lundi 18 août 2014

LE RETOUR DE DON QUICHOTTE

LE RETOUR DE DON QUICHOTTE

Version française – LE RETOUR DE DON QUICHOTTE – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne - Il ritorno di QuixoteMarco Rovelli – 2013



Dédiée à Don Quichotte et au chœur de tous les fous visionnaires de l'Histoire.


Voici donc à nouveau un Don Quichotte... Un personnage que l'on rencontre assez souvent ici... à commencer par qui insère des chansons dans ce site sous le nom de Don Quichotte 82 et par celui qu'incarna Jacques Brel [[39065]]. Mais la chanson qui raconte le retour de Don Quichotte est de Marco Rovelli, lui-même assez libertaire. On va donc avoir un retour de Don Quichotte dans la quotidienneté que nous connaissons : « peuplée de rapaces, de marchands et de banquiers » ; et, tout comme il s'en était pris dans le passé aux géants, aux moulins... le Don Quichotte d'à présent va se déchaîner contre le système et ses servants.


J'aime beaucoup, dit Lucien l'âne en se redressant du col. J'aime beaucoup l'idée d'un Don Quichotte libertaire. Cela dit, il me semblait qu'il l'était déjà depuis longtemps. Et je suis bien placé pour en parler, car comme je te l'ai sans doute déjà dit, j'étais en ces temps-là l'âne de Sancho qui suivait à la trace Rossinante et son cavalier fantasque. Comme bien d’autres fois, il faut le dire ici sans honte, je fus battu et je dus prendre la fuite. Avec un tel compagnonnage, c'était presque une habitude de vie.


Ah, Lucien l'âne mon ami, je te vois d'ici comme si j'y étais te carapatant dans la caillasse entraînant Sancho loin des plaies et des bosses. Et, soit dit en passant, tu avais parfaitement raison de prendre la fuite. Face à pareilles brutes, je ferais pareil, encore aujourd'hui.


Tu sais, Marco Valdo M.I., il y a une chose que j'ai apprise au travers de toutes ces tribultaions : il y a un art de la fuite... D'ailleurs, on ne fuit pas, on ne déserte pas pour épargner les autres, par grandeur d'âme, par héroïsme... Mais d'abord et principalement, pour se sauvegarder – ce qui est le début de la sagesse et de toute façon, la seule façon de préserver une quelconque possibilité d'avenir et tout simplement, de vie. Ce qui est quand même l'essentiel. Le martyr n'a pas d'avenir.


Donc, te voilà cavalant... pour assurer l'avenir et la vie à Sancho, à toi-même et conserver ainsi à Don Quichotte ses indispensables amis. Qu'aurait-il fait sans vous ? Et puis, la fuite... Regarde ce qu'il en fut des « héros » cités dans la canzone... Après avoir un temps vaincu, Spartacus a dû fuir – mais pas assez tôt, pas assez vite, pas assez loin... Ce fut l'hécatombe et la fin du rêve. Les anabaptistes de Münster n'ont pas fui, mal leur en a pris, ils furent tous massacrés. Pour Dolcino et Marguerite, la chose est claire... Ils n'avaient pas grand choix...


Cela, je le sais aussi, vu que c'était moi qui portait la Marguerite, dit Lucien l'âne, alors que nous fuyions les armées de déments que le pape avait mis à nos trousses, et comme durent le faire les autres partisans de Valdo, nous prîmes la route et les chemins des Alpes pour finir en haut de ce qui est aujourd'hui le monte Rubello (Mont Rebelle), qui leur doit son nom. Monte Rubello où il y a le monument qui rappelle le massacre de que les sbires catholiques firent des dolciniens, coupables essentiellement de répandre leur message d'égalité et de fraternité et aussi, évidemment de liberté, y compris amoureuse. Ce sont des successeurs de la Fraternité des Pauvres de Valdo... Je me souviens avec beaucoup de tendresse comment les deux amoureux s'en allèrent se faire brûler par les papistes.


Petit parenthèse à propos de ce monument à Dolcino : en 1907, quelques bonnes gens édifièrent en haut du monte Rubello un obélisque de 12 mètres commémoratif du combat, de la résistance et du massacre des Dolciniens par les gens de l'Église Catholique Apostolique et Romaine. Vingt ans plus tard (1927), les fascistes s'empressèrent d'abattre ce monument à la liberté... On réinstalla une stèle au même endroit en 1974 ; une lapidaire rappelle l'attentat fasciste...

AU  SIXIÈME CENTENAIRE
1307-1907
DU MARTYR DE
FRA DOLCINO
LE PEUPLE ÉLEVA CET OBÉLISQUE
DÉTRUIT DE NUIT PAR LES FASCISTES (EN 1927)
SYMBOLIQUEMENT RÉÉDIFIÉ LE 15 -9-1974



On devrait aller y faire un tour un de ces jours du côté de Bielle... Je m'y dégourdirait un peu les jambes..., dit Lucien l'âne en souriant aux étoiles.
Et puis, dans la canzone, dit Marco Valdo M.I., il y a Giordano Bruno... Giordano Bruno, lui aussi, a droit à une statue à Rome au Campo dei Fiori. On sait que Giordano Bruno a lui aussi tenté de fuir l'Inquisition, ce qui l'obligea à un grand périple. C'est ainsi qu'il fut ballotté ici et là, jusqu'à ce que mis nu, la langue entravée par un mors de bois l'empêchant de parler et de crier, sur le Campo de' Fiori, il fut supplicié sur le bûcher. En souvenir de cette atrocité, on y dressa une statue le représentant. L’histoire de cette statue est elle aussi assez intéressante... et née d'une résistance à l'impérialisme catholique qui tente d'écraser toute vie civile. Ainsi, proposée en 1879, elle fut d'abord interdite sous pression de l'Église ; suite à l'excommunication des francs-maçons (rationalistes, athées...) par le Pape de l'époque – en 1884, on l'autorisa. Elle fut créée et édifiée par le sculpteur Ettore Ferrari en 1889. Aux temps de Mussolini, le sculpteur Ferrari fut l'objet de mille persécutions en raison également de son appartenance au Grand-Orient, dont il fut le grand-maître de 1904 à 1917. Le lieu est toujours fleuri aux couleurs de la liberté – liberté de parole, liberté de pensée, chaque année.

Giordano Bruno..., dit Lucien l'âne un peu rêveur. Je l'ai accompagné lui aussi un temps dans ses pérégrinations au travers de l'Italie d'abord, puis à Genève chez les calvinistes, puis en France, puis à Wittenberg chez les luthériens... Non, je ne l'avais pas accompagné à Londres chez les anglicans ; à l'époque, figure-toi que j'étais en Espagne et pour cause... je suivais les aventures de Don Quichotte. Puis, pour Giordano Bruno, il y eut son malheureux retour en Italie et son procès... qui finit si mal. Sais-tu qu'il déclara à ses juges lors de sa condamnation :  « Vous éprouvez sans doute plus de crainte à rendre cette sentence que moi à la recevoir. » Giordano Bruno fut souvent sollicité par les autorités à se rétracter, comme notre ami Adam.[[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=47896]]


Le personnage suivant est désigné par son prénom de Baruch... Il s'agit à l'évidence du philosophe Baruch Spinoza, qui quant à lui, s'il n'a pas voulu fuir sa communauté (juive), dont il était banni, n'en a pas moins poursuivi sa route avec moult prudence et la prudence est une des formes les plus subtiles de la fuite. Malheureusement, il n'avait pas vu venir une ennemie des plus terribles : la silicose ; ce fut elle qui l'emporta.


La silicose ? Un philosophe ?, dit Lucien l'âne. Cela peut paraître surprenant, mais en fait, moi qui l'ai vu faire, c'était car pour vivre il devait exercer le métier de tailleur de verres de lunettes – en tous genres. C'était un travail très méticuleux, de haute précision et comme tu l'as dit, très dangereux, la poussière des verres taillés finissait dans les poumons et les détruisait.


Passons les deux peintres, repris ici pour leurs créations et il me reste à te dire le militant de la décolonisation et de la révolution en Afrique et en Amérique latine que fut George Matéi, mort en l'an 2000, successivement marin en Afrique équatoriale, soldat en Algérie, passeur de frontières, fabricant de faux papiers, journaliste et écrivain.


Comme quoi, Marco Valdo M.I. mon ami, la canzone est souvent plus signifiante qu'il n'y paraît et sur ses airs, elle emporte pas mal d'Histoire ; elle raconte le monde et découvre bien des facettes de cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres afin de maintenir leur domination, d'imposer leur système, d'empêcher toute mise en cause de leurs privilèges et de conséquence, toute pensée nouvelle et par nature contestatrice de l'ordre existant, laquelle est irrémédiablement qualifiée d'hérétique (autrefois), de terroriste (aujourd'hui) et d'anarchiste (toujours). Dès lors, il nous faut reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde persécuteur, excommunicateur, inquisiteur, répressif et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Mais mon cher Cervantès, la liberté
Quel mot étrange, liberté
Liberté pourquoi, pour qui liberté
Liberté putain, putain de liberté
La seule liberté, c'est rêver sans maître
Celle que j'aime, la seule dont je veux dépendre
Dans un temps de rapaces rusés
Où les dieux sont marchands ou banquiers,
Je reviens avec Rossinante combattre
La lance au poing, la voilà ma liberté.
Liberté, c'est pouvoir dire : je te donne,
Je te donne la main
Même si l'homme est un loup pour l'homme,
S'il n'y a pas de pardon pour qui aime plus, qui aime mal,
Je n'ai jamais cessé de lutter
Contre les moulins du mal
Libre d'enchaîner, de moudre du vent,
D'épandre tempête, ce dont le trône ne se soucie pas mal.
Alors, je reviens prendre d'assaut le ciel des géants .

Mais mon cher Cervantès, la liberté
Quel mot étrange, liberté
Liberté pourquoi, pour qui liberté
Liberté putain, putain de liberté
La seule liberté, c'est rêver sans maître
Celle que j'aime, la seule dont je veux dépendre


Semer des visions comme le sable sur l'arène
Ne pas presser le temps
Car chaque chose vient en son temps
Comme Spartacus qui par l'épée brisa les chaînes

Comme ensuite firent à Münster ces frères anabaptistes
Et sur les montagnes Dolcino avec la belle Marguerite
Qui montèrent sur le bûcher entouré de soldats
Et le soleil se dénoua entre leurs doigts


Comme Giordano Bruno sur cette place
Maintenant défleurie, savait que la vie est une et sans fin…
Et Baruch le renégat dans son habit d'étoiles
William Blake chante, jouit, rit
Et mon bien aimé Van Gogh, saint parmi les saints


Avec Georges Mattéi, une communauté d'amis
Et le poète illuminé de la commune, sont de grandes gens
Et l'infini défilé d'anonymes gens
Et moi parmi eux à faire chorus et à dégainer la lance
Accompagné Sancho Pança, plein de vaillance

Mais mon cher Cervantès, la liberté
Quel mot étrange, liberté
Liberté pourquoi, pour qui liberté
Liberté putain, putain de liberté
La seule liberté, c'est rêver sans maître
Celle que j'aime, la seule dont je veux dépendre

C'est pour la liberté, pour elle seule que nous vivons
La liberté, c'est être à la hauteur de l'humaine nation
Car je le sais, je le crois, le temps ensuite viendra
Où à la peur, la liberté jamais plus ne cédera.


vendredi 15 août 2014

REQUIEM POUR UN ENNEMI INCONNU

REQUIEM POUR UN ENNEMI INCONNU

Version française – REQUIEM POUR UN ENNEMI INCONNU – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – Requiem per un nemico ignoto – Gesualdo Bufalino – 1944
Musique et interprétation de Marco Rovelli (2014)
Poème de Gesualdo Bufalino
De "Annali del Malanno"
in "L'amaro Miele", Einaudi, Collezione di poesia 176, 1982.






Qu'espérais-tu, héros,
De nous à qui tu portas la tempête
Et la haine, à la tête
D'une abjecte troupe de héros ?






Au sens habituel, ce n'est pas une chanson, et ce ne l'a jamais été. C'est une poésie, et une des plus terriblement belles, de Gesualdo Bufalino. Jusqu'à ce qu'il parvienne à ses soixante et un ans, on n'avait rien su de ce réservé, discret et très cultivé professeur de Comiso en Sicile; sur l'insistance de quelques amis, parmi lesquels Leonardo Sciascia, il publia "Diceria dell'untor" et se retrouva catapulté d'un jour à l'autre parmi les écrivains italiens majeurs du XX siècle. « Le discours s'adresse à un officier allemand, moribond après une attaque partisane, amené en urgence dans ma chambre d'hôpital » ; ainsi s'explique brièvement Bufalino dans son petit volume de poésies de toute une vie. Le poème fut écrit à l'hôpital de Scandiano, en province de Reggio Emilia, en février 1944. Il y a quelques jours, à la maison de ma mère où il gisait depuis vingt ans, j'ai repris son « Amaro miele » (Miel amer) et je l'ai ramené chez moi. Bufalino n'était pas un écrivain-né, ni un poète au langage simple ; il écrivait d'une manière rare, recherchée mais en même temps, pleine d'humanité populaire. On le baptisa « sicilien atypique », mais ne sachant ce qu'est un sicilien « typique », je m'abstiendrai de quelque autre commentaire à ce sujet. Je sais seulement que sa poésie plonge dans les recoins de l'être humain souffrant, et face à la mort dans un climat de haine qu'on ne peut refuser et d'une violence qui s'insinue jusque dans les fissures des existences ; et (poésie) qu'on ne trouvait nulle part dans ce « grand réseau » qui n'a pas encore réussi à être aussi grand que les pages des livres. D'une d'elles, je tire ce poème, le livrant à la connaissance. Non, je ne pouvais pas faire moins. [RV]


Gesualdo Bufalino n'aimait pas les diableries modernes ; déjà lorsqu'il dut abandonner les disques 78 tours, il avait souhaité aller en enfer. Comment donc aurait-il réagi en apprenant que son poème, grâce à l'introduction dans une diablerie authentique comme un site internet, aurait été choisi, mis en musique et chanté. Pourtant c'est vraiment ce qui s'est passé : il a suffi de quelques mois à compter du 15 avril 2014 pour que Marco Rovelli l'y trouva, le prenne et il lui donne une musique. Il l'a présenté pour la première fois le 4 août passé à Fosdinovo, au festival « Fino al Cuore de la Rivolta », en rendant du haut de la scène, un hommage à cette diablerie de site. Nous vous la présentons ici, en sortant avec grand plaisir le poème de Bufalino, qui est devenu une chanson, des « Extras » où on l'avait confiné. Il nous plaît de penser que notre diablerie aide, dans un cas comme celui-ci, la poésie à trouver musique et instruments ; et nous concédons que Gesualdo Bufalino a émis un grognement, mais accompagné d'un sourire.

Riccardo Venturi - 13/8/2014 - 13:11




Deux mots pour notre ami Venturi, qui se plaint de trous de mémoire...
On pourrait lui appliquer ce début de la chanson
« De trous noirs tout meurtri,
Leutnant Riccardo Venturi...
Dans cette chambre de géhenne »...


Trêve de jeux de mots, moi qui suis là depuis la plus haute antiquité et qui devrait être la mémoire des mémoires, des trous dans la mémoire, j'en ai aussi et pas un peu. Pour tout dire, les mots m'échappent et quand j'arrive à en rattraper un, il s'en éclipse mille autres. C'est le privilège de mon grand âge. Il n'y a rien là que de très normal... Les mots s'en viennent, les mots s'en vont. Pour montrer ce qui finalement en découle, voici une version française de ce Requiem.



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane








De trous noirs tout criblé,
Leutnant Adolf Henne Henne
Dans cette chambre de géhenne,
Je te cède la place volontiers .

À mon « Morior ergo sum »
Déclamé contre le mur
Tu viens ajouter le murmure
Monotone de ton « Warum ? »

Viens, viens ici sur ton lit en fer ;
Entre mon lit de camp et la porte,
Il y a aussi ta mort,
Mon pauvre malheureux frère.

Mais d'abord, faisons au moins connaissance,
Échangeons un ja contre un sí,
Leutnant Rudolf Onneséqui
D'Onneséou du côté de Coblence.

Ouvre les yeux, vois : scintille
Sur les vitres et se tord une anguille
De lumière sèche se colorant
Au sang de ton pansement.

Le soleil à la fin juin
Est cruel ; il culmine,
Se hérissant de poils et d'épines,
Il se fait dur comme le poing.

C'est un temps sublime et lâche,
Vous l'avez fait ainsi.
Le talion ne fait pas relâche:
Couteau contre fusil.

Te souviens-tu ? Hier encore,
Tu plantais de tes mains rouges
Dix croix sur dix tombes…
Ne me demande pas miséricorde.

Qu'espérais-tu, héros,
De nous à qui tu portas la tempête
Et la haine, à la tête
D'une abjecte troupe de héros ?

Parfaite machine maléfique
Étrangère, tu nous fus antipathique
Du bord de ta casquette
À la pointe de tes bottes !

Et pour ton dernier dîner
Bonne ou mauvaise guerre
Il te faudra la manger, la terre
Où fleurit l'oranger.

Les Gretchen, les Liselotte,
Dans ta maison là-bas au Nord,
Sous la lampe, tricotent
Ignorant ta mort.

Tout seul : à qui parler ?
À elles ou au furet rassasié
Qui sous le drap te déchire
Paresseusement les viscères ?

Et ce gargouillis qui peut-être
Dans ta langue dure
Me dit une chose et se perd,
Est-ce remords, cri ou prière ?

Tu presses avec les ongles ton abdomen,
Dans un effort, tu te retournes ; par en dessous
Tu me regardes ; tu sais déjà que je t'ai absous,
Leutnant Hermann Sansnom. Amen.



jeudi 14 août 2014

JE SUIS LE DÉSERTEUR

JE SUIS LE DÉSERTEUR



Version française – JE SUIS LE DÉSERTEUR – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne - Il disertore – Kalashnikov – 2014





JE SUIS LE DÉSERTEUR
(Gabin - 1938 - Quai des brumes)







Salut à toi, Lucien l'âne mon ami, voici une nouvelle chanson des Kalashnikov. Nouvelle... on ne peut dire mieux, vu qu'elle est de cette année. C'est un peu comme une nouvelle récolte.

Et tu l'as déjà traduite ? Si ça continue, Marco Valdo M.I. mon ami, tu traduiras les canzones avant même qu'on les publie, et... Non, ça tu ne le feras pas, car c'est vraiment impossible, tu les traduiras avant même que les auteurs ne les aient conçues...


Allons, allons, Lucien l'âne mon mai, ne me charrie pas comme ça, j'ai autre chose à te dire à propos de cette chanson.


Je l'espère bien, dit Lucien l'âne en battant des oreilles tant il rit.


Comme tu le sais, la chanson inaugurale de ce site, la numéro 1 fut – la chose est historique – un chanson de Boris Vian, intitulée : « Le Déserteur » ; ce fut la première chanson, mais aussi, le premier déserteur des Chansons contre la Guerre. Depuis, il y en a eu tout plein.


Oui, cela je le sais... Mais alors, quoi ?, dit Lucien l'âne en balançant la tête, question de montrer tout son intérêt pour cette question.


Alors... Et bien, il y en a tant que tant de déserteurs, ça crée une certaine confusion et que si on les intitule toutes « Le Déserteur », on ne saura pas trop duquel on parle... En fait, de laquelle (canzone) on parle. D'autre part, rien que pour celle de Vian, il y a répertoriées dans ce site (à cette date) 124 versions. Alors, même si en italien, elle s'intitule « Il desertore », j'ai préféré lui donner comme titre en langue française : JE SUIS LE DÉSERTEUR.


Bonne idée, dit Lucien l'âne... Tu n'aurais quand même pas pu l'intituler : « Je suis un déserteur » , car celle-là, elle existe déjà. Pour le reste, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce monde plein de guerres, de paix armées, de confrontations brutales et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Il n'est pas une lame qui n'entaille pas, une entaille qui ne fasse pas mal
Il n'est pas de sang qui puisse se laver, de blessure qui ne puisse se cicatriser
Avec mon fusil je construis un crucifix et je prie sur les tombes des ennemis
Avec mon drapeau je construis un cerf-volant et j'oublie les mensonges de la guerre
Il n'est pas une lame qui n'entaille pas, une entaille qui ne fasse pas mal
Il n'est pas de sang qui puisse se laver, de blessure qui ne puisse se cicatriser
Avec les bibles des religions, j'élève les colonnes de mon temple
Ennemis de toute race, regardez mes mains, jetez les armes, je suis le déserteur




mercredi 13 août 2014

CECI EST LA PAIX, CECI EST LA GUERRE, DIT-IL.

CECI EST LA PAIX,
CECI EST LA GUERRE, DIT-IL.

Version française - CECI EST LA PAIX, CECI EST LA GUERRE, DIT-IL - Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne - Chi sta in alto dice: questa è pace, questa è guerra – Kalashnikov – 2014



Celui d'en haut dit : ceci est la paix, ceci est la guerre, 
Mais leur paix n'est pas très différente de leur guerre.
Peinture de Marc Chagall






Pour ce morceau que nous avons gravé, nous avons emprunté une poésie de Bertolt Brecht, en la ciselant ci et là pour l’adapter à la chanson. Nous croyons que le camarade Bert aurait été ravi de nous prêter sa composition. Ou non ? De toute façon, c'est fait ! Le texte cherche à mettre en discussion l'idée qu'une nette ligne de séparation court entre l'état de guerre et celui de paix ; cette démarcation existe peut-être plus dans notre imagination, ou bien dans les livres d'histoire, qu'en réalité. Le morceau se veut même être une réflexion sur la signification que nous donnons aujourd'hui aux mots de paix et de guerre, qui cachent une subtile ambiguïté, une valence idéologique : un vide sémantique. Dans les années 1990, on n'a rien fait d'autre que parler de « missions de paix » rapportées à des campagnes de guerre qui ont apporté plus ou moins l'habituelle dose que morts, de misère et de destruction. Cette hypocrisie linguistique et conceptuelle est le miroir de notre société, dans laquelle les mots sont toujours plus décollés de la réalité, dans laquelle les médias ne racontent pas le monde qui nous entoure, mais le modèlent.

Du Collectif Kalashnikov.

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Regarde Lucien l'âne mon ami, regarde, cette canzone du collectif Kalashnikov, elle va te plaire tout comme elle me plaît et je vais te dire pourquoi...

En effet, dit l'âne Lucien un peu interloqué qui dresse subitement les oreilles en points d'exclamation. En effet, pourquoi ? Ce serait bien que tu précises un peu...

Ce serait déjà fait, si tu ne m'avais pas interrompu... Donc, je reprends où j'en étais. Regarde leur commentaire et regarde aussi le texte du poème de Bertolt Brecht... Tous parlent très précisément de la Guerre de Cent Mille Ans, de « leur guerre », celle que les riches font aux pauvres pour s'enrichir plus encore, pour maintenir et étendre leur domination, pour renforcer l'exploitation, pour maintenir leurs privilèges et satisfaire les folles ambitions... Une guerre qu'ils mènent depuis tant de temps, cette guerre qui est la mère de toutes les guerres, cette guerre qui se cache sous les oripeaux d'une paix qui se veut sans histoire.


Voilà qui est bougrement intéressant, dit Lucien l'âne en se dandinant des quatre fers... Même si, comme toi, je savais bien que d'autres que nous y avaient songé et bien avant nous... À part peut-être le nom sur l'étiquette, à part sans doute aussi la manière de la raconter... Pour le reste, primo, cette guerre était là et secundo, nous deux, on est comme Laverdure : « On cause, on cause, c'est tout ce qu'on sait faire ».


Tiens alors, à propos de Laverdure, Raymond Queneau – je rappelle, à toutes fins utiles, que Laverdure est un des personnages principaux de Zazie dans le métro, roman hyperbolique dudit Queneau et que c'est un perroquet – donc, à Marguerite Duras qui l'interviewait, Raymond Queneau disait de Laverdure : « Dans « Zazie dans le métro », il y a un personnage qui rappelle les autres à l’ordre, c'est Laverdure, le perroquet. Il dit toujours : « Tu causes, tu causes, c'est tout ce que tu sais faire » Dès que les gens commencent à envelopper ce qu'ils disent, à « mettre la sauce », c'est le rappel à l'ordre. » Et bien voilà, tu m'as rappelé à l'ordre.


Ça alors, une interview de Raymond Queneau par Marguerite Duras, qui aurait imaginé pareille rencontre... C'est fabuleux ! Je m'en vais de ce pas la lire...


Oh, Lucien l'âne mon ami, ne t'en va pas comme ça ! On n'a pas fini de causer de la canzone. Et d'abord, il convient de signaler combien elle rejoint aussi certaine idée de George Orwell en ce qui concerne l'usage de la langue et des mots et leur place centrale dans la manière dont le système s'instaure et s'installe à demeure, y compris et surtout, dans la tête des gens. Avec ces amplificateurs d'hypnose sociale que sont les mass-média, ces moyens de diffusion massive qui s'insinuent partout, jusque dans les chambres, jusque dans les lits, comme les tristes touristes de Ricet Barriet ; en fait, il vaudrait mieux dire les vacanciers...



Tu avais raison de m'arrêter, Marco Valdo M.I. mon ami, dit Lucien l'âne en faisant demi-tour sur place. Tu avais bien raison, car c'était fort grossier de ma part de tout planter là et puis aussi, il n'était pas correct de ne pas tenir mon rôle... Car sans moi, le dialogue s'interrompt et même, reste suspendu dans un vide désolant. Mais rassure-toi, je ne vais pas jouer la fille de l'air. Car, il me revient quand même que c'est à moi de conclure en te rappelant à l'ordre et à notre tâche qui, comme tu le sais sans doute, est de tisser – tels de modernes Canuts – le linceul de ce vieux monde doublement guerrier, faussement paisible, exacteur, rongeur et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Leur paix et leur guerre ne sont pas d'essence différente
Elles sont comme le vent et la tempête.
De leur paix naît la guerre
Comme l'enfant d'une mère
Qui voit son visage dans le sang d'une mare.

Ce que la paix a épargné est tué par leur guerre
Leur paix est une guerre qui prépare le massacre.
Celui d'en haut dit : ceci est la paix, ceci est la guerre,
Mais leur paix n'est pas très différente de leur guerre.

Leur paix et leur guerre ne sont pas d'essence différente
Elles sont comme le vent et la tempête.
De leur paix naît la guerre
Comme l'enfant d'une mère
Qui voit son visage dans le sang d'une mare.

Ce que la paix a épargné est tué par la guerre
Leur paix est une guerre qui prépare le terrain au massacre.
Celui d'en haut dit : ceci est la paix, ceci est la guerre,
Mais leur paix n'est pas très différente de leur guerre.

Ce que la paix a épargné est tué par la guerre
Leur paix est une guerre qui prépare le terrain au massacre.
Celui d'en haut dit : ceci est la paix, ceci est la guerre,
Mais leur paix n'est pas très différente de leur guerre.


PAIX ET GUERRE : LÉGENDES D'EN HAUT

Le texte du poème de Brecht dont le Kalashnikov se sont inspirés :
Tiré de « Svendborger Gedichte » (« Poésies de Svendborg »), le premier recueil de poèmes que Brecht écrivit en exil, publié en 1939.
Poème allemand de Bertolt Brecht : Die Oberen Sagen: Friede Und Krieg – 1939



Elles sont de matières différentes.
Mais leur paix et leur guerre
Sont comme le vent et un orage.

Elle surgit de leur paix, la guerre
Comme le fils de la mère.
Elle emporte
Leurs trains terribles.


Leur guerre tue
Ce que leur paix
A laissé.