dimanche 24 août 2014

LETTRE DE SUISSE

LETTRE DE SUISSE

Version française – LETTRE DE SUISSE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – Lettera dalla Svizzera – Giorgio Gaber – 1965

Je m'en vais sac à l'épaule
C'est peut-être mon destin



Mon doux cœur, je t'aime tant
Plus je suis loin et plus je rêve de toi
À tes yeux, mon amour, je pense tout le temps
Je pleure un peu, mais ça me passera.

Ici, il y a beaucoup de travail
Et on peut bien gagner
Mais ils nous ont enlevé
Notre permis de travail.

Chère femme, je vais bien
Ici, la vie est très dure
Certes, il ne convient pas que je rentre
Chez nous et cela, tu le sais bien.

Alors, je reste en exil
Dieu m'aide et ainsi soit-il.

Mon doux cœur, je t'aime tant
Plus je suis loin et plus je rêve de toi
À tes yeux, mon amour, je pense tout le temps
Je pleure un peu, mais ça me passera.

Je reprends mon chemin
Je m'en vais sac à l'épaule
C'est peut-être mon destin
Je pars dans la vallée; fini la montagne.

Je m'en vais toujours plus loin
Avec la mort dans le cœur
Je suis un pauvre italien
Personne ne me fera une fleur.

Je n'ai pas d'autre choix
Que de travailler là.

Mon doux cœur, je t'aime tant
Plus je suis loin et plus je rêve de toi
Mon amour, à tes yeux, je pense tout le temps

Je pleure un peu, mais ça me passera.

vendredi 22 août 2014

BERCEUSE

BERCEUSE

Version française – BERCEUSE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson allemande – Wiegenlied - Eva Lippold – s.d.




Dors et rêve pour moi.






Eva Rutkowski Lippold (1909-1994), poétesse et écrivaine, a été militante communiste, activiste du Secours Rouge allemand et membre de la résistance antinazie à Berlin. Elle fut arrêtée par la Gestapo en 1935 et de ce moment, elle fut détenue à la prison de Plötzensee, jusqu'à la fin de la guerre. Elle survécut, contrairement à la majorité des opposants internes au régime [http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9sistance_allemande_au_nazisme], qui – au contraire de ce qu'on pense communément – ne furent pas peu nombreux.


Maintenant, mon enfant, dors et rêve doucement.
Dors, mon chéri, et va au paradis, va.
Là, tu pourras toujours jouer et être heureux, mon enfant,
Nul cœur n'y est jamais seul là-bas.
Dors, l'enfant, dors, la veille est pour moi,
Dors, l'enfant, les rêves sont à toi ! …

Tu ne connais pas encore la vie,
Tu t'imagines encore un jeu beau et joyeux.
Et le soir, tu es fatigué et affaibli,
Ô enfant, jamais rassasié de jeux.
Dors, l'enfant, dors, l'avenir est large,
Dors, dors, rêve le temps.
L'avenir est large,
Rêve le temps !

Maintenant, tu dors, mon petit amour, si profond et si bien,
On ne devrait jamais voir tes larmes et ton chagrin.
Tu n'auras bientôt plus de rêves si légers, ô enfant,
La vie est sombre et lourde, à présent.
Dors, l'enfant, dors, je me bats pour toi,
Dors et rêve pour moi.


MERCI, AIMABLE CABARET

MERCI, AIMABLE CABARET

Version française – MERCI, AIMABLE CABARET – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson en langue allemande - Dank dem lieben Cabaret - Frieda Rosenthal – 1943 ou 1944

Texte tiré de l'ouvrage de Christian Hörburger intitulé “Nihilisten - Pazifisten - Nestbeschmutzer. Gesichtete Zeit im Spiegel des Kabaretts.”, Tübingen, 1993.





"La douleur du jour est partie
Merci aimable Cabaret."
Spectacle au Cabaret de Thérézienstadt

Un hymne à la vie, à l'art et à l'espoir écrit entre les murs du ghetto de Theresienstadt.
Frieda Rosenthal – juif polonaise mais berlinoise d'adoption – dans sa chanson remerciait Leo Strauss, talentueux librettiste et musicien qui fut parmi les piliers de la production artistique vitale dans le ghetto, car à travers le cabaret, elle et tant d'autres prisonniers pouvaient pour un instant oublier la faim et le dur travail quotidien et survivre grâce au souvenir des beaux temps anciens et à l'espoir, jamais abandonné malgré tout, que ce bonheur pourrait un jour revenir…

En octobre de 1944 Frieda Rosenthal, Leo Strauss et beaucoup d'autres furent chargés sur des convois et transférés à Auschwitz, où ils furent tués.




Affamé je m'installe au pupitre ;
Là retentissent gaiement
Valses viennoises, rengaines de Prague
Et sans attendre mon cœur part en voyage.
Dans la cour en bas rapidement,
Je joue un nouveau couplet
Et ma douleur de faim s'éloigne
Merci aimable Cabaret.

J'arrive fatiguée et renfrognée
Le soir à peine rentrée
Là derrière la porte à moitié fermée,
La musique retentit enchantée
Mélodie sur un mélodie,
Dirigée avec un raffinement parfait.
La douleur du jour est partie
Merci aimable Cabaret.

Ce sont nos meilleures troupes
Nos bons groupes d'artistes.
Dans l'agonie des temps difficiles
Résonne leur chant « Il était une fois ».
Les cœurs entendaient :
« Cela sera à nouveau une fois »
Et notre douleur nostalgique s'éloignait
Merci aimable Cabaret.



jeudi 21 août 2014

Si tu t'imagines...

Si tu t'imagines...

Chanson française – Si tu t'imagines... – Juliette Gréco – 1949
Texte : Raymond Queneau – Musique : Joseph Kosma





Si tu t'imagines....





Alors, Lucien l'âne mon ami, nous y voilà...


Nous y voilà... Où ?, demande l'âne Lucien quelque peu raidi de stupéfaction.

Oh, Lucien l'âne mon ami, je disais ça au sens figuré. J'avais promis de présenter la « première chanson de Juliette Gréco », celle qui s'intitule « Si tu t'imagines... » et qui lui fut proposée par Jean-Paul Sartre et qui avait été écrite par Raymond Queneau sous un premier titre « C'est bien connu » (un titre qui sentait son Sally Mara à plein nez) dans « L'instant fatal ». À ce propos, j'imagine – c'est le cas de le dire – que tout cela qui est bien lointain peut paraître vain et insignifiant. Et somme toute, ce l'est comme toute l’histoire humaine. Cependant, si l'on veut considérer...


Certes, si l'on veut bien considérer quoi ?, dit Lucien l'âne un peu surpris de cette suspension...

Si l'on veut bien considérer ceci que cette chanson en apparence assez anodine réunit autour d'elle en plein cœur de l'existentialisme des auteurs de gros calibre : un philosophe et non des moindres, qu'on qualifia grotesquement de « pape de l'existentialisme : le dénommé Jean-Paul Sartre ; un écrivain majuscule, satrape du collège de Pataphysique, co-créateur de l'Oulipo où s'illustrèrent une flopée d'autres écrivains talentueux, directeur de l'Encyclopédie et finalement, académicien, le dénommé Raymond Queneau – auteur de la chanson ; un musicien de haut vol : Joseph Kosma, qui écrivit la musique au pied levé en une nuit et pour couronner le tout : une chanteuse de rêve, jeune personne qui ne chantait pas encore... Juliette Gréco, qui un demi-siècle plus tard, l'interprète encore. Rien que pour ça, pour cette étrange conjonction, il nous faudrait retenir cette canzone... Mais en outre...

Oui, en outre ? Sans doute, vas-tu trouver de bonnes raisons d'en faire une fois encore une chanson contre la guerre ? Je t'écoute, Marco Valdo M .I. mon ami.


En effet, Lucien l'âne mon ami. Mais là, il faut revenir sur le fait que cette idée m'est venue en traduisant « Les Règles de Vie » [[46859]] d'Erich Mühsam avec lesquelles je lui trouve une certaine parenté, cette volonté de vivre en paix, cette injonction à vivre tout simplement – tant que la vie est possible. Et l'est-elle dans la guerre ? La canzone de Mühsam commence par la règle de vie essentielle :
« An allen Früchten unbedenklich lecken », autrement dit : « Goûte sans hésiter à tous les fruits de la vie », qui renvoie à l'évidence au propos des Épicuriens, à cette philosophie matérialiste de l'Antiquité qui serait bien le fondement de toute civilisation « heureuse ». Celle de Queneau dit exactement la même chose, envoyant cependant également à la tradition française remontant à Ronsard et son « 
Cueillez dés aujourd'huy les roses de la vie. » On trouverait pareilles résonnances également chez Corneille – et Brassens , Horace, Lucrèce, Épicure...

Je crois bien que tu en as dit assez et même peut-être trop... Et puis, il nous faut reprendre notre tâche qui, je te le rappelle, est de tisser le linceul de ce vieux monde perclus de massacres, gangrené d'ambitions guerrières, de meurtres collectifs et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Si tu t'imagines
Si tu t'imagines
Fillette fillette
Tu t'imagines
Xa va xa va xa
Va durer toujours
La saison des za
La saison de za
Saison des amours
Ce que tu te goures
Fillette fillette
Ce que tu te goures
Si tu crois petite
Si tu crois ah ah
Que ton teint de rose
Ta taille de guêpe
Tes mignons biceps
Tes ongles d'émail
Ta cuisse de nymphe
Et ton pied léger
Si tu crois petite
Xa va xa va xa
Va durer toujours
Ce que tu te goures
Fillette fillette
Ce que tu te goures
Les beaux jours s'en vont
Les beaux jours de fête
Soleils et planètes
Tournent tous en rond
Mais toi ma petite
Tu marches tout droit
Vers ce que tu vois pas
Très sournois s'approchent
La ride véloce
La pesante graisse
Le menton triplé
Le muscle avachi
Allons cueille cueille
Les roses les roses
Roses de la vie
Et que leurs pétales
Soient la mer étale
De tous les bonheurs
Allons cueille cueille
Si tu le fais pas
Ce que tu te goures
Fillette fillette
Ce que tu te goures



RÈGLES DE VIE

RÈGLES DE VIE



Version française – RÈGLES DE VIE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson allemande – Lebensregel – Erich Mühsam – 1914

Poème d'Erich Mühsam, dans le recueil intitulé “Wüste-Krater-Wolken” publié en 1914.
Musique de Gary Bachlund, chanteur lyrique et compositeur qui vit entre Los Angeles et Berlin.




"Sois toujours un enfant jouette..."
dit Erich Mühsam à l'enfant




La canzone commence par la règle de vie essentielle :
« An allen Früchten unbedenklich lecken », autrement dit : « Goûte sans hésiter à tous les fruits de la vie », qui renvoie à l'évidence au propos des Épicuriens, à cette philosophie matérialiste de l'Antiquité qui serait bien le fondement de toute civilisation « heureuse ».

Rien d'étonnant à cela, dit Lucien l'âne, quand on sait qui est Erich Müsham – militant révolutionnaire, poète libertaire et penseur anarchiste – ou l'inverse : révolutionnaire militant, libertaire poète et anarchiste penseur ; à moins que ce ne fut : poète anarchiste, militant libertaire et révolutionnaire penseur ou toute autre combinaison de ces mots-là. Il appliqua ces « règles de vie » jusque dans ses derniers instants où les nazis lui firent subir la torture jusqu'à ce que mort s'ensuive. Pendant ce temps-là, il leur récitait des poèmes...

On trouve, ajoute Marco Valdo M.I., un écho de ces « Règles de vie » chez Raymond Queneau, lorsqu'il disait :
« ...
allons cueille cueille
les roses les roses
roses de la vie
et que leurs pétales
soient la mer étale
de tous les bonheurs
allons cueille cueille
si tu le fais pas
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures. »
Raymond QUENEAU (1903-1976)
L'instant fatal (1948)


Mais nous reparlerons de tout cela en présentant « Si tu t'imagines » qui fut la première chanson de Juliette Gréco.


Alors, dit l'âne Lucien en souriant de toutes ses dents brillant dans son immense mâchoire d'âne, voyons ces règles de vie d'Erich Mühsam, qui ressemblent tant aux nôtres et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde coincé, boulimique, retors, oppressif et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Goûte sans hésiter à tous les fruits de la vie ;
Devant dieu et diable ne dépose jamais les armes ;
Ignore le futur, ne regrette pas le passé ;
Ne te tracasse pas pour l'instant, ne le crains pas ; et
Participe à la vie ; n'envie pas la chance d'un autre ;
Sois toujours un enfant jouette, curieux aussi de la souffrance ;
Sois indifférent à ta propre destinée -
Alors, elle te sera propice et bénéfique.


lundi 18 août 2014

LE RETOUR DE DON QUICHOTTE

LE RETOUR DE DON QUICHOTTE

Version française – LE RETOUR DE DON QUICHOTTE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne - Il ritorno di QuixoteMarco Rovelli – 2013



Dédiée à Don Quichotte et au chœur de tous les fous visionnaires de l'Histoire.


Voici donc à nouveau un Don Quichotte... Un personnage que l'on rencontre assez souvent ici... à commencer par qui insère des chansons dans ce site sous le nom de Don Quichotte 82 et par celui qu'incarna Jacques Brel [[39065]]. Mais la chanson qui raconte le retour de Don Quichotte est de Marco Rovelli, lui-même assez libertaire. On va donc avoir un retour de Don Quichotte dans la quotidienneté que nous connaissons : « peuplée de rapaces, de marchands et de banquiers » ; et, tout comme il s'en était pris dans le passé aux géants, aux moulins... le Don Quichotte d'à présent va se déchaîner contre le système et ses servants.


J'aime beaucoup, dit Lucien l'âne en se redressant du col. J'aime beaucoup l'idée d'un Don Quichotte libertaire. Cela dit, il me semblait qu'il l'était déjà depuis longtemps. Et je suis bien placé pour en parler, car comme je te l'ai sans doute déjà dit, j'étais en ces temps-là l'âne de Sancho qui suivait à la trace Rossinante et son cavalier fantasque. Comme bien d’autres fois, il faut le dire ici sans honte, je fus battu et je dus prendre la fuite. Avec un tel compagnonnage, c'était presque une habitude de vie.


Ah, Lucien l'âne mon ami, je te vois d'ici comme si j'y étais te carapatant dans la caillasse entraînant Sancho loin des plaies et des bosses. Et, soit dit en passant, tu avais parfaitement raison de prendre la fuite. Face à pareilles brutes, je ferais pareil, encore aujourd'hui.


Tu sais, Marco Valdo M.I., il y a une chose que j'ai apprise au travers de toutes ces tribultaions : il y a un art de la fuite... D'ailleurs, on ne fuit pas, on ne déserte pas pour épargner les autres, par grandeur d'âme, par héroïsme... Mais d'abord et principalement, pour se sauvegarder – ce qui est le début de la sagesse et de toute façon, la seule façon de préserver une quelconque possibilité d'avenir et tout simplement, de vie. Ce qui est quand même l'essentiel. Le martyr n'a pas d'avenir.


Donc, te voilà cavalant... pour assurer l'avenir et la vie à Sancho, à toi-même et conserver ainsi à Don Quichotte ses indispensables amis. Qu'aurait-il fait sans vous ? Et puis, la fuite... Regarde ce qu'il en fut des « héros » cités dans la canzone... Après avoir un temps vaincu, Spartacus a dû fuir – mais pas assez tôt, pas assez vite, pas assez loin... Ce fut l'hécatombe et la fin du rêve. Les anabaptistes de Münster n'ont pas fui, mal leur en a pris, ils furent tous massacrés. Pour Dolcino et Marguerite, la chose est claire... Ils n'avaient pas grand choix...


Cela, je le sais aussi, vu que c'était moi qui portait la Marguerite, dit Lucien l'âne, alors que nous fuyions les armées de déments que le pape avait mis à nos trousses, et comme durent le faire les autres partisans de Valdo, nous prîmes la route et les chemins des Alpes pour finir en haut de ce qui est aujourd'hui le monte Rubello (Mont Rebelle), qui leur doit son nom. Monte Rubello où il y a le monument qui rappelle le massacre de que les sbires catholiques firent des dolciniens, coupables essentiellement de répandre leur message d'égalité et de fraternité et aussi, évidemment de liberté, y compris amoureuse. Ce sont des successeurs de la Fraternité des Pauvres de Valdo... Je me souviens avec beaucoup de tendresse comment les deux amoureux s'en allèrent se faire brûler par les papistes.


Petit parenthèse à propos de ce monument à Dolcino : en 1907, quelques bonnes gens édifièrent en haut du monte Rubello un obélisque de 12 mètres commémoratif du combat, de la résistance et du massacre des Dolciniens par les gens de l'Église Catholique Apostolique et Romaine. Vingt ans plus tard (1927), les fascistes s'empressèrent d'abattre ce monument à la liberté... On réinstalla une stèle au même endroit en 1974 ; une lapidaire rappelle l'attentat fasciste...

AU  SIXIÈME CENTENAIRE
1307-1907
DU MARTYR DE
FRA DOLCINO
LE PEUPLE ÉLEVA CET OBÉLISQUE
DÉTRUIT DE NUIT PAR LES FASCISTES (EN 1927)
SYMBOLIQUEMENT RÉÉDIFIÉ LE 15 -9-1974



On devrait aller y faire un tour un de ces jours du côté de Bielle... Je m'y dégourdirait un peu les jambes..., dit Lucien l'âne en souriant aux étoiles.
Et puis, dans la canzone, dit Marco Valdo M.I., il y a Giordano Bruno... Giordano Bruno, lui aussi, a droit à une statue à Rome au Campo dei Fiori. On sait que Giordano Bruno a lui aussi tenté de fuir l'Inquisition, ce qui l'obligea à un grand périple. C'est ainsi qu'il fut ballotté ici et là, jusqu'à ce que mis nu, la langue entravée par un mors de bois l'empêchant de parler et de crier, sur le Campo de' Fiori, il fut supplicié sur le bûcher. En souvenir de cette atrocité, on y dressa une statue le représentant. L’histoire de cette statue est elle aussi assez intéressante... et née d'une résistance à l'impérialisme catholique qui tente d'écraser toute vie civile. Ainsi, proposée en 1879, elle fut d'abord interdite sous pression de l'Église ; suite à l'excommunication des francs-maçons (rationalistes, athées...) par le Pape de l'époque – en 1884, on l'autorisa. Elle fut créée et édifiée par le sculpteur Ettore Ferrari en 1889. Aux temps de Mussolini, le sculpteur Ferrari fut l'objet de mille persécutions en raison également de son appartenance au Grand-Orient, dont il fut le grand-maître de 1904 à 1917. Le lieu est toujours fleuri aux couleurs de la liberté – liberté de parole, liberté de pensée, chaque année.

Giordano Bruno..., dit Lucien l'âne un peu rêveur. Je l'ai accompagné lui aussi un temps dans ses pérégrinations au travers de l'Italie d'abord, puis à Genève chez les calvinistes, puis en France, puis à Wittenberg chez les luthériens... Non, je ne l'avais pas accompagné à Londres chez les anglicans ; à l'époque, figure-toi que j'étais en Espagne et pour cause... je suivais les aventures de Don Quichotte. Puis, pour Giordano Bruno, il y eut son malheureux retour en Italie et son procès... qui finit si mal. Sais-tu qu'il déclara à ses juges lors de sa condamnation :  « Vous éprouvez sans doute plus de crainte à rendre cette sentence que moi à la recevoir. » Giordano Bruno fut souvent sollicité par les autorités à se rétracter, comme notre ami Adam.[[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=47896]]


Le personnage suivant est désigné par son prénom de Baruch... Il s'agit à l'évidence du philosophe Baruch Spinoza, qui quant à lui, s'il n'a pas voulu fuir sa communauté (juive), dont il était banni, n'en a pas moins poursuivi sa route avec moult prudence et la prudence est une des formes les plus subtiles de la fuite. Malheureusement, il n'avait pas vu venir une ennemie des plus terribles : la silicose ; ce fut elle qui l'emporta.


La silicose ? Un philosophe ?, dit Lucien l'âne. Cela peut paraître surprenant, mais en fait, moi qui l'ai vu faire, c'était car pour vivre il devait exercer le métier de tailleur de verres de lunettes – en tous genres. C'était un travail très méticuleux, de haute précision et comme tu l'as dit, très dangereux, la poussière des verres taillés finissait dans les poumons et les détruisait.


Passons les deux peintres, repris ici pour leurs créations et il me reste à te dire le militant de la décolonisation et de la révolution en Afrique et en Amérique latine que fut George Matéi, mort en l'an 2000, successivement marin en Afrique équatoriale, soldat en Algérie, passeur de frontières, fabricant de faux papiers, journaliste et écrivain.


Comme quoi, Marco Valdo M.I. mon ami, la canzone est souvent plus signifiante qu'il n'y paraît et sur ses airs, elle emporte pas mal d'Histoire ; elle raconte le monde et découvre bien des facettes de cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres afin de maintenir leur domination, d'imposer leur système, d'empêcher toute mise en cause de leurs privilèges et de conséquence, toute pensée nouvelle et par nature contestatrice de l'ordre existant, laquelle est irrémédiablement qualifiée d'hérétique (autrefois), de terroriste (aujourd'hui) et d'anarchiste (toujours). Dès lors, il nous faut reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde persécuteur, excommunicateur, inquisiteur, répressif et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Mais mon cher Cervantès, la liberté
Quel mot étrange, liberté
Liberté pourquoi, pour qui liberté
Liberté putain, putain de liberté
La seule liberté, c'est rêver sans maître
Celle que j'aime, la seule dont je veux dépendre
Dans un temps de rapaces rusés
Où les dieux sont marchands ou banquiers,
Je reviens avec Rossinante combattre
La lance au poing, la voilà ma liberté.
Liberté, c'est pouvoir dire : je te donne,
Je te donne la main
Même si l'homme est un loup pour l'homme,
S'il n'y a pas de pardon pour qui aime plus, qui aime mal,
Je n'ai jamais cessé de lutter
Contre les moulins du mal
Libre d'enchaîner, de moudre du vent,
D'épandre tempête, ce dont le trône ne se soucie pas mal.
Alors, je reviens prendre d'assaut le ciel des géants .

Mais mon cher Cervantès, la liberté
Quel mot étrange, liberté
Liberté pourquoi, pour qui liberté
Liberté putain, putain de liberté
La seule liberté, c'est rêver sans maître
Celle que j'aime, la seule dont je veux dépendre


Semer des visions comme le sable sur l'arène
Ne pas presser le temps
Car chaque chose vient en son temps
Comme Spartacus qui par l'épée brisa les chaînes

Comme ensuite firent à Münster ces frères anabaptistes
Et sur les montagnes Dolcino avec la belle Marguerite
Qui montèrent sur le bûcher entouré de soldats
Et le soleil se dénoua entre leurs doigts


Comme Giordano Bruno sur cette place
Maintenant défleurie, savait que la vie est une et sans fin…
Et Baruch le renégat dans son habit d'étoiles
William Blake chante, jouit, rit
Et mon bien aimé Van Gogh, saint parmi les saints


Avec Georges Mattéi, une communauté d'amis
Et le poète illuminé de la commune, sont de grandes gens
Et l'infini défilé d'anonymes gens
Et moi parmi eux à faire chorus et à dégainer la lance
Accompagné Sancho Pança, plein de vaillance

Mais mon cher Cervantès, la liberté
Quel mot étrange, liberté
Liberté pourquoi, pour qui liberté
Liberté putain, putain de liberté
La seule liberté, c'est rêver sans maître
Celle que j'aime, la seule dont je veux dépendre

C'est pour la liberté, pour elle seule que nous vivons
La liberté, c'est être à la hauteur de l'humaine nation
Car je le sais, je le crois, le temps ensuite viendra
Où à la peur, la liberté jamais plus ne cédera.