mercredi 17 juillet 2019

LA DIGNITÉ DU COCHON EST INTANGIBLE !


LA DIGNITÉ DU COCHON EST 
INTANGIBLE  !

Version française – LA DIGNITÉ DU COCHON EST INTANGIBLE  ! – Marco Valdo M.I. – 2019
Chanson allemande – Die Würde des Schweins ist unantastbar !Reinhard Mey1991









Dialogue Maïeutique


Sans commentaires !, dit Marco Valdo M.I., sauf pour dire que Boris Vian avait fait le lien dans son Joyeux tango des Bouchers de la Villette, que je résume :

« Faut que ça saigne !
Faut que les peaux se fassent tanner,
Faut que les pieds se fassent paner,
Que les têtes aillent mariner,
Faut que ça saigne !
Faut avaler de la barbaque
Pour être bien gras quand on claque
Et nourrir des vers comaques,
Faut que ça saigne !
Bien fort !

C’est le tango des joyeux militaires,
Des gais vainqueurs de partout et d’ailleurs ;
C’est le tango des fameux va-t-en-guerre,
C’est le tango de tous les fossoyeurs !
...
Tiens ! Voilà du boudin ! Voilà du boudin !
Voilà du boudin ! »

Oh, dit Lucien l’âne, mourir tout seul, âne, homme ou cochon, on meurt toujours tout Seul, disait Brel :

« On est deux à vieillir
Contre le temps qui cogne,
Mais lorsqu’on voit venir
En riant la charogne,
On se retrouve seul. »

Et j’ajoute, car cela s’impose absolument, dit Marco Valdo M.I., un poil de philosophie réaliste : mourir seul ou tous ensemble, hommes et bêtes, quelle importance ? Quel est le sens de la vie ?, demande le cochon. Mourir, dit l’homme. The meaning of life ! : « Always Look on the Bright Side of Life », c’est le seul conseil qu’on peut donner à chacun, le seul qui vaille pour tous les destins.

Certes, mais la cruauté est-elle bien raisonnable ?, dit Lucien l’âne. Tissons le linceul de ce vieux monde carnassier, carnivore, assassin, condamné à la mort et d’ailleurs, cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






C’était dans une boîte hermétique,
Sur du béton, à l’usage de couche impropre,
Qu’elle a découvert l’éclairage électrique.
Elle était le porcelet numéro quatre,
Trois autres étaient tassés au-dessus d’elle.
Elle faillit étouffer dans une cohue pareille  !
Après deux semaines d’allaitement,
Quelqu’un est venu et a emmené sa maman,
Mais même après que le souvenir se soit défait,
Parfois, il lui arrivait
De se souvenir des mots de sa maman :
« La dignité du cochon est intangible  ! »


Sa prison est devenue son chez soi ;
Jour après jour, toujours au même endroit
Et toujours assise dans sa propre abjection.
Pour son nez fin, quelle puanteur  !
Elle était triste de cette horreur ;
Puis, il y a eu les injections.
Puis, on l’a forcée à la reproduction,
Elle n’a jamais accepté ça,
La porcitude n’est qu’élevage et engraissement
Et quand on a ouvert son testament,
Elle y disait comme sa maman le disait déjà :
« La dignité du cochon est intangible  ! »


Puis un jour, la bétaillère est arrivée,
Par la queue et l’oreille, on l’a attrapée
Avec ses compagnons de servitude,
Qui tremblaient et criaient de peur,
Transportée debout pendant des heures,
Beaucoup plus confinée que d’habitude.
La truie est intelligente, elle sent déjà
La situation tragique qui l’attend là.
Elle sait qu’elle va à son dernier reposoir.
Elle reconnaît l’abattoir,
Et elle s’y rend sans se battre.
« La dignité du cochon est intangible  ! »


Elle n’a jamais vu le ciel, ni sa lumière,
Jamais été gambader dans un pré vert,
Jamais été assise sur la paille fraîchement cueillie,
Jamais lavée dans la boue en plein air,
Jamais joyeusement accouplée, ni divertie.
Comment pourrais-je manger tant de misère ?
Le menu à la main, mon regard se morfond,
Je réfléchis à ce terrible destin
Et je pense soudain.
Je ne veux pas, pauvres cochons,
Être complice de vos douleurs.
Comme j’étais invité dans ce restaurant,
J’ai commandé à l’instant
Le chou-fleur cuit à la vapeur.
« La dignité du cochon est intangible  ! »





jeudi 11 juillet 2019

FRONTIÈRE

FRONTIÈRE


Version française – FRONTIÈRE – Marco Valdo M.I.2019
Chanson allemande – GrenzeReinhard Mey – 1991







Dialogue Maïeutique

Il y a, Lucien l’âne mon ami, bien des chansons – allemandes, surtout, allemandes – qui parlent du mur de Berlin et de ceux qui y furent confrontés.

Oh oui, dit Lucien l’âne, et j’avais beaucoup aimé la version française de celle où Wolf Biermann met en scène François Villon sur le fameux mur et face aux gardes légèrement décontenancés ; si je me souviens bien, elle s’intitulait « Ballade auf den Dichter François Villon » – et la version française « BALLADE DU POÈTE FRANÇOIS VILLON ».

En effet, c’était une fameuse ballade, dit Marco Valdo M.I., et Wolf Biermann, à propos du mur et de tout ce qui l’entourait, était – si j’ose dire – bien placé pour en savoir. Il a écrit beaucoup de chansons dans ce contexte assez particulier. Par parenthèse, tout comme pour Reinhard Mey, Franz-Josef Degenhardt, Erich Kästner, Kurt Tucholky ou Bert Brecht et tant d’autres, j’ai comme une envie d’une intégrale, une forte tendance à souhaiter pour ces auteurs que l’on recense ici toutes leurs chansons. La même sensation, le même souhait d’exhaustivité, me prend chaque fois que je me retrouve en présence d’auteurs d’un répertoire de qualité, quelle qu’en soit l’origine ou la langue. C’est d’ailleurs logique, pourquoi, par exemple, couper un morceau du répertoire de Georges Brassens, sachant que tout est dans tout et que la paix et la guerre sont des états d’une seule et même chose et que les meilleures chansons contre la guerre sont sans aucun doute les chansons de paix, celles qui ne racontent pas la guerre, celles qui proposent un moment du monde sans guerre – militaire. La guerre est un moment particulier de la paix et inversement, car la Guerre de Cent Mille Ans se poursuit sans se lasser jamais dans tous les instants de la vie.

Du moins, dit Lucien l’âne, tant qu’il y aura des hommes. Cela dit, j’aimerais beaucoup que tu me parles de cette chanson de Reinhard Mey.

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, il me faut en premier lieu indiquer, qui s’intitule « Grenze », ce qu’on peut traduire habituellement par « Frontière », a été composée et chantée en 1991, c’est-à-dire après la disparition de la République Démocratique Allemande et après le démantèlement de cette fameuse frontière, qui courait tout le long entre les deux Allemagnes et de ce mur berlinois sur lequel en 1968 dansait François Villon, titillant malicieusement les Vopos frontaliers. C’est que, comme son auteur, elle est d’une autre génération ; elle parle à partir d’un autre moment.

Mais que dit donc cette chanson, demande Lucien l’âne.

Que dit la chanson ? Écoute, Lucien l’âne mon ami, écoute bien, car il y a un récit caché dans le récit. Donc, la chanson raconte une histoire apparente qui raconte une histoire invisible, mais dans le fond, comme tu le verras, c’est la même histoire. L’évidente, c’est celle du boulon qui une fois vissé ne peut être dévissé et dont les deux bouts continuent à être ainsi liés l’un à l’autre. C’est un casse-tête, une sorte pernicieuse de piège, car ce petit ustensile servait à verrouiller la clôture qui était le dernier maillon de l’important dispositif de la frontière, celle qui donne le titre à la chanson. Il était l’ultime épreuve où venaient s’échouer les fugitifs, qui repérés, étaient abattus sur place par le mitrailleur de service. Comme ces fuyards tentaient l’aventure de nuit, c’était dans le cône de lumière d’un projecteur qu’ils jouaient leur dernière scène.

Ah, dit Lucien l’âne, et l’histoire dissimulée, alors, quelle est-elle ?

Tout simplement, répond Marco Valdo M.I., sans que ce soit vraiment dit, l’histoire réelle de la séparation allemande et de la frontière entre ces deux pays, qui comme le boulon, n’en ont jamais été qu’un seul – au moins dans l’imaginaire allemand et ont d’ailleurs, finit par se ressouder. C’est l’histoire de ceux qui venus de l’Est, tentaient de gagner l’autre côté, dit de la liberté, en perdant la vie ; du mins, la plupart d’entre eux. Certes, il y en a eu qui ont tenté et réussi le coup en ballon, mais ils furent une exception et ce fut un exploit. J’avais raconté ça dans Le Tambour et mon grand Amour, Nosferatu le Vampire. Quant à ce qu’on appelle habituellement la morale de l’histoire, on la trouve naturellement tout à la fin de la chanson et je te laisse la découvrir.

C’est mieux, dit Lucien l’âne, car les histoires allemandes sont parfois bien étranges et comment dire, très allemandes. Et sans doute, est-ce une de celles-là. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde alambiqué, inventif, bardé de frontières et de gardes et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Un inconnu, venu de l’Est, m’a remis
Ce boulon de la longueur d’un doigt
Fait d’acier chrome-nickel gris.
« Ce boulon, dit-il, était autrefois.
Vissé à la clôture en fils de fer,
Dressée le long de la frontière
Comme dernier obstacle à la liberté.
On ne peut le desserrer par la force,
Ni par la patience, ni par la ruse,
Car une fois vissé, il ne peut être dévissé.
Je te le donne, regarde-le attentivement,
Dessus collent des larmes et du sang. »


Avec ces mots, il m’a laissé.
Incrédule, j’ai commencé à le manipuler,
Et doucement, je me suis inquiété.
Les écrous aux deux bouts ont tourné,
Ensemble, en rond, en cadence, enlacés.
Le filet ne bougeait pas d’un pas.
J’ai tiré, j’ai poussé, j’ai essayé une dernière fois,
Ce boulon était d’une diabolique ingéniosité !
Face ces bouts ronds aux extrémités,
Aucune clé dans le monde ne pouvait rien.
Je l’ai tenue dans ma main, serrée dans mon poing.
À cette pensée, le froid m’a submergé.


Combien d’évasions ont échoué,
Là où la liberté était à portée,
Quand la zone interdite était déjà dépassée
Et la clôture et l’écriteau danger de mort,
Quand la patrouille, toujours par deux, était passée.
Quand dans sa tour, le garde à l’uniforme gris,
Tenait sa mitrailleuse braquée dehors,
Quand ses jumelles fouillaient la nuit.
Les feux clignotent, tout s’illumine soudain,
Des appels, des coups de feu et des aboiements de chien :
Derrière les fossés, les mines, les barbelés,
Combien, dans la lumière, à la dernière clôture, ont échoué !


Et je me demandais derrière quel front borné,
Dans quel cerveau malade et maléfique,
Avait vu le jour ce brevet diabolique.
Et qui avait donné l’ordre de l’inventer ?
Qui l’avait dessiné et qui l’avait forgé ?
Et qui était le dernier maillon de la chaîne ?
Qui l’avait testé et qui l’avait vissé,
En avait-il honte, avait-il cru à ce machin ?
Était-ce un ostensible mépris de l’homme ?
Et qui avait obéi en silence et qui avait donné l’ordre ?
Quelle que soit la réponse, il était évident
Que c’était sûrement un patron allemand.

vendredi 5 juillet 2019

La Tête d’Olympia


La Tête d’Olympia


Lettre de prison 36
8 juillet 1935





Dialogue Maïeutique


Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson qui ouvre des perspectives intéressantes sur le paysage artistique et plus particulièrement, pictural auquel songe Carlo Levi du fond de sa cellule. Il revoit ses années parisiennes.

Ohlala, dit Lucien l’âne, comme ce Paris artistique doit lui sembler plus passionnant que les conversations que lui imposent à intervalles irréguliers les commissaires et les enquêteurs du Tribunal Spécial que le régime fasciste a instauré pour poursuivre les opposants politiques.

Cependant, elles sont terminées, pense Carlo Levi et en bien ou en mal, il n’y a plus qu’à attendre les conclusions.

Ce doit être bien pénible et angoissant, dit Lucien l’âne. Que veux-tu dire avec ce en bien ou en mal ?

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, Le Dr. Levi sait très bien ce qu’on lui reproche et il sait aussi que ces accusations sont fondées et que les enquêteurs le savent. Mais néanmoins, inlassablement, il s’en défend, il réfute, il ne le fera jamais cadeau d’aveux, ni même des renseignements qui pourraient nuire à d’autres ou au mouvement de résistance, dont il fait partie :

« de méchantes opinions,
Filles de la diffamation…
D’où viennent ces critiques ?
Ce ne sont que des bruits. »

Il se défend notamment de celle-ci qui est souvent utilisée contre ceux qu’on veut diffamer : « des gens me disent millionnaire ». Sur ce point, une chose est certaine, Carlo Levi n’a jamais été millionnaire, sauf peut-être à l’époque où la lire italienne s’était terriblement dépréciée, des années plus tard quand il avait fallu ôter trois zéros à la fin des prix.

C’est étrange, Marco Valdo M.I. mon ami, mais cette manière de discréditer par des racontars les opposants politiques, on la retrouve partout où sévissent les populistes, alors qu’on constate invariablement à l’usage qu’ils sont eux-mêmes très friands de richesses et de privilèges. Et que nombre d’entre eux sont à la tête de fortunes aux origines pour le moins douteuses. Comme disent les enfants en jouant, « c’est celui qui dit qui est ».

Bref, reprend Marco Valdo M.I., en ce qui concerne Carlo Levi, à aucun moment de sa vie, et plus encore à cette époque lointaine, il ne roulait pas sur l’or et au contraire de Mussolini qui fut financé par le Ministère des Affaires étrangères de France et par la suite, par divers « mécènes », Levi n’était pas homme à se laisser acheter. D’où serait-il venu, cet or ? Sa famille rencontrait d’énormes difficultés, notamment son père dont le commerce d’importation venue d’Angleterre souffrait de la politique autarcique et nationaliste du régime ; son oncle maternel, Claudio Treves, dirigeant socialiste exilé à Paris était mort en 1933 dans une modeste chambre d’un petit hôtel parisien. Quant à Carlo, il vivait de sa peinture.

L’exil, dit Lucien l’âne, l’exil politique singulièrement, n’est pas vraiment une sinécure et n’a que peu à voir avec le goût des voyages.

Ah, Lucien l’âne mon ami, tu as été patient et réjouis-toi, car je vais maintenant te faire tout savoir sur la tête d’Olympia, qui sert de titre à la canzone. Carlo Levi avait rencontré Olympia à Paris dans un musée ; c’était une jeune personne célèbre et fort peu vêtue – en vérité, pas du tout. Je rappelle qu’en matière d’art et de peinture, Paris était considéré comme la Rome ou La Mecque des beaux-arts. Aller à Paris, c’était en quelque sorte entrer de plains-pieds dans la modernité. Paris, c’était la ville des impressionnistes. On retrouve ça dans le désir du peintre Levi, que rapporte la chanson, d’écrire un

« Un livre, tout un livre
Sur la peinture impressionniste »

et la tête d’Olympia est, si j’ose dire, une tête picturale. Elle figure en haut du corps d’une dame nue (Olympia), portraiturée dans la même pose et la même tenue que la Vénus d’Urbino du Titien (1538) ; C’est un tableau d’Édouard Manet, qui date de 1863. Comme tu l’imagines, il fit scandale, car la brave Olympia (à l’état-civil, Victorine Meurent) a tous les attributs d’une prostituée de haut vol de l’époque et pire, elle est une allusion à peine voilée à la prostitution (politique celle-là) du régime du Second Empire.

Arrêtons ici, dit Lucien l’âne, car on n’en finirait pas. Il nous faut reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde avide, cupide, calomnieux et cacochyme.

Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


On ne m’interroge plus,
Les enquêtes sont terminées.
Qu’ont-elles conclu ?
Attendons un peu plus
Pour connaître la destinée.

Face à de méchantes opinions,
Filles de la diffamation,
À quoi bon réfuter
Les faits particuliers
Qui me sont imputés ?

D’ailleurs, des gens me disent millionnaire.
Tout au contraire,
Pour vivre
Un peintre
Doit vendre ses peintures.

On me dénonce. Qui ?
On m’attribue des activités politiques.
Lesquelles ? Avec qui ?
D’où viennent ces critiques ?
Ce ne sont que des bruits.

Comme le souvenir est incertain.
J’ai voulu dessiner
La tête d’Olympia, quel chagrin !
Je n’y suis pas arrivé.
Pourtant, je vois très bien sa main.

Ici, je voudrais écrire
Un livre, tout un livre
Sur la peinture impressionniste –
Avec des dessins d’artistes
Et des poèmes surréalistes.

jeudi 4 juillet 2019

ESPLANADE

ESPLANADE



Version française – ESPLANADE – Marco Valdo M.I. - 2019
d’après la version italienne – ESPLANADI de Riccardo Venturi
de la version anglaise – ESPLANADE
de Juha Rämö
de la chanson finlandaise (finnois) – EsplanadiHootenanny Trio - 1966
Paroles: Keijo Räikkönen
Musique: Pertti Reponen - Keijo Räikkönen - Juhani Joutsenniemi





C’est l’histoire de la descente aux enfers d’un homme qui a perdu son emploi ; en résumé, voici l’histoire de cette chanson du Hootenanny Trio, formé en 1964 par Pertti Reponen (1941-1998), Keijo Räikkönen (1945) et Juhani Joutsenniemi, et dissous en 1971 avec trois albums à son crédit. Le titre provient du premier album du même nom, Esplanadi de 1966. L’Esplanadi (c’est-à-dire "Spianata", dérivée de l’esplanade française, en italien "piazzale") est, comme chacun sait, le "salon" d’Helsinki : un parc carré et urbain de grande beauté, construit en 1818 par l’architecte Carl Ludwig Engel. Sur l’Esplanadi, il y a le restaurant Kappeli, un endroit luxueux où l’homme va boire son dernier centime et se soûler au whisky. C’est au matin qu’il apprend qu’il a été viré, qu’il est malade, qu’il n’a plus un sou ni rien à manger ou à boire et qu’il doit payer son loyer. Il prend une valise et se rend à pied chez sa grand-mère dans un village rural au nord d’Helsinki. Il est facile de se représenter le petit garçon de la campagne qui est allé travailler dans la grande ville. Mais personne ne se soucie de sa douleur et de sa souffrance : « Allez à l’aide sociale ! ». Mais il ne trouve aucune écoute à l’aide sociale. Même ses chaussures sont cassées et il continue pieds nus jusqu’à ce qu’on le retrouve mort dans la neige, au milieu d’une rue. On vit donc dans un « État social » merveilleusement beau, et cela en Finlande. Figurons-nous chez nous. Autant dire : on perd son emploi et on n’est plus personne. On peut même mourir tranquillement en allant chez sa grand-mère. [RV]



Cette nuit-là, j’étais seul avec ma peine.
Le long de l’Esplanade, il pleuvait.
Et, je m’en fus, mon frère,
Boire chez Kappeli
Et quand à la tête m’est monté le whisky,
Sans plus m’inquiéter du temps qu’il faisait,
Toutes mes peines et mes tracas ont disparus,
Ont disparus.


Au matin, je suis rentré, j’ai pris la rampe,
Le concierge m’a dit bonjour, j’ai dit bonne nuit.
Je suis monté chez moi me jeter sur mon lit.
Je me frottais les tempes,
Je me sentais malade, en somme,
Comme peut l’être un homme
Qui traîne ses peines partout avec lui,
Ses peines partout avec lui.


Réveillé le soir par l’appel du téléphone,
J’ai décroché ; je marmonnais contre le jour,
Des cloches sonnaient dans ma tête
Qui se répercutaient jusqu’à Hambourg.
Je me sentais malade, en somme,
Comme peut l’être un homme
Qui traîne ses peines partout avec lui,
Ses peines partout avec lui.


Le téléphone disait que j’avais été viré.
Alors, j’ouvris l’armoire pour prendre ma valise,
Je n’avais plus de monnaie pour manger,
Ou boire, ou payer mon loyer ;
J’étais pauvre comme un rat d’église.
Ce monde ne me comprenait pas à moitié,
J’ai le droit d’être triste de temps en temps,
Le droit d’être triste de temps en temps.


Alors, je suis parti chez ma grand-mère,
Mes chaussures lâchèrent avant Hollola.
Mais les gens se fichent de mes ohlalas,
Et ignorent mes misères,
Ils m’ont dit : « Il faut demander de l’aide,
Ou tu es foutu. » ; je n’en ai pas reçu
Et j’ai continué vers chez grand-mère,
Mais à pieds nus.


Dès l’aurore, sur le sol couvert de neige,
La police a ramassé mon corps sur la route,
Pour que les véhicules ne soient pas gênés
Et que les gens ne soient pas horrifiés.
Ainsi quand un homme lâche la bonde,
Tout le conduit à une issue fatale,
Dans le merveilleux monde
De ce fabuleux État social.

mercredi 3 juillet 2019

Juste l’Exécuteur



Juste l’Exécuteur


Chanson française – Juste l’Exécuteur – Marco Valdo M.I. – 2019






Dialogue Maïeutique

Il te souviendra, Lucien l’âne mon ami, des chansons l’une était une chanson allemande intitulée Der Henker, dont logiquement la version française s’intitulait, LE BOURREAU et l’autre, une chanson française de Boby Lapointe qui portait le titre de « Sentimental Bourreau ».

Oui, très bien Marco Valdo M.I. mon ami et je me souviens même d’une autre chanson de « bourreau », sortie de ta plume, il y a plus longtemps et qui s’intitulait : « La Faim du Bourreau ». En aurais-tu une nouvelle à proposer ?

En effet, Lucien l’âne mon ami. Cependant, je ne vais pas lui donner le titre de Bourreau, mais celui d’un nom synonyme ou presque : celui d’Exécuteur, comme il est d’ailleurs rappelé dans la chanson de Boby Lapointe à propos du petit bourreau beau, qui :

« Des hautes et basses œuvres
Était exécuteur »

Mais, dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, cette chanson me rappelle quelque chose, à la regarder, on dirait une parodie.

Oh, Lucien l’âne mon ami, non seulement tu as des oreilles, mais tu as aussi des yeux. En effet, elle doit rappeler quelque chose à ton œil vigilant, quelqu’autre chanson. En fait, c’est une parodie et même, une double parodie. En premier, je l’ai imaginée en travaillant la version française de « Der Henker », quand il disait :

« J’étais juste un petit écrou
De la machinerie géante de l’État
 !
C’était mon travail après tout.
Je ne décidais jamais, moi
 ! »

Cette lamentation m’a rappelé celle du fossoyeur de Georges Brassens (Le Fossoyeur – 1953), qui chantait – je la mets en entier pour ceux qui ne la connaissent pas  :

« Dieu sait que je n’ai pas le fond méchant,
Je ne souhaite jamais la mort des gens  ;
Mais si l’on ne mourait plus,
Je crèverais de faim sur mon talus.
Je suis un pauvre fossoyeur.

Les vivants croient que je n’ai pas de remords
À gagner mon pain sur le dos des morts ;
Mais ça me tracasse et d’ailleurs,
Je les enterre à contrecœur.
Je suis un pauvre fossoyeur.

Et plus je lâche la bride à mon émoi
Et plus les copains s’amusent de moi ;
Ils me disent : « Mon vieux par moment,
Tu as une figure d’enterrement. »
Je suis un pauvre fossoyeur.

J’ai beau me dire que rien n’est éternel,
Je ne peux pas trouver ça tout naturel ;
Et jamais je ne parviens
À prendre la mort comme elle vient.
Je suis un pauvre fossoyeur.

Ni vu ni connu, brave mort adieu !
Si du fond de la terre, on voit le Bon Dieu,
Dis–lui le mal que m’a coûté
La dernière pelletée.
Je suis un pauvre fossoyeur. »

Mais pas seulement, car la fin de la chanson est une parodie de Serge Gainsbourg, ou un rappel ou un clin d’œil à son poinçonneur des Lilas, qui disait :

« Je fais des trous, des petits trous, encore des petits trous ;
Des petits trous, des petits trous, toujours des petits trous. »
Comme tu le verras, c’est un bourreau qui plaide pour lui-même et qui explique sa situation un peu délicate, mais aussi, à juste raison, renvoie la responsabilité de ses actes à la société. Évidemment, depuis la récente disparition – dans nos pays – de la peine de mort, il n’y a plus d’exécutions. Cela dit, le bourreau est-il plus responsable que le militaire qui bombarde ou l’ouvrier qui usine des fusils, des balles, des canons ?

Et puis, dit Lucien l’âne, je me demande parfois à voir certains assassins ou autres violeurs en série, s’il est mieux pour eux de séjourner jusqu’à ce que mort s’ensuive dans une cellule. N’est-ce pas une autre forme d’exécution plus perverse encore ? Et puis, c’est pire encore quand on les relâche et qu’ils récidivent. En somme, ça revient aussi à imaginer qu’il y a assassin et assassin, qu’il faudrait distinguer entre l’assassinat et l’assassinat ; qu’il faudrait admettre que la prison n’est pas la panacée et moins encore, l’asile psychiatrique. Laissons de côté l’idée de punition, qui est une véritable absurdité, mais il faut quand même considérer que pour d’aucuns, il faut les mettre hors jeu définitivement. Ce sont d’angoissantes pensées et très dérangeantes. En tout cas, moi, je ne tranche pas. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde complexe, contradictoire, angoissant et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Je ne m’appelle pas Don Juan,
Je ne suis pas bourreau des cœurs,
Mademoiselle, pour un amant,
Il faudrait vous adresser ailleurs.
Je suis Juste l’exécuteur.

Pour trancher de braves mortels,
Je mets ma tenue la plus belle
Et avec mes gants tout doux,
Je leur arrange le cou.
Je suis Juste l’exécuteur.

À celle ou celui que j’étête,
Je dis : « Ne sois pas si bête,
Et surtout, ne tire pas la tête,
Car c’est du travail d’esthète ! »
Je suis Juste l’exécuteur.

Ils trouvent tous que je suis effrayant,
Car je coupe tout net le cou des gens
Mais moi, je ne fais qu’exécuter
L’ordre qu’on m’a donné.
Je suis Juste l’exécuteur.

Ils disent que ce n’est pas bien
De prendre la vie de l’assassin,
Mais moi, ça me fait mal au cœur
De gagner ma vie comme tueur,
Je suis Juste l’exécuteur.

Ma main tue le tueur sans émoi
Et de moi, les gens ont une sainte horreur,
Ils trouvent que je n’ai pas de cœur,
Mais moi, je ne tue qu’un homme à la fois,
Je suis Juste l’exécuteur.

Je garde toujours tout mon sang-froid
Quand le sang chaud coule sur mes doigts.
Ça n’a rien de rigolo,
C’est la règle dans ce boulot.
Je suis Juste l’exécuteur.

Moi, je tranche les cous sans trembler
Et les têtes tombent dans mon panier.
Je coupe les cous, les petits cous, les grands cous  ;
Les gros cous, les fins cous, toutes les sortes de cous :
Des cous de première classe,
Des cous de seconde classe.

Mais faut pas m’en vouloir, j’ai bon cœur.
Je suis Juste l’exécuteur.
Je suis Juste l’exécuteur.