mardi 18 octobre 2016

La Complainte du P3


La Complainte du P3

Chanson française – La Complainte du P3 – Jean Yanne – 1958





Ah, Marco Valdo M.I., mon ami, une chanson de Jean Yanne. C’est toujours une découverte et aussi, j’en suis sûr une fameuse rigolade qui se prépare.

Si on veut, Lucien l’âne, mon ami. Cependant, si le rire est le propre des chansons de Jean Yanne.

Je pense aussi que le rire est le propre de Jean Yanne lui-même, dit Lucien l’âne de l’air grave de l’académicien.

Tu as parfaitement raison, le rire est le propre de Jean Yanne et par conséquent, le sale de ceux qui le méprisent. Donc, je reprends, dit Marco Valdo M.I., il y a sous cette apparente facilité des chansons et des propos, sous le recours à des formes très populaires – ici, une sorte de java de caboulot, sous un air ouvriériste, il y a un vrai portrait – à gros traits, certes – de la vie sociale quotidienne et connaissant les habitudes du citoyen Yanne, une fameuse critique du milieu ; le tout transbahutant une fameuse joie de vivre. Ici, Jean Yanne s’en pend aux prêtres-ouvriers qui s’incrustaient dans les usines et les organisations syndicales, une forme d’entrisme catholique assez pervers. C’est pour mieux te reconvertir mon enfant !

Oh, dit Lucien l’âne, on ne dirait pas comme ça, à première vue. Évidemment quand on y songe, on se demande ce que des prêtres viendraient faire dans les usines. La même question se pose d’ailleurs pour les aumôniers aux armées.

Quand même, Lucien l’âne mon ami, quand on creuse un peu. Le P.3. qui chante sa complainte : a comme amie la sœur d’un prêtre-ouvrier et à force de chauffer sa gamelle dans son petit bain-marie lui fait un enfant, le tout sans se marier du moins avant que vienne « Irénée le divin enfant » – repris d’un chant de Noël où le calembour couvre d’ironie ce « divin enfant », entouré de l’âne et du bœuf. 
À l’oreille et à l’orgue, on goûte mieux encore la sauce d’acide ecclésiastique dont il enrobe sa chanson, toute ciselée d’Ave Maria.

Tu m’en diras tant que je brûle comme l’encens de l’entendre, s’exclame Lucien l’âne en agitant ses oreilles comme des fanaux sur les récifs au large des océans.

Mais enfin, Lucien l’âne mon ami, comme Jean Yanne a lui-même présenté cette chanson par une sorte de causerie préliminaire, j’ai pris la peine de retranscrire ce texte pour le mettre ici en guise d’introduction.

Voilà une très belle idée, Marco Valdo M.I. mon ami, car en quelque sorte, ces commentaires introductifs de Jean Yanne font intégralement partie de la chanson elle-même et puis, ainsi les voilà gravés dans la pierre du temps et indissociablement liés à la chanson qu’ils éclairent. Et puis, on leur portera ainsi peut-être toute l’attention qu’ils méritent (religieux). Quant à nous deux, pauvres canuts et moi en particulier qui court tout nu à poils, reprenons notre tâche sempiternelle et digne d’une noria (Ave noria !) et tissons avec méthode et obstination le linceul de ce vieux monde miraculeux, illusionniste, clérical et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Je voudrais vous chanter une chanson qui a pour but de réconcilier le clergé et la masse ouvrière.
Je voudrais réconcilier le clergé et la masse ouvrière, car vraiment, il me paraît tout à fait nécessaire à notre époque de tenter ce rapprochement entre les groupes ethniques opposés qui sont quelquefois séparés pour des raisons physiques tout à fait quelconques comme le fait qu’ils ne sont pas vêtus de la même façon ou qu’ils ne mangent pas la même chose le vendredi.
Et en même temps, comme je parle de masses ouvrières, je voudrais attirer votre attention sur une catégorie d’individus dont on ne fait pas assez le cas à notre époque, ce sont les P3.

Pour ceux d’entre vous qui lisent attentivement les journaux, vous savez ce que sont les P3, car les firmes automobiles en font une énorme consommation. Ce sont les ouvriers professionnels de 3ième catégorie dont on a eu l’occasion de parler de temps à autre lors des remises de décorations, mais qu’on ne choisit jamais comme personnages de roman ou de chanson. Et à mon sens, c’est un tort, car les P3 sont une belle catégorie d’ouvriers et valent largement tout un tas de personnages qu’on a illustrés ces derniers temps en musique.
C’est pourquoi j’ai voulu réparer cette injustice en écrivant tout spécialement La Complainte du P3.

Ainsi Parlait Jean Yanne




Du début jusqu’à la fin de la semaine,
Je suis P3 chez Citroën ;
C’est un bon petit boulot
Avec cantine et avantages sociaux.

Je suis copain avec Nénesse
Qu
i est délégué du syndicat.
À la chaîne des boîtes de vitesses,
Je suis heureux comme un roi.

D’autant plus que le samedi
Et le dimanche aussi :
Avec Maria,
On va danser la java.

Maria, c’est la jouvencelle
Chez qui je vais tous les midis
Pour faire chauffer ma gamelle
Dans son petit bain-marie.


Je l’ai connue l’année dernière
Au bal de la RATP,
Là où travaillait son frère
Comme prêtre-ouvrier.

Et ce soir-là, messieurs-dames,
À la salle Wagram,
Avec Maria,
On a dansé la java.

On s’aime tout comme Adam et
Ève,
On va bientôt se marier.
On attend la prochaine grève,
Pour que je sois augmenté.


Mais comme l’a dit mon contremaître,
Quand on est jeune, faut s
dépêcher.
Ainsi, un enfant va naître
Qu’on appellera Irénée.

Irénée le divin enfant
Et le soir sans

Un mot, autour du berceau,
Avec Maria, on ira danser le tango.

dimanche 16 octobre 2016

PEUPLE QUI DE TOUJOURS

PEUPLE QUI DE TOUJOURS

Version française – PEUPLE QUI DE TOUJOURS – Marco Valdo M.I. – 2016
Chanson italienne — Popolo che da sempreDario Fo – 1971





Du balcon de la Maison du Peuple 






Ah, Lucien l’âne mon ami, un comédien qu’on aime bien vient de mourir. Bien évidemment, comme il est aussi l’auteur de cette chanson, dont je présente une version française, tu sais déjà qu’il s’agit de Dario Fo. Boris Vian disait lui-même : « un mort, c’est complet. On n’est pas complet tant qu’on est pas mort. » Il est mort, le voilà donc complet ; elle termine la vie ; la chose est banale et n’a rien de tragique.

En effet, dit Lucien l’âne d’un air narquois et aux pieds noirs, ce sont des choses qui arrivent dans la vie. Cependant, je le dis tout net à ceux que ça inquiète, qu’ils se rassurent, ça n’arrive qu’une seule fois. Une seule fois, sauf dans de rarissimes cas et encore. On laissera de côté les erreurs de diagnostic où des gens apparemment morts ont soudain réémergé de cette sorte de coma. On laissera pareillement de côté les ressuscités administratifs ou judiciaires, comme Joseph Porcu . Cependant, on raconte dans un livre ou dans un autre que certains seraient morts plusieurs fois ou étant déclarés morts seraient revenus à la vie, comment dire : miraculeusement – mais nul n’en a gardé trace certaine. Ce sont des fariboles. En vérité, Marco Valdo M.I. mon ami, je te le dis, à part nous, petits personnages imaginaires, qui donc peut être éternel et ressusciter ?

Et ressusciter à la demande, de surcroît, précise enthousiaste et joyeux Lucien l’âne ; car moi, par exemple, parfois pendant des siècles on me laisse végéter sur le bord des chemins peu fréquentés et puis soudain, à ta demande, je reprends vie et littéralement, je ressuscite. La seule chose triste dans cette affaire, c’est que Dario Fo, dont je doute fort qu’il ressuscite, n’écrira plus de chansons, ni de pièces et qu’il ne les jouera plus. Encore que, en vérité, dans l’état où il était, il vaut sans doute mieux qu’il ait quitté le monde définitivement. Du point de vue professionnel, en quelque sorte, peut-être aurait-il pu comme Molière et bien des travailleurs, rattrapés par la mort blanche et des militaires par une balle perdue ou un coup de mortier, mourir en pleine action et dans son cas, en scène, dans une dernière parade : théâtralement. Mais, parle-moi maintenant de la canzone.

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, cette chanson est – avant la lettre – une chanson qui raconte à sa manière la Guerre de Cent Mille Ans , cette furieuse guérilla que les maîtres mènent contre les gens du peuple aux seules fins de maintenir leur pouvoir, d’accroître leurs richesses, de renforcer leur domination et de tirer plus de profits encore. Et ils y parviennent : l’écart entre les riches et les pauvres s’accroît encore et encore et partout dans le monde. La canzone s’adresse au peuple et lui propose de réfléchir à cet état de choses. Elle dit exactement :

« Cherchons à comprendre,
Ensemble au moins une fois à comprendre
À découvrir le pourquoi
De ce truc-là. »

C’est une excellente idée, Marco Valdo M.I. mon ami, et si je m’en souviens bien, c’était aussi le but de la chanson sur la Guerre de Cent Mille Ans.


Avant de te laisser conclure, je voudrais éclaircir une singularité de ma version française. Comme on peut le voir, le texte de la version française est plus long que l’original. Ce n’est pas que la langue française soit si peu concise, mais c’est que j’ai rajouté – un peu à la manière de Dario Fo – en manière de refrain un petit quatrain, tiré du folklore populaire contemporain de Wallonie.

« Et ric et rac,
On va squetter l’baraque !
Et rac et ric,
On va squetter l’boutique ! »

C’est en fait en soi une chanson complète, disons une antienne, une rengaine que chantent les manifestants en colère, annonçant leur intention de faire de gros dégâts s’ils n’obtiennent pas satisfaction. C’est l’expression pure de la colère populaire ; elle veut dire grosso modo : « On va tout foutre en l’air » ; c’est le feulement du tigre, le grondement du séisme qui monte du centre de la Terre, c’est le chant des Canuts : « on entend déjà la révolte qui gronde ». Ce chant accompagnait les grandes manifestations très dures (il y eut des morts) de l’hiver 1960-1961, quand la Wallonie a failli obtenir son indépendance. Finalement, la manœuvre politique n’a fait que renverser le gouvernement belge… et un autre s’est empressé de prendre sa place ; c’est ce que raconte si bien la chanson. Voilà, nous sommes plus de cinquante ans plus tard et l’affaire n’est toujours pas réglée. Et la Wallonie, très largement minoritaire au nombre d’habitants et donc aux élections, au nombre d’élus – dans toutes les structures nationales, elle souffre d’un sous-investissement systématique, d’une sorte de mépris national et paye toujours plus cher son enfermement dans la Belgique sous domination flamande. Tout cela se traduit par une misère grandissante (qu’on essaye de camoufler), par la disparition massive d’emplois, la dégradation se marque dans les paysages urbain et périurbain, on annonce une pénurie de médecins…Voilà pourquoi dans les manifestations, on entend de plus en plus « Et ric et rac… ». À propos de la chanson de Dario Fo elle-même, on comprendra à ce qui précède qu’elle est tout à fait en syntonisation avec la situation contemporaine de nos régions.

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, ce « Et ric et rac » pourrait bien devenir un cri de ralliement à l’échelle de l’Europe entière. Quand on voit ce qu’ils font aux Grecs et qu’ils essayent d’imposer partout ailleurs sur le continent, sans compter le reste du monde. Européens, regardez ce qu’ils font aux Grecs, ils vous le feront bientôt ! Tu as donc bien fait de rajouter ce petit refrain, il pourra servir. Quant à nous, reprenons notre tâche et tissons, autant que nous pourrons, le linceul de ce vieux monde arnaqueur, exploiteur, rusé, flagorneur, écraseur et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Peuple de toujours au boulot assidu,
Couillonné depuis dix mille ans et plus,
Piétiné, divisé,
Raillé et roulé,
Combien de fois as-tu explosé
Et t’es-tu jeté tête baissée dans la bagarre
Et as-tu foutu en l’air toute la baraque ?

Et ric et rac,
On va squetter l’baraque !
Et rac et ric,
On va squetter l’boutique !

Et combien de fois as-tu coupé
Les têtes bâtardes des maîtres.
Mais le m
aître sans attendre pâques et trinité
Est toujours ressuscité.
Alléluia !
Toujours il est reparu.
Alléluia
 !
Comme avant, encore une fois, oh ! Miracle, il est revenu !
Alléluia
 !
Avec des flagorneries, avec des cabrioles,
Avec des bons mots, avec des crocs en jambe,
Avec des préfets, avec des prêtres !
Alléluia
 !
Avec des réformes, avec des chiquenaudes,
Avec des policiers, avec des juges ,
Comme avant, toujours, est revenu le maître !
Alléluia
 !
Comment y est-il parvenu?
Le truc est archiconnu.
Dans cette histoire,
Cherchons à comprendre,
Ensemble au moins une fois à comprendre
À découvrir le pourquoi
De ce truc-là.

Et ric et rac,
On va squetter l’baraque !
Et rac et ric,
On va squetter l’boutique !



vendredi 14 octobre 2016

Le Sâr Rabindranath Duval

Le Sâr Rabindranath Duval



Pierre Dac et Francis Blanche – 1957 (version 1960)
https://www.youtube.com/watch?v=JXbn_XvPGHE





Lucien l’âne mon ami, en ce jour de gloire où il m’est arrivé de retrouver le texte de ce sketch mémorable entre tous de Pierre Dac et Francis Blanche et de constater qu’on y trouve une des devises les plus antimilitaristes qui soit, je me suis empressé de la présenter dans les Chansons contre la Guerre. Car, vois-tu, le rire est une des manifestations les plus nettes de la joie des hommes et par conséquent, un grand moment de pacifique détente.

Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, moi, a priori, je suis toujours enthousiaste à l’idée d’entendre ou de voir ou même de lire les élucubrations de Pierre Dac et Francis Blanche. Ce sont des moments fastueux dans l’existence d’un âne.
Et le Sâr Rabindranath n’échappe pas à la règle. Pour ce qui est de l’insérer dans les chansons contre la Guerre, comme je te le disais, il y a là une phrase qui pourrait servir de devise au site lui-même. Je veux parler de cette réplique de Francis Blanche, qui énonce : « Brahma la Guerre et Vishnou la Paix ».
Tout un programme. J’ai entendu dire que c’était un des grands moments du spectacle comique français. Un de ces numéros qu’on ne se lasse pas d’entendre.

Voici deux mots de ce qu’en dit le grand Wiki : « Le Sâr Rabindranath Duval est un des plus célèbres sketchs comiques créés par Francis Blanche et Pierre Dac. C'est une parodie des numéros de divination, qui met en scène un mage, un fakir quasiment nu, assis en tailleur sur un plateau, lequel repose sur un pied, une sorte de guéridon et son assistant, portant turban et une tenue censée être indienne.
Faux folklore, faux fakir, fausse Inde, faux numéro qui dénonce de vrais escrocs et quand on connaît les duettistes, deux maîtres de l’humour, quand on se souvient des chansons que Pierre Dac écrivait et interprétait contre les nazis et leurs alliés, on imagine que cette parodie doit aussi être vue comme une parabole et qu’elle déborde le petit monde du spectacle pour s’étende à d’autres domaines du monde : la religion, par exemple ; ce « Votre Sérénité » rappelle singulièrement « Votre Sainteté » et toutes les appellations honorifiques dont on affuble les grands de ce monde : éminence, majesté, grandeur et autres rodomontades protocolaires.

Arrêtons-nous là, Marco Valdo M.I. mon ami, si tu veux bien et laissons dire les eux comparses. Quant à nous, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde religieux, protocolaire, conformateur et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






Mesdames, mesdemoiselles, messieurs,

– J’ai le grand plaisir honorifique de vous présenter ce soir, tout à fait exceptionnellement dans le plus simple appareil, une beauté qu’on vient d’arracher, à on ne sait pas à quoi d’ailleurs ! … de vous présenter le Sâr Rabindranath Duval, qui est le descendant authentique des grands Sârs, des grands visionnaires de l’Inde ! Votre Sérénité…

– Hum ! Hum !

– Vous avez bien dîné déjà ? Bon ! 
– Vous descendez des grands Sârs de l’Inde ?

– Oui.

– Vous êtes né dans l’Inde ?

– Je suis né dans l’Inde.

– À quel endroit de l’Inde ?

– Châteauroux.

– À Châteauroux ! Extraordinaire ! Vraiment ! D’ailleurs, je crois savoir de source sûre que votre père était hindou.

– Hindou, oui.

– Votre grand-père ?

– Hindou.

– Et votre arrière-grand-père ?

– C’était un dur.

– Voilà, donc par conséquent, il a depuis de longues années la pratique de la vision hindoue. Dites–moi, Votre Sérénité, vous avez le don de double vue ?

– Oui, je vois double.

– Il voit double ! Je m’en doutais un peu d’ailleurs ; vous voyez donc, mais c’est héréditaire ?

– Héréditaire !

– C’est atavique.

– Non, c’est à moi !

– Je veux dire, c’est congénital !

– Non, c’est quand j’ai trop bu.

– Il faut dire, je tiens absolument à préciser, que Sa Sérénité fait de grands exercices tous les jours, quotidiennement presque, pour conserver son don de double vue.
Il fait le yoga, n’est-ce pas ?  Vous faites le yoga ?

– Oui, oui.

– C’est le yoga de…

– La Marine !

– Et il surveille également de très près son alimentation.

– Quelle est votre alimentation ? Qu’est–ce que vous prenez pour votre dîner ?

– Uniquement de la cuisine à l’huile.

– La cuisine des Sârs ?

– La cuisine des Sârs, oui !

– Oui, mais pourquoi ?

– Parce que les Sârs dînent à l’huile !

– Les Sârs dînent à l’huile ! Vraiment, ce n’est pas trop tiré par les cheveux du tout parce qu’il n’en a plus ! Alors, si vous permettez, nous allons nous livrer sur quelques personnes de l’assistance publique, à des expériences tout à fait extraordinaires. Votre Sérénité, je vais vous demander de vous concentrer soigneusement…

– Voilà ! Vous êtes concentré ?

– Je suis concentré.

– Il est concentré, comme on dit chez Nestlé… parfait. Votre Sérénité, concentrez–vous bien, vous êtes en transe ?

– Oui, je suis en transe napolitaine.

– En transe napolitaine ? Votre Sérénité, concentrez–vous bien, et dites–moi, je vous prie, quel est le signe zodiacal de monsieur ?

– Monsieur est placé sous le double signe du Lion et du fox à poil dur.

– Oui, dites–moi quel est son caractère ?

– Impulsif, parallèle et simultané.

– Quel est son avenir ?

– Monsieur a son avenir devant lui, mais il l’aura dans le dos, chaque fois qu’il fera demi-tour.

– Il est vraiment extraordinaire ! Voulez–vous me dire, à présent, quel est le signe zodiacal de mademoiselle ?

– Mademoiselle est placée sous le triple signe bénéfique de la Vierge, du Taureau et du Sagittaire avant de s’en servir.

– Ah ! C’est ça. Il a raison ! Il a mis dans le mille, n’est-ce pas ? Il a mis dans le mille, comme disait Jean-Jacques Rousseau. Votre Sérénité, au lieu de vous marrer comme une baleine…
Excusez–nous, Sa Sérénité est en proie aux divinités contraires de l’Inde : Brahma et Vishnou. Brahma la guerre et Vishnou la paix. Voulez–vous me dire, s’il vous plaît, Votre Sérénité, quel est l’avenir de mademoiselle ?

– L’avenir de mademoiselle est conjugal et prolifique.

– Ah ! Prolifique ?

– Oui.

– Qu’est–ce que ça veut dire ? Elle aura des enfants ?

– Oui.

– Des enfants ?

– Des jumelles.

– Des jumelles !!! Combien ?

– Une paire avec la courroie et l’étui !

– Voulez–vous, à présent, je vous prie, me dire quel est le signe zodiacal de monsieur ?

– Ce monsieur est placé sous le signe de Neptune, Mercure au chrome.

– Quels sont ses goûts ?

– Monsieur a des goûts sportifs.

– Son sport préféré ?

– Le sport cycliste.

– Bien. Qu’il peut pratiquer sans inconvénient ?

– Oui, mais à condition toutefois de se méfier.

– Se méfier. De qui ? De quoi ?

– De certaines personnes de son entourage qui prétendent que sa compétence dans le domaine de la pédale exerce une fâcheuse influence sur son comportement sentimental.

– Ah ! Encore une fois vous avez mis dans le mille. Mais, dites–moi, qu’est–ce que vous lui conseillez municipal ?

– Je lui conseille vivement de changer de braquet et de surveiller son guidon.

– Votre Sérénité, tout à fait autre chose à présent. Pouvez–vous me dire quel est le sexe de monsieur ?

– Masculin.

– Oui. Vous êtes certain ?

– Oui. Vous pouvez vérifier.

– Non, non, on vous croit sur parole ! Et dites–moi, quelle est sa taille ?

– Un mètre soixante-seize : debout, un mètre cinquante-six : assis, zéro mètre
quatre-vingt-trois : roulé en boule.

– Et dites–moi, il pèse combien ?

– Oh… deux fois par mois !

– Non, non ! Excusez le Sâr, il ne comprend pas bien le français. Je vous demande quel est son poids : p.o.i.x. ?

– Soixante-douze kilos cinq cents ! Sans eau, sans gaz et sans électricité.

– Oui, dites–moi quel est le degré d’instruction de monsieur ?

– Secondaire.

– Oui. Est–ce que monsieur a des diplômes ?

– Oui, monsieur est licencié GL.

– Licencié GL ? Qu’est–ce que ça veut dire ?

– Ça veut dire qu’il travaillait aux Galeries Lafayette et qu’on l’a foutu à la porte.

– S’il vous plaît, Votre Sérénité, concentrez-vous bien, combien monsieur a-t-il de dents ?

– Trente dedans et deux dehors !

– Voilà très bien ! Monsieur a-t-il des complexes ?

– Oui ! Monsieur fait un complexe… À certains moments, il prend sa vessie pour une lanterne.

– Et alors ?

– Et alors, il se brûle !

– Dites-moi, Votre Sérénité, nom d’un petit bonhomme, dites-moi de quelle nationalité est madame ?

– Française.

– Oui. Et son père ?

– Esquimau !

– Et sa mère ?

– Pochette surprise !

– Très bien !… Et ta sœur ?

– Ma sœur, elle bat le beurre et quand elle battra (la merde, tu lécheras le bâton) …

– Bon, bon, oui, ça va ! – Escroc, voleur !

– Espèce de mal élevé, mauvaise éducation, excusez-le. Il n’y a pas longtemps… Il en a une touche là-dessus. Tiens, encore il y a trois ans, il n’avait même pas un plateau, il avait directement le pied de la table… Mais enfin, ça, c’est autre chose… Votre Sérénité, pouvez-vous me dire, s’il vous plaît … ?

– Oui !

– Euh !

– Quoi ?

– Qu’est-ce que vous pouvez me dire ?

– Je peux vous dire que vous ne savez plus votre texte…

– Si vous étiez intelligent, dites-moi donc ce que je dois vous demander à présent ? Votre Sérénité, pouvez-vous me dire, c’est très important, concentrez-vous, pouvez-vous me dire quel est le numéro du compte en banque de monsieur ?

– Oui.

– Vous pouvez le dire ?

– Oui ! !

– Vous pouvez le dire ?

– Oui ! ! !

– Il peut le dire ! ! ! Bravo ! Il est extraordinaire, il est vraiment sensationnel. Votre Sérénité, quelle est la nature du sous-vêtement de monsieur ?

– Monsieur porte un slip.

– Oui. De quelle teinte ?

– Saumon fumé.

– Tiens, tiens, en quoi est–il ?

– En chachlik mercerisé.

– Ah ! Il a un signe particulier ?

– Oui. Il y a quelque chose écrit dessus.

– Quoi donc ?

– Suivez la flèche.

– C’est merveilleux. Tout à fait extraordinaire ! ! ! Votre Sérénité, monsieur que voici, que voilà, a-t-il un signe particulier ?

– Oui, un tatouage.

– Ah ! Un tatouvage ! Très intéressant ! C’est bien exact ? Je ne le lui fais pas dire ! C’est bien exact ! Et où se trouve situé le tatouvage de monsieur ?

– Je suis extrêmement fatigué, je m’excuse…

– Allons, allons, voyons… Monsieur Schumacher !

– … C’est très délicat et je suis fatigué.

– Il est dans un état épouvantable, excusez-le. Votre Sérénité, je vous demande où se trouve situé le tatouvage de monsieur ?

– Le tatouage de monsieur est situé à un endroit que l’honnêteté et la décence m’interdisent de préciser davantage.

– Qu’entendez-vous par là ?

– Par là, je n’entends pas grand–chose.

– Je vous prie de vous concentrer davantage, espèce de malotrou ! Alors, que représente le tatouvage de monsieur, s’il vous plaît ?

– Bon ! Le tatouage de monsieur représente… Enfin lorsque monsieur est en de bonnes dispositions, le tatouage représente : d’un côté, la cueillette des olives en Basse-Provence, et de l’autre, un épisode de la prise de la Smalah d’Abd-El-Kader par les troupes du duc d’Aumale en mil huit cent quarante-trois.

– Ah ! Parfait ! Et de plus ?

– Et c’est en couleurs !

– Et c’est en couleurs ! Bravo ! Mes félicitations, monsieur ! Vraiment, si, si, vraiment très bien ; mes compliments, madame ! Madame a de la lecture pour les longues soirées d’hiver, c’est parfait. Votre Sérénité, vraiment, vous avez été extraordinaire, c’est vrai, vraiment, il est vareuse… il est vareuse…

– Quoi ? …

– Non, il est unique, pardon, je me suis trompé de vêtement, mais ça ne fait rien. Il ne me reste plus qu’à envoyer des baisers à l’assistance publique. 

Bonsoir Mesdames, bonsoir Mesdemoiselles et bonsoir Messieurs !

mardi 11 octobre 2016

Le Rêve de Guillaume sur papier


Le Rêve de Guillaume sur papier







Après Dachau Express, voici un autre livre de Marco Valdo M.I. : c’est le premier tome des Histoires d’Allemagne ; il s’intitule Le Rêve de Guillaume et couvre les années 1900 à 1919.

Ce qu’il faut absolument dire ici, ce qui mérite d’être dit et souligné ici, c’est que sans les Chansons contre la Guerre (C.C.G.), cette édition papier n’aurait sans doute jamais existé puisque toutes les chansons et tous les textes (ou presque) qui y figurent viennent en droite ligne des C.C.G. Ils y ont été conçus et ils y ont grandi ; l’auteur y a aussi appris à les faire.
Au final, il y a 29 chansons pour 20 années. Il y en a 9 qui sont des versions françaises de chansons allemandes, proposées ici par Marco Valdo M.I. ; pour certaines, il a même fallu faire la version française expressément afin de pouvoir les insérer dans le livre.

On y trouvera donc :

1900 – L’Été à Pékin ; 1901 – Else du Mont des Oliviers ; 1902 – Canotiers et Casques à Pointe ; 1903 – Les Pragois étaient allés à Sankt Pauli ; 1904 – Une grande Grève ; 1905 – La belle Canonnière ; 1906 – U 1, et cætera ; 1907 – Rappaport au Rapport ! ; 1908 – Une Tradition familiale ; 1909 – Un, deux, trois, quatre, cinq, six Jours ; 1910 – La Grosse Berta ; 1911 – Guillaume dessine des Bateaux ; 1912 – La Havel était lasse ; 1912 – Le Crabe et le Kangourou ; 1913 – Le Monument ; 1914 – Boue, Bombe, Bruit et Brouillard ; 1915 – Casques à Pointe et Casques d’Acier ; 1915 – Lili Marlène ; 1916 – À la Prochaine ! ; 1916 – Chant des Soldats ; 1916 – Danse macabre 1916 ; 1917 – Alerte au Gaz ! Gaaz ! Gaaaz ! ; 1917 – Danse macabre en Flandres ; 1918 – La Der des Ders ; 1918 – La Légende du Soldat mort ; 1919 – Mon Michel ; 1919 – Achats ; 1919 – Guerre à la Guerre ; 1919 – La Paix.

Republier ce qui existe déjà dans les C.C.G. et sur au moins, deux blogs (Canzones et Histoires d’Allemagne) peut sembler paradoxal, mais il n’en est rien. Il y a diverses raisons à cela.

La première, c’est la demande de plusieurs amis qui souhaitaient pouvoir trouver ces Chansons contre la Guerre (en langue française) sur papier ; essentiellement par commodité de lecture. Les écrans lassent l’œil.

La deuxième, c’est le souhait de l’auteur de voir son travail présenté sous une autre forme ; peut-être aussi, son envie de faire des livres et le fait que j’aime les livres.
La troisième est une opportunité de l’évolution ; tout comme Internet avait permis la création et le développement (notamment) des Chansons contre la Guerre (et d’un milliard d’autres sites, blogs…), les nouvelles formes d’édition sont apparues qui permettaient de publier des livres sans disposer de grands moyens financiers et pour tout dire, sans moyen. C’est une forme d’édition libre qui naissait. Concrètement, je suis mon propre éditeur, mais également, celui qui écrit les textes, les compose, les met en page, les corrige ; il n’y a que les imprimer que je ne fais pas. Ce travail artisanal se rapproche assez de celui du peintre, du sculpteur. Évidemment, tout ceci n’est possible que parce qu’un imprimeur peut – grâce à des nouvelles techniques – proposer une impression à la demande, un exemplaire à la fois et à un prix raisonnable à l’exemplaire. Ainsi, chaque personne qui le souhaite peut publier un livre (mais il faut évidemment pouvoir faire, c’est-à-dire concevoir et écrire un livre, ce qui est un autre sujet), mais aussi peut commander directement son exemplaire du Rêve de Guillaume à l’imprimeur et régler son dû à l'imprimeur.
Une des conséquences de cette manière de faire est qu’il ne se trouvera pas des paquets de ce livre sur les étals des libraires, sauf si un libraire particulièrement enthousiaste décide de le faire dans sa librairie.
On me demande souvent si je fais ces livres pour gagner de l’argent… Avec ce système de vente à l’exemplaire, c’est à peu près impossible ; mais en fait, comme disait mon grand-père, ce n’est pas le but du jeu ; traduction : on s’en fout. Dès lors, il est clair qu’on ne pousse pas à la consommation : lit qui veut.

Une autre raison de cette publication est que les Histoires d’Allemagne avaient été conçues sur une durée de plusieurs années et apparaissaient dispersées et perdaient une bonne part de leur vitalité en raison-même de cet éparpillement. Il convenait d’y mettre de l’ordre et de les rassembler en un ensemble structuré.

Bonne idée car en les regroupant, il est apparu que ces chansons jouaient un rôle de catalyseur de la réflexion sur ce qui est actuellement le « problème central de l’Europe » : l’Allemagne.

L’Allemagne qui fut le Rêve d’Otto (von Bismarck) est déclinée ici en six rêves qui prolongent celui du premier chancelier. Tous ces rêves tendent vers le même but : la Grande Allemagne.
On commencera ici par celui de Guillaume II, qui est donc un chapitre du déroulement du rêve allemand. Comme on sait, il se terminera par un épouvantable désastre.
L’unification allemande était certes un rêve et aurait pu être un rêve réussi, s’il n’y avait une question de méthode : la méthode militaire, l’usage de la force, l’ambition territoriale, le nationalisme et la guerre étaient des erreurs tragiques.
L’idée était bonne, excellente même, mais la méthode absolument exécrable. C’est ainsi qu’on finit par mourir pour des idées…

D’autres volumes sont prévus. On en reparlera.


Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.


On peut le trouver à l'adresse :

http://www.publier-un-livre.com/fr/le-livre-en-papier/261-le-reve-de-guillaume

lundi 10 octobre 2016

Le Mambo du Légionnaire


Le Mambo du Légionnaire


Chanson française – Le Mambo du LégionnaireJean Yanne1958








Dialogue maïeutique

Lucien l’âne mon ami, je viens de retrouver quelques chansons de Jean Yanne et je me rends compte qu’elles ne sont pas dans les Chansons contre la Guerre, alors que de toute évidence, elles devraient s’y trouver. Au double tertre de chanson folklorique et comme il se doit – au moins pour celle-ci – résolument contre la guerre, même si comme disait un commentateur éclairé, même à la lumière du jour, cela ne se voit pas. Laissons passer la nuit et on comprendra.

Pourtant, habituellement, dans la critique, Jean Yanne n’y va pas par quatre chemins, dit Lucien l’âne aux yeux éberlués comme s’il voyait un âne monter droit dans le ciel en emportant un barbu.

En effet, Jean Yanne, ordinairement n’y va pas par quatre chemins. Là, tu as raison, Lucien l’âne mon ami, mais ici, non. Il n’y va ni par quatre, ni par un, chemins, mais même il n’y va pas du tout. Je m’explique, car je vois ton désarroi. C’est sa manière. En apparence, il a l’air de raconter n’importe quoi, une histoire pseudo-moyen-orientale de légionnaire et de désert, de chameliers et de mousmés. Une vue teintée de nostalgie post-coloniale. Et elle le serait, n’était la dose d’acide comique et ironique qu’elle contient. En clair, c’est un tableau ravageur, un monument de moquerie à l’égard de la colonisation française et de son bras armé, la Légion étrangère. C’est une chanson aussi peu militariste que Le Déserteur de Boris Vian, qui date d’ailleurs de la même époque. Quoique ! L’année 1958, date du Mambo du Légionnaire, est le moment où la Guerre d’Algérie s’intensifie et où a lieu le coup d’État, parti d’Alger et la venue au pouvoir du Général De Gaulle. D’ailleurs, au récital de Nîmes où Jean Yanne fait la première partie de Dalida (une chanteuse à la mode pendant une grande partie du siècle), les Légionnaires présents dans la salle vont tellement peu apprécier sa chanson qu’il n’aura que le temps de s’échapper. Pourtant, on dirait une sorte de prospectus touristique… Évidemment, on dirait seulement. Car, déjà, un mambo du légionnaire, c’est un peu la Java de Jésus, c’est comme on dit par ici et maintenant : « c’est du foutage de gueule ». Et tout le reste à l’avenant. Je ne sais si les légionnaires ont décortiqué le texte jusque là, mais ils ont immédiatement senti ce dont il s’agissait. D’autant que de « mambo », on peut toujours chercher, il n’y en a pas ; la toccata et le chanteur sont carrément (et volontairement) sinistres.

Bon, alors écoutons là. Puis, on reprendra notre tâche et on tissera à quatre mains le linceul de ce vieux monde empli danseuses, de légionnaires, de toccatas, de chameaux et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Pour en revenir à ce que je disais avant les vacances, je voudrais vous chanter une chanson qui remonte aux sources, c’est-à-dire une chanson inspirée par le folklore.
Le folklore est une des bases fondamentales de la chanson humanitaire et sociale et je trouve bien triste qu’il ne soit pas mieux considéré, qu’il n’est. En effet, le folklore est généralement bien considéré, mais uniquement dans son pays d’origine. Ce qui fait que si on prend pour exemple une chanson anglaise comme le « God save the King ! », on constate que c’est une chanson qui a un énorme succès en Angleterre, mais qui en France, n’a presque pas de succès du tout. Sauf de temps en temps, à l’occasion de certaines réunions sportives et encore faut-il que ce jour-là, il y ait des Anglais sur le terrain.
Je trouve ça infiniment dommage et c’est pour redonner ses lettres de noblesses au folklore que j’ai voulu m’inspirer des thèmes folkloriques du Gabon pour écrire une chanson en contrepoint que j’ai dédiée au Docteur Schweitzer et que j’ai intitulée « Le Mambo du Légionnaire ».



Sur un piano systématiquement faux,
Le légionnaire énigmatiquement beau
Jouait, jouait pour oublier ses tourments
La toccata qu’il aimait tant.

Une danseuse exceptionnellement belle,
Avec des hanches sensationnellement telles
Qu’on aurait dit un souple tanagra,
Dansait, dansait au son de la toccata.

Le simoun hurlait sur les dunes qui coulaient,
Le sable caracolait sur les galets qui roulaient
Sous les palmiers qui penchaient
Leur tronc qui se desséchait.

Le sirocco se fâchait et faisait des ricochets
Quand le vent soufflait, que la tempête ronflait
L’eau n’avait pas de reflet, les sources se camouflaient
Et le désert s’étendait.

Sous le bruit crescendo du tonnerre qui montait
Quand les éclairs descendaient,
Le soleil dardait ses rayons sur les oueds,
Des moustiques cavalcadaient, fous comme des farfadets.

Des chameliers qui passaient, les cheveux se hérissaient
Car devant eux se dressaient des mirages qui plus
Est, ce qui prouvait que lorsqu’on ne pouvait plus
Marcher si l’on avait mal aux pieds, on en crevait.

Car le sable faisait des tombes pour ceux qui décédaient
Dans ce curieux bled où dès le matin, on entendait :

Mambo

Sur un piano systématiquement faux,
Le légionnaire énigmatiquement beau
Jouait, jouait pour oublier ses tourments
La toccata qu’il aimait tant.

Une danseuse exceptionnellement belle,
Avec des hanches sensationnellement telles
Qu’on aurait dit un souple tanagra,
Dansait, dansait sous le ciel du Sahara.

Gaga désopilant

Ah, Sahara ! Sahara ! Sahara !
Tant que les mousmés et les légionnaires
Ah, Sahara ! Sahara ! Sahara !
Pourront faire des fugues et des toccatas.