lundi 13 mars 2017

LE TROISIÈME REICH

LE TROISIÈME REICH

Version française – LE TROISIÈME REICH – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson italienne (Emiliano Bolognese) – Al Têrz Inpêr Malnàtt (Porz) – 2007






L’Ordre Nouveau est arrivé
Porté par quatre crochets
Et nous soudain levons la main
Pour saluer ce moustachu crétin.

Les fils de Jéhovah seront des étrangers
Dans leur propre pays
Car une loi l’a dit ainsi…
Après, gratis dans les « camps », ils vont travailler
Jusqu’à ce qu’ils commencent à avoir de la peine à respirer…

Nous ne savons pas ce qui s’est passé
Au-dehors et à l’intérieur de nos frontières.
Plus tard aussi, nous dirons pareil au procès.
Que personne n’est coupable de ce massacre.


dimanche 12 mars 2017

LA FÉE

LA FÉE


Version française – LA FÉE – Marco Valdo M.I.2017
Chanson italienne – La FataEdoardo Bennato1977





La mémoire de cet album d'Edoardo Bennato s’est peut-être perdue un peu, remontant à 1977 l’année « fatidique », où l’auteur-compositeur architecte napolitain revisitait à sa manière l’histoire de Pinocchio. Il eut un gros impact sur ceux qui alors, comme moi, se trouvaient dans leur prime adolescence : 14, 15, 16 ans. On voyait des groupes de gamines sur les autobus chanter presque à gorge déployée cette chanson sur la « Fée turquoise ».

Il se peut que le public de Bennato fut précisément celui-là, les très jeunes qui en raison de leur âge, ne faisaient pas partie intégrante du mouvement, même si beaucoup d’entre eux en étaient. Mais, ensuite, y a-t-il un sens à parler d’une « partie intégrante » ? D’une manière ou d’une autre tous y étaient dedans, tous autant qu’on était, nous y étions, vivant ces instants. Personne n’était et ne pouvait être indifférent. Mais je divague sûrement ; je cesserai donc immédiatement, n’ayant pas à m’aventurer en choses trop vastes pour une… chanson.
Ce fut du reste le même Bennato, peu temps après, qui déclara que « c’étaient toutes des chansonnettes ». Entretemps il fit cet album, ciblé ou non vers un certain « target » (une cible de toute façon atteinte, vu le nombre d’adolescents qui alors épuisèrent les stocks de gazous dans les magasins d’instruments de musique). Les personnages de Pinocchio comme métaphore du pouvoir, et cette « Fée turquoise » qui est toutes les femmes, qui joue le rôle de toutes les femmes, imposé par la société et le pouvoir.
Il lui faut être belle, disponible, sœur/mère/épouse, et à cause de cela, elle ne peut se déplacer : si elle veut voler, ils la tirent vers le bas. Peut-être quelque jeunette de quinze ans passait chaque jour de cette chanson aux collectifs féministes des lycées (ils existaient, ils existaient), ou bien la méprisait, car de toute façon écrite et chantée par un « maskietto », ou bien peut-être on ne sait quoi. Mais trente ans après, vu comme s’est « avancé le neuf », il ne serait de toute façon pas mal la reproposer. [RV, 9 août 2007]



Il y a une fleur seule dans cette chambre
Et tu te meus avec patience.
La potion est amère,
Tu sais déjà qu’il va la boire.

S’il ne se rend pas, tu le tentes ;
Tu dénoues le nœud de tes hanches
Que ce vêtement dévoile déjà.
Cueillir la fleur l’affolera.

Il fera pour toi n’importe quoi,
Sœur et mère et épouse,
Reine ou fée, toi
À plus, tu ne pourras prétendre

Peut-être est-ce vengeance,
Peut-être est-ce désarroi,
Ou seulement inconscience,
Mais depuis toujours, c’est toi
Celle qui paie.
Si tu veux voler, ils te tirent vers le bas.
Quand commence la chasse aux sorcières,
La sorcière, c’est toujours toi.

Tu poursuis des rêves de fille ;
Tu quêtes l’amour et tu es sincère ;
Tu ne fais pas de magie, tu ne truques pas.
Personne désormais n’y croit.

Il y a celui qui te hurle que tu es belle,
Que tu es une fée, que tu es une étoile,
Puis, il te fait esclave, ainsi tu vois
L’appeler amour ne se peut pas.

Il y a celui qui t’exalte, qui t’adule,
Il y a celui qui t’expose en vitrine.
Il se dit amour, cependant tu vois
L’appeler amour ne se peut pas


vendredi 10 mars 2017

FRÈRES ?

FRÈRES ?


Version française – FRÈRES ? – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson italienne – Fratelli? Roberto Vecchioni – 1973



Être tant et partir ensemble,
Tout droit vers la lumière.
Pendant des semaines et des semaines,
On partage le vin, on casse la graine ;
Où nous allons ? Peu importe !
Plus nous sommes, plus la route est courte.
Pendant des semaines et des semaines,
S’aimer et boire aux fontaines.

Amour, le monde seul est amour :
Diverses couleurs, divers atours,
Mais qu’importe, le cœur est velours.

Le voyage est long et le jour vient
l’on se demande : « Ça me convient ? »
Yahvé, guide du passé
Fixe les prix du marché ;
Certains naissent perdants,
À eux, la faim, la soif, les tourments.
Le blanc exploite et hausse le ton
À la moindre récrimination.

L’amour meurt ;
où il meurt ne naît jamais une fleur
L’amour meurt, où il meurt naît la douleur.

Quand volent les couteaux,
On se dit : « Soyons frères !
En avant,
à l’assaut !
Être tous égaux et puis s’aimer ».
Aimons-nous veut dire :
« Aim
ez-vous pour commencer »
Chacun pense à soi seulement ;
Quand ça va mal, il tombe en pleurant.

Garçon, encore à boire !
Je veux noyer dans la boisson
Leurs faces, leurs dieux et leurs drapeaux.
Nous chantions une chanson,
Nous la chantions tous ensemble,
Passe le temps, le soleil brûle,
Qui se rappelle les paroles ?

mercredi 8 mars 2017

UN JOUR PEUT-ÊTRE


UN JOUR PEUT-ÊTRE


Version française – UN JOUR PEUT-ÊTRE – Marco Valdo M.I.2017
Chanson italienne – E forse un giornoCarmen Consoli – 2015




Pendant combien de temps,
Devrais-je chercher le moyen de surnager ?
Mon mari ne travaille p
lus depuis longtemps
Et
avec son sourire, il a perdu sa santé et sa dignité.
Pendant combien de temps,
Devrais-je demander à mes fils de serrer les dents ?
Entre pain, livres, électricité, gaz et loyer,
Sur la ville plombe déjà un autre été.

Mais le printemps reviendra,
Dans nos pauvres cœurs abrutis et vieillis et il les chauffera
Et peut-être un jour, ils nous donneront l’air
À un prix plus avantageux que l’essence.
Un sourceau authentique de sainte patience,
À la loterie, j’ai gagné une misère.

Pendant combien de temps, qui sait ?,
Devrais-je porter le poids de cette indignité ?
Nous dormons dans l’auto, cet été ;
Aux yeux du quartier, nous sommes devenus des étrangers.

Mais le printemps reviendra
En nos pauvres cœurs humiliés et malades et il les guérira
Et peut-être un jour, ils nous donneront l’air
À un prix plus avantageux que l’aspirine.
En attendant, à la loterie, j’espère,
Cette année encore, gagner une rente à vie.

Ce joli papillon posé sur le pare-brise
Est la preuve qu’à nous encore, on pense.
Quelle belle surprise entre brouillard et givre !
Comme il est chaud le baiser de la providence.

Et un jour peut-être, ils nous donneront l’air
À un prix plus avantageux que les ordures.
Et un jour peut-être, ils nous donneront l’air
À un prix plus avantageux que les ordures.

Pendant combien de temps
Devrais-je demander à mes fils de serrer les dents…

lundi 6 mars 2017

CHANT DES MORTS EN VAIN

CHANT DES MORTS EN VAIN

Version française – CHANT DES MORTS EN VAIN – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson italienne – Canto dei morti invanoPrimo Levi – 1985




Il y a là des accents d’ode, des accents et des réminiscences de poésie lapidaire et peut-être même, une volontaire parenté avec l’Ode à Kesselring [[39124]] de Piero Calamandrei. Cette armée des morts en vain est de la même famille, du même peuple que celui de Lo avrai qui attend l’envahisseur aux bords des chemins.
« Si tu voulais un jour revenir sur ces routes
tu nous trouverais à nos postes
morts et vivants avec le même engagement
peuple serré autour du monument
qui s’appelle
aujourd’hui et pour toujours
RÉSISTANCE ! »

Dis-moi, Marco Valdo M.I., mon ami, dis-moi avant d’aller plus avant : ce peuple qui parle dans cette canzone de Primo Levi, ce peuple quel est-il ? Cette armée de morts en vain, quelle est-elle ?
Elle est longuement décrite et énumérée dans la chanson, Lucien l’âne mon ami. Je résumerai la chose en disant : ce sont les derniers morts de la Guerre de Cent Mille Ans, cette guerre longue, en apparence éternelle, que les riches font aux pauvres, depuis qu’il y a des riches, depuis qu’il y a des pauvres, depuis qu’il y a des faibles, depuis qu’il y a des puissants, depuis qu’il y a des escrocs, depuis qu’il y a des exploités. J’ai dit les derniers puisque la chanson ne commence son énumération qu’au début du siècle dernier, puisque la liste ne commence qu’avec ceux de la Grande Guerre, celle de 1914-18 et tous ces morts en vain s’additionnent jusqu’au moment où Primo Levi écrivit sa chanson – 1985. Depuis, comme tu le sais, il y en eut encore des tas d’autres et aussi loin et aussi longtemps que je puisse voir, il en sera encore pareil. C’est terrible, mais on ne saurait se faire d’illusions à cet égard. Du reste, nous le savons bien tous deux et tous les autres qui fréquentent ici les chansons contre la guerre. Tous ici – nous et les autres – mènent une action de longue, longue haleine sans même imaginer qu’elle puisse aboutir – disons, de leur vivant.

Donc, si je comprends bien ce que tu viens de me dire, Marco Valdo M.I. mon ami, la guerre en tant que phénomène humain – n’est pas près d’être éradiquée, n’est pas près de disparaître. Les amis, les intervenants, les commentateurs ou je ne sais comment les nommer, tous ceux qui d’une manière ou d’une autre développent ou soutiennent les CCG, le savent pertinemment : toute action contre la guerre est forcément une action au long cours. J’en déduis que chacun ici ne se fait aucune illusion sur la possibilité de mettre fin à la guerre. On peut évidemment imaginer d’intervenir utilement dans un conflit spécifique avec une certaine influence, mais à supposer que ce conflit particulier se termine, on peut en trouver d’autres qui persistent ou qui naissent. À première vue, à l’infini. Ma question est tout simplement : pourquoi ?

Mon ami Lucien l’âne, ton « tout simplement : pourquoi ? » est une question à laquelle je n’ai pas de réponse définitive et certainement, pas de réponse qui puisse être entièrement formulée ici. Mais néanmoins, je vais t’indiquer deux éléments en précisant que ton « pourquoi ? » auquel je réponds porte sur l’idée que « toute action contre la guerre est forcément une action au long cours ». Premier élément, c’est le nombre d’intervenants potentiels – il y a environ neuf milliards d’humains et je ne sais combien de formes de regroupement : États, nations, religions, partis, tribus, etc., tous susceptibles de vouloir ou de lancer des actions guerrières.
Deuxième élément : les vies des personnes humaines – aussi longues soient-elles, aussi longues pourrait-on les souhaiter sont d’une durée calculable en dizaines d’années – 6, 7, 10, 20 dizaines d’années  et celles des entités se mesurent en centaines d’années ? Et puis quoi ?
Tout ceci n’est pas sans conséquence si l’on considère que la guerre ne disparaîtra que du jour où – imposant aux entités leur décision – tous les humains s’y opposeront et auront mis fin aux causes de toutes les guerres, causes qui, me semble-t-il, sont d’ordre psycho-sociologique.
Ce sont des générations nouvelles de personnes et d'entités qu’il faudrait gagner à cette opposition consciente, raisonnée et obstinée à la guerre et gagner sans retour au refus de se laisser aller à la richesse, à l’avidité, à la domination, etc. Comme on peut l’imaginer, pour celles qui sont là, c’est déjà trop tard – et on parle en milliards d’êtres humains. Il suffit, en vérité, de regarder la réalité en face. La guerre et nous ne vivons pas dans le même temps. On peut chanter contre elle et c’est certainement indispensable, mais ce n’est pas suffisant. En somme, on peut chanter contre le malheur, mais il faut aussi étudier, rechercher, mettre en place les conditions du bonheur.

Et moi, moi, Marco Valdo M.I. mon ami, moi qui suis depuis si longuement en route autour et alentour et même au cœur du monde des hommes, moi qui ai vu les batailles de l’Iliade et bien d’autres avant encore, moi qui ai croisé Ulysse plusieurs fois et qui l’ai accueilli avec le vieil Argos, chose que le conteur semble ignorer (ce qui est une grave erreur de sa part), car il aurait pu donner plus de véracité encore à son récit en me donnant un instant la parole. J’aurais de mille détails attesté qu’Ulysse était bien Ulysse et j’aurais aussi pu révéler quelques détails de son périple que tous ici de ce fait ignoreront toujours, car à présent je ne m’en souviens plus trop.
Moi qui ai toujours croisé la guerre, moi qui ai vu tant et tant de fuyards, de blessés, de morts, de pays entiers ruinés par la faute de quelques-uns, moi qui ai croisé tant de « morts en vain » depuis des millénaires, moi qui ne suis qu’un âne errant au travers du temps, moi qui aurais tant aimé que la guerre ne me soit plus qu’un mauvais souvenir, moi, il me faut – comme il vous faut à vous pauvres vivants – souffrir qu’elle soit encore notre avenir, car je dois à la vérité dire que je ne vois pas plus que toi venir la fin de la guerre et j’ajoute, atterré, pour les mêmes raisons que toi.
Je persiste et signe : on ne pourra mettre fin à la guerre qu’en bannissant hors du monde la richesse, l’avidité qui n’est que l’appétit, la soif et le goût de richesse, l’ambition qui n’est que le goût, la soif et l’appétit du pouvoir et de la puissance.

Ainsi, Lucien l’âne mon ami, comme moi, tu attestes de la difficulté qu’il y a à comprendre comment en venir à bout, à se faire à l’idée qu’on n’y arrivera qu’en extirpant les racines de cette plante maudite de l’humaine nation et nécessairement, du cœur des humains, de chaque humain.

Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, nous savons que nous ne pouvons faire ni plus ni moins que ce que nous faisons ici, nous ne pouvons faire ni plus ni poins que de tisser obstinément, inlassablement le linceul de ce vieux monde mortifère, nécrocole, thanatocole et cacochyme.

Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Asseyez-vous et discutez
À votre aise, vieux renards argentés.
Nous vous emmurerons en un palais splendide
Avec de bons lits, un bon feu, du vin et de la nourriture
Pour que vous négociiez et échangiez
Les vies de vos enfants et les vôtres.
Que toute la sagesse de la création
Converge pour bénir vos raisons
Et vous guide dans le labyrinthe.
Mais dehors dans le froid, nous vous attendrons sans fin,
Nous, l’armée des morts en vain,
Nous ceux de Montecassino et de la Marne,
Ceux de Treblinka, ceux d’Hiroshima et ceux de Dresde,
Et il y aura avec nous
Les lépreux et les trachomeux,
Les disparus de Buenos Aires,
Les morts du Cambodge et les mourants d’Éthiopie,
Les pactisés de Prague,
Les exsangues de Calcutta,
Les innocents déchiquetés à Bologne.
Malheur à vous si vous ne pouvez vous accorder,
Par notre étreinte, vous serez écrasés.
Nous sommes invincibles, car nous sommes les vaincus.
Invulnérables, car déjà disparus :
Nous, nous nous moquons de vos missiles.
Asseyez-vous et négociez
Tant que votre langue n’aura pas séché,
Tant que la damnation et la honte dureront,
Nous vous noierons dans notre putréfaction.