jeudi 13 septembre 2018

Le Gaufrier


Le Gaufrier


Chanson française – Le Gaufrier – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
89
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
III, XLIII)





Dialogue Maïeutique

« Le Gaufrier », demande Lucien l’âne, serait-ce une chanson de cuisine ?

Pas exactement, dit Marco Valdo M.I., ou alors, un gaufrier sorti tout droit de la cuisine du diable. En réalité, ce gaufrier, comme on le découvre dans la chanson, est un instrument de meurtre, c’est l’arme du crime. En principe, un gaufrier est bien un outil de cuisinière ; il est équipé de longs bras de fer épais et au bout de ces bras, on trouve des plaques de fonte d’acier, fort épaisses et fort lourdes. Manié avec vigueur, c’est une masse d’arme redoutable. Il assomme et blesse et peut même tuer sur le coup si on frappe à la tête. Mais il y a pire encore, le gaufrier de la chanson est muni de dents d’acier qui crèvent les chairs, les arrachent, broient les os et les vertèbres.

Donc, reprend Lucien l’âne, on découvre le gaufrier entre les mains du poissonnier et que raconte-t-elle d’autre la canzone ?

Elle raconte, Lucien l’âne mon ami, que Till reconnaît dans ce garou, le poissonnier qui avait dénoncé son père, Claes le charbonnier et comme on peut le penser, Till n’est pas tendre avec cette crapule. Il a sorti son coutelas et s’apprête à lui percer la gorge quand Toria, la mère de Betkine, l’enfant assassinée, le retient. Pas par bonté d’âme ou par miséricorde, mais, car elle veut justice et elle veut surtout vengeance et elle se met sur le champ à l’exercer à l’aide du gaufrier. Une application immédiate de la loi du talion, en quelque sorte et de cette bouche létale, elle mord, elle mord pour faire mal, pour faire payer le meurtrier.

Hou-là, dit Lucien l’âne, c’est une louve en colère que cette femme. Elle va le tuer…

Je ne pense pas, rétorque Marco Valdo M.I, j’en tiens pour preuve ce qu’elle demande et d’ailleurs quand le meurtrier – sous ses coups – supplie qu’on l’achève, elle s’y oppose vivement en disant :

« Tenez le vif, il faut justice ! »,
« Gardez-le vif pour les supplices
Et qu’à la fin seulement, le diable l’emporte ! »

Oh, je vois, s’exclame Lucien l’âne : « Les supplices et à la fin seulement… », je comprends purquoi elle empêche Till de le tuer sur place et tout compte fait, elle fait bien. Elle évite à Till d’être poursuivi comme assassin. Car, même si la guerre en cours avec ses sacs et ses massacres peuvent faire paraître ces faits-divers insignifiants, il n’en reste pas moins qu’il faut que justice se fasse, mais par la voix de la justice. C’est un dilemme que se présente souvent quand le chaos de la guerre embrouille les événements. Quant à nous, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde chaotique, périlleux, massacreur et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


La cloche sonne le vacarme,
Un enfant court le village
Et partout donne l’alarme :
« Garou est pris dans le bocage. »

Les bras pris au piège, le garou
Ne hurle pas comme un loup,
C’est un démon, il a des mains ;
Il pleure, il prie, il geint.

Comme un humain, il mande pitié.
« Je ne suis pas loup, je ne suis pas diable,
Je suis vieux, je saigne, je suis blessé,
Je souffre, c’est épouvantable ! »

Till dit : « Oh, poissonnier détestable,
Je te reconnais et comme alors, je te hais !
Les cendres sur mon cœur sont intraitables :
Foi de Till, je te le dis, pitié de toi, jamais ! »

« Poissonnier, tu as dénoncé mon père,
J’ai vu mourir ma mère ;
Je n’oublie rien de tout cela. »
Et Till sort alors son coutelas.

« Tenez le vif, il faut justice ! »,
Supplie la mère de l’enfant morte.
« Gardez-le vif pour les supplices
Et qu’à la fin seulement, le diable l’emporte ! »

Elle trouve l’arme du crime, le gaufrier ardent.
Elle l’ouvre, une gueule de lévrier
Aux brillantes et longues et dures dents ;
Elle ferme cent fois les mâchoires d’acier.

Sur les jambes, sur les pieds, sur les bras,
Le fer mord en haut, le fer mord en bas,
Et le poissonnier sanglote et se débat,
Et sans cesse encore, la morsure le broie.

« Il a fait ainsi à Betkine, il paye !
Le vilain paye ses odieux sévices.
Le meurtrier hurle et saigne, c’est justice !
La cloche des morts l’appelle, il paye ! »

« Je suis mouillé de sang, pitié ! »
« Du sang de l’enfant, pas de pitié !
À petit feu, main coupée, tenaille ardente,
La mort te tient, la mort est patiente ! »

mercredi 12 septembre 2018

Gare au Garou


Gare au Garou

Chanson française – Gare au Garou – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
88
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
III, XLIII)




Ah, dit Lucien Lane, qui arrive claudiquant à pas lents, ce titre me semble inspiré directement du « Gare au gorille ! », antienne du Gorille que composa et chanta Georges Brassens. Sans doute, le plus célèbre Gorille de tous les temps ; et à propos de gorilles, en restera-t-il encore sur Terre dans quelque temps ? Car, on les chasse odieusement. Cela dit, j’imagine que ce titre est un clin d’œil de connivence et c’est fort bien, mais est-elle aussi drôle, ta chanson ? ; je ne le sais pas, car je ne l’ai pas encore vue, mais j’en doute.

Elle ne l’est absolument pas, dit Marco Valdo M.I., car elle conte la chasse au loup-garou que va mener Till dans ces dunes proches de la plage, un lieu ordinairement empreint de paix et de sérénité, où depuis un certain temps – dans la nuit du samedi au dimanche – les gens sont assassinés. Tous ont la nuque brisée et au col des morsures de longues et pénétrantes dents. La dernière personne en date est Betkine, une jeune fille victime d’un meurtre dans les dunes. Cela posé, le « Gare au garou ! » s’impose, mais à l’inverse du « Gare au gorille ! », son avertissement, sa menace s’adresse au garou, c’est l’annonce faite au garou que sa fin approche à pas de loup.

Bien, dit Lucien l’âne, en se dandinant pour trouver la bonne position. Qu’en est-il alors de la chanson ? Que raconte-t-elle ?

Eh bien, reprend Marco Valdo M.I., elle rapporte la suite des événements qui fait escorte à la découverte du cadavre d’une jeune fille assassinée dans les dunes qui longent la Mer du Nord du côté de Knokke. On a ramené le corps à la maison communale de son village, on l’autopsié et le bruit s’est répandu qu’il s’agit de l’œuvre d’un loup-garou. Le loup-garou – comme on sait – est un personnage mythique qui incarne dans le monde paysan toute l’angoisse, toute la frayeur refoulées.

Évidemment, dit Lucien l’âne, car c’est l’incarnation du loup en humain ou de l’humain en loup. Et des histoires de loup-garou, le monde féodal en était plein ; le monde romantique aussi – pour ne parler que de l’Europe ancienne. Je ne connais pas les loups-garous des autres continents ; ils doivent avoir d’autres apparences. Dans le réel, tout au long de mes pérégrinations, je n’en ai jamais, au grand jamais rencontré un seul ; tout comme je n’ai jamais rencontré de farfadet, de lutin, de gnome, de démon, d’ange ou de dieu ; ce sont des fantaisies de l’imagination.

Donc, dit Marco Valdo M.I., à l’idée du loup-garou, l’imagination s’emballe et on – c’est vraiment de « on » qu’il s’agit – décrète la chasse au loup-garou. Tout le monde crie au loup, mais de tous ces crieurs du devoir, personne ne se présente pour aller véritablement à la chasse au garou – sauf la mère de l’enfant et ses frères. Simplement, surgissent alors quelques réflexions plus raisonnables et notamment, l’idée que l’assassin mystérieux ne saurait se résumer à un garou – lequel se préoccupe comme le vampire essentiellement de sang frais, car le vol apparaît comme le véritable mobile de ces assassinats. D’autre part, Till intervient qui se porte volontaire et pas trop certain de ne pas avoir à faire à un garou, il s’es confectionné un piège à loup comme on en faisait à l’époque. Il s’en va seul affronter le tueur et le reste est dit dans la chanson.

Oui, Marco Valdo M.I., laissons dire la suite à la chanson et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde lâche, traître, pervers, assassin et cacochyme.



Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


La population s’est rassemblée
Devant le corps de Betkine assassinée.
Femmes, enfants, hommes, tous pleurent
Et se lamentent d’un si grand malheur.

Et Toria, la mère de la morte
Geint et crie d’une voix forte :
« Je chasserai le garou jusqu’à tant
Que je le tuerai de mes dents. »

Des femmes dans son vœu la soutiennent,
Par prudence, d’autres la retiennent.
Avec son homme et ses frères, Toria s’en va
Par plage, dune et vallée et ne le trouve pas.

Le bailli dit : « Un loup-garou boit le sang,
Mais ne vole pas les habits d’argent. »
À la recherche des sols et des habits de l’enfant,
On arrête les bélîtres et les mendiants.

Mais tout ça ne donne rien.
Till alors s’en vient chez le bailli
Et dit : ce garou est un humain ;
J’en délivrerai le pays.

Till forge un piège secrètement,
Puis s’en va, dit-il, chasser la mouette.
Sur la plage, il ouït le flot déferlant
Et va voir le curé en tête à tête.

J’ai besoin d’aide pour cette nuit ;
Quelques hommes courageux, ça suffit.
Tous ont peur, à venger l’enfant, personne ne t’aidera
Sauf ses deux oncles et sa mère Toria.

Ce soir, le vent souffle d’Angleterre.
Till marche dans le sentier maudit,
Ses pas sont hésitants, il cherche la terre.
Il zigzague et titube en ivrogne accompli.

Till pose le piège sur le chemin
Il avance un peu et bande son arbalète.
Il chante faux un vrai refrain
Et veille en tanguant comme une bête.

Soudain, un pas lourd et ferme ;
D’un coup, un bruit de fer, un cri
Le piège se referme.
Le loup-garou est pris.

lundi 10 septembre 2018

Meurtre dans les Dunes


Meurtre dans les Dunes



Chanson française – Meurtre dans les Dunes – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
87
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
III, XLIII)






Dialogue Maïeutique

Cette fois, Lucien Lane mon ami, qui va balançant les oreilles, pour situer ce titre, digne, je te l’accorde, d’un roman policier – et d’ailleurs, on verra que c’est un peu de ça qu’il s’agit, je dirai volontiers que guerre ou pas, la vie continue.

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, j’aime beaucoup cette expression qui déclare que la vie continue, mais la penses-tu vraiment appropriée à un tel titre ?

Certes que oui, Lucien l’âne mon ami, car elle aide à comprendre ce qu’est la résilience dans une société désemparée par la guerre, meurtrie par mille blessures, éperdue par le chaos ambiant qui la pollue et l’empoisonne. Certaines de ses règles de bonne vie se perdent, le désarroi mine ses plus sûrs fondements.

Somme toute, dit Lucien l’âne, mais d’une certaine façon, on le savait déjà – peut-être même sans le savoir consciemment – que la guerre ne se fait pas qu’au front, qu’elle se meut jusque dans les plus innocents paysages. La guerre pourrit la vie qui, comme tu le dis, malgré tout, continue. Et pour ce qui me concerne, c’est heureux !

Vois-tu, Lucien l’âne mon ami, j’imagine qu’une science pourrait, si elle en prenait la peine, calculer le coefficient de résilience d’une population, d’un groupe, d’une personne, pris dans les arcanes d’une guerre. Mais tel n’est pas le sens de ma chanson.

Ce qui, soit dit en passant, dit Lucien l’âne, pourrait être passionnant et sans doute également, utile et pas seulement, à la polémologie, qui est la science de la guerre et qui devrait figurer parmi les préoccupations des plus pacifiques des pacifistes. Pour en finir avec la guerre, il me semble qu’il faudrait comprendre ce qu’elle est dans son rapport avec la paix, car elles sont les deux versants d’une même chose ou des degrés différents d’intensité d’un même état de société micro ou macrocosmique.

Cette fois, Lucien l’âne, c’est moi qui t’arrête dans tes débordements. Revenons à la chanson. Donc, il y a un meurtre, celui d’une jeune fille qui s’en était allée confiante par le chemin des dunes porter quelqu’argent à son oncle qui réside au village voisin. Elle a déjà souvent parcouru cette sente dans les dunes ; il fait plein jour et le ciel est dégagé. Je veux dire par là qu’ordinairement, il n’y a aucun danger à fréquenter cet endroit. Et soudain, c’est le drame. Des pêcheurs revenant de la plage la retrouvent le lendemain. Le médecin légiste – à l’époque, le chirurgien-barbier, conclut à l’assassinat par un loup-garou. Mais au fait, sais-tu ce qu’on appelle ainsi ?

Évidemment et je te le prouve, dit Lucien l’âne, en te disant que le loup-garou aurait aussi bien pu s’appeler de garloup, qui refléterait mieux le vieux nom francique de werwulf, werwolf et je suppose, en néerlandais, weerwolf. Mais brisons là et reprenons notre tâche qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde belliqueux, belliciste, chimérique et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Dans les campagnes, dans les villes,
La guerre va et vient son train
Elle bouscule tout
Et malmène les humains.

Le chaos hante la vie civile,
Nulle part on n’est tranquille.
Le monde est sens dessus dessous,
L’air même a un sombre goût.

Dans les Pays, la mort partout,
Insidieuse, se glisse clandestine ;
Elle prend les gens par le cou,
De ses doigts gourds, elle assassine.

Alors, insouciante, une fille de quinze ans,
Belle comme la vie l’est en son printemps,
Au travers des sables, seule, en plein jour,
Vers Knokke prend le sentier le plus court.

Les loups-garous ne mordent que la nuit,
Ainsi, aussi, dit-on, les mauvais esprits.
La fille s’en va par la sente des dunes,
La route est sûre entre les communes.

Betkine, la belle enfant, se nomme ainsi,
A mis ses plus beaux vêtements.
Elle va chez son oncle Henri
Porter quarante-huit sols d’argent.

Au soir, elle n’est pas rentrée.
Sa mère ne s’en inquiète pas trop ;
Chez l’oncle Henri, elle est restée,
Elle reviendra demain au matin tôt.

À l’aube, les pêcheurs de retour de la mer
Tirent le bateau au sec sur la plage,
Emportent le poisson par charretée entière
À l’enchère de la minque du village.

Sur le chemin semé de coquillages,
Une fille bouche ouverte, toute nue, dort.
De sa nuque brisée, le sang sort
Des marques de dents d’une bête en rage.

Les pêcheurs la couvrent et la mènent à la commune.
Les édiles s’assemblent autour de l’infortune,
Le chirurgien-barbier examine le corps
Et dit : « Un loup-garou est cause de sa mort. »

BERCEUSE DU CRÉMATOIRE


BERCEUSE DU CRÉMATOIRE
 
Version française – BERCEUSE DU CRÉMATOIRE – Marco Valdo M.I. – 2009
Version italienne – NINNA NANNA DEL CREMATORIO – Leoncarlo Settimeli – 2006
d’une chanson en yiddish de Aaron Liebeskind, traduite et chantée en polonais par
Alex Kulisiewicz






En 1942, Aaron Liebeskind, un jeune horloger de Bilgoraj en Pologne avait été contraint de connaître l’assassinat de sa femme, Edith, et de son fils de 3 ans au camp de concentration de Treblinka . Il supplia le contremaître du crématoire de le laisser passer la nuit à veiller le corps de son fils. Aaron s’agenouilla à côté du corps de son enfant et composa les paroles de sa berceuse dans sa tête. Durant la nuit, cet homme de vingt-quatre ans devint tout gris. Il réussit miraculeusement à s’échapper de Treblinka, mais il fut capturé à nouveau et envoyé à Sachsenhausen où il rencontra et devint l’ami d’ Alex Kulisiewicz. Aaron raconta à Alex son histoire et lui chanta la chanson en yiddish, qu’Alex traduisit immédiatement en polonais. La mélodie est celle d’un air populaire, bien connu en Pologne, composé par le fameux chantauteur russe, Alexander Wertyński (1889-1957). À Sachsenhausen, Liebeskind chantait avec une voix basse profonde dans le chœur illégal de Rosebery d’Arguto. Aaron Liebeskind fut parmi ces prisonniers juifs qui en 1942, furent transportés à Auschwitz-Birkenau. Il y mourut en 1942-1943. Pour commémorer la tragédie de son ami, Kulisiewicz chanta la « Berceuse » en polonais jusqu’à la fin de son séjour à Sachsenhausen (Avril 1945).
Aleksander Kulisiewicz (1918-1982) (dit Alex) était étudiant en droit dans la partie de la Pologne occupée par les Allemands quand, en octobre 1939, il fut dénoncé pour des écrits anti-fascistes, arrêté par la Gestapo et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen, près de Berlin. Chanteur amateur et chantauteur, Aleksander Kulisiewicz composa 54 chansons durant les près de six ans de son emprisonnement à Sachsenhausen. Après la libération, il se remémora ces chansons ainsi que celles apprises de camarades prisonniers, dictant des centaines de pages de textes à son infirmière polonaise.



Crématoire porte noire
Qui à l’enfer mènera ;
On y traîne des corps noirs
Que la flamme brûlera.
On y traîne mon fiston
Aux cheveux d’or fin.
Avec en bouche tes mains,
Comment ferai-je, fiston ?

Oh, je me trompe et tu dors
Et alors mon fils, tu dors.
Fais dodo, mon petit et
Moi, moi, je te bercerai.

Et toi soleil, pourquoi tu te tais ?
Toi qui sais la vérité.
À peine, trois ans qu’il avait,
Mais ils n’eurent pas pitié.
Ses yeux de cimetière
Qui te regardent d’ici-bas
Font des larmes de pierre
Qui ne coulent pas.

Oh, je me trompe et tu dors
Et alors mon fils, tu dors
Fais dodo, mon petit et
Moi, moi, je te bercerai.

dimanche 9 septembre 2018

ÉCHEC AU ROI !

 
ÉCHEC AU ROI !

Version française – ÉCHEC AU ROI ! – Marco Valdo M.I. – 2018
d’après la version italienne – SCACCO AL RE – Lorenzo Masetti – 2018
d’une chanson espagnole – Jaque al ReySka-P2018









Un nouvel épisode des sympathiques chansons dédiées à la maison régnante espagnole, parmi l
esquelles on trouve Una historia real, Jo vull ser rei, Los Borbones son unos ladrones, Muerte a los borbones et naturellement, Simpático holgazán. Du tout nouvel album du retour de l’historique groupe ska madrilène.


Dialogue Maïeutique


Voilà maintenant, Marco Valdo M.I. mon ami, que tu nous emmènes jouer aux échecs. Tu annonces un échec au roi, mais généralement, le coup suivant peut être vraiment définitif et mener tout droit au terrible « Échec et mat », à la mort du roi, ce qui d’ailleurs est le but du jeu.

Oh, Lucien l’âne mon ami, je n’y suis pour rien, tu vois bien que c’est une traduction d’une chanson espagnole et toutes récentes – la chanson et la traduction en italien. Elle a été enregistrée cette année par un groupe populaire de Madrid. Cela dit, ton commentaire est exact ; l’échec au roi vise à l’élimination du roi. On dit alors qu’il est mat. Mais reprenons quelques faits pour éclairer le débat :

Lors de la guerre d’Espagne qui dura de 1936 à 1939, puis se poursuivit sous la forme d’une résistance clandestine pendant les trente-cinq années suivantes, le « généralissime » (« Generalísimo Francisco Franco, Caudillo de España por la Gracia de Dios ») Franco, dictateur de son état, a d’abord trahi, puis détruit la République, massacrant au passage une nonne part de la population.
Le même dictateur Franco (etc. por la gracia de dios), sentant sa fin prochaine, a voulu assurer une « transition » sous la forme d’une Constitution qui remit en place la monarchie des Bourbons.
L’Espagne a pour l’instant un roi.
Il s’appelle Philippe, comme le roi d’Espagne au temps de Till (voir notamment L’Araignée de l’Escurial) ; il porte le numéro VII.

C’est ce roi Philippe (Felipe VII) qu’il faut mettre en échec et puis, tout à fait hors jeu, c’est-à-dire Mat, afin de rétablir la République en Espagne. Du moins, c’est ce que dit la chanson.

Soit, dit Lucien l’âne. Ce serait un bon début, même si le simple départ des Bourbons et l’institution de la République ne changeraient pas grand-chose si on ne mettait dans le même temps hors jeu, échec et mat, toute la « Grande Espagne, Une et Libre », toutes ces séquelles du franquisme et tous ces arrogants dignitaires et leurs affidés. Il y a là un grand nettoyage à faire que n’a pas permis la soi-disant transition, où le franquisme est encore ordinaire. Sans balayer ces résidus de la dictature et du conservatisme espagnol, qui ont fait tant de mal aux gens d’Espagne et d’ailleurs, la même atmosphère pesante, la même domination insupportable, la même misère des pauvres resteront en place comme si de rien n’était.

Certes, dit Marco Valdo M.I., encore faut-il que cela se fasse. Cela dit, avant que tu conclues, je voudrais faire une petite excursion dans la version française et indiquer pour quoi j’ai choisi de (faire) dire au Bourbon : « Ma vie est une fiction ». C’est une coquetterie de traducteur – tout comme « pauvres cons » si gaillardement utilisé par un ex-président de France, tout comme « mon nom est bourbon(d) », je l’admets volontiers, mais il m’a plu pour « Ma vie est une fiction » de le faire en référence à la pièce de théâtre de Pedro Calderon de la Barca – La vida es sueño (1636), qui écrivait :

« ¿Qué es la vida? Un frenesí.
¿Qué es la vida?  Una ilusión,
una sombra, una ficción,
y el mayor bien es pequeño;
que toda la vida es sueño,
y los sueños, sueños son. »

« Qu’est-ce qu’est la vie ?
Une frénésie.
Qu’est-ce qu’est la vie ? Une illusion,
Une ombre, une fiction,
Et le plus grand bien est petit ;
Car toute la vie est rêve,
et les rêves, sont des rêves. »

Bien, ainsi, la vie est une fiction, un rêve, un songe… C’est un point de vue intéressant, conclut Lucien l’âne. Il nous faut cependant reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde hiérarchique, monarchiste, dictatorial, conservateur et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Ne me cassez pas les bourbons !

Je ne m’embarrasse ni d’histoires, ni de science-fiction,
Je suis chef d’État sans avoir vaincu les élections.
Que croyez-vous, pauvres cons, ma vie est une fiction :
Mon nom est Bourbon.

Ne me racontez pas vos ennuis, car ils me font bâiller ;
Je ne sais ce qu’est une pioche, ni de devoir travailler.
Que croyez-vous, pauvres cons, ma vie est une fiction :
Mon nom est Bourbon.

Mon nom est Bourbon (Qu’en dites-vous, pauvres cons) !
Mon nom est Bourbon (ma vie est une fiction) !
Que croyez-vous, pauvres cons, ma vie est une fiction.
Mon nom est Bourbon !

Ne me cassez pas les bourbons !

L’Arabie, demain,
Ensuite à Pékin,
Je suis le commis de mon pays.
Les grands patrons
M’adoreront
Pour mes services.
Tout le monde danse.

ÉCHEC AU ROI !
La troisième république s’annonce déjà
ÉCHEC AU ROI !
Pour toi, pour moi, pour le roi
ÉCHEC AU ROI !
La troisième république est presque là
ÉCHEC AU ROI !
Pour toi, pour moi, dehors le Roi

Si on vous fout dehors, ça m’est égal !
Moi, je dors chez moi ou au palais royal.
Que croyez-vous, pauvres cons, ma vie est une fiction.
Mon nom est Bourbon !

Mon nom est Bourbon (Qu’en dites-vous, pauvres cons) !
Mon nom est Bourbon (ma vie est une fiction) !
Que croyez-vous, pauvres cons, ma vie est une fiction.
Mon nom est Bourbon !

Moi, comme chef d’État espagnol,
Je garantis que pour tous, la loi sera égale ;
Je garantis l’unité de la nation,
Le respect de la démocratie et de la Constitution,
La liberté d’expression,
Le respect des droits de l’homme,
Des pouvoirs, la séparation
et bien entendu, le bien-être de mon peuple
Olé, olé !

ÉCHEC AU ROI !
La troisième république s’annonce déjà !
ÉCHEC AU ROI !
Pour toi, pour moi, pour le roi !
ÉCHEC AU ROI !
La troisième république est presque là !

ÉCHEC AU ROI !
Pour toi, pour moi, dehors le Roi !

Dehors le roi !

Merci au dictateur,
Merci au dictateur,
Merci au dictateur, par la grâce de Dieu,
Je suis une institution.

Merci au dictateur,
Merci au dictateur,
Merci au dictateur, par la grâce de Dieu
Et à sa Constitution.

ÉCHEC AU ROI !
Ni roi, ni patrons !
ÉCHEC AU ROI !
Ni esclaves, ni plantons !

ÉCHEC AU ROI !
Ni patrons, ni roi !
ÉCHEC AU ROI !
Pour toi, pour moi, dehors le roi !

ÉCHEC AU ROI !
Ni roi, ni patrons !
ÉCHEC AU ROI !
Ni esclaves, ni plantons !

ÉCHEC AU ROI !
Ni patrons, ni roi !
ÉCHEC AU ROI !
Pour toi, pour moi, dehors le roi !