mercredi 22 juillet 2015

COLTAN

COLTAN

Version française – COLTAN – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – ColtanAndrea Sigona – 2015




Poussière sur poussière
Faim comme faim
Noir comme le démon
Noir comme goudron


Lucien l'âne mon ami, avant d'aborder la chanson elle-même, je te ferai remarquer que c'est la première fois que nous entrons dans le labyrinthe des CCG par le portail en français… Comme tu sais, antérieurement, il nous fallait passer par l'italien… Certes, cela ne nous gênait nullement, mais ce devait être un fameux obstacle pour bien des locuteurs de langue française…



Il me semble à moi aussi… C'est donc un jour à marquer d'une pierre blanche...



Et pas noire, en tous cas, comme tu vas le voir avec la chanson sur le coltan. Une étrange chanson pour laquelle il te faudra, Lucien l'âne mon ami, ouvrir grand ta machine à penser, ton cerveau. Car il y a derrière elle des implications qui ne se distinguent pas à première vue. En bref, il s'agit de répondre à deux questions : qu'est-ce que le coltan et que vient-il faire ici dans les chansons contre la guerre ?



Pour ce qui est du coltan, je sais bien de quoi il s'agit ; j'en ai assez porté sur mon dos. Je t'accorde que c'était il y a longtemps et que peut-être était-ce un autre minerai que la colombite-tantale ; en tous cas, un de ces minerais noirs , mais d'un noir qu'on aurait cru mes sabots ou un bloc d'encre de Chine. Bref, des cailloux noirs tirés d'un sol noir…



Généralement, par des Noirs… C'est bien lui et ses mines se situent principalement au Congo. On dit que c'est un minerai stratégique… C'est tout dire. Un minerai stratégique a cette particularité de déclencher des luttes terribles pour sa possession. Et c'est bien ce qui se passe encore aujourd'hui avec le coltan. On raconte que la guerre ou les guerres qui se déroulent pour lui auraient fait la bagatelle de six millions de morts, sans compter les morts-vivants que sont ceux qu'il a blessés et ceux qui encore y perdent leur vie au travail. Telle est en gros la raison de sa présence ici dans les Chansons contre la Guerre. Il y a toute une littérature à ce sujet… Je t'y renvoie en commençant par l'article Coltan dans wiki ou par un article sur le sujet, tel que Le massacre d’un peuple pour le « bonheur » du monde (http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/rd-congo-le-massacre-d-un-peuple-139469).



En résumé, c'est un nouvel épisode de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour les obliger à générer des profits, afin d'accroître leurs richesses encore et encore jusqu'à ce que mort s'ensuive – celle des autres, bien entendu.



Cependant, Lucien l'âne mon ami, cette chanson a un autre aspect que je t'invite à découvrir et c'est le fait que le protagoniste de la chanson, celui qui nous parle au travers de la chanson, c'est le coltan lui-même… On pourrait même l'appeler « Lamentation du coltan »… Du moins, c'est ainsi que je la comprends et que j'en ai fait la version en langue française.






Je m'en vais de ce pas vérifier ce que tu me racontes e et puis, ensemble, reprenons nos habitudes et tissons le linceul de ce vieux monde exploiteur, profiteur, assassin, extorqueur et cacochyme.






Heureusement !






Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane







Moi qui n'ai jamais vu le soleil
Au-delà de la chaleur et ses pierres
Moi qui n'ai jamais vu la mer
Avec toute sa soif
Moi qui n'ai jamais vu l'ombre
Car l'ombre a ses contours
Moi qui n'ai jamais vu l'aube
Et la saison des souvenirs


Poussière sur poussière
Noire comme le noir
Pour deux sachets d'or
La paye l'étranger


Moi qui n'ai jamais vu des yeux
La couleur du coucher de soleil
Moi qui n'ai jamais vu un baiser
Le secret de son visage
Et cette terre est dure
Aucune fleur n'est jamais arrivée
Des mains comme des pales au vent
De quel ventre suis-je jamais né


Poussière sur poussière
Faim comme faim
Noir comme le démon
Noir comme goudron


Moi qui n'ai jamais vu la lumière
Aucun ciel sans une chambre
Maudites multinationales
Qui ont éteint mon espoir
Moi qui n'ai jamais vu le soleil
Au-delà de la chaleur et ses pierres
Moi qui n'ai jamais vu la mer
Avec toute sa soif

Poussière sur poussière
Terre sans eau et grain
Si pouvaient suffire deux notes






samedi 18 juillet 2015

La Moribonde


La Moribonde

Chanson de langue française – La Moribonde – Marco Valdo M.I. – 2015
Parodie de la chanson – Le Moribond – Jacques Brel – 1961 – Jacques Brel – 1961





Adieu Berlin, je ne t'aimais pas bien.
Adieu Berlin, je ne t'aimais pas bien, tu sais.
J'en crève de crever aujourd'hui
Alors que toi, tu es bien vivant
Et plus solide que l'ennui.







Je vois, Marco Valdo M.I. mon ami, à son titre que ta chanson raconte des choses terribles et que c'est une femme ou une personne féminine qui en est la protagoniste. Et, comme je connais assez bien le répertoire de Jacques Brel, j'imagine que cette moribonde parle de sa fin, de sa disparition et de son enterrement. Je pense bien en outre qu'elle entend régler ses comptes avant de s'en aller. Mais, dis-moi, qui est-elle, cette moribonde ?


D’abord, Lucien l'âne mon ami, tu as raison, c'est bien une parodie… Tu connais mon goût et celui de la chanson populaire pour les parodies… Donc, c'est une parodie d'une chanson du Grand Jacques, comme on l'appelle ici chez nous. Une parodie du moribond… Chez Brel, elle raconte l'histoire d'un homme qui se sent partir dans le néant et qui, en effet, comme tu l'as bien dit, règle ses comptes avec son entourage : son ami, le curé, l'amant de sa femme et sa femme. Il leur dit leurs quatre vérités. Par ailleurs, c'est un mourant dont on ne dit jamais le nom dans la chanson, une sorte de figure anonyme et générale : « Le » moribond, un personnage de la grande comédie humaine. Mais ce n'est pas du tout le cas dans ma chanson. La moribonde, même si on ne dit jamais son nom, il est aisé de savoir de qui il s'agit. Il s'agit tout simplement de l'Europe en train de mourir. À ce sujet, nous ne sommes pas les seuls à le penser ; j'en tiens pour exemple la revue italienne Micro-Mega et son article de tête : « La pagnotta del Quarto Reich. Luglio 2015: il mese che ha riaperto la questione tedesca » [http://temi.repubblica.it/micromega-online/la-pagnotta-del-quarto-reich-luglio-2015-il-mese-che-ha-riaperto-la-questione-tedesca/]



L'Europe en train de mourir ? En voilà une histoire. Ainsi, tu joues ton Bossuet… « L'Europe se meurt, l'Europe est morte » aurait d'ailleurs pu être une autre parodie.


C'eût pu et cela sera peut-être, si j'ai le temps… Ce serait pas mal de reprendre l'oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre telle que la fit l'Aigle de Meaux en 1670. Pas tout, ce serait un immense pensum ; cependant cet extrait me paraît s'y prêter :
« O nuit désastreuse! ô nuit effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle: Madame se meurt, Madame est morte! Qui de nous ne se sentit frappé à ce coup, comme si quelque tragique accident avait désolé sa famille? Au premier bruit d'un mal si étrange, on accourut à Saint-Cloud de toutes parts; on trouve tout consterné, excepté le cœur de cette princesse. Partout on entend des cris, partout on voit la douleur et le désespoir, et l'image de la mort. Le roi, la reine, Monsieur, toute la cour, tout le peuple, tout est abattu, tout est désespéré, et il me semble que je vois l'accomplissement de cette parole du prophète: Le roi pleurera, le prince sera désolé, et les mains tomberont au peuple, de douleur et d'étonnement. »
Mais ce n'est pas cela en ce qui tient à la chanson. On serait plus proche pour en rester aux classiques du laboureur et ses enfants de La Fontaine :
« Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins... ».
Bref, en ce beau matin de juillet, l'Europe se réveille moribonde et s'adresse à quelques-uns des États qui la composent (mais l'avertissement vaut pour tous : REGARDEZ CE QU'ILS FONT AUX GRECS, ILS VOUS LE FERONT DEMAIN) et les interpellant du nom de leur capitale. Elle plaint la Grèce de son destin d'esclave, elle reproche à la France son inertie, elle annonce à Bruxelles la fin de son rôle de capitale européenne et enfin, elle dit à Berlin, qu'elle se meurt de ce que l'État allemand poursuit le rêve d'Otto von Bismarck, c'est-à-dire la conquête par n'importe quel moyen de tout le continent.


Eh bien, on n'a pas fini de rire, dit Lucien l'âne en frémissant de toute son échine et en relevant tel un plumeau sa queue vengeresse. Par ailleurs, tu as raison de dire par n'importe quel moyen… pour l'instant, ils ne sont pas militaires, mais il est vrai que – tant qu'on acceptera ces soi-disant contraintes budgétaires, dettes et autres fariboles financières – les capitaux suffiront à étrangler les gens ; le mécanisme est simple : je te prête de l'argent pour que tu achètes mes produits ; je te pousse à la surconsommation ; puis, comme tu ne peux plus faire face aux échéances, je t'étrangle et je te saisis tout à vil prix. En fait, on traitait déjà ce point dans tes Histoires d'Allemagne [[45577]]

« Avec la même insouciance moutonnière
Des troupeaux qu'on mène à l'abattoir
Marche maintenant l'Europe entière
Accomplissant le rêve d'Otto ou plutôt, son cauchemar. »


Heureusement, on peut encore penser que Don Quichotte [[41719]], Rossinante, Sancho, le plat à barbe et moi-même l'âne, pourrons faire obstacle à la PanzerKommission…
« Votre Grande Europe n'est pas notre destin.
Faibles, pauvres, nous sommes l'Europe de demain. 
»
Pour le reste, reprenons notre tâche et tissons contre vents et marées le linceul de ce vieux monde hanté par les fantômes, caporalisé, dressé, tétanisé et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Adieu Athènes, je t’aimais bien.
Adieu Athènes, je t'aimais bien, tu sais.
J'ai mangé, j'ai bu tous tes vins ;
J'ai fait danser toutes tes filles ;
J'ai conduit à la ruine ta famille.
Adieu Athènes, je vais mourir, tu sais.
C'est dur de mourir au printemps
Mais je pars aux fleurs désespérée,
Car vu que tu es à genoux maintenant,
Je sais qu'ils te prendront même tes musées.

Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Je veux qu'on s'amuse comme des fous,
Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Quand c'est qu'on me mettra dans le trou !

Adieu Paris, je t’aimais bien.
Adieu Paris, je t'aimais bien, tu sais.
Tu aurais dû virer de bord,
Tu aurais dû changer de chemin,
Mais tu n'as pas quitté ton port.
Adieu Paris, je vais mourir tu sais.
C'est dur de mourir à l'été,
J'en crève de crever à présent,
Alors que toi, tu perds ton temps.
Je sais qu'ils viendront au printemps

Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Je veux qu'on s'amuse comme des fous,
Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Quand c'est qu'on me mettra dans le trou !


Adieu Bruxelles, je t'aimais bien.
Adieu Bruxelles, je t'aimais bien, tu sais.
Moi je prends le train pour le néant,
Tu prendras le train après le mien,
Mais on prend tous un train suivant.
Adieu Bruxelles, je vais mourir,
C'est dur de mourir à l'automne, tu sais,
Mais je pars aux fleurs sans hésiter
Car vu ce que je t'ai donné jusqu'à présent
Je sais que tu pleureras le bon vieux temps.

Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Je veux qu'on s'amuse comme des fous,
Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Quand c'est qu'on me mettra dans le trou !


Adieu Berlin, je ne t'aimais pas bien.
Adieu Berlin, je ne t'aimais pas bien, tu sais.
J'en crève de crever aujourd'hui
Alors que toi, tu es bien vivant
Et plus solide que l'ennui.
Adieu Berlin, je vais mourir,
C'est dur de mourir en hiver, tu sais,
Mais je pars aux fleurs sans un sourire
Car vu que tu rêves en allemand,
Je sais que tu veux tout le continent.

Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Je veux qu'on s'amuse comme des fous,
Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Quand c'est qu'on me mettra dans le trou !

mardi 14 juillet 2015

Oh ! Le Bel Accord !



Oh ! Le Bel Accord !


Chanson française – Oh ! Le Bel Accord ! – Marco Valdo M.I. – 2015

ARLEQUIN AMOUREUX – 10

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l'édition française de « LES JAMBES C'EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.



Trêve de questions, chassez les doutes !
Mach schnell ! Europa en avant toute !





Lucien l'âne mon ami, voici une chanson pas encore napoléonienne, mais presque. Bonaparte n'est encore que Consul, premier, certes, et revenu d'Égypte, vainqueur déjà des Autrichiens, il signe avec l'Anglais la paix d'Amiens. À eux la mer, à nous, la terre. Peut-être penseras-tu – je le vois au balancement de tes oreilles – que je m’égare et que mon goût pour les histoires se mue en goût pour l'Histoire. Il n'en est rien. Simplement, notre Arlecchino, alias Matthias, alias… vivait en ce temps-là et cette Paix d'Amiens de 1802 est une sorte de repère, une borne milliaire. Ainsi, elle nous précise que nous sommes deux ans après Marengo ; deux ans que notre Matthias vagabonde en tentant quand même d'arriver chez lui, ce qui est en effet le cas. Voilà pour les histoires de note déserteur Mais ce n'est pas tout…

Et quoi d'autre encore ? Marco Valdo M.I. mon ami, tu m'intrigues.

Comment t'expliquer le sens de cette chanson que je découvre en même temps que toi ? En fait, c'est assez complexe. D'abord, par cette paix, l'Europe d'alors momentanément pacifiée, tranquille ne fait plus tant la chasse aux déserteurs. L'urgence n'est palus d'avoir des soldats et l'Autriche vaincue (qui a déjà son arrangement avec la France bonapartiste) ne pense pas encore à reprendre le combat. Mais évidemment, ça ne pourrait tarder… Pour notre Arlecchino, c'est un moment où il peut (un peu) s'assoupir et redevenir civil ; il vient d'arriver chez lui. Mais ce n'est pas tout…

Et quoi d’autre donc ? Marco Valdo M.I., mon ami, tu ne cesses de m'intriguer, encore plus que tout à l'heure…

Eh bien, c'est que cette chanson, je l'ai écrite aujourd'hui, le 14 juillet 2015 et comme tu le remarqueras à l'écoute, elle parle de l'Europe et d'un accord… et se termine sur un impératif allemand… En clair, elle parle d'aujourd'hui en parlant du passé. Il faut que tu saches, Lucien l'âne mon ami, que ce bel accord, cette paix d'Amiens où tous s'entendaient si bien et si éternellement débouchera un peu plus d'un an après sur de très effroyables guerres européennes qui dureront une dizaine d'années, puis rebondiront une soixantaine d'années plus tard (1870), puis environ cent ans après (1914), puis une vingtaine d'années (1939)… Comme tu ne l'ignores pas, les ravages furent formidables, les morts se comptent en millions.

Les soubresauts de la belle Europe ne sont pas sans danger…

De fait, Lucien l'âne, malgré tous les accords (rien qu'un autre exemple : Munich), la guerre revient. On attribue à Winston Churchill, à propos de ces fameux accords, une réflexion dont je n'ai pas gardé en mémoire la formulation exacte, mais qui dit à peu près ceci : Vous aviez à choisir entre le déshonneur et la guerre. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre. Mais, me dira-t-on, c'était à Munich et le diktat était celui d'un dictateur… Voire, il était chancelier d'Allemagne. Cependant, en effet, les soubresauts de la belle Europe ne sont pas sans danger. En fait, elle n'aime pas qu'on la domestique, qu'on la cornaque, qu'on la tance, qu'on l'asservisse. Et certains s'y emploient ; c'est imprudent. Voilà le sens profond de cette chanson. Une fois encore, c'est Cassandre, une voix perce le mur opaque du futur.

Allons, allons, Marco Valdo M.I., mon ami, garde tes oracles… Les augures sont comme les économistes, ils se trompent tout le temps.

Certes, certes, Lucien l'âne mon ami, mais rappelle-toi ce que l'on dit ici depuis des années à propos de ce qu'ils font aux Grecs et ce que nos Histoires d'Allemagne ont montré des terribles manières de certains des protagonistes de ces derniers jours (Wolfgang Schäuble était déjà là lors du dépeçage de l'Allemagne de l'Est), qui avaient été en quelque sorte rodées sur les populations de l'Allemagne elle-même. La Treuhand  les avait vendus à l'encan. On disait déjà ici que c'était le modèle de ce qui serait fait aux Grecs… et c'est bien le cas.

Je me souviens très bien de ça et j'appuie ton idée en rappelant l'antienne : « REGARDEZ CE QU'ILS FONT AUX GRECS, ILS VOUS LE FERONT DEMAIN... ». Dès lors, reprenons notre tâche et Ora e sempre : Resistenza !, tissons le linceul de ce vieux monde exploiteur, colonisateur, ottiste (je t'invente ce néologisme de ma façon : un monde ottiste, une personne ottiste… est un monde, une personne qui poursuivent le rêve d'Otto von Bismarck : la grande Europe allemande) et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



La frégate toutes voiles dehors
Par le travers du Pas de Calais
Fendait la mer et les flots, sous le vent du nord,
Amenant Lord Cornwallis signer la paix.

À Paris, une Marianne défraîchie
Saluait le frère Joseph qui s'en allait
En Amiens, plénipotentiaire, signer la paix.
L’Europe déjà se faisait. Ainsi va la vie.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Les Ottomans retrouvaient le pays de Râ.
La Patrie récupérait ses colonies. Ce n'est pas rien !
Toute une Belgique et un pied dans le Rhin.
La paix n'a pas de prix. Rule Britannia !

Oh ! Le bel accord ! Oh ! Joie unanime !
Oh ! La belle paix ! Amis à l'ouvrage !
L'Europe rubiconde a belle mine ;
La paix a un si beau visage.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Le temps de paix est une aubaine.
Les hirondelles reviennent à tire d'aile.
Les paysans sèment et s'activent sans peine.
Oui, ainsi, la vie sera belle.

Amis, foin de mollesse, l'accord est signé.
Amis d'Europe, reprenez le collier !
Trêve de questions, chassez les doutes !
Mach schnell ! Europa en avant toute !


Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

lundi 13 juillet 2015

Le Cri du Front

Le Cri du Front

Canzone française – Le Cri du Front – Marco Valdo M.I. – 2015

Ce n'était pas un cri de guerre
À peine le son
D'une tête couchée sur son front
Un soir d'août, presque hier.


Lucien l'âne, mon ami, il te souviendra que l'autre jour, j'avais traduit une chanson italienne, intitulée Natale 1914 [[50233]], que j'avais intitulée en français : Noël 1914. Elle racontait les épisodes de fraternisation qui avaient eu lieu sur le front à ce moment. Je voudrais te faire remarquer deux ou trois choses à ce propos. La première que c'est une chanson écrite par un Italien – Marco Chiavistrelli et que l'Italie n'était entrée en guerre qu'en 1915 et que de ce fait, il n'y a évidemment pas de troupes italiennes qui ont participé à ces embrassades. En fait, et c'est la seconde,de toute façon, c'étaient principalement des rencontres entre les troupes britanniques et allemandes dans ce qui est aujourd'hui le Nord-Pas-de-Calais. Ce sont des épisodes limités, autour du solstice d'hiver, à peine tolérés et qui seront étroitement surveillés pas les autorités des deux camps.


En effet, je me souviens très bien de cette chanson. Quel rapport a-t-elle avec celle que tu présentes aujourd'hui ?


Le rapport est que toutes deux relatent des épisodes de fraternisation, mais pas de la même manière et pas du même côté du front et pas le même type d'épisodes. Cette fois, il ne s'agit pas d'une trêve de Noël, celle-ci a comme lieu la Champagne et se déroule probablement en 1916 ou 1917. Dans la chanson, l'initiative de paix vient des poilus français et l'histoire est racontée par un soldat allemand. Ceci s'explique aisément par le fait que l'auteur de la nouvelle, dont la chanson est tirée, n'est autre qu'Erich Maria Remarque [[37758]], l'auteur de « À l'Ouest rien de nouveau » [[43463]], qui fut lui-même un de ces jeunes qu'on obligea à aller tuer des gens qu'ils ne connaissaient pas et qui ne leur avaient strictement rien fait. Pour en revenir à la comparaison des deux chansons, alors qu'en décembre 1914, et spécialement en ce premier Noël au front, il y avait l'idée que cette guerre serait bientôt terminée et qu'en somme, on était face à un malentendu qui serait vite résorbé, quelques années plus tard, on n'en était plus là. On n'en voyait pas la fin de cette guerre. On s'enlisait. Et la guerre devenait sur le front une sorte de routine où finalement, les soldats évitaient – dans les deux camps – de trop en faire. De là, sans doute, ces « ententes » sur le terrain et aussi, la compréhension du mécanisme fondamental de la guerre lorsque descendant ou remontant du front, les soldats croisaient ces camps ou ces colonnes de prisonniers et se rendaient compte qu'ils étaient exactement comme eux, que c'étaient leurs frères qui, comme eux, avaient été envoyés à la boucherie afin de satisfaire des intérêts supérieurs. Ils découvraient – sur le vif, quand il était encore temps pour eux – le sens profond de cette guerre et s'apercevaient qu'elle était un simple épisode de la Guerre de Cent Mille Ans [[7951]] que les riches mènent sans relâche contre les pauvres.


Donc, pour ce qui est de la chanson, ce sont les soldats français qui font les premières avances…


Exactement. Les lignes de tranchées sont proches et ils lèvent d'abord un panneau « Attention », puis, ils montrent des objets cadeaux, ici des cigarettes… Puis, un drapeau blanc… Tout le monde se comprend et commence une série d'allers-retours au milieu des barbelés. Concrètement, les soldats s'organisent pour attendre la fin de la guerre ; ils tirent pour la frime. Jusqu'à ce que la hiérarchie s'en mêle et relance le jeu de massacre. Du côté allemand, un nouveau commandant est envoyé, un dur. Dès qu'apparaît un des Français confiant des bonnes relations avec l'adversaire (littéralement, cette fois, celui d'en face), il s'empare d'un fusil et s'empresse de le tuer. Résultat : douze morts en représailles dans son camp, dont le commandant lui-même.

Pas sûr que ce soient les Français qui l'ont eu, celui-là…


Pas sûr, en effet ! Les soldats en avaient vraiment marre de cette guerre et de ces cinglés. Tout comme pour les trêves, tacites et clandestines, la littérature foisonne de ces officiers et sous-officiers va-t-en guerre rossés, liquidés par leur propres troupes. Enfin, note ce quatrain où il est fait mention du souvenir qui s'incruste dans les rêves du survivant, de cette souvenance qui n'en finit jamais, de cette horreur polluant les nuits de la paix revenue et pendant tant de temps… Ça, c'est un thème récurrent de Remarque… En fait, ce qu'il ressentait lui-même… des années et des années plus tard. La guerre, vois-tu Lucien l'âne mon ami, continue dans la paix.


Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, continuons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde toujours en guerre, hâbleur, matamoresque, tricheur et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco valdo M.I. et Lucien Lane




Soldats, votre conscience est nette,
On ne se tue pas entre soldats !
On serait bien mieux à faire la fête,
À quoi donc rime tout cela ?

Pan, pan, pan… Au matin à sept heures
Pan, pan, pan… Salut, on tire au petit bonheur
Pan, pan, pan… Au soir, bain de soleil aux barbelés
Pan, pan, pan… Bientôt, on ira se coucher.

En face, un panneau s'agite tout droit :
« Attention ! »… Attention à quoi ?
Un carton de cigarettes danse
« Compris ! ». Tissu blanc, chemise blanche.

Hors de la tranchée, un homme vient, un homme rampe
Il pose un cadeau, il décampe.
J'avance heureux, joyeux, hilare ;
Je pose notre cadeau, je repars.

Entre les tranchées, deux hommes musardent
« Bonjour, camarade ! »
« Bonjour, bonjour ! »
Et retour.

Donne-moi ta main et prends la mienne
Entre nous, la guerre est finie.
J'ai ma vie, tu as la tienne.
Soyons amis, la guerre est finie !

Collégiens, commerçants, paysans, ouvriers,
Garçons inoffensifs, maintenant prisonniers
N'étaient pas des ennemis
Avant… Avant qu'on les arme de fusils.

Ce faible cri, je vais l'entendre
Je n'entends plus que lui
Je l'entends toutes les nuits
Pas même un mot, juste un cri.

Ce n'était pas un cri de guerre
À peine le son
D'une tête couchée sur son front
Un soir d'août, presque hier.

Pan, pan, pan… Au matin à sept heures
Pan, pan, pan… Salut, on tire au petit malheur
Pan, pan, pan… Au soir, bain de soleil aux barbelés
Pan, pan, pan… Bientôt, on ira se coucher.

Soldats, votre conscience est nette,
On ne se tue pas entre soldats !
On serait bien mieux à faire la fête,

À quoi donc rime tout cela ?