dimanche 24 mars 2019

AVIS AUX NAVIGANTS

 

AVIS AUX NAVIGANTS


Version française – AVIS AUX NAVIGANTS – Marco Valdo M.I. – 2019
Chanson italienne – Avviso ai navigantiBanda Bassotti – 2008


Lune solitaire :
C’est la nuit, c’est la nuit où je respire,


Le soleil est loin au-de là de la ligne de la frontière.
Les moteurs refroidissent, les vitrines sont éteintes
Et des millions d’yeux fatigués, comme anesthésiés
À regarder cette boîte aux vitres colorées.
Et tous les soirs, les mêmes mouvements rituels :
Un baiser comme prière
Et peut-être un peu d’exercices abdominaux.
Et puis, ils dorment tranquilles comme font tous les autres.
Mais, nous, nous ne sommes pas tranquilles.
Nous, nous ne sommes pas tous les autres.
Lune
Les routes désertes n’appartiennent à personne
À 200 à l’heure, sans voie,
Ce train
Te fait comprendre que l’important est de ne pas tomber.


Car ceci n’est pas un jeu
Et les chrysanthèmes sont véritables.
Il n’y aura pas de petites pâtes pour nous faire voler.
Il n’y aura pas les 200 à l’heure sur un vaisseau spatial.
Nous, nous volons haut seulement quand on est ensemble
À rêver les yeux ouverts
Attendant qu’elle vienne.
C’est la nuit,
C’est la nuit où je respire ;
C’est la nuit
Où je me sens vivant ;
C’est la nuit
Des bêtes et des amants ;
C’est la nuit :
Avis aux navigants.


Laveuses autour des feux aux bords des routes
Comme des machines à pièces aux sourires congelés,
Comme des Vénus qui font la vie dans la rue,
Quand je passe, je les salue ; 
J’ai grandi là-bas dans la rue.
Le chant des sirènes est dangereux
Elles pourchassent toujours ceux
Qu’elles ne peuvent apprivoiser.
C’est la loi des seigneurs et la loi de la rue.
La justice est une autre chose,
La justice n’est qu’un mot.


Elle respire lentement, elle bouge les doigts
Et entretemps, le soleil a fait une autre ronde
Il n’y a plus de temps, la trêve est finie.
Sortons du motel, ouvre la porte.
Lune solitaire :
C’est la nuit, c’est la nuit où je respire,
C’est la nuit où je me sens vivant.
C’est la nuit des bêtes et des amants
Cette nuit.

samedi 23 mars 2019

On dit que je suis cultivé


On dit que je suis cultivé


Lettre de prison 14
27 avril 1934

Un fantôme hante l'Italie



Dialogue Maïeutique

Quel titre !, dit Lucien l’âne. En voilà un étrange qualificatif. Normalement, ce sont les champs qui sont cultivés, pas les gens. On cultive aussi les plantes, les levures. Cependant, ne te trompe pas, je sais quand même ce qui se cache derrière cette image ; il n’y a là rien que de très intéressant. Être cultivé, c’est avoir travaillé sur soi-même pour accroître son savoir, sa capacité d’apprendre et de créer, c’est-à-dire des choses nouvelles. Moi, je trouve ça fort bien. Il est vrai que je suis un âne.

C’est, en effet, très bien, dit Marco Valdo M.I.

Que je sois un âne ?, demande Lucien l’âne en riant.

Aussi, dit Marco Valdo M.I., mais je visais ta réflexion. La chanson ne dit rien d’autre. Pourtant, ton analyse n’est pas inutile, car – par les temps qui courent, être cultivé, vouloir se cultiver, lire des livres, pire – écrire, est souvent moqué, méprisé, mal vu. L’épithète « intello » est vite lancée comme une accusation ou en tout cas, comme une appréciation négative. Mais la culture n’est pas seulement une accumulation de connaissances, elle est aussi créatrice d’idées, de sentiments, d’objets et de processus nouveaux ; elle invente le nouveau. Sa dimension dynamique permet à l’humaine nation et à chacun qui en fait l’effort de se développer. Elle est le moteur de la vie, c’est un des moteurs de l’évolution, elle est l’initiatrice et la portefaix du progrès dans tous les domaines où s’appliquent le savoir, le savoir-être et le savoir-faire.

Halte-là, Marco Valdo M.I. mon ami, sinon tu vas nous faire une conférence et ce n’est pas ici l’endroit, ni le moment. Si on te laissait aller sur un tel sujet, tu n’en finirais pas et comme je te l’ai déjà vu faire, tu nous baladerais dans tous les âges, à travers tous les continents et mille histoires que je n’ose imaginer. Tiens-toi, je te prie, à la chanson ; Que dit-elle ? À quoi pense le prisonnier Levi dans sa lettre du 27 avril 1934 ?

L’air de rien, encore une fois, Lucien l’âne mon ami, la chanson qui est une lettre à sa mère, laisse percer un certain nombre de préoccupations du scripteur.

Scripteur ?, qu’est-ce à dire ?, demande Lucien l’âne.

Oh, scripteur, car il écrit à la main, reprend Marco Valdo M.I. Oui, on écrivait à la main, sur une feuille de papier. D’ailleurs, en prison, on n’avait pas le choix. Donc, les préoccupations du scripteur. Il y a d’abord une histoire d’avocat de Rome, dont Carlo Levi prétend qu’il est inutile. Cependant, j’y vois autre chose. Le scripteur (appelons-le ainsi) est en prison à Turin et il y a assez d’avocats sur place sans devoir recourir à un avocat venu de Rome. Pourquoi cet avocat de Rome ? En fait, le Tribunal spécial pour la Défense de l’État, que les fascistes ont créé dès 1926 principalement pour juger les opposants politiques, se trouve à Rome et un avocat spécialisé dans les affaires politiques – ce type d’affaires politiques – doit tenir son cabinet près du Tribunal, c’est-à-dire forcément à Rome, et son intervention ne serait pas inutile. Si un tel avocat intervient, on peut se demander (et la police politique autant que nous) qui a conseillé, choisi cet avocat ? La police se demanderait aussi pour qui est-il déjà intervenu – qui, au pluriel ? On peut penser qu’il y a derrière cet avocat tout un monde – en l’occurrence, Justice et Liberté, le mouvement clandestin dont Levi fait partie et dont la police soupçonne qu’il en est un des militants. Alors, on peut penser que c’est précisément pour écarter ce raisonnement que Carlo Levi dit qu’il n’en a pas besoin. Sous-entendu : je suis innocent, qu’irais-je faire devant le Tribunal Spécial ? Qu’ai-je donc à faire d’un avocat de Rome ?

Évidemment, dit Lucien l’âne, il maintient sa ligne de défense – son innocence d’artiste, pour lui-même et pour les autres dont il sait qu’ils sont poursuivis comme lui. Il a raison de penser que si après quelques semaines de prison, on déplace un tel avocat – à l’autre bout du pays, pur un prisonnier sans histoire, c’est suspect. C’est donner au prisonnier une importance qu’il prétend ne pas avoir.

Ah, Lucien l’âne mon ami, tu dis mieux que moi ce que je voulais dire. Pour le reste, la chanson-lettre se consacre à des choses plus terre-à-terre, des préoccupations plus communes, des soucis d’un homme ordinaire et des inquiétudes de peintre, recréant ainsi une image de banalité : besoin d’argent, payer le loyer, vendre ses toiles, aller se promener au grand air. Il raconte aussi que sa mémoire est une passoire… La mienne aussi est pleine de trous ; je cherche tout le temps des noms, des mots, des titres que je suis sûr de connaître ; souvent, je les ai sur le bout de la langue, mais ils ne viennent pas sur le moment ; un peu plus tard, je les retrouve. En somme, il me suffit de chercher pour ne pas trouver.

Nous les ânes, on a une bonne mémoire, une mémoire d’âne, précisément – faut dire qu’on ne peut pas écrire, ni lire. Mais, Marco Valdo M.I. mon ami, pour ce qui est de ces préoccupations, ces inquiétudes, ces réflexions, elles ne sont pas si banales, ni sans intérêt ; elles sont l’écume de la vie, qui vient, qui va, vague après vague, grain de sable après grain de sable poussés sur la plage. Mais, cela dit, on s’attarde, il nous faut conclure et tisser le linceul de ce vieux monde acultivé, décevant, oppressant et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



J’ai reçu une lettre
D’un avocat de Rome
Pour me défendre.
Il veut faire le voyage,
Mais c’est inutile.

Merci pour les livres et les grammaires.
Ici, on dit maintenant que je suis cultivé,
Mais, en vérité, je serais recalé
Aux plus simples examens universitaires.
J’ai une mémoire déficitaire.

J’oublie les titres des livres
Et le nom de l’auteur,
Et celui de l’éditeur,
Même des livres connus,
Même des livres que j’ai lus.

Si finalement, on n’expose pas
À la Biennale, mes tableaux –
Je me demande d’ailleurs pourquoi,
Moi, je les trouve beaux !
Qu’on me rende vite mes tableaux.

D’abord, je tiens à mes peintures.
Ensuite, il me faut vendre,
Même ici, on a besoin d’argent
Et de payer le loyer de l’appartement.
Oui, il faut vendre des peintures.

Et puis, voici le joli mois de mai
Avec le vent froid et le ciel gris
À regarder tomber la pluie,
Il me vient une grande envie
D’air pur, de promenades et de forêts.

jeudi 21 mars 2019

MON FRÈRE

MON FRÈRE


Version française – MON FRÈRE – Marco Valdo M.I. – 2019
Chanson italienne – Mio fratelloMichelangelo Giordano2019


MON FRÈRE STEFANO CUCCHI



Chanson qui telle une lamentation traditionnelle, portée par sa sœur Ilaria, rappelle la mémoire de Stefano Cucchi, mort des suites des sévices subis en prison ; supplices qui l’avaient achevé – voir notamment : Mort de Stefano Cucchi (https://it.wikipedia.org/wiki/Morte_di_Stefano_Cucchi).




Mon frère est un drogué,
Un malade broie du noir,
Mon frère s’est perdu dans le noir,
On le dirait volontairement aveuglé.


Mon frère dans un verre
Cherche sa joie, encore.
Mon frère n’a jamais tué,
Même la police le sait.


Et embrasse-moi encore avant de partir,
Car tu m’as chaque soir habitué à ta folie.


Ils l’ont battu, ils l’ont tué.
Ils lui ont volé sa dignité.
Ils l’ont battu, ils l’ont tué.
Ils l’ont humilié sans pitié.


Mon frère ne parle plus,
Il ne marche pas, ne respire pas,
Mon frère ne court plus
Et jamais plus, il ne courra .


Mon frère est une épine.
Et dans mon flanc, il restera
Tant que je serai en vie.
Et jusqu’à ce que justice se fera.


Votre Honneur, laissez-moi parler
Je veux dire la vérité :
Le pouvoir ennoblit seulement
Les lâches de la société.


Et embrasse-moi encore avant de partir,
Car tu m’as chaque soir habitué à ta folie.


Ils l’ont battu, ils l’ont tué.
Ils lui ont volé sa dignité.
Ils l’ont battu, ils l’ont tué.
Ils l’ont humilié sans pitié.


Mon frère ne parle plus,
Il ne marche pas, ne respire pas,
Mon frère ne court plus
Et jamais plus, il ne courra.

mardi 19 mars 2019

Entre la Ruche et l’Hôpital


Entre la Ruche et l’Hôpital


Lettre de prison 13
27 avril 1934



Cellule abandonnée aux Nuove



Dialogue Maïeutique

Vois-tu, Lucien l’âne mon ami, quand on est dans un lieu clos et pendant un certain temps, on finit par en faire son univers. Ainsi en va-t-il de tous les enfermés, volontaires ou contraints, car il en est de volontaires parmi les cloîtrés. Cependant, et c’est ce que raconte la chanson, le séjour en un lieu étroit n’est pas aussi effrayant, ni terrible qu’on peut le supposer, vu de loin.

Oh, dit Lucien l’âne, tant qu’on vit, c’est déjà ça. On s’habitue à tout. On peut même, je pense, y trouver une certaine tranquillité de l’esprit.

En effet, dit Marco Valdo M.I., c’est ce que raconte notre prisonnier ; du moins, en partie. C’est l’objet de tout le début de cette lettre qui se veut rassurante, mis laisse quand même un goût amer. Temps 1 : Je me sens mieux ; la douche chaude, c’est délicieux. Temps 2 : la prison est un ensemble architectural pas pensé et « Le Nuove » avaient un sens pour qui en percevait le projet et le progrès qu’il représentait par rapport aux prisons plus anciennes. Elle était fille d’une conception plus volontaire et plus humaniste ; elle avait de l’ambition. Comme souvent ces grands ensembles architecturaux portent en eux une utopie, une vision qui dépasse et fait éclater le carcan qu’elles se doivent de créer. On parle alors d’une maison, d’un bâtiment, d’un ensemble, d’un quartier, d’une ville d’architecte ; de même, on peut parler de « prisons d’architecte », conçues spécialement pour l’usage. Ainsi, les Nuove ne sont ni un ancien fort, ni une ancienne caserne, ni un ancien couvent reconvertis.

Oui, dit Lucien l’âne, je comprends. Il y a là, dans ces prisons modernes – enfin, « modernes » il y a plus d’un siècle, une adéquation de l’objet au projet, une sorte d’équilibre, de dessin du dessein. Beccaria était passé par là.

De fait, dit Marco Valdo M.I., la prison moderne est d’une conception qui tient compte de certaines réflexions quant à son rôle dans la société. Ce qui, soit dit en passant, ne garantit en rien sa réussite. Celle-ci, pour le prisonnier Levi, médecin de formation, tient de la ruche et de l’hôpital.

« À prison grande, cellule petite », m’a dit un ancien habitué, dit Lucien l’âne, et ce à propos une abeille me l’a confirmé, la vie dans la ruche n’est pas si désagréable ; il y fait chaud et on se sent entre soi. D’ailleurs, jamais on ne s’en éloigne sans être pressé d’y revenir ; par contre, ce n’est pas le cas de l’hôpital, je pense.

Ah, continue Marco Valdo M.I., la cellule : six pas en avant et retour, ça reste, une cage.

« Je suis dans une alvéole
Sans miel et sans nature.
J’ai pris la mesure
De cette cage de rossignol :
Vingt fois mes chaussures. »

Néanmoins, on n’est pas vraiment dans cette ambiance qu’on imagine entre Maurice Maeterlinck (La Vie des Abeilles) et Xavier de Maistre (Voyage autour de ma chambre). À l’enfermement forcé, on survit sans plaisir ; en cellule, le désir s’éteint.

Oh, dit Lucien l’âne, ça devait bien arranger les moines. Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde punitif, pénal, claustral, carcéral et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Je me sens mieux
Hier, moment délicieux
Une douche chaude, un plaisir oublié
J’ai savouré
Comme un cadeau précieux.

L’architecture de la prison
N’est pas laide, elle correspond
À la nature de sa mission
À cheval
Entre la ruche et l’hôpital.

Je suis dans une alvéole
Sans miel et sans nature.
J’ai pris la mesure
De cette cage de rossignol :
Vingt fois mes chaussures.

Le découpage mécanique du temps
M’est à présent indifférent.
C’est chose normale,
Ainsi va la vie carcérale.
Ah, si je pouvais peindre pourtant.

L’enfermement est une maladie
Vraiment, il anesthésie.
Ce n’est plus une vie qu’une vie
Où s’éteint le désir,
Où on survit sans plaisir.

Si le critère pour me libérer
Est mon innocence,
Je serais déjà en liberté.
Comme l’enfant à naître attend sa naissance,
Je me roule dans ma patience.

mercredi 13 mars 2019

MALHEUR !

MALHEUR !


Version française – MALHEUR !Marco Valdo M.I. – 2019
Après la version italienne de Riccardo Venturi, d’une
Chanson allemande – KlageErich Mühsam – 1916
Poème d’Erich Mühsam, in "Brennende Erde. Verse eines Kämpfers", publié à Munich en 1920
Musi
que de Christoph Holzhöfer





Dialogue Maïeutique

J’espère, je veux dire : je suis persuadé, Lucien l’âne mon ami, que tu te souviens de cette chanson que j’avais faite en 2011 ; ça fait déjà quelques années à propos d’Erich Mühsam.

Oui bien sûr, dit Lucien l’âne, elle s’intitulait : « Erich Mühsam, poète, anarchiste et assassiné ». Elle disait :

« D’accord, Mühsam était juif, poète et anarchiste
Rien que ç
a, pour nous, le condamnait par avance
D’accord, il était écrivain, artiste et journaliste
Entre nos mains, il n’avait aucune chance. »

C’est bien que tu t’en souviennes, dit Marco Valdo M.I., car ça nous évitera de raconter ici ce qui est dit là. Donc, Erich Mühsam, poète assassiné par des imbéciles barbares, avait eu le tort immense de plaider inlassablement pour que les humains s’attellent à mettre au monde un monde de liberté, de coopération et de paix ; un monde d’intelligence et de raison aussi. À propos de cet engagement total d’Erich Müsham, il me plaît de rappeler qu’il fut le fondateur, l’éditeur et probablement, le seul rédacteur d’une revue qu’il appela : « Kain – Zeitschrift für Menschlichkeit »« KainJournal pour l’humanité », et qu’il publia à Munich de 1911 à 1919 – c’est-à-dire tout au long de la guerre, qu’il n’applaudissait certainement pas des deux mains.

Ce sont là, dit Lucien l’âne, des manières fort imprudentes quand l’heure est aux gloires de la nation et des armes, quand les temps sanctifient l’exploitation et la richesse. Il est périlleux de vouloir remonter le courant dans la tempête.

Oh, dit Marco Valdo M.I., Mühsam savait tout cela ; ce qui ne l’empêcha pas de dire ce qu’il avait à dire, ni de penser ce qui lui arrivait de penser, ni de faire ce qu’il avait à faire. Notamment, de sonner l’alarme. Cependant, comme nous le savons, presque toujours, les mots des Cassandre ne sont entendus et compris qu’après la réalisation des horreurs qu’ils annoncent.

Certes, dit Lucien l’âne, je me demande à quoi tient un pareil aveuglement, une telle surdité. Je me demande si, par hasard, ce ne seraient pas des manquements volontaires.

Certainement, mais pas vraiment, pas complètement, pas entièrement, Lucien l’âne mon ami, pas tout à fait, mais quand même, partiellement. D’abord, il n’y avait pas de surdité, pas d’aveuglement, car comment auraient-ils pu savoir ce que disait, ce qu’écrivait Erich Mühsam et dès lors, pourquoi auraient-ils voulu le faire taire, pourquoi brûler ses écrits, pourquoi l’emprisonner, pourquoi l’assassiner ? Mais tu as raison, il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre ; pas entendre, soit !, mais il faut formuler la chose différemment : il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas comprendre ou qui ne peut pas comprendre ou qui n’a pas intérêt à comprendre ou qui ayant quand même compris, ne veut pas changer le cours des choses ou entend à toute force le maintenir ou le renforcer. Cela dit, on pourrait épiloguer longuement, mais ce n’est pas ici le lieu ou le temps.

Oui, dit Lucien l’âne, il faut reprendre notre tâche, comme inlassablement le fit Erich Mühsam et tisser le linceul de ce vieux monde assassin, nationaliste, belliqueux, imbécile et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Nous avons cherché et voulu la paix.
Alors, dans le monde, la guerre a éclaté.
Le feu s’étendait et la mort fauchait,
Et le bon Dieu devint un fantôme rancunier.

Malheur !

Nous avons offert aux gens bonheur et raison.
Ils ont choisi la ladrerie.
Ils crurent aux écritures impures de l’envie.
L’avidité les arrosa de balles ; la cupidité les noya de poison.

Malheur !

Nous avons chanté un chant de liberté aux peuples.
Ils ont marché en rang pour leurs dirigeants.
Ils se battirent pour le pouvoir de leur maître
Et ils crurent ainsi protéger leurs enfants.

Malheur !

Nous avons prévenu et nous avons crié.
Cachée, lépouvante a vacillé.
Sur sa tête et son menton, son manteau elle a posé.
Les yeux et l’esprit des gens, elle a frappé.

Malheur !

Nous avons combattu l’horreur épouvantable.
Ils lui ont donné main, cœur ou épée.
L’horreur a dirigé la main de l’épée,
Des millions de corps frémissent dans le sable.

Malheur !

Nous crions malheur ! Par la tourmente et le combat,
La terre sera tombe et cendres.
Trois maîtresses tendent leurs bras :
La rapacité, l’esclavage et le meurtre. –

Malheur !


lundi 11 mars 2019

L’ESCALIER DE MAUTHAUSEN (2019)

L’ESCALIER DE MAUTHAUSEN


Version française – L’ESCALIER DE MAUTHAUSEN – Marco Valdo M.I. – 2019 (2011)
Chanson espagnole – La escalera de Mauthausen – Antonio Resines – Paroles d’Antonio Gómez et musique d’Antonio Resines – 1975
d’après la version italienne LA SCALA DI MATHAUSEN de Lorenzo Masetti.






La carrière de Mauthausen a été un des lieux les plus horribles de tous les camps nazis, vu que furent employées là des méthodes de travail inimaginables. Et on savait, car des prisonniers de toutes nationalités le racontaient, tous le savaient et disaient que le camp avait été construit par les Espagnols, les républicains espagnols et que chaque pierre portait le sang d’un Espagnol. Même la plus petite pierre de l’escalier de Mauthausen était imprégnée du sang d’un Espagnol. »
Témoignage de Mariano Constante (Capdesaso, Spagna, 1920 – Montpellier, France, 2010), écrivain espagnol dont l’œuvre est centrée sur l’expérience des républicains espagnols dans les camps de concentration nazis.
Mariano Constante est arrivé à Mauthausen en avril 1941. C’était le n° 4584. Il survécut. Quatre ans en enfer. Il sortit du camp à la libération en mai 1945.
Militant communiste, après la guerre, il s’établit en France et ne retourna jamais en Espagne.
Le camp de Mauthausen fut littéralement construit par les prisonniers espagnols, avec leur sueur et leur sang. Quand en Espagne, on dit que chaque pierre de Mauthausen représente la vie d’un Espagnol, ce n’est pas une affirmation exagérée ou rhétorique; les prisonniers étaient contraints de travailler dans une carrière de granit et à transporter les gros blocs destinés à la construction du camp par un escalier de pierre de presque 200 marches et ce tous les jours et plusieurs dizaines de fois par jour, jusqu’à la mort.
Dans les premiers temps, il ne survécut presque personne; puis, les prisonniers commencèrent à s’organiser et dans les années suivantes, les Espagnols, les vétérans du camp, furent pour tous les maîtres incontestés de l’art de survivre dans ces conditions extrêmes et capables d’aider tous les autres internés quelles que fussent leur provenance. Et l’apport fondamental des Espagnols ne se limita pas à la délivrance du camp: Francesc Boix, photographe et militant antifasciste catalan, profitant de son emploi à l’enregistrement des internés, prit tant de photos qu’elles archivèrent les horreurs du camp et les copies qu’il réussit secrètement à en faire servirent de preuves déterminantes au procès de Nuremberg.

Quand les soldats étazuniens entrèrent à Mauthausen, le comité de bienvenue avait été organisé par les Espagnols et les drapeaux avec la croix gammée avaient tous été remplacés par des drapeaux républicains. Malheureusement, parmi les rares qui survécurent à l’extermination nazie, les infortunés Espagnols ne purent rentrer chez eux où Franco devait encore régner pendant trois décennies Ceux d’entre eux, qui malgré tout ce qu’ils avaient vécu et passé, choisirent de rentrer en Espagne le firent clandestinement et pour continuer l’interminable lutte contre la bête fasciste.

Cette chanson fait partie de la Cantate de l’Exil, comme la dizaine de chansons reprises sur le site des Chansons contre la Guerre. Dans la mesure du possible, dit Marco Valdo M.I., j’en ferai une version française complète. Voici comment elle se présente en espagnol :

Cantata del Exilio



Muerte de Antonio MachadoMORT D'ANTONIO MACHADO  – Argelès-sur-MerARGELÈS-SUR-MERDulce muchachaDOUCE OISELLE Celestino AlfonsoCELESTINO ALFONSO – ROUGE – 7 ATTENTATS Poema de atención - ATTENTION POÈME !Carta imaginaria a casaLA LETTRE IMAGINAIRETema de los campos/ El trabajo libera LE TRAVAIL REND LIBRE – DEVISE DES CAMPSJugando al futbol – MATCH DE FOOT La escalera de Mauthausen - L’ESCALIER DE MAUTHAUSEN Diálogo de Belchite/ Liberación de ParísDE BELCHITE À LA LIBÉRATION DE PARISPoema de silencioSILENCE : POÈME

Et je le ferai tout spécialement pour les Républicains espagnols auxquels aujourd’hui en 2011 justice n’a pas encore été rendue. Je le fais aussi en pensant à Santiago et à son épouse, Espagnols exilés, qui dans le modeste restaurant qu’ils avaient ouvert près de la Grand Place de Bruxelles, restaurant appelé La Cibèles, ont quelquefois nourri l’impécunieux jeune homme que j’étais.

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.



À chaque marche, la faim ;
À chaque marche, le froid ;
À chaque marche, les ongles s’enfoncent dans la plaie.

À chaque marche, la nuit ;
À chaque marche, la pierre ;
À chaque marche, le dos plie sous le poids.

À chaque marche, fouet ;
À chaque marche, boucherie ;
Chaque marche frappe et serre la gorge.

À chaque marche, plus loin ;
À chaque marche, effort ;
À chaque marche, un rêve perdu d’oranges.

À chaque marche, danger ;
À chaque marche, silence ;
À chaque marche, la mort avance et nous attrape.