vendredi 23 août 2019

Penser ou ne pas penser ?


Penser ou ne pas penser ?


Lettre de prison 41
19 juillet 1935

Le Penseur - Rodin


Dialogue Maïeutique



Tout compte fait, Lucien l’âne mon ami, Descartes avait raison : l’être humain pense, l’homme est un être pensant. Enfin, la plupart du temps ; certes, il y a des exceptions ; je ne citerai pas de nom, mais on en connaît tous. Tout ça pour dire que le prisonnier Carlo Levi pense et d’ailleurs, il n’a pas grand-chose d’autre à faire.

Je me demande, réplique Lucien Lane, ce qui est le pire pour celui qui est ainsi enfermé en isolement pour une durée indéterminée ; Penser ou ne pas penser ? Telle est la question.

Face au temps qui passe ou qui parfois, donne l’impression de s’arrêter, de plus vouloir passer, il y a – quand on est seul dans une cellule – deux grandes manières d’affronter l’épreuve du temps vide, de traverser ce désert. La première consiste à entrer dans une sorte de léthargie, y compris mentale et dans ce coma où on s’oublie, ou on perd le sens de soi et la notion du temps ; littéralement, on ne voit pas le temps passé.

Oh, dit Lucien l’âne, je connais ça, c’est comme un trou noir ; c’était le sentiment de Juliette au moment où elle s’efforçait d’avaler le contenu de la fiole. C’est la plongée dans un abysse, c’est la descente au tombeau. On se met en sommeil, on se perd en catalepsie.

Exactement, reprend Marco Valdo M.I., on s’oublie et on oublie tout et vraisemblablement, après – s’il y a un après –, on met la pensée hors-jeu, on cesse d’exister, on cesse d’être, on se pétrifie, on s’immobilise ; dès lors, on ne se souviendra de rien. C’est une solution de survie. Mais comme je te l’ai déjà dit, il y a une autre voie, une autre possibilité.

Sans doute, dit Lucien l’âne, mais j’aimerais beaucoup que tu la détailles.

Comme tu peux toi-même le penser, Lucien l’âne mon ami, la deuxième voie qui s’ouvre au prisonnier isolé, c’est – tout au contraire – de se mettre à penser, à développer par la pensée un autre univers, un discours qui lui tienne compagnie, de se mettre en somme à être l’animateur de sa propre vie. Il peut alors lui donner des dimensions extraordinaires, il peut la modeler à sa guise, il peutconcevoir mille projets, leur donner toute leur envergure en attendant de pouvoir un jour les appliquer. En clair, le prisonnier met en scène et prépare son futur. Il se dit je vais faire ceci, je vais faire cela ; Ces moments où la pensée dynamise la vie morose de la prison sont des moments intenses ; ils réactivent le mental et barrent le chemin à la mélancolie, à l’angoisse et à l’ennui. Ils irriguent les heures et empêchent le dessèchement de l’être. Mais comme tu le verras dans cette lettre, le Dr. Levi organise aussi le temps présent : il réclame des livres, il se remet au latin, plus exactement, à la lecture des auteurs latins ; il lit les philosophes allemands du siècle précédent. Bref, il ne se laisse pas entraîner à je ne sais quelle inertie intellectuelle. Cesser d’activer la pensée, cesser de penser, ce serait s’éteindre à petit feu.

À t’entendre, Marco Valdo M.I., il a l’air de se replier sur lui-même.

En effet, reprend Marco Valdo M.I., et c’est indispensable puisqu’à ce moment de sa vie, isolé dans une cellule, sans autre contact que ses juges et ses policiers qui l’interrogent, ou les rares visites de ses familiers, cette autarcie est l’état de fait nécessaire de son quotidien. Il y a bien les lettres, comme celle-ci, mais il n’y en a qu’une par semaine et sur un papier fort réduit et les réponses se font attendre ; et toute cette correspondance est marquée par l’œil vigilant de la censure. Et puis, ce ne sont que des lettres, elles manquent de corps. Oh, il le sait bien quand il dit, dès le début de sa lettre :

« Voir les personnes en personne,
Leur parler, les écouter.
Une demi-heure de rencontre
Au parloir parmi des étrangers
Est plus agréable que mille lettres. »

et il sait bien aussi que son art de peintre est nourri de la compagnie des autres peintres :

« Il… faut une ambiance,
D’autres artistes pour échanger
Des idées, des connaissances. »

En attendant, il est dans cet isolement et il lui faut quand même se nourrir du temps qui passe et à toute force, éviter que ce soit lui – le temps – qui le ronge et le dévore.

Nous aussi, Marco Valdo M.I. mon ami, nous les ânes, il nous faut vivre et penser et nous ne pouvons dissocier l’un de l’autre ; autrement dit, la pensée et le corps ne font qu’un comme le démontre le Penseur du sculpteur Rodin, qui est l’homme en train de penser – sans ce corps pensant, cette sculpture serait impossible. Pour nous les ânes, cesser de penser, c’est – littéralement – cesser de vivre. Ainsi va notre destinée. Maintenant, il nous faut, toi et moi, tisser le linceul de ce vieux monde acéphale, ignare, impensant et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Voir les personnes en personne,
Leur parler, les écouter.
Une demi-heure de rencontre
Au parloir parmi des étrangers
Est plus agréable que mille lettres.

Cette année, on ne pourra pas fêter
Tous ensemble sous le palmier,
Dans la lumière heureuse de l’été,
L’anniversaire de maman.
C’est assez désolant.

Je m’étais remis au latin,
Je lisais César, Cicéron, et soudain
Voici les Allemands philosophes :
Leibniz, Kant et Fichte.
On s’y trouve sur une montagne très haute.

Il me faudrait des livres
Sur la peinture impressionniste.
Si c’était trop cher de les acheter,
Contacter la directrice de la bibliothèque
D’Histoire de l’Art de l’Université.

Là, il y en a beaucoup à trouver
Et on peut les emprunter.
Si on pouvait me confiner
Là où il y a une académie ou une université,
Mon travail serait facilité.

Qu’il est absurde de penser
Que le peintre vit isolé.
Il lui faut une ambiance,
D’autres artistes pour échanger
Des idées, des connaissances.

dimanche 18 août 2019

LES ENFANTS D’IZIEU

LES ENFANTS D’IZIEU


Version française – LES ENFANTS D’IZIEU – Marco Valdo M.I. – 2019
d’après la version italienne de Riccardo Venturi
d’une chanson allemande – Die Kinder von IzieuReinhard Mey – 1994
Paroles et Musique de Reinhard Mey






Les enfants d’Izieu du plus jeune au plus vieux

* Albert Bulka, 4
* Sami Adelsheimer, 5
* Jean-Claude Benguigui, 5
* Lucienne Friedler, 5
* Claudine Halaunbrenner, 5
* Emile Zucherberg, 5
* Liane Krochmal, 6
* Richard Benguigui, 7
* Marcel Mermelstein, 7
* Jacob Benassayag, 8
* Mina Halaunbrenner, 8
* Georges Halpern, 8
* Renate Krochmal, 8
* Max Leiner, 8
* Gilles Sadowski, 8
* Sigmund Springer, 8
* Egon Gamiel, 9
* Senta Spiegel, 9
* Charles Weltner, 9
* Hans Ament, 10
* Jean-Paul Balsam, 10
* Elie Benassayag, 10
* Isidore Kargeman, 10
* Claude Levan-Reifman, 10
* Alice-Jacqueline Luzgart, 10
* Paula Mermelstein, 10
* Martha Spiegel, 10
* Herman Tetelbaum, 10
* Liliane Gerenstein, 11
* Sarah Szulldaper, 11
* Max-Marcel Balsam, 12
* Esther Benassayag, 12
* Jacques Benguigui, 12
* Barouk-Raoul Bentitou, 12
* Joseph Goldberg, 12
* Max Tetelbaum, 12
* Otto Wertheimer, 12
* Nina Aronowicz, 12
* Majer Bulka, 13
* Maurice Gerenstein, 13
* Henri-Chaïm Goldberg, 13
* Fritz Loebmann, 15
* Theodor Reis, 16
* Arnold Hirsch, 17



Ils étaient pleins de curiosité, ils étaient bien vivants,
Les enfants, et au nombre de quarante-quatre.
Ils étaient juste comme vous, comme sont tous les enfants.
Dans la maison d’Izieu en haut de la vallée du Rhône.
Rassemblés dans la fuite devant les Allemands,
Et derrière chaque nom se cache une souffrance amère,
Tous étaient alors tout seuls au monde,
Agrippés l’un à l’autre au moment du crime.
En l’an 44, au temps des policiers pleins de zèle,
Enquêteurs et flics commis à la chasse à l’homme.
Ici, personne ne les cherchera, ici, en haut de la montagne,
Les enfants d’Izieu, ici au bout du monde.


Joseph, qui sait peindre : des paysages avec des chevaux,
Théodore, qui apporte la nourriture aux poulets et aux veaux,
Liliane, qui écrit si bien, sera un jour poète,
Le petit Raoul qui tout au long de la journée chante,
Et Sami, Élie, Max et Sarah, comme on les appelle :
Chacun a son talent, son don, son rôle.
Un cadeau que personne ne pourra leur prendre,
Qu’ils gardent et qu’ils aiment, chacun à sa manière.
Pourtant, un mauvais pressentiment plane sur leurs jeux,
La peur d’être découverts entache chaque heure,
Et derrière chaque rire retentit l’obscur message,
Que chaque auto, qui vient, peut apporter le malheur.


Au matin du jeudi saint, sont arrivés
Des hommes en civil et des soldats aux manteaux longs .
Un jour de soleil les ont tous, tous emmenés,
Ils les ont entassés dans des camions et n’ont donné aucune indication.
De désespoir, certains ont commencé à chanter,
Certains restèrent silencieux, tandis que d’autres ont prié.
Certains ont pleuré et tous, tous partirent.
Par le même chemin vers leur martyre.
La chronique rapporte la liste des noms minutieusement,
Le numéro du wagon et à quel train, il était attaché.
Le numéro du transport par lequel ils sont arrivés au camp,
La chronique rapporte qu’aux tueurs, aucun n’a échappé .


J’entends aujourd’hui qu’on doit classer ça dans l’histoire,
Et que ça doit être clos, finalement, après tout ce temps.
Je parlerai, je chanterai et s’il le faut, je crierais dans le noir,
Pour que nos enfants sachent qui ils étaient :
L’aîné avait dix-sept ans, le cadet à peine quatre ans,
Quand de la rampe de Birkenau à la chambre à gaz, on les menait.
Je les verrai toute ma vie et je garderai
Dans mon cœur, leurs noms gravés.
Ils étaient pleins de curiosité, ils étaient bien vivants,
Les enfants, au nombre de quarante-quatre.
Ils étaient juste comme vous, comme sont tous les enfants.
Dans la maison d’Izieu en haut de la vallée du Rhône.

lundi 12 août 2019

Les Rameaux de Cerisier



Les Rameaux de Cerisier


Lettre de prison 40
19 juillet 1935






Dialogue Maïeutique

Avec cette quarantième lettre, comme il en a en tout, ainsi que je l’ai signalé dès le début, dit Marco Valdo M.I., on approche du dénouement. Évidemment, le prisonnier politique Levi sait déjà qu’il va être confiné – mais pas demande-t-il, dans une Colonie (Érythrée, Libye, Somalie) ; pour le principe, en quelque sorte, il va introduire un dernier recours – sans trop d’espoir d’échapper à la condamnation.

Pour le principe, ça veut tout dire, dit Lucien l’âne. Enfin, ça veut sans doute dire qu’il sait que sa condamnation sera confirmée et sans doute également, ce dernier recours, cette ultime démarche est-elle la cause du fait qu’on postpose son confinement ; à moins que les Autorités n’aient pas encore trouvé le lieu adéquat.


Va-t’en savoir, répond Marco Valdo M.I. ; la réponse doit se trouver dans les archives de l’époque. Et puis, il y a derrière tout ça d’éventuelles conséquences, un retentissement international. Comme on sait, il sera finalement envoyé de l’autre côté de l’Italie, en Lucanie, au-delà d’Eboli. Au fait, voici ce que dit la chanson :

« Je ne sais toujours pas, patience !
Le lieu de ma prochaine résidence.
Ni quand je partirai, ni quand j’y arriverai. »

Bien, répond Lucien l’âne, mais moi, j’aimerais comprendre cette histoire de rameaux de cerisier dont parle le titre. Ça m’intrigue.

Là, Lucien l’âne mon ami, je risque fort de te décevoir, car, à part le fait que ces rameaux de cerisier sont en sa possession depuis un mois et qu’ils sont tout racornis et tout noirs, je n’ai pas beaucoup d’indications. Qu’il les conserve précieusement, on le comprend : c’est un peu de nature, un peu de printemps, un peu de compagnie externe que l’isolé se garde par-devers lui. On peut comprendre aussi que sans doute est-ce ce qui reste d’un moment de rupture du vide ordinaire de la prison. Ce qu’on en sait de ces rameaux de cerisier, c’est qu’ils vont servir à agrémenter le quotidien du prisonnier, donner un décor particulier, en quelque manière familier, à sa cellule.

J’imagine, dit Lucien l’âne, qu’il est peu probable qu’il y ait une autre cellule ainsi personnalisée.

Oh, reprend Marco Valdo M.I., à mon sens, au bout d’un temps, tout prisonnier décore sa cellule. On ne vit pas bien entre les murs nus, sans autre perspective que le béton, le plâtre, les barreaux et une porte close. D’ailleurs, dans sa lettre, Carlo Levi fait clairement le lien avec son atelier, avec sa vie d’artiste en liberté dans ses lieux.

Je vois, dit Lucien l’âne, et je comprends ; il est plus agréable d’avoir un minimum de chez soi, de couleur locale. Et que dit-il d’autre ?

Pour le reste, reprend Marco Valdo M.I., il raconte qu’il a mis (et donc reçu) la carte postale que sa mère a envoyée de Pompéi, dans un de ses dessins de fruits et il se réjouit de ce que cet antique Romain et son épouse se plaisent là. Ainsi, une fois de plus, il rappelle son statut de peintre. La raison de cette insistance, je l’ai déjà exposée plusieurs fois, mais je la redis, car elle a son importance et que je n’avais pas mis l’accent sur la double dimension de cette revendication. J’avais jusqu’à présent noté qu’en se revendiquant artiste, Carlo Levi voulait éloigner le soupçon ou l’accusation d’être un opposant politique actif – en somme, un résistant clandestin et de la sorte, écarter toute condamnation ou lui ôter toute raison. À présent, il me paraît qu’on ne peut passer à côté de son affirmation comme peintre et comme peintre d’envergure internationale et qu’elle était dite pas seulement pour impressionner les juges. J’en veux pour preuve ce qui est dit ici :

« Comme peintre, j’existe
À la Biennale de Venise.
À l’exposition italo-française
De Londres, mon art
Voisine Dunoyer de Segonzac et Bonnard. »

Je pense comme toi, Marco Valdo M.I., que Carlo Levi ne se satisfaisait pas d’être un prisonnier sans histoire, sa vie ne s’arrêtait pas parce que ces « messieurs » l’avaient arrêté. Il n’acceptait pas plus de s’écraser devant les cerbères de la dictature, de se taire face à l’inculture que le régime imposait à l’Italie.

Tu as raison, répond Marco Valdo M.I., il y a là un combat pour sauvegarder la culture et l’intelligence comme antidotes à la barbarie.

Et, conclut Lucien l’âne, il ne serait pas inutile d’y revenir à présent où le pays de Carlo Levi semble s’enfoncer dans les mêmes marécages où il s’enlisa pendant vingt années de restriction mentale et d’indignité. Enfin, tissons le linceul e ce vieux monde ignare, inculte, indigne, insensé et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M .I. et Lucien Lane



Reçu vos cartes aujourd’hui,
Celle de Pompéi me va bien,
Je l’ai mise dans un dessin
Au milieu des fruits.
L’ensemble est assez réussi.

Depuis un mois, j’ai gardé
Deux rameaux de cerisier,
Tout secs, tout recroquevillés
Comme les citrons de mon atelier
Qu’on croirait embaumés.

Je ne sais pourquoi ces choses
Qui durent et s’éternisent
Me plaisent,
Le Romain et son épouse
S’entendent avec les cerises.

Comme peintre, j’existe
À la Biennale de Venise.
À l’exposition italo-française
De Londres, mon art
Voisine Dunoyer de Segonzac et Bonnard.

On parle dans le journal
D’une de mes couvertures.
C’est un essai critique pictural,
C’est la traduction en peinture
De mon livre futur.

Je ne sais toujours pas, patience !
Le lieu de ma prochaine résidence.
Ni quand je partirai, ni quand j’y arriverai.
En attendant, je vais contester
En dernier recours, le délibéré.

dimanche 11 août 2019

LES ÉPIROTES

 

LES ÉPIROTES


Version française – LES ÉPIROTES – Marco Valdo M.I. – 2019
d’après la traduction de Riccardo Venturi
d’une
Chanson grecqueΟι ΗπειρώτισσεςGiorgos Katsaros / Γιώργος Κατσαρός – 1973

Texte : Pithagoras – Πυθαγόρας
Musique : Giorgos Katsaros - Γιώργος Κατσαρός
Interprète : Marinella - Μαρινέλλα
Album / ’Αλμπουμ: Αλβανία [Alvanía]


 
Femmes épirotes en guerre - 1914



LES FEMMES D’ÉPIRE DANS LA RÉSISTANCE GRECQUE 1940-1944


« Les mères grimpaient les pentes comme la Vierge Marie. Portant leur bénédiction sur leurs épaules, elles se dirigèrent vers leurs fils. Chargées comme elles l’étaient, le vent les malmenait et soulevait leurs foulards soufflant sur leurs cheveux, fouettant leurs vêtements. Mais elles marchaient comme des hommes dans les hautes montagnes, pas après pas d’une pierre à l’autre, montant à la file, jusqu’à ce que vous les perdiez de vue, cachées dans les nuages, toujours la tête haute. »

La contribution des femmes d’Épire pendant la Seconde Guerre mondiale, l’occupation allemande et la Résistance a été vraiment précieuse et est remémorée en Grèce encore aujourd’hui. Les femmes d’Épire se retrouvèrent au front, combattant l’ennemi de toutes leurs forces, dans des conditions d’adversité extrême. Et puis, pendant l’occupation allemande et la Résistance grecque, elles aidèrent autant que possible les combattants grecs dans la lutte contre les occupants. En particulier dans les villages montagneux d’Épire, les femmes se sont montrées dignes des champions de ces idéaux qu’elles sentaient en danger. Ayant perdu l’aide des hommes, tous engagés dans le combat, elles ont pris la responsabilité de veiller à leur protection et celle de leurs familles.

Les services que les femmes d’Épire ont rendus pendant la Seconde Guerre mondiale étaient si importants que la victoire de l’armée grecque n’aurait pas été possible sans leur précieuse contribution. Au matin, elles préparaient le chemin pour les troupes et la nuit, elles cousaient des vêtements pour les soldats. Les femmes ont estimé que ce n’était pas seulement une obligation, mais une question d’honneur d’offrir leur hospitalité et de coudre des vêtements pour les soldats de l’Armée grecque de libération. 300 soldats, par exemple, ont trouvé refuge (10-15 par maison) dans le village de Tsepelovo à Zagoria. Les femmes étaient tellement enthousiastes à l’idée de fournir de la nourriture et des vêtements aux soldats qu’elles ont abattu tous les animaux du village, la seule source de production dans la région. À Lepiana, dans le district d’Arta, un village situé au-dessus des montagnes de Tzoumerka, les habitants ont été réveillés par le bruit des canons. « Nous nous sommes réveillés dans la peur. Les canons tonnaient comme s’ils étaient à côté de nos maisons… Mais le pire, c’était les avions. Ils étaient trop nombreux… Ils allaient bombarder Arta… », dit Marigoula Houliara, l’une des femmes qui se souvient encore de l’horreur de la guerre, au cours de laquelle de nombreux hommes de sa famille ont été tués. Et elle ajoute : "… Un jour, des camions de l’armée arrivèrent au village. Ils apportaient du coton et ils nous l’ont donné. Ils nous ont dit d’en faire des chaussettes et des pulls pour l’armée. Chacun d’entre nous a offert les morceaux de tissu que nous pouvions trouver dans nos maisons. Couvertures, tapis de laine, n’importe quoi… » Des femmes, des personnes âgées et des enfants ont entrepris de faire des routes et de construire des ponts en peu de temps, comme les 6 kilomètres de la route du village de Kapesovo à Zagoria. « Nos soldats avançaient après la victoire de Pindos. Lorsqu’elles atteignirent la rivière Vogiousas et que les femmes courageuses de Pindos réalisèrent que les rapides ne permettraient pas aux ouvriers du génie de travailler, elles firent spontanément quelque chose qui se répéta plus tard pour les rivières Kalamas et Drinos : elles se jetèrent à l’eau et, se saisissant par les épaules, elles firent une sorte de barrage, réduisant l’intensité des rapides pour aider ceux qui devaient construire le pont. »
Le transport et les soins des soldats blessés étaient à charge des femmes. Elles portaient les blessés du front à l’arrière, bandait les blessures, réconfortaient et encourageaient. Souvent, elles les emmenaient dans leurs propres maisons, converties en logements et en hôpitaux. Dans le visage bouleversé de la femme d’Épire, chaque blessé et chaque soldat pouvait voir sa mère, sa femme, sa sœur ou même un camarade. Dans sa correspondance du front, P. Palaiologos déclare : « …les femmes portaient les blessés dans leurs bras. Elles ont mis les prisonniers de guerre blessés sur le dos de leurs mules et les ont accompagnés à l’arrière… »
La contribution la plus importante des femmes a probablement été le transport d’armes, de nourriture, de vêtements, etc. jusqu’au front, où les moyens de transport de l’armée ne pouvaient pas arriver en raison du mauvais temps et des routes accidentées. Dans les montagnes enneigées, les femmes d’Épire ont écrit leur propre histoire, se frayant un chemin dans la neige et transportant des munitions pour les troupes grecques : « … J’ai rencontré des femmes portant des munitions. Une avait 88 ans… La neige, la glace, le froid glacial ne semblaient pas leur faire peur. Elles voulaient tous offrir à l’armée tout ce qui n’était pas possible pour les moyens de transport de l’armée. Des femmes vraiment admirables. Différentes des femmes de la ville ! »
Les femmes portaient des canons et des munitions dans les montagnes avec l’aide de soldats qui les attachaient avec des cordes épaisses autour de leur taille et les tiraient. Et ils continuèrent à grimper, esquivant pierres et arbustes saillants, les genoux courbés sous la lourde charge.
De nombreux épisodes surprenants en disent long sur la force de l’âme féminine et leur sacrifice. À Tsepelovo, les soldats grecs, affamés et pieds nus, ont demandé des renforts de Ioannina, mais ils ne pouvaient venir. Les femmes ont immédiatement été appelées pour porter de la nourriture, des bottes, des fusils et des canons à l’avant. Les femmes de Pindos devinrent une légende, elles étaient aux côtés des soldats et de nouveau firent revivre la légende des femmes grecques, des femmes spartiates, des femmes de Souli et de toutes ces héroïnes qui combattirent pour l’honneur et la liberté de leur pays. Elles furent honorées par d’illustres auteurs, poètes, écrivains, Grecs et étrangers, contemporains et plus tardifs ; elles sont encore honorées par toute la nation grecque. Au sommet d’une colline, près du village d’Asprageli de Ioannina, la statue de la « Femme Pindos » se détache majestueusement là où 68 ans auparavant les femmes d’Épire se battirent pour une seule cause : conquérir leur propre part de liberté.



Les femmes d’Épire
Vont dans la neige
Et portent des grenades.
Mon dieu, comme tu les as trempées
Et elles ne sont pas inquiètes.

Les Femmes d’Épire,
Merveilles de la nature.
Ennemi, pourquoi n’as-tu pas demandé
Qui vous alliez occuper ?
Femmes de Ioannina, femmes de Souli,
Merveilles de la nature.
Ennemi, pourquoi n’as-tu pas demandé
Qui vous alliez occuper ?

Femmes des confins,
Filles, âgées, mariées,
Flammes dans les vents du nord,
Vous serez les remparts,
Les mères de la liberté.

Les Femmes d’Épire,
Merveilles de la nature.
Ennemi, pourquoi n’as-tu pas demandé
Qui vous alliez occuper ?
 Femmes de Ioannina, femmes de Souli,
Merveilles de la nature.
Ennemi, pourquoi n’as-tu pas demandé
Qui vous alliez occuper ?

vendredi 9 août 2019

LA BALLADE DU CHEMIN DE FER



LA BALLADE DU CHEMIN DE FER



Version française – LA BALLADE DU CHEMIN DE FER – Marco Valdo M.I. – 2019
Chanson allemande – Die EisenbahnballadeReinhard Mey – 1987







Dialogue Maïeutique

Il te souviendra, Lucien l’âne mon ami, que nous avions déjà précédemment rencontré sur notre voie un train allemand dans la chanson « Das Eisenbahngleichnis », dont j’avais intitulé la version française « Parabole du Train », ce qu’en effet, elle était et une locomotive tout aussi allemande dans la « La locomotive unitaire ». Toutes deux étaient tirées d’auteurs allemands du siècle dernier principalement connus comme des écrivains, respectivement : Erich Kästner et Günter Grass. Cette fois, avec cette « Eisenbahnballade – Ballade du Chemin de fer », il s’agit d’une chanson écrite et interprétée par son auteur-compositeur Reinhard Mey.

Bien merci de toutes ces précisions, répond Lucien l’âne. Toutefois, j’aimerais savoir ce que raconte cette Ballade du Chemin de fer et aussi, en quoi elle se rapproche des deux autres que tu viens de me rappeler et dont je me souviens très bien.

Eh bien, dit Marco Valdo M.I., je commencerai par ta dernière demande. Ces trois chansons et pour tout dire, ces trois trains sont des trains historiques et politiques, du fait que tous les trois traversent l’histoire de l’Allemagne du siècle dernier et qu’ils évoquent tous trois les circonstances politiques qui firent de l’Allemagne un grand épouvantail, une sorte de monstre sorti d’on ne sait où. Ces chansons montrent comment le train, la locomotive, bref, le chemin de fer a largement contribué à ces événements. Entre parenthèses, on ne pourrait passer sous silence un autre train, italien celui-là, qui est aussi un objet politique, un train qui entre tout droit dans la Guerre de Cent Mille Ans, que les riches font aux pauvres, c’est « La Locomotiva » de Francesco Guccini, à laquelle se réfère directement ma chanson Terminus.

Tant qu’on y est, Marco Valdo M.I., ajoutons à cette énumération « Le Chat et la Locomotive », cette histoire de train bombardé, mais je t’ai interrompu.

Ce n’est rien, j’ai l’habitude, Lucien l’âne mon ami. Donc, le chemin de fer, le train, la locomotive, et tout ce qui s’ensuit ont été des éléments importants de l’histoire des hommes depuis l’invention de la machine à vapeur roulante. Pour en revenir à la Ballade du Chemin de fer, elle se distingue par le fait qu’elle couvre, en plus de l’édification du chemin de fer et de son rôle dans les guerres, y compris l’épisode plus que dramatique de la déportation, la période qui commence après la défaite de 1945.

D’accord, dit Lucien l’âne, mais cette Ballade quel est le personnage qui la chante ?

Oh, il s’agit d’un homme, d’un voyageur qui recourt au train de nuit pour rentrer chez lui et qui seul dans un compartiment se laisse aller à une sorte de longue et somnolente réflexion, une sorte de rêve éveillé. Mais, pour moi, il vaut mieux laisser chanter la ballade – qui est aussi une balade nocturne en train – que de tenter de la résumer ou de la raconter à sa place. Juste de petites précisions à propos de ce passage – je les note entre parenthèses :

« L’Aigle (première locomotive allemande), le Hamburger volant (C’est le nom du premier express allemand Hambourg-Berlin – 1933), le P8 prussien (pistolet Luger Parabellum),
Et les légendaires O5 (groupe de résistants antinazis autrichiens) murmuraient pour moi à travers la nuit. »

Il ne reste plus, conclut Lucien l’âne, qu’à écouter la ballade et à tisser le linceul de ce vieux monde mécanisé, motorisé, roulant vers sa destruction et cacochyme

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



L’Eisenbahnballade et ses locomotives P8 et O5

Notre interlocuteur de langue allemande, que je voudrais remercier vivement pour ses remarques et sa lecture attentive de ma version française et du commentaire sous forme de dialogue maïeutique, a raison de me faire tenir une note correctrice concernant la P8 et la O5 qui sont donc définitivement des locomotives ; pensez, je les avais prises l’une pour un pistolet Lüger P8 et l’autre pour un groupe autrichien de résistants au nazisme O5. Le curieux, c’est que ces mentions sont exactes, mais inappropriées. Cependant, je n’avais pas trouvé les précieuses indications qui nous sont envoyées par hmmwv. Il faudra donc rectifier le texte ; idem pour « chuinter » à la place de « murmurer », quoique là, le « murmure », qui veut dire grosso modo la même chose que le chuintement, donnait un petit plus tendre et plus humain à la ballade ; je n’userai cependant pas de mon droit de licence poétique.
Les deux premières lignes de l’avant-dernière strophe se libellent dès lors comme suit :

« L’Aigle, le Hamburger volant, le P8 prussien,
Et la légendaire 05 chuintaient pour moi à travers la nuit. »

Cela étant, si notre interlocuteur au nom énigmatique voulait bien anticiper ses précisions lors de l’insertion du texte originel, on gagnerait du temps et on épargnerait des erreurs inutiles.

Encore une fois, pour tout ce qu’il a fait et qu’il fera, qu’il soit chaleureusement remercié.

Cordialement

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.



Un épais brouillard s’abattait sur l’étrange grande ville.
Un long jour de travail s’étendait derrière moi, j’étais épuisé et sans énergie.
Trop fatigué pour l’autoroute, trop tard pour le dernier vol.
Mais je voulais rentrer chez moi,
Et j’ai découvert là
Qu’un autre train partait encore vers minuit.


Il me restait encore du temps, je ne savais où aller, alors je suis resté à la gare :
Un pompeux édifice d’un temps longtemps révolu, bondé ;
fouinant, grouillant tout autour, les voyageurs, les badauds et les paumés de la nuit,
Tant d’indifférence,
Tant de détresse et tant de souffrance
Sous tant de splendeur glacée.


Je sortis sur le quai, l’air humide et froid m’a tenu éveillé.
Je frissonnais, j’ai remonté mon col et j’ai regardé mon haleine.
Dans l’obscurité, trois lumières apparurent au-dessus de la voie, et mon train entra.
Une porte de wagon claqua.
Il faisait chaud dans le train,
J’étais tout seul dans le compartiment.


Sans bruit, on démarra et les lumières de la ville s’enfoncèrent dans une purée laiteuse.
Et toujours plus vite, passaient à toute allure les fenêtres éclairées et les gares de banlieue.
Un autre passage à niveau, quelques projecteurs, et le monde disparut.
La lumière de mon compartiment tombait en blanc
Sur le ballast de la voie
Et je devinais le pays obscur.


Et à travers les ténèbres, résonnait
Le bruit monotone
Des roues sur la voie ferrée,
Un chant solitaire,
Au long du chemin de fer.


Ils se tenaient au bord de la voie, la peau tannée par les intempéries.
Avec leurs pelles, ils avaient tracé des sillons dans le pays,
Avec des pics et des marteaux, ils avaient déplacé des montagnes
Et posé des traverses sur du ballast et par-dessus, les rails.


Dans le froid âpre, les braises brûlantes, sous la pluie, jour après jour,
La nuit, un sac de paille sur le sol dans une cabane en bois.
Et encore recommencer à l’aube pour une misérable récompense,
Et encore une nouvelle fortune de plus pour le baron de l’acier.


Et bientôt la resplendissante machine à vapeur gronda dans tout le pays.
De nouvelles industries et un nouvel empire ont vu le jour,
Des richesses inestimables, mais sur chaque mètre de voie,
Sur chaque pont, sur chaque tunnel collent des larmes, du sang et de la sueur.


Le chemin de fer apporta progrès, révolution technique 
Partout, jusqu’à la gare la plus éloignée.
Il transporta les marchandises des ports au fond des Alpes,
Relia les gens et les villes et apporta la prospérité dans le pays.


Mais la grande invention est toujours associée au tragique,
Car elle peut servir à la paix, mais aussi à la guerre.
Des trains blindés sans fin roulèrent bientôt jour et nuit :
Le matériel de guerre et les canons étaient la cargaison prioritaire.


Bientôt, l’armée se pressait triomphante dans les gares,
Les cris de joie sur les lèvres et les fleurs au fusil,
Dans les wagons ornés de drapeaux et du cri de victoire
Direction Lemberg ou Liège, Cracovie ou Mons.


Dans le feu d’enfer de Verdun, l’illusion de la victoire est morte,
Les trains se sont transformés en hôpitaux, et cette fois le train a vu
La retraite des vaincus et – les seigneurs de guerre couverts de déshonneur –
Dans un wagon dans la forêt de Compiègne, la capitulation.


Des millions de morts sur les champs de bataille, des souffrances insensées.
Les rescapés ont trouvé la misère, le gêne et le chômage.
Mais sur le terrain de la déroute déjà prospèrent
Les trafiquants et les profiteurs de guerre, la spéculation.


Mais naquit aussi de la confusion d’une politique trouble
La tendre et délicate pousse de la première république.
Alors l’étroitesse d’esprit, la stupidité et la violence l’ont piétinée
Avec des bottes à clous sur la route du Reich millénaire.


Les monstres régnaient, et le monde observait et gardait le silence.
Et à nouveau, on dit : « Les roues doivent rouler pour la victoire ».
Et commença le chapitre le plus sombre de la nation,
La plus sombre des migrations : la déportation.


Enfermés dans des wagons de marchandises, entassés comme du bétail,
Affamés et désespérés, ils étaient debout, nus et froids,
Des femmes et des hommes sans défense, des vieillards et même des enfants,
Pour l’amer voyage dont le but était le camp de la mort.


Mais alors, la colère frappa les humbles,
Aucun village n’a été épargné, aucune pierre n’est restée sur une pierre,
Et les bombes tombèrent jusqu’à ce que tout le pays soit en feu,
Les villes furent anéanties et la terre brûla.


La guerre fut plus meurtrière qu’aucune guerre auparavant,
Et punit sévèrement le Peuple qui l’avait outrageusement provoquée.
Marchèrent dans des débris et des ruines, affamés,
Les survivants, les bombardés, rien n’allait plus.


Et toujours plus longs, les convois de réfugiés arrivaient jour après jour
Et ils traversaient un pays de décombres et de cendres.
La volonté de survivre les força à ne pas se résigner,
Le désespoir, à tenter l’impossible :


Encore bondir, quand quelque part un train de hamsters partait,
Quand il y avait un tas de gens accrochés à la porte du wagon.
Une place sur un marchepied, au mieux sur un tampon,
Avec l’espoir d’un peu de farine, de pommes de terre ou de saindoux.


Ce qui se trouvait sur le talus de la voie ferrée était ramassé par des enfants,
Et nombre d’honnêtes gens ont volé le charbon des trains.
Et puis les trains arrivèrent bondés de rapatriés,
Blessés et battus, dépenaillés et usés.


Combien de drames se sont déroulés sur les quais !
De recherches et de larmes de joie, où ont lieu des retrouvailles.
Attendre, espérer et demander, sera-ce cette fois ?
Beaucoup vinrent en vain, beaucoup repartirent seuls.


Les locomotives et les wagons endommagés furent vite et mal réparés
Et lancés sur un réseau ferroviaire aventureux
Et le pouls commença à battre, et surgit de nulle part,
Chargé d’espoirs et de rêves, un nouveau pays.


Et à travers l’aube résonnait
Le son monotone
Des roues sur le rail,
La chanson mélancolique,
Au long du chemin de fer.


Le cliquetis des roues sur un aiguillage me ramena dans le présent.
Je me suis réveillé de la nuit, j’étais presque au terme de mon voyage.
Je me frottais les yeux et je m’étirais, la lumière du néon paraissait pâle,
Et dans la pièce vide
Entre veille et rêve,
J’ai vu encore une fois :


L’Aigle (première locomotive allemande), le Hamburger volant (le premier express allemand –
1933), le P8 prussien (pistolet Luger Parabellum),
Et les légendaires O5 (groupe de résistants autrichiens) chuintaient pour moi à travers la nuit.
Un train en mouvement sur la voie voisine m’a arraché à mes rêves.
Un coup d’œil à l’horloge,
Encore, dix minutes seulement
Et je serai à la maison pour le petit-déjeuner.


Dehors, d’un coup d’œil, je pouvais voir dans les fenêtres éclairées.
Je voyais les gens sur le chemin du travail, debout dans les gares de banlieue,
Je voyais les phares des voitures devant les barrières au passage à niveau,
Et luisait un espoir
Sur le jour nouveau
Et dans le lever du soleil.