dimanche 16 août 2015

NOËL

NOËL


Version française – NOËL – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson allemande – WeihnachtenKurt Tucholsky1918

Texte de Kurt Tucholsky, publié sous le nom de Kaspar Hauser (un de ses pseudonymes) sur Die Weltbühne du 19 décembre 1918
Musi
que de Hanns Eisler
Interpr
étée par Ernst Busch in “Ernst Busch Singt Tucholsky Und Brecht – Deutsches Miserere »




Kurt Tucholsky


Eh bien, il nous fallait vraiment une chanson de Noël !

Sauf que celle de Tucholsky - écrite en décembre de 1918, à peine plus d'un mois après la fin de la Grande Guerre, dont l'Empire était sorti abîmé par la faute des « idées spartakistes et des socialistes qui empoisonnaient l'armée allemande », comme le dit le grand général Ludendorff, et en plein dans la rébellion socialiste qui de là à peu serait écrasée dans le sang – ce n'est pas vraiment une chansonnette rassurante…


Ah, Lucien l'âne mon ami, tu connais assez Tucholsky pour savoir qui il était et quel talent et quel tempérament l'animaient. C'était un homme qui savait faire deux choses : penser et écrire… dans cet ordre. Entre les deux, il était journaliste. Enfin, il y aurait beaucoup de choses à dire de ce mot de « journaliste » et de ce qu'il recouvre. Mais peut-être n'est-ce pas le lieu, ni l’heure…


Moi, je trouve plutôt que si. Je suis terriblement intéressé à ce que toi, précisément, tu pourrais en dire. Car, si je ne me trompe, il fut un temps où tout comme Tucholsky et d’autres, tu exerças cette noble profession. J'en ai encore des échos aujourd'hui.


Bon, pour te faire plaisir et comme tu m'y pousses en quelque sorte, je m'en vais dire quelques mots de ce métier. Il est clair que derrière cette « étiquette » de « journaliste », on trouve mille et une figures. Cela va de l'honnête correspondant local qui relate les faits divers et les événements au chroniqueur sportif qui commente les actualités, sans oublier les « grands reporters ». Mais, ici on parle d'autre chose. À un moment donné, le journaliste – à force de relater des faits finit par quand même énoncer des éléments de la réalité et contraint par la logique des choses, il se retrouve à prendre parti. Dans le domaine sportif, tant qu'on reste au niveau interne de la compétition (et encore…), on reste à un niveau superficiel, on ne touche pas au réel. Mais si – et ce fut le cas de Tucholsky et bien d'autres – on relate la société et ses mécanismes, on se retrouve à devoir révéler ce qui ne peut l'être, mais aussi à expliquer ce qui est et pour ce faire – c'est pure question de correction intellectuelle – appeler un chat un chat et par exemple, l'Empereur un dictateur, le patron un exploiteur… Arrivé à ce point, tout va dépendre du journal et de sa direction. Tucholsky à la Weltbühne avait toute liberté d'écrire ; c'était aussi un « petit » journal – tirage 15.000 exemplaires et ce n'était pas un quotidien. Il rassemblait aussi une belle et incroyable série de journalistes- écrivains… Mettons – présents dans les CCG : Kurt Tucholsky et ses hétéronymes : Paulus Bünzly, Kaspar Hauser, Theobald Körner, Peter Panter, Theobald Tiger, Ignaz Wrobel ; Ernst Toller ; Erich Mühsam ; Walter Mehring ; Else Laksker-Schüler ; Klabund ; Erich Kästner et d'autres encore sans doute. C'était un endroit exceptionnel mais et c'est important, ce n'était pas là un hasard, car le propriétaire-fondateur du journal – Siegfried Jacobsohn – était lui aussi un personnage et un journaliste de haut vol. Et puis, c'est pas que je veux faire une conférence, mais je voudrais ajouter encore quelques remarques.


Oh, mais n'hésite pas, je suis tout ouïe, dit l'âne Lucien en agitant ses oreilles comme des pavillons de marine par grand vent.


Prenons la question sous un autre angle. Toi, Lucien l'âne mon ami, tu me dirais bien pourquoi alors que je n'ai été « journaliste » que deux ou trois ans, il y a maintenant fort longtemps et que depuis j'ai fait mille autres choses, on continue à m'en attribuer le « titre ». Il y a là une sorte de mystère, une aura qui entoure la profession… Moi, je dis que – regarde la liste des ceusses de la Weltbühne – ce qui à mes yeux les caractérise, c'est que ce sont des journalistes si l'on veut, mais surtout des écrivains, des poètes, des intellectuels et des gens personnellement engagés dans la Guerre de Cent Mille Ans et du côté des pauvres, bien évidemment. Si je devais indiquer un équivalent en Italie, je citerais Giustizia e Libertà. En fait, cette question du journalisme est trouble ; ou bien, on regarde les entreprises de presse, les médias et on s'aperçoit que dans leur immense majorité, ils font le jeu du système – quel qu'il soit. En somme, leur devise est « bizzness as usual », comme on dit par chez nous et fondamentalement, ils fonctionnent avec une autre devise assez répandue chez nous : « Moi, je ne veux rien dire, je suis en commerce » et leurs « journalistes » suivent la politique de l'entreprise. Généralement, il faut dire les choses convenues de manière convenue. Ce n'était pas le cas de Tucholsky. Qui, en plus, s'exprimait sous forme de poèmes trempés dans l'acide ironique. Regarde son Weinachten, publié à peine un mois après l'armistice de 1918, disons aussi de la capitulation allemande de 1918, il ne devait pas plaire à tout le monde, ce sapin qui chante dans les ruines de l'Allemagne et demande :
« À qui doit-on tout le malheur ?
Qui nous a jetés ainsi dans le sang et les douleurs ?
Nous
les Allemands à la patience d'agneau ?. »


Oui, j'imagine assez. Allons, reprenons notre tâche et à notre tour et sans relâche, tissons le linceul de ce vieux monde écrasé par l'industrie de l'information, décervelé, abêti et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Ainsi me voilà maintenant devant les débris allemands
Et moi, je me chante mon chant de Noël doucement.
Je ne me sens plus concerné,
Par ce qui arrive dans le monde entier.
C'est l'affaire des autres. Nous plus rien.
Moi, je ronfle tranquille, je le remarque à peine,
Comme aux jours de ma jeunesse :
Ô mon beau sapin !

Si j'étais le père Fouettard à Noël
Et que j'arrivais dans ce bordel
– les Allemands n'apprennent jamais rien –
Dieu sait !, je ferais demi-tour tout de suite.
Le dernier grain de pain tire à sa fin.
La rue gronde. Ils s'excitent.
Je les accrocherais volontiers dans tes branches,
Ô mon beau sapin !

Couvert de bougies grésillantes, je déclare bien haut :
À qui doit-on tout le malheur ?
Qui nous a jetés ainsi dans le sang et les douleurs ?
Nous les Allemands à la patience d'agneau ?
Eux ne souffrent pas. Eux sagement attendent.
Je rêve mon vieux rêve :
Frappe, peuple, la morgue de caste, abats-la !
Ne crois jamais, jamais plus ces gars !
Alors chante les chants de Noël, sans trêve :
Ô mon beau sapin !
Ô mon beau sapin !


vendredi 14 août 2015

MORTS BLANCHES SUR HORIZONS NOIRS

MORTS BLANCHES SUR HORIZONS NOIRS (AUX MORTS AU TRAVAIL)



Version française – MORTS BLANCHES SUR HORIZONS NOIRS (AUX MORTS AU TRAVAIL) – Marco Valdo M.I. – 2015





Vous, morts blanches sur des horizons noirs,
Destins promis à votre enterrement...




IL MEURT DANS LES CHAMPS, ON LE TRANSPORTE À LA MAISON POUR MASQUER L'ACCIDENT

d'Erica Di Blasi et de Jacopo Ricca de la Repubblica du 13 août 2015

C'est arrivé à Carmagnola, dans le Turinois : la victime est un journalier roumain qui était payé au noir. Le procureur d'Asti ouvre une enquête.





Il arrive encore de mourir au travail, sans être en règle. Et pas seulement au sud, même au Piémont. C'est arrivé cet été à Carmagnola, célèbre pour sa Fête du poivron. Et c'est précisément ce que ramassait le 17 juillet un journalier roumain. Il s'appelait Ioan Puscasu, il avait 46 ans. Ensemble avec son frère, il travaillait depuis quatre ans dans une exploitation agricole via Pret. On l'a vu ressentir une forte douleur à la poitrine et ensuite, s'effondrer à terre. Cependant, avant d'appeler l'ambulance, il a été déplacé par ses camarades en toute hâte, peut- être sur indication du propriétaire, dans l'habitation près de la ferme utilisée pour se reposer durant la pause du déjeuner. Sur l’entrefaite, sont arrivés les enquêteurs du Spresal et les carabiniers de Moncalieri. Hier, a été envoyé au Procureur à Asti un rapport détaillé sur ce qui s'était produit ce jour. Ce que les investigateurs veulent vérifier c'est si l'étranger a été porté où il vivait pour l'étendre, et donc en une naïve forme de courtoisie, ou par contre, s'il a été enlevé du poste de travail pour éviter que la vérité ne fasse surface. Le fait est que lorsque l'ambulance du 118 est arrivée à la ferme, le Roumain était déjà mort, selon quelques témoins, depuis environ une heure et demie. Son frère qui a été vite informé par des « collègues » est en larmes. Il travaille aussi au noir dans la même exploitation agricole. Et des contrôles effectués suite à la mort du journalier, il est apparu que c'est la pratique de cette entreprise d'employer des étrangers sans contrat ni quelque forme de protection. Il n'est pas exclu que le Roumain se soit senti mal, victime d'un coup de chaleur. Lorsque il s'est effondré, il ramassait des légumes dans une serre où la température, en soi déjà élevée, était rendue encore plus insupportable par la chaleur étouffante de ces jours. Et où en somme, il était impossible de travailler plusieurs heures de suite.
Le propriétaire de l'exploitation agricole aurait ensuite payé l'enterrement de l'homme et le transfert du corps et de la famille en Roumanie. « Mais tout ceci ne suffit pas - rétorque Denis Vair, secrétaire provincial des Flai Cgil - on ne peut pas continuer ainsi. Des épisodes comme celui-ci lèvent le voile sur une question qu'on ne veut pas poser : même en Piémont, il y a le caporalat (intermédiation illicite et exploitation du travail). Le moment est venu de dire halte au travail au noir ». Dans quelques semaines, il y aura la Fête du poivron. « et les nombreux visiteurs qui se presseront dans les rues de Carmagnola - ajoute Vair - doivent savoir que derrière les produits, il y a des personnes qui non seulement travaillent et peinent, mais meurent même pour les ramasser et les cultiver. Depuis quelques années, le syndicat des travailleurs de l'agriculture de la Cgil mène des campagnes contre l'exploitation du travail dans les champs piémontais. Une loi régionale sur ce thème est toujours plus nécessaire ».






Morts
En grappes, à terre, précipités
D'échafaudages en sous-traitance, sous terre
Dans le ventre sans fond ensevelis
De mines affamées de profits.




Plus bas, avalés dans le rien sidéral
De listes et de statistiques, de données et de chiffres,
Tus par les langues fourchues qui s'agitent
Sur la face putréfiée de l'information.




Outragés de fausses larmes versées
Pour les mêmes assassinats qui continuent
À pisser sur vos droits niés,
Sur vos tombes oubliées.


Sur vos enfants dans la misère jetés,
Sur vos noms dans l'oubli gravés,
Vous, esclaves d'un quignon précaire,
Vies à louer du vide à perdre




Vous, morts blanches sur des horizons noirs,
Destins promis à votre enterrement,
Vous, dans cette merde de futur atypique,
Qui avez construit les grattes-ciel pour les riches.




Pour vous les voir retomber sur le dos
En même temps que des montagnes d'iniquités écroulées
En cimetières d'omerta et de mensonges
Comme un rosaire le long d'un blasphème.




À réciter la liste défigurée
D'injustices à la voix affable
Qui prient des insoutenables promesses
Sur l'abîme oublieux de la sécurité.




Vous, qui seuls avez supporté le deuil
En payant le prix d'un progrès ingrat.
Vous, armées sans honneurs ni fanfares,
Criez, bon sang ! Criez un hurlement qui réveille la raison !




Et enflamme un ciel rouge de honte,
Plus rouge que l'incendie couché
Sur les décombres éteints du soleil de l'avenir.





Vous, un drapeau arraché qui s'agite
Nu, en berne, dans le vent fatigué
De nos poings rendus.

mercredi 12 août 2015

FEU SUR LA COLLINE


FEU SUR LA COLLINE






Version française – FEU SUR LA COLLINE – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Fuoco sulla collinaIvan Graziani1979








Ivan Graziani est né hier, l'année de la Libération, et est mort le jour de l'an de 1997…
Je ne me lancerai pas dans des interprétations de cette hermétique chanson mais, selon moi, c'est une chanson contre la guerre…




Hier, j'ai rêvé d'un jardin
Là, avec moi, il y avait un homme
Il me tournait le dos
Seulement pour que je ne voie pas son visage

Je t'en prie laisse moi partir,
Je t'en prie qui que tu sois.
Comment es-tu si aveugle ?
Ne vois-tu pas le feu sur la colline…

Et le feu projette les ombres,
Elles arrivent jusqu'aux grilles,
L'écho renvoie les bruits.
N'entends-tu pas, là-haut on se bat.

Je prendrai la route du fleuve,
En une heure, je serai au pas.
Les autres ont déjà rejoint le sommet.
Nous verrons le feu sur la colline.
Et peut-être après, nous chanterons.
À gorge déployée, nous chanterons.
À seize ans, courir essoufflé est doux.

Naïf, romantique et con - il me répondit -Les feux dont tu parlesSont les phares sur le champDes tracteurs qui moissonnent.

Hier, j'ai rêvé d'un jardin
Là, avec moi, il y avait un homme
Il me tournait le dos
Seulement pour que je ne voie pas son visage.


mardi 11 août 2015

La Patrouille portant potence

La Patrouille portant potence


Chanson française – La Patrouille portant potence – Marco Valdo M.I. – 2015

ARLEQUIN AMOUREUX – 12

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l'édition française de « LES JAMBES C'EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.


Hop, hissez le rideau !
Cette cour, c'est mon berceau
Dit Matthias tout joyeux
Rentrant au logis de ses aïeux.



Donc, Lucien l'âne mon ami, nous voici encore une fois de retour auprès de l'Arlequin amoureux. C'est la douzième. Et, comme toujours avec chaque nouvelle chanson, je me repose la même question.

Et quelle question pourrait-elle être si lancinante ? Je pense qu'il devrait s'agir de ce doute qui te prend et où comme nombre de ceux qui écrivent des paroles, des musiques, qui peignent… tu t'interroges sur ce que tu es en train de faire. Est-ce que je me trompe ?

Certes pas, Lucien l'âne mon ami, au contraire, tu as mis le doigt sur ce qui me transperce, car c'est bien une question comme celle-là qui me revient à chaque fois. Je me demande si je fais assez bien, si je fais bien de faire, si je ne ferais pas mieux de ne rien faire, si cette façon de faire est bonne. Oh, je ne suis pas aussi tourmenté qu'un Gombrowicz, mais enfin, c'est bien de cet ordre-là. On est dans l'ordre de la création et non de la production. C'est en quelque sorte vital, existentiel. Et puis, en finale, je conclus en me disant que si le cerisier devait se poser de telles questions, il n'y aurait jamais de cerises et honnêtement, je vois bien ce que ce travail a d'original, comme il s'écarte des chemins fréquentés et advienne que pourra !


Moi, dit Lucien l'âne, je vais te dire, Marco Valdo M.I. mon ami, ce que j'en pense, moi qui suis ton compagnon de voyage et sans doute, ta conscience réflexive. D'abord, il te faut te persuader que tout ceci est l'expression tranquille de ta liberté, qui ne demande qu'à se déployer dans le temps et le lieu (hic et nunc) où tu résides. Où pourrait-elle te trahir ? Ensuite, et c'est assez essentiel, tu le fais pour le faire et sans véritablement d’autre intérêt que la réalisation elle-même, au jour le jour, comme va la vie elle-même. Cahin-caha ! C'est une démarche lente et créatrice et cela est bien. Pour le reste, comme tu le dis, advienne que pourra.


Tant qu'on y est à parler de ça, laisse-moi te dire, Lucien l'âne mon ami, un dernier mot. Ces séries – il y en a plusieurs – et ces centaines de versions de chansons me semblent constituer elles-mêmes une sorte de très grand récit, une épopée qu'on peut lire en la prenant par tous les bouts. Et on pourrait en dire autant des CCG, ouvrage collectif, s'il en est. Mais aussi on peut en extraire des récits singuliers ou des histoires plus grandes. J'ai par exemple repris à part, comme il arrive qu'on le fasse d'une partie d'un livre – par exemple, les 100 chansons des Histoires d'Allemagne et les deux vialatteries qui les introduisent et j'en ai fait une version digitale (http://ansdegrass.blogspot.be/) en les présentant dans l'ordre chronologique comme elles le seraient dans un livre. C'est un tout cohérent et une sorte de livre électronique. Je l'ai fait aussi pour Dachau Express et ses 24 chansons. Je devrai le faire pour le Cahier Ligné et ses 104 chansons. Et les autres… Je sais aussi que ce sont là des suites tellement démesurées qu'elles en deviennent des chansons impossibles. On pourrait certes en extraire l'une ou l'autre, mais elles seraient comme orphelines.
 


D'accord, Marco Valdo M.I. mon ami, voilà qui me paraît tout à fait bien mis au point et maintenant, dis-moi où on en est dans cette histoire d'Arlequin amoureux.


Arlequin, souviens-toi, Lucien l'âne mon ami, était après un long voyage arrivé devant chez lui, devant la ferme familiale. Au village, il a déjà appris que sa mère est morte, que sa sœur est morte et que son frère cadet Lukas est devenu le maître des lieux et est en cheville avec une matrone, qui porte au doigt la bague de la mère morte – tout un signe. Cette nouvelle chanson demande : que va-t-on faire du revenant ? C'est souvent malheureusement ainsi que se pose la question du retour du soldat et pire encore, du déserteur. Moment crucial que l'entrée dans la maison. Il va se jouer un drame terrible entre 4 personnages : Mattias-Matysek, notre Arlequin de retour ; Lukas, son frère cadet ; Rosalie la matrone, la fiancée de Lukas et Barbora, sa fille. En fait, il y en a même un cinquième : Arlecchina, qui ne s'adresse qu'à l'Arlecchino. C'est un drame, car Matthias découvre très vite qu'il n'est pas le bienvenu, qu'on le suspecte de vouloir reprendre la ferme, qu'il est ou sera dénoncé par son frère et qu'il ne lui reste qu'à reprendre son errance – après l'hiver, lui concède-t-on, on attendra bien jusque là. Comme il est dit : Rosalie veut sa maison… la bague de la mère morte en témoigne. On retrouve ici l'effrayant instinct maladif de propriété, ce goût avide de la richesse, même médiocre, même minuscule.

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, des histoires atroces circulent depuis longtemps qui racontent ces sordides manœuvres engendrées par la possession de la possession. C'est une des sources de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches, les possédants et les aspirants à la richesse (aussi médiocre, aussi petite soit-elle) – mènent contre les pauvres pour maintenir leur pouvoir, assurer leur propriété et leurs privilèges, étendre leurs possessions. Alors, il nous faut plus encore reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde propriétaire, possesseur, avide et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Hop, hissez le rideau !
Cette cour, c'est mon berceau
Dit Matthias tout joyeux
Rentrant au logis de ses aïeux.

Qui donc es-tu toi ?
Je suis la fille, on me nomme Barbora.
Que fais-tu là, Barbora ?
J'égerme les pommes de terre, comme tu vois.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Matysek entre dans la maison.
Qui est celle-là ? La mère du laideron.
Jeune, elle avait taille fine et pied léger
Elle avait épousé le savetier, à présent décédé.

Resterait-il la nuit, allait-on le loger ?
Nous sommes frères, Matysek, dit Lukas.
Coucher ici ou filer après le repas ?
Rien ne presse, il n'est pas temps de s'en aller.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Au matin, le coq s'égosille
Les mouches bourdonnent, le pigeon s'envole.
Eh, pollo, tu t'enracines, tu es toujours là.
Allez vous rhabiller, madreperla.

Arlecchino, où est ta raison ?
Je ne bouge plus d'ici, Arlecchina.
Mais, pollo, Rosalie, la fiancée de Lukas
Veut obstinément sa maison.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Matysek, j'ai parlé au curé.
Matthias, j'ai tout dit au bailli.
Matthias, il faut t'en aller.
Ou bientôt, tu seras repris.

Nous sommes frères, dit Lukas, écoute-moi bien.
On me l'a dit, Matysek, en confidence.
Après l'hiver, le printemps vient
Et pour le déserteur, la patrouille portant potence.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.


dimanche 9 août 2015

VIVRE SA VIE

VIVRE SA VIE



Version française – VIVRE SA VIE – Marco Valdo MI .I. – 2015
Chanson italienne – Vivere la vitaAlessandro Mannarino2011





Et maintenant, on vit…
Car on n'a rien de mieux à faire
Jusqu'à ce que mort s'ensuive.







Lucien l'âne mon ami, voici une chanson… La version française d'une chanson italienne.


Pourquoi me dis-tu ça, Marco Valdo M.I. mon ami ? Depuis le temps que tu me fais connaître tes « versions françaises ou versions en langue française » de chansons et autres textes tirés de diverses langues...


Certes, mais c’est que je voudrais préciser certaine chose. Si j'utilise le mot version de préférence au mot traduction, c'est pour indiquer que je n'entends pas faire de la traduction, qui – à mes yeux – est une affaire d'experts patentés et suppose des compétences que je n'ai pas. Une version… est une interprétation, une sorte d'adaptation, de recréation dans une autre langue d'un texte quelconque, ici de la chanson originelle. Bref, la version n'est pas la reproduction à l'identique, tout en donnant une assez bonne idée de ce que dit le texte d'origine. Voilà pour le principe. Maintenant, en ce qui concerne la chanson de Mannarino, je vais montrer dans ce cas précis, en quoi consiste le travail de réécriture. En bref, le texte italien se présente comme une interpellation d'une personne tierce par l'auteur, un peu comme un adulte s'adresserait à un enfant. Le tout me donnait une forte sensation de paternalisme qui me gênait et qui, pour moi, détruisait tout le contenu intéressant de la chanson. Alors, chemin faisant, petit à petit, comme un sculpteur taille doucement la forme, j'ai introduit une dimension plus collective et au lieu d'adresser ces reproches (jusqu'à dire « Crétin ») à quelqu'un en particulier, je les ai répercutés à tous, à tous ceux qui écoutent, mais aussi à celui qui chante et bien évidemment, à celui qui a établi la version en langue française. Pour le reste, rien de changé… Juste un petit réglage… Une petite adaptation. C'est ce qui revient de droit à l'auteur de la version. Et ce n'est pas négociable…

Et concrètement, comment ça se marque dans le texte ? Donne-moi quelques exemples…

Oh, c'est facile. Au troisième vers, par exemple. Le texte italien dit : «  Sei partito da un piccolo porto », ce qui se traduit généralement par : « Tu es parti... ». La version française dit : « On est parti... », qu'il faut comprendre comme « Chacun est parti... ». Et ainsi de suite, le « on » englobe tout et tous, y compris le « crétins », du coup mis au pluriel. Cela dit, je précise maintenant que ce glissement de la deuxième personne du singulier « tu, te... » (en italien) vers le « on » en français, je l'opère souvent…


Autant le savoir, dit Lucien l'âne en riant. Cela dit, c'est une bien intéressante chanson. Quant à nous, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde énorme, terrible, amusant et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





Vivre sa vie est une chose vraiment énorme ;
On a le monde entier entre le berceau et la fosse.
On est parti d'un petit port
Avec une soif abondante et un biberon réduit
Et maintenant, on vit…
Car on n'a rien de mieux à faire
Jusqu'à ce que mort s'ensuive.
La vie est une grande biture.
Quand on boit, alors tout tourne autour de soi
Et on rencontre un tas de personnes.
Quand on passe, on ne le sait pas ;
Il ne faut pas avoir peur, un autre se souviendra.
Mais la question est… Pourquoi ?
Car on lui a offert quelque chose
Ou bien car on n'a pas remboursé une dette…?
Il n'y a rien de pire que le talent déprécié,
Il n'y a rien de plus triste qu'un père qui n'a pas aimé.

Vivre sa vie, c'est comme une grande farandole.
Parfois on est en haut, parfois on dégringole.
Et puis, on a la peur au ventre.
La nuit, on n'est pas en forme ;
Au matin, on se relève sur ses jambes
Et on est l'homme plus fort du monde.
Elle se maquille fort pour cacher une douleur
Lui enfile ses doigts dans son gosier… pour voir s'il a un cœur.
Et puis, l'amour a fait ce que n'avait pas fait la société,
Regardez-les qui marchent maintenant légers.


On peut changer de chemise, si on en a envie
Et en confiance, on peut changer de chaussures.
Si on a des chaussures neuves, on peut changer de route
Et changeant de route, on peut changer d'idées
Et avec les idées, on peut changer le monde,
Mais le monde ne change pas aisément.
Alors la vraie révolution sera de se changer soi-même, évidemment.
Sur un petit bateau de journal : défier les ondes de la radio-télévision,
Le long de la nationale : frapper du poing un exploiteur,
Dans son studio : écrire une chanson.
À la guerre dans le désert : déserter.
Maintenant sur le lit, on ne veut plus se lever
Et on se lamente des gouvernements et de la crise générale.


Puis-je dire une chose qu'on dit aux enfants ?
Sortons de chez nous ! Sourions ! Respirons fortement !
Crétins. Soyons vivants !