mercredi 27 juin 2018

Le Mariage de Till


Le Mariage de Till


Chanson française – Le Mariage de Till – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux – 60
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel – III, XXIII)




Dialogue Maïeutique


Ben ça alors, Till va se marier, dit Lucien l’âne. Comme ça subitement, sans fiançailles et sans ban, voilà qui est surprenant.

Je te l’accorde, dit Marco Valdo M.I. ; c’est un événement assez inattendu, une péripétie soudaine et déroutante, mais c’est ainsi. Il y a urgence. En fait, Till se marie et en même temps, il ne se marie pas. D’abord, comme tout le monde le sait, il est promis – quoi qu’il arrive – à Nelle ; ainsi le veut la Légende et elle n’en démordra pas. Till est lié à Nelle par la légende, c’est son destin et aucun prêtre, aucune cérémonie sacramentelle n’y pourra rien changer. Ensuite, comme la chanson le révèle, c’est un mariage de circonstance, un mariage nécessaire et la chanson explique pourquoi. C’est, comme on dirait actuellement, un mariage blanc et qui ne sera pas consommé – au grand dam de Till et, semble-t-il, de la mariée.

Là, dit Lucien l’âne, si c’est un mariage blanc, je comprends mieux ce qui se passe, même si je ne sais pas trop en quoi untel mariage peut être utile à Till. De nos jours, les mariages blancs servent à donner accès à la nationalité ou à tout le moins, aux sacro-saints papiers à des gens qui fuient le malheur qui les étreint dans le pays d’où ils viennent.

Note, Lucien l’âne mon ami, que tout ceci est franchement hérétique, pour ne pas dire, digne d’un vrai libre-penseur, d’un authentique athée. Je m’explique. Le mépris que Till démontre du mariage religieux est violent pour l’époque et surtout, dans son principe. Je résume : il s’agit d’un mariage catholique, à l’église – sous l’œil de Dieu ou de son fils ou des deux et de la Vierge, célébré par un prêtre, où les futurs jurent sur la Bible, le crucifix, l’hostie en sachant pertinemment qu’ils trompent le prêtre, mais aussi, celui qu’il représente : Dieu lui-même – ce qui, on en conviendra, ne peut en aucun cas être le fait d’un croyant – comme dit l’autre, Dieu est Dieu et il n’y a qu’un seul Dieu. De plus, le mariage religieux est un sacrement : y contrevenir et a fortiori, le tenir pour rien est, dans la logique canonique, un très grave péché ; en clair, un crime contre la Loi divine et un pays catholique, contre l’Église et contre l’ordre royal.

Hou là, ça va chercher lin ces crimes-là. On en a torturé et brûlé pour moins que ça, dit Lucien l’âne ; mais, j’imagine que pur Till et Lamme – et tous les Gueux en lutte qui sont déjà passibles de la peine de mort, de la pendaison ou du bûcher, ça n’aggrave pas leur cas et que de plus comme ils sont déjà poursuivis, ils s’en foutent.

Sans aucun doute, Lucien l’âne mon ami. Donc, le but de toute cette aimable comédie est d’organiser une noce de campagne qui emmènera les mariés et leur suite joyeuse sur des chariots fleuris et ornés de drapeaux et de feuillages, en chantant jusqu’au lieu et en fanfare de leur nuit de noces. Ici, ce lieu magique se situe nécessairement au cœur de Maestricht. Tel est le plan d’action de Till et de son témoin de mariage malgré lui, Lamme, à qui Till n’a pas dévoilé son plan.

Ils vont sans doute réussir cette audacieuse manœuvre, dit Lucien l’âne en riant. En tout cas, je le souhaite.

Peut-être, dit Marco Valdo M.I., peut-être que oui, peut-être que non, c’est toujours comme ça dans la vie. Mais, rassure-toi Lucien l’âne mon ami, nous en saurons plus dans la chanson suivante.

Alors, dit Lucien l’âne, ne traîne pas à l’écrire, car il me tarde de savoir et en attendant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde papivore, bureaucrate, contrôlé, audité, surveillé, inspecté, quadrillé et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


« Où devez-vous aller, gueux clandestins ? »
« Par le grand Gueux, dit Till,
À Maestricht, au cœur de la ville. »
Le maître des lieux dit : « On ne le peut point ;

L’armée du duc tient les chemins. »
« Lamme et moi, nous le ferons,
Si de me marier, j’ai la permission
Et une femme qui m’épouse dès demain.

Une femme, riche ou pauvre,
Belle et douce, timide ou fière,
Pas trop vieille et assez soumise
Le temps de passer à l’église.

Par le curé, notre union bénie sera.
Ainsi, on aura le précieux certificat –
Pour nous, un papier sans valeur,
Car il émane d’un papiste inquisiteur.

Ce document attestera notre soumission
À l’Église romaine et nous aurons
Les bénédictions du Pape et des saints,
Des curés, des belîtres et des doyens. »

En la ferme du maître des lieux,
Avaient trouvé refuge des exilés de Zélande,
Des gens du parti des Gueux
Qui fuyaient le duc et ses bandes.

Tous s’empressent à se préparer :
Les hommes ont mis leur habit de fête,
Les femmes une robe, leurs souliers aux pieds
Et un grand bijou doré sur la tête.

Et Thomas, le maître des lieux
S’en va à l’église prier le prêtre de Dieu
De marier deux tourtereaux sur le champ :
Thylbert, fils de Claes et Tennekin, la belle enfant.

Une fois payé, le prêtre de Dieu les marie
Et la noce revient au foyer faire la fête.
Tous dansent, boivent et rient
Et s’amusent au creux de la tempête.

À midi, clair soleil, vent frais, ciel serein,
Les chariots fleuris se mettent en chemin
Aux sons des fifres et des tambourins,
Emmenant les mariés et toute la noce au loin.

lundi 25 juin 2018

Le Cœur et l’Esprit


Le Cœur et l’Esprit


Chanson française – Le Cœur et l’Esprit – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux – 59
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel – III, XXIII)



Laurence Sterne



Dialogue maïeutique


« Le Cœur et l’Esprit », en voilà un beau titre, dit Lucien l’âne. Encore faut-il savoir de quoi il est question. Peut-être même que ce pourrait être une de nos devises et pourquoi pas, une devise des Chansons contre la Guerre.

En effet, Lucien l’âne mon ami, c’est un titre qui évoque toute une forme de personnalité, toute une manière d’être et de se comporter. C’est en quelque sorte une boussole morale, une inclinaison de l’être qui penche toujours du bon côté.

Ainsi en va-t-il pour le titre, mais dis-moi Marco Valdo M.I. mon ami, dis-moi un peu ce que raconte la canzone, car – comme tu peux t’en douter – j’attends avec impatience la suite de l’histoire. Pour moi, tes chansons sont devenues comme les épisodes d’un feuilleton comme en écrivait Pierre Allexi Joseph, Ferdinand de Ponson du Terrail, connu sous le titre de vicomte de Ponson du Terrail.

Je reconnais bien là ton goût pour les noms à rallonge. Cependant, Lucien l’âne mon ami, je préférerais invoquer le feuilletoniste anglais ou presque, il publia au fur et à mesure de l’écriture – cette révélation prit dix ans, son proprement extraordinaire et décapant « Vie et opinions de Tristram Shandy », qu’on ne se fatigue jamais de relire, car il est à chaque fois une autre découverte.

Oh, je le sais, dit Lucien l’âne en riant, moi qui le relis depuis l’époque ce coïtum interruptum (accusatif) et tout ce qui s’ensuit comme on boit un porto datant de sa naissance. Imagine ce que ce serait dans mon cas ; d’ailleurs, à ma naissance, le porto n’existait pas.

Soit, dit Marco Valdo M.I., je ne voudrais pas tromper les gens : le porto est un vin vénérable, quand même. Ah, Sterne – ce presque archevêque d’York, car s’il n’avait écrit et eu des polémiques et des aventures amoureuses trop voyantes, il l’eut été comme son aïeul.

Mais quand même, Marco Valdo M.I. mon ami, Laurence Sterne, l’auteur de Tristram, archevêque d’York, Yorick porté au rang d’archevêque, troisième personnage du Royaume d’Angleterre, voilà qui aurait redoré la couronne et mis l’humour au rang de grandeur nationale.

De fait, Lucien l’âne mon ami, il est parfaitement louable d’imaginer Sterne comme archevêque, Sterne relatant aux fidèles de Sa Majesté les joies du baptême à la canule, Sterne est bien celui à qui nous devons tant et le droit de dialoguer à notre guise. Mais, vois-tu, Lucien l’âne mon ami, tout ceci n’a que peu à voir avec la canzone. Quoique… sauf à considérer évidemment que la chanson – comme le « je » de Rimbaud – est une autre, ainsi qu’elle l’a souvent démontré.

Oui, dit Lucien l’âne, ça ne lui va pas de servir de faire-valoir au commerce ou de trafiquer l’argent et le reste. D’ailleurs, elle se révolte, comme Till. Elle en a marre d’ânonner des insanités, de débiter des débilités. Bien sûr qu’il lui faut du son (parfois), mais enfin, elle a toute sa tête. Donc, lors de l’épisode précédent dans la réalisation en direct de leur guet-apens, nous avions laissé nos amis Till et Lamme avec la nécessité de s’éloigner au plus vite de l’auberge de Marlaire et surtout, des cadavres des trois prédicants, qu’ils venaient d’assassiner – pur la bonne cause pourtant. Entretemps, ils sont arrivés à Huy, mais ayant changé de rive à Andenne pour égarer leurs poursuivants éventuels, ils ont franchi li pontia et ont repris le cours de leur périple, car ils doivent, comme on le sait, aller à Maestricht en dépit de tous les obstacles, en passant obligatoirement par Landen, comme le démontre la canzone. On les retrouve là-bas, après le cri de l’alouette et le chant du coq hardi – lequel, comme on sait ici, est le coq wallon, symbole de liberté, avec celui qui les a accueillis. Je ne te dirai pas le reste, sinon à quoi servirait de lire la chanson.

Bien sûr, Marco Valdo M.I. mon ami, il y faut du suspense, un brin de mystère, un territoire inconnu et inexploré et étant moi aussi un explorateur invétéré, un âne itinérant dans toute l’histoire, furetant sans désemparer depuis des milliers d’années, j’apprécie particulièrement d’avoir à découvrir ce que je ne sais pas ou que je ne connais pas encore. Maintenant, si tu le veux, revenons à notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde sans cœur, sans esprit, sans vue de lui-même, sans conscience, sans volonté et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Lamme demande : « Où allons-nous ? »
« À Maestricht », dit Till.
Lamme dit : « Il faut être fou,
Le duc espagnol tient la ville. »

Till dit : « Pour les trois prédicants,
Les corbeaux, les hiboux et les vautours
S’en chargent opportunément
Tour à tour. »

Lamme dit : « À Maestricht, ils sauront
Et à la mort, ils nous mèneront,
Haut et court, ils nous pendront. »
Till répond : « Nous passerons.

À Maestricht, nous devons être tantôt ;
En passant par Landen, nous y serons bientôt.
À Landen, l’alouette sifflera.
À Landen, le coq hardi répondra. »

À Landen, l’alouette siffle,
À Landen, le coq hardi répond.
« Vive le Gueux, amis libres !
Entrez en ma maison.

Envoyés du Prince, entrez,
Mangez et buvez !
Voyez le jambon et les boudins,
Les verres emplis de vin. »

Lamme boit comme le sable sec ;
Lamme mange à grand bec.
Filles, gars, tous viennent le voir
Titan besognant des mâchoires.

« Cent paysans partiront
Dans une semaine
Pour travailler à grande peine
Aux digues de Bruges et environs.

Par des chemins divers,
À cinq ou six, ils iront
À Bruges, les Gueux trouveront
Les barques pour atteindre la mer. »

Et dit encore le maître des lieux
« Je donnerai arme et argent :
Dix florins à chaque gueux
Et un grand coutelas bien tranchant. »

Till dit : « C’est là magnificence. »
Thomas, le maître des lieux, dit :
« Je ne besogne pas pour la récompense,
J’agis selon le cœur et l’esprit. »

« Le Cœur et l’Esprit », en voilà un beau titre, dit Lucien l’âne. Encore faut-il savoir de quoi il est question. Peut-être même que ce pourrait être une de nos devises et pourquoi pas, une devise des Chansons contre la Guerre.

En effet, Lucien l’âne mon ami, c’est un titre qui évoque tut une forme de personnalité, tout une manière d’être et de se comporter. C’est en quelque sorte une boussole morale, une inclinaison de l’être qui penche toujours du bon côté.

Ainsi en va-t-il pour le titre, mais dis-moi Marco Valdo M.I. mon ami, dis-moi un peu ce que raconte la canzone, car – comme tu peux t’en douter – j’attends avec impatience la suite de l’histoire. Pour moi, tes chansons sont devenues comme les épisodes d’un feuilleton comme en écrivait Pierre Allexi Joseph, Ferdinand de Ponson du Terrail, connu sous le titre de vicomte de Ponson du Terrail.

Je reconnais bien là ton goût pour les noms à rallonge. Cependant, Lucien l’âne mon ami, je préférerais invoquer le feuilletoniste anglais ou presque, il publia au fur et à mesure de l’écriture – cette révélation prit dix ans, son proprement extraordinaire et décapant « Vie et opinions de Tristram Shandy », qu’on ne se fatigue jamais de relire, car il est à chaque fois une autre découverte.

Oh, je le sais, dit Lucien l’âne en riant, moi qui le relis depuis l’époque ce coïtum interruptum (accusatif) et tout ce qui s’ensuit comme on boit un porto datant de sa naissance. Imagine ce que ce serait dans mon cas ; d’ailleurs, à ma naissance, le porto n’existait pas.

Soit, dit Marco Valdo M.I., je ne voudrais pas tromper les gens : le porto est un vin vénérable, quand même. Ah, Sterne – ce presque archevêque d’York, car s’il n’avait écrit et eu des polémiques et des aventures amoureuses trop voyantes, il l’eut été comme son aïeul.

Mais quand même, Marco Valdo M.I. mon ami, Laurence Sterne, l’auteur de Tristram, archevêque d’York, Yorick porté au rang d’archevêque, troisième personnage du Royaume d’Angleterre, voilà qui aurait redoré la couronne et mis l’humour au rang de grandeur nationale.

De fait, Lucien l’âne mon ami, il est parfaiement louable d’imaginer Sterne comme archevêque, Sterne relatant aux fidèles de Sa Majesté les joies du baptême à la canule, Sterne est bien celui à qui nous devons tant et le droit de dialoguer à notre guise. Mais, vois-tu, Lucien l’âne mon ami, tout ceci n’a que peu à voir avec la canzone. Quoique… sauf à considérer évidemment que la chanson – comme le « je » de Rimbaud – est une autre, ainsi qu’elle l’a souvent démontré.

Oui, dit Lucien l’âne, ça ne lui va pas de servir de faire-valoir au commerce ou de trafiquer l’argent et le reste. D’ailleurs, elle se révolte, comme Till. Elle en a marre d’ânonner des insanités, de débiter des débilités. Bien sûr qu’il lui faut du son (parfois), mais enfin, elle a toute sa tête. Donc, lors de l’épisode précédent dans la réalisation en direct de leur guet-apens[[58007]], nous aviosn laissé nos amis Till et Lamme avec la nécessité de s’éloigner au plus vite de l’auberge de Marlaire et surtout, des cadavres des trois prédicants, qu’ils venaient d’assassiner – pur la bonne cause pourtant. Entretemps, ils sont arrivés à Huy, mais ayant changé de rive à Andenne pour égarer leurs poursuivants éventuels, ils ont franchi li pontia et ont repris le cours de leur périple, car ils doivent, comme on le sait, aller à Maestricht en dépit de tous les obstacles, en passant obligatoirement par Landen, comme le démontre la canzone. On les retrouve là-bas, après le cri de l’alouette et le chant du coq hardi – lequel, comme on sait ici, est le coq wallon, symbole de liberté, avec celui qui les a accueillis. Je ne te dirai pas le reste, sinon à quoi servirait de lire la chanson.

Bien sûr, Marco Valdo M.I. mon ami, il y faut du suspense, un brin de mystère, un territoire inconnu et inexploré et étant moi aussi un explorateur invétéré, un âne itinérant dans toute l’histoire, furetant sans désemparer depuis des milliers d’années, j’apprécie particulièrement d’avoir à découvrir ce que je ne sais pas ou que je ne connais pas encore. Maintenant, si tu le veux, revenons à notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde sans cœur, sans esprit, sans vue de lui-même, sans conscience, sans volonté et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Lamme demande : « Où allons-nous ? »
« À Maestricht », dit Till.
Lamme dit : « Il faut être fou,
Le duc espagnol tient la ville. »

Till dit : « Pour les trois prédicants,
Les corbeaux, les hiboux et les vautours
S’en chargent opportunément
Tour à tour. »

Lamme dit : « À Maestricht, ils sauront
Et à la mort, ils nous mèneront,
Haut et court, ils nous pendront. »
Till répond : « Nous passerons.

À Maestricht, nous devons être tantôt ;
En passant par Landen, nous y serons bientôt.
À Landen, l’alouette sifflera.
À Landen, le coq hardi répondra. »

À Landen, l’alouette siffle,
À Landen, le coq hardi répond.
« Vive le Gueux, amis libres !
Entrez en ma maison.

Envoyés du Prince, entrez,
Mangez et buvez !
Voyez le jambon et les boudins,
Les verres emplis de vin. »

Lamme boit comme le sable sec ;
Lamme mange à grand bec.
Filles, gars, tous viennent le voir
Titan besognant des mâchoires.

« Cent paysans partiront
Dans une semaine
Pour travailler à grande peine
Aux digues de Bruges et environs.

Par des chemins divers,
À cinq ou six, ils iront
À Bruges, les Gueux trouveront
Les barques pour atteindre la mer. »

Et dit encore le maître des lieux
« Je donnerai arme et argent :
Dix florins à chaque gueux
Et un grand coutelas bien tranchant. »

Till dit : « C’est là magnificence. »
Thomas, le maître des lieux, dit :
« Je ne besogne pas pour la récompense,
J’agis selon le cœur et l’esprit. »

mardi 19 juin 2018

Le Guet-apens

Le Guet-apens


Chanson française – Le Guet-apens – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux – 58
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel – III, XXII)



Sais-tu, Lucien l’âne mon ami, ce qu’est un guet-apens, puisque tel est le titre de la canzone ?

Et comment que je le sais, dit Lucien l’âne en secouant ses oreilles noires comme le basalte, c’est une embuscade, un piège, un traquenard tendus sur la route de quelqu’un, de quelques uns, de plusieurs, de groupes, de troupes et même, d’armées entières ; voilà ce que c’est un guet-apens ou alors, je me trompe du tout au tout.

Non, non, Lucien l’âne mon ami, répond Marco Valdo M.I., tu ne te trompes absolument pas. C’est bien ça. Ainsi, tu sais ce dont la canzone va raconter : l’histoire d’une embûche que nos deux amis Till et Lamme vont tendre à ces maudits (faux) prédicants qui préparent un attentat contre le Taiseux. Mais enfin, ce que font là Till et Lamme est un acte de guerre, mais de bonne guerre puisque guerre il y a et qu’ils sont bien forcés de la faire.

Comment ça, dit Lucien l’âne, ils sont bien forcés de la faire, de bonne guerre ?

Souviens-toi, Lucien l’âne mon ami, Till et Lamme étaient de pacifiques et gentils garçons qui étaient venus au monde pour vivre et qui n’avaient en tête que le goût et le plaisir de vivre et qui à part quelques niches, ne faisaient jamais de tort à personne. Souviens-toi, sous prétexte d’Inquisition, on a fait mourir Claes, le père de Till, sur le bûcher après l’avoir méchamment torturé. On a torturé Soetkin sa femme et la mère de Till et Till lui-même. Et des scènes similaires se sont répétées à l’infini dans tout le pays avec en plus des massacres, des sacs, des saccages, des ravages, d’odieuses persécutions. Et Till qui ne songeait qu’à vivre sa vie, qu’à vivre en liberté s’est trouvé contraint à prendre la fuite, à vivre en exil permanent et à se faire gueux parmi les Gueux. C’est le thème de la Légende que cette marche vers la liberté : liberté de vie, liberté de choix, liberté de paroles, liberté de conscience, liberté de circulation, liberté d’alimentation, liberté d’opinion, liberté de pensée. Toutes ces libertés imposaient une lutte longue et difficile pour la libération de l’être humain vis-à-vis des tutelles et des dominations.

En somme, dit Lucien l’âne, la liberté de l’individu dans un monde sans frontières. Si j’applaudis des quatre petits sabots à cette revendication libertaire, laisse-moi te dire qu’on est encore loin d’y satisfaire. Il y a encore des religions, des églises, des partis, des pouvoirs, des frontières, des armées et plein d’autres choses aussi absurdes et aussi détestables. Cela dit, je comprends la révolte de Till et à sa place, j’aurais fait pareil, car comme disait le Taiseux : « Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer », surtout en matière de liberté où les obstacles et les ennemis sont impitoyables, puissants et nombreux. J’aurais comme lui organisé ce guet-apens dont parle la canzone. Car, ce n’est pas faire la guerre que de s’en défendre. C’est même souvent le seul moyen de s’en débarrasser. Ainsi, dans la Guerre de Cent Mille Ans, par exemple, il faut insister sur le fait que ce sont les riches et les puissants qui font la guerre aux pauvres et aux faibles afin de maintenir leur domination, de conserver ou d’accroître leurs privilèges, d’augmenter leurs richesses et ainsi de suite. Que les pauvres soient contraints de s’en défendre pour pouvoir vivre leur vie, y compris par les armes, la rébellion et tous autres moyens, n’est que de la légitime défense. Mais dis-moi deux mots de la chanson dont jusqu’à présent je ne connais que le titre.

Oh, la canzone décrit de manière assez détaillée le guet-apens et tellement que je te laisse le plaisir de découvrir ces détails, car on a dit l’essentiel.

Bien, je vais de ce pas examiner les détails et pour l’heure, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde traître, vénal, dominateur, dogmatique, religieux et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Lamme dit : Ces prédicants traîtres. Honte sur eux !
Ils sont trois, nous sommes deux.
Ces assassins veulent tuer le Taiseux.
Allons les attendre sur le chemin. Malheur à eux !

Patience et silence encore un moment !
À l’écart, préparons le guet-apens.
Assis sur le talus, je serai mendiant,
Dit Till, je les retiendrai en parlant.

Lamme, avec mon arquebuse, va te cacher
Là dans le taillis entre les rochers.
Quand comme le corbeau, je croasserai,
Il te faudra tirer, recharger et tirer.

Quand viennent les prédicants,
Till tend son chapeau suppliant.
Messires, je suis carrier, j’ai le dos cassé,
Le patron ne veut rien me donner.

Messires, dit Till, il fait froid,
Quand criera le freux ,
Un vent d’acier vous frappera,
Un vent de Gueux, je suis Gueux !

Les trois avancent aussitôt
Sortant leur bragmart.
Alors, Till sort son couteau
Et recule dans le noir.

Till dit : le vent de plomb va souffler,
Canailles, votre crevaille va venir.
Till croasse et Lamme tire.
Deux fois, l’arquebuse a parlé.

Une fumée bleue monte de la broussaille,
Deux prédicants sont tombés,
Le troisième continue la bataille
Un dernier tir vient l’arrêter.

Tu es blessé, mon ami doux, dit Lamme
Dis quelque chose, Till ! Parle !
Ils sont tous morts les prédicants.
Tu ne mourras pas, j’essuie ton sang.

Ces assassins ont des bedaines de florins,
Lamme prend l’argent et jette les corps.
Ce Vent d’acier ne soufflera pas la mort.
Et vers Huy, les ânes reprennent leur chemin.