mardi 24 juillet 2018

Lamme philosophe


Lamme philosophe


Chanson française – Lamme philosophe – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
72
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
III, XXIX)









Dialogue Maïeutique

Lamme philosophe ?, s’étonne Lucien l’âne. Voilà qui tombe bien pour un dialogue maïeutique. Cependant, je n’aurais jamais imaginé que Goedzak s’inscrive dans l’Histoire de la Philosophie. Si c’est le cas, il est philosophe de ma même manière que je le suis : c’est un philosophe de grand chemin.

En ce cas, Lucien l’âne mon ami, il rejoindrait François Villon et en d’autres temps, tu le sais, il aurait élégamment figuré parmi les participants de l’école péripatéticienne. Plus sérieusement, la chanson ne dit pas que Lamme est un philosophe, mais bien qu’il philosophe, ce qui revient à dire qu’il émet des considérations sur l’état du monde et sur la situation des gens dans ce monde.

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, j’avais perçu cette nuance et j’ai bien conscience que notre Goedzak n’a rien d’un de ces philosophes professionnels qui s’enferrent dans un monde philosophique désincarné qui s’éloigne aux confins de l’univers. C’est justement pour ça que j’avais précisé qu’il était un philosophe de grand chemin. Cela dit, on découvre ici qu’il y a au moins deux univers philosophiques et qu’ils ont tendance à s’écarter l’un de l’autre. Mais revenons à la chanson et à la philosophie selon Lamme.

Je ne te ferai pas l’ennui de détailler et d’analyser les propos de Goedzak, tu les trouveras excellemment rapportés dans la canzone et celui qui veut en savoir plus pourra toujours se reporter à la Légende, telle qu’elle est rapportée par Charles De Coster. Quant à les analyser, je laisse le soin à chacun de le faire, car je n’ai foutrement pas l’âme, ni les qualités d’un décortiqueur. Pourtant, je dirai encore deux mots relativement au débat qui s’instaure entre Lamme et le smitte qui situe le nœud de la guerre entre le refus de faire la guerre pour le profit des puissants et des riches et la nécessité de faire la guerre pour se défendre d’une agression guerrière et pour faire advenir le règne de liberté.

Certes, Marco Valdo M.I. mon ami, je te dirais – sans pour autant philosopher exagérément – que c’est le sens de La Guerre de Cent Mille Ans où certains (les riches, les puissants et leurs affidés) ont déclenché la guerre et la mènent sans répit afin de maintenir leur domination et tout ce qui s’ensuit et d’autres, mènent une guerre défensive pour mettre fin à la guerre elle-même. C’est aussi le sens du paradoxe pacifique : Guerre à la guerre ! ». Et je vois que dans la chanson, le dialogue entre Lamme et le smitte pose cette alternative à sa manière. Quant à nous, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde guerrier, armé, massacreur et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Lamme fera donc des couques et des beignets.
Till dit : « Il les mangera au lieu de les vendre.
Le smitte dit : « Rien n’est encore prêt
Et la grande besogne ne peut attendre. »

« J’ai faim », dit Lamme.
« Il y a du pain », dit le smitte.
« Sans beurre ? », demande Lamme.
« Sans beurre. », dit le smitte.

À la nuit, le smitte sort les armes :
Vingt arquebuses à réparer,
Cinquante lames à aiguiser.
Aux yeux de Lamme coulent les larmes.

Lamme dit : « Smitte, tu dédaignes ton corps
Et crois-moi, en vérité, tu as tort.
Il a besoin de repos autant que de pain,
De fèves, de bœuf, de bière et de vin.

Et nous sommes fous, nous, hommes de peu
De nous crever les yeux
Pour tous ces grands de la terre
Qui font entre eux la guerre.

Ils invoquent Dieu, la religion, les mystères
Dont en vérité, ils n’ont rien à faire
Et nous non plus, d’ailleurs
Qui supportons ces malheurs.

Regardez les champs, les prés ;
Regardez les moissons, les vergers.
Chasse, pêche, mer, terre :
Tout est à eux sans rien faire.

Et vous, vous vivez de pain et d’eau ;
Vous travaillez à vous casser le dos
Et quand vous mourez, sans vergogne,
Ils ignorent vos charognes. »

« Ho, dit le smitte, parle moins haut !
Certes, tout ce que tu dis n’est pas faux,
Mais le Prince de Liberté sacrifie
Ses biens et sa vie pour chasser la tyrannie. »

Pendant trois nuits, Till et Lamme
Fondent des balles et fourbissent des lames
Jusqu’à l’aube. Puis, la quatrième, les deux amis
S’en vont pour Gand au cœur de la nuit.

dimanche 22 juillet 2018

La Ballade du Smitte


La Ballade du Smitte


Chanson française – La Ballade du Smitte – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
71
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
III, XXIX)



Dialogue Maïeutique

Comme tu peux l’imaginer, Lucien l’âne mon ami, Till et Lamme ne peuvent rester longtemps au même endroit, car tel est leur destin et telle est leur mission, qui est de porter les messages du Taiseux en mains propres à divers agents secrets et de contribuer ainsi à l’organisation de la résistance dans la partie des Pays sous contrôle des Espagnols. Ils sont donc toujours derrière les lignes ennemies et en grand péril d’être pris, torturés, emprisonnés, condamnés à mort et exécutés – peu importe la méthode pendaison, bûcher, décapitation, fusillade, que sais-je ?

En ce temps-là, je m’en souviens très bien, Marco Valdo M.I. mon ami, il n’y avait ni train, ni auto, ni avion et encore moins, de radio, de télégraphe ou de téléphone. Toute la transmission des informations se faisait nécessairement par voie humaine qui elle-même se faisait à pied, à cheval, à dos d’âne ou en bateau. On peut toujours penser aux pigeons, mais c’est une méthode très marginale, pas facile à mettre en œuvre.

Effectivement, Lucien l’âne mon ami, les choses s’organisaient ainsi. De plus, Till et Lamme ne font pas que porter des lettres, ils agissent et leur rôle est essentiel. Résumons-le : ils assurent la liaison dans le réseau des Gueux, ils transmettent les informations et les ordres, ils recueillent l’information, ils collectent les fonds, ils organisent le transfert des fonds et des armes, ils liquident les indicateurs, démasquent les espions et les assassins à la solde des Espagnols. Cependant, ils ne doivent pas être les seuls à faire ce travail, mais la Légende raconte leur histoire et en quelque sorte synthétise cette longue lutte de libération – on l’appelle d’ailleurs historiquement La Guerre de Quatre-Vingts Ans.

Tout ça est intéressant, dit Lucien l’âne, mais au fait, que raconte La Ballade du Smitte ? Et qui donc est ce Smitte ?

Commençons par expliquer le smitte, reprend Marco Valdo M.I. ; en fait, un « smitte » est un forgeron et il était de coutume d’appeler les gens par le nom de leur métier ou de leur titre, comme on disait frère ou chevalier et quand on parle du personnage – encore aujourd’hui – on fait précéder de l’article le nom de métier ou le titre, mais aussi le prénom ou le nom : le smitte, le docteur, l’assistant, le prof, le Roland, le Bill, le Dupont ou des deux – c’est le cas dans la Légende où le smitte de la chanson s’appelle le smitte Wasteele. Donc, le smitte, est un forgeron et ce smitte-là, un relais important du réseau des Gueux, qui va répondre par le cri du coq hardi au chant de l’alouette. Pour le reste, je ne dévoilerai pas plus ce que raconte la chanson.

Et c’est bien ainsi, dit Lucien l’âne, car il est temps de conclure. Reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde malade de la guerre, vantard, stupide et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Lamme et Till sont en chemin.
Les nues frôlent la terre
Et glissent sous le vent de mer.
Le soleil est encore lointain.

À l’entrée de Lokeren, soudain,
L’alouette chante son refrain.
De la forge, le coq répond,
Une vieille voix lance son clairon.

C’est le smittte qui le jour forge
Des bêches, des pioches, des socs et roues à gorge
Et même, des grilles de belle fonte
Pour l’église et le château du comte.

Le smitte forge la nuit
Les armes pour nos amis.
« Vous deux, les amis, entrez sans façon
Et menez vos ânes derrière la maison. »

Le smitte emporte à la cave
La moisson de la nuit : épées et fers de lance.
Il dit : « Avez-vous des nouvelles du Taiseux ? »
Till dit : « Les mercenaires ont trahi. Reste les Gueux.

Gueux de mer et gueux de terre
Mèneront seuls cette guerre.
La liberté patientera, elle est bonne enfant.
Mais il faut des armes et de l’argent. »

Le smitte dit : « J’enverrai dès demain
Des armes et neuf mille florins.
Mais on recherche deux assassins de prédicants
Sur deux ânes califourchonnant. »

Till dit : « Lamme et moi, on a tué
Ces espions du duc, ces meurtriers payés
Pour assassiner le Prince de Liberté.
Voici, smitte, leur argent et leurs papiers. »

Le smitte dit : « C’est un plan de conspiration.
Ces papiers iront au prince à qui on dira
Qu’à Lamme et Till, la vie sauve il doit.
Cependant, il faut vendre les ânes sans hésitation.

Pour circuler incognito, il vous faut à chacun un métier.
Till fera, réparera et vendra des cages en osier.
Lamme fera et vendra des couques et des croustillons ».
Le smitte est un homme d’organisation.

vendredi 20 juillet 2018

La Résistance des Folles-Filles


La Résistance des Folles-Filles


Chanson française – La Résistance des Folles-Filles – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
70
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
III, XXVIII)






Dialogue Maïeutique

L’autre chanson, la précédente chanson de cette Légende de Till ressuscité racontait en quelque sorte le rapt de Lamme par les Folles-Filles en délire, commence Marco Valdo M.I.

Oui, je me rappelle très bien de cet essaim de demoiselles attentant en riant à la vertu du bon Lamme, dit Lucien l’âne. Et je me souviens aussi de la vigoureuse dénégation du bonhomme et de son incroyable argumentation. A-t-on idée d’imaginer que le fait d’être marié le protégerait de l’hystérie de ces bacchantes ?

Et pourtant, le brave homme persistait dans la défense de sa virginité maritale, continue Marco Valdo M.I. Il tient bon même quand il se fait proprement déshabiller et tripoter de tous les côtés par cette horde en rut. Pour un peu, on parlerait de viol.

Ah, dit Lucien l’âne, juste une remarque à ce sujet, il se dit que dans les usines ou les ateliers ou les groupes essentiellement composés de femmes, où ce sont des femmes aussi qui dirigent, il arrive que les jeunes hommes soient amenés à de telles extrémités. Dans le fond, c’est toujours la question du pouvoir et de la domination qui se pose et comme on le voit, elle est réversible.

Cependant, reprend Marco Valdo M.I., et c’est la fin de la chanson précédente, Lamme finit par « céder à la jeunette. »

En effet, dit Lucien l’âne, on en était là, à l’épisode de la reddition de Lamme. Mais qu’en est-il réellement ? Et que va-t-il se passer ensuite ?

Je m’en vas te le résumer, dit Marco Valdo M.I. ; en premier lieu, pour ce qui est de Lamme, la chanson te dira la vraie raison de sa reddition. En gros, c’est un odieux chantage de la baesine qui pousse Lamme au crime d’adultère. Ensuite, il te faut regarder le titre, car il dit l’essentiel. Ces demoiselles, dont je te rappelle que c’est le jour de liberté et qu’elles ne veulent que des amoureux qu’elles choisissent à leur goût, vont être attaquées par la bande des oiseleurs de passage qui voudront à toute force « consommer ». L’affaire finit en pugilat et Till et Lamme interviennent aux côtés de ces dames pour repousser les prétentions de ces intrus.

Oh, oh, dit Lucien l’âne, voilà qui est intéressant. C’est une fin de soirée assez agitée à ce que j’entends.

Pour les détails, il faut voir la chanson, reprend Marco Valdo M.I. et maintenant,je voudrais réfléchir un peu à la chose, à cette résistance des Folles-Filles, qui est aussi un vrai moment de la Guerre de Cent Mille Ans. C’est une résistance à l’agression des mâles en rut, à l’oppression qui frappe ces femmes à plus d’un titre. D’abord comme femmes ; ensuite, comme folle-fille qui doit – comme n’importe quel travailleur – vendre sa capacité de travail ; comme folle-fille encore quand elles revendiquent leur temps libre et leur liberté de choix, mais soudain, je me rends compte que nous ne sommes pas là pour en dire trop…

Oui, Marco Valdo M.I. mon ami, d’autant que j’ai parfaitement compris et que je compléterai, s’il en est besoin. Mais avant de conclure, je voudrais te fredonner un petit bout de La Complainte des Filles de Joie, chanson de Georges Brassens qui décrit assez justement leur situation :

« Bien que ces vaches de bourgeois
Bien que ces vaches de bourgeois
Les appellent des filles de joie
Les appellent des filles de joie
C’est pas tous les jours qu’elles rigolent
Parole, parole
C’est pas tous les jours qu’elles rigolent. »

Et maintenant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde vertueux, catéchisant, brutal, violeur, injuste et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Ainsi, Lamme s’était rendu à la jeunette,
Mais pas sans raison.
« La battrez-vous à cause de moi, cette gamine ? »
« Jusqu’au sang, répond la baesine. »

« Mignonne, dit Lamme, si cette belle peau
Doit souffrir le fouet et le martyre,
Doncques, j’aime mieux te choisir
Que de voir saigner ton dos. »

Alors, en son antre, la fée se dépêche ;
Alors, le tendre Lamme pèche.
Ainsi, le doux Lamme fait œuvre pie
Comme il fit toute sa vie.

Till regarde la grande fille brune.
Elle coquète et fait mine
De ne pas vouloir de lui.
Chantons, dit Till et ils s’enchantent de ris.

Soudain, pénètrent en la maison
Se bousculant, se pressant, se poussant,
Sifflant, grondant, hurlant, vociférant,
Tout un tas de joyeux garçons.

Avec leurs sacs et avec leurs cages,
Avec leurs hiboux tout éwarés,
Avec leurs petits oiseaux emprisonnés,
Ce sont les oiseleurs de passage.

Beaux florins nous avons,
Belles filles nous voulons !
Qui recule est chapon,
En Brabant, duc est bon.

Demain, nous serons chiennes esclaves,
Aujourd’hui, nous sommes femmes libres.
Les belles ricassent : aujourd’hui, nous nous refusons.
Demain, pour l’argent, nous nous vendrons.

Et la bataille commence
Et les belles se défendent.
Till et Lamme à la rescousse entrent
À coups de balai dans la danse.

Les ivrognes battus se lassent
Et dorlotés par les laides, les enlacent.
Quand tous, ruinés, sont chassés au matin,
Till et Lamme sont depuis longtemps en chemin.

jeudi 19 juillet 2018

LE CULTE


LE CULTE
Version française – LE CULTE – Marco Valdo M.I. – 2018
d’après la version italienne – CULTO de Riccardo Venturi – 2018
d’une chanson polonaise – KultGrzegorz Dąbrowski – 2018


 
Et pour la vieillesse, le culte du Rosaire



Dialogue Maïeutique

Lucien l’âne mon ami, depuis Alfred Jarry (1873-1907), on n’en finit pas de découvrir l’étrangeté de la Pologne, pour ne pas dire sa bizarrerie. Étrangeté et bizarrerie qui touche particulièrement ses figures les plus célèbres. On vit même récemment encore un Polonais promener sa robe dans les allées du Vatican et sur les avenues du monde entier. On en a fait – en Pologne – tout un culte. Mais enfin, pour le Polonais moyen, ce n’est pas rédhibitoire. Par exemple, on peut naître Polonais, être un homme et vivre en Pologne tout en participant à la grande fête commune de la vie, nonobstant ce vieux monde cacochyme. J’en tiens pour preuve notre ami Krzysiek.

Certes, Marco Valdo M.I., il doit bien y avoir des Polonais heureux. Aleksandar Petrović avait bien rencontré des Tziganes heureux. Cependant, sans être aussi informé de la Pologne que le Père Ubu qui, dans sa grande sagesse, disait : « S’il n’y avait pas de Pologne, il n’y aurait pas de Polonais ! », j’ai ouï dire que la Pologne était affectée d’une sorte de maladie du culte et du rite qui lui a souvent valu de glorieuses heures et certains héros de dimensions peu ordinaires.

Lucien l’âne, tu es perspicace ou devin, car c’est de cela même que parle la chanson qui, comme il ressort de sa langue, est véritablement polonaise et tout à fait contemporaine. Je m’en vais te montrer à coups de citations rapides que la Pologne, disons officielle, a montré fort souvent un esprit digne du père du Roi Ubu . Pour mieux comprendre, allons voir le moment originel quand Ubu lui-même (c’est le début d’Ubu Roi ou Les Polonais, la pièce que Jarry publia en 1896) se refuse à tuer le roi Venceslas pour lui succéder, la Mère Ubu, son épouse, qui connaît bien aussi certaines ambiances de ces lieux, lui suggère, mais voyons les répliques :

« PÈRE UBU
De par ma chandelle verte, le roi Venceslas est encore bien vivant; et même en admettant qu’il meure, n’a-t-il pas des légions d’enfants ?
MÈRE UBU
Qui t’empêche de massacrer toute la famille et de te mettre à leur place ?
PÈRE UBU
Ah ! Mère Ubu, vous me faites injure et vous allez passer tout à l’heure par la casserole.
MÈRE UBU
Eh ! pauvre malheureux, si je passais par la casserole, qui te raccommoderait tes fonds de culotte ?
PÈRE UBU
Eh vraiment ! et puis après ? N’ai-je pas un cul comme les autres ?
MÈRE UBU
À ta place, ce cul, je voudrais l’installer sur un trône. Tu pourrais augmenter indéfiniment tes richesses, manger fort souvent de l’andouille et rouler carrosse par les rues. »

Et dans la présentation de la pièce, l’auteur prévient : « Le scène se passe en Pologne, c’est-à-dire nulle part. »

En Pologne, c’est-à-dire nulle part, c’est-à-dire, autrement dit, à peu près n’importe où, dit Lucien Lane. N’importe où dans notre monde ubuesque où les Chefs d’État font un concours à qui égalera Ubu. Je ne donnerai aucun nom mais puisqu’on a cité la Pologne, citons les États : USA – qui mène la course à l’imbécillité, la Russie – ex-URSS, la Turquie, le Congo (RDC), l’autre aussi, mais c’est moins voyant, la Syrie, la Chine, l’Inde … J’arrête là, je n’en finirais pas. Mais avec cette excursion dans la Pologne d’Ubu, on ne sait toujours pas de quoi cause la chanson.

Ho, Lucien l’âne mon ami, ne dis pas cela, car avec Ubu, on ne s’est pas égaré du tout. La chanson évoque le culte sous toutes ses formes ; j’ajoute, évoque et critique vertement le Culte et on comprend son auteur, puisqu’il est Polonais et que pour ce qui est du Culte, comme je l’ai dit plus haut, la Pologne ne craint personne, surtout depuis qu’après avoir connu un général-Président, sa tête est affublée d’un essaim de culs bénits qui la feront – si on ne les retient pas à temps – tomber dans le trou du Culte national et catholique.

Soit, cette perspective de national-catholicisme, Marco Valdo M.I. mon ami, n’a rien de réjouissant, d’autant qu’un même goût pour le Culte s’est développé chez certains de ses voisins. Mais passons à la chanson et puis, reprenons notre tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde ubuesque, réactionnaire, nationaliste, passionné de culte et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Le culte de la Bentley, le culte de l’Église
Le culte de l’Armée et le culte du Prêtre

Le culte du Chef, le culte de la Liberté
Le culte du Commandement et le culte du Pouvoir

Le culte de l’Honneur, le culte de la Hiérarchie
Le culte de la Démocratie et le culte du Parti

Le culte du Football, le culte de la Série
Le culte de l’Indépendance, le culte de la Race blanche

Le culte de l’Histoire, le culte de la Politique
Le culte de la Science, le culte de la Musique pop

Le culte de la Télévision, le culte des Célébrités
Le culte des Acteurs, le culte des Stylistes

Le culte de la simulation, le culte du silicone
Le culte du lifting, le culte des corps rajeunis

Le culte d’Internet, le culte de l’Écran
Le culte de la Consommation, le culte de la Pub.

Le culte de l’Argent, le culte du Bien-être
Le culte du Luxe, le culte du Crédit.

Le culte de la Vitesse, le culte du Progrès
Le culte de la pilule et du Relax.

Le culte de la Bouffe et le culte de la Danse
Et pour la vieillesse, le culte du Rosaire.