lundi 17 février 2020

Le Sujet



Le Sujet


Chanson française – Le Sujet – Marco Valdo M.I. – 2020



Dialogue Maïeutique

L’autre soir, Lucien l’âne mon ami, je suis allé – on m’avait invité – au café-citoyen. Ce n’était pas le Procope de la grande époque, mais il s’en inspirait un peu.

  Marco Valdo M.I. mon ami, souviens-toi, j’y étais avec toi comme c’est souvent le cas. Et donc, un café-citoyen, pour ce que j’en ai vu, est un endroit où on cause, mais de façon, en quelque sorte, citoyenne. Et ça change tout.

Ah bon !, s’exclame Marco Valdo M.I., ça change tout ?

Oui, ça change tout, répond Lucien l’âne, car c’est une conversation de café, mais organisée, lâchement disciplinée et sérieuse ; on y cause de sujets graves et même, gravement : de sujets citoyens. Cela dit, comme j’ai pu le constater, les gens ne s’interpellent pas du nom de citoyen Machin, citoyenne Machine. Il n’y était heureusement pas plus question d’une autre appellation du genre : frère Truc, Sœur Bidule, ou autre ; on s’en tenait sagement au prénom.

Je vois, j’entends, je pressens, Lucien l’âne mon ami, que tu as suivi cette expérience d’un œil d’âne entomologiste. Mais n’importe ; de mon côté, j’en ai fait une chanson dont je te livre la primeur. Une chanson à la Mani Matter, ce Suisse au-dessus de tout soupçon vu qu’il est l’auteur de « Si hei dr Wilhälm Täll ufgfüert », écrite et chantée par lui en Schwyzertüütsch – en Alémaniqueet même plus exactement, en Bärndüdschen bernois, chanson dont j’avais fait deux versions françaises sous le titre « On a joué Guillaume Tell ».

Oh, je me souviens, dit Lucien l’âne, de cette chanson et elle me rappelle toujours, irrésistiblement Il figlio di Guglielmo Tell, chanson en comasque – la langue du pays de Côme, en français : « Le fils de Guillaume Tell », de l’aussi talentueux Davide Van De Sfroos, que tu as eu le mérite d’amener en français. Mais, je t’en prie, ne nous égarons pas dans les montagnes.

En effet, dit Marco Valdo M.I., nous étions au café-citoyen et après en rentrant chez moi – comme le chante Mani Matter, encore lui et toujours en Bärndüdsch – en bernois, dans Dynamit, j’y ai repensé à cette soirée.

« Einisch ir Nacht won i spät no bi gloffe
D'Bundesterrasse z'düruf gäge hei
...
Une nuit, je rentre tard chez moi,
Je traverse la Terrasse Fédérale
... »

Et pour m’éclaircir les idées, j’ai mis quelques mots sur le papier (si tu veux, je te le montrerai) et j’en ai fait ceci. Je sais, je sais, ce sont des petits mots, mais ce sont les miens et très exceptionnellement, ils parlent de moi et plus exactement, de n’importe quel moi pris, comme l'est mon moi, dans les tourments de la Guerre de Cent Mille Ans, ballotté dans les vagues folles de cet océan. Un moi qui essaye de ne pas connaître le sort du petit bateau de pêche que chantait Georges Brassens, un petit bateau dont je t’avais déjà parlé quand on dialoguait d’El barco de papel, que j’ai traduis par "Le Bateau de Papier". Bref, j’étais tout retourné d’avoir pour un soir expérimenté l’être du citoyen.

Et alors ?, dit Lucien l’âne.

Et alors, Lucien l’âne mon ami, cette expérience m’a servi de leçon ; j’ai compris que je ne suis pas du tout citoyen, que les caucus m’effrayent et que la vie en bande me désole et m’ennuie. Je te l’avoue, je suis cavernicole, je me sens ermite et j’éprouve un fort penchant pour les cénobites tranquilles. Maintenant, deux mots de la chanson elle-même. Son secret de construction qui tient au fait inéluctable que « Je est le sujet », même si on a prétendu que « Je est un autre » – ce qui ne l’empêche d’ailleurs pas d’être sujet, mais là c’est une autre affaire. À partir de cette simple affirmation : « Je suis sujet », a commencé la chanson. Comprends bien, Lucien l’âne mon ami, que le sujet est celui qui vit, qui fait, qui agit, qui est le fondement de sa vie. C’est la chanson de chacun, révélé à lui-même, car au début comme à la fin, la vie est par le sujet. Sans lui, elle n’existe pas. C’est donc à lui, au sujet de ne jamais se soumettre, car pour lui, se soumettre, ce serait cesser d’exister. D’aucuns ajoutent, mais ils parlent de la seule pensée, qu’il convient de ne se soumettre ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n’est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle (la pensée), se soumettre, ce serait cesser d’être, reprenant à vrai dire une phrase d’Henri Poincaré. Donc, il convient de ne jamais se soumettre sous peine de passer de sujet-acteur du verbe à sujet de quelqu’un, sujet de quelque chose et de perdre sa liberté et son unicité, ce petit rien qui fait la vie.

Oh, dit Lucien l’âne, arrête tout de suite, tu philosophes et ce n’est pas le lieu, ni le temps.

Comme toujours !, dit Marco Valdo M.I.

Alors, conclut Lucien l’âne, tissons le linceul de ce vieux monde citoyen, démocratique, massifiant et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


L’autre soir, au café-citoyen,
On m’a dit que j’étais, c’est magnifique,
Un citoyen parmi d’autres citoyens,
Un citoyen de la grande République
De tous les humains
Et que c’est chose démocratique.

Rentré chez moi, j’ai repensé
À ce merveilleux destin de l’être humain :
Être un citoyen.
Alors, je me suis dit : à la vérité,
Moi, je suis un sujet,
Sans doute, aussi un humain ;
Un peu citoyen, mais un sujet :
Cela, j’en suis certain.
Je suis même le sujet.
Un humain un peu distrait.
Citoyen de nulle part et de rien,
Un citoyen incertain.

L’autre soir, au café citoyen,
On m’a dit que j’étais, c’est magnifique,
Un citoyen parmi d’autres citoyens,
Un citoyen de la grande République
De tous les humains
Et que c’est chose démocratique.

Quand je dis : je suis,
Je suis celui que je dis qui est,
Je est le sujet.
Quand tu me dis, tu es ;
Je suis celui que tu dis qui est ;
Tu est le sujet.
Je suis encore le sujet
Quand, parlant de moi, il dit : il est ;
Je suis toujours encore le sujet.
Je suis celui qu’il dit qui est ;
Il est le sujet.
Là, je suis toujours le sujet

L’autre soir, au café citoyen,
On m’a dit que j’étais, c’est magnifique,
Un citoyen parmi d’autres citoyens,
Un citoyen de la grande République
De tous les humains
Et que c’est chose démocratique.

Tout bien considéré, je suis le sujet
De tous les verbes, à tous les temps :
Au présent, au parfait et à l’imparfait
Et au futur et j’en suis fort content.
Je suis le sujet, mais discret,
Presque carrément secret.
Je suis le sujet du verbe, moi,
Mais pas le sujet d’un roi,
Moins encore le fils d’une nation,
Le fidèle d’une religion,
Le membre d’une communauté,
Le frère d’une confraternité.

L’autre soir, au café citoyen,
On m’a dit que j’étais, c’est magnifique,
Un citoyen parmi d’autres citoyens,
Un citoyen de la grande République
De tous les humains
Et que c’est chose démocratique.

Être sujet est un curieux destin
Ma seule raison d’exister est d’être sujet,
J’en ai fait mon dessein,
Ma requête, mon affirmation :
Juste sujet, pas sujet d’intérêt,
Juste sujet de mon imagination,
Je suis en somme qu’un homme
Ni sujet d’attention, ni sujet de conversation,
Et tel sur le pommier, la pomme,
De mon balcon, je regarde le temps passer ;
Je suis celui qui est né,
Qui est, qui sera et qui aura été.

L’autre soir, au café citoyen,
On m’a dit que j’étais, c’est magnifique,
Un citoyen parmi d’autres citoyens,
Un citoyen de la grande République
De tous les humains
Et que c’est chose démocratique.

jeudi 13 février 2020

Les Patates en Chemise



Les Patates en Chemise


Chanson française – Les Patates en Chemise – Marco Valdo M.I. – 2020

ARLEQUIN AMOUREUX – 41

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.




Dialogue Maïeutique

Quand après les coups de pied comtaux, la soldatesque impériale de la Cacanie, singeant une nuit de Walpurgis, la troisième, l'avait étrillé plus que de raison, jusqu’à ce que presque mort s’ensuive, reprend Marco Valdo M.I., Matthias s’était réveillé au son du carillon. On en était resté là la dernière fois.

Oui, dit Lucien l’âne, et j’étais fort inquiet pour notre déserteur qui s’éveille fort marri sur le bord d’un fossé.

Comme à chaque fois qu’il se doit de réfléchir, quand l’inquiétude existentielle le taraude, notre Arlecchino entame une discussion avec une entité extérieure au monde commun. C’est sa manière à lui, atteint de solitude aiguë, de réfléchir à son destin et à la façon de se dépêtrer du piège du temps présent, de tenir la tête hors du courant du temps qui passe. La vie du déserteur Matthias, Matěj, Matthieu, Mateo, Arlequin, Arlecchino, Luigi, Andro est une longue fuite, elle se projette toujours en avant. Malgré son désir, il n’y a pas d’échappatoire à cette course vers un autre trou de désespoir où se cacher un moment.

Oh, répond Lucien l’âne, si je résume le monde mouvant du déserteur : derrière, c’est le néant ; devant, c’est le vide. Même lui ne sait jamais exactement où il est ; le monde n’a pas de prise où s’agripper. On dirait qu’il est comme nous, un exilé dans son propre pays.

Oui, reprend Marco Valdo M.I, sa vie est un désastre permanent ; elle joue au yoyo toujours entre le haut et le bas ; moralement, s’entend.

Que veux-tu signifier par ce « moralement » ?, demande curieux Lucien l’âne.

Écoute, Lucien l’âne mon ami, les mots sont les mots et ce sont eux qui font le monde ; a minima, qui le racontent et qui permettent de le réfléchir. Sans les mots, il n’y a plus rien, même plus le néant. Mais pour préciser, car il faut le faire, ce « moralement », je dirai que c’est la conjonction de psychologiquement et de psychiquement. En somme, le moral est le reflet combiné de ces deux états. Et puis, à la vérité, ce sont tes questions qui me poussent à de telles divagations. Je suis là comme Matthias :

« Sur le Pont de la Mélancolie,
Matthias rumine mille raisons
Et toujours la même mélodie. »

J’y suis bien obligé, si je veux le comprendre.

Quoi, dit Lucien l’âne, tu ne comprends pas Matthias, tu ne sais pas ce qu’il pense, ni ce qu’il va faire, ni ce qu’il va devenir, ni ce qui le pousse toujours en avant.

Et comment veux-tu, Lucien l’âne mon ami, que je le sache, si lui-même ne le sait pas non plus. C’est pur ça que je continue à faire ces chansons : pour savoir. Mais qui peut savoir ? Mais qui sait ? Who knows ? Only Big Nose knows.

Ça alors, dit Lucien l’âne, ça me rappelle cette extraordinaire réplique que je croyais tirée du Sermon de la Montagne, vu par les Monty Python, un grand moment ou peut-être était-ce une réflexion de Mel brooks ou de Marx (Julius Henry « Groucho »). Mais laissons ces

« Pommes de terre glanées au champ,
Cuites une à une sous la cendre ! »

et tissons le linceul de ce vieux monde mélancolique, suicidaire, dépressif, évanescent et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Où t’en vas-tu, ballerino ?
À Istanbul, Contessa !
Chez le Turc, j’y crois pas !
Oh, Contessa, addio !

Je pars au large, à l’horizon
Là-bas, sur la galère, Gloria !
Comme à Lépante, Victoria !
Salue pour moi les poissons !

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Montrer son cul n’est pas la liberté,
C’est la liberté de qui n’a pas de liberté.
Le reste est trop philosophique ;
L’envie de mourir prend comme la colique.

La troupe attend et se morfond,
Sur le Pont de la Mélancolie,
Matthias rumine mille raisons
Et toujours la même mélodie.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

J’ai honte, duchesse palatine,
De mon incorrigible sottise.
Faust et tous les autres serinent :
Mangeons les patates en chemise,

Pommes de terre glanées au champ,
Cuites une à une sous la cendre !
Mes amis, il est temps de l’apprendre :
Il n’y a pas de liberté pour les petites gens »

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

mardi 11 février 2020

PAPA EST AUSSI LÀ

 

PAPA EST AUSSI LÀ



Version française – PAPA EST AUSSI LÀ – Marco Valdo M.I. – 2020
d’après la version italienne – C'E PURE IL BABBO – de Riccardo Venturi d’une
Chanson allemande – Vater ist auch dabei Klabund [Alfred Henschke] – 1919

Texte d’Alfred Henschke (1890-1928), plus connu sous le pseudonyme de Klabund, écrivain allemand.
Dans la collection "Die Harfenjule", publiée en 1927, peu avant sa mort prématurée.
Musique de Béla Reinitz (1878-1943), compositeur hongrois.
Interprété par Ernst Busch dans le disque Aurora-Schallplatten intitulé "Erich Mühsam / Klabund Zeit-, Leid-, Streitgedichte" de 1966, réédité en 1972.



Quand part un train de faim et de souffrance
Pour l’éternité – dans l’éternité,
Papa est aussi là.
Les inaptes au travail – David Olère – circa : 1950


Dialogue Maïeutique

Je me demande, Lucien l’âne, si tu te souviens que nous avons déjà croisé Klabund dans ce labyrinthe en expansion infinie, qui ressemble à un univers de big bang en expansion. Je ne serais donc pas étonné que toi aussi, tu en aies perdu la mémoire. Enfin, moi, je me souviens de Klabund, mais je serais infoutu de te dire quelles étaient les chansons que j’en ai traduites, ni quand.

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, les humains perdent beaucoup de leur mémoire avec l’âge, mais on ne peut ignorer combien la mémoire de l’âne peut parfois garder précieusement la trace de certaines choses. Par exemple, que dis-tu si je te cite le titre des trois versions françaises que tu as faites de chansons de Klabund, il y a environ cinq ans. C’étaient : la BALLADE DES OUBLIS (Ballade des Vergessens), LE SOLDAT FATIGUÉ (Der müde Soldat) et POGROM (Pogrom).

Alors, tu sais combien Klabund est un auteur, un poète intéressant et assez synthétique. Par parenthèse, j’ai l’impression que de nos jours que – comme disait ma grand-mère – « On n’en fait plus des comme ça ». Cela dit, j’espère me tromper, tant il est vrai que les poètes ont souvent la « renommée » posthume. De son vivant, un poète, comme nombre d’écrivains, est souvent carrément ignoré et d’une certaine manière, pour lui, il vaut mieux ainsi. Pour l’anecdote, je rappelle qu’Alexandre Vialatte se présentait lui-même comme « le plus célèbre des écrivains inconnus ».

Oh, dit Lucien l’âne, Rimbaud aurait pu en dire autant. J’ai entendu dire que durant sa vie, il aurait vendu une vingtaine d’exemplaires de ses plus célèbres poèmes. Jarry vivait de misère avec son vélo, poursuivi jusqu’au bout par son marchand de bicyclettes, qu’il ne pouvait payer. Balzac lui-même se tuait au travail pour couvrir ses dettes. Sans rien dire de tous les poètes que j’ai croisés au bord des chemins, ni de l’aède aveugle qui de village en village allait traînant son odyssée. Mais venons-en à la chanson. Qu’en est-il ?

D’abord, répond Marco Valdo M.I., elle s’intitule « PAPA AUSSI EST LÀ », c’est son leitmotiv, sa récurrence, son antienne, le dernier vers de chacune des trois strophes. C’est une sorte de petite pièce de théâtre en trois actes (les « strophes ») ou vu du côté de la peinture, un triptyque. Au milieu de chaque strophe, on trouve un élément fixe : l’enfant et la mère, qui assistent aux trois épisodes dont le père est l’acteur : le départ à la guerre, le retour de la guerre et la révolution avortée. C’est l’histoire immédiate de l’Allemagne des années 1914-19. Une dernière précision : le papa était un Maikäfer. Mais sais-tu ce que c’est ?

À proprement parler, dit Lucien l’âne, pour ce que j’en sais, il me fait penser d’abord un cafard de mai – même si ce n’est pas vraiment un cafard, à un hanneton – ce qu’il est ; c’est ensuite, un militaire, un soldat qu’on appellerait en français, un « voltigeur », c’est-à-dire un fantassin léger opérant de façon isolée, voltigeant en ordre dispersé et désordonné comme un hanneton en avant du gros du gros de la troupe.

Parfait, Lucien l’âne mon ami, il ne me reste plus qu’à te dire que Maikäfer flieg ! Est une des plus célèbres berceuses allemandes, qui sans doute remonte à la nuit des temps et qui avait déjà son usance militaire du temps de Till lors de la Guerre de Trente Ans. Il en existe des dizaines de versions, dont celle de Klabund.

Et maintenant, la tienne, dit Lucien l’âne. J’espère toutefois que ta version rend grâce à la poésie de Klabund. Quoi qu’il en soit, tissons le linceul de ce vieux monde cafardeux, mortifère, lamentable et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






Quand ils sont partis à la guerre -
Papa était un Maikäfer – Maikäfer vole -
À la fenêtre, ils se tenaient là ces deux-là
Meurtris, affamés, l’enfant et la mère,
Les larmes rendaient leurs yeux aveugles :
Papa est aussi là.


La guerre finie, il rentra chez nous.
Il ôta son uniforme plein de trous.
À la fenêtre, ils se tenaient là ces deux-là
« Ne va pas dans la rue ! » « Je dois, je dois !
Vive Spartacus ! Rendre coup pour coup ! »

Papa est aussi là !


Le rêve de la révolution avorté,
Au matin, on va à la corvée en cadence
À la fenêtre, ils sont là ces deux-là
Quand part un train de faim et de souffrance
Pour l’éternité – dans l’éternité,
Papa est aussi là.


samedi 8 février 2020

La Bravade héroïque


La Bravade héroïque


Chanson française – La Bravade héroïque – Marco Valdo M.I. – 2020

ARLEQUIN AMOUREUX – 40

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.



 
Impératrice d’Autriche Marie Louise Béatrice d’Autriche-Este (dite également Marie-Ludovika)



Dialogue Maïeutique

Il te souviendra, Lucien l’âne mon ami, que Matthias un peu naïf, porté par l’espoir, et aussi, certaine nécessité, s’était présenté à la requête de l’Empereur au château de Litomyšl, c’était dans La Danse de l’Empereur et il s’était fait éconduire, c’était dans Le Banquet. L’Empereur l’avait vilainement envoyé en pâture aux convives qui ne savaient comment passer le temps. On avait essayé toutes sortes de distractions, de la musique, des chants, des anecdotes, des récits – le tout sans succès. La conversation se mourait et la soirée virait à l’ennui. Le Matthias bêlant était une bénédiction.

Oui, j’ai bien en tête ces épisodes, répond Lucien l’âne. J’ai même souvenir que la situation de Matthias est des plus périlleuses et que même, le Comte – toujours cet exécrable Wallenstein – a commencé à en faire sa bête de cirque et en manière d’intermède théâtral, à le frapper.

Mais, vois-tu Lucien l’âne mon ami, il y a des limites à tout et même, comme chez les ânes, à la patience et à l’endurance des plus mal lotis. Et soudain, la témérité aidant, le courage s’activant, la colère, que sais-je, l’humilié réagit :

« Soudain déculotté, en une bravade héroïque,
À la société, Matthias présente son postérieur. »

Mais, me diras-tu bien, à part cette bravade héroïque, ce geste désespéré, que peut-il y faire ? Il est le jouet du destin.

Ah, dit Lucien l’âne, quand le destin s’en mêle, personne ne peut interrompre son avancée. J’en suis moi-même un exemple vivant et heureusement, bien vivant. Mais je m’inquiète de ce qui peut arriver à Matthias à la suite de cet acte de résistance.

Et tu as parfaitement raison de t’inquiéter, Lucien l’âne mon ami, même si dans un premier temps, cette bravade héroïque reçoit un accueil flatteur du public :

« L’Impératrice esquisse un sourire,
Toutes ces dames tremblent de rire »,

ce sourire de l’Impératrice est fort mal interprété par le Wallenstein qui y voit une incitation à poursuivre ses odieuses brutalités.

Mais au fait, Marco Valdo M.I. mon ami, excuse-moi de t’interrompre, mais j’aimerais savoir qui est cette Impératrice.

Il s’agit, Lucien l’âne mon ami, de l’Impératrice d’Autriche Marie Louise Béatrice d’Autriche-Este (dite également Marie-Ludovika), la troisième femme de François Ier. On pourrait dire que c’est une Italienne ; elle est aussi Princesse de Modène, née à Monza et elle mourra à Vérone. Pour la petite histoire, je veux penser qu’elle désapprouve hautement la bêtise et les coups de pied du Graf Wallenstein. Pour Matthias, l’urgence est de quitter cette salle de torture ; d’ailleurs, le comte le pousse vers l’escalier, puis le jette en bas, où, malheur !, Matthias devient le souffre-douleur de la soldatesque, qui finit par l’assommer et le jeter hors du château.

Tout ce qu’on peut espérer dans ce genre de traquenard, c’est d’en sortir vivant, répond Lucien l’âne. J’en sais quelque chose, car, comme tu le sais, ça m’est arrivé à moi aussi d’être battu et laissé pour mort au bord d’un fossé. Néanmoins, tissons le linceul de ce vieux monde brutal, stupide, grossier, méchant et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Le valet apporte le fourrage,
Et le Graf interpelle le doux agnel :
« Mouton, tu es ! Mange, courage !
Tu n’auras pas de bretzels ! »

L’agnelet désespéré de cette pique
Regarde le Comte avec candeur ;
Soudain déculotté, en une bravade héroïque,
À la société, Matthias présente son postérieur.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Le pied botté va, le pied pointu vient
L’Impératrice esquisse un sourire,
Toutes ces dames tremblent de rire
Et l’ovin se carapate en vain.

La porte est franchie, voici l’escalier.
Le Graf crie : « Ça ne t’a pas suffi ? »
La botte de cuir martèle Matthias sans répit
Et au bas des marches l’envoie bouler.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

En bas, dans la cour sombre
Où s’ennuient longuement les soldats,
La grêle de croquenots longtemps s’abat
En une longue kermesse d’ombres.

Arlequin au matin s’éveille
Au son du carillon,
Du supplice de la veille,
Il lui reste un bourdon.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.