lundi 4 mars 2019

La Guerre Sainte



La Guerre sainte


Chanson léviane – La Guerre sainte – Marco Valdo M.I. – 2019

Lettre de prison 12

20 avril 1934






Dialogue maïeutique

Évidemment avec un titre pareil, c’est une chanson qui attire le regard, dit Lucien l’âne.

Oui, elle attire le regard avec son titre en trompe l’œil, répond Marco Valdo M.I, car s’il y est question d’une guerre sainte, ce n’est pas celle qu’on pourrait croire.

Qu’on pourrait croire, ah, ah !, dit Lucien l’âne, elle est bien bonne celle-là, car croire en la guerre sainte, c’est le cas de le dire. Moi, ces idées de croyance et de guerre sainte me font toujours rire, tellement elles sont absurdes et loufoques.

Mais enfin, Lucien l’âne mon ami, je te rassure, nous, on n’est pas là pour croire, ni pour faire la guerre – sainte ou pas, faut-il te le rappeler. Cependant, je reviens à ma guerre sainte ou plutôt à celle que mène dans sa cellule le prisonnier. C’est une guerre sainte et farouche, parsemée d’armées de cadavres chaque jour renouvelées. De plus, et cette fois tu peux sans crainte me croire, c’est une guerre aussi inévitable que nécessaire. Tous ceux qui ont dû y recourir te le confirmeront et ils te diront aussi que c’est une guerre sans fin, sans cesse recommencée, du moins dans les lieux où elle s’est installée en quelque sorte à demeure, en territoire conquis. Cela dit, comme tu vas le voir, elle n’a pas que des vilains côtés – du moins, pour le prisonnier : cette guerre le distrait, elle rompt la monotonie des jours. Mais je m’aperçois, à tes regards de plus en plus effarés, que je ne t’ai pas encore dit quels sont les belligérants. Sachant que le champ de bataille est la cellule de la prison, d’un côté bien sûr, il y a le prisonnier Carlo Levi et de l’autre, il y a les punaises.

« Ici, je mène la guerre sainte
Contre les punaises.
Une guerre silencieuse,
Un combat quotidien et sournois »

Tout ça pour ça, dit Lucien l’âne. Quelle histoire !

Oui, tout ça pour ça, reprend Marco Valdo M.I., mais ton acrimonie vient de ce que tu n’as – comme moi, au début – pas encore réfléchi à tous les aspects de la question. D’une part, la guerre entre l’humanité et les (vraies) punaises, généralement connues sous le nom de punaises de lit, est aussi ancienne et aussi étendue que la Guerre de Cent Mille Ans et y mettre fin par élimination de ces insectes est un objectif louable et probablement, actuellement, hors de portée. Cependant, tu as raison, cette guerre aux punaises est anecdotique, mais si tu prends la peine de te souvenir (Ah ! Le devoir de mémoire !) du fait que les nazis et pas seulement eux, traitaient les Juifs ou d’autres de leurs ennemis, de punaises, de poux, de rats et sans doute d’autres choses encore et si tu veux bien te souvenir aussi de l’implacable ironie, issue de la glande poétique identifiée par le Dr. Levi, du terrible humour caustique dont Carlo Levi était coutumier, cette séquence rabelaisienne et pour tout dire, picrocholine, prend une tout autre signification. Pour cela, il faut évidemment inverser la perspective.

Ah, dit Lucien l’âne, inverser la perspective, qu’est-ce à dire ?

Eh bien, cette guerre sans merci que le prisonnier Carlo Levi mène contre les punaises – de vraies punaises – est une métaphore de ce qui se pratique ailleurs contre les hommes – les pogroms, par exemple. Pour qui savait lire, il y avait là matière à réflexion.


Alors, dit Lucien l’âne, si je comprends bien, il faut interpréter cette guerre du prisonnier contre les punaises comme une dénonciation de ce racisme qui tue les humains en les ramenant au rang le plus bas, parmi les animaux – insectes, rongeurs, bactéries, que sais-je, qu’il convient d’exterminer par pur souci d’hygiène sanitaire. En quelque sorte pour le bien public. Ainsi, la mémoire du passé éclairait le futur.

Par ailleurs, ajoute Marco Valdo M.I., on peut aussi voir dans cette description du combat contre les punaises, celle du combat de l’opposant contre les tenants du régime et leurs sbires. En quelque sorte, il y a là une réflexion vague et nébuleuse, mais nettement résistante.

Il y aurait encore mille choses à dire, mille réflexions à faire ou plus encore, mais elles se feront bien tout seules en toute autodétermination comme vont les idées quand elles sont libres, et nous, nous concluons tissant le linceul de ce vieux monde infesté, hygiéniste, raciste, populiste et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Je souris de toute accusation.
Si on me condamne,
Ce n’est pas moi qu’ils condamnent,
Mais un autre,
Pur fruit de leur imagination.

Ici, je mène la guerre sainte
Contre les punaises.
Une guerre silencieuse,
Un combat quotidien et sournois
Entre elles et moi.

Cette lutte inégale et sauvage
Est toute à mon avantage.
Je les tue, elles ne me tuent pas.
Elles ne me mordent même pas.
J’ai le sang amer ; elles ne l’aiment pas.

Ce sont des animaux très fourbes,
Ingénieux, retors et rusés.
Dès qu’on les approche, ils filent.
Par une fissure, ils fuient
Dans les abris du plancher.

Je suis cruel et féroce,
Je les écrase.
Avec une allumette, je les brûle ;
Comme dans mon studio à Paris,
Je les élimine sans merci.

Après je lis les comédies de Goldoni,
Plus stupides l’une que l’autre ;
Mais plus elles sont stupides,
Plus elles me divertissent.
Ce sont mes fêtes de la nuit.

dimanche 3 mars 2019

LA BALLADE DU SOLDAT (autre version)


LA BALLADE DU SOLDAT (autre version)


Version française – LA BALLADE DU SOLDAT (autre version) – Marco Valdo M.I. – 2019
d’après la version italienneLA BALLATA DEL SOLDATOGian Piero Testa2008
Texte : Odysseas Elytis
Musiq
ue : Manos Hatzidakis / Hadjidakis
Première interprétation : Giorgos Moutsios



Dialogue Maïeutique

Mon ami Lucien l’âne, comme il m’arrive souvent, j’étais distrait, j’étais préoccupé pas plus tard que tout à l’heure par d’autres choses et de ce fait, j’avais oublié que j’avais fait une autre version de cette chanson. En rangeant mes papiers, je me suis dit que tout compte fait, deux versions valent mieux qu’une.

Je suis assez de ton avis, Marco Valdo M.I., et j’ai souvent développé cette idée. Il me semble même que c’est un des moteurs de cette gigantesque compilation des Chansons contre la Guerre et une des choses qui font leur charme si exotique.

En effet, Lucien l’âne mon ami, c’est l’art de la redondance créatrice, qui est l’enfant naturelle de la sélection de Mère Nature. Un concept darwinien, en quelque sorte.

Une bonne idée, cette redondance darwinienne, dit Lucien l’âne ; de toute façon, sans elle, nous ne serions pas là à ânonner nos âneries. Poursuivons et tissons le linceul de ce vieux monde changeant, multiple, splendide, autocréateur, autodestructeur et cacochyme


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


J’en étais là, dit Marco Valdo M.I. et puis, Riccardo Venturi m’a demandé d’insérer la traduction de son introduction à cette chanson :

« Cher Marco Valdo, peut-être faudra-t-il que tu ajoutes la traduction de ma petite introduction à ton dialogue maïeutique. En effet, ce n’est qu’une petite introduction historique qui rétablit un peu la vérité: il ne s’agit pas d’un poème d’Odysséas Elytis, mais bel et bien de sa traduction grecque du “Cercle de Craie caucasien” de Bertolt Brecht. Et voilà : juste ce que tu avais déjà deviné, ou compris par intuition, en nommant la Légende du soldat mort et la Chanson de Chveik le soldat. Merci ! »

et donc la voici :

« La traduction historique grecque du Cercle de Craie caucasien de Bertolt Brecht (Der kaukasische Kreidekreis, 1945) a été faite entre 1954 et 1956 par Odysseas Elytis, futur prix Nobel de littérature en 1979 (cette année est donc le 40ème anniversaire de ce prix). Avec la scénographie de Karolos Koun et la musique originale de Manos Hatzidakis, la pièce a été jouée au Théâtre d’Art (Θέατρο Τέχνης) à Athènes en 1957.
Le chanteur Giorgos Moutsios, qui faisait partie de l’équipe originale du théâtre, a ensuite enregistré un album, un véritable "Q-Disc" contenant les quatre chansons de la pièce, intitulé : Μάνος Χατζιδάκι Τέσσερα τραγούδια του Οδυσέα Ελύτη από τον "Κύκλο με την Κιμωλία " ("Quatre chansons d’Odysseas Elytis sur une musique de Manos Hatzidakis du « Cercle de Craie caucasien ») ; au piano, il était accompagné par Manos Hatzidakis lui-même.
Pratiquement à l’unanimité, le spectacle continue d’être considéré comme l’un des sommets du théâtre hellénique contemporain ; il s’agissait d’ailleurs de la première représentation brechtienne en Grèce, un an seulement après sa mort. À partir de l’album, le titre original de la chanson est Τὸ τραγοῦδι τοῦ στρατιώτη ("La canzone del soldato"), mais plus tard le titre de Μπαλάντα του στρατιώτη ("Ballata del soldato") s’est répandu et s’est généralisé. Ici, cependant, nous restaurons le titre original. [RV] "

Et cette note de Ventu m’a amené à découvrir ce que je crois être la raison du changement de titre. En fait, il existait déjà une « Το τραγούδι του στρατιώτη » de Κωστής Παλαμάς (1859-1943), qui avait été publiée en 1885. Je laisse cependant à Riccardo Venturi le soin de traduire ce texte et de l’insérer dans les CCG.
Une dernière petite remarque cependant, La Chanson de Chveik le Soldat n’est pas inspirée de Bertolt Brecht, mais bien directement des « Aventures du brave soldat Chveik » de Jaroslav Hasek, (je le sais, car j’en suis l’auteur), comme on peut le lire en tête de la publication :

« La chanson de Chveik le soldat : Chanson française très respectueuse de l’honneur militaire. 13 août 2008 – À la gloire de Jaroslav Hasek et de l’immortel soldat Chveik et son lieutenant Lucas. A priori sur l’air d’un autre Cacanien intitulé : « Ah, vous dirais-je, Maman… », le dénommé Wolfgang Amadeus Mozart, qui aurait bien aimé Chveik. »






À l’heure où le brave
S’en allait la guerre,
Sa bien-aimée pleura
Et supplia ainsi le soldat :


La bataille n’est pas une fête
Et, mon amour, garde bien en tête
De te protéger de la furie
Et des épées ennemies.


Ne te mets pas à l’avant,
Ne reste pas à l’arrière :
Le feu est devant, le feu est derrière,
Toi, tu dois rester au mitan.


Seul celui qui est au milieu sait
Courir et sauter
Et chez lui, seul celui-là
Un beau jour reviendra.

samedi 2 mars 2019

LA BALLADE DU SOLDAT

LA BALLADE DU SOLDAT


Version française – LA BALLADE DU SOLDAT – Marco Valdo M.I. – 2019
d’après la version italienneLA BALLATA DEL SOLDATOGian Piero Testa2008
Texte : Odysseas Elytis
Musiq
ue : Manos Hatzidakis / Hadjidakis
Première interprétation : Giorgos Moutsios






Dialogue Maïeutique

Une ballade pour un soldat, mon ami Marco Valdo M.I., il doit y en avoir eu depuis la nuit des temps. Des temps où il y avait des soldats, bien entendu.

Bien sûr, Lucien l’âne mon ami, il est en langue française une de ces ballades qui est fort connue des mélomanes, une ballade sans doute parmi les plus célèbres, est celle de L’Histoire du Soldat de Charles-Ferdinand Ramuz, un écrivain vaudois et musiquée par Igor Stravinski, un musicien russe. A priori, on peut toujours l’adjoindre à celle-ci. Cependant, à bien considérer la chose, on s’aperçoit que cet opéra-ballet-chanson est la suite de celle-ci d’Odysseas Elytis. Le soldat de Ramuz rentre chez lui :
« Entre Denges et Denezy,
Un soldat qui rentre chez lui...
Quinze jours de congé qu'il a,
Marche depuis longtemps déjà.
A marché, a beaucoup marché. »


Peut-être a-t-il, comme le soldat de Francis Lemarque, eu de la chance :
« Quand un soldat revient de guerre, il a
Simplement eu de la veine et puis voilà. »
Tandis que celui de la chanson d’Odysseas Elytis n’est pas encore parti à la guerre et reçoit les conseils de sa belle – des conseils de prudence, bien évidemment.


Ah, dit Lucien l’âne, on pourrait presque les mettre bout à bout et en faire une seule. Elle instruirait les gens.


Bonne idée, dit Marco Valdo M.I., d’autant qu’en cherchant un peu dans les Chansons contre la Guerre – en tapant le mot « soldat » dans la recherche, on en trouve des dizaines d’autres, par exemple : celle(s) du soldat mort, du soldat inconnu ou du soldat Chveik ou encore du Déserteur. On pourrait en faire tout un spectacle à vocation hautement pédagogique, car il est toujours utile dans cette Guerre de Cent Mille Ans de savoir certaines choses, même si ici, ces derniers temps, on ne fait plus beaucoup la guerre déguisés en soldats.


Oui, oui, Marco Valdo M.I. mon ami, mais tel n’est pas notre rôle à nous qui ne sommes rien, rien de rien que de simples spectateurs des guerres et qui n’avons de cesse de tisser le linceul de ce vieux monde carboné, pétrolé, mazouté, militarisé (avant d’être un jour, si l’on n’y prend garde) atomiqué, atomisé et cacochyme


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






À l’heure où le brave
S’en allait la guerre.
Sa bien-aimée pleura
Et le supplia comme ça :


– Quand tu seras là-bas dans la bataille
Mon aimé, garde bien en tête.
De te protéger de la furie
Et de l’épée ennemies.


Il ne faut pas aller trop devant,
Il ne faut pas rester à l’arrière :
Le feu devant, le feu derrière,
Tu dois rester au mitan.


Seul celui qui est au milieu sait
Courir et sauter
Et chez lui, seul celui-là
Un beau jour reviendra.

vendredi 1 mars 2019

DON QUICHOTTE


DON QUICHOTTE

 
Version françaiseDON QUICHOTTE – Marco Valdo M.I.2019
Chanson italienneDon Chisciotte Gian Pieretti - 1989





Don Quichotte sur les collines du Liban




Encore une chanson sur Don Quichotte, dit Lucien l’âne qui relève le crâne en riant. C’est décidément un personnage fort remuant. Enfin, moi qui l’accompagne généralement dans ses périples, je m’y retrouve aussi nécessairement.


Ainsi donc, Lucien l’âne mon ami, portant le brave Sancho, tu suis le Chevalier tourmenté au travers des monts et des temps. Et cette fois, je vous retrouve sur les collines du Liban descendant vers les rues des ruines des villes en flammes, trottinant sur la route de Beyrouth en plein cœur d’une de ces guerres modernes qui s’effiloche au fil des siècles et de siècle en siècle, le vent du large à la côte enracine le Liban. M’est avis que sans ça, il serait au bout du monde depuis longtemps. En fait, depuis le temps où le Liban était un havre de paix qui se prélassait au soleil de l’Orient, les gens du Liban ont essaimé à travers le monde. Mais ici, la chanson s’inquiète de ceux qui restent là-bas à présent.


Certes, je m’en souviens de cet âge tranquille, dit Lucien l’âne, où le seul or qui valait était le soleil levant. Ainsi, c’était ; vraiment ! Et il faisait bon de passer avril au pied d’un cèdre bienveillant. Mais depuis, tout ce coin du monde est retombé dans ses errements. Cependant, toi comme moi, nous le savons la guerre est là-bas depuis très, très longtemps : celle de Troie a eu lieu sur ces rivages et comme celles qui rugissent aujourd’hui, entre deux paix, aux confins de l’Orient, elles sont les épisodes d’une seule et même guerre, la Guerre de Cent Mille Ans.


L’ennui, Lucien l’âne mon ami, avec cette Guerre de Cent Mille Ans, c’est que personne ne sait quand elle a commencé ; ce qui complique légèrement les choses pour savoir quand elle finira.


Certes, dit Lucien l’âne, personne ne peut dire quand elle finira. Peut-être quand l’humanité disparaîtra ? Qui sait ?


Ce serait évidemment une solution, répond Marco Valdo M.I., mais ce serait une manière radicale de l’éradiquer. Moi, j’aime faire le pari de l’intelligence naturelle qui ne laisse subsister que ce qui a l’art et la manière de perpétuer la vie et le pari qu’à la fin, suivant ce processus ordinaire de sélection, le vivant l’emportera.


En somme, conclut Lucien l’âne, si je comprends bien ton pari, que je trouve plus sûr et sensé que celui du philosophe de Clermont, la paix survivra à la guerre du fait qu’à force, les guerriers eux-mêmes se seront éteints. Fameux pari !, mais le seul qui me paraisse valider la vie dans le long terme. En attendant ces jours heureux, tissons le linceul de ce vieux monde idiot, agressif, oppresseur et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






Moi, j’en ai vu des enfants dans le désert
Regarder de leurs yeux épouvantés le ciel ouvert,
Mais dans le ciel, ce n’étaient pas des cerfs-volants,
Mais des nuages de fumée provenant des bombardements.

Je les ai vues les femmes désespérées
À genoux devant les chars des armées
Prier sur les corps des soldats
La tête en bas.

Et Don Quichotte se battait dans les rues de Beyrouth
Dans une guerre de cent ans qui toujours poursuit sa route.
Parmi les ruines des maisons, un jour une fleur naîtra ;
Et le parfum de la guerre son parfum couvrira.

Cette chanson ne sera pas de premier rang,
Mais j’espère que quelqu’un écoutera son chant.
Caché, je regarde le monde, depuis trop de temps,
Mais à présent, je veux chanter librement.

J’ai entendu les enfants du Liban
Parler de la mort devant les feux ardents ;
Je les ai entendus parler de la peur,
Cherchant le courage de fuir dans leur cœur.

J’ai vu les avions tomber en mer
Comme des étoiles et des comètes sur terre.
Et à chaque fois, le désir m’a pris
De fuir loin d’ici.

Et Don Quichotte se battait dans les rues de Beyrouth
Dans une guerre de cent ans qui toujours poursuit sa route.
Et tôt ou tard, le prix de la terre deviendra
Toujours plus cher à proportion du sang qu’elle boira.

Cette chanson ne sera pas de premier rang,
J’espère que quelqu’un écoutera son chant.
Caché, je regarde le monde, depuis trop de temps
Mais à présent, je veux chanter librement.

Et Don Quichotte se battait dans les rues de Beyrouth
Dans une guerre de cent ans qui toujours poursuit sa route.
Et tôt ou tard, le prix de la terre deviendra
Toujours plus cher à proportion du sang qu’elle boira.

Cette chanson ne sera pas de premier rang,
J’espère que quelqu’un écoutera son chant.
Caché, je regarde le monde, depuis trop de temps
Mais maintenant, je veux chanter librement.

mercredi 27 février 2019

QU’EST-CE QU’ON FOUT NOUS AUTRES ALLEMANDS EN AFRIQUE ?

QU’EST-CE QU’ON FOUT NOUS AUTRES 

ALLEMANDS EN AFRIQUE ?

Version françaiseQU’EST-CE QU’ON FOUT NOUS AUTRES ALLEMANDS EN AFRIQUE ?Marco Valdo M.I.2019
d’après la version en italo-tedesqueMA KE CI SI FA A FARE NOIALTRI TETESKI IN AFRIKA? de Rikkardo Fenturi (2016)
d’une chanson allemande – Was treiben wir Deutschen in Afrika? – anonyme – 1898

Texte d'auteur anonyme à chanter sur la mélodie de la chanson romantique pour enfants "Es klappert die Mühle am rauschen Bach, klipp-klapp, klipp-klapp, klipp-klapp, klipp-klapp". Texte repris dans un "Demokratisches Liederbuch", publié à Stuttgart en 1898. À chanter sur la mélodie de la chanson romantique pour enfants "Es klappert die Mühle am rauschen Bach, klipp-klapp, klipp-klapp, klipp-klapp, klipp-klapp".



Église allemande en pays Herero




Deutsch-Südwestafrika, l'Afrique du Sud-Ouest allemande, ainsi fut appelée une partie du continent africain, qui correspond maintenant plus ou moins à la Namibie, que l'Empire allemand a considérée comme sa colonie entre 1884 et la fin de la Grande Guerre (1914-18). Ce que les colons et les soldats allemands firent n'est rien de moins qu'un génocide, quelques années avant le génocide arménien, communément considéré comme le premier génocide du XXe siècle. La survie des populations indigènes des Nama, des Ovambo et surtout des Herero a été gravement menacée par les soldats du Kaiser sous le commandement du sanglant général Lothar von Trotha, et elles auraient certainement disparu si la guerre en Europe n'avait pas été terminée au détriment des Allemands.
Voir aussi la chanson Vernichtungsbefehl d'Andries Bezuidenhout, magistralement traduite en italien et commentée par notre ami Riccardo Venturi.


Dialogue Maïeutique

Ce qui est étonnant avec cette chanson, Lucien l’âne mon ami, c’est le temps lointain où elle a été imaginée, composée ou écrite – comme on voudra, et le fait qu’elle soit quand même parvenue jusqu’à nous. D’abord, à cause du temps passé, de cette ancienneté, mais aussi à cause de l’éloignement, car comme tu le sais, la Namibie n’est pas à côté de la porte. Et enfin, même en Allemagne, le souvenir des colonies (depuis longtemps perdues – elles furent retirées aux Allemands après la guerre 1914-18) s’est estompé, a été balayé par d’autres aventures nationales et d’autres grands massacres.

Oh, dit Lucien l’âne, l’histoire des vivants est parsemée de grands massacres volontaires en tous genres, tous plus absurdes les uns que les autres, même si en finale – jusqu’à présent, la vie finit par submerger le malheur. Et pour s’en tenir aux humains, ils ont au cours de leur courte présence au monde, du bref délai où a sévi leur espèce commis bien des génocides et des ethnocides. On ne les compte plus, on n’a même plus la mémoire des espèces éradiquées.

Certes, Lucien l’âne mon ami, tu as raison de le dire, mais c’est là un autre débat, car la chanson est déjà assez terrifiante : elle montre des hommes (blancs) opérant le massacre systématique de populations noires. Cependant, il y eut aussi dans l’histoire de la plupart des « colonies » d’Afrique, que la traite négrière fit aussi de terribles chasses à l’homme (femmes et enfants compris), qu’il y a eu récemment encore de grands massacres dans certains pays d’Afrique – mettons : Congo, Rwanda, Burundi ( deux anciennes colonies allemandes), Soudan, Nigeria, Sahara, etc. ; la liste est sans doute plus longue. Sans compter ce qui s’est fait en Amérique par les conquérants et par les empires amérindiens eux-mêmes.

Oui, dit Lucien l’âne, arrête-toi là, on n’en finirait pas. Parle-moi un peu de la chanson ;

De fait, dit Marco Valdo M.I., un peu de précision, car la chanson dénonce sur le mode parodique la colonisation. Elle fait surgir le mensonge de la propagande et raconte avec une sorte de réalisme directe l’aventure africaine, les soubresauts de la « colonisation-décolonisation ». Dans l’histoire récente, presque toutes les nations européennes ont eu leur heure de (dé)gloire ; du moins, celles qui ont eu ou voulu avoir des colonies. Mais, il fut un temps où un État-nation sérieux se devait d’avoir des colonies. Pour terminer, je compléterai la remarque de Riccardo Venturi à propos du mot « Krupp » qu’il traduit par « angina » (en italien), qui pourrait être l'« angine » en français, mais aussi : le « croup » ; j’ajoute que le mot « Kruppe » en allemand se traduit en français par la « croupe » – et en italien…

Oh, dit Lucien l’âne en agitant son arrière-train, en italien, c’est la « groppa », et maintenant, il faut conclure et tisser le linceul de ce vieux monde assassin, génocidaire, ethnocide, missionnaire et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Mais qu’est-ce qu’on a à foutre nous autres Allemands en Afrique ?
O
yez ! Oyez !
Nous allons éradiquer complètement l’esclavage
Et dès lors, si un nègre ne veut plus de nous,
Nous le ferons taire pour toujours.
Pif, paf, boum, hourra !
Heureuse Afrique !

Nous prêchons le christianisme aux païens.
Oh, comme nous sommes braves !
Et ceux qui ne veulent pas croire, nous les zigouillerons !
Paf, boum !
Heureux soient les sauvages, car nous leur enseignons
L’amour chrétien par le feu et l’épée.
Pif, paf, boum, hourra !
Heureuse Afrique !
 
Nous autres, on est de courageux missionnaires
Eviva ! Eviva !
La Croix, le Krupp et le Mauser
La Sainte Trinité !
Et nous portons ainsi en Afrique le Saint Nom de Dieu.
Charité ! Feu ! Alléluia !
Pif, paf, boum, hourra !
Heureuse Afrique !

lundi 25 février 2019

Dangereux pour l’Ordre de l’État



Dangereux pour l’Ordre de l’État


Chanson léviane – Dangereux pour l’Ordre de l’État – Marco Valdo M.I. – 2019

Lettre de prison 11

20 avril 1934


Carlo Levi Autoportrait 1930




Dialogue maïeutique

Il est toujours inquiétant, Lucien l’âne mon ami, d’entendre parler de « danger pour l’Ordre de l’État » ou de choses du genre.

J’imagine, Marco Valdo M.I., mais pourquoi, selon toi ?

Eh bien, répond Marco Valdo M.I., il y a au moins deux raisons à ça. La première, c’est le mot « danger » lui-même et l’absence de précision qu’il recèle ; ce danger est insaisissable et peut dès lors prendre de multiples formes. À quoi peut ressembler le danger à ce stade, nul ne le sait et on ne pense pas nécessairement au pire. Cependant, le pire existe aussi. L’autre raison se trouve dans l’usage qu’évoque l’expression « Ordre de l’État », deux mots qui, mis ensemble, forment un terrible épouvantail et leur réalisation tient de la catastrophe.

Mis ensemble ?, interroge Lucien l’âne, Qu’est-ce à dire ? Faut-il comprendre que séparément, ils n’ont pas la même tonalité, la même dangerosité ?

Exactement, Lucien l’âne mon ami. L’ordre, par exemple, sur ma table de travail, dans ma cuisine ou dans mes chaussettes n’est pas chose inutile et il n’y a là rien que de rassurant. En fait, à dose modérée, ni l’ordre, ni le désordre ne posent le moindre problème et ne peuvent susciter de grands embarras. Mais par contre, à forte dose, ils sont sources d’inquiétude ; à forte dose ou à grande taille. De plus, élevés en principes, ce sont carrément des épouvantails. Et en gros, c’est pareil pour l’État qui n’a trop rien d’effrayant en soi, qui au contraire, peut – doit- être fort utile et au service de tous. Le malheur vient quand on en fait des entités distinctes et dominatrices, qu’on en fait des principes cardinaux et qu’on y met une majuscule Majuscule. De l’État, humble serviteur de la maison commune, on passe à l’État-Maître de Maison, d’une maison accaparée par d’aucuns, lequel État, confondu avec la Nation, a besoin de l’Ordre pour satisfaire son égo.

Sans doute, Marco Valdo M.I. mon ami, mais j’ai l’impression que tu t’es éloigné de la chanson et que tu as inversé le sens du danger.

En effet, Lucien l’âne mon ami, j’ai inversé le sens du danger, mais j’ai suivi en cela la sagesse enfantine qui dit : « C’est celui qui le dit, qui l’est ». En fait, sous un régime fasciste, l’État et l’Ordre constituent le vrai danger pour les gens et pour se disculper, ils jettent l’accusation sur leurs opposants, sur quiconque ose dévoiler leur turpitude. Quant au reste, la chanson fait état des souhaits du prisonnier néophyte – voir sa famille, avoir du linge et développe à nouveau l’argumentaire face aux accusations et aux menaces que l’autorité porte contre lui. Il s’efforce d’écarter les imputations les plus graves et avec une ironie à peine voilée, tout en sachant qu’il n’y a que très peu de chances que son discours soit compris et surtout, entendu :

« Moi, un homme dangereux
Pour l’ordre de l’État,
Curieuse opinion que celle-là.
Un peintre est précieux,
Une richesse pour l’État. »

Je le pense aussi, dit Lucien l’âne. Au jeu du chat et de la souris, le prisonnier tient le rôle de la souris ; il est entièrement soumis au caprice du chat. Cela dit, tissons le linceul de ce monde trouble, autoritaire, impératif, emprisonneur et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



J’aimerais vous voir.
J’y pense tous les soirs.
Est-ce permis ?
Si le règlement l’interdit,
C’est sans espoir.

Il ne fait plus si froid
Dans ces cellules grises.
Il faut d’autres chaussettes, d’autres chemises.
Si la chose est permise,
Si on ne l’interdit pas.

Heureux d’avoir enfin pu
Vous voir. J’aurais voulu
Vous dire tant de choses
Et me voilà morose
De ne l’avoir pu.

Mandat de comparution,
Commission de Relégation,
Ordre, contrordre, hésitation ?
Vont-ils me renvoyer à la maison ?
Espérons.

Comment me disculper
De délits imaginaires,
De fautes inexistantes,
D’accusations fantaisistes,
De racontars infondés.

Moi, un homme dangereux
Pour l’ordre de l’État,
Curieuse opinion que celle-là.
Un peintre est précieux,
Une richesse pour l’État.