dimanche 20 septembre 2020

MÉTROPOLIS

 

MÉTROPOLIS


Version française – MÉTROPOLIS – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – MetropoliKaos Rock1980




 

MÉTROPOLIS


Jakob STEINHARDT – 1913






Dialogue Maïeutique




Lucien l’âne mon ami, la chanson rock est elliptique.


Oui, parfois, dit Lucien l’âne.


Celle-ci s’appelle Metropoli et est un rock assez chaotique.


Oui, court et chaotique, dit Lucien l’âne.


C’est pas comme le film de Fritz Lang, quasiment homonyme : Metropolisquelques images du film dans une version elliptique, car c’est un film fort long, qui dès 1927, anticipe certains crématoires – voir la scène où on pousse les gens dans la gueule de feu du monstre divin et qui décrit aussi (visuellement, les grands empires, toutes tendances confondues où les hommes en troupeau se font broyer par le travail et où l’art enchante un paradis de propagande). Il est possible évidemment de voir la version complète, restaurée en langue anglaise.


Oui, dit Lucien l’âne, Ce Fritz Lang et les gens de Weimar voyaient très bien dans quel enfer la massification conduirait ; le Berlin de Dada et de l’expressionnisme, de Kurt Tucholski et d’Erich Kästner, d’Erich Mühsam et de Max Liebermann, celui de Bertolt Brecht ou le Munich d’Erika Mann, ou, ou… voyait venir les horreurs et il le disait. Je me souviens très bien de ce qu’on disait dans le dialogue à propos de ta chanson « Le Maître et Martha » :

« Donc, le défilé passe devant la maison Liebermann – une grande maison de famille – sur la Pariser Platz, et du haut de son toit, le Maître dit en berlinois la phrase suivante : « Ick kann jar nich soville fressen, wie ick kotzen möchte », autrement : « Je ne pourrai jamais autant manger que je ne pourrai vomir » ou de façon moins léchée : « Je ne peux même pas bouffer autant que j’ai envie de dégueuler ».


On disait tout à l’heure, dit Marco Valdo M.I., la chanson rock est elliptique, dès lors, il ne faudrait pas oublier ici Joachim Ringelnatz et Ein Taschenkrebs und ein Känguruh.


Une chanson elliptique peut-être, mais toujours d’actualité. Et quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde consommateur, intoxiqué, enfumé, masqué, virusé, irrespirable et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




La métropole est un enfer

En été comme en hiver ;


Pas d’air à respirer,

Seulement du gaz à consommer ;


Fumée, gaz, dioxine,

Voilà ma vitamine ;


Sur la glace à lécher,

Tant de smog à goûter ;


Avec la pisse de mon chien,

Je parfume les chemins ;


Fumée, gaz, dioxine,

Voilà ma vitamine ;


Fumée, gaz, dioxine,

Voilà ma vitamine.

jeudi 17 septembre 2020

DERRIÈRE LA COLLINE

 

DERRIÈRE LA COLLINE


Version française – DERRIÈRE LA COLLINE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Dietro la collina – Zauber – 1978




 

Enfoncez-vous bien ça !


Alexeï Kozine et Oleg Maslov

(1987 – Léningrad)



Dialogue Maïeutique



Ne me demande pas, Lucien l’âne mon ami, de quelle colline, il s’agit. Je n’en sais rien et je ne sais même pas si quelqu’un en sait quelque chose. Peut-être, comme on peut le penser, il s’agit tout simplement d’une colline et d’un monde imaginaires. Bref, il y a la colline.


Oh, dit Lucien l’âne, des collines, il y en a beaucoup et il y en a partout. Alors, savoir laquelle, c’est peine perdue.


Ainsi, Lucien l’âne mon ami, on peut donc paraphraser la chanson en disant : derrière une colline imaginaire, il y a un monde imaginaire. Ou, ce qui serait mieux encore : derrière cette colline imaginée, il y a un monde fantasmé.


Oui, dit Lucien l’âne, on peut dire ainsi. Mais encore ?


Eh bien, reprend Marco Valdo M.I., dans ce pays imaginé et heureux, les arbres – ce doit être le pays des arbres – ne craignent ni le chaud de l’été, ni le froid de l’hiver. C’est merveilleux, mais c’est de l’autre côté de la colline ; un pays proche de celui d’Alice qui, rappelle-toi, se trouvait de l’autre côté du miroir ; mais de ce côté-ci, les choses sont tout bonnement autres. Les arbres vont souffrir, les arbres vont disparaître pour satisfaire l’insatiable appétit de la race humaine, une espèce pire que les sauterelles, la digne descendante d’Attila.


Oh, dit Lucien l’âne, celui-là, je l’ai connu ; un voyou, il ne laissait rien debout derrière lui ; on pouvait le suivre à la trace. Partout où il passait, on ne trouvait que la désolation.


Cependant, dit Marco Valdo M.I., on te dira, on me dira, on dira à tout le monde que si on abat les arbres, si on défriche la colline, si on y creuse des mines, c’est pour les besoins de l’économie, cette hypostase de l’espèce qui n’ose pas s’avouer ses désastreuses initiatives. Bienvenue aux mégapoles et tous debout en 3030 – en anglais : « Only stand up ! ».


Ou probablement, bien avant – disons en 2222, dit Lucien l’âne, j’en ai bien l’impression. Tous debout, comme les ânes, mais sans arbres, sans air, sans fleurs et sans pérennité.


Et puis, Lucien l’âne mon ami, il y a toujours des gens (ce sont les pires des emberlificoteurs) qui vantent l’autre côté de la colline, qui disent que derrière la colline, on trouvera le bonheur et ils promettent monts et merveilles, paradis mystiques, paradis terrestres, paradis célestes ou plus terre à terre, un avenir radieux : « Le communisme est l’avenir radieux du socialisme » – un merveilleux slogan, mais pour le trouver, il faut toujours rêver à parvenir de l’autre côté et de ce côté-ci, comme nul n’est encore parvenu à franchir la crête, on coupe les arbres, on troue la terre, on exploite la crédulité humaine.


Oh, dit Lucien l’âne, je le sais, c’est toujours comme ça dans la Guerre de Cent Mille Ans, qui se joue de ce côté-ci de la colline, de ce côté où les riches et les puissants ont leurs domaines, jouissent de leurs privilèges, imposent leur domination et tirent un éternel profit – du moins, tant qu’il y aura des hommes, tant qu’il y aura des gens pour croire à l’autre versant de cette mythique colline. Quant à nous tissons le linceul de ce vieux monde crédule, croyant, exploité, ravagé, amblyope et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






Derrière la colline, mon ami,

Il y a un pays heureux

Qui n’a pas besoin de fous, ni

De saints ou de héros glorieux.


Derrière la colline, mon bien-aimé,

Il y a un pays où les sourires des pêcheurs

Donnent à la mer une autre couleur.

Il y a un pays où les bois ne craignent pas l’été

Et l’hiver ne leur fait pas peur.


Ils vont abattre les arbres, creuser des mines,

Ils vont faire violence à ta cervelle,

Mais ils ne détruiront pas la colline,

Ils auront toujours besoin d’elle.


Ils vont abattre les arbres, creuser des mines,

Ils vont faire violence à ta cervelle,

Mais ils ne détruiront pas la colline,

Ils auront toujours besoin d’elle.


mardi 15 septembre 2020

POINTS DE VUE

POINTS DE VUE


Version française – POINTS DE VUE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Punti di vistaZauber2001






Dialogue Maïeutique


Une chanson, même courte, Lucien l’âne mon ami, peut dire beaucoup de choses à propos du monde tel qu’il est, à propos du monde tel qu’il ne va pas ou plutôt, tel qu’il va mal.


Sûrement, dit Lucien l’âne, tout le monde sait ça.


Peut-être bien, dit Marco Valdo M.I., mais il y a la manière. On peut en condensant faire un petit air qui n’a l’air de rien et qui peu à peu, sans crier gare, peut faire entendre l’indignation face à ce réel que des hommes imposent à d’autres hommes, des femmes ou des enfants. C’est ce que raconte cette chanson en trois petits points de vue portés sur une même chose : une paire de chaussures superflue, absurde, inutile. On a donc : un, le point de vue commercial, celui où seul importe le profit, celui de notre monde actuel en quelque sorte ; deux, le point de vue de l’enfant qui au bout du monde, pour deux fois rien, douze ou quinze heures par jour, trime pour fabriquer ces banales chaussures (une création unique à des millions d’exemplaires) et troisième temps, un homme quelconque achète ces chaussures idiotes et s’empresse d’ignorer dans quelles conditions elles ont été fabriquées. Finalement, que l’enfant ne puisse pas aller à l’école – car il doit fabriquer ces chaussures, que l’enfant perde sa vie à la gagner (à peine) et que tout ça, lui fera un avenir aussi désastreux, malgré ses rêves. De tout ça, l’acheteur s’en fout ; il ne s’intéresse qu’à l’apparence de l’emballage de ses pieds.


La belle affaire, dit Lucien l’âne. Vous les humains, quelle race ! Je préfère nettement rester un âne anonyme.


Oh, tu as parfaitement raison, Lucien l’âne mon ami, mais il est tout aussi possible d’être un homme anonyme et passer dans ce monde – en évitant de telles chaussures – comme par temps de pluie on passe entre les gouttes ; certes, on sera mouillé, c’est inévitable, mais en l’occurrence, c’est l’intention qui compte et on aura fait sa vie sans exploiter, ni déranger les autres.


C’est ça la civilité, mère de la civilisation, dit Lucien l’âne, mais pur ce que j’en sais, la race humaine est très loin d’y parvenir.

Pour en revenir à cette chanson de Zauber, je lui trouve une ancêtre, une sorte d’air de famille, une généalogie dans la conception avec les Actualités de Stéphane Golmann, une chanson écrite et chantée cinquante ans auparavant. Je te laisse découvrir en quoi elles sont proches.

Oui, dit Lucien l’âne, je pense me souvenir de la chanson de Golmann, mais je m’en vais quand même comparer ces deux histoires pour voir en quoi elles sont parentes. D’ici là, tissons le linceul de ce vieux monde exploiteur, bêtasse, frivole, avide, absurde et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane









L’homme regarde

Son bénéfice de mai.

Il dit : « Je sais.

Il m’a fallu de l’audace

Pour à l’Est, m’en aller

Et venir ici sur place

Créer en Asie

Le Fait main en Italie ».





L’enfant regarde

Les chaussures et les ballons en cuir,

Cousus par lui et chuchote :

« Je suis sûr que je vais mourir

Avant que ne vienne le jour meilleur

Où j’aurai moi aussi deux

De ces souliers de Dieu

Ou d’un autre basketteur ».





Un homme regarde

Ces souliers qu’il a payés

Cher, mais il désire

Ignorer qu’il a acheté

En même temps, la vie d’un enfant

Qui a, là-bas au loin,

L’âge de son enfant

Un peu plus ou encore moins.

samedi 12 septembre 2020

La Ville en feu

 

La Ville en feu


Chanson française – La Ville en feu (chant 3) Marco Valdo M.I. – 2020


Petit journal d’exploration, souvenir du Voyage en Laponie de Carl von Linné, du monde créé par Terry Pratchett à partir du travail fabuleux de son traducteur en français Patrick Couton.







Dialogue Maïeutique


Pour débuter une exploration d’un monde, que dès lors par définition, on ne connaît pas, dit Marco Valdo M.I., rien de tel que de se rendre dans sa capitale ou ce qui en tient lieu. En l’occurrence, Ankh-Morpork. Évidemment, je suis sûr que tu en conviendras et même que tout le monde en conviendrait, voir flamber la mégapole dès qu’on l’approche n’est pas ce qu’il y a de plus réjouissant.


En effet, dit Lucien l’âne, je me souviens ainsi de mon arrivée par-dessus les collines du Latium et d’avoir vu Rome habillée de flammes. C’était un spectacle étonnant. Je pense d’ailleurs que c’était ce côté spectaculaire qui était la raison pour laquelle l’Empereur Néron, un peu fêlé de la cafetière, avait ordonné cette réjouissance pyrotechnique. Ce n’était pourtant pas le premier incendie que je voyais. Il y en a eu tant tout au travers des temps. C’est d’ailleurs une pratique fort répandue et des plus générales d’incendier les villes pour punir les habitants d’avoir voulu se défendre.


Tout cela est exact, Lucien l’âne mon ami, mais en l’occurrence, il ne s’agit pas ici d’une action militaire ou répressive, mais comme on le verra d’un accident fortuit. Pour en revenir à la chanson, je ne pensais pas la faire aussi vite, mais on sait comment ça va avec l’inspiration. Il peut se passer des mois avant qu’elle paraisse et parfois, elle est là pressante qui frappe à la porte. Ici, elle succède aux deux précédentes : L’exploration du Disque-Monde et La Ville-Mère ; elle raconte l’énorme cataclysme de cette ville brûlée ; l’incendie d’une ville de près ou de plus d’un million d’habitants, ce n’est pas rien et ça ne passe pas inaperçu. Maintenant, je crois avoir trouvé l’événement et le tableau qui en est la représentation qui ont inspiré ce récit de l’incendie d’Ankh-Morpork. Selon moi, ce serait l’incendie de Londres de 1666 et le tableau serait celui qu’en fit le peintre hollandais Lieve Pietersz Verschuier (Rotterdam – 1627-1686), lequel vivait à ce moment-là à Londres. L’incendie qui s’étendit durant trois jours détruisit les quartiers populaires, où il avait pris naissance ; il entraîna une fuite massive des populations.


D’après ce que tu m’en dis, Marco Valdo M.I. mon ami, et à voir le tableau du Grand incendie de Londres, il me semble en effet que ce serait bien ce grand feu-là qui aurait servi de modèle pour décrire celui d’Ankh-Morpork. Cela dit, je confirme ce que tu notes dans la chanson, à savoir que lors de telles catastrophes, les gens – enfin, une très grande partie d’entre eux – perdent la tête et la raison et se mettent (à mon sens un peu tard) à invoquer les secours de la religion et du Dieu, des Dieux ou de n’importe quelle entité tout aussi imaginaire.


Une dernière anecdote, Lucien l’âne mon ami, avant de te laisser conclure. Elle concerne celui par qui cet accident tragique est arrivé, car on connaît l’origine involontaire de ce brasier londonien et son auteur, un certain Thomas Farynor, qui était le boulanger du roi Charles II, revenu de France. Thomas s’était endormi en laissant en laissant son four allu et dans la nuit, le feu s’est activé et répandu aux environs et de proche en proche à une grande partie de la ville. Il a fallu faire sauter des quartiers entiers pour parer à cette extension incoercible.


Eh bien, dit Lucien l’âne, il ne reste qu’à lire la chanson et ensuite, tisser encore et toujours le linceul de ce vieux monde chaud, trop chaud, brûlant, torride, enfumé, toxique et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






Un embrasement sauvage ravage

La plus ancienne cité du monde.

Dans une infernale ronde,

Le feu s’enrage.


La pauvre Morpork brûle,

L’incendie gronde.

De l’autre côté du fleuve,

Ankh la riche se calfeutre.


L’incendie peint d’octarine, la huitième couleur,

Le ciel, le fleuve, la ville, toutes les maisons.

Les gens perdent la tête, égarent leur raison :

Ils implorent un Dieu sauveur.


Au port tout entier flambant,

Tout le monde se barre

Et largue les amarres.

Les bateaux s’en vont fumant.


Dans la ville-mère,

Insoucieuse des calamités,

C’est soudain la guerre

Et la fin de la tranquillité.


L’effroi naît de la flamme,

Tous fuient : hommes, femmes, rats.

Personne ne comprend le drame,

Chacun espère qu’il s’en sortira.


Dans l’exubérante fumée du feu de joie,

L’air, courageusement, flamboie.

Et s’élève alors très très haut

En une colonne noir corbeau.


Une marée sombre et rougeoyante

Vomit une vapeur brûlante.

Des collines lointaines, il semble

Que l’horizon tout entier tremble.





jeudi 10 septembre 2020

La Ville-Mère

 

 

La Ville-Mère

 

Chanson française – La Ville-Mère (chant 2) – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Petit journal d’exploration, souvenir du Voyage en Laponie de Carl von Linné, du monde créé par Terry Pratchett à partir du travail fabuleux de son traducteur en français Patrick Couton.

 

 


 

 

Dialogue Maïeutique


 

Ainsi donc, Lucien l’âne mon ami, nous étions partis en voyage d’exploration d’un monde où « La Guerre n’est plus qu’un souvenir… une vieille attraction de foire ».


 

Oui, en effet, Marco Valdo M.I. mon ami, alors, je t’en prie continuons, je suis très curieux de le découvrir et de voir comment il est possible qu’existe un monde dans lequel la guerre est en quelque sorte hors-jeu.


 

Un voyage d’exploration, sans doute aussi étrange que celui que fit Carl von Linné en Laponie ; c’était au temps de Voltaire, en 1732 ; un voyage dans l’immense et très déroutant – à nos yeux de Globiques, d’habitants du Globe-Monde – Disque-Monde, ainsi nommé, car sa platitude sur laquelle reposent les océans, les montagnes et tout le reste, le fait ressembler à un disque. A contrario, il faut bien nommer notre Terre qui se présente – vue de loin, de très loin – sous la forme d’une boule, d’un globe ; de là viennent les appellations de Globe-Monde, globien, globique, globiste, etc. Comme il se doit pour un monde où sévit la vie et où l’évolution s’est suffisamment avancée pour créer ce qu’il faut bien nommer une civilisation, on y trouve des empires, des États, des villages et des villes et bien sûr, une d’entre elles, la plus grande métropole, où il n’y a pourtant pas de métro, mais des dames d’œuvres et des dieux bienveillants qui s’emploient à faire reluire toutes les facettes du bonheur, fait figure de capitale de référence, même s’il s’agit d’une Ville-État.


 

En résumé, dit Lucien l’âne, il y a dans ce monde plat une ville qui, sans l’être réellement et même sans vraiment le vouloir, prend des allures de capitale, disons virtuelle.


 

C’est cela, dit Marco Valdo M.I., si ce monde était un état unique, elle serait la capitale politique, économique et culturelle, à la manière de la Rome antique ou du Londres du temps où il y avait un Empire britannique. Cependant, comme par exemple Budapest, c’est une ville jumelle, une ville faite de sœurs siamoises, reliées par la tête, entre lesquelles passe le fleuve Ankh. C’est la ville d’Ankh-Morpork que nous allons explorer. Il faut aussi savoir que c’est chez elle que va rayonner dans ce monde une civilisation très imparfaite, mais porteuse d’innovations et de progrès et surtout, de paix. Ankh-Morpork déteste la guerre, mais nous y reviendrons.


 

Oui, dit Lucien l’âne, allons-y pas à pas ; c’est la devise des ânes. Pour le reste, tissons le linceul de ce vieux monde globulaire, guerrier, retardataire et cacochyme.


 

Heureusement !


 

Ainsi Parlaient Marco Valdo et Lucien Lane


 

Les visiteurs viennent de loin

Admirer les curiosités touristiques,

Les coutumes désuètes et fantastiques

Et les monuments de ce pays lointain.


 


 

Le cargo lourd accoste au quai,

Débarque le fret et le passager,

L’étranger arrivé dans l’inconnu,

Le visiteur de l’inconnu venu.


 


 

Voici les siamoises Ankh la Fière,

Et Morpork la putifère,

Ensemble, insubmersible ville-mère

Trébuchante et amère.


 


 

La cité double est souveraine,

La plus grande des villes riveraines

De la mer Circulaire

Et des terres qui l’enserrent.


 


 

Ankh-Morpork, ses places, ses rues arpentées

Par les badauds, les marauds, les escrocs, tous héros

Des contes, des chants, des chansons, des épopées,

Des légendes du monde et d’au-delà des flots.


 


 

Une ville pleine de bandes

De malfaiteurs, de guildes

De voleurs, de syndicats d’assassins

Et d’autres groupements malsains.


 


 

Une ville d’exécutions publiques

De duels, bagarres, querelles magiques

Et d’étrangetés ; une ville au train-train

Habituel dangereusement quotidien.


 


 

La fosse aux Catins est bien instructive

Par ses scènes lascives et récréatives,

Là, dans le temple se dresse en hauteur

Le Dieu de tous les bonheurs.


 

 

mercredi 9 septembre 2020

L’exploration du Disque-Monde


L’exploration du Disque-Monde


Chanson française – L’exploration du Disque-Monde – Marco Valdo M.I. – 2020

Petit journal d’exploration, souvenir du Voyage en Laponie de Carl von Linné, du monde créé par Terry Pratchett à partir du travail fabuleux de son traducteur en français Patrick Couton.




Dialogue Maïeutique


Sans doute, Lucien l’âne mon ami, as-tu en tant qu’âne errant, un goût pour l’exploration du monde et peut-être même parcouru ce monde en long et en large depuis fort longtemps et contrairement aux touristes, ces pseudo-voyageurs, ces ersatz d’explorateurs, tu l’as fait le plus simplement du monde sur tes quatre pieds.


En effet, dit Lucien l’âne, et pour moi, l’exploration est un art très spécifique qui demande une grande disponibilité et beaucoup d’attention. Plus encore quand on visite un monde inconnu, un monde où on n’a jamais vécu, un monde où on n’a jamais mis le pied, on ne sait jamais ce qu’on pourrait y trouver, les obstacles que l’on pourrait y rencontrer, les dangers qu’on pourrait devoir y affronter, mais comme on dit de nos jours, j’ai une certaine expertise en la matière.


Oui, je l’imagine volontiers, répond Marco Valdo M.I. en riant. Cela dit, je nous invite à la visite d’un monde hors du monde, d’un monde imaginaire dont tout l’intérêt est d’avoir été pensé par un de nos contemporains. Il s’agit du Disque-Monde dont le créateur, comme je viens de le dire, n’est pas Dieu ou un dieu quelconque, une de ces entités insaisissables, inexistante et carrément, ineffable – ce qui signifie qu’on ne peut même pas exprimer. Assurément, le Disque-Monde est une création et il a un créateur sans l’œuvre duquel il n’existerait pas et ce créateur, comme tu le sais probablement déjà, n’est autre que Terry Pratchett, un homme plein d’imagination, doué pour l’humour et l’écriture. Vu l’ampleur de sa production, il a dû y consacrer une très grande partie de sa vie et de lui-même, on ne pourra qu’y faire écho de temps en temps, sans rien d’exhaustif, ni de systématique. Comme c’est notre habitude et notre méthode, nous procéderons en chansons, allant de l’une à l’autre, chanson après chanson, comme s’il s’agissait de consigner les étapes de notre exploration de ce monde :


« Un monde où la guerre prête à rire,

La Guerre n’est plus qu’un souvenir ;

Où désuète, la guerre foire

En vieille attraction de foire. »


Voilà qui est intéressant, dit Lucien l’âne, un monde où la Guerre n’est plus qu’un vieux souvenir. N’est-ce pas un mirage ?


Disons que c’est globalement vrai, répond Marco Valdo M.I., mais qu’il en reste des séquelles, l’une ou l’autre résurgence, vite éteinte cependant. Mais ce sont des choses qu’il nous faudra découvrir au fil du temps et de nos pérégrinations, ce qui, j’insiste, risque de prendre beaucoup de temps. Combien y en aura-t-il de ces étapes ? Je n’en sais rien ; comme pour la durée de la vie, on verra bien – à la fin. Cependant, il ne faut pas perdre de vue qu’un voyage peut aussi bien tourner court, prendre des raccourcis, se perdre dans des itinéraires de traverse.


Oh, peu importe, dit Lucien l’âne, on suivra notre nez, comme d’habitude. D’ailleurs, on a déjà vécu ça avec tes précédentes séries de chansons, dont il faut d’ailleurs considérer que chacune de ces séries n’est en fait qu’une seule et unique chanson ; c’était ainsi pour Dachau Express, Les Histoires d’Allemagne, Le Cycle du Cahier ligné ou Les Histoires lévianes, La Geste de Liberté, Les Lettres de Prison, L’Arlequin amoureux et Les Histoires albanaises. L’important dans un voyage, c’est de le faire et on ne sait trop ce que réserve le chemin. De même, je ne demanderai pas ici plus de détails, plus d’explications quant à cette expédition où l’on sera tels des Cyranos de fantaisie et cela pour la même raison que comme le voyage, comme l’exploration, la chanson se fait pas à pas. Mais dès lors, que dit cette première, celle qui ouvre la voie ?


Comme bien on peut le penser, Lucien l’âne mon ami, la chanson initiale présente le monde qu’elle propose d’explorer, mais elle ne dit ni quand, ni comment le faire. Elle ne précise pas non plus qui va le faire. C’est une invitation au voyage, voilà tout.


Eh bien, voyons voir, Marco Valdo M.I. mon ami, puis tissons le linceul de ce vieux monde sur lequel nous vivons rond, globulaire, quasi-sphérique et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I et Lucien Lane





Un jour, un matin, un soir,

Commence quelque part

Le grand voyage autour du monde,

L’exploration du Disque-Monde.


Un monde où la guerre prête à rire,

La Guerre n’est plus qu’un souvenir ;

Où désuète, la guerre foire

En vieille attraction de foire.


Où s’entendent les trolls avec les nains,

Les golems avec les gobelins,

Les loups-garous avec les chiens,

Les vampires avec les humains.


Monde de gnomes, d’orques et de morts-vivants,

De mages, de fées, d’elfes et de sorcières,

De dieux, de prêtres, de militaires,

Un monde multiple et mouvant,


Un monde plein d’océans et de continents,

Porté par A’Tuin la grande tortue,

Portant sur son dos les quatre éléphants

Aux pensées inconnues.


Nul ne sait rien au fond :

Ni d’où viennent, ni où vont

La tortue, les éléphants

Et tout le monde des vivants.


Tous traversent de part en part,

Pour les mages, de nulle part à nulle part,

D’une lente reptation continue,

Nage indéfiniment l’immense tortue.


Pour la religion, la tortue en rut

Fonce vers l’étreinte finale, vers son but :

Créer, par le Big Bang et la grande Secousse,

Les nouvelles étoiles qui poussent.