lundi 25 juillet 2016

HOMME SANS PAPIERS


HOMME SANS PAPIERS

Version française – HOMME SANS PAPIERS – Marco Valdo M.I. – 2016
Chanson allemande – Mensch ohne Pass – Max Werner Lenz – 1935
Paroles de Max Werner Lenz (1887-1973), acteur, réalisateur, cabarettiste et auteur suisse
Musique d’Otto Weissert (1903-1969), compositeur et directeur de théâtre allemand.





Cette parodie de salut fasciste 

au Cabaret Cornichon

fut censurée et interdite

en raison des pressions du gouvernement de 

Mussolini.




Max Werner Lenz et Otto Weissert (le second fuit en 1934 en Suisse, car il est marié à une femme juive) furent parmi les fondateurs en 1934 à Zurich du Cabaret Cornichon, un cabaret théâtre qui visait à reproduire les expériences allemandes artistiques qui venaient d’être détruites par la montée au pouvoir du nazisme. Malgré les limitations imposées par la censure et en dépit de la surveillance constante et l’intimidation des services secrets nazis, le Cabaret Cornichon réussit malgré tout à condamner ouvertement fascisme et nazisme.

Le dictionnaire de la Suisse indique : « Le Cornichon fut d’abord un cabaret de divertissement; considéré comme l’une des armes de la défense spirituelle, il attaquait le national-socialisme allemand et le fascisme italien. Surveillé pendant la guerre par les autorités de censure, il s’imposa lui-même des limites si rigoureuses qu’il ne fut l’objet d’aucune sanction officielle. »


Dans cet « Homme sans papiers », Max Werner Lenz critiquait le manque de soutien aux réfugiés du régime hitlérien et, leur persécution de la part des autorités des pays-refuges…
Une chanson très actuelle, vu le traitement que l’Europe encore aujourd’hui réserve aux réfugiés…

Dialogue maïeutique


En griffonnant la version française de cette histoire d’exilé, mille idées et mille autres histoires me trottaient dans la tête. Il y avait Till le Gueux, le Guerrier afghan, l’Arlequin amoureux, Joseph le déserteur et ce marin du Vaisseau des morts de Traven ou ce Schwarz énigmatique de la Nuit de Lisbonne, tous gens errants, exilés en exil. Il y avait aussi tous ces gens qui cherchent refuge et que l’Europe et l’ONU appellent improprement des « réfugiés ». Ah si seulement, ils pouvaient trouver refuge. Mais voilà, on les arrête, on les rejette. Ou on les enferme et qu’en est-il du reste du monde ? HIC ET NUNC ! Aujourd’hui et maintenant ! Vous êtes antifasciste, mais vous vivez en Turquie ? Que faites-vous avant qu’ils ne viennent frapper à la porte, vous arrêter, vous abattre ? Qui voudra vous secourir, vous accueillir, vous donner refuge ? On vous dira que vous venez d’un pays démocratique, qui pratique l’élection (j’ai cru, dit Lucien l’âne que tu allais écrire la masturbation…), qui dit qu’il respecte les droits de l’homme, etc. En plus, vous êtes Kurde ou vous prétendez qu’il y a eu un génocide en Arménie. Certes, vous pourriez être Égyptien, Nigérian, Mauritanien, Algérien ou Chinois. En fait, si vous venez les mains vides, vous serez malvenu… Ne parle-t-on pas déjà de « charges déraisonnables pour un État » à l’Européen qui se trouve en difficulté dans un autre « pays européen ». Ce n’est pas une invention de ma part, c’est le texte de la loi communautaire. C’est arrivé récemment à un Italien, ici, au cœur de l’Europe ; pourtant, lui , il avait des papiers, des droits avant qu’on applique la loi sensée le protéger. Bref, j’arrête là et je laisse parler la chanson. Elle en dit assez.

Oh, je sais, tu as raison, Marco Valdo M.I. mon ami, on aura encore bien l’occasion, de reparler de ces horreurs. Ce sont les traces, les rides quotidiennes de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres gens depuis la nuit des temps. Et tout ça pour s’enrichir encore et encore, étendre leur pouvoir, accroître leur domination et nous, tout ce que nous pouvons y faire, c’est de poursuivre autant qu’on le pourra cette tâche et tisser le linceul de ce vieux monde médiocre, méprisant, ridicule et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Je suis un exilé, je suis chassé.
Ils m’appellent « cochon d’émigrant ».
Ils disent, tu aurais dû quand même rester !
Je voulais être une personne tout simplement.
Au lieu de hurler « Heil ! », je dis « Bonjour ».
Alors, on m’a menacé de détention, à mon tour.
Mais je n’ai pas vocation au martyre !
Je me suis enfui – d’une détresse dans une autre détresse.
Je suis maintenant un être non déclaré,
Je n’ai pas de papiers.
Je suis et je reste un surnuméraire,
Abhorré des fonctionnaires.

Les États ont des devises admirables !
En France, c’est l’admirable :
« Liberté, égalité, fraternité » ,
La Suisse, c’est réputé :
Ce pays est une terre d’asile.
Mais là, la détention m’attend seule.
Alors, tel que je suis, je suis hors la loi.
Mais là, on est civilisé, on ne me frappe pas,
Me toucher est hors de question,
Mais là, on peut torturer l’âme sans gêne.

Car je suis non déclaré,
Je n’ai pas de papiers.
Je suis et je reste un surnuméraire
Abhorré des fonctionnaires.

Mais là, il y a maintenant des Commissions, j’ai entendu dire,
Elles s’occupent de nous et de notre bien-être ;
Alors ils décident que je ne dérange pas.
Mais là, la décision doit parvenir aux fonctionnaires !
Et pour que les paragraphes deviennent réglementaires,
Cela prend du temps – entre-temps, ça va mal pour moi.
On me chasse en secret vers des frontières étrangères.
Et là, avec la loi et le droit pour moi, je crève.

Comme je suis non déclaré,
Je n’ai pas de papiers.
Alors je reste moi et plus un surnuméraire,
Par-delà la haine et les frontières.

dimanche 24 juillet 2016

Ni gauche, ni centre, ni droite

Ni gauche, ni centre, ni droite




Texte : Henri Tachan (Montluçon, le 16 avril 1976)




Henri (Tachan) et Léo (Ferré)




Quand je suis au micro, ce n’est pas un « meeting ».
Dans mes chansons, crénom, ni messages ni consignes,
Je ne veux pas refaire votre monde, je veux rêver le mien
Et quand je vous raconte mes révoltes, mes chagrins,
Ne vous croyez donc pas obligés d’adhérer ;
Dans mon parti, il n’y a que moi et c’est déjà le merdier!
Ni gauche, ni centre, ni droite,
Je suis seul sur le « ring »
Avec ma gauche, ma droite,
Sans soigneur ni « doping »,
Ni gauche, ni centre, ni droite,
Je suis seul sur le « ring »
Avec mon corps qui boite.
La Mort qui me fait signe !

Croyez-moi, ce choix-là n’est pas des plus faciles :
Les moutons de Panurge me traitent d’inutile,
Les miliciens rasés, de révolutionnaire,
Les militants de choc, de rêveur littéraire,
Il n’y a rien qui irrite tant tous les troupeaux honnêtes
Que de ne pas pouvoir me coller d’étiquette !
Ni gauche, ni centre, ni droite,
Ni blabla, ni béquilles,
Ni rouge, ni blanc, ni noir,
Ni fusil, ni faucille,
Ni gauche, ni centre, ni droite,
Je suis seul sur le « ring ».
Avec mon corps qui boite
La Mort qui me fait signe !

L’engagement politique, pour moi, c’est comme la foi :
Tu crois en Dieu, Bon Dieu, ou bien tu n’y crois pas.
Je crois parfois en l’homme dans mes moments de fièvre,
Mais dedans mon terrier, mi-sanglier mi-lièvre,
Loin des meutes de chiens, des cors et des clameurs,
Je suis gibier d’abord, vous n’êtes que chasseurs !
Ni gauche, ni centre, ni droite,
Ni slogans, ni insignes,
Ni rouge, ni blanc, ni noir,
Ni complice, ni consigne,
Ni gauche, ni centre, ni droite,
Je suis seul sur le « ring »,
Avec mon corps qui boite.
La Mort qui me fait signe!

Voilà onze ans bientôt que je chante « au secours! »,
Que je chante « ma révolte ! », que je chante « mon amour! »
Voilà onze ans bientôt, que d’hivers en automnes,
Je me bats par instinct à côté de ma lionne,
Que je remets cent fois sur le papier l’ouvrage,
Que cent fois sans raison, je refais le voyage !
Ni gauche, ni centre, ni droite,
Je suis seul sur le « ring »
Avec ma gauche, ma droite,
Sans soigneur, ni « doping »,
Ni gauche, ni centre, ni droite.

Je suis seul sur le « ring »,
Avec mon corps qui boite.
La Vie qui me fait signe !




Dans les Orchestres militaires


Dans les Orchestres militaires

Chanson française – Dans les Orchestres militaires – Henri Tachan – 1975

Paroles: Henri Tachan
Musique: Yves Gilbert







Dans les orchestres militaires,
Il n’y a pas de cordes, il n’y a pas de cordes,
Dans les orchestres militaires.
Notre mandoline est morte.

Il n’y a que des cuivres pour faire des zimboumboums !
Des tagadatsointsoins et des broums !
Il n’y a que des cuivres pour faire des Pont d’Arcole,
Des cuivres pour nous passer à la casserole !

Dans les orchestres militaires,
Il n’y a pas de cordes, il n’y a pas de cordes,
Dans les orchestres militaires.
Notre mandoline est morte.

Il n’y a que des tambours en peau de pauvre soldat,
Des faux tam-tams, des tambourins au pas,
Il n’y a que des tambours de garde même pas champêtres
Qui font vibrer les cons à leur fenêtre !

Il n’y a que des fifrelins de mascarade,
Des flûtes de pan ! des pipeaux d’estocade,
Il n’y a que des fifres pour faire du berger,
En cas de guerre, un mouton enragé !

Dans les orchestres militaires,
Il n’y a pas de cordes, il n’y a pas de cordes,
Dans les orchestres militaires.
Notre mandoline est morte.

Il n’y a que des vents qui se lèvent à l’aurore
Pour jouer la Marche cadencée de la Mort,
Il n’y a que des vents pour claquer les drapeaux
Et faire bomber le torse aux généraux !

Dans l’orchestre de mon cœur,
Il y a une corde, il y a une corde,
Dans l’orchestre de mon cœur,
Il y a une petite corde qui pleure.

vendredi 22 juillet 2016

Odile

Odile
Chanson française – Odile – Ricet Barrier – 1975




Cherchez Odile


Comme tu le sais, Lucien l’âne mon ami, les émigrés connaissent de terribles nostalgies et dans ces moments d’une coloration assez dépressive, ils sont d’une faiblesse insigne et se laissent emporter par la sentimentale vague.

Oh oui, Marco Valdo M.I., je crois bien ça et j’en ai connu beaucoup qu’un air de musique, une chanson, un vêtement, un objet, un simple mot parfois, que sais-je, mettait la tête à l’envers. Mais sans doute me racontes-tu ça à propos de la chanson. Et d’abord, de qui est-elle ? Quel est son titre ? Que raconte-t-elle ?

En premier lieu, Lucien l’âne mon ami, je précise qu’il s’agit d’une chanson française écrite par l’incroyable Ricet Barrier, lequel n’a jamais émigré bien loin. Cependant, il a comme qui dirait une sorte de génie qui le travaille. Un génie de la chanson comme il y a un génie des eaux ou un génie de l’air ou du feu et ce génie lui souffle des histoires que Ricet Barrier, par une autre forme de génie, sait raconter ; ce sont des histoires de Gaulois, de paysans, de soldats, de fonctionnaires, de vacanciers (quand c’est la saison), d’hommes-grenouilles et de spermatozoïdes ; c’est tout un univers. Ici, il raconte l’histoire d’un émigré polonais, venu extraire la potasse des mines d’Alsace. Ce mineur va être la proie d’une crise de nostalgie fiévreuse en assistant à un spectacle de danses folkloriques alsaciennes lors d’une fête dominicale locale du côté du pied du Ballon d’Alsace. Une des danseuses l’a particulièrement charmé ; elle s’appelle Odile (c’est elle l’Odile du titre de la chanson) et il l’a emmenée manger (Alsace oblige!) une énorme choucroute.

Oh, oh, dit Lucien l’âne en riant à se péter la panse. Ça se corse, on dirait bien.

Je ne dirais pas les choses ainsi, réplique Marco Valdo M.I. d’un air entendu. Pas si vite, en tout cas. Odile est séduisante en costume folklorique et le soupirant de Podlachie se laisse bercer par son imagination jusqu’à la noce incluse. Mais, en effet, le lendemain matin, la situation se corse. Odile repart vers d’autres horizons avec la troupe de danses folkloriques et selon le lieu, le public et la demande, vers d’autres costumes et d’autres danses : un jour, polonaises, un autre berrichonne, russe, tchèque, croate, basque, finnoise, hongroise, tyrolienne, andalouse, lusitanienne, sarde, bavaroise, bretonne ou corse, pourquoi pas ? Odile est un vrai caméléon folklorique. Elle sème la nostalgie et le cafard dans le cœur des mineurs célibataires.

Mais qui dira les ravages de la danse folklorique parmi les travailleurs exilés ? Telle est la question, que tel un prince danois, je me pose. C’est-là, j’en suis persuadé, Marco Valdo M.I. mon ami, un excellent sujet d’études ethnologiques ou anthropologiques, le fondement d’une sociologie particulière, que sais-je moi, l’âne. En attendant, reprenons nos travaux et tissons le linceul de ce vieux monde anthropologique, migratoire, nostalgique et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Depuis que j’ai quitté le pays,
C’est dur de travailler ici
Dans la potasse de la vieille Alsace.

Entre Thann et Niederbraun,
Je me sentais loin de ma Pologne
Jusqu’à ce dimanche matin
Où je t’ai serré la main.

Odile, Odile,
Qu’il est doux quand on s’exile
Le sourire d’une Alsacienne
En costume traditionnel.

Je t’ai parlé polonais,
Tes yeux seuls me répondaient.
Pour pas causer, on a dansé
Et la choucroute a suivi le bal ;
Ce kouglof, quel régal !
Toi et moi, moitié-moitié,
C’est si bon de partager.

Odile, Odile,
Tu seras mon nouvel asile
Et quand poussera le houblon,
Tous deux, nous nous marierons.

Mais le lendemain, j’ai compris
En te voyant changer d’habits
Que tu t’en allais, tu me quittais.

Tu étais danseuse du folklore
De l’Alsace au Périgord
Et tu changeais de vêtements
Comme les polkas changent d’amant.

Odile, Odile,
Tu t’en vas vers d’autres villes
Comme les cigognes qui passent.
Reviendras-tu en Alsace ?


Depuis que j’ai quitté le pays,
C’est dur de travailler ici
Dans la potasse de la vieille Alsace. 

lundi 18 juillet 2016

ERDOQUI, ERDOGOGO, ERDOGAGA, ERDOGAN

ERDOQUI, ERDOGOGO, ERDOGAGA, ERDOGAN


Version française – ERDOQUI, ERDOGOGO, ERDOGAGA, ERDOGAN Marco Valdo M.I. – 2016
Chanson allemande - Erdowie, Erdowo, Erdowahn - Dennis Kaupp - 2016

Écrite par Dennis Kaupp (1972-), auteur, acteur et réalisateur de l’émission satirique « Extra Drei » sur la chaîne allemande NDR.



Erdo le Tout Puissant





Le Boss du Bosphore
Vit sur un grand pied
Dans une résidence de mille pièces
Construite sans permis, et
Dans une réserve naturelle.
La liberté de la presse le suffoque, elle lui donne le cafard ;
Lui, il aime les foulards.

Un journaliste qui écrit
Ce qu'Erdogan n'aime pas,
Dès le matin est mis au pas,
La rédaction est fermée, elle aussi.
Erdogan ne réfléchit pas
Et passe à l'eau et au gaz dès la nuit.

Il faut être charmant
Avec le sieur Erdogan
Car il vous tient
Dans sa main
Erdoqui, erdogogo, erdogaga, Erdogan
Le temps est venu maintenant
Pour le grand empire ottoman
D'erdoqui, erdogogo, erdogaga, Erdogan

Droits égaux pour les femmes ?
Qu'on les tabasse aussi !
La police d'Istamboul a balayé une manifestation de femmes
Manu militari.
Quand le résultat électoral est mauvais
Comme il faut, il le remet.
"I like to move it, move it"
Il déteste les Kurdes comme la peste
Il les bombarde plus encore
Que ses coreligionnaires de l'État islamique.

Donnez-lui votre argent
Il vous construira une tente
Erdoqui, erdogogo, erdogaga, Erdogan
Son pays est mûr, c'est lui qui le dit
Pour entrer en Europe.
Il se fout de la démocratie
« Pouf ! », dit Erdogan
Et il cavale dans le soleil couchant.


samedi 16 juillet 2016

LE TAMBOUR, OU LE RÉGIMENT DE LA GARDE

LE TAMBOUR, OU LE RÉGIMENT DE LA GARDE

Version française – LE TAMBOUR, OU LE RÉGIMENT DE LA GARDE – Marco Valdo M.I. – 2016
Chanson allemande – Die Trommel, oder Das LeibregimentKurt Tucholsky1923






Le Tambour ou le Régiment de la Garde est une chanson ironique et même assez gaillarde, écrite par Theobald Tiger, alias Kurt Tucholsky, au début des années 20 du siècle dernier. C’est une chanson qui ressemble à une chanson de troufions, à une chanson d’hommes des casernes.



Fort bien, dit Lucien l’âne en riant, faisant ainsi trembler son poitrail et balancer ses oreilles comme les ailes d’un faucon crécerelle. Fort bien, une chanson ironique et drôle, mais à propos, Marco Valdo M.I. mon ami, la question se pose d’elle-même : « De qui se moque-t-on ? »



Ah, Lucien l’âne mon ami, j’admire ta perspicacité, car c’est bien le problème que pose au traducteur cette chanson. « De qui se moque-t-on ? ». Si tu veux bien, commençons par le commencement et posons immédiatement bien en vue la remarque du traducteur. Vois-tu, Lucien l’âne mon ami, il se pourrait que ma « traduction » soit par endroits assez « fantaisiste » à des yeux orthodoxes et il est bien possible qu’ils aient raison, car justement, ce n’est pas une traduction. Je me suis souvent expliqué à ce sujet, mais il me faut insister : Ceci n’est pas une traduction ; c’est une version française et, qui plus est, la mienne. Pour autant, ce n’est pas une adaptation, car elle entend quand même s’en tenir au sens de l’originale. Libre à chacun d’en faire une autre et aussi, de faire savoir toutes mes éventuelles erreurs et mes contresens. »
C’était la première réponse à ta question : « De qui se moque-t-on ? ». Mais, ien évidemment, il y a d’autres réponses à cette question.



Sans doute, dit Lucien l’âne, mais j’aimerais quand même savoir – comme Bernart Bartleby, me semble-t-il – ce que raconte cette chanson.



Eh bien, vous allez être servis, car c’est dans la chanson ou autoir d’elle que se trouvent les réponses.
Et pur commencer, le titre. Il est cocasse et polysémique. Décomposons : Le Tambour d’un côté – devant ; le régiment, de l’autre côté, derrière.
Question numéro un : qui est le Tambour ?
Question numéro deux : qu’est-ce qu’un Leibregiment ?



Mais, dis-le-moi donc, Marco Valdo M.I. mon ami, qui est ce Tambour ? Que fait-il dans la chanson ?



De ce Tambour qui tant t’intrigue, qu’en dit la chanson ? Ceci :



« fanfaron, marche devant l’armée entière
Un tambour, un tambour, un tambour, »


En fait, chez Tucholsky, il faut penser que ses chansons sont souvent des chansons politiques de lutte contre le militarisme et le nationalisme. Donc, c’est un Tambour politique. Et déjà dès le début des années 20, il y a en Allemagne, un énergumène qu’on surnomme le Tambour, car tel le tambour de ville, il va claironnant et tambourinant ses rodomontades et ses borborygmes et cet énergumène est Adolf Hitler.
Ensuite maintenant, le Leibregiment ? Et aussi le roi Gustav ? Là, il faut faire un petit tour historique. Un Leibregiment est littéralement un « régiment du corps » ; plus exactement, il importe de lire : un « régiment de la garde du corps ». Du corps de qui ? Mais du roi Gustav, plus tard, du duc ce Bavière ou du roi de Bavière Louis II. C’est-à-dire un régiment affecté à la personne du souverain ; il est généralement composé de 20 ou 30 hommes. À Rome, il y avait les prétoriens ; pour Napoléon, ce fut la Garde impériale, la Garde (celle qui se meurt et ne se rend pas) ou la Vieille Garde.


Oui, tout cela est bien beau, mais qu’en est-il du Leibregiment du roi Gustav ?, relance Lucien l’âne.

Pour ce qui est du roi Gustav, l’explication – à mon sens – est double. En premier, il s’agit d’une évocation de la création par Gustav Vasa, roi de Suède, d’une Livgarde ; on était en 1520. C’était une garde du corps composée de 16 hommes venus du Darlana ou Darlicarlie, région du centre de la Suède. La Livgarde est probablement passée en Allemagne lors de la Guerre de Trente ans, un siècle plus tard et prit alors le nom de Leibregiment. Mais il faut aussi voir l’actualité allemande au moment où Tucholsky écrit cette chanson. On est en 1923. C’est l ’année du putsch de la brasserie à Lunich, qui conduit Hitler, alias le Tambour fanfaron, en prison et c’est aussi l’année où Gustav Stresemann occupe le poste de chancelier.


Jusqu’ici, dit Lucien l’âne d’un air un peu circonspect, je ne distingue pas vraiment le comique de cette chanson.


Tu as raison, Lucien l’âne mon ami, j’y viens. On a d’abord ce Tambour fanfaron qui marche devant tout un cortège de drapeaux et d’hommes en armes – ce sont les S.A. ; ensuite, il y a la cantinière qui couche avec tout le monde sur le tambour ; et vient le capitaine (Röhm, Erhardt ?), jaloux de la cantinière, bourré et au ventre comme un tambour et tout ce joyeux monde, une bande de gamins pas sérieux, se dispute, se bagarre dans le tambour. Finalement, le mieux est de lire la chanson.


C’est ce que je vais m’empresser de faire, Marco Valdo M.I. mon ami, et puis, nous reprendrons notre tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde plein de régiments, de capitaines bourrés, de cantinières et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien l’âne.









Celui qui autrefois fit
Dans son froc face à l’ennemi
Mérite son surnom de Gustave le constipé.
Les soldats ont fait et donné
Gratuitement tout pour le prince.
Ont défilé avec les fusils et les drapeaux bariolés,
Mais fanfaron, devant l’armée entière, marche
Un tambour, un tambour, un tambour,
Rabadaboum, rabadoboum, rabadabour,
Du régiment de la Garde,
Du régiment de la Garde,
Qui porte le nom du Roi Gustave.

Le brave fantassin ne porte rien,
Car pour ça, il a sa voiture
Derrière le bourrin,
Dans la colonne
Marche la cantinière.
Elle connaît toute la troupe du régiment,
Car elle a connu chacun personnellement
Sur le tambour, sur le tambour, sur le tambour,
Rabadaboum, rabadoboum, rabadebour,
Du régiment de la Garde,
Du régiment de la Garde,
Qui porte le nom du Roi Gustave.





Le capitaine, un gros bouffi,
Reste volontiers jusqu’à midi au lit.
Mais seul, à contrecœur,
Et plein de vin et de lie,
Il est de mauvaise humeur.
Avec des yeux vitreux, il nous conduit
Mais en dedans, il est complètement cuit
Et promène son gros ventre comme un tambour,
Rabadaboum, rabadoboum, rabadibour,
Du régiment de la Garde,
Du régiment de la Garde,
Qui porte le nom du Roi Gustave.

Et ce cauchemar a une fin :
Au ciel, en morceaux découpés,
Les fantassins
Seront mis à griller
Très profondément empalés !
Le diable n’est pas un mauvais bougre,
Il a mis à rôtir ensemble la fille et le capitaine
Dans le tambour, dans le tambour, dans le tambour,
Rabadaboum, rabadoboum, rabadobour,
Du régiment de la Garde,
Du régiment de la Garde,
Qui porte le nom du Roi Gustave.

Meurt même un général.
Le tambour repose à l’arsenal.
Dans sa housse.
Pour les rats,
Comme avant, la vie continuera.

Car ils mangent et aiment et boivent,
Font les cons et se querellent et se bagarrent
Dans le tambour, dans le tambour, dans le tambour,
Rabadaboum, rabadoboum, rabadubour,
Du régiment de la Garde,
Du régiment de la Garde,
Qui porte le nom du Roi Gustave.