mardi 11 avril 2017

INDE

INDE



Version française – INDE – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson italienne – IndiaLe Orme (Antonio Pagliuca ed Aldo Tagliapietra) – 1974






Ah, Lucien l’âne mon ami, je m’en vais te raconter une histoire véritable qui illustre on ne peut mieux la canzone « India » – « INDE » et qui dit aussi pourquoi j’ai pris cette peine d’en faire une version en langue française. Elle concerne, comme on l’oublie aisément, principalement, deux pays qui à eux seuls représentent à peu près un tiers de la population de la planète et si on y ajoute le troisième intervenant, on se rapproche encore de la moitié des humains. C’est dire si elle a de l’importance et de la gravité et singulièrement, dans le cas d’un conflit entre eux. On va voir que ce conflit a été éloigné par la possession de l’arme de dissuasion la plus forte : la bombe atomique. Cependant, de ce côté-ci du monde, on a fortement tendance à négliger cette partie du monde et l’histoire qui la concerne et a fortiori, on néglige aussi le poids des événements dans ces pays si (peu) lointains.

Si peu lointains, en effet, Marco Valdo M.I. mon ami, que j’y suis allé moi-même depuis très longtemps. Pour tout dire, des siècles avant Zéro. Au passage, et pour des raisons de neutralité absolue, je rappelle que j’ai décidé de compter le temps en prenant comme point de référence, un point arbitraire nommé Zéro, une appellation intacte de toute religion et scientifiquement recevable par tous les humains indistinctement de leur race (concept absurde et discriminatoire – il n’y a qu’une seule race humaine), de leur couleur, de leur âge, de leur religion (usage absurde, discriminatoire et criminogène). Donc, des siècles avant Zéro, j’ai vu le Cathay et les Indes, j’y ai traîné mes sabots et j’ai rencontré des philosophes à dos de buffle et des dieux réincarnés en toutes sortes de figures tutélaires. Ici, on en était encore aux prémisses d’un monde organisé. Mais dis-moi, la canzone, de quoi parle-t-elle ?

Oh, Lucien l’âne mon ami, elle dénonce à sa manière la réalisation par l’Inde d’une explosion nucléaire. Cependant, il faut bien dire qu’il y a de quoi être plus nuancé quand on se reporte aux événements de l’époque. Certes, on va le voir l’Inde fait exploser une bombe nucléaire, certes elle la dit « pacifique » – ce pourquoi la canzone l’accuse de duplicité, mais il est vrai – et la chanson n’en fait pas état – que l’Inde est cernée par des voici assez hostiles et qui eux aussi, disposent (Chine) ou vont disposer (Pakistan) de l’arme nucléaire. Plusieurs guerres ont démontré l’inimitié qui règne dans cette partie du monde et la difficile position indienne. Il convenait à mon sens de dire ces choses et d’incriminer les premiers armés – en l’occurrence : la Chine. Je t’ai préparé un résumé des événements pour faire comprendre l’ambiance, vue sur place et non de l’autre bout du monde.
Ainsi donc, face à la puissance chinoise, l’Inde avait perdu la guerre en 1962. Dans ce contexte, l’option nucléaire s’est imposée à l’Inde pour établir un équilibre (face à la bombe chinoise – première explosion : octobre 1964) de la terreur, indépendant du nombre de divisions, de chars ou de combattants.
Dès cette époque, dans un de ses discours Nehru (premier ministre « historique » de l’Inde) évoquait « La Bombe » : « Nous devons développer l’énergie atomique, sans idée de guerre. Je pense vraiment que nous devons la développer à des fins pacifiques. Bien sûr, si en tant que Nation, nous sommes contraints de l’utiliser à d’autres fins, alors aucun argument sentimental ne nous retiendra de l’utiliser à cette fin ». Ainsi, L’Inde lança son programme de « Bombe nucléaire pacifique ». Elle arrivera à le concrétiser en 1974 – soit 10 ans après la Chine.
En 1964, la Chine procède à des essais nucléaires. En 1965, deuxième guerre indo-pakistanaise. Le Premier ministre pakistanais, Ali Bhutto, déclare que si l’Inde développe des armes nucléaires, le Pakistan va « manger de l’herbe ou des feuilles, voire même jeûner » afin de développer à son tour un programme nucléaire. 1971 : Nouvelle guerre entre l’Inde (alliée au Bangladesh) et le Pakistan. Début 1973, Indira Gandhi, premier ministre indien, dit à propos de la bombe : « Let’s have it » (Ayons-la !).
Le 2 mai 1974, à 8H05, la première explosion nucléaire indienne a lieu. Cela se passe à Pokharan dans le désert du Thar. Elle est d’une puissance moins élevée que la bombe lancée sur Hiroshima. Quelques minutes après l’explosion, les scientifiques envoient un télégramme au premier ministre, dont le libellé est "The Buddha is Smiling" – « Bouddha sourit ». L’Inde appelle cet essai : une "Peaceful Nuclear Explosion" : « Une explosion nucléaire pacifique ».

Une « explosion nucléaire pacifique » ?, Marco Valdo M.I. mon ami, on aimerait bien y croire et sans doute, était-ce vrai dans l’esprit des dirigeants de l’époque. Le sera-ce encore demain ? De toute façon, la prolifération nucléaire se poursuit et jusqu’à présent, elle a paralysé des conflits majeurs. Mais demain ?

En fait, Lucien l’âne mon ami, la vraie question, à mon sens, n’est pas la bombe, mais le nationalisme, mais la division de l’humanité en nations, religions et autres moteurs de guerre ; la vraie question, c’est la guerre, la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux plus faibles pour imposer leur domination, accroître leurs richesses, étendre leurs pouvoirs et perpétuer l’exploitation. Le vrai danger pour l’humaine nation, c’est l’avidité, l’arrogance, l’ambition et face à ces périls, la question des armements est assez secondaire. La faim, la soif, la maladie et la bêtise tuent plus que les armes et même parmi les armes, ce sont les « armes conventionnelles » qui sont et de loin, les plus meurtrières – jusqu’à présent, elles ont fait des centaines de millions, si ce n’est des milliards de cadavres.

Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, reprenons notre tâche et tissons encore et toujours le linceul de ce vieux monde amer, avide, arrogant, ambitieux, absurde et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Femme mystique au corps de bronze,
Tu puises aux trésors d’amours ancestrales.
Désert immense de cendres chaudes,
Le soleil conserve tes fièvres anciennes.

Terre féconde de diamants bleus,
Tu emprisonnes dans la boue tes fruits orgueilleux.
Folle source de pluies invoquées,
Tu ramènes la vie sur les plaines assoiffées.

Dans les cieux de feu, avec tes danses,
Tu
escamotes le souffle des affamés,
Tu
verses des larmes dans le fleuve vicié,
Mais un tonnerre plus fort te dé
montre menteuse.


De quelle sagesse résonne ton sitar ?
Et t
on encens, quel poison rare ?

dimanche 2 avril 2017

Qui suis-je ?

Qui suis-je ?



Chanson française – Qui suis-je ? – Guy Béart – 1965




Mon ami Lucien l’âne, je suppose que comme moi, tu connais – au moins de nom, Guy Béart. J’en suis même certain. Je me persuade assez que tu sais qu’il est né en Égypte, qu’il parcourut le monde toute sa prime jeunesse à la suite de ses parents, qu’il vécut longuement au Liban avant de finir en France. Mais rassure-toi, je n’ai pas l’intention de faire la biographie de Béart, d’autres s’en sont chargés.

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, nous ne sommes pas des biographes et si jamais, il te venait à l’idée de t’atteler à une biographie, j’aimerais mieux que tu fasses la tienne, car il y a tant de choses à comprendre dans la vie de chacun et tant de zones grises, tant de moments enfuis et enfouis qu’il est toujours intéressant de tenter de s’en souvenir. Cependant, il n’y a rien là d’urgent, ni de nécessaire. Je disais ça comme ça en passant.

Écoute, Lucien l’âne mon ami, comme à l’ordinaire, tu parles d’or. Ce n’est pas que je sois pénétré de l’envie ou l’ambition de me tracer un portrait, mais c’est que justement, ton intervention me ramène à la chanson, dont le titre est précisément « Qui suis-je ? ».

C’est en effet, Marco Valdo mon ami, la question qui préside à toute autobiographie.

Remarque, mon ami Lucien l’âne, que cette question est aussi celle qui résonne dans la philosophie et particulièrement, à l’époque où Guy Béart écrit cette chanson. C’était au temps où Paris, le Paris des brasseries, des bistrots et de la nuit se targuait d’existentialisme ; un penchant philosophique mondain qui se coula dans la Seine avec Paul Celan. On avait changé ; le « Qui suis-je ? », le « Qu’y puis-je ? » de la chanson étaient passé de mode ; on envisageait des consommations culturelles de masse ; on n’essayait plus de comprendre, on se contentait du pré-emballé. Je ne sais même pas, si on pourra en sortir bientôt. Comme je te l’ai dit, globalement, statistiquement, commercialement, la chanson de Guy Béart n’a plus cours. Elle est partie d’un autre monde, mais il y aurait intérêt à y revenir.

Honnêtement, Marco Valdo M.I. mon ami, moi qui ai vécu tant de lieux et tant de temps, je ne saurais dire ce qu’il va en être dans les temps prochains. Cependant, ce dont je peux t’assurer, c’est que pour y revenir, on y reviendra ; l’humaine nation ne peut perdurer dans la fange financière. Il est des moments – courts ou longs, peu importe, où elle s’y prélasse et puis, un jour, elle se met à se réfléchir, à se voir et à se rendre compte par elle-même ; elle s’étonne, elle s’indigne d’elle-même, elle s’ébroue et elle se convainc à nouveau que vivre, c’est d’abord et avant tout, vivre. Et elle revit.

Certes, Lucien l’âne mon ami, ces fluctuations, ces plongées dans l’horreur suivent le rythme du temps des grands groupes humains, un rythme pareil à celui du temps du calendrier et des saisons. Cependant, s’il s’applique aux grands ensembles, il n’a que peu d’influence sur les individus et là réside la chance de l’humanité. Au travers des individus, unité par unité,l’humaine nation s’humanise et surmonte les pires désespoirs. C’est le phénomène de résistance tel que décrit par le grand Victor de son exil îlien :

« Si l’on n’est plus que mille, eh bien, j’en suis ! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ;
S’il en demeure dix, je serai le dixième ;
Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là ! »

Marco Valdo M.I. mon ami, arrêtons là ! Il ne s’agit que de chanson, nous n’avons pas l’envergure des grands, ni philosophes, ni poètes, on est juste des causeurs infinis et pour ce qui est de causer, nous avons tout le temps. Concluons pour aujourd’hui et pour cette chanson par notre antienne favorite : « Ora e sempre : Resistenza ! » et reprenons notre tâche qui se veut tranquille et qui nous mène à tisser, tisser inlassablement le linceul de ce vieux monde caduc, obèse, essoufflé, pesant, ambitieux, avide et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien l’âne



Je suis né dans un arbre
Et l’arbre, on l’a coupé.
Dans le soufre et l’asphalte,
Il me faut respirer.
Mes racines vont sous le pavé
Chercher une terre mouillée.
Qui suis-je, qu’y puis-je
Dans ce monde en litige ?
Qui suis-je, qu’y puis-je
Dans ce monde en émoi ? 


On m’a mis à l’école
Et là, j’ai tout appris :
Des poussières qui volent
À l’étoile qui luit.
Une fois que j’eus tout digéré,
On m’a dit : « Le monde a changé ».
Qui change, qui range
Dans ce monde en mélange ?
Qui change, qui range
Dans ce monde en émoi ?

On m’a dit : « Faut te battre ! »,
On m’a crié : « Vas-y ! »,
On me donne une grenade,
On me flanque un fusil.
Une fois qu’on s’est battu beaucoup,
On m’a dit : « Embrassez-vous ! »
Qui crève, qui rêve
Dans ce monde sans trêve ?
Qui crève, qui rêve
Dans ce monde en émoi ?

J’ai pris la route droite,
La route défendue,
La route maladroite,
Dans ce monde tordu,
En allant tout droit, tout droit, tout droit,
Je me suis retrouvé derrière moi !
Qui erre, qui espère
Dans ce monde mystère ?
Qui erre, qui espère
Dans ce monde en émoi ?

On m’a dit : « la famille,
Les gros sous, les autos ».
On m’a dit « la faucille »,
On m’a dit « le marteau ».
On m’a dit, on m’a dit, on m’a dit,
Et puis, on s’est contredit.
Qui pense, qui danse
Dans cette effervescence ?
Qui pense, qui danse
Dans ce monde en émoi ?

Mes amours étaient bonnes
Avant que les docteurs
Me disent que deux hormones
Nous dirigent le cœur.
Maintenant, quand j’aime, je suis content
Que ça ne vient plus de mes sentiments.
Qui aime, qui saigne
Dans ce monde sans thème ?
Qui aime, qui saigne
Dans ce monde en émoi ?

Et pourtant je me jette,
Et j’aime et je me bats
Pour des mots, pour des êtres,
Pour cet homme qui va.
Tout au fond de moi, je crois, je crois,
Je ne sais plus au juste en quoi.
Qui suis-je, qu’y puis-je
Dans ce monde en litige ?
Qui suis-je, qu’y puis-je
Dans ce monde en émoi ?

samedi 1 avril 2017

Contre tous les Pouvoirs

Contre tous les Pouvoirs

Chanson française – Contre tous les PouvoirsGuy Béart1981






Contre tous les pouvoirs !
Qu’il soit blanc, qu’il soit noir,
Qu’il soit bleu, rouge ou rose
Ou de toutes les couleurs ;
Qu’il se dise d’ailleurs ;
Qu’il gouverne ou s’oppose.

Contre tous les pouvoirs !
Du grand jour, du grand soir.
Qu’il soit démocratique
Royaliste, impérial
Ou qu’il soit syndical,
Commercial, politique.

Contre tous les pouvoirs !
Même ceux du foutoir,
Civils ou militaires,
Ramollis, exaltés,
Qu’ils viennent de la cité
Ou qu’ils viennent de la terre.

Contre tous les pouvoirs !
Même si par désespoir,
Il devienne modeste,
Qu’il veuille, pour subsister,
Nous dire qu’il va changer,
Qu’il retourne sa veste.

Contre tous les pouvoirs !
Qu’il dise « venez y voir »,
Qu’il ouvre grand ses grilles,
Ou qu’il soit très secret,
Qu’il ne soit pas ce qu’il paraît,
Qu’il soit carpe ou anguille.

Contre tous les pouvoirs !
Nostalgique ou d’espoir,
Religieux, qui contemplent
L’autre monde d’ici
Et nous tiennent à merci
Des marchands de leurs temples

Contre tous les pouvoirs !
Des beaux laboratoires
Des savantes funérailles
Des médecins demi-dieux
Aux produits merveilleux
Qui nous mènent en cobayes.

Contre tous les pouvoirs !
Des salons, des couloirs,
Au clin d’œil sympathique,
Au charme nonchalant,
Des gangsters en gants blancs
À l’œil informatique.

Contre tous les pouvoirs !
Des parfaits laminoirs
Aux douceurs infernales,
Aux mâchoires de boa,
Qui digèrent les États,
Ces multinationales.

Contre tous les pouvoirs !
Des parloirs, des gueuloirs,
Des oiseaux de ramage :
Journalistes, avocats,
Au pouvoir qui ne va
Qu’avec quelque chantage.

Contre tous les pouvoirs !
Des baudruches de la gloire,
Des chanteurs, des artistes.
Aux pouvoirs des médias
Qui, à hue et à dia
Jouent aux équilibristes.

Contre tous les pouvoirs !
Des terroirs, des trottoirs,
Car sitôt qu’un esclave
Est devenu le roi
C’est pareil chaque fois :
Dans le sang, il nous lave.


Contre tous les pouvoirs !
À parler provisoire
Qui du pouvoir abdiquent
Et qui sont rotatifs
Ou bien décoratifs
Et vive la République.

jeudi 30 mars 2017

HISTOIRE VRAIE D’ORSI

HISTOIRE VRAIE D’ORSI


Version française – HISTOIRE VRAIE D’ORSI – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne (Piémontais) – Da Ursi (Storia vera)Giuliano Illiani (Donatello) – 1978


Sûrement vraie du début à la fin (malheureusement), l’histoire des ouvriers de l’entreprise Orsi de Tortona, une prestigieuse fabrique de tracteurs dont la production avait été adaptée pour fabriquer du matériel militaire durant la seconde guerre mondiale


Chez Orsi, les ouvriers travaillent dur,
Tracteurs et projectiles pour les Allemands,
De la montagne arrivent les rumeurs de mort.

Chez Orsi, les ouvriers ont fait grève,
Au mois de mars quarante-quatre,
Pour La liberté, le pain, le salaire.

Chez Orsi, les ouvriers sont des partisans,
Ils font les obus en alliage léger,
Et les Allemands tirent de la tôle.


Chez Orsi, les ouvriers sont des farceurs,
Ils montent de travers les tracteurs,
Et en Allemagne, les transmissions sautent.

Chez Orsi, les ouvriers parlent le dialecte
Pour ne pas se faire comprendre du commandant,
Et ils sifflent quand arrivent les surveillants.

Chez Orsi, les ouvriers ont du courage,
Ils ont appris l’art du sabotage
Et mettent des boulons dans les engrenages.

Chez Orsi, on a licencié les ouvriers ;
Ils attendent toujours leurs indemnités,
Je n’ai pas oublié leur histoire.

lundi 27 mars 2017

OÙ RÈGNE LA VIOLENCE, LA RÉSISTANCE EST UN DEVOIR

OÙ RÈGNE LA VIOLENCE, LA

RÉSISTANCE EST UN DEVOIR

Version française – OÙ RÈGNE LA VIOLENCE, LA RÉSISTANCE EST UN DEVOIR – Marco Valdo M.I. – 2017





En 1985, Lucien l’âne mon ami, l’Allemagne est toujours divisée et se trouve toujours encore au cœur du nœud noué à la fin du Reich de Mille Ans qui n’en a duré que douze. Avec d’un côté comme de l’autre, de très puissants « alliés », lesquels ont installé sur son territoire des troupes, des bases militaires pour les héberger, des aériennes et bien entendu, des rampes de fusées, potentiellement équipées d’ogives nucléaires.

Comme qui dirait, tout est prêt pour le grand feu d’artifice, dit Lucien l’âne.

Oui et depuis un certain temps déjà, Lucien l’âne mon ami. On comprend que les populations aient eu peur de cette situation et aussi qu’elles en ont aussi marre de vivre dans l’appréhension, d’autant que le fait n’est pas récent. Ça faisait quarante ans que cette tension quotidienne durait.
Auparavant, il y avait eu la terreur nazie, suivie de la guerre à l’étranger, puis les bombardements et la guerre sur le territoire allemand, l’occupation.
Ensuite, depuis une trentaine d’années, les manifestations contre cet état de terreur larvée se sont succédé sur fond de guerre froide. Ce furent souvent des manifestations de plus en plus fermes et assez énergiques et la répression fut à l’unisson.

En effet, Marco Valdo M.I., j’avais bien noté tout cela et le fait que durant ces années-là, les guerres « chaudes »s’étaient déroulées essentiellement à d’autres bouts du monde : en Corée, au Vietnam, en inde, au Proche-orient, en Algérie, etc, mais en Allemagne, c’était une guerre « froide » et même à certains égards, « glacée ». Les canons étaient pointés, chargés, mais ils ne tiraient pas et si les chars ou des forces répressives sont intervenus, c’était à l’intérieur des frontières de l’un ou l’autre camp. On se gardait bien de franchir certaines limites.
Il s’en est passé bien des choses durant ces années-là, mais qu’y a-t-il de si particulier à cette année 1985 ?

En fait, Lucien l’âne mon ami, si on se place d’un point de vue général pour examiner ces quarante ans écoulés depuis la fin de la guerre mondiale, on pourrait presque répondre : rien. On pourrait relever qu’on est encore toujours dans le même monde divisé ; en Allemagne, dite de l’Ouest, les manifestants crient encore toujours : « Lieber rot als tot ! » – « Mieux vaut rouge que mort ! », montrant par là qu’en cas de conflit ou d’affrontement avec les armées de l’URSS et leur éventuelle invasion, ils préféreraient ne pas combattre plutôt que de risquer la mort collective et nucléaire. Faut les comprendre, ils étaient aux premières loges.

Oh, Marco Valdo M.I., je me souviens très bien de cette sainte terreur qu’inspirait la « bombe » en ce temps-là. Il me semble d’ailleurs qu’à présent, on ait presque oublié son existence et l’effroi qu’on avait à l’idée de la voir surgir dans le grand conflit latent.

Il est certain, Lucien l’âne mon ami, que si l’un ou l’autre des froids belligérants de cette époque avait été pris soudain d’une bouffée de chaleur nucléaire, le jeu des réactions en chaîne serait enclenché et on n’aurait pas donné cher ce l’humanité entière et sans doute même pour un long moment, la vie sur la planète aurait été compromise. Un moment très long et même, très, très long. Et c’est face à cette perspective que la chanson et son refus des fusées prennent tout leur sens. Derrière ce refus, il y avait une peur immense, une frayeur d’épouvante et en même temps la conscience de la nécessité de mettre le holà à cette confrontation, à cette guerre des nerfs à l’échelle d’un continent et par extension, de la Terre entière.

Tout cela est fort bien, mais, dit Lucien l’âne, je me demande encore – c’était ma question – ce que cette année 1985 a de particulier par rapport à cette histoire.

J’y viens, j’y viens, Lucien l’âne mon ami, mais il me fallait placer le décor. À mon sens, 1985 est -avec le recul – une année charnière, car cette année-là, les choses commencent à bouger ; on assiste aux prémices d’un lent mouvement de détente. En URSS, le régime en place, qui porte cette politique de terreur, est en train de vaciller. La meilleure image que l’on pourrait donner est celle d’un dégel, de la progressive disparition des glaciers. C’était assez lent, mais c’était doué d’une formidable inertie.
En ce qui concerne les fusées, qui est le sujet de la chanson, il y a eu cette année-là, l’annonce d’un moratoire sur l’installation en Europe des SS20, d’un côté, disons dans l’Europe hors des frontières russes et des Pershings, de l’autre côté ; il y avait l’accord de coopération avec les Zétazunis quant à un désarmement bilatéral.
Cependant, comme on peut s’en rendre compte, trente ans plus, on y revient, même si par ailleurs, les choses ont fortement changé tout en restant les mêmes. Le Guépard qui disait : « se vogliamo che tutto rimanga com’è, bisogna che tutto cambi »« Si nous voulons que tout reste comme il est, il faut que tout change »), disait vrai.

Certes, Marco Valdo M.I., il y a des invariants dont l’inertie transcende facilement les régimes et les péripéties de l’histoire. C’est vrai par exemple pour l’Allemagne, c’est vrai pour la Russie. C’est un des effets temporels qu’on peut aisément déceler à l’intérieur de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres afin de s’assurer de la domination, d’imposer leurs volontés, de maintenir leur pouvoir, d’étendre leurs privilèges, de multiplier leurs richesses. En fait, le temps n’est pas le même si l’on considère le temps des régimes et des hommes de pouvoir, qui se mesure en années et en dizaines d’années et le temps de ces entités historiques qui se mesure avec un étalon d’une amplitude beaucoup plus grande qui couvre des périodes pouvant aller jusqu’aux milliers d’années. Quoi qu’il en soit, il nous revient de tisser le linceul de ce vieux monde belligérant, effrayant, mortifère et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien l’âne




Nous avons protesté et crié à haute voix
Que dans le pays, nous ne voulions pas de fusées ;
Nous étions nombreux, mais finalement il arriva
Que nous partageons maintenant ce pays avec des fusées.

Pourquoi ne partage-t-on pas avec le Tiers-Monde
Pour que personne qui vit là, ne meure de faim ?
Pourquoi ne donnons-nous pas de nos moyens
Contre la disette, puisqu’ici l’abondance règne ?

Vous avez claqué l’argent carrément dans l’armement
Et vous avez ignoré le référendum sans un mot
En dépit même de notre Non éclatant.
Il se pourrait que votre fin soit pour bientôt

Ne pensez pas que c’était votre victoire.
Vous verrez bientôt quand viendra la facture
Pour la peur des hommes face à votre guerre.
Nous sommes tristes et furieux, mais nous ne sommes pas inertes.

Je ne peux tolérer ça, Herr Feldmarschall
Car je suis un homme et j’ai peur maintenant,
Peur de l’explosion atomique, Général !
Je voudrais simplement connaître mes petits-enfants.

Je veux un monde, où on peut vivre
Et les enfants des enfants des petits-enfants aussi ;
Où trouver à manger pour chaque femme, chaque homme ;
Un monde qui n’a pas besoin de vous et de vos amis.

Vous êtes le pouvoir et vous les avez installées,
Vous n’avez pas demandé ce qu’il fallait faire :
Notre opinion ne vous a en rien intéressé.
C’est pourquoi on vous dit à voix haute et claire :


Nous continuons, car nous ne sommes pas encore quittes.
Nous ne voulons pas
de vos fusées de merde,
Remmenez-les ou foutez-les au dépotoir.
Où règne l
a violence, la résistance est un devoir !

dimanche 26 mars 2017

À LA GARE DE MONZA

À LA GARE DE MONZA


Version française – À LA GARE DE MONZA – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson italienne – Alla stazion di Monza – Anonyme – 1900 – Joe Fallisi – 2014
Tiré des « Canti satirici anticlericali » Leoncarlo Settimelli e Laura Falavolti, Giulio Savelli éditeur, Rome, 1975.
Joe Fallisi
l’a incluse dans son album de 2014 intitulé “L’uovo di Durruti” (L’Oeuf de Durruti).


À la gare de Monza
Un train est arrivé
On a tué le roi
Trois balles l’ont frappé. (1)

Nous brûlerons les autels et les églises,
Nous brûlerons les palais et les cathédrales
Avec les boyaux du dernier prêtre
Nous pendrons le pape et le roi. (2)

Révolution, guerre à la société,
Révolution, guerre à la société.
Plutôt que vivre, vivre
écrasé,
Mieux vaut mourir pour la liberté,
Mieux vaut mourir pour la liberté.

Et le Vatican brûlera
Et le Vatican brûlera
Et le Vatican brûlera
Avec le pape dedans
Et si le gouvernement
s’y oppose
Et si le gouvernement s’
y oppose
Et si le gouvernement s’
y oppose
Que la révolution explose !

Et le Vatican brûlera
Et le Vatican brûlera
Et le Vatican brûlera
Avec le pape dedans
Et si le gouvernement s’
y oppose
Et si le gouvernement s’
y oppose
Et si le gouvernement s’
y oppose
Que la révolution explose !

Révolution, guerre à la société,
Révolution, guerre à la société.
Plutôt que vivre,
que vivre écrasé,
Mieux vaut mourir pour la liberté,
Mieux vaut mourir pour la liberté.

J’ai été sur le Mont Amiate
Où est mort Lazzaretti
Lui aussi était socialiste
Et pour la liberté a péri. (3)

Prêtre, prêtre, tu me feras mourir ;
Prêtre, prêtre, tu me feras mourir ;
Tu me feras mourir !

(1) Référence à l’attentat mortel contre le roi Umberto I, à Monza, le 29 Juillet 1900. L’auteur de l’attentat était Gaetano Bresci[[44117]], qui conclut les tentatives antérieures faillies de Giovanni Passannante[[36511]] et Pietro Acciarito.

(2) Référence à un célèbre passage du Testament du curé Meslier [[5393]]


(3) Référence à David Lazzaretti, prophète social qui dans la seconde moitié du XIXième prêcha la révolution dans la région du Monte Amiata, en Toscane. Il fut tué des carabiniers en 1878. Voir Fuori dal controllo [[5681]] de Gang.