est intéressant, dit Lucien l’âne, d’autant que ça m’arrive aussi. Mais pourquoi, dis-tu ça ?

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, car ce mode de réflexion m’amène à envisager les choses et les chansons d’un point de vue particulier, de la considérer pour elles-mêmes comme elles sont. Autrement dit, je m’attache à voir le texte – toujours dans sa version française, celle qui me trotte en tête – tel qu’en lui-même, à le prendre en quelque sorte au sérieux, à le voir réellement comme un objet en soi, une entité extérieure et vivante.

Oui, dit Lucien l’âne, mais encore ? Pourquoi dis-tu tout ça ?

C’est assez complexe, comme un nœud difficile à démêler et je peine à me l’expliquer, répond Marco Valdo M.I., et il me semble que cela tient à la démarche poétique. Voilà, c’est ça, la pensée considérée comme poésie, mais aussi, autre conséquence pour cette chanson, la version considérée comme création poétique. Dès lors, le texte qui en résulte comme une opération poétique qui débouche – ici, en langue française – sur une œuvre autonome. Cette réflexion m’est venue quand j’ai constaté qu’il y avait déjà dans les Chansons contre la Guerre, une traduction en langue française du poème de Handke – de Claire Placial.

Oh, dit Lucien l’âne, ça n’a rien de gênant, je pense. Tout au contraire, c’est tout bénéfice pour le lecteur, de même que la présence dans les Chansons contre la Guerre de multiples traductions en de multiples langues. Maintenant, dis-moi, quand même deux mots de la chanson.

Deux mots, Lucien l’âne mon ami, c’est peu. Un premier pour dire l’importance de la rime comme instrument de navigation poétique ; c’est elle qui amène par son balancier à soutenir la marche du promeneur. Au texte brut de la traduction, elle ajoute ici, elle retranche là ; elle impose des mots inattendus. Tu devrais essayer, c’est étonnant. Mais enfin, c’est le deuxième mot, de la chanson, je dirais que c’est une remembrance d’un enfant (Rimbaud en avait notées d’autres, remembrances d’un vieillard idiot), un souvenir de l’enfance, assez commun même. Tellement qu’il peut être partagé par beaucoup d’ex-enfants sous le ciel de Berlin ou d’ailleurs, y compris dans ses regrets. Le reste est à voir dans la chanson.

Oui, dit Lucien l’âne, c’est ce qui est le mieux : s’en tenir au texte. Pour le reste, tissons le linceul de ce vieux monde égaré, ruminant, amnésique et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Quand l’enfant était enfant,
Il allait les bras ballants,
Le ruisseau était une rivière,
La rivière était un torrent,
Et cette flaque, la mer.



Quand l’enfant était enfant,
Il ne savait pas qu’il était enfant,
Tout lui était inspiration,
Et toutes les âmes étaient union.



Quand l’enfant était enfant,
Il ne comprenait pas le néant,
Il n’avait aucun talent.
Assis en tailleur, souvent,
Il se dressait brusquement.
Dans ses cheveux, il avait un mouvement ;
Et sur les photos, il souriait bizarrement.



Quand l’enfant était enfant,
Il se posait des questions tout le temps :
Pourquoi suis-je moi et pourquoi pas toi ?
Pourquoi suis-je ici et pourquoi pas là-bas ?
Quand commença le temps et où finit l’espace ?
La vie sous le soleil n’est-elle pas juste un songe ?
Ce que je vois, j’entends et je sens, n’est-ce
Pas seulement l’apparence d’un monde devant le monde ?
Y a-t-il vraiment le mal et des gens
Qui sont vraiment méchants ?
Comment se fait-il que moi, qui suis moi,
Avant de devenir moi, je n’étais pas,
Et une fois devenu moi que je suis,
Je ne suis plus qui je suis ?



Quand l’enfant était enfant,
Il vomissait les épinards, les pois, le riz au lait,
Et le chou-fleur cuit à la vapeur. Et maintenant,
Il mange de tout, et parfois même, ça lui plaît.



Quand l’enfant était enfant,
Il s’éveilla dans un lit inconnu
Et ça lui arrive toujours maintenant ;
Il trouvait toujours beaux les inconnus,
Et maintenant des fois par chance seulement.
Il s’était rêvé un paradis charmant
Et ne peut plus que l’espérer à présent.
Il ne réussissait pas à imaginer le néant,
Et il en frissonne souvent.



Quand l’enfant était enfant,
Il jouait avec enthousiasme ;
Et maintenant, comme avant il se concentre,
Mais seulement si c’est son travail, évidemment.



Quand l’enfant était enfant,
Il se contentait de pomme et de pain comme aliments,
Et c’est toujours ainsi maintenant.



Quand l’enfant était enfant,
Dans sa main, les baies tombaient précieuses
Et c’est toujours ainsi maintenant.
Les noix fraîches lui faisaient la langue rugueuse
Et c’est toujours ainsi maintenant.
Il avait à chaque montagne,
L’envie d’une plus haute montagne ,
Et à chaque ville,
La nostalgie d’une plus grande ville,
Et c’est toujours ainsi maintenant.
Il cueillait les cerises avec exaltation au sommet de l’arbre,
Comme il aimerait le faire aujourd’hui encore.
Face aux étrangers, il était farouche
Et il l’est toujours encore,
Il attendait les premières neiges,
Et ainsi toujours, il attend encore.



Quand l’enfant était enfant,
Il lança un bâton contre un arbre,
Et il vibre aujourd’hui encore.
Quand l’enfant était enfant

lundi 1 juin 2020

La Guerre

La Guerre


Chanson française – La GuerreClément Janequin – 1528
Version adaptée au temps présent – La Guerre – Marco Valdo M.I. – 2020






Arquebusiers, faites vos sons !
Bouclez vos armes, frais mignons,
.



Dialogue Maïeutique

Mon ami Lucien l’âne, voici une chanson qui a à peu près 500 ans – un demi-millénaire et qui comme son titre l’indique raconte « La Guerre ».

Certes oui, mais laquelle ?, demande Lucien l’âne. Toute une guerre, ça fait beaucoup, quand même.

Tu as raison, Lucien l’âne. Elle s’intitule « La Guerre », mais elle raconte un bataille : celle de Marignan (1515) qui fit des milliers de morts en deux jours et qui bouleversa l’histoire de son temps ; au moins pour ce qui est des Suisses, qui signèrent avec la France un traité de « Paix perpétuelle » et qui depuis ne se sont plus mêlés de guerre – du moins, en direct. Comme elle est dans un français de son époque, elle paraît étrange aux gens de notre temps ; même si, c’était un rap de cette fin du Moyen-Âge. Dès lors, en quelque sorte sur commande, j’en ai fait une version adaptée à nos jours, une adaptation contemporaine, mais en gardant tout de même pas mal de son étrangeté. On pourra comparer les deux : l’originale, l’ancienne, celle de Clément Janequin et celle que je viens de faire. Dans l’ensemble, je la trouve assez fidèle, même si j’ai dû pour des raisons de rime un peu l’adapter aussi – dans sa forme.

Ce sera certainement une version de bonne facture, dit Lucien l’âne. J’en suis sûr, et d’ailleurs, je me souviens fort bien de la version de Gentilz gallans de France que tu fis il y a déjà quelques années.

Cependant, Lucien l’âne mon ami, je voudrais ajouter deux ou trois remarques avant de te laisser conclure. La première porte sur le mot « Galloys » que j’ai conservé sous la forme « Gaulois », autrement dit, de Gaule ou « Français » ; il fait polémique (comme d’autres éléments de la chanson) chez les spécialistes de la littérature française de la Renaissance. En tout état de cause, « Gallois » fait trop rugbymen et devait être exclu ; il restait Gaulois ou Français, s’agissant de l’armée de François Ier. D’aucuns plus spécialisés en langue d’autrefois suggèrent compagnons ou camarades.

À ce compte, pour la rime, tu aurais pu choisir « gars ».

Certes, répond Marco Valdo M.I., mais j’ai choisi l’assonance, comme Janequin aurait préféré, lui qui est souvent comparé à un « bruitiste ».

Un « bruitiste », dit Lucien l’âne un peu éberlué, comment ça ?

Oui, dit Marco Valdo M.I., un « bruitiste », un qui fait du bruit, qui recrée dans sa musique les bruits ambiants. C’est très moderne. Ça s’entend à sa musique, mais aussi dans ce texte bourré d’onomatopées ; c’est vraiment le rap en avant-garde. À la même époque, mais quelques années plus tard, dans ses romans, François Rabelais faisait pareil. Peut-être même, citait-il ces bruissements de La Guerre de Janequin et faisait-il allusion à la musique du contrapuntiste.

Oh, dit Lucien l’âne, j’adore ce « bruitisme », c’est une évocation des sons du monde. J’ai entendu dire qu’on y revient de ces temps-ci.

Une autre remarque, Lucien l’âne mon ami, que je voudrais faire maintenant, c’est qu’outre d’avoir raconté d’autres batailles – Marengo (Marengo, La Lettre de Marengo, La Marengo du Lieutenant) et Austerlitz (Le Sommeil tranquille de Koutouzov, Austerlitz), j’avais parcouru ce seizième siècle avec la Geste de Liberté ou la Légende de Till, à laquelle j’ai consacré des dizaines de chansons ; je cite la première : « Katheline, la bonne Sorcière » et la dernière : « L’Heure de l’Hirondelle ».

Oui, bonne idée, dit Lucien l’âne, sinon on n’en finirait pas. Quoi qu’il en soit, ces histoires de bataille, chacune d’elles est toujours un épisode de La Guerre de Cent Mille Ans.

Enfin, dit Marco Valdo M.I., à propos de cette bataille de Marignan, il est d’usage de rappeler que c’est là que s’est distingué et a de son épée adoubé le roi François, c’est-à-dire le hardi Bayard, Pierre Terrail de Bayard, dit le chevalier « sans peur et sans reproche » qui a traversé ainsi l’histoire pour se muer en sandwich Bayard : le sandwich « sans beurre et sans reproche ». C’est là aussi qu’on retrouve le Maréchal de la Palice qui mourra quelques temps après devant Pavie et dont on garde le souvenir au travers des « lapalissades », qui toutes dérivent de la petite chanson de la Palisse (https://www.youtube.com/watch?v=zb9p89XQMYY) que ses soldats firent à son sujet. En voici la version populaire :

« Monsieur de la Palice est mort
En perdant la vie ;
Un quart d’heure avant sa mort,
Il était encore en vie. »

On conclura avec lui, dit Lucien l’âne. Quant à nous, tissons le linceul de ce monde batailleur, guerrier, lyrique et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Écoutez, tous gentils Gaulois,
La victoire du noble roi François.
Et vous entendrez, si bien vous écoutez,
Des coups rués de tous côtés.
Fifres soufflez, frappez tambours,
Tournez, virez, faites vos tours,
Aventuriers, bons compagnons
Ensemble croisez vos bâtons,
Fusez soudain, gentils Gascons,
Nobles, sautez dans les arçons,
La lance au poing, hardis et prompts,
Comme lions !
Arquebusiers, faites vos sons !
Bouclez vos armes, frais mignons,
Alarme, rentrez dedans !
Alarme, frappez dedans !
Soyez hardis, en joie mis.
Qu’on se le dise,
La fleur de lys,
Fleur de haut prix,
Y est en personne.
Suivez François,
Le roi François,
Suivez la couronne !
Sonnez, trompettes et clairons,
Pour réjouir les compagnons.
Fan frere le le fan fan fan feyne
Fa ri ra ri ra.
À l’étendard en avant toute !
Gens d’armes à cheval en route !
Fan frere le le fan fan fan feyne
Fa ri ra ri ra.
Grondez, tonnez bombardes et canons,
Tonnez gros courtauds et faucons,
Pour secourir les compagnons.
Von pa ti pa toc von von,
Ta ri ra ri ra ri ra reyne,
Pon, pon, pon, pon,
La la la, pon pon,
Ta ri ra ri ra ri ra reyne
La ri le ron.
France courage,
Courage !
Donnez des horions !
Chipe, chope,
Torche, lorgne,
Pa ti pa toc tric,
Trac zin zin, tric.
Tue ! À mort ! Serrez !
Courage prenez, frappez, tuez !
Gentils galants, soyez vaillants !
Frappez dessus, ruez dessus !
Fers émoulus, chiquez dessus !
Alarme !
Alarme !
Courage ! Prenez, poursuivez,
Frappez, ruez !
Ils sont confus,
Ils sont perdus
Ils montrent les talons.
Ils décampent, pas de pardon !
La trompette est aux abois.
Ils sont défaits, tudieu !
Victoire au noble roi François !
Tout est perdu, ils décampent, pardieu.


La Terreur blanche



La Terreur blanche

Chanson française – La Terreur blanche – Marco Valdo M.I. – 2020

Quelques histoires albanaises, tirées de nouvelles d’Ismaïl Kadaré, traduites par Christian GUT et publiées en langue française en 1985 sous le titre La Ville du Sud.(6)





LA TERREUR BLANCHE



Dialogue Maïeutique

« La Terreur blanche », Lucien l’âne mon ami, voilà qui me rappelle quelque chose. La terreur est un mal qui se répand par toute la Terre : on en a vu des noires, des brunes, des rouges, des bleues, des vertes, des safrans et bien sûr, des blanches. De façon générale, il s’agit de massacrer ceux avec qui on n’est pas d’accord et de préférence, des civils désarmés et sans défense. Au fait, les Vaudois ont connu ça.

Oui, Lucien l’âne mon ami, dit Marco Valdo M.I. ; mais avant d’aller plus avant, je voudrais faire une petite précision : quand il s’agit de se massacrer entre militaires, on appelle ça la guerre. Pour en revenir aux Vaudois, la Terreur blanche les poursuivit souvent jusque dans leurs plus hautes retraites désertiques et même plusieurs fois au cours du millénaire écoulé et cette terreur blanche venait toujours du même côté, du côté de l’Église catholique et de ses affidés. La terreur blanche vient toujours de la droite, c’est la Terreur de la réaction et elle déborde souvent en mouvements populaires, en mouvements des foules assassines. Quand on regarde l’histoire, la terreur blanche a sévi et la liste n’est pas exhaustive – en France (notamment en Bretagne), en Russie, en Hongrie, en Chine, en Inde et plus récemment, en Espagne et aux États-Unis, où elle est menée par des organisations proches du KKKKu Klux Klan, où la Terreur blanche est liée très étroitement au racisme et à la volonté de domination de la « race blanche ». Note qu’en Allemagne, dans le Reich nazi, le même KKK résumait de la façon la plus traditionnelle, le rôle de la femme : Kinder, Küche, Kirche – littéralement, enfant, cuisine, église.

Je pense même, dit Lucien l‘âne, qu’on peut en trouver des traces en Amérique latine, en Australie; enfin, un peu partout.

Soit, dit Marco Valdo M.I., dans la chanson, c’est en Albanie qu’on la retrouve. À l’époque, là, la Terreur blanche était l’œuvre des royalistes et des fascistes albanais qui s’étaient alliés aux fascistes italiens ; puis, après la déroute de ceux-ci et la reprise des territoires par les armées allemandes, elle s’est ralliée aux nazis l’essentiel était de combattre et d’éliminer les partisans et les résistants. Cependant, dans la chanson, rien de tout cela n’est précisé ; on ne peut que le deviner. Dans la conversation des grands de la famille, on use du concept de « lutte des classes » – ce qui indiquerait une orientation marxiste – tendance Karl (je précise puisque toi et moi, nous sommes aussi marxistes, mais de la tendance Groucho) et on tremble à l’idée de la terreur blanche, ce qui indiquerait une orientation anti-royaliste, antifasciste de la famille. On entend des coups de feu, des assassinats se passent dans la nuit et tout ce qu’on sait, tout ce qu’on perçoit, ce sont un inquiétant silence, l’effroi des grandes personnes, les coups de feu et le commentaire glaçant de la grand-mère :

Tac, tac, tac ! Des tirs, des tirs encore.
J’entends ces coups de feu dans la nuit :
Mémé dit :« Dans la viande, dans le corps.
Malheureuses femmes, pauvres enfants ! »

En somme, dit Lucien l’âne, c’est la guerre (in)civile entendue du lit d’un enfant. Écoutons-la et tissons le linceul de ce vieux monde terrorisé, raciste, brut, brutal et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Terreur blanche ! Terreur ! Terreur !,
Mots terribles dans les conversations.
Aucun grand ne répond à mes questions.
Quelle est cette chose qui leur fait si peur ?

Comme pour la lutte des classes, on ne me répond jamais.
Mais, moi, je sais ce que c’est :
C’est la guerre entre deux clans de rouspéteurs.
Mais que font les instituteurs ?

Alors, chez les grands, tout le monde rit.
Moi, je rougis ; moi, je n’ai rien compris.
Mais pour la terreur blanche, la terreur,
Personne ne rit, c’est l’horreur.

Le soir est triste autour du foyer.
De mon lit, j’écoute les grands
Aux yeux inquiets, aux visages tourmentés.
Ils se taisent longtemps.

Au moindre bruit, un craquement,
Une porte qui bat, d’une voix blanche
Maman dit : « C’est le vent ».
Pan, pan, pan ! Terreur blanche !

Tac, tac, tac ! Des tirs, des tirs encore.
J’entends ces coups de feu dans la nuit :
Mémé dit :« Dans la viande, dans le corps.
Malheureuses femmes, pauvres enfants ! »

Le blanc à présent me fait peur.
Peur des roses blanches, des rideaux blancs,
Peur de la chemise blanche de grand-maman.
Terreur blanche ! Hiver ! Terreur ! Terreur !

Je veux mourir, dit la centenaire


Je veux mourir, dit la centenaire.


Commentaire à la chanson Euthanasiez-moi !








Dialogue Maïeutique



Euthanasiez-moi, dit Lucien l’âne, est une chanson des plus utiles ; elle chante le choix de mourir, le droit à la liberté ; elle chante la liberté.

Car c’est une des libertés encore à conquérir que de pouvoir mourir à son heure, à l’heure que l’on choisit et de le faire dans de bonnes conditions.

Une ancienne institutrice, quelque part en France, a décidé de mourir. Elle a écrit un petit mot :

« Je ne veux pas être ranimée.
Je ne veux pas de soins.
H. Wuillemin
Le 27 mai.

Je cite ici une partie du texte de l’interview de Madame Wuillemin, relayée par France-info, intitulée :"Quand on souffre comme ça, ce n’est pas la peine de rester" : Hélène, centenaire, en grève de la faim pour qu’on lui laisse "le droit de mourir" :


« Hélène Wuillemin a un visage aux mille rides, deux petits yeux rieurs qu’on distingue à peine et depuis le 6 mars dernier, un âge à trois chiffres : "Je viens d’avoir 100 ans. J’aurais bien souhaité ne pas les avoir, mais malheureusement je continue à vivre." Depuis une semaine, cette centenaire, qui habite seule chez elle à Laxou (Meurthe-et-Moselle), près de Nancy, a donc entamé une grève de la faim car on lui refuse, dit-elle, "le droit de mourir". »…

« Hélène a un temps pensé à d’autres solutions : "Mais moi je n’ose pas me suicider, m’ouvrir les veines, ça me dégoûte." Avant de se décider à faire cette grève de la faim et à l’annoncer à son fils et à sa fille : "Je lui ai dit ’j’arrête de manger’. Elle ne m’a rien répondu, qu’est-ce que vous voulez qu’elle dise ? »

Oui, dit Marco Valdo M.I., et de fait, il n’y a rien à dire, car on ne peut rien opposer à pareille volonté et surtout pas la soi-disant volonté d’une entité fantomatique ou d’une institution. De plus, il n’est pas nécessaire d’avoir cent ans pour désirer fermer le livre de sa vie ; il n’est pas indispensable d’être perclus de douleurs pour descendre du train. Pour finir, on doit pouvoir descendre à l’arrêt qu’on choisit, mais dans la Guerre de Cent Mille Ans, il y a toujours ces adversaires de l’humanité qui s’oppose à la liberté de disposer de soi.

Tissons le linceul de ce vieux monde dictatorial, croyant, bigot, crétin et cacochyme.

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.


mardi 26 mai 2020

Vivent les Vacances ! (2)


Vivent les Vacances ! (2)


Chanson française – Vivent les Vacances ! (2) – Marco Valdo M.I. – (26 mai) 2020













Dialogue Maïeutique

Lucien l’âne mon ami, cette chanson Vivent les vacances !(2) vient deux mois après la première version « Vive les Vacances ! » (1).

Quoi ?, dit Lucien l’âne, serait-ce un doublon ?

D’une certaine façon, oui, dit Marco Valdo M.I., on pourrait le penser au vu du titre et même de la structure de la chanson, qui est exactement pareille, mais voyons voir plus en détail la cause de ce pseudo-doublon ; les deux chansons s’intitulent : « Vive(nt) les Vacances ! » et elles ont été conçues à deux moments différents et les dates ont de l’importance. La première version date du 19 mars 2020 – c’est-à-dire au début du printemps et au début du confinement et la seconde, d’aujourd’hui, le 26 mai 2020 où lentement, le printemps se termine et où on déconfine. Entre les deux, deux mois ont passé. La première version fut écrite au temps des jonquilles ; la seconde quand les oiseaux s’en donnent à cœur joie dans les bois et les jardins ; quand dans les champs, les alouettes tout en haut trillent. Chacune de ces chansons fait le portrait du moment où elle est conçue. Cependant, pour les distinguer, j’ai volontairement fait appel à une de ces subtilités de la langue française contemporaine où Vive et Vivent les vacances, se dit ou se disent ; bref, les deux formes sont admises dans le même sens.

Oui, j’ai compris ces subtilités utiles, répond Lucien l’âne. Dans la première, l’hiver s’en allait ; dans la seconde, le printemps s’en va. Mais encore ?

Mais encore ?, dit Marco Valdo M.I. ; si la version primaire était comme pétrifiée devant la catastrophe qui s’amorçait et si la société ne savait pas encore exactement (le sait-elle aujourd’hui ?) ce qui l’attendait, ce qu’il fallait faire ou en penser. Depuis elle a eu le temps de s’habituer à cette situation, de s’accoutumer à vivre avec la peur, le masque et la mort, elle a pu en prendre la mesure et doucement se dépêtrer de cette embrouille.

Oui, dit Lucien l’âne, et finalement, comme on dit par ici : « En avant, y a pas d’avance ! »

Dès lors, reprend Marco Valdo M.I., cette seconde version fait une sorte de bilan et trace une esquisse d’avenir immédiat : celui des « vraies » vacances, celles de l’été qui vient, le retour à un antérieur qui n’existe plus. Pour le reste, c’est à elle de parler et de dire dans son mode poétique.

Je pense que c’est une très bonne idée, Marco Valdo M.I. mon ami, de ne pas vouloir nous substituer à la chanson ; sinon, à quoi elle rime ?, elle qui est la voix d’un autre niveau de notre monde, l’écho d’une autre conscience des choses : par moment, la voix de Cassandre ; par moment, la voix de la fée des contes ; à d’autres, la voix de la raison, la voix de la justice, la voix de la liberté – toutes personnes considérablement insaisissables. Bien entendu, ces voix ne s’expriment que si la chanson n’est pas de celles qui vendent, qui se prosternent, qui servent, qui se couchent ou qui exaltent le pouvoir et toutes les entités qui assujettissent. Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde malade, hypocondriaque, pusillanime et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Le printemps s’en va à grands pas.
Où sont partis les suaves lilas ?.
Au petit jour déjà, l’horizon est bleu :
C’est le printemps amoureux.
Ce matin, les roses sourient ;
Dans le jardin, les oiseaux babillent.
Le monde sort de pénitence.
Vivent les vacances.

Tout comme les mésanges et les fleurs,
Les femmes se pavanent au-dehors ;
Elles poulottent leurs corps :
C’est le printemps en couleurs.
Au moindre rayon, elles s’abandonnent.
Les rues, les magasins sont assiégés,
Toutes les cloches s’époumonent,
Enchanteuses, elles pressentent l’été.

Pressés, à bout de patience,
Certains croyants en confiance
Sont partis très en avance
Pour de grandes vacances
Au Paradis, au grand pays
De la divine abondance
Du soleil et des houris.
Vivent les vacances !


C’est le temps des trilles !
Primates en quête de primates,
On quitte les jours tranquilles,
Dressés sur deux pattes.
Le Paradis, on s’en fout
Notre Paradis, c’est le mois d’août.
En avant, il n’y a pas d’avance,
Vivent les vacances !

dimanche 24 mai 2020

Le Retour du grand Avion




Le Retour du grand Avion

Chanson française – Le Retour du grand Avion – Marco Valdo M.I. – 2020

Quelques histoires albanaises, tirées de nouvelles d’Ismaïl Kadaré, traduites par Christian GUT et publiées en langue française en 1985 sous le titre La Ville du Sud.(5)




Dialogue Maïeutique

Oui, Lucien l’âne mon ami, je te le confirme, il s’agit bien du même avion que celui dont on parlait dans la chanson de l’autre jour, intitulée « Le grand Avion ». Ce grand avion qui s’en était allé un beau matin de l’aérodrome que l’enfant voyait de sa fenêtre. Toute cette histoire se passe à Gjirokastër à la fin de 1940 ou au printemps 1941. Le grand avion était parti avec toute l’escadrille italienne, mais il était le seul de son genre à cet endroit : un immense bombardier. Ils avaient quitté le nid au moment de la retraite italienne à laquelle l’armée grecque avait contraint l’envahisseur. Toute la région de Gjirokastër était tombée sous la coupe des Grecs.

Ah bien, dit Lucien l’âne, et si je comprends l’affaire, ce grand avion va revenir. Ce que je comprends pas, c’est pourquoi et ce qu’il vient faire là. Il veut retrouver son bercail ?

Pas du tout, Lucien l’âne mon ami. Je résume la situation. Dans la ville, les soldats grecs – dans leurs drôles d’uniformes d’evzones – ont remplacé les Italiens ; sur le terrain d’atterrissage, les vaches ont remplacé les avions, les enfants jouent à nouveau dans les rues : ils jouent à la guerre. Pour eux, tout retrouve un cours normal. Jusqu’au moment où…

Jusqu’au moment où ?, demande Lucien l’âne, au moment où quoi ? Qu’est-ce qui se passe ?

Jusqu’au moment où se met à hurler la sirène ; puis, on commence à entendre un terrible grondement et l’enfant voit revenir trois des avions partis il y a quelques jours. Au milieu de ceux-ci, il voit son ami le « grand avion ». Un drôle d’ami en vérité, car il va bombarder la ville et ce qui était son propre nid : l’aérodrome et massacrer les paisibles vaches qui y paissent avec une grande insouciance.

C’est malin, dit Lucien l’âne, bombarder des vaches, a-t-on idée ? Quel boucher ! Un tueur de vaches ! C’est assassin et grotesque. Ça me rappelle « Drôle de Drame », un film de 1937, où William Krans, le tueur de bouchers, une réincarnation végane de Jack l’Éventreur, expliquait ses crimes en disant – je cite de mémoire :
« Moi, j’aime les vaches ; elles ont de si beaux yeux. Et les bouchers tuent les vaches. Alors, moi, je tue les bouchers. »

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, voilà un syllogisme de premier plan et que j’approuve. C’est de la logique pure signée Jacques Prévert et souviens-toi la mémé disait dans « Le grand Avion » à l’avant-dernier quatrain :

« Ils sont méchants ces avions italiens,
Ils vont tuer des gens, mon garçon.
 »

Ainsi se termine toute l’histoire du grand avion de la chanson, mais, pour conclure, je te propose une anecdote à propos de ce grand avion Piaggio 108. Il faut savoir que s’il n’a été produit qu’en peu d’exemplaires, un de ceux-ci  (un avion résistant sans doute) s’est écrasé en juin 1941 tuant l’équipage et son commandant qui n’était autre que Bruno Mussolini, le fils du Duce.

Ho là, dit Lucien l’âne, c’était peut-être lui qui le pilotait lors de ce bombardement de Gjirokastër. C’est fou ce qui se cache derrière ces petites chansons. Par exemple, la chanson dit :

« Les vaches sont mortes au champ d’aviation. »

Je trouvais la formule curieuse, puis vraiment scandaleuse, car si elles avaient été des hommes, ces vaches seraient mortes au champ d’honneur. Maintenant, pour en finir avec le grand avion, tissons le linceul de ce vieux monde ludique, infantile assassin, tueur, mortel et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Les enfants ne peuvent pas jouer dans les rues.
Les soldats grecs finalement entrent en ville.
Au milieu de quelques rares civils,
Ils promènent leurs étranges tenues.

Les Anglais ne bombardent plus, of course !
Moi, je reste en cage comme l’ourse.
L’aéroport est désert ; le nez au vent,
Les vaches paissent en musardant.

Je déteste ces vaches, je les hais.
Je m’ennuie ferme à la maison,
Huit jours durant, je tourne en rond.
C’est très monotone, cette paix.

Les Italiens avaient fui sans trompette ni tambour,
Nous, on peut jouer sur la rue, dans les cours.
D’un coup, dans un beau charivari,
Tout le quartier est envahi.

Les gosses s’élancent en fanfare, joyeux ;
On attaque l’autre bande comme des furieux
Et soudain, tout s’arrête ; la sirène gémit.
C’est la trêve, tous aux abris !

Dans le ciel par-dessus le toit passe l’avion.
Ce ronflement énorme d’un dragon,
Je le connais, c’est lui, c’est le grand avion.
Les bombes tombent loin de la maison.

Le vacarme cesse, c’est la fin de l’alarme.
Je me relève le visage plein de larmes.
Je tremble, je cherche ma respiration.
Les vaches sont mortes au champ d’aviation.