lundi 2 mars 2015

LE MORT

LE MORT


Version française – LE MORT – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Il mortoRocco Scotellaro1951


Poème de Rocco Scotellaro né d'un chant populaire de Lucanie, intitulé « Une chanson de mammaranna », la berceuse d'une grand-mère, qui a perdu ses fils à la guerre et qui maintenant élève son petit-fils orphelin en chantant le refrain distique « “Non vole fa cchiò notte e iume / s’é ‘nchiummate lu pane ’nta lu fome”» (« Il ne peut jamais faire nuit, jamais faire jour, / Le pain s'est fait plomb, au four »).
Texte trouvé dans « 
L'univers paysan et l'imaginaire poétique de Rocco Scotellaro », de Giovanni Battista Bronzini, Éditions Dedale, 1987.
L
e poème fut également publiée dans la revue internationale de littératures des « “Botteghe Oscure”» (huitième cahier, II semestre 1951), fondée par la noble dame Marguerite Caetani et éditée de 1948 à 1960.



Cigale chante ta longue chanson,
Le tison s'est éteint dans la maison.







Quelques mots à propos de Rocco Scotellaro et d'Accettura.

Il y a déjà quelques temps que je n'ai parlé de Rocco Scotellaro, ce poète lucanien, jeune maire socialiste de Tricarico (1946-1950), ami de Carlo Levi et il me souvient que je t'avais conté cette anecdote où lors de son premier voyage à Rome, et sans doute son premier voyage tout court, il séjourna chez Carlo Levi. La stupéfaction de Linuccia Saba, elle-même fille du poète Ernesto Saba et amie intime de Carlo Levi, fut grande de se rendre compte que Rocco portait des souliers sans chaussettes. L'explication est simple : il n'en avait pas, car paysan de la Lucanie, il n'avait jamais eu les moyens de s'en payer. Linuccia Saba disait que Rocco avait un sens de l'amitié qu'il pratiquait jusque dans les gestes les plus ordinaires. Ainsi, lors du même séjour, au restaurant – encore un endroit où Rocco n'avait jamais mis les pieds, il arracha la bouteille des mains du serveur en s'exclamant : « Le vin, c'est un ami qui le sert ! ».


Tu sais, Marco Valdo M.I. mon ami, cette anecdote, je l'adore, mais je la connaissais déjà, car tu me l'as déjà racontée maintes fois.


Je sais, je sais, tu as l'impression, Lucien l'âne, mon ami que je radote, mais il n'en est rien, car je ne parle pas que pour toi. Et puis, souviens-toi, je n'écris pas nos petits dialogues pour nous deux. Nous avons un public, nous sommes en représentation permanente afin de présenter des chansons et nous en avons présentées des centaines et des centaines et dès lors, on peut parfaitement augurer que tel de nos auditeurs, lecteurs, que sais-je… découvrira nos petits bavardages dans cinq ou cinquante chansons d'ici ou qu'il arrive aujourd'hui… Et puis, qui aurait l'idée saugrenue de lire tout ce qu'on dit ? À chaque nouvelle chanson, à chaque nouvelle version, pour l'essentiel, on repart à zéro. L'impression de répétition ne vient que pour celui qui s'attarderait à quelque similitude, quand bien même, elle prouverait seulement un trait de famille. Mais tu m'avais interrompu, je reviens à la chanson et ensuite, à la photographie qui l'illustre dans Les Chansons contre la Guerre. L'une comme l'autre démontrent combien Rocco Scotellaro et Carlo Levi sont proches, car tous les deux puisent à la même source du monde paysan transhistorique, plus ancien que la plus haute Antiquité. Lors d'un de ses voyages en Sardaigne, Carlo Levi note lui aussi un chant de mort, de la mort d'un fils psalmodié par la mère, un attitu et c'est presque la même structure… « Tout le miel est fini » chez Levi, « Le tison s'est éteint » chez Scotellaro… Il en fait le titre de son livre.


Mais Marco Valdo M.I. mon ami, je n'avais absolument pas l’intention de dire que tu radotes, car à ce compte-là, je radote aussi. Je voulais juste te porter à dire ce que tu as dit, à expliquer ce que tu as expliqué. Et même, je vais te surprendre, mais j'aimerais beaucoup que tu me redises cette fin du voyage de Levi, à commencer par l'attitu complet.


Et bien voilà, je te le lis intégralement – ce n'est pas long, cependant et si la chose te plaît, je te ferai connaître tout le livre de Levi en français dans la version que j'avais établie au temps où je traduisais toute son œuvre. C'est la fin du livre, la fin du voyage, on est dans un bar en attendant l'heure d'embarquer.

« Me trottait en tête le rythme d’un chant funèbre entendu à Orune où le fils mort est le miel de la maison, que la mère a perdu. Je l’avais transcrit avec d’autres sur mon carnet, mais déjà je ne le comprenais plus tout à fait dans sa langue sarde. Je me mis à le déchiffrer avec l’aide de mes amis. Il y avait le miel précieux, propre et net, il y avait le renard de la mort qui apparaissait à la fin. Nous discutions des mots, de la graphie, du sens. C’était un long attittu, qui commençait à peu près comme ceci :

Biditela sa mere
ande cheres de mele
si’nde cheres de latte
como tinne dat attere.

Su mele puzoninu
chi como t’es finidu
su mele de sa chera
chi bundabat che bena.

como pius non d’asa
totu inidu che l’asa

qu’en italien, nous traduisions en vitesse et pas de façon littérale de cette manière :

Tu vois la patronne
et tu veux ton miel
mais ce n'est que du lait
qu'elle te donne maintenant.

Le miel des oiseaux
Est bien fini maintenant
elle s’écoulait de la cire
ta veine de miel.

à présent tu ne l’as plus
maintenant tout est fini.

Nous nous saluâmes au pied de l’escalier du bateau, de vrais amis qui s’embrassaient en se quittant. Le bateau « La Ville de Nuoro » s’était mis en mouvement sans que je ne m’en aperçoive dans l’eau noire du port. Au dehors, passé les îles, la mer était épouvantable de vagues et de vent ; et moi, qui n'en ai jamais souffert, je craignais cette fois de devoir en pâtir. Mais La Ville de Nuoro allait tout droit au travers des vagues et j’étais bercé dans ma cabine au rythme de l’attitu :
Le miel des oiseaux
Est bien fini maintenant
à présent tu ne l’as plus
maintenant tout est fini.

jusqu’à ce que je sombre dans un profond sommeil et je ne m’éveillai qu’à l’aube, dans le port de Civitavecchia avec la blancheur des maisons à la première lueur de l’aube. »


Et tu m'avais dit, Marco Valdo M.I. mon ami, que tu devais aussi me parler de la photographie…


Oui, oui. En premier, j'aimerais que l'on pose la question de la présence de Cartier-Bresson en Lucanie dans les années 50 du siècle dernier. Il faut chercher la réponse du côté du livre de Carlo Levi, « Cristo si è fermato a Eboli » et des tableaux du peintre Carlo Levi. Pour en revenir à cet enterrement en montagne, à cette colonne zigzagante de paysannes et de paysans escortant un cercueil à Accettura (Matera) en 1951, je voudrais lier le texte de Rocco Scotellaro à celui que j'avais écrit sous forme de chanson, ici même, sous le titre « Les brindilles d'Accettura »[[10756]], directement – disons – inspiré de Carlo Levi. Ainsi, la boucle se referme.


Tout cela est bel et bon, mais il nous faut reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde mortifère, empli d'assassins idiots, d'égorgeurs imbéciles, de tueurs d'État et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane .



Il ne peut jamais faire nuit, jamais faire jour,
Le pain s'est fait plomb, au four
Cigale chante ta longue chanson,
Le tison s'est éteint dans la maison.
S'élèvent les cris barrière barrière :
Justice noire, Justice noire.

dimanche 1 mars 2015

LA CHANSON DU PAIN QUOTIDIEN

LA CHANSON DU PAIN QUOTIDIEN

Version française – LA CHANSON DU PAIN QUOTIDIEN – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson allemande – Das Lied vom täglichen BrotBruno Schönlank – 1920
Poème de Bruno Schönlank (1891-1965), tiré de « Erlösung », Berlin – 1920
Musique pour baryton e pianoforte d'Emil Petschnig (1877-1939), compositeur viennois.




C'est la chanson de l'agonie infernale

Aux riches, le pain – aux pauvres, la pierre
Aux pauvres, la nuit et le devoir amer.
Aux riches, la magnificence et l'abondance.







Bruno Schönlank est un écrivain et poète allemand, socialiste d'idées.
En 1915, il fut arrêté et détenu pour avoir participé à une des manifestations contre la guerre.
Dans les années suivantes, il se rapprocha des milieux des spartakistes et participa, peut-être seulement marginalement, à la Révolution de novembre 1918.
En 1933, à la venue de Hitler, il se réfugia à Zurich, où il resta jusqu'à sa mort.



C'est la chanson du pain quotidien
Ceux qui travaillent – dans le besoin
Ceux qui font les costumes – sans vêtements
Ceux qui construisent les maisons – sans logement -.

C'est la chanson des vieilles familles
Les seigneurs du pays – qui dominent leurs anciens serviteurs
Ceux qui extraient le charbon – sans poêle
Ceux qui créent les valeurs – sans valeur.

C'est la chanson de l'agonie infernale
Aux riches, le pain – aux pauvres, la pierre
Aux pauvres, la nuit et le devoir amer.
Aux riches, la magnificence et l'abondance.

C'est la chanson, quand l'émeute éclate
Quand la vieille ignominie nous chavire
C'est la chanson qui jamais ne pardonne
Prolétaire, sois prêt à agir !


vendredi 27 février 2015

EN CELLULE

EN CELLULE



Version française – EN CELLULE – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson allemande – In der ZelleErich Mühsam1920 (?)

Poème d'Erich Mühsam (1878-1934), anarchiste et poète, une des premières victimes du nazisme triomphant : arrêté en 1933, juste après l'incendie du Reichstag, il fut barbarement massacré dans le camp de concentration d'Orianenburg le 10 Juillet 1934.
Musique du groupe Der Singende Tresen dans leur album intitulé « Mühsamblues », dédié entièrement à Erich Mühsam, publié
en 2014.


Erich Mühsam était déjà ravagé
Par des mois d'interrogatoires sévères
Souriant, il répondait par des vers
Ceux de Schiller ou ceux qu'il avait composés.




Erich Mühsam - l'« Anarchisterich » comme lui-même se définissait dans un autre poème – avait déjà connu la prison en 1918 lorsque, après l'initiale phase interventionniste presque immédiatement avortée, il avait participé à des grèves et à des manifestations, même violentes, contre la guerre. Le gouvernement bavarois avait procédé à des arrestations de masse et Erich Mühsam avait été jeté en prison pour quelque mois, jusqu'à la fin de la guerre.

Mais il ne perdit pas courage et, retourné à Munich, il participa à la tentative de révolution socialiste lancée par Kurt Eisner et, après son assassinat, par Ernst Toller et Gustav Landauer.
La Bayerische Räterepublik (République des Conseils bavaroise) dura peu, balayée par les Freikorps de Gustav Noske, des paramilitaires utilisés par le gouvernement social-démocrate de Weimar pour vaincre les communistes, les socialistes et les anarchistes et qui se sont fondus par la suitet dans les S.A. hitlériennes.

Gustav Landauer et beaucoup d'autres furent tués ; Erich Mühsam fut arrêté, poursuivi en justice et condamné à 15 ans de prison, en faisant 5 avant qu'il intervienne une amnistie en 1924… Cette même amnistie qui libéra de la prison un certain Adolf Hitler, chef d'un certain N.S.A.P. (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei – le parti nazi), un nationaliste déchaîné, une tête chaude qui l'année précédente avait organisé, avec quelques gros bonnets de l'armée et de la police, une ridicule tentative de coup d'État, le soi-disant « Putsch du bar de Munich », tué dans l’œuf…



Un jour est passé timidement au delà – comme hier aujourd'hui.
Une
blanche goutte rapide a coulé dans l'année .
Et
quand enserrée du néant de la nuit,
La dernière ombre dans le matin se disperse,Tu te réjouis à peine du baiser froid de la lumière.
Et demain sera, tel
s étaient aujourd'hui et hier.

Prison : vie sans présent,
Entièrement remplie du passé
Et de l'espoir de son retour.
Tu ne te demandes pas, si tu reposes sur le moelleux ou sur le dur,
Si ta gamelle est pleine ou vide.
Trompé par l'instant s'écoule le temps.

Tu ne vieillis pas et tu ne restes pas jeune.
L'
habitude te réveille, te couche dans le silence.Tu ne demandes jamais : Comment ? – Seulement : Quand ?
Mais
Quand est l'avenir , Quand est la revendication.Malheur à toi, si l'accoutumance peut te tuer.
Ne pas désapprendre
d'attendre. Reste toujours toi ! Rester toi !


jeudi 26 février 2015

DE L'OBSCURITÉ

DE L'OBSCURITÉ

Version française – DE L'OBSCURITÉ – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson allemande – Aus dem DunkelGertrud Kolmar1937

Poème de Gertrud Chodziesner, en art Gertrud Kolmar, dans le recueil intitulé « Welten » (poésies composées entre août et décembre 1937) publié posthume en 1947.
Musique du compositeur anglais Julian Marshall dans sa cantate intitulée « Out of Darkness », 2009
Voir aussi en français : http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/kolmargertrud/kolmargertrud.html





Et puis, j'ai descendu l'escalier,
Le porphyre rouge vif a volé en éclats fissurant ma semelle.




Gertrud Kolmar et née Gertrud Käthe Chodziesner le 10 décembre 1894 à Berlin et mourut le 2 mars 1943 à Auschwitz. Elle composa 450 poèmes sauvés par des correspondances avec sa sœur Hilde. Elle prit comme pseudonyme Gertrud Kolmar en référence au nom de la ville natale de son père Chodziez (Poméranie), Kolmar en allemand.

La vie adulte de Gertrud Käthe Sara Chodziesner, juive, née à Berlin en 1894, commença et se termina dans la tragédie.
À un peu plus de vingt ans, Gertrud tomba amoureuse d'un officier, marié, qui la mit enceinte, puis la poussa à avorter (avec le soutien de sa famille à elle) et ensuite, l'abandonna. Gertrud tomba dans une profonde dépression, elle tenta même de se suicider et elle se reprit difficilement seulement grâce à l'écriture poétique (son premier recueil fut publié en 1917) et à son travail avec les enfants sourds-muets dans les années suivantes entre Paris et Dijon. 
En 1928, elle dut retourner à Berlin pour assister sa mère mourante. Elle vécut donc jour après jour la montée de l'antisémitisme et l'ascension du nazisme. Après la venue de Hitler au pouvoir, la vie de Chodziesner, comme celle de tous les Juifs, surtout à Berlin, devînt un enfer, mais son vieux père – un avocat pénaliste, qui s'obstinait orgueilleusement à se vouloir un citoyen comme tous les autres – ne voulut pas émigrer.
Un peu plus tard, les Chodziesner furent forcés à abandonner leur belle propriété de Finkenkrug et de se transférer dans un misérable appartement dans un édifice connu comme Judenhaus, dans la périphérie de Berlin.
Entre temps Gertrud, toujours sous le nom d'artiste de Gertrud Kolmar qu'elle avait choisi, continuait à publier ses poésies, toujours dominées par le traumatisme de la perte de son enfant, mais en 1938, son dernier recueil, « Die Frau und die Tiere », sortit au moment de la « Kristallnacht », le grand pogrom déchaîné des nazis en novembre de cette année-là, et tous les exemplaires de son livre furent détruits.
En 1941, Gertrud aussi fut expédiée aux travaux forcés dans une fabrique d'armements, pendant que son père, trop âgé pour travailler, fut déporté à Theresienstadt, où mourut de privations en février 1943.
Presque au même moment, Gertrud Kolmar fut arrêtée et déportée à Auschwitz, où elle disparut, probablement tuée à son arrivée, dans les premiers jours de mars.



Femme, je viens de l'obscurité.
Je porte un enfant et je ne sais plus, de qui ;
Je l'ai su autrefois.
Mais maintenant, il n'y a plus d'homme pour moi…
Tous ont disparu derrière moi comme le ruisselet,
La terre les a bus.
Je vais encore et encore.
Car je veux être avant le jour à la montagne, et les astres
S'effacent déjà.

De l'obscurité, je viens.
J'ai marché solitaire par les ruelles sombres,
Soudain, la lumière tombant avec ses griffes
A déchiré la douce noirceur,
Comme le léopard la biche.
Au loin, une porte ouverte crache des cris laids,
De sauvages clameurs, des hurlements bestiaux.
On se roule ivre…
J'ai balayé tout ça de l'ourlet de ma robe sur le chemin.

Et je déambulais sur le marché désert.
Des feuilles nageaient dans les flaques qui reflétaient la lune.
Des chiens maigres et avides flairaient des déchets sur les pierres.
Des fruits pourrissaient écrasés,
Et un vieux en loques tourmentait encore son pauvre
instrument à cordes
Et chantait de sa voix mince, fausse et plaintive
Inaudible.
Et ces fruits avaient mûris au soleil et à la rosée,
Rêvant encore de l'odeur et de la chance de la floraison amoureuse,
Mais le mendiant geignard
Avait oublié depuis longtemps et ne connaissait plus rien d'autre que la faim
et la soif.

Devant le château du puissant, j'arrêtais,
Et puis, j'ai descendu l'escalier,
Le porphyre rouge vif a volé en éclats fissurant ma semelle. -
Je me suis tournée
Et j'ai regardé vers le haut la fenêtre dénudée, la bougie tardive
du penseur,
Celui méditait et méditait et ne trouvait jamais la solution à la question,
Et au lumignon couvert de l'infirme qui quand même
N'apprenait pas,
Comment il devrait mourir.
Sous l'arche du pont,
Deux horribles squelettes se disputaient autour de l'or.
J'ai soulevé ma pauvreté comme un bouclier gris devant mon visage
Et je suis passée sans danger.

Dans le lointain, le fleuve parle avec ses rives.


Je trébuche là sur le sentier pierreux et difficultueux.
Les éboulis, les épineux de feu blessent mes mains aveugles et tâtonnantes.
Une caverne attend.
Dans l'aven le plus profond, le corbeau vert de gris accueille celui qui
N'a pas de nom.
J'entrerai là,
Sous la protection des grandes ailes ombreuses, moi
Accroupie et immobile,
Pour écouter en maudissant la parole muette de mon
Enfant
Et dormir, le front tourné vers l'orient,
Jusqu'au lever du soleil.