dimanche 26 avril 2020

NEIGE D’AVRIL

 

NEIGE D’AVRIL



Version française – NEIGE D’AVRIL – Marco Valdo M.I. – 2020
Chanson italienne – Neve d’aprileAlice – 1992
Album : Mezzogiorno sulle Alpi





Dialogue Maïeutique


Il y a, Lucien l’âne mon ami, des chansons de toutes les tailles (La Chanson de Roland comporte 9000 vers dans sa version la plus longue) et parmi les chansons, il y a aussi des chansons simples et de très compliquées.

Oui, certes, dit Lucien l’âne, et alors ?

Et alors, dit Marco Valdo M.I., rien. Il fallait juste que je commence à parler de celle-ci.

Oh, je vois, dit Lucien l’âne, il te fallait une amorce, juste de quoi éclaircir la voix et le cerveau. Eh bien, maintenant que c’est fait, est-ce que tu peux me révéler tes ruminations à son sujet ?

Évidemment, Lucien l’âne, et c’était d’ailleurs mon intention. D’abord, je te prie de noter la date de sa parution : 1992, soit approximativement trente ans ; disons pour être plus précis une trentaine d’années : tout un bail.

Oui, certes, dit Lucien l’âne, et alors ?

Ce qui me stupéfie, quand je songe à cette date et à cet écart temporel, reprend Marco Valdo M.I., c’est qu’elle a l’air d’avoir été écrite aujourd’hui.

Mais, dit Lucien l’âne, c’est d’ailleurs le cas de la version française.

Oui, certes, reprend Marco Valdo M.I., je veux dire qu’elle paraît tirer sa substance de ce qui s’est passé ces dernières semaines en Italie (et ailleurs). Elle a l’air d’être une complainte d’un survivant à la pandépidémie. Elle s’applique directement à cette période de fin d’avril où on entrevoit – on peut espérer à raison, mais sans plus, car rien n’est sûr – que ce soit la neige d’avril et sa blancheur qui vienne recouvrir le paysage désolé et que ne se lève pas une nouvelle aussi redoutable tempête.

« Espérons que ce n’est pas une tempête
Qui monte dans mon cœur,
Mais la neige d’avril toute seule. »

Moi, dit Lucien l’âne, je ne suis ni savant, ni prophète, ni devin, ni oracle, ni augure et je ne connais donc pas de réponse à cette interrogation, ni de remède à cette situation. Moi aussi, vois-tu, je suis un peu incertain quant à la suite des choses. Cependant, je me rallie aisément à cette idée, que nous avons ancrée dans notre conviction que le chant – et plus généralement, la poésie et toute littérature ou tout art qui en découle – est souvent prémonitoire.

En effet, répond Marco Valdo M.I., je garde la même pensée. J’y ajouterais qu’elle est aussi une fameuse accoucheuse de la compréhension du monde ; elle ouvre l’esprit bien au-delà des analyses factuelles. Bien sûr, si on tient compte des dates, cette chanson-ci – NEIGE D’AVRIL – lance un avertissement ; elle joue à la perfection le rôle de Cassandre. Il est vrai aussi qu’elle peut s’appliquer à toute situation catastrophique et il n’en manque pas dans l’histoire humaine.

Et, interrompt Lucien l’âne, il ne manquera pas d’y en avoir encore et de bien pire – forcément, dans le futur. C’est totalement inévitable ; il vaut mieux s’y faire et il y en a déjà en cours : des guerres – toutes filles de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres depuis déjà fort longtemps, des maladies, la faim, la soif, la sécheresse, la montée des eaux – et elles vont s’ajouter aux autres présentes et à venir. Rien que dans l’immédiat de l’Afrique, on annonce al remontée du paludisme (centaines de milliers de morts), de la rougeole, de la faim aussi en plus de la misère endémique.

Oui, Lucien l’âne mon ami, tu me prends les mots de la bouche, mais il n’y a pas que les catastrophes et les tragédies à l’échelle humaine auxquelles il faut vaille que vaille malgré tout se faire, il y a celles à l’échelle des espèces entières et celles à l’échelle planétaire ou géologique. Si on regarde ce qui s’est passé dans le passé, on ne peut ignorer la fin naturelle du vivant biologique. La chose s’est déjà produite plusieurs fois sur cette Terre. Dès lors, la conclusion de la chanson me semble tout à fait pertinente :

« Nous sommes les naufragés du nouveau monde,
Les naufragés jamais sortis de la rade,
Nous sommes les naufragés du nouveau monde. »

Sans compter, enchaîne Lucien l’âne, la disparition fatale de la planète elle-même et de son astre du jour. Ce qui peut rassurer ceux que cela inquiéterait, ce sont des perspectives lointaines, si on les mesure à l’échelle historique, c’est-à-dire au regard de nos vies d’ânes et d’hommes. Quant à la vie quotidienne de la plupart des vivants, tout ce que nous pouvons faire pour en atténuer les duretés, c’est tisser le linceul de ce vieux monde myope, sourd, idiot et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Je suis rentré chez moi confus et fatigué.
Tous ces commerces, ces pauvres gens,
Pour rien si pressés,
Combien de gens innocents
Payent ainsi la facture de nos rêves ?
Nous sommes les naufragés du nouveau monde,
Les naufragés jamais sortis de la rade.



Excusez-moi, ce soir je suis un peu ailleurs.
Je répète les mêmes choses atroces,
Mais je ne peux pas faire taire mon cœur
Quand dans ce monde beau et féroce,
Je vois la peur dans les yeux d’un gosse.
Nous sommes les naufragés du nouveau monde.



Excusez-moi, ce soir je suis un peu ailleurs.
Espérons que ce n’est pas une tempête
Qui monte dans mon cœur,
Mais la neige d’avril toute seule.
Nous sommes les naufragés du nouveau monde,
Les naufragés jamais sortis de la rade,
Nous sommes les naufragés du nouveau monde.



vendredi 24 avril 2020

Le Destin



Le Destin

Chanson française – Le Destin – Marco Valdo M.I. – 2020

ARLEQUIN AMOUREUX – 56

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.


Viens, Matthias, il se fait tard.
Pour finir l’histoire, nous serons deux.



Dialogue Maïeutique

Comme presque toutes les chansons, dit Marco Valdo M.I., celle-ci a connu un enfantement tâtonnant ; elle est faite de gribouillis, de griffonnages, de ratures, de retours, de biffures, de bifurcations, de mots perdus. Elle a souvent hésité et changé plusieurs fois de visage et d’ordonnancement et tout comme les précédentes, elle doit beaucoup à cette structure un peu particulière qui lui donne une sorte de squelette sur lequel mettre sa chair et faire circuler son sang. En bref, la chanson est un être vivant, elle est faite de création et d’improvisation.

Ah, dit Lucien l’âne, c’est le lot des textes de création. Serait-ce la version réelle du « vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage » que Nicolas Boileau indiquait dans son Art poétique ?

Peut-être, partiellement, Lucien l’âne mon ami, ou peut-être pas. Je verrais les choses différemment, car je ne suis pas convaincu par sa démarche didactique qui voulait enserrer la poésie dans le cadre réglementé du raisonné et du raisonnable, digne du carcan du régime du Roi Soleil. Enfin, pour tout dire, cette démarche pesante, lourde de préméditation, appliquée à la création poétique n’est pas dans ma manière.

Quoi qu’il en soit, dit Lucien l’âne, dis-moi ce que raconte cette chanson.

Eh bien, Lucien l’âne, il te souviendra que Matthias, déserteur émérite, était revenu à l’endroit où devaient l’attendre les comédiens de bois, le temps qu’il en termine avec la guerre. À son retour, consternation, ils ne sont pas là. Ainsi, Matthias se tient sur la place, un peu désorienté et pur tout dire, abasourdi. C’est dans cet état réflexif qu’il est abordé par un vieux qui semble le connaître et qui entame sans plus tarder la conversation.

C’est normal, dit Lucien l’âne en riant, les vieux font souvent ainsi ; ils ont le temps long ; alors quand ils rencontrent quelqu’un qu’ils connaissent plus ou moins, même seulement de vue, ils tentent de lier conversation.

C’est exactement, ce qui se passe, reprend Marco Valdo M.I., sauf que ce vieillard, c’est Dieu.

Eh bien, dit Lucien l’âne, s’il y en a un qui a le temps long, ce doit bien être celui-là, car c’est long l’éternité, surtout si on commence au début.

Comme tu l’imagines, Lucien l’âne mon ami, la chanson relate leur conversation et Dieu tente de dédramatiser les choses, mais c’est à l’évidence impossible de dédramatiser la disparition de toute une troupe de comédiens, même en bois, et en prime, de celle du théâtre. Le désespoir de Matthias est intense. En plus, Dieu ne croit pas Matthias. Il y a là comme une inversion du monde lorsque Matthias répond, écoute ça :

« Quoi ? Je ne te crois pas, dit Dieu.
Voyons, Dieu, il faut me croire. »

On le comprend, Matthias, dit Lucien l’âne, c’est son théâtre, c’est son gagne-pain, c’est son rêve, c’est sa vie à cet homme-là.

Effectivement, répond Marco Valdo M.I., c’est tout ça. Alors, Dieu propose à Matthias une association ; il lui offre de l’accompagner pour le reste du voyage, mais Matthias n’a pas confiance en Dieu :

« À deux ? Je n’ai pas confiance en toi.
Tu es Dieu, tu es tout seul, c’est ta nature.
Avec toi, tu vois, on n’est jamais sûr.
Franchement, tu ne peux rien pour moi. »

Et finalement, Matthias s’en remet au Destin, au bon vieux Destin, seule certitude humaine et annonce qu’il va se pendre.

Voilà qui est terrible, dit Lucien l’âne, mais que ce ne sont que des mots venus d’une profonde déprime, comme c’est souvent le cas dans ces cas-là. Cela dit, je comprends Matthias, c’est un fameux coup du sort. Bref, en attendant de savoir la suite, tissons le linceul de ce vieux monde croyant, effondré, désaxé et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Le vieux dit : Comment va, Matthias ?
Tout va bien, dit Matthias.
Et toi, ça va, mon vieux ?
Je ne sais pas, dit Dieu.

Les affaires ne s’arrangent pas.
Pourquoi devraient-elles s’arranger ?
Bah, ça ira, ça ira, comme ça a toujours été.
Alors, Matthias, ne nous tracassons pas !

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Oh, je ne m’en fais pas.
Mon petit théâtre de bois,
Mes marionnettes ne m’attendent plus là-bas.
Plus personne n’attend après moi.

Quoi ? Je ne te crois pas, dit Dieu.
Voyons, Dieu, il faut me croire.
Viens, Matthias, il se fait tard.
Pour finir l’histoire, nous serons deux.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

À deux ? Je n’ai pas confiance en toi.
Tu es Dieu, tu es tout seul, c’est ta nature.
Avec toi, tu vois, on n’est jamais sûr.
Franchement, tu ne peux rien pour moi.

Tu peux être heureux. De quel bonheur ?
Fini le vagabondage hors des chemins,
Sans mes comédiens, c’est l’horreur.
Je vais me pendre, c’est mon destin.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

mardi 21 avril 2020

LA RÉCESSION


LA RÉCESSION


Version française – LA RÉCESSION – Marco Valdo M.I. – 2020
Chanson italienneLa recessione Pier Paolo Pasolini1974
Texte de Pier Paolo Pasolini, tirés de ‘La meglio gioventù’” (Einaudi, 1974).
Le texte original avait été écrit en frioulan, avec une traduction italienne par Pasolini lui-même, qui a ensuite écrit une nouvelle version pour qu’elle puisse être chantée.
MusiqueMino De Martino
Interprétation – Alice, d’abord dans son album "Mezzogiorno sulle Alpi" en 1992, puis dans l’album collectif "Luna di giornoLe canzoni di Pier Paolo Pasolini" en 1995.



Pier Paolo Pasolini
Autoportrait 1947




Dialogue maïeutique


Cette fois, Lucien l’âne mon ami, même si elle s’intitule « La Récession », il ne faudra pas s’y tromper et imaginer que cette chanson puisse s’appliquer aux jours d’aujourd’hui, ni même à ceux de demain.


Ah bien, dit Lucien l’âne, tu penses qu’il n’y aura pas de récession prochainement. Ce n’est pas l’avis des spécialistes, des économistes, des prévisionnistes et des journalistes.


Halte-là, Lucien l’âne mon ami, je n’ai pas dit ça. J’ai seulement dit que cette chanson « Récession » de PPP (Pier Paolo Pasolini), publiée en 1974, ne s’applique pas à la situation présente ; ce qui est tout autre chose. De quoi causait PPP en 1974 quand il évoquait la récession et de quoi peut-on parler aujourd’hui qu’on pourrait mettre sous le même vocable ?


Oui, en effet, dit Lucien l’âne en riant, je me le demandais aussi.


Heu, dit Marco Valdo M.I. un peu décontenancé, Pasolini écrit ce texte au sortir d’une période de forte expansion et de relance économiques consécutives à la guerre – période que curieusement on a appelé le « boum » ; cette période s’étale grosso-modo de 1946-47 à 1970. La machinerie économique tourne à plein régime, mais déjà en son sein s’installe progressivement à partir des années 50, une récession, une vraie récession, celle dont parle Pasolini. Cette récession était elle aussi la conséquence de la guerre. Je m’explique : par exemple, au sortir de la guerre, il a fallu refaire les infrastructures de transport et de production, il a fallu rebâtir les villes et les usines. On a eu besoin d’énormes quantités de rails, de wagons, de poutrelles, de ciment, de charbon, de minerais, etc. Et au plus vite, les appétits étaient immenses. Il en alla de même du blé, des patates, des légumes, des fruits, de la viande, etc. Puis, il a fallu rééquiper les gens, les rhabiller, les rechausser et ensuite, le niveau moyen des revenus s’élevant du fait du quasi-plein emploi , il y eut la possibilité de nouvelles dépenses et l’envie de nouveaux objets : frigo-auto-radio, télé, machines à laver et une demande de loisirs. Toutes les fringales connurent un pic vers 1960, puis une sorte de palier, dont elles ne sont jamais descendues.


C’est sans doute la naissance de la société de consommation, dit Lucien l’âne de la voix de l’élève appliqué.


Oui, effectivement, dit Marco Valdo M.I. ; mais, comme je te l’ai dit, à partir de 1950, la machine commençait à donner des signes d’essoufflement et de fait, il n’y avait plus besoin de tant de rails, de tuyaux, de wagons. Les infrastructures étaient refaites. Pour commencer, on ferma les charbonnages et le reste de l’industrie suivi progressivement. La sidérurgie et les fabrications métalliques, et les verreries ont suivi le mouvement de quelques années. C’est de cette récession que parle la chanson de PPP. Elle est d’ailleurs toujours en cours. Ce n’était assurément pas une crise, il s’agissait d’une évolution ; dans nos régions, on passait d’un monde industriel lourd à un autre plus évanescent ; doublement, tout semblait se dissoudre et renaître dans le lointain. Dès lors, cette récession n’est en rien comparable à ce qui se passe aujourd’hui ou demain. Certes, il faudrait nuancer, mais à la grosse, c’était ça.


Bien, dit Lucien l’âne, je veux bien le penser, mais si tu pouvais un peu argumenter.


C’est assez simple, Lucien l’âne mon ami, car pour le moment, si une récession est en cours ou va se développer, elle ne va pas durer ; j’aurais tendance cette fois à parler de crise ; un peu comme si le monde des humains était grippé. Bien sûr, il va y avoir du dégât, mais il y aura aussi la reprise – plus ou moins rapide, qui n’était pas du tout possible dans la récession évoquée par PPP. Par exemple, les centaines de milliers d’emplois de mineurs et d’ouvriers de l’industrie lourde du siècle dernier ont disparu et ne seront jamais réactivés ; c’est assez comparable à la disparition de la main d’œuvre agricole, qui avait cependant mis beaucoup plus de temps à se résorber, absorbée par les usines, les mines, les carrières, la (re)construction, les grands travaux.


Oh, dit Lucien l’âne, te voilà bien savant et sans doute, as-tu raison. Cependant, il nous faut faire court, car il est temps de tisser le linceul de ce vieux monde désuet, essoufflé, obèse et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






Nous reverrons des pantalons rapiécés,
Des crépuscules rouges sur les chemins
Des villages de leurs autos vidés,
Assiégés de pauvres rentrés
D’Allemagne ou de Turin.
Les vieux resteront maîtres
De leurs murs et de leurs sièges de sénateurs.
Les enfants sauront que la soupe est rare
Et ce que signifie un morceau de pain sans beurre.
La nuit sera plus noire que la fin du monde,
La nuit, nous entendrons les grillons ou le tonnerre.
Et un jeune, peut-être revenu d’une mine,
De retour au bercail, sortira une mandoline.
L’air aura un goût de loques trempées,
Tout sera loin. Dans les fumées,
Des trains et des bus passeront
Parfois comme dans un rêve
Et des villes grandes comme des mondes
Se rempliront de gens qui se promèneront
En vêtements gris
Et ils auront
Dans leurs yeux aigris
Une question qui ne porte pas sur l’argent,
Mais seulement, seulement
Sur l’amour, sur l’amour,
Uniquement l’amour.
Les petites usines sur la plus belle partie
De vertes prairies,
Dans un coude de la rivière,
Au cœur d’une vieille chênaie,
S’effondreront peu à peu à la soirée :
Mur par mur, pierre après pierre,
Feuille tôlée par feuille tôlée.
Et les vieux bâtiments
Seront des montagnes de pierre,
Seuls et clos comme ils étaient avant.
Le soir sera plus noir que la fin du monde
Et la nuit, nous entendrons les grillons grésillant
Ou le tonnerre qui gronde.
L’air aura un goût de loques trempées,
Tout sera loin. Dans les fumées,
Des trains et des bus passeront
Parfois comme dans un rêve.
Les bandits auront leur vieux front
Avec leurs cheveux courts sur la nuque
Et les yeux de leur mère
Pleins du noir des nuits de lune
Et ils seront armés d’une seule lame.
Le sabot du cheval touchera la terre
De la démarche légère
Du papillon et rappellera
Ce que le monde
A été, en silence, le monde
Et pressentira ce qui sera.

samedi 18 avril 2020

QUAND

 

QUAND



Version française – QUAND – Marco Valdo M.I. – 2020
Chanson italienne – QuandoI Luf – 2013



Quand mon corps n’aura plus que son sourire,
Quand la peau tombera de ma figure,






Dialogue Maïeutique

Quand je fais une version française, c’est souvent fois pareil, Lucien l’âne mon ami.

Oui, c’est souvent la même histoire, Marco Valdo M.I. mon ami, mais laquelle ?

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, regarde cette chanson-ci qui s’intitule en italien « Quando », titre que j’ai logiquement traduit par « QUAND ».

« QUAND » quoi ?, demande Lucien l’âne. C’est bien court.

Évidemment, ça n’a l’air de rien un mot si court, dit Marco Valdo M.I. ; pourtant comme je m’en vas te l’exposer, il est une des questions essentielles de la vie humaine. Il modélise le futur, il présage son avenir. Et moi, il m’a quasi-instantanément renvoyé vers des bribes d’autres chansons qui nagent en permanence dans mon cerveau mollasse comme des bactéries dans un bain de soufre en ébullition.

Par exemple ?, demande Lucien l’âne.

Eh bien, reprend Marco Valdo M.I., déjà le mot « quand » m’a expédié tout droit à ceci de Boris Vian ce Pater Noster que chantait Serge Reggiani :

« Quand j’aurai du vent dans mon crâne,
Quand j’aurai du vert sur mes osses… »

ou alors, à « Je voudrais pas crever », autre chanson fort d’actualité :

« Je voudrais pas crever
Avant d'avoir goûté
La saveur de la mort
 »

Et puis, j’ai soudain buté sur le « T’es rock, Coco » de Léo Ferré :

« Avec nos pieds chaussés de sang
Avec nos mains clouées aux portes
Et nos yeux qui n'ont que des dents
Comme les
têtes qui sont mortes »

Et puis aussi, à la Ballade des Pendus du regretté François Villon, Reggiani cantat :

« Vous nous voyez attachés ici, cinq, six:
Quant à notre chair, que nous avons trop nourrie,
Elle est depuis longtemps dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poussière.
De notre malheur, que personne ne se moque »,

Et à L’Homme fossile de Pierre Tisserand, avec encore la voix de Serge Reggiani, qui disait :

« Enfin les scientifiques suivant coutumes et us
Voulant me baptiser de par un nom latin
M'ont appelé Pithécanthropus Erectus
Erectus ça me va bien moi qui étais chaud lapin »

Et de fil en aiguille, j’en fus rendu à L’Homme de Cro-Magnon, lequel se languissait de l’invention du fusil :

« Devant le diplodocus en rage
Il se sentait un peu petit
Et se disait dans son langage :
Vivement
qu’on invente le fusil. »

et j’arrête là, déjà tant d’autres frappent à la porte.

Quel bataclan dans ta tête !, Marco Valdo M.I. mon ami.

Oui, un vrai barouf, avoue Marco Valdo M.I., mais le pire, c’est que toute cette foire interfère avec la partie de mon cerveau qui s’efforce de faire une version française. Et ainsi vogue ma galère.

Tout ça est bien beau, dit Lucien l’âne, mais je ne sais toujours rien grand-chose de « QUAND ». Cette chanson, que dit-elle, finalement ?

Que raconte-t-elle ?, Lucien l’âne mon ami ; c’est assez simple à comprendre. Du moins pour ce que j’ai pu en comprendre moi-même et c’est ce que dit la version française. C’est un homme qui anticipe sa vie ou sa mort, ce qui somme faite, est la même chose, la seconde étant le privatif de la première, c’est-à-dire deux états du même être – non-être. Vian disait – je cite de mémoire :

« Un mort, c’est bien.
C’est complet, c’est terminé.
On n’est pas complet tant qu’on n’est pas mort ».

Enfin, je résume : Quand ceci, quand cela… Pour le reste, je te laisse apprécier par toi-même ; cependant, je te rassure, sa rengaine est un peu optimiste :

« Ne pleurez pas ma pierre, souriez dans le vent
Et moi, de loin, je serai content. »
Oh, tant mieux, dit Lucien l’âne. Avec tout ce que tu viens de dire, tu m’as mis l’eau à la bouche et je meurs (figurativement) d’envie de la parcourir. Alors tissons le linceul de ce vieux monde imaginatif, fantasmatique, lunatique, prophétique et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Quand mon corps n’aura plus que son sourire,
Quand la peau tombera de ma figure,
Quand la nuit durera tout un hiver,
Quand j’irai en enfer,


Quand les nuages n’auront plus de neige
Et quand les pieds n’iront plus dans les chaussures,
Quand les poissons parleront dans la mer
Et les oiseaux s’arrêteront dans le ciel,
Quand la pluie montera vers le ciel,
Quand Mahomet priera Dieu le Père.


Ne pleurez pas ma pierre, souriez dans le vent
Et moi, de loin, je serai content.
Ne pleurez pas ma pierre, souriez dans le vent
Et moi, de loin, je serai content.


Quand la paix n’aura plus de frontières,
Quand le loup et l’agneau dormiront l’un près de l’autre,
Quand vos yeux pourront rêver
Sans un miroir pour s’admirer.


Quand la poussière redeviendra vie,
Quand le silence deviendra poésie,
Quand la lune aura mille couleurs,
Quand aux cartes gagneront les cœurs,
Quand je serai dans mon lit
Avec l’espérance qui me sourit.


Ne pleurez pas ma pierre, souriez dans le vent
Et moi, de loin, je serai content.
Ne pleurez pas la pierre, souriez dans le vent
Et moi, de loin, je serai content.


Ne pleurez pas ma pierre, souriez dans le vent
Et moi, de loin, je serai content.
Ne pleurez pas la pierre, souriez dans le vent
Et moi, de loin, je serai content.


Ne pleurez pas ma pierre, souriez dans le vent
Et moi, de loin, je serai content.
Ne pleurez pas la pierre, souriez dans le vent
Et moi, de loin, je serai content.


Ne pleurez pas ma pierre, souriez dans le vent
Et moi, de loin, je serai content.
Ne pleurez pas ma pierre, souriez dans le vent
Et moi, de loin, je serai content.