lundi 20 octobre 2014

SERGENT BRAILLARD

SERGENT BRAILLARD

Version française – SERGENT BRAILLARD – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson allemande - Sergeant Waurich – Erich Kästner – 1930
aus: "Was nicht in Euren Lesebüchern steht"   von und mit Holger Münzer
Texte: 1930 Sergeant Waurich (Laerm im Spiegel)
Musique : Hans Eisler – 1966
Adaptation: Holger Münzer (1972) Interprétation: Holger Münzer (1976)





« Si tu avais mon revolver maintenant -
Tu me tirerais dessus, là tout de suite, ici ? »
J'ai dit : « Oui » !









Ah, Lucien l'âne mon ami, voici une chanson d'Erich Kästner. Comme telle, elle vient de loin… De l'an 1930. Et ce n'est pas sans intérêt de connaître la date de sa création, surtout si on la met en relation avec le titre de la canzone et certains des éléments qu'elle contient.

Écoute, Marco Valdo M.I. mon ami, une chanson d'Erich Kästner ne me laisse jamais indifférent. C'est vraiment un très grand monsieur, un vrai poète, un superbe romancier, un non moins extraordinaire chroniqueur et un journaliste comme on n'en trouve que rarement.

Mon ami Lucien l'âne, tu ne peux pas savoir combien tes propos me comblent. Tout ce que tu dis de Kästner est rigoureusement exact. Dès lors, a priori, cette canzone est d'un grand intérêt pour les Chansons contre la Guerre. Ensuite, elle raconte l'histoire d'un sergent nul, brutal, idiot, sadique ; ce qui en fait un texte anti-militariste et même, anti-militaire. Mais elle est bien plus que ça… Et là, intervient la question de la date et du grade de l'individu dénommé ici : Sergent Braillard. Je t'ai dit  : écrite en 1930. Enlève « une douzaine d'années » ; on est en 1917-18. Donc, un gars qui était sergent à cette époque. Un de ces militaires, casques d'acier… des corps francs.


Ne serait-ce pas certain gueulard moustachu ?, dit Lucien l'âne en clignant de l'oeil.


Certes, dit Marco Valdo M.I. en souriant, je vois bien que tu penses à quelqu'un d'autre, dont ce pourrait être le portrait… Mais ce « gueulard moustachu », ce « blechtrommel », ce tambour de fer blanc n'a jamais pu atteindre le grade de sergent. Il est resté caporal. De plus, il n'a jamais exercé la fonction d'instructeur militaire, même bête, même incompétent. Bref, Kästner ne l'a pas connu durant la guerre ; il ne pouvait quasiment rien prévoir en 1930 de ce qui allait faire d'un caporal minable un tyran dément de première envergure.


Cependant, son texte est prophétique, je te le dis, dit Lucien l'âne en secouant sa noire crinière. Et pour savoir combien, il suffit de le lire ou de l'écouter…
D'ailleurs, il est fort dommage qu'il n'ait pas mis en acte ce qui est dit dans la canzone :

… il m'a demandé :
« Si tu avais mon revolver maintenant -
Tu me tirerais dessus, là tout de suite, ici ? »
J'ai dit : « Oui » !
Et en effet, on aurait peut-être pu éviter bien des tribulations et des morts.


Mais ce n'est pas sûr… Regarde bien, Lucien l'âne mon ami, le personnage ici décrit par Kästner, qui ressemble tellement à ce Ratatin de malheur, à ce hâbleur, cette idole haineuse d'horribles hyènes honteuses, ce nain maléfique, ce moulin à paroles… avait été produit à des milliers d’exemplaires par la décomposition de l'Empire de Guillaume, comme un cadavre produit en masse les vers qui vont le dévorer. Le point essentiel est que, comme disait le loup à propos du mouton, si ce n'était lui, c'eût été un de ses clones. Et dès lors, l'assassiner précocement n'aurait peut-être pu éviter le désastre. Je reconnais cependant que c'est une idée plaisante. Ceci dit,le texte d e Kästner a tout d'un discours de Cassandre et montre, une fois encore, combien la poésie ouvre les horizons de la pensée.


Marco Valdo M.I. mon ami, il y aurait tant de choses encore à dire à propos de cette canzone. Mais laissons l'imagination es uns et des autres faire ses circonvolutions et reprenons notre tâche, simple mais si nécessaire et tissons le linceul de ce vieux monde imbécile, militarisé, bestialisé et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Il y a une douzaine années maintenant,
C'était notre sergent.
Nous avons appris de lui : « Présentez arme ! »
Quand l'un de nous tombait, en riant
Il crachait devant lui dans le sable.

« À genoux ! » était sa sentence préférée.
Bien deux cents fois, il l'a braillée.
Nous étions là sur la place désolée,
Où nous avons plié les genoux
Et appris la haine du même coup.

À celui qui déjà était à quatre pattes,
Il arrachait sa veste
Et hurlait : « Salopard, tu vas geler des fesses ! »
Puis, il s'en allait. On fait encore
Des soldes de jeunesse.

Il m'a jeté par amusement sur le sable
Ensuite, il m'a demandé :
« Si tu avais mon revolver maintenant -
Tu me tirerais dessus, là tout de suite, ici ? »
J'ai dit : « Oui » !

Celui qui l'a connu, ne l'oubliera jamais.
On se le garde au frais !
C'est un animal. Il vomit et il braille.
On appelle le sergent Braillard : « le bétail »,
Comme ça, tout le monde le reconnaît.


L'homme m'a retourné le foie.
Lui, ça ne le touche pas.
Il provoque et fait mal et martèle à haute voix.
Et quand avant de dormir, commence à poindre la nuit,
Alors, je pense à lui.

vendredi 17 octobre 2014

NOTRE MARCHE EST UNE BONNE CHOSE


NOTRE MARCHE EST UNE BONNE 

CHOSE


Version française – NOTRE MARCHE EST UNE BONNE CHOSE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson allemande – Unser Marsch ist eine gute SacheDieter Süverkrüp1964
Paroles et musique : Hannes Stütz
Arrang
ement musical : Dieter Süverkrüp
I
nterprétation : Fasia Jansen, Ingrid & Dieter Süverkrüp eHannes Stütz.



Nous marchons pour le monde
Débarrassé des armes














Imagine, Lucien l'âne mon ami, que cette chanson date de cinquante ans, d'un demi-siècle…


Oui, j'imagine fort bien. Mais je connais bien d'autres chansons qui datent depuis bien plus longtemps encore ; certaines depuis des centaines d'années et plus. Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, je me demande ce que tu as derrière la tête en évoquant ce demi-siècle…


Plusieurs choses, en effet. Particulièrement, quoi que tu en dises, la durée écoulée. Certes, cinquante ans pour une chanson, ce n'est rien ou peu de choses, mais à l'échelle d'une vie d'homme, c'est beaucoup. Et cette chanson est une chanson de marche civile avec une forte charge politique pacifiste et porteuse d'un projet que d'aucuns jugeront utopiste, un monde sans armes, un monde meilleur, le meilleur des mondes. Ni l'est, ni l'ouest, contre la politique des blocs antagonistes (et surarmés)… Il s'agit de conjurer la troisième guerre mondiale en gestation… Donc, cinquante ans, c'est long… Mais les choses ont-elles réellement changé ?


Si on considère la canzone et le mouvement qui la portait, on peut répondre par l'affirmative. Ces grands mouvements pacifistes et porteurs d'idées révolutionnaires ont disparu ; où sont-ils allés, je n'en sais rien. Vont-ils revenir, je le sais encore moins.


Une autre raison, c'est que ces mouvements étaient fondamentalement généreux et ouverts sur le monde, ils portaient le message de l'humaine nation… Aujourd'hui, les grandes manifestations - en France, par exemple – dans le meilleur des cas, portent sur des thèmes restreints, catégoriels et certaines sont franchement réactionnaires…


Oui, dit Lucien l'âne en raclant le sol d'un petit sabot noir et nerveux. Elles m'irritent et on sent derrière ces tristes défilés de bigotes et pères la pudeur la main du Vatican et une sorte de racornissement du monde. Quant à nous, Marco Valdo M.I. mon ami, reprenons notre tâche un instant interrompue et tissons le suaire de ce monde en réaction, répressif, méprisant, méprisable et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Notre marche est une bonne chose
Car elle avance pour une bonne cause –
Nous ne marchons pas par haine ou pour nous venger
Nous ne conquérons pas de territoire étranger !
Nos mains sont vides
La raison est notre arme
Et les gens comprennent notre langue !

Marchons-nous contre l'est ?
Non !
Marchons-nous contre l'ouest ?
Non !
Nous marchons pour le monde
Débarrassé des armes
Pour nous, c'est le meilleur des mondes !

Nous n'avons pas besoin de général
Pas de bunker, pas de quartier général –
L'enseignant devient maréchal
Les mères, officiers au grand cœur !
L'assembleur et le coiffeur
L'étudiant qui travaille
Et les peintres – tous vous appellent !

Marchons-nous contre l'est ?
Non !
Marchons-nous contre l'ouest ?
Non !
Nous marchons pour le monde
Débarrassé des armes
Pour nous, c'est le meilleur des mondes !

Toi peuple allemand, tu as marché
Souvent pour des motifs frelatés
À la fin, il restait des gravats –
Sais-tu aujourd'hui, où on te mène ?
Prends ton destin à bras,
Ne mets pas ta tête dans le sable
Et ne te laisse plus séduire !

Marchons-nous contre l'est ?
Non !
Marchons-nous contre l'ouest ?
Non !
Nous marchons pour le monde
Débarrassé des armes
Pour nous, c'est le meilleur des mondes !

jeudi 16 octobre 2014

Le Joueur De Pipeau

Le Joueur De Pipeau

Chanson française – Hugues Aufray – 1966
https://www.youtube.com/watch?v=s_bvblMl23w



Les petits enfants en chemise de nuit
Cherchèrent le vent et le pipeau dans la nuit



Voici donc la chanson dont je t'avais parlé à propos du Charmeur de Rats [[48281]] . Elle est plus accessible, notamment par les enfants et d'ailleurs, elle est illustrée ici par un dessin animé. Mais, elle n'a pas du tout la portée de la version allemande. Elle irait même à l'encontre de celle-ci.


Que veux-tu dire ?, Marco Valdo M.I. mon ami. Elle dirait donc blanc où la version d'Hannes Wader
dirait noir, ou rouge, ou bleu… Que sais-je ? Une autre tonalité, une autre couleur ? Un autre sens…


Exactement. Ce Joueur de Pipeau, je te le dis tout de suite, est très conforme à la version traditionnelle. Le vagabond est définitivement le méchant, il va tuer les enfants pour se venger. C'est le message que la bonne société, celle qui se voit comme la bonne société, la société des bonnes gens, ces gens de quelque part, de ces gens atteints de respectabilité et d'une inguérissable avidité qui remettent toujours sur d'autres leurs propres turpitudes… On voit bien où mène cette condamnation de l'étranger, de celui venu d'ailleurs, de celui qui n'a pas pignon sur rue…


Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, ne m'en dis pas plus, je vois très bien de quoi il retourne. Reprenons notre tâche qui n'est certes pas de jouer du pipeau ou de dératiser les villes, mais bien de tisser le linceul de ce vieux monde respectable, conscient de sa haute valeur, considérable et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Un étranger est arrivé un beau soir
De son pipeau, il tirait des sons bizarres
Ses cheveux longs
Lui donnaient l'air d'un vagabond

En ce temps-là
La ville était envahie
Par tous les rats
Venant du fond du pays
Privés de pain
Les habitants mouraient de faim

Le musicien leur dit
"Si vous le voulez,
Je peux sur l'heure
Du fléau vous délivrer"
Pour mille écus
Le marché fût bientôt conclu

Devant l'église, il joua de son pipeau
Comme le berger qui rassemble son troupeau
Et de partout, les rats sortirent de leur trou

Et tous ces rats qui le suivaient dans la rue,
Chemin faisant, ils étaient cent mille et plus
Ils arrivèrent à la rivière
Et s'y noyèrent

"C'est un sorcier !" s'écrièrent les bourgeois
Et déjà chacun le désignait du doigt
À coups de pierres
Et sans parjures, ils le chassèrent

Tout le village dormait paisiblement
Lorsque soudain, on entendit dans le vent
Un doux refrain
Que les enfants connaissaient bien..

Les petits enfants en chemise de nuit
Cherchèrent le vent et le pipeau dans la nuit
Ils arrivèrent à la rivière
Et s'y noyèrent.


mercredi 15 octobre 2014

LE CHARMEUR DE RATS


LE CHARMEUR DE RATS

Version française – LE CHARMEUR DE RATS – Marco Valdo M.I. – 2016 (nouvelle version)
Chanson allemande – Der RattenfängerHannes Wader1974

Paroles et musique de Hannes Wader


Jusqu’à ce que toute la vermine couinante me suive dans la Weser

Le joueur de flûte de Hamelin, chanté par Hannes Wader, libère la ville des rats en échange de la simple promesse d’être rétribué. Cependant, quand, le travail fait, il se présente pour encaisser son dû, les autorités de la ville non seulement refusent de l payer et le raillent, mais ils le font massacrer et dévorer par des chiens, ignorant que le joueur de flûte – figure semblable au « Juif errant » – est une créature surnaturelle, un immortel.

Celui-ci en effet revient bientôt en ville, le dimanche, quand tous les adultes, faux et hypocrites, sont à la messe et seuls les enfants sont restés à la maison. Le joueur de flûte les rassemble au son de sa flûte et leur chante son malheur, si bien que les gamins décident de l’aider à obtenir justice contre leurs pères. La réaction ne se fait pas attendre : les parents, mis au pilori, n’hésitent pas à frapper leurs propres enfants et, en réponse à leur détermination et à leur résistance, ils en arrivent à les emprisonner, à les faire disparaître, en les chassant de la ville, cherchant ensuite à faire endosser la faute au joueur de flûte.
Mais les enfants de Hamelin ne sont pas morts ; au contraire, ils se sont répandus dans le monde entier et continuent à lutter contre la terreur, les mensonges et la violence infligés par le Pouvoir.


Dialogue maïeutique

Connais-tu toi aussi, Lucien l’âne mon ami, cette histoire des enfants d’Hamelin, qui fut contée par les frères Grimm, reprise sous diverses formes par bien d’autres et par exemple, dans la chanson française, par Hugues Aufray, auteur et interprète d’un « Joueur de Pipeau », auquel nous reviendrons un de ces quatre.

Et comment donc que je la connais cette légende, Marco Valdo M.I. mon ami. Et depuis très longtemps, crois-moi et même bien avant qu’elle soit écrite par Goethe, les frères Grimm, Mérimée et sans doute, d’autres encore. Car cette histoire courait d’oreille en oreille, elle allait sur les routes et traversait le monde. À tel point que je l’avais entendue dans ma jeunesse quand j’étais encore en Grèce chez les Atrides. En ce temps-là, les rats étaient des sortes de guêpes, de grosses mouches qui mordaient, piquaient et poursuivaient sans relâche les habitants d’Argos, depuis l’assassinat d’Agamemnon. Elles ne me gênaient pas trop, car comme tu le sais, les ânes ont la peau dure, un poil dru et une queue solide et agile, qui frappe sans erreur les bestioles importunes. Et j’ai de mes yeux vu les Érinyes quitter la ville à la suite d’Oreste, le rédempteur.

Hou la, tu vises haut, Lucien l’âne mon ami, et tu ferais ainsi remonter cette histoire de charmeur de rats aux Érinyes, qui si j’ai bonne mémoire étaient en effet elles aussi de sales bêtes…

Certes, mais par la volonté d’Athéna, elles se muèrent sur le tard en Euménides, écoute bien ça, chargées de faire régner la justice… Mais le mythe du rédempteur va resurgir sous diverses formes et pour ce qui nous intéresse ici, sous la forme du Charmeur de rats d’Hamelin, dont il me paraît que la chanson raconte parfaitement l’histoire. Quant à cette mutation des Érinyes en Euménides, gardiennes de la justice, on en retrouve la marque dans la légende allemande d’Hamelin dans le passage de rats en enfants, qui entourent le « rédempteur » afin que justice se fasse et puis, qui s’en allèrent en exil, installant ce souci partout dans le monde au travers de la diaspora qui s’ensuivit. Je laisse à ta sagacité le soin d’établir le lien de cette légende avec la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin de perpétuer leur exploitation, d’étendre leur emprise, d’assurer leur pouvoir et d’imposer leur domination. Quant au reste, il nous faut reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde endormi, vasouillard, mielleux, sournois, violent et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Presque tout le monde sait ce qui s’est passé à Hamelin, il y a mille et une années,
Comment des rats ont mangé tout ce qui n’était pas en fer ou en bois.
Après un long voyage, j’étais arrivé comme musicien en ville, ce matin-là
Et au marché, j’ai entendu les hérauts crier,
Celui qui libèrera – avec l’aide de dieu ou tout seul – la ville des rats,
À la municipalité, cent thalers d’or sont prêts pour celui-là.

J’ai pris mon sac, ma flûte et ma lyre et je me suis présenté au Conseil.
On m’eut à peine vu qu’on refermait la porte
Et j’entendis les messieurs dire qu’un homme d’une drôle de sorte,
Dépenaillé, puant, en haillons bariolés, avec un anneau dans l’oreille.
Cet homme dit aux messieurs qu’il venait de loin et même au-delà,
Et qu’il offrait son aide, car il est charmeur de rats.

J’attendis longtemps, puis au travers de la porte fermée, j’entendis une voix :
« Détruis les rats et tu obtiendras les thalers promis pour cela ! »
Et je partis dans la nuit et sur un seul ton de la flûte, j’ai joué –
Si haut que seuls les rats l’entendaient, et aucun ne put s’échapper,
Jusqu’à ce que toute la vermine couinante me suive dans la Weser
Et au matin, dans le courant dérivaient cent mille cadavres vers la mer.

Quand les citoyens d’Hamelin ont vu les rats dans la Weser,
Ils ont dansé dans les rues, aucun n’a même pensé à moi.
Et moi, j’allai à nouveau devant l’hôtel de ville et j’exigeai mon salaire.
Cette fois encore, j’ai trouvé porte de bois.
En se moquant, ils disaient que seul le diable pouvait avoir guidé mon bras,
Ce pourquoi il était juste que je touche de lui mes cent thalers.

J’ai attendu heure après heure ; jusqu’au soir, je suis resté,
Les édiles assis à l’intérieur ne se sont pas montrés.
Avec la nuit, des types armés, une douzaine ou plus, sont arrivés ;
Ils me frappèrent de leurs piques et hors de la ville, me poussèrent à coups de pieds,
Lançant leurs chiens sur moi et ces bêtes féroces ne m’ont pas épargné,
M’ont mordu et sur mon visage ensanglanté, ont pissé.
Au clair de lune, j’ai rapetassé mes chiffons, lavé mes blessures dans le courant
Et j’ai pleuré ma faiblesse et ma rage, jusqu’à ce que la nuit me ferme les yeux.
Puis, je suis retourné en ville et j’ai mis en œuvre mon plan.
C’était dimanche, les citadins se rendaient à l’office religieux ;
Ainsi, les enfants restaient seuls en attendant
Et j’espérais qu’ils se montreraient plus justes que leurs parents.

J’avais couvert mon visage déchiqueté d’un masque bariolé
Et garni ma blouse de plumes de coq, afin qu’on n’en voie pas les trous.
J’ai joué et chanté, aussitôt les enfants vinrent à moi de partout
Pour entendre ce qu’avec colère, je chantais et que je ne pourrai jamais oublier
Et les enfants ont décidé de m’aider et de ne plus rester
Où règne l’injustice, mais de toujours s’y opposer.

Et les enfants d’Hamelin ont tenu parole et par justice,
Mis au clair la méchanceté et les mensonges de leurs parents
Et ont ainsi, chez leurs aïeuls, suscité une honte
Et, car il avait honte, un père a frappé son enfant.
À chaque coup, le courage des enfants grandissait
Et les citoyens impuissants au Conseil se plaignaient.

Cela arrive encore aujourd’hui, là où la tranquillité vaut plus que le droit,
Car là où les puissants veulent leur tranquillité, l’autorité ne va pas droit.
Ainsi, il fut décidé l’expulsion d’une génération entière.
Dans la nuit du même jour, l’action infâme a commencé ;
Sous la garde de leurs propres parents, menottés et ligotés,
On a emmené les enfants de Hamelin hors de la ville de leurs pères.

Le calme était revenu entre les murs d’Hamelin, comme autrefois ;
La fourberie fleurit, les conseillers ont rédigé à la hâte une lettre
Jointe à la chronique de la ville, avec le sceau des édiles,
Qui raconte que les enfants furent tués par le charmeur de rats.
Cependant, les enfants d’Hamelin dispersés par le monde,
Ont à leur tour engendré des enfants et ils leur content cette histoire.

Aujourd’hui encore, des hommes soutiennent les droits des plus faibles ;
Ces hommes sont les héritiers des enfants d’Hamelin.
Cependant, le mensonge écrase encore la vérité en ce monde
Et tant que la force et la peur tiendront le pouvoir entre leurs mains,
Je ne pourrai pas mourir, ni fuir, ni me reposer, ni rien de tel.
Car les hommes prennent toujours l’injustice pour un phénomène naturel.
Musicien et charmeur de rats, j’irai toujours plus loin,
Condamner la méchanceté et l’injustice.
Demain encore, j’élèverai les enfants contre elles.
Musicien et charmeur de rats, j’irai toujours plus loin,
Condamner la méchanceté et l’injustice.

Demain encore, j’élèverai les enfants contre elles.

mercredi 8 octobre 2014

Comme Un Petit Coquelicot


Comme Un Petit Coquelicot



Chanson française – Comme Un Petit Coquelicot – Marcel Mouloudji – 1951
Paroles: Raymond Asso
Musique: Claude Valéry


Mais pour aimer les coquelicots
Et n'aimer que ça... il faut être idiot !




Voici, Lucien l'âne mon ami, une chanson sur une fleur et comme elle le dit dans son titre, sur une de ces modestes fleurs des champs, que les herbicides, pesticides et autres planticides avaient presque réussi à éliminer, mais qui a résisté et reprend (du moins dans nos régions) sa place au bord dans les champs et au bord des chemins : c'est le coquelicot, petit pavot rouge.

Eh bien, tu en peux pas savoir, Marco Valdo M.I. mon ami, comme ça me fait rand plaisir une chanson où le coquelicot tient une belle place… Moi qui ai toujours été si amoureux de cette petite fleur que je lui ai place en mon cœur. Je l'ai si souvent contemplé tout le long de ma longue route ; ils étaient là joyeux ou mélancoliques suivant que le ciel était clair ou assombri.

Cette fois, tu le verras sous les deux masques… Allègre en début de la chanson, et terriblement triste, prêt à virer au loir, à la fin d'icelle. Car il s'agit là d'un coquelicot qui raconte une belle et terrifiante histoire… Une de ces histoires de la guerre que les hommes (certains d'entre eux, tout au moins…) font aux femmes, idiotement. C'est une histoire assez banale, au demeurant ; une histoire où s’illustre l'envie de possession, le même désir que celui qui conduit à vouloir dominer et la même pulsion qui pousse à la richesse : l'histoire de l'assassinat d'une jeune femme par un homme « qu'elle n'aimait pas » ; en clair, un acte de pure et barbare violence. Qui plus est, racontée à demi-mots par celui avec qui elle partageait amour et sentiment.

Grande est ma douleur, grande est la bêtise de certains hommes. Ce sont des barbares, des infantiles qui cassent le jouet qui leur résiste… mais quand même, je me demande s'ils comprendront un jour que les autres humains, les autres êtres vivants ne sont pas des jouets, jamais. Et quand bien même, il s'agirait d'un objet matériel, il serait déjà d'une stupidité phénoménale de le détruire. Infantilisme et stupidité me semblent bien être les éléments moteurs de l'avidité et de l'ambition qui conduisent la Guerre de Cent Mille Ans. Plus que jamais reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde avide, ambitieux, aride, infantile, stupide, idiot, assassin et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Le myosotis, et puis la rose,
Ce sont des fleurs qui disent quelque chose !
Mais pour aimer les coquelicots
Et n'aimer que ça... il faut être idiot !
Tu as peut-être raison ! Seulement voilà :
Quand je t'aurai dit, tu comprendras !
La première fois que je l'ai vue,
Elle dormait, à moitié nue,
Dans la lumière de l'été,
Au beau milieu d'un champ de blé.
Et sous le corsage blanc,
Là où battait son cœur,
Le soleil, gentiment,
Faisait vivre une fleur :
Comme un petit coquelicot, mon âme !
Comme un petit coquelicot.

C'est très curieux comme tes yeux brillent
En te rappelant la jolie fille !
Ils brillent si fort que c'est un peu trop
Pour expliquer... les coquelicots !
Tu as peut-être raison ! Seulement voilà :
Quand je l'ai prise dans mes bras,
Elle m'a donné son beau sourire,
Et puis après, sans rien nous dire,
Dans la lumière de l'été,
On s'est aimés ! ... on s'est aimés !
Et j'ai tant appuyé
Mes lèvres sur son cœur,
Qu'à la place du baiser,
Il y avait comme une fleur :
Comme un petit coquelicot, mon âme !
Comme un petit coquelicot.

Ça n'est rien d'autre qu'une aventure
Ta petite histoire, et je te jure
Qu'elle ne mérite pas un sanglot
Ni cette passion... des coquelicots !
Attends la fin ! tu comprendras :
Un autre l'aimait qu'elle n'aimait pas !
Et le lendemain, quand je l'ai revue,
Elle dormait, à moitié nue,
Dans la lumière de l'été,
Au beau milieu du champ de blé.
Mais, sur le corsage blanc,
Juste à la place du cœur,
Il y avait trois gouttes de sang,
Juste comme une fleur :
Comme un petit coquelicot, mon âme !
Un tout petit coquelicot.

LA LÉGENDE DU SOLDAT MORT


LA LÉGENDE DU SOLDAT MORT


Version française – LA LÉGENDE DU SOLDAT MORT – Marco Valdo M.I. – 2012

D'après la version italienne LEGGENDA DEL SOLDATO MORTO – Roberto Fertonani – 1971 d'une
Chanson allemande - Legende vom toten Soldaten – Bertolt Brecht – 1918




 
Avec les caisses et les au revoir
Et les femmes et les chiens et le curé !
Et le soldat mort noir
Comme un singe bourré.




1918 : le jeune Eugen Berthold Friedrich Brecht fils d'un sévère dirigeant de quartier, a un peu plus de vingt ans. Il écrit des poésies. Pas seulement ; il les met en musique, seul, en écrivant les accords pour la guitare et avec une vieille guitare, il les joue pour les amis. Et l'année de la défaite de l'Allemagne du Kaiser, la première « année zéro » d'une Allemagne qui, plus tard, aura à en revivre une autre, plus terrible encore. Il vient alors à l'esprit du jeune Brecht, depuis toujours opposé à la guerre, d'écrire une ballade antimilitariste. Ainsi naquit la « Legende vom toten Soldaten », le 13 août 1918. Une fois encore, il écrit la musique. À vingt ans, Brecht écrit celui qui sera sans doute le plus féroce texte antimilitariste allemand de tous les temps. Celui-là même qui, en 1935, servira de justification aux nazis pour lui ôter la nationalité allemande, alors qu'il était déjà en exil. La même année, Paul Dessau en réécrit la musique. La version anglaise ("The Legend of the Dead Soldier"),dont le texte est jusqu'à présent resté introuvable fut interprétée par Dave Van Ronk [R.V.]


Tu sais, Lucien l'âne mon ami, être confronté à Bert Brecht, ou à Kurt Tucholsky, ou à Franz Jozef Degenhardt... est une aventure redoutable... On est là soudain devant de la poésie assez rude, assez charpentée et de la poésie qui conte certaines heures effroyables de la guerre de Cent Mille Ans... Loin de Charles d'Orléans ou de Ronsard. Et si l'on se place dans le domaine de la chanson, la constatation est évidemment la même, mais ce que je voudrais ajouter, c'est que ces textes, par ailleurs et pas toujours, musicalisés, montrent nettement le fait qu'il y a des genres et des niveaux très variés dans la chanson et qu'on ne peut en faire abstraction. Ceci m'amène à parler du site des Chansons contre la Guerre lui-même et des chansons qu'il rassemble. Lui aussi, il rassemble des choses exceptionnelles, qui dans leur ensemble, ont un ton particulier. Ce n'est pas tant qu'elles soient contre la guerre – cela va de soi, qui importe, mais bien le fait qu'elles sont la plupart du temps (il y a certes des exceptions...) d'une qualité qu'on ne retrouve que rarement dans ce que déversent les médias et l'industrie du disque.

Voilà de bien étranges considérations et je me demande quel rapport il peut y avoir avec la chanson dont tu vas me parler...

J'y viens, j'y viens... La raison... C'est que précisément cette Légende du Soldat mort est exemplaire de ce que je viens de te décrire. C'est une poésie, un poème rude, de haut vol, terrible. La musique ne vient qu'ensuite... je veux dire la musique instrumentale, car la musique elle-même est déjà dans les paroles. Et puis, elle est d'une densité au sens strict du mot « extraordinaire ». C'est là une de ces grandes chansons qui content les épisodes de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches mènent contre les pauvres, que les puissants réservent aux faibles, que les princes d'empire font à l'encontre des paysans révoltés...

En effet, Marco Valdo M.I., mon ami, dit Lucien l'âne en secouant sa belle crinière noire, et nombreux sont les empires où ce genre de massacres eut lieu. Maintenant, ce soldat mort m'intrigue... Je n'arrive pas à comprendre qu'on le traîne ainsi par les routes... Quel étrange cortège nocturne... Mais il me rappelle une autre chanson qui parle de ces années-là et dont, sauf ta modestie, tu es l'auteur – avec l'aide de Günter Grass, ce qui n'est certes pas rien... Elle s'intitule : « À la prochaine ! » [[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=37758&lang=it]].

De fait, avec l'aide de Günter Grass... Tu y vas fort, Lucien l'âne mon mai. C'est plus qu'avec l'aide... Sans lui et son livre, il n'y aurait rien eu. Que savais-je moi de toutes ces Histoires d'Allemagne ? Mais évidemment, pour ce qui est du jeune Brecht, la situation était fort différente... Il avait le nez dedans... Et crois-moi, ça sentait....

Ça sent toujours les grands massacres, dit l'âne Lucien d'un air sentencieux. Et c'est une odeur très particulière... Ainsi, les guerres sont une des choses les plus caractéristiques de ce vieux monde où les riches et les puissants entendent bien conserver par tous les moyens leur domination ; c'est ce qui rend ce monde si détestable... mais reprenons notre tâche et tissons le suaire de ce monde valeureux, héroïque, guerrier, fier, cent fois victorieux et cacochyme.


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


On en était au cinquième printemps
Aucun espoir de paix devant
Le soldat conclut le propos
Et mourut de la mort du héros.

La guerre n'était pourtant pas finie encore
Il ne plaisait pas au Kaiser,
Que son soldat fut mort :
Il lui semblait qu'il était bien trop vert.

L'été s'étala sur les tombes
Et le soldat dormait comme une bombe.
Quand arriva dans la nuit estivale
Une commission militaire médicale

La commission s'installa
Au-dedans du cimetière.
Et d'une pelle consacrée sortit de terre
Le malheureux soldat.

Le Docteur examina le soldat
Ou du moins, ce qui restait de celui-là.
Le Docteur trouva le soldat en parfait état
Et il le déclara bon pour le combat.

Ils emmenèrent le soldat fantasque
La nuit était belle et bleuie
On peut, quand on ne porte pas de casque,
Voir les étoiles de la patrie.

Ils versèrent un schnaps d'enfer
Dans son corps putréfié
Et à son bras, ils mirent deux infirmiers
Et une femme au majestueux derrière.

Le soldat puait la rage ou même, pire,
Alors, on vit boiter un curé tout noir
Qui balançait au-dessus de lui un encensoir
Pour qu'on ne puisse rien sentir.

Devant la musique et les grosses caisses
Jouait une marche militaire.
Et le soldat, comme il avait appris à le faire,
Levait les jambes jusqu'à ses fesses.

En le tenant fraternellement par le bras
Les deux infirmiers marchaient au pas.
Sans eux, dans la boue, il retomberait déjà
Et cela ne se peut pas.

Ils enduisirent son suaire
De rouge de blanc de noir
Et ainsi, ils l'emmenèrent
Sous les couleurs, la saleté s'égare.

Un monsieur en frac marchait devant
Avec sa poitrine amidonnée
Il se tenait comme un vrai Allemand
Conscient de devoir assumer.

Ils passèrent ainsi avec les grosses caisses
Ils s'engagèrent sur la route sombre
Et le soldat balançait son ivresse
Comme les flocons dans l'ombre.

Les chats et les chiens criaient,
Les rats des champs sifflaient sauvagement
Ils ne veulent pas être français
Car c'est un un avilissement

Et quand ils traversent les hameaux,
Toutes les femmes sont là.
La Lune brille. Les arbres font les beaux
Et tous crient Hourra !

Avec les caisses et les au revoir
Et les femmes et les chiens et le curé !
Et le soldat mort noir
Comme un singe bourré.

Et quand ils traversent les hameaux,
Personne ne peut le voir
Tant ils sont autour du héros
Avec les caisses, les hourras et l'encensoir.

Tant à brailler et danser autour du héros
Qu'on ne le voit pas.
Peut-être le verrait-on de haut
Où les étoiles brillent déjà.

Mais les étoiles ne sont plus là,
Voici l'aurore
Alors, comme il a appris à le faire, le soldat,
Se redresse en héros mort.