mercredi 27 août 2014

JE SUIS SÛR DE TE REVOIR ENCORE

JE SUIS SÛR DE TE REVOIR ENCORE

Version française – JE SUIS SÛR DE TE REVOIR ENCORE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson de langue allemande – Ich weiss bestimmt, ich werd dich wiedersehen !Adolf Strauss – 1943


Poème de Ludwig Hift (1899 - 1981), juif autrichien , employé de banque à Vienne, qui fut incarcéré à Thérésienstadt et qui réchappa de l'Holocauste.
Musique (tango) composée par Adolf Strauss (1902-1944) qui fut moins chanceux que Ludwig Hift: Juif tchèque, Adolf Strauss eut le même destin qu'Ilse Weber et tant d'autres de ses compatriotes et des ses coreligionnaires ; enfermé au camp-ghetto de Thérésienstadt, il faut en 1944 transféré à Auschwitz où il fut éliminé.


Arrangement pour piano e voix de Moshe Zorman.


Soirée musicale à Thérézienstadt
Jo Spier 19444








Quand je t'ai vue la première fois,
J'ai été ensorcelé par ton regard
Ton sourire m'a semblé un éclat
De soleil et un merveilleux hasard.
Et j'ai cherché ta proximité,
Tu es aussi venue vers moi,
Me rendant si fortuné
Que je conjecturais aussitôt,
Un mai d'amour nous souriant bientôt.

Je suis sûr de te revoir encore
Et de te serrer dans mes bras,
Tout en moi exulte. Ah ! Comme ce sera
Beau de t'embrasser encore et encore !
Ce qui fut est perdu et oublié ;
Du soleil, aucune ombre n'éteint l'éclat ;
Qui peut alors connaître notre félicité !
Et moi, je veux être toujours avec toi.

Pourtant le destin t'éloigne de moi
Par delà les pays et les mers ;
Et maintenant on marine toi et moi
Dans tant d'années sévères.
La nostalgie profonde que je ressens
Pour toi inlassablement,
Jour et nuit me fait penser à toi
Et sa chanson fredonne en moi :

Je suis sûr de te revoir encore
Et de te serrer dans mes bras,
Tout en moi exulte. Ah ! Comme ce sera
Bon de t'embrasser encore et encore !
Ce qui fut est perdu et oublié ;
Du soleil, aucune ombre n'éteint l'éclat ;
Qui peut alors connaître notre félicité !
Et moi, je veux être toujours avec toi.

mardi 26 août 2014

LE RETOUR

LE RETOUR

Version française – LE RETOUR – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanspon italienne – Il ritorno – Marco Revelli – 2014


Paroles et musique de Marco Rovelli




Fleurs de mai






La chanson fera partie de l'album prochain de Marco Rovelli, en préparation et sans encore un titre définitif. L'auteur en parle ainsi dans les notes de travail :

« Ainsi, on part : on part pour réaliser un monde, pour le construire, en affrontant ce qu'il faut affronter, car on ne peut pas se passer de l'affronter. Et en partant on s'en remet à la distance. Comme ces tant et tant de migrants avec lesquels j'ai parlé ces années, qui peut-être sont mariés mais ne voient pas leur femme depuis un an. Cette distance est la distance même de l'amour : qu'est-il d'autre si ce n'est un mouvement impossible, un deux qui ne pourra jamais se faire mais qui aussi est un un (un un fêlé, un absent à soi-même). On doit toujours revenir, parce que nous sommes toujours dans le départ. Et le retour, en réalité, n'est que la construction d'un lieu nouveau, encore non expérimenté, et qui en réalité ne sera jamais expérimenté. Il y a un rapport seul dans l'imaginer ensemble ce lieu à construire : on avance dans la même direction, chacune dans son éloignement, et dans ce mouvement au même rythme, au même pas, il y a le retour. Être ensemble, c'est ressentir le même rythme dans le mouvement vers un ailleurs, un rythme qui chacun exprime et danse à sa manière. »





Construire un monde avec mes bras
Le corps brûlait mais l'âme gelait
Et au cœur de mes nuits, j'avais sur moi
Tous mes rêves d'un monde parfait

Tu attendais que je revienne de là-bas,
Cependant, le noir du monde avalait mes pas
Tu attendais une autre aurore
Mais mon silence t'avalait encore

Fer à fondre dans la forge
La chaleur, le feu, l'enfer dégorgent
Charbon à faire dans le fouillis du bois
C'est le noir du monde qui tombe sur moi

Labourer la terre pour que germe le grain
Aux couronnes d'épines quand s'ouvre la main
Poussé par le vent, passer la frontière
Les matins muets, les nuits féroces

Et tu attendais quand je parlais
Cependant, le silence encore avalait mes pas
Et tu attendais que revienne mai
Cependant, le monde disparaît et le courage ne suffit pas

Je crie dans le vent, je crie ton nom
Si je pouvais avoir une seule chanson
Un morceau de rêves à agiter
Pour te dire que maintenant je vais rentrer

Maintenant attends que mai revienne
Que dans ma main fleurissent les rêves
Que fleurissent des roses, les choses espérées
Éblouies par le soleil et ainsi retrouvées

Nous entrelaçons nos doigts et moi qui t'embrasse
Maintenant ma main est fleurie, regarde !





dimanche 24 août 2014

LETTRE DE SUISSE

LETTRE DE SUISSE

Version française – LETTRE DE SUISSE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – Lettera dalla Svizzera – Giorgio Gaber – 1965

Je m'en vais sac à l'épaule
C'est peut-être mon destin



Mon doux cœur, je t'aime tant
Plus je suis loin et plus je rêve de toi
À tes yeux, mon amour, je pense tout le temps
Je pleure un peu, mais ça me passera.

Ici, il y a beaucoup de travail
Et on peut bien gagner
Mais ils nous ont enlevé
Notre permis de travail.

Chère femme, je vais bien
Ici, la vie est très dure
Certes, il ne convient pas que je rentre
Chez nous et cela, tu le sais bien.

Alors, je reste en exil
Dieu m'aide et ainsi soit-il.

Mon doux cœur, je t'aime tant
Plus je suis loin et plus je rêve de toi
À tes yeux, mon amour, je pense tout le temps
Je pleure un peu, mais ça me passera.

Je reprends mon chemin
Je m'en vais sac à l'épaule
C'est peut-être mon destin
Je pars dans la vallée; fini la montagne.

Je m'en vais toujours plus loin
Avec la mort dans le cœur
Je suis un pauvre italien
Personne ne me fera une fleur.

Je n'ai pas d'autre choix
Que de travailler là.

Mon doux cœur, je t'aime tant
Plus je suis loin et plus je rêve de toi
Mon amour, à tes yeux, je pense tout le temps

Je pleure un peu, mais ça me passera.

vendredi 22 août 2014

BERCEUSE

BERCEUSE

Version française – BERCEUSE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson allemande – Wiegenlied - Eva Lippold – s.d.




Dors et rêve pour moi.






Eva Rutkowski Lippold (1909-1994), poétesse et écrivaine, a été militante communiste, activiste du Secours Rouge allemand et membre de la résistance antinazie à Berlin. Elle fut arrêtée par la Gestapo en 1935 et de ce moment, elle fut détenue à la prison de Plötzensee, jusqu'à la fin de la guerre. Elle survécut, contrairement à la majorité des opposants internes au régime [http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9sistance_allemande_au_nazisme], qui – au contraire de ce qu'on pense communément – ne furent pas peu nombreux.


Maintenant, mon enfant, dors et rêve doucement.
Dors, mon chéri, et va au paradis, va.
Là, tu pourras toujours jouer et être heureux, mon enfant,
Nul cœur n'y est jamais seul là-bas.
Dors, l'enfant, dors, la veille est pour moi,
Dors, l'enfant, les rêves sont à toi ! …

Tu ne connais pas encore la vie,
Tu t'imagines encore un jeu beau et joyeux.
Et le soir, tu es fatigué et affaibli,
Ô enfant, jamais rassasié de jeux.
Dors, l'enfant, dors, l'avenir est large,
Dors, dors, rêve le temps.
L'avenir est large,
Rêve le temps !

Maintenant, tu dors, mon petit amour, si profond et si bien,
On ne devrait jamais voir tes larmes et ton chagrin.
Tu n'auras bientôt plus de rêves si légers, ô enfant,
La vie est sombre et lourde, à présent.
Dors, l'enfant, dors, je me bats pour toi,
Dors et rêve pour moi.


MERCI, AIMABLE CABARET

MERCI, AIMABLE CABARET

Version française – MERCI, AIMABLE CABARET – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson en langue allemande - Dank dem lieben Cabaret - Frieda Rosenthal – 1943 ou 1944

Texte tiré de l'ouvrage de Christian Hörburger intitulé “Nihilisten - Pazifisten - Nestbeschmutzer. Gesichtete Zeit im Spiegel des Kabaretts.”, Tübingen, 1993.





"La douleur du jour est partie
Merci aimable Cabaret."
Spectacle au Cabaret de Thérézienstadt

Un hymne à la vie, à l'art et à l'espoir écrit entre les murs du ghetto de Theresienstadt.
Frieda Rosenthal – juif polonaise mais berlinoise d'adoption – dans sa chanson remerciait Leo Strauss, talentueux librettiste et musicien qui fut parmi les piliers de la production artistique vitale dans le ghetto, car à travers le cabaret, elle et tant d'autres prisonniers pouvaient pour un instant oublier la faim et le dur travail quotidien et survivre grâce au souvenir des beaux temps anciens et à l'espoir, jamais abandonné malgré tout, que ce bonheur pourrait un jour revenir…

En octobre de 1944 Frieda Rosenthal, Leo Strauss et beaucoup d'autres furent chargés sur des convois et transférés à Auschwitz, où ils furent tués.




Affamé je m'installe au pupitre ;
Là retentissent gaiement
Valses viennoises, rengaines de Prague
Et sans attendre mon cœur part en voyage.
Dans la cour en bas rapidement,
Je joue un nouveau couplet
Et ma douleur de faim s'éloigne
Merci aimable Cabaret.

J'arrive fatiguée et renfrognée
Le soir à peine rentrée
Là derrière la porte à moitié fermée,
La musique retentit enchantée
Mélodie sur un mélodie,
Dirigée avec un raffinement parfait.
La douleur du jour est partie
Merci aimable Cabaret.

Ce sont nos meilleures troupes
Nos bons groupes d'artistes.
Dans l'agonie des temps difficiles
Résonne leur chant « Il était une fois ».
Les cœurs entendaient :
« Cela sera à nouveau une fois »
Et notre douleur nostalgique s'éloignait
Merci aimable Cabaret.



jeudi 21 août 2014

Si tu t'imagines...

Si tu t'imagines...

Chanson française – Si tu t'imagines... – Juliette Gréco – 1949
Texte : Raymond Queneau – Musique : Joseph Kosma





Si tu t'imagines....





Alors, Lucien l'âne mon ami, nous y voilà...


Nous y voilà... Où ?, demande l'âne Lucien quelque peu raidi de stupéfaction.

Oh, Lucien l'âne mon ami, je disais ça au sens figuré. J'avais promis de présenter la « première chanson de Juliette Gréco », celle qui s'intitule « Si tu t'imagines... » et qui lui fut proposée par Jean-Paul Sartre et qui avait été écrite par Raymond Queneau sous un premier titre « C'est bien connu » (un titre qui sentait son Sally Mara à plein nez) dans « L'instant fatal ». À ce propos, j'imagine – c'est le cas de le dire – que tout cela qui est bien lointain peut paraître vain et insignifiant. Et somme toute, ce l'est comme toute l’histoire humaine. Cependant, si l'on veut considérer...


Certes, si l'on veut bien considérer quoi ?, dit Lucien l'âne un peu surpris de cette suspension...

Si l'on veut bien considérer ceci que cette chanson en apparence assez anodine réunit autour d'elle en plein cœur de l'existentialisme des auteurs de gros calibre : un philosophe et non des moindres, qu'on qualifia grotesquement de « pape de l'existentialisme : le dénommé Jean-Paul Sartre ; un écrivain majuscule, satrape du collège de Pataphysique, co-créateur de l'Oulipo où s'illustrèrent une flopée d'autres écrivains talentueux, directeur de l'Encyclopédie et finalement, académicien, le dénommé Raymond Queneau – auteur de la chanson ; un musicien de haut vol : Joseph Kosma, qui écrivit la musique au pied levé en une nuit et pour couronner le tout : une chanteuse de rêve, jeune personne qui ne chantait pas encore... Juliette Gréco, qui un demi-siècle plus tard, l'interprète encore. Rien que pour ça, pour cette étrange conjonction, il nous faudrait retenir cette canzone... Mais en outre...

Oui, en outre ? Sans doute, vas-tu trouver de bonnes raisons d'en faire une fois encore une chanson contre la guerre ? Je t'écoute, Marco Valdo M .I. mon ami.


En effet, Lucien l'âne mon ami. Mais là, il faut revenir sur le fait que cette idée m'est venue en traduisant « Les Règles de Vie » [[46859]] d'Erich Mühsam avec lesquelles je lui trouve une certaine parenté, cette volonté de vivre en paix, cette injonction à vivre tout simplement – tant que la vie est possible. Et l'est-elle dans la guerre ? La canzone de Mühsam commence par la règle de vie essentielle :
« An allen Früchten unbedenklich lecken », autrement dit : « Goûte sans hésiter à tous les fruits de la vie », qui renvoie à l'évidence au propos des Épicuriens, à cette philosophie matérialiste de l'Antiquité qui serait bien le fondement de toute civilisation « heureuse ». Celle de Queneau dit exactement la même chose, envoyant cependant également à la tradition française remontant à Ronsard et son « 
Cueillez dés aujourd'huy les roses de la vie. » On trouverait pareilles résonnances également chez Corneille – et Brassens , Horace, Lucrèce, Épicure...

Je crois bien que tu en as dit assez et même peut-être trop... Et puis, il nous faut reprendre notre tâche qui, je te le rappelle, est de tisser le linceul de ce vieux monde perclus de massacres, gangrené d'ambitions guerrières, de meurtres collectifs et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Si tu t'imagines
Si tu t'imagines
Fillette fillette
Tu t'imagines
Xa va xa va xa
Va durer toujours
La saison des za
La saison de za
Saison des amours
Ce que tu te goures
Fillette fillette
Ce que tu te goures
Si tu crois petite
Si tu crois ah ah
Que ton teint de rose
Ta taille de guêpe
Tes mignons biceps
Tes ongles d'émail
Ta cuisse de nymphe
Et ton pied léger
Si tu crois petite
Xa va xa va xa
Va durer toujours
Ce que tu te goures
Fillette fillette
Ce que tu te goures
Les beaux jours s'en vont
Les beaux jours de fête
Soleils et planètes
Tournent tous en rond
Mais toi ma petite
Tu marches tout droit
Vers ce que tu vois pas
Très sournois s'approchent
La ride véloce
La pesante graisse
Le menton triplé
Le muscle avachi
Allons cueille cueille
Les roses les roses
Roses de la vie
Et que leurs pétales
Soient la mer étale
De tous les bonheurs
Allons cueille cueille
Si tu le fais pas
Ce que tu te goures
Fillette fillette
Ce que tu te goures



RÈGLES DE VIE

RÈGLES DE VIE



Version française – RÈGLES DE VIE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson allemande – Lebensregel – Erich Mühsam – 1914

Poème d'Erich Mühsam, dans le recueil intitulé “Wüste-Krater-Wolken” publié en 1914.
Musique de Gary Bachlund, chanteur lyrique et compositeur qui vit entre Los Angeles et Berlin.




"Sois toujours un enfant jouette..."
dit Erich Mühsam à l'enfant




La canzone commence par la règle de vie essentielle :
« An allen Früchten unbedenklich lecken », autrement dit : « Goûte sans hésiter à tous les fruits de la vie », qui renvoie à l'évidence au propos des Épicuriens, à cette philosophie matérialiste de l'Antiquité qui serait bien le fondement de toute civilisation « heureuse ».

Rien d'étonnant à cela, dit Lucien l'âne, quand on sait qui est Erich Müsham – militant révolutionnaire, poète libertaire et penseur anarchiste – ou l'inverse : révolutionnaire militant, libertaire poète et anarchiste penseur ; à moins que ce ne fut : poète anarchiste, militant libertaire et révolutionnaire penseur ou toute autre combinaison de ces mots-là. Il appliqua ces « règles de vie » jusque dans ses derniers instants où les nazis lui firent subir la torture jusqu'à ce que mort s'ensuive. Pendant ce temps-là, il leur récitait des poèmes...

On trouve, ajoute Marco Valdo M.I., un écho de ces « Règles de vie » chez Raymond Queneau, lorsqu'il disait :
« ...
allons cueille cueille
les roses les roses
roses de la vie
et que leurs pétales
soient la mer étale
de tous les bonheurs
allons cueille cueille
si tu le fais pas
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures. »
Raymond QUENEAU (1903-1976)
L'instant fatal (1948)


Mais nous reparlerons de tout cela en présentant « Si tu t'imagines » qui fut la première chanson de Juliette Gréco.


Alors, dit l'âne Lucien en souriant de toutes ses dents brillant dans son immense mâchoire d'âne, voyons ces règles de vie d'Erich Mühsam, qui ressemblent tant aux nôtres et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde coincé, boulimique, retors, oppressif et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Goûte sans hésiter à tous les fruits de la vie ;
Devant dieu et diable ne dépose jamais les armes ;
Ignore le futur, ne regrette pas le passé ;
Ne te tracasse pas pour l'instant, ne le crains pas ; et
Participe à la vie ; n'envie pas la chance d'un autre ;
Sois toujours un enfant jouette, curieux aussi de la souffrance ;
Sois indifférent à ta propre destinée -
Alors, elle te sera propice et bénéfique.