vendredi 13 décembre 2019

DU SOUFRE AU CHARBON



DU SOUFRE AU CHARBON

Version française – DU SOUFRE AU CHARBON – Marco Valdo M.I. – 2019
Chanson italienne – Dallo Zolfo Al Carbone Giacomo Lariccia – 2014








Les mineurs qui ont émigré en Belgique étaient pour la plupart des mineurs en Italie. Une bonne part (25%) étaient des soufriers (ouvriers des mines de soufre) siciliens.


Dialogue Maïeutique


C’est exact, dit Marco Valdo M.I., mais j’ajouterai cependant ceci : une autre grande part de ces mineurs italiens étaient les mineurs de charbon des mines sardes, concentrés autour de Carbonia et Iglesias durant l’époque de l’autarcie fasciste ; paradoxalement, une bonne part d’entre eux étaient déjà des émigrés de l’intérieur, venus des autres régions d’Italie. Mais évidemment, il y avait tous les autres exilés d’après-guerre, qui s’exilaient ou qu’on exilait d’Italie pour les mêmes raisons : en gros, pour certains, la misère d’un pays ruiné par 20 ans de fantasme d’Impero ; les zones rurales ne pouvaient plus porter leurs populations et l’industrie était en pleine déconfiture et en réorganisation après les destructions de la guerre. Pour d’autres émigrants, ce qui les avait poussés à l’exil, c’était l’ostracisme politique – ainsi, dans les mines belges, au fond des galeries, les fascistes et les communistes, les miliciens et les partisans se retrouvaient côte à côte face au charbon et au grisou.


Sur ce sujet, Marco Valdo M.I., j’en suis sûr, tu pourrais épiloguer longuement. Pour preuve, ta chanson sur les mines de soufre de Sicile : « Néron le Sicilien ».


En effet, Lucien l’âne mon ami, je connais assez bien cette émigration et ses enfants et ses petits-enfants et même, à présent, ses arrières-petits-enfants qui de fait, ne sont jamais rentrés au Pays – un endroit mythique où le retour est pour la plus grande part impossible ; un rêve dans lequel il est impossible de se retrouver. Tout comme la carte n’est pas le territoire, le rêve n’est pas la réalité. Loin de là. Quand ils reviennent, ils reviennent dans un autre temps, au milieu d’autres gens, dans une autre Italie qui n’a que faire de ces fantômes d’un autre temps. Dans cette Italie – disons de maintenant – ces gens sont en fait des migrants. Cela dit, par exemple, c’est pareil pour les émigrés portugais ou grecs ou espagnols ou tous ceux d’Europe centrale ou orientale ou des émigrés turcs, africains ou asiatiques. Et ce qui est vrai pour l’exil vers l’Europe, est évidemment aussi exact pour l’exil vers les autres terres d’exil et elles sont nombreuses. Avec en plus, une sorte de jeu de vases communicants. Les vides créés par l’exil se remplissent d’immigrants, venus de terres lointaines et d’ailleurs encore plus désolants. C’est normal ; on fuit la misère partout, sauf que la misère est un phénomène relatif. La misère d’ici est vue de là-bas comme un pays de Cocagne. Sans oublier, pour en revenir aux mines et mineurs en Belgique qu’elles ont commencé par vider les campagnes belges – en Wallonie d’abord, près des charbonnages et des mines de fer et de la sidérurgie ; puis, les campagnes flamandes. À la longue, les populations migrantes se sont installées – un simple coup d’œil aux noms qui apparaissent sur les registres d’état-civil permet de retracer cette lente migration ou le nom des commerçants le long des rues ou ceux des enfants dans les écoles ou ceux des médecins qui nous soignent.


Et puis, dit Lucien l’âne, moi qui voyage depuis tant de temps en tant et tant de lieux, je peux attester que c’est un long et lent phénomène multipolaire et très hétérogène. Pour fixer les idées, il suffit de rappeler que les Lombards sont venus d’ailleurs et qu’on ne sait trop d’où venaient ces Étrusques qui ont peuplé la Toscane. Et, m’est avis, que ces mouvements incessants ne sont pas près de finir, même avec des barrières maritimes.


Pour preuve, ajoute Marco Valdo M.I., les Amériques et l’Australie sont pour une grande part (si l’on excepte le solde après massacre des « indigènes » – Amérindiens) peuplées de migrants qui ont oublié qu’ils le sont et qui font à autrui ce qu’ils n’auraient pas aimé qu’on leur fasse ou que l’on a peut-être fait à leurs ancêtres. Mais ce n’est pas une raison pour infliger à d’autres des discriminations semblables.


On aurait pu s’attendre, dit Lucien l’âne, que les migrants d’hier accueillent à bras ouverts et avec joie les migrants d’aujourd’hui. « Marin, ne tire pas sur un autre marin », chantait Jean Ferrat (Potemkine):


« Tu ne tireras pas sur qui souffre et se plaint
… Marin, ne tire pas sur un autre marin »


Sans doute, ont-ils oublié, la misère de laquelle ils ont fui ; mais la misère, Lucien l’âne mon ami, n’est pas la pauvreté avec laquelle on peut vivre et même souvent, mieux qu’avec la richesse. La misère et le souvenir enfoui de cette ancienne misère, la gêne d’avoir aussi été miséreux, fait perdre le sens à certains ; on dit que la misère n’est pas une bonne mère, car elle pousse ses enfants au départ. Que peut-elle faire d’autre ? C’est sans doute, au contraire, son plus grand geste d’amour. Qu’on se le dise, il n’y a rien de honteux d’avoir été miséreux et si on peut se réjouir d’en être échappé, c’est raison de plus pour ne pas y repousser les autres. Là, on touche au cœur de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les installés font aux pauvres et aux migrants pour garder leurs aises, conserver leurs privilèges, maintenir leur domination et satisfaire leurs boulimies.


Halte-là, Marco Valdo M.I., on pourrait encore en dire tant et plus, mais il nous faut conclure et tisser le linceul de ce vieux monde riche, replet, obèse, xénophobe et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






La misère avait la couleur
Des champs où j’étais voleur ;
La saveur et le goût de la faim
Quand manque le travail, quand il n’y a rien ;
L’arrogance de ces recruteurs
Qui pour m’envoyer sous terre
Pour un jour de travail à la soufrière,
Me demandaient ma sœur.


On a laissé le soleil enfermé chez lui
Et nous sommes partis par le train de nuit.
Les mères criaient fort dans la gare
En agitant des mouchoirs.
On se demande assis dans ce train.
Si on les reverra, si un jour, on revient.
On se demande comme est le monde, car
De là, on n’était jamais partis bien loin.


Je veux fuir, nous ne sommes pas des esclaves,
Laisser le pays de ce servage.
Je veux échapper à ce patron,
Je suis passé du soufre au charbon.


Le monde semble pareil sous terre,
On y meurt de chaleur où qu’on soit ;
Dans l’air, les nuances de la poussière
Dessinent des monstres et puis, se noient.
Les couleurs de la fumée sur les visages
Des hommes sont des paysages
Et dans la couleur des visages,
On retrouve son village.


Aujourd’hui encore, on creuse la terre
Pour chercher le charbon et le diamant.
En Chine, ça fait 20 000 morts par an ;
Chez nous, ces morts-là indiffèrent.
Sous ce ciel, rien n’a changé,
Les gens dans les mines vont toujours creuser
Et ces hommes sont mes frères
Au visage couvert de la noire poussière


Sous ce ciel, rien n’est changé
Et le chanter, c’est folie
Pour contenter la bête d’un monde affamé
D’argent et d’énergie.


Mais sous terre, nous sommes tous frères.
Tous pelletant pour le même patron
Italiens, Chinois, Espagnols, Berbères,
Et nous qui avons fui le soufre pour le charbon.

mercredi 11 décembre 2019

Dans la Hotte


Dans la Hotte

 
Chanson française – Dans la Hotte – Marco Valdo M.I. – 2019

ARLEQUIN AMOUREUX – 29

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.



Dialogue Maïeutique

Malgré la peur qui le pousse à fuir encore et toujours, dit Marco Valdo, Matěj le déserteur a pris en charge Barbora, l’orpheline. Il sent qu’il en a la responsabilité tant elle lui paraît démunie face à la vie. Et en vérité, c’est le cas.

Évidemment, dit Lucien l’âne, ça doit lui compliquer les choses.

Finalement, dit Marco Valdo M.I., jusqu’ici, pas tellement et tout serait pour le mieux, s’il n’y avait en arrière-plan, Arlecchina qui régulièrement l’asticote de ses accès de jalousie. Sans doute, mal venue, mais tu sais ce qu’il en est de la jalousie.

Oh oui, dit Lucien l’âne, ce n’est pas un sentiment, c’est une émotion et si on peut conduire un sentiment, on ne peut maîtriser une émotion.

Donc, poursuit Marco Valdo M.I., Arlecchino le sait bien que Barbora dérange Arlecchina, mais qu’y faire ? Il ne peut la laisser là comme ça.

On dirait, suggère Lucien Lane, qu’il a hérité d’une enfant, d’une fille de dix-sept ans. Au fait, comment va-t-elle ?

Ce jour-là, reprend Marco Valdo M.I., celui que raconte la chanson, elle va apparemment mieux. Lui aussi ailleurs, car c’est un jour heureux. Et je m’en vais te dire en quoi.

Oui, certes, je t’en prie, j’aimerais savoir, dit Lucien l’âne.

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, nos héros – peut-on vraiment dire nos héros tant ils sont déshérités, tant ils fuient tels les migrants à travers l’Europe. Comme tu vois, la chose n’est pas nouvelle. Donc, cela fait plusieurs jours qu’ils louvoient à travers la Bohême pour dépister les éventuels poursuivants. Mais même les maigres vivres viennent à se tarir et il faut impérativement entrer dans un village et essayer de gagner de quoi se nourrir. Pour Arlequin, le moyen de se refaire un peu de provisions et d’argent est de donner un spectacle et d’espérer de la générosité des spectateurs. C’est le destin des comédiens ambulants.

« Cependant, dit Arlecchino, il faut manger :
La faim est la maîtresse de l’art.
Pour ça, dit Arlecchina, il faut jouer :
Le spectacle est le maître du lard. »

Ah ! Ah !, la maîtresse de l’art, le maître de lard, ou inversement ; j’aime beaucoup ce rapprochement ; il me semble d’ailleurs assez juste. Et donc, répond Lucien l’âne, Matthias et Barbora vont se muer en entreprise théâtrale ?

Exactement, répond Marco Valdo M.I., mais comme on l’a vu, dans la hotte de Matthias, alias cette fois Vojtěch Bornelli, d’ascendance italienne, né en Bohême, sont douillettement installés tous les acteurs de la petite troupe du castelet. Arlequin va les réveiller et les mettre à l’ouvrage devant ce public improvisé qui n’en croit pas ses yeux de voir le Docteur Faust et le Diable Méphisto. L’avantage, c’est que ce public paie – certes, selon ses moyens, mais volontiers : un œuf pour un enfant, une motte de beurre pour un grand et même, en piécettes de monnaie, si précieuses. Le reste, je laisse la chanson le révéler.

Oui, Marco Valdo M.I. mon ami, tu as raison ; il faut toujours laisser une surprise. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde pourchasseur, poursuiteur, limier et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Dans la hotte, les comédiens comme de petits anges
Dorment sur l’une, puis sur l’autre joue.
Arlequin et Barbora ronflent dans la nuit des granges ;
Et le jour, marchent pedibus dans la boue.

Chaque matin, la troupe prend une autre direction,
Détour, ruse et louvoiement de la désertion,
Pour égarer le lévrier ou le gendarme qui la poursuit ;
Sans un mot, du même pas, toute la cohorte suit.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Cependant, dit Arlecchino, il faut manger :
La faim est la maîtresse de l’art.
Pour ça, dit Arlecchina, il faut jouer :
Le spectacle est le maître du lard.

À l’auberge, dans un coin de la cour,
Bric, broc, on installe le bric-à-brac du castelet.
Matthias s’en va avec sur la tête, un joli plumet ;
Arlequin crie et tambourine dans tous les alentours.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Tel le joueur de flûte, au théâtre, il entraîne les enfants
Et là : muets, yeux ronds, petits et grands écoutent
Le docteur Faust et le diable Méphisto qui se disputent.
Tous ont payé : d’un œuf, d’un peu de beurre ou d’argent.

Le soir venu, au chaud, en la salle de l’auberge,
Sous l’œil jaloux d’Arlecchina, pour une fois,
Au chaud, à l’abri, Arlecchino et Barbora,
Contents, paisiblement, boivent et mangent.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

lundi 9 décembre 2019

Oh… INTERNET !


Oh… INTERNET !


Chanson de langue française – Oh… INTERNET ! – Marco Valdo M.I. – 2019





Dialogue Maïeutique

Je dois, Lucien l’âne mon ami, à la vérité de dire que ceci est une chanson un peu parodique, qui m’a été inspirée par une chanson étazunienneil s’agit de « Ohmerica », qui à son tour, parodie l’hymne national de ce grand pays. Grand par la taille, s’entend. 2 500 kilomètres du nord au sud et 4 500 kilomètres d’est en ouest. Comme tout le monde – je veux dire tout le monde dans tout le monde, tout le monde dans le monde entier – tout le monde sait que ce grand pays est actuellement trumpé par un trumpeur, qui proclame à coups de trompes qu’il va lui redonner sa grandeur : 2 500 kilomètres du nord au sud et 4 500 kilomètres d’est en ouest, que ce grand pays, etc. n’avait jamais perdue.

Voilà bien un tour de passe-passe de bonimenteur, dit Lucien l’âne. Mais encore ?

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, il m’est venu l’idée que la grande surveillance mondial et par conséquent, la tentative de domination sur tout le monde et sur chacun en particulier en vue d’établir le règne de la richesse et de la prospérité, passe à présent par le réseau d’espionnage et de propagande le plus sophistiqué qui soit : INTERNET (I). C’est le sens la chanson. C’est Orwell (O) multiplié par Bradbury (B), le tout au carré, soit dans une formule einsteinienne : 

I = (O.B)2.

Oh, dit Lucien l’âne, ça risque d’être chaud ; il y a de quoi avoir des sueurs froides. Mais un peu de détails ne ferait pas de mal à l’affaire.

Soit, répond Marco Valdo M.I. ; il suffit de s’informer un peu pour savoir que nous sommes entourés de caméras qui scrutent nos déplacements, nos visages et ce jusque dans les villages et même, c’est plus nouveau, dans nos maisons, dans nos autos. Enfin, partout. Cela porte mille noms : caméras de sécurité, smartphones, téléviseurs interactifs, GSM, GPS, montres connectées, etc. Et comme dans Farenheit 451, les écrans atteignent une taille gigantesque et il ne faudra plus longtemps, pour qu’ils occupent des murs entiers, bientôt – si ce n’est fait, ils vous parleront, ils vous interpelleront par votre nom et vous demanderont ce que vous faites, ils vous conseilleront quoi boire ou manger, où aller manger, quel spectacle aller voir, quelle route suivre… Et en fait, c’est déjà très largement le cas, chez les plus avancés de nos contemporains. Et tout ça se passe sous la houlette d’INTERNET.

C’est affolant, dit Lucien l’âne. Heureusement, je n’ai aucun de ces engins.

Certes, Lucien l’âne mon ami, mais cependant, tu n’échappes pas à leur regard perçant, à leur oreille vigilante. Mais, vois, notre petit entretien, nos petits dialogues maïeutiques, nos chansons, les livres qu’on publie, les articles qu’on écrit, tout ça est sou contrôle.

Alors que faire ?, dit Lucien l’âne un peu effaré.

Oh, pas grand-chose, rétorque Marco Valdo M.I. ; juste avancer dans sa vie comme avant. En fait, il n’y a rien à faire, justement ne rien faire, si ce n’est vivre sa vie en évitant autant que faire se peut de se laisser entraîner dans cette ronde folle. En fait, toi, tu peux imaginer de fuir dans la cambrousse pour le restant de ta vie d’âne ; moi, je m’ermitifie déjà depuis un certain temps ; j’évite toute malencontreuse possession. Je vis du bonheur de mes petites créations d’artisan du mot et voilà tout. Je suis devenu, car je l’ai voulu : un cénobite tranquille. À deux et à tous ceux qui voudront faire pareil, sans jamais nous réunir ou manifester, nous serons et nous le dirons à tout qui voudra le savoir et à ceux qui nous surveilleront quand même : « les cénobites tranquilles ».

Ah ! Ah !, s’exclame Lucien l’âne, à toutes ces gardiennes de la moralité publique et du commerce privé et à tous ces surveillants qui voudront savoir qui nous sommes, nous affirmerons tranquillement : « Les cénobites tranquilles ».

Pour le reste, conclut Marco Valdo M.I., je laisse courir la réflexion chez ceux qui réfléchiront ; quant aux autres, nous ne pouvons strictement rien pour eux. Qu’ils commencent par se connaître eux-mêmes et examiner le monde qui les entoure et la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour garder leurs privilèges, accroître leurs richesses, renforcer leur domination, étendre leur pouvoir, maximiser leurs profits et contrôler la vie-même. Et que tous ceux qui veulent se tenir à l’écart de cette emprise mondiale, aient toujours à l’esprit cette petite maxime, qui est notre antienne : « Ora e sempre : Resistenza ! ».


Enfin, soupire Lucien l’âne, tissons le linceul de ce vieux monde bleu, exalté, excité, consommable, consomptible et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !

Nous savons quand vous dormez et quand vous êtes éveillés.
Si vous êtes conformes, vous ne devez pas vous inquiéter.
Il vaut mieux ne pas remettre en question ce monde,
Car nous contrôlons tout, nous surveillons tout le monde.
Relax, relaxez-vous, il n’y a pas de raison.
Il n’y a aucune preuve que nous vous espionnons
Et si ça ne vous plaît pas, vous pouvez porter plainte.
Cependant, en vérité, soyez sans crainte,
Vous resterez sous contrôle, de toute façon.

Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !

Nous prospérons, le monde est au bord de l’effondrement.
C’est le diable qui raconte de tels boniments.
Ne cessez jamais de voyager, jamais n’arrêtez d’acheter,
Car si on arrête de consommer, le monde va s’écrouler.
Nous savons quand vous dormez et quand vous êtes éveillés.
Si vous êtes dans les normes, vous ne devez pas vous inquiéter.
Il vaut mieux ne pas remettre en question ce monde.
Car nous contrôlons tout, nous surveillons tout le monde.

Nous interceptons vos paroles, nous lisons votre courrier
Et si ça ne nous plaît pas, on peut toujours vous couper.
Voyez-vous à la dernière lueur du crépuscule,
Sur la terre des hommes libres, les écrans des crédules.

Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !
Oh… INTERNET !

La Gondole bohémienne


La Gondole bohémienne


Chanson française – La Gondole bohémienne – Marco Valdo M.I. – 2019

ARLEQUIN AMOUREUX – 28

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.


"Faust et Méphisto, un duo flamboyant"


Dialogue Maïeutique 


Une gondole bohémienne, en voilà une invention fantastique,Marco Valdo mon ami ! Que pourrait faire une gondole en Bohême ?

Là, tu n’as pas tort, Lucien l’âne mon ami, car une gondole n’a rien à faire hors de Venise et de sa lagune. Il y a cependant une explication.

Laquelle, demande Lucien l’âne, je me le demande.

Alors, tu ne vois donc pas, Lucien l’âne mon ami. Donneras-tu ta langue au chat ?

Auquel ?, rétorque Lucien l’âne. Auquel, je me le demande, vu que là, devant toi et moi, il y en a trois : Jésus, Gudule et Makhno qui s’étendent comme des tapis persans sur ton lit. Regarde, ils nous regardent et cois, ils se demandent quoi.

Oh, Lucien l’âne mon ami, ne m’embrouille pas, car je te soupçonne d’esquiver ma question ; d’où, j’en conclus que tu ne sais pas et qu’en effet, tu tonnes ta langue aux chats ; note qu’une langue d’âne est suffisamment grande pour ces mignons félins. Mais trêve de fantaisie ! La gondole bohémienne est tout bonnement une manière de dire que « tous ces pantins », ceux de la chanson, ont été conçus et ont commencé leur carrière artistique à Venise avant d’émigrer à travers l’Europe et d’atterrir en Bohême quand les Périnet ont pris leur retraite et ont cédé leur troupe en bois à l'Arlequin déserteur afin qu’ils poursuivent leur itinérance. Cependant, Matthias les oublia longtemps dans leur boîte et, contraint et forcé par le sort, y a à présent recours pour assurer sa subsistance et celle de sa protégée, Barbora.

Oh, répond Lucien l’âne, pourquoi ne cherche-t-il pas quelque besogne au rendement plus certain et au destin plus sédentaire ?

Précisément, car il ne le peut pas ; souviens-toi, Lucien l’âne mon ami, que notre Arlequin est né de la désertion et de l’interminable fugue qui en découle. Certainement, Matthias se poserait volontiers quelque part et il y accepterait les plus humbles besognes ; franchement, il y prendrait même racines – d’ailleurs, il n’a cessé d’essayer de s’acclimater partout où il passait (dernièrement, au château, au couvent, à la ferme), mais las, il ne peut y arriver. C’est le destin d’Arlequin.

Oui, mais, dit Lucien l’âne…

Mais quoi ?, reprend Marco Valdo M.I., tu sais quoi, il n’a pas le choix ; vraiment pas le choix : il doit vagabonder, il se doit d’être insaisissable et quoi de plus pratique, qu’un petit praticable ? Quoi de plus commode qu’un théâtre portable qui tient tout entier dans sa hotte que Matthias porte aisément sur son dos.

Donc, si j’ai bien compris, dit Lucien l’âne, notre Arlequin a reconstitué une troupe théâtrale miniature que tel un Père Noël – il véhicule dans une hotte sur son dos. Une jolie troupe composée de tous les personnages récupérés de Périnet qu’il met en action dans les petits villages, car évidemment, les villes lui sont fortement déconseillées pour les raisons que l’on sait. À cette tâche d’art mineur, j’imagine que Barbora l’aide tant qu’elle peut. Mais que peut-elle faire ?

Barbora ?, souffle Marco Valdo M.I., elle fait ce qu’elle sait faire : elle répare et entretient les marionnettes qui en fort besoin. Elle fabrique la toile de fond du décor et dans toute sa naïveté, elle regarde avec une admiration enfantine, les scénettes qui se déroulent devant ses yeux sur le castelet. Elle s’inquiète de Faust, elle frémit face au diable et elle s’émerveille de Geneviève. On joue en extérieur s’il ne pleut pas ; s’il pleut, on ne joue pas. Le rythme est de deux représentations dans l’après-midi ; faute d’éclairage, on ne peut jouer en soirée. Les spectateurs paient en menue monnaie ou en nature : pain, pomme, poire, œuf : tout fait farine à ce moulin du désespoir. Le lendemain, tôt au matin, tout ce monde d’Arlequin est déjà reparti ; le théâtre et sa troupe a repris son chemin ; la fugue doit continuer.

Ah, dit Lucien l’âne, la vie de saltimbanque est mouvementée ; pour une vie errante, c’est est une ; tout à fait comparable à celle que j’ai connue ma vie d’âne durant. Crois-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, la vie est plus aérée le long de mes sentiers que dans les salons et puis, qui sait, c’est peut-être notre vocation cet art de la fugue. Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde inerte, immobile empesté, asphyxié et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Nés au temps où Marie-Thérèse chevauchait sa jument –
Pas grands, mesurant souvent seulement un empan,
Avec le déserteur, tous ces pantins fuient devant la mort,
Dans cette gondole bohémienne où ils vieillissent encore.

Périnet et Périnetova les ont traînées
Tout partout, ces poupées sans façons
Pour, vêtues de chutes et de chiffons,
Donner d’inoubliables spectacles en soirée.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Avec leurs têtes magnifiques, dans le tilleul sculptées,
Avec leurs yeux peints, immenses et purs,
Avec leurs moustaches noires aux pointes retroussées,
Avec aux tempes, des accroche-cœurs en bois dur.

Le vernis s’écaille sur leur peau
Et souvenir des mains et du savoir-faire
D’un artiste depuis longtemps sous terre,
Saigne chaque entaille au couteau.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Ils s’étagent par couches dans leur boîte :
Au-dessus Faust et Méphisto, un duo flamboyant,
Et auprès de Siegfried son époux se tient droite
Geneviève, comtesse palatine, duchesse de Brabant.

Matthias a là une troupe presque au grand complet
Avec un David et un Goliath en papier mâché,
Un Polichinelle, un Pantalone et même, un Pierrot amputé
Pour jouer Faust et La Belle Geneviève sur son castelet.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

vendredi 6 décembre 2019

À MIDI


À MIDI


Version française – À MIDI – Marco Valdo M.I. – 2019
Chanson italienne – A mezzogiornoGiorgio Gaber – 1971
Texte : Giorgio Gaber et Sandro Luporini
Dans le spectacle « Storie vecchie e nuove del signor G. » (Vieilles et nouvelles histoires de Monsieur G) et le disque « I borghesi » (Les Bourgeois)







Dialogue Maïeutique



Dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, qu’est-ce que c’est que ce titre pour le moins lapidaire ?


Oh, Lucien l’âne mon ami, cette fois, ce n’est pas moi qui l’ai choisi, car il est la transposition – tout aussi lapidaire, j’en conviens – du titre original en italien : « A mezzogiorno », dont je n’ai pas cru devoir m’écarter.


Soit, dit Lucien l’âne, mais ça ne m’explique rien. Que veut-elle, cette chanson ? Que peut-elle raconter avec ce À midi ? Personne ne le sait et tout le monde voudrait savoir et on m’interroge et moi, je nage, car ce pourrait n’importe quel midi, n’importe où, où n’importe qui ferait n’importe quoi. Il me faut des précisions, vois-tu.


On veut des précisions, Lucien l’âne mon ami, eh bien, je vais en donner. Ce midi, tout simplement, c’est en quelque sorte un déjeuner sur l’herbe.


Ça me rappelle quelque chose, dit Lucien l’âne mon ami, cette histoire de déjeuner sur l’herbe. J’ai un vague souvenir de peinture.


Au fait, oui, c’est bien de ça qu’il s’agit, reprend Marco Valdo M.I. ; enfin, à peu près. Il y a eu un fameux tableau d’Édouard Manet, finalement nommé ainsi. Cependant, le tableau comme c’est souvent le cas, a connu diverses dénominations et elles sont plutôt signifiantes. Écoute voir : « Le Bain » ou ensuite, encore plus précise : « La Partie carrée ». Et tan qu’on y est, je ne voudrais pas passer sous silence le tableau du Titien, peint en 1508, qui a sans doute inspiré Edouard Manet pour le « Déjeuner » et qui se nomme pudiquement « Le Concert champêtre » – sans doute, y jouait-on de la viole et du pipeau ; on y trouve à l’avant-plan deux dames nues et deux messieurs habillés. L’ignorer serait faire l’impasse sur toute une tradition picturale.


Oh, dit Lucien l’âne, finalement, ce « Déjeuner sur l’herbe » est un excellent titre ; il est d’une certaine manière plus objectif.


Si on veut, reprend Marco Valdo M.I., mais pour en revenir à ma comparaison entre la chanson et le tableau de Manet, le fond est le même : une sorte de piquenique – un repas champêtre, dit Wkipedia qui donne comme illustration, le Déjeuner, mais sociologiquement, l’histoire est un peu différente. Le tableau de Manet représentait au premier plan, le contenu d’un pique-nique avec un pain et un panier de fruits renversé sur un habit bleu à pois. Une femme nue assise entre deux hommes habillés tandis qu’au fond du tableau, une autre femme, en chemise, se baigne. » Et voici ce qu’en disait, le journaliste français, par ailleurs romancier, Émile Édouard Charles Antoine Zola, qui écrivait à propos de ce tableau, c’était en 1867, des choses tellement intéressantes, que je t’en reproduis le commentaire (que j’ai trouvé dans la notice Wikipedia consacrée à ce tableau)  :


« Le Déjeuner sur l’herbe est la plus grande toile d’Édouard Manet, celle où il a réalisé le rêve que font tous les peintres : mettre des figures de grandeur nature dans un paysage. On sait avec quelle puissance il a vaincu cette difficulté. Il y a là quelques feuillages, quelques troncs d’arbres, et, au fond, une rivière dans laquelle se baigne une femme en chemise ; sur le premier plan, deux jeunes gens sont assis en face d’une seconde femme qui vient de sortir de l’eau et qui sèche sa peau nue au grand air. Cette femme nue a scandalisé le public, qui n’a vu qu’elle dans la toile. Bon Dieu ! quelle indécence : une femme sans le moindre voile entre deux hommes habillés, mais quelle peste se dirent les gens à cette époque ! Le peuple se fit une image d’Édouard Manet comme voyeur. Cela ne s’était jamais vu. Et cette croyance était une grossière erreur, car il y a au musée du Louvre plus de cinquante tableaux dans lesquels se trouvent mêlés des personnages habillés et des personnages nus. Mais personne ne va chercher à se scandaliser au musée du Louvre. La foule s’est bien gardée d’ailleurs de juger Le Déjeuner sur l’herbe comme doit être jugée une véritable œuvre d’art ; elle y a vu seulement des gens qui mangeaient sur l’herbe, au sortir du bain, et elle a cru que l’artiste avait mis une intention obscène et tapageuse dans la disposition du sujet, lorsque l’artiste avait simplement cherché à obtenir des oppositions vives et des masses franches. Les peintres, surtout Édouard Manet, qui est un peintre analyste, n’ont pas cette préoccupation du sujet qui tourmente la foule avant tout ; le sujet pour eux est un prétexte à peindre tandis que pour la foule le sujet seul existe. Ainsi, assurément, la femme nue du Déjeuner sur l’herbe n’est là que pour fournir à l’artiste l’occasion de peindre un peu de chair. Ce qu’il faut voir dans le tableau, ce n’est pas un déjeuner sur l’herbe, c’est le paysage entier, avec ses vigueurs et ses finesses, avec ses premiers plans si larges, si solides, et ses fonds d’une délicatesse si légère ; c’est cette chair ferme modelée à grands pans de lumière, ces étoffes souples et fortes, et surtout cette délicieuse silhouette de femme en chemise qui fait dans le fond, une adorable tache blanche au milieu des feuilles vertes, c’est enfin cet ensemble vaste, plein d’air, ce coin de la nature rendu avec une simplicité si juste, toute cette page admirable dans laquelle un artiste a mis tous les éléments particuliers et rares qui étaient en lui. »


Oui, certes, évidemment, dit Lucien l’âne un peu interloqué, mais il faudra que tu m’expliques tes explications. Car à ce qu’il me semble, il devrait y avoir comme un écart entre une chanson italienne de 1971 et un tableau français de 1863. Je suppose qu’il ne s’agit pour Giorgio Gaber de raconter la peinture de Manet.


Et sans doute même, Lucien l’âne mon ami, n’y a-t-il jamais pensé, mais ne sois pas si pressé. Maintenant, je te prie d’examiner sur quel disque cette chanson a été publiée ; il s’intitule globalement : « Les Bourgeois » et la chanson raconte une histoire ouvrière – une femme qui vient à l’heure de la pause porter son briquet à son homme, qui travaille dans une usine. La scène se déroule sur un pré au bord d’une route, sans doute à l’avant de l’usine. Une pause de trois-quart d’heure et hop, on reprend le boulot. Si on prend en compte les trois déjeuners (Titien, Manet, Gaber), on obtient une sorte de synthèse historique de la pause de midi, selon les époques et selon l’origine sociale des participants.


En fait, dit Lucien l’âne, si on examine bien ces trois déjeuners, la version « ouvrière » est plus pudique.


Du moins en apparence, dit Marco Valdo M.I., car je te ferai remarquer que c’est seulement, car ils n’ont pas le temps – une pause de trois-quarts d’heure ; sinon pour ce qui est de l’intention, elle est bien là et avec une certaine insistance ; la réalisation est simplement renvoyée à la maison. Après le boulot, la libido. Primo, boulot, dopo, libido, dodo, car demain matin, cinq heures, debout et au boulot de nouveau. Quand on sait ce qu’en pensait Wilhelm Reich, c’est tout un dévoilement d’un pan de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin d’assurer leurs privilèges, d’affirmer leur domination, d’exploiter le temps et la vie des autres.


Halte, dit Lucien l’âne, halte, car il faut bien nous limiter. Pour conclure à partir de ce qui vient de se dire, je te propose une petite réflexion : dans tous les âges, le piquenique est fort apprécié. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde laborieux, minuté, corseté et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



À midi, le hurlement de la sirène s’élance
Et chaque jour, elle est là qui l’attend lui.
Dans un instant, tous seront sortis,
Trois quarts d’heure et on recommence.
Une radio tonitrue pas loin,
Quelqu’un appelle un gamin ;
Il y a un peu de soleil, la rue est vide.
Pour un moment, tout s’arrête.

« Tu es là depuis longtemps ? » 
« Non, je suis à peine arrivée. » 
« Tu es si belle. » 
« Arrête ! Je suis juste bronzée ! »
« Qu’as-tu apporté ? » 
« On ne sait ce que j’ai apporté !
« Tu as faim, installons-nous plus loin. » 

Chaque jour, à midi, la sirène retentit
Et elle s’assied à côté de lui.
Il l’attire et la serre dans ses bras.,
Il ouvre le sac et regarde ce qu’il y a.
Ils mangent assis sur le pré
Ce qu’elle lui a préparé.
Dans le ciel, un avion par-dessus les toits
Laisse une trace et s’en va.

« Comme tu me plais, tu sais ce qui me vient à l’esprit ? » 
« Mais reste tranquille, il y a des gens, ne le vois-tu pas ? » 
« Mais ils s’en foutent de nous, tu n’as pas compris ? » 
« Je t’attends à la maison, reviens dès que tu pourras. »

Encore un instant, un baiser de plus et il s’en ira.
Et la sirène encore sonnera.
Certains jouent au football
En avalant la dernière bouchée.
Sur le pré, brimbale une page de journal
Que le vent a emportée.