vendredi 12 octobre 2018

La Main d’Hilbert


La Main d’Hilbert


Chanson française – La Main d'Hilbert – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
97
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
IV, IV)





Dialogue Maïeutique

Cette fois aussi, Marco Valdo M.I. mon ami, il te faudra expliquer ce titre tant il est étrange et réfrigérant. Quoi ! Que veut dire cette « main d’Hilbert » ? Serait-elle séparée de son corps ? Ah, il me souvient que le dit Hilbert est porté disparu, tenu pour mort et même, on connaît son assassin.

Ah, Lucien l’âne mon ami, tu as bien résumé la situation. Hilbert est mort assassiné par Joos Damman, son ami, celui qui se fait passer pour Hans auprès de Katheline. Sans doute, ce meurtre avait pour objet une sordide question d’argent – la possession des sept cents carolus d’or que le tandem avait récupérés dans le fond du jardin de Katheline. Oui, c’est bien de la main de cet Hilbert disparu qu’il s’agit.

Justement, réfléchit Lucien l’âne, s’il a disparu, il me semble que ses mains ont disparu avec lui ; une main ne se promène quand même pas toute seule.

En effet, mon ami Lucien l’âne, comme tu le dis si bien, une main ne se promène pas toute seule et si elle est seule, c’est qu’on l’a séparée de son corps. Ce sont là choses certaines et un raisonnement impeccable. Mais dans la chanson, comme tu vas t’en apercevoir, il y a un raisonnement inverse et caché quant à son objectif réel et c’est Nelle qui va mener la manœuvre.

Au fait, Marco Valdo M.I. mon ami, quel est le but réel de Nelle et quelle est son idée ?

D’abord, Lucien l’âne mon ami, ce qu’il faut avoir à l’esprit, c’est que Nelle a pris résolument la défense de sa mère Katheline, laquelle est folle et subjuguée par son amour mal placé. Ensuite, que pour défendre Katheline, il est indispensable de ne laisser aucun doute quant à la culpabilité de Joos Damman dans l’assassinat d’Hilbert et que le premier objectif est de retrouver le corps d’Hilbert, preuve du crime. Nelle pense que Katheline sait où est le corps ; la difficulté est de l’amener à révéler l’endroit où il est enterré. C’est une difficulté car Katheline ne veut pas trahir son bien-aimé. C’est là que la ruse de Nelle se révèle efficace : elle suggère à sa mère que Hans, son amant diabolique, veut qu’elle lui porte la main gauche d’Hilbert. Et pour ce faire, c’est ici qu’intervient le raisonnement inverse, il faut séparer la main du corps, dès lors, déterrer le corps et donc, aller à l’endroit du crime. C’est ce que va faire Katheline, poussée par sa folie et suivie par le Bailli et ses juges. Une fois, le mort déterré, il ne reste plus qu’à couper la main gauche d’Hilbert et la porter à Hans, alias Joos Damman en sa prison.

Ainsi éclairci le mystère de la main d’Hilbert, conclut Lucien l’âne, tissons le linceul de ce monde funèbre, macabre et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Nelle dit à sa mère, « Ce matin,
Hans ton mignon réclame la main
Gauche d’Hilbert, il faut la chercher. »
Katheline répond : « J’irai la couper ! »

Et Katheline s’en va au champ,
Elle marche vite et fièrement.
Nelle porte une bêche, elle porte un couteau ;
Les officiers la suivent comme des corbeaux.

Katheline dit : « J’étais cachée là.
Hilbert était laid, Hans, tu es beau.
Tu auras tantôt sa main ; elle est là
Où la terre éponge l’eau. »

Là, près de la digue, sous la lune,
Quelle terrible dispute, quelles colères.
J’entendais tout de la dune,
J’ai vu ton poignard le mettre à terre. »

Elle prend la bêche et dit soudain :
« Ami Hilbert, Hans mon seigneur
M’ordonne de couper ta main.
Ne me cherche pas malheur ! »

Elle casse la glace, creuse découvrant
La forme d’un corps sur le dos étendu.
C’est un jeune homme au visage blanc,
D’un habit de gros drap gris vêtu.

Son épée repose à côté de lui,
En sa poitrine, un poignard est planté.
Katheline coupe la main sans hésiter
Et la remise dans son étui.

Le Bailli mande de le déshabiller.
Le cadavre d’Hilbert dépouillé,
Tous peuvent voir ôter le poignard.
On couvre le mort de sable sans retard.

Le cortège rentre en procession funéraire.
Katheline s’en va devant, joyeuse commère,
Porter la main à Hans en sa prison.
Nelle pleure, il n’y aura pas de pardon.

Comme sorcière coupable de conjurations,
Par le Bailli en personne constatées,
Katheline à peine entrée, est appréhendée
Et dans la cave, à double tour, enfermée.

mercredi 10 octobre 2018

Nelle accuse

Nelle accuse


Chanson française – Nelle accuse – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
96
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
IV, III)

ÉLECTRE



Dialogue Maïeutique

Mon ami Lucien l’âne, voici une chanson qui raconte un moment effroyable et proprement tragique, une péripétie aussi tragique que celles des grandes tragédies grecques que tu dois bien connaître.

Oh, Marco Valdo M.I., mon ami, tu ne crois pas si bien dire. Et ça m’intéresse tout particulièrement, car la grande tragédie grecque, je la connais et depuis tellement longtemps. En fait, depuis sa création. Les tragédies grecques, je les ai vues jouées aux Dionysies, il y a maintenant environ deux millénaires et demi. L’histoire épouvantable des Atrides m’est restée en mémoire et singulièrement, le personnage d’Oreste, fils d’Agamemnon.

Donc, reprend Marco Valdo M.I., dès lors tu imagines bien que cette chanson est vraiment terrible, qu’elle raconte un crime épouvantable et tout comme Électre, sœur d’Oreste, accusera les assassins de son père Agamemnon, qui sont sa mère et l’amant de celle-ci, ici, Nelle accuse son père – que sous connaissons sous le nom d’Hans le Blême, de l’assassinat d’Hilbert. Elle le fait avec un grand sens du tragique et un courage fantastique. Car, très jeune encore, elle doit – elle pauvre fille – affronter l’arrogant cavalier, qui fait partie de la noblesse du comté et qui jusque-là, était de la suite du Bailli. En plus, elle doit le faire malgré le fait que sa mère Katheline, dans sa folie, veut à toute force protéger son amant ignoble. Et tout ce virulent débat se déroule sur la place publique du village, devant toute la population qui telle le chœur antique intervient dans le déroulement de la scène en criant « Justice ! Justice ! ».

Voyons ça, dit Lucien l’âne, et puis, tissons le linceul de ce vieux monde suicidaire, mortifère, injuste et cacochyme

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



« Messire, demande le Bailli, connaissez-vous cette femme ? »
« Je ne la connais pas. Une folle, sans doute. »
Relevant Katheline en sang, Nelle s’enflamme
Et s’encolère toute.

« Je demande à mourir, dit Nelle, si
Cet homme ne connaît pas ma mère,
S’il n’a pas tué le chien de Claes, et si
Il n’a pas assassiné son ami Hilbert. »

Et Katheline dit : « Donne-moi le baiser de paix,
Hans mon bel aimé ! » et son genou, elle embrassait.
Le Bailli dit : « Monsieur, quel est cet homme tué ? »
« En vérité, je ne le sais pas, elle l’a inventé. »

Et le Bailli interpelle Nelle : « Dis la vérité,
Jeune femme, quel est cet homme assassiné ?
« Hilbert, fils de Willem Ryvisch, écuyer
Pour les sept cents carolus de Claes, fut poignardé. »

« Tu mens ! », crie le gentilhomme du haut de sa hauteur.
« Certes non ! Tu es blême et tu frissonnes,
Regardez, il tremble de toute sa personne
Et ce n’est pas de froid, mais de peur.

Toi qui séduisis ma mère,
Toi qui réduisis Till à la misère,
La mort de Soetkin est ton œuvre,
À présent, tu files comme la couleuvre.

Toi, qui es venu chez nous avec un ami,
Toi qui voulus me l’imposer comme mari,
Moi, qui d’Hilbert n’ai pas voulu,
Je te demande : qu’est-il devenu ? »

Alors, solennel, le Bailli dit :
« Femmes, allez apaisées !
Messire, par justice, rendez-moi votre épée ! »
Le drôle refuse : « Je suis noble, ce n’est pas permis ! »

L’épée rendue malgré lui,
Le cavalier blême descend de cheval
Et entre deux sergents conduit,
À la prison commune, on l’installe.

Ainsi, à la Justice, l’accusé
Ce jour-là est remis.
Il passe au chaud la nuit
Empêché de s’échapper.

mardi 9 octobre 2018

ARRÊTEZ LE JEU !


ARRÊTEZ LE JEU !


Version française – ARRÊTEZ LE JEU !Marco Valdo M.I.2018
d’après la version italienneFERMATE IL GIOCO de Riccardo Venturi – 18 novembre 2005
d’une chanson suédoise – Stoppa matchenHoola Bandoola Band – 1975
Texte et musique : Björn Afzelius et Mikael Wiehe



En 1975, dans le cadre de la Coupe Davis, la plus importante manifestation tennistique internationale par équipes nationales, la Suède, alors la nation leader dans ce sport grâce au légendaire Björn Borg et à Mats Wilander, devait affronter le Chili. La rencontre devait se dérouler dans les installations du club de Båstad (où depuis 1948 se déroule généralement le Tournoi de Suède), mais dès l’annonce du match, commença en Suède une énorme campagne pour le boycottage de la rencontre avec l’équipe chilienne, formée de dirigeants et joueurs favorables à la junte de Pinochet et expression de l’« upper class » (haute classe) chilienne qui avait dès le début soutenu le putsch contre Salvador Allende et l’Unidad Popular. En Suède, se forma immédiatement un groupe dénommé « Aktion Stoppa Chilematchen » (« Action Stop au Match avec le Chili »), auquel vite s’unirent d’autres organisations de la gauche institutionnelle et radicale. Même le Riksidrottförbundet (Fédération Sportive Nationale) et le Tennisförbundet (Fédération de Tennis Suédoise) furent invités à montrer leur appui au peuple chilien en annulant le match (ce qui aurait entraîné l’élimination automatique de la Suède), qui cependant, – naturellement ils répondirent pile poil l’habituel « au nom du sport » qui « ne doit pas être mêlé à la politique » (évidemment, il s’y trouvait mêlé dès lors que les joueurs chiliens, dans les interviews, exaltaient le « nouveau Chili libre du communisme » et l’« économie en renaissance » grâce aux recommandations ultralibérales de l’École de Chicago et de Milton Friedman, qui avaient fait du Chili fasciste de Pinochet leur laboratoire privilégié. L’année d’après, en 1976, la même chose se produisit avec l’Italie. Cette fois, il s’agissait de la finale même de la Coupe Davis, que l’équipe italienne de Nicola Pietrangeli, d’Adriano Panatta, de Paolo Bertolucci et de Corrado Barazzutti devait jouer à Santiago du Chili, du fait que le Chili s’était retrouvé en finale justement grâce au boycottage de la demi-finale par l’Union soviétique. En Italie aussi, il y eut très vaste mouvement en faveur du boycottage de la finale contre le Chili, mais – évidemment prévalurent les « raisons du sport ». Le match se tint, transmis en différé par la RAI, et l’Italie vainquit son unique Coupe Davis de l’histoire. [R.V.]



Les fascistes gouvernent
Par la terreur et la torture
Et puis, débitent des foutaises sur l’« esprit de légalité »,
Oui, c’est à vomir.
Les paysans et les travailleurs
Sont écrasés par les militaires,
Pour que les riches jouent au tennis.
Mais bordel, ils ne joueront pas ici.

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Avec les olympiades de Berlin de 1936
Hitler profita tant de cette publicité
que il en fut le premier étonné.
Et les généraux chiliens
Sont en train de faire la même chose.
Mais nous ne ferons pas la propagande
De leur appareil de terreur.

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
pour ne pas jouer au tennis, ici, avec eux.
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

À Båstad, ceux qui menacent
Avec leurs matraques et leurs fusils
Veulent seulement défendre les profits
Que rapporte le tourisme.
Ils ont, comme les généraux,
De bien précises raisons économiques.
Et ensuite ils disent que le sport
N’a rien à voir avec la politique.


Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Il faut choisir de quel côté aller,
Il faut prendre position.
On ne peut pas se retirer
Ou bien se mettre de côté.
Si le match est joué,
La haute classe chilienne en sera fier.
Mais si la partie est arrêtée,
Nous montrons notre appui au peuple chilien.

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !
Arrêtez le jeu !

dimanche 7 octobre 2018

Hans le Blême


Hans le Blême


Chanson française – Hans le Blême – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
95
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
IV, III)


Champ derrière les dunes - sous la neige


Dialogue Maïeutique

Durant que Till et Lamme s’en vont sur les mers combattre l’Espagnol, comme tu vas l’apprendre ici même Lucien l’âne mon ami, la vie se poursuit au village dont ils sont partis et naturellement, sous le manteau de la guerre, continue l’histoire de Nelle et de Katheline, sa mère. Nelle, à présent, est une jeune femme et Katheline s’enfonce plus encore en sa folie, conséquence de ses supplices. Voilà où nous en sommes en cette fin d’hiver.

Je vois ça d’ici, dit Lucien l’âne, la plaine maritime, ses polders, ses digues, ses haies, ses canaux et ses dunes qui se finissent d’une plage que vient lécher la mer du Nord, le tout est couvert de neige et de glace. Les jours vacillent, on entend au loin le pas du printemps. Soit, mais quel est cet étrange Hans le Blême, qui donne le titre à la chanson et dont jusqu’ici, nul n’avait jamais parlé ?

Ah, dit Marco Valdo M.I., tout comme sous le manteau de la guerre, la paix continue ; inversement, sous le manteau de la paix, la guerre continue. Ceci tient, Lucien l’âne mon ami, ce que depuis longtemps tu avais compris, au fait que guerre et paix sont deux états de la même chose ; l’une et l’autre se compénètrent et ne forment qu’un continuum. Ainsi, j’en viens à Hans le Blême dont la chanson trace le portrait et dévoile peu à peu l’identité. Je ne peux dès lors t’en dire plus à son sujet. Si ce n’est qu’il s’agit d’un personnage particulièrement odieux, un fort contre les faibles, un fier contre les modestes, un lâche, un menteur, un louvoyeur, une véritable anguille quand il se voit contraint d’assumer ses paroles et ses actes.

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, j’insiste quand même ; dis-moi qui il est.

Si tu y tiens vraiment, Lucien l’âne, je ne saurais te le refuser. Il s’agit de ce mystérieux personnage qui vînt certaines nuits chez Katheline et qui avait, par ruses et promesses, poussé la pauvre folle à lui révéler où étaient cachés les sept cents carolus d’or, héritage de Claes le charbonnier et les avait volés. Par ailleurs, on apprend que c’est le père de Nelle et que ce noble personnage entre ce jour à cheval dans le village comme un des membres de la suite du Bailli. Pour la suite, reporte-toi à la chanson.

Oui, voyons la suite, dit Lucien l’âne, et puis, tissons le linceul de ce vieux monde vénal, corrompu, tricheur, escroc et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Neiges et glaces sur le monde,
Au premier mois où le veau gèle
Au ventre de la vache qui vêle,
Neiges et glaces se confondent.

Les gamins et les chats
Vont à la chasse aux moineaux,
Pauvre gibier, maigre repas
Quêtant miettes et eau.

« Hans, mon cœur tire à toi,
Le feu brûle mon visage.
Où sont tes baisers si froids ?
Quand reviens-tu, mon Roi mage ? »

Un coureur, grelots à la ceinture,
Passe à toute allure.
Il crie : « Voici venir le Bailli !
Qu’on rassemble le pays ! »

Passe le cortège des officiers,
Suivi d’une troupe de nobles gens,
Tous de velours et de fourrures parés,
Tous bons amis du Bailli, caracolant.

Au milieu, un bec de vautour, poil roux, joues blêmes,
Costume vert aux fils d’or, manteau de velours noir,
Couvert d’une toque verte au plumeau noir,
Porte fier sa bouche mince et son air de carême.

Katheline, de joie affolée, fend le cortège,
Stoppe le cheval du blême cavalier,
Rit et crie : « Hans, te voici, mon aimé,
Tu es le plus beau des soleils sur la neige. »

Le bailli fait halte et toute la troupe de gentilshommes.
« Que me veut cette gueuse ? », demande le blême.
Tenant la bride à deux mains, elle dit : « Mon homme,
Emmène-moi au bout de la terre, je t’aime !

Ne t’en reva pas, reste là !
Mon aimé, j’ai tant pleuré pour toi.
Regarde, Nelle, notre enfant ! »
Il lève son fouet menaçant.

« Va-t-en, femme, dit le blême,
Je ne te connais pas ! »
Il pousse son cheval, la renverse et même,
Lui ouvre la tête d’un seul pas.