mercredi 27 novembre 2013

QUE SONT LES OUVRIERS DEVENUS ?

QUE SONT LES OUVRIERS DEVENUS ?


Version française - QUE SONT LES OUVRIERS DEVENUS ? – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne - Che fine han fatto gli operai? - Gianfranco Manfredi – 1993

Texte et Musique de Gianfranco Manfredi
Album: In paradiso fa troppo caldo (Il fait trop chaud au paradis)






Maintenant, on en vient à se demander, comme le faisait déjà il y a vingt ans Gianfranco Manfredi, que sont devenus les ouvriers ?



Que sont les ouvriers devenus ? Depuis peu, on n'en parle presque plus
Il reste un petit souvenir, si, si, ils étaient habillés de bleu...
Qui a jamais vu les ouvriers à la Fininvest, à la Rai...

Que sont les ouvriers devenus ? Ont-ils jamais existé pour de vrai ?
Quelqu'un dit qu'il les a vus dans les usines du ciel
Walesa y a foutu le bordel et le Pape se demande quoi

Que sont-ils devenus ?
Que sont-ils devenus ?
Que sont les ouvriers devenus ? Et toi, tu ne vas pas me dire que tu le sais...

Que sont les ouvriers devenus ? Ceux qui y ont vraiment cru.
À présent, les héros sont les bandits des marchés
Que sont les ouvriers devenus ? Courage, Eltsine, dis-le nous si tu le sais !

Que sont-ils devenus ?
Que sont-ils devenus ?
Que sont les ouvriers devenus ? Et toi, tu ne vas pas me dire que tu le sais...

Que sont les ouvriers devenus ? On devenait riches grâce à eux
Ils étaient la « force de travail », à présent, c'est le « coût du travail »
Que sont les ouvriers devenus ? Giovanni Agnelli, peut-être le sais-tu ?

Que sont-ils devenus ?
Que sont-ils devenus ?
Que sont les ouvriers devenus ? Et toi, tu ne vas pas me dire que tu le sais...

Il y a encore des ouvriers dans les rues, plus de cent mille
Ils s'en tapent du moteur de Deux Mille
Que sont les ouvriers devenus ? ... de quel côté es-tu Lucio Dalla, ?

Que sont-ils devenus ?
Que sont-ils devenus ?
Que sont les ouvriers devenus ? Il y en a encore même si tu ne le sais pas !

La Guerre des Haches

La Guerre des Haches
ou Les horreurs des hostilités.

Chanson française – Marco Valdo M.I. – 2013










Voilà, je viens de terminer « La Guerre des Haches », une canzone qui m'était venue comme la courante ; d'un coup, au moment où on s'y attend le moins...


Ben voyons, ce sont des choses qui arrivent... Pour la courante, en tous cas, j'en sais quelque chose. Je ne te dis pas...


Ce n'est pas nécessaire. Cependant, pour la canzone, c'est quand même différent. Certaines d'entre elles arrivent comme des illuminations sur un chemin de Damas. On ne sait trop d'où vient cette lueur, cette subite clarté. Mais enfin, l'idée est là, intangible et il faut la prospecter, la nourrir, la mûrir et la fleurir. Tout ça pour te dire comment m'est venue la dernière canzone en date. Elle est née d'une lente rumination à propos des haches et des difficultés de prononciation qu'ils ou elles entraînent pour le locuteur de langue française ; une rumination qui soudain a débondé. Évidemment, le titre de la canzone est lui-même à double sens et quelque peu calembourdesque. Oh, je vois ton œil droit qui cille et j'entends ton reproche silencieux... Je sais, tu le sais, que de calembour, on aurait pu faire calembouresque, calemboureux ou calembourin... Mais lointainement, je veux dire à son origine, « calembour » est un motvalise, en quelque sorte le fruit du croisement entre calembredaine et bourde... D'où la réapparition du « d » dans calembourdesque.


Je me demande s'il n'y aurait pas là une hypothèse intéressante à trouver du côté du « hasch »... Quand même, après une telle démonstration, dit Lucien l'âne en hochant la tête et en secouant conséquemment les oreilles, j'incline le chef et avant de tourner la page, je te fais remarquer que de là, on eût pu tout aussi logiquement, tirer calembourdeux et calembourdin. Mais restons-en là ; sinon, on n'en sortira pas. Ainsi, je t'en prie, continue...


Donc, foin de bourdes et de calembredaines, comme nous sommes ici dans l'univers des Chansons contre la Guerre, il convient de souligner qu'il s'agit d'une chanson sur la Guerre et même, d'une chanson qui au-delà de la Guerre générique, la Guerre en général, se réfère à une série d'autres guerres que l'on y trouve au détour d'un vers – ce qui, en soi, est un jeu historique auquel je te convie. Et en premier lieu, la Guerre de la Vache qui entre 1275 et 1278 fit quand même environ quinze mille morts aux confins du Condroz et ce fut une très belle guerre, qui démarra sur une peccadille – le vol d'une vache, d'où son nom. C'est devenu une curiosité et même, une attraction touristique. Bref, un joli massacre bien de chez nous et comme il est souligné dans le site qui s'y rapporte : une « guere des Walons inte zels » (une guerre des Wallons entre eux) [http://wa.wikipedia.org/wiki/Guere_del_vatche] et si tu n'as pas compris, il y a même une version en français de la Guerre de la Vache. [http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_la_Vache].


D'accord, mais pourquoi la Guerre des Haches, alors ?, dit Lucien l'âne quelque peu éberlué.


D'abord, Lucien l'âne mon ami, tu auras remarqué la similitude et l'homophonie presque parfaite des deux mots : vache et hache. Il y a là un incontestable lien. Mais aussi, et c'est – comme tu le verras à la lire et mieux encore, à la dire – une sorte d'exercice de style oulipien sur la lettre « ache ». Il te souviendra sans doute que le « ache » ou la « ache » est une lettre particulière, avec une variation entre deux types de « aches ». Voici ce qu'en dit wiki : « En français, h peut être muet ou aspiré ; son type dépend de son étymologie. Le h muet ne représente pas un son. Le h aspiré représente un coup de glotte[réf. nécessaire]. Le h aspiré ne se trouve qu'au début d'un mot et empêche la liaison et l'élision. Le h muet n'a quant à lui aucune valeur phonétique. »


Je t'arrête là, dit Lucien l'âne avec vigueur. Si j'en crois Grevisse, un grammairien qui mit une vie entière à boucler un « Bon Usage » de la langue française, une brique énorme, soit dit en passant. Donc, le dénommé Grevisse indiquait dans son vénérable ouvrage que et je cite : «  Cet « h », dit aspiré, s'est effacé, dès le XVIième siècle, dans le français de Paris et du Centre (de la France). Toutefois, ajoute-t-il en note, l'h aspiré s'entend encore dans certaines régions (Normandie, Bretagne, Gascogne, Lorraine, Wallonie). Et meiux encore, il ajoute, et en somme, conclut : « Ainsi la lettre « h », dans honte, héros, etc., est improprement appelée « h aspiré » : elle a simplement pour effet d'empêcher l'élision et la liaison : la / Honte, les / Héros.


Certes, certes... J'ai le plus grand respect pour Grevisse et je m'en réfère assez volontiers à son Bon Usage, mais selon moi, la gageure était de faire un texte en regroupant un maximum de mots commençant par « ache » et de raconter une histoire, celle de la Guerre. On en a donc plusieurs lectures possibles : soit en ne faisant aucune liaison – ce qui donne un récit haché et extrêmement fatigant pour le diseur ou le chanteur ; soit en faisant toutes les liaisons, c'est-à-dire en prononçant - par exemple : les humains, de la manière qu'on entende : les zumains. Un peu comme pour les Zétazunis.


Houla là, là, ça doit être bien étrange...


En effet... et bien entendu, on peut aussi prononcer le texte comme il faut – avec parfois la liaison – en cas de « ache » muette et parfois, la césure en cas de « ache »aspiré. Car petite modulation complémentaire : le mot « ache » est normalement un mot féminin, assimilé ici à l'outil ou l'arme – la « hache », mais il a de plus en plus tendance à être « masculinisé ».


Rendons-lui des hormones, dit Lucien l'âne en hoquetant hystériquement. Reprenons nos activités et recommençons à tisser le linceul de ce vieux monde hyperréaliste, hanté, halophile, hétérogène, hargneux, hémorragique et cacochyme.


Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




La guerre des haches ne date pas d'hier
Déjà, dans les halliers sous les halos houlants
Des Hellènes hirsutes, hoplites haletants
Halaient des hallebardes et des hastes austères

Dans les haloirs, des Helvètes hémophiles
Mangeaient des haricots halophiles
Tels des handballeurs, des héros hagards
Levaient des haltères, des haches, des hachoirs et des hansarts.

Derrière des haies, les hôtes escaladaient les hunes
Dans leurs grandes halles, des Hollandais habiles
Dévoraient des haddocks et des huîtres
En hachant des hominidés hitlériens et des humains hispides.

En réponse aux homélies des hannetons hoquetants,
Les haleines des Hindous heurtaient les harengs
Par leurs harangues hypocrites. Sous les hyptères héliocentriques,
Des Hélènes hydrophobes lançaient des harpons halieutiques.

Dans les harams harmonieux, telles des harpistes hués
Des houris honteuses hurlaient des haros, des holà
Hypocondriaques, les hulottes hululaient d'hystériques hourras.
Des homosexuels homozygotes hibernaient dans des hêtres hospitaliers.

Les holothuries hispaniques humaient les humeurs humaines
Les hoirs honorables honnissaient les horlogers hiératiques
Les hiérarques hébétés houspillaient leurs habituelles hyènes
Leurs hordes hongrées harcelaient des Hongrois herpétiques

Les hérons hautains herchaient des hématites
Et les haquenées et les hermines habilitaient
Les hécatombes, ces habitudes des Hittites
Et des heiduques hypostatiques.

Les Honduriens hésitants faisaient des histoires
Humiliant les hérétiques hétérophiles
Hérissant ces herculéens haltérophiles
Comme des hétaïres humiliant des hussards.

D'horribles holocaustes hantaient les heures des Hébreux
Les haruspices hédonistes hébraïsaient des horoscopes heureux
Les hommes-orchestres haletaient dans les hélicons
Et engloutissaient des hectolitres d'halbis hesbignons.

Les houaches hypnotisaient les halbrans
Les Hutois hilares huaient les humanoïdes hésitants 
Dans les hectares, les huttes des Huns homériques
Horrifiaient les herboristes hépatiques

Les huguenots en houppelande sur les hourds hélaient les harangueurs
Et des homéopathes héliocentriques heurtaient les huches d'heure en heure.
Par les hublots, les harengères humectaient les huarts avec leurs houpettes
Les hostilités hémorragiques hypothéquaient les herbettes.

Les hérauts hurons huchaient les histrions hanséatiques.
Dans leurs homes et leurs hospices, habitaient les hommes – des hordes
Ces hobbits en habits hétérogènes – des hardes
Homologuaient des horodateurs hippiques.

Les héritiers homicides humblement honnissaient ces hideux hochets
Les hongres et les haquenées harnachés hennissaient
Les homoncules hermaphrodites hissaient haut les haubans
Les huîtriers halitueux huilaient les hypsomètres des homards hoquetants

Dans les hortillons horizontaux, les horticulteurs héliciculteurs
Aux honnêtes habitudes et pour l'honneur,
Hâtaient les hélianthes et les héliotropes.
Haut au-dessus des hysopes, les hirondelles harcelaient les hooligans hyménoptères

L'Harmattan soufflait sans cesse sur les hennins hétéroclites
Dans les haras, les haridelles herbivores – hourra !
Humectaient leurs humeurs hircines
Les harkis suçant leurs harissas haletaient dans leurs houkas

Sur leurs hourques, les humanistes heimatlos hellénisaient des hurluberlus
Dans les hibiscus, les harets hargneux harcelaient les hochequeues
Durant leurs hiemals, les hipparques et les hobereaux hivernaient en himation
Dans les hinterlands, les hippopotames histaminiques humaient leurs hémorroides


D'un hydravion, des humoristes hélitreuillaient des hommes-grenouilles
Sur leurs hémiones, les hetmans héroïnomanes hersaient les hévéas
Les hégéliens hawaïens hébergeaient dans leurs havres
Des hommes-sandwichs hybrides et d'hâtifs hautboïstes et de leurs hautbois.

Le long des hippodromes herbus, telles les harpies
Hallucinent des Hottentotes hippies
Harassant leurs hanches, leurs harmoniums et leurs harmonicas,

Dans des habaneras horrifiantes en criant Hosanna !

samedi 23 novembre 2013

RÉVOLUTION

RÉVOLUTION


Version française – RÉVOLUTION – Marco Valdo M.I. – 2013
d'après la version italienne de Riccardo Venturi d'une
Chanson corse – Revoluzione – L'Arcusgi – 1995

Paroles et Musique: L'Arcusgi
Album: Scrittori di a storia








L'Arcusgi
(Riccardo Venturi)



« À toi, la parole enracinée
Née dans ce vent qui secoue
Tu te diffuses dans chaque pensée
Sans que personne ne t'entende. » peut-être que les vers initiaux de cette chanson de 1995 (tirée de l'album Scrittori di a storia) sont, en même temps, parmi les plus belles définitions de la Révolution et pas proprement « pacifiste » ou, de toute façon, inoffensive ou bonne pour tous. Les chansons des Arcusgi sont des chansons de lutte et je le sais mieux que personne, les ayant connus dans une de leurs apparitions lors des « Trois Jours de Musique Populaire » du CPA Firenze Sud. Chansons de lutte de peuples opprimés, car il est inutile de faire comme si de rien n'était et tourner la tête de l'autre côté ; les peuples opprimés existent de la même manière là où existent les États oppresseurs, lesquels d'autre part, sont souvent même faits pour opprimer leurs propres peuples. Il n'est pas donc « étrange » que, dans une chanson du genre, il y ait ensuite des références précises et claires à la disparition de la guerre et à la paix ; mais certainement pas la « pacetta » (petite paix) faite d'acceptation du statu quo, et même pas la « paix » personnelle ou « intérieure » – qu'on fait souvent sournoisement passer pour « nécessaire » pour atteindre une « paix universelle » sous l'égide d'une fausse puissance surnaturelle de contrôle. Ce que disent les Arcusgi n'est en rien étrange et entièrement conséquent ces « Basques corses » irréductibles, encore convaincus d'un indépendantisme qui n'est pas une fin en soi, mais inséré dans une rébellion universelle (autrement dit un internationalisme, qui est l'exact contraire de nationalisme). [RV]

Ce sera un « principe inspirateur » de toutes les « traductions du corse » que je ferai dans les temps prochains ; dans un premier temps, il avait été tacitement décidé qu'il n'y en avait pas besoin, vu que les Corses eux-mêmes, sans pour ceci mettre en doute, le moins du monde, la nature et l'usage du corse comme langue à part entière, savent très bien qu'il s'agit d'un langage appartenant au système italien et, en particulier, toscan. Pour le soussigné, retrouver par exemple dans le corse « trinnicà » (ébranler, déplacer, branler) l'elbano occidental « trenicà » entendu et utilisé depuis la petite enfance, fait toujours un grand plaisir comme pour des dizaines d'autres mots. Cependant, ce qui peut être naturel pour moi, peut ne pas l'être pour d'autres ; suivre un texte écrit en corse peut parfois réserver des « moments d'obscurité », et la langue parlée est beaucoup moins simple que celle écrite. Donc on réécrira les textes en italien, avec la perspicacité de coller autant que possible au texte original. [RV]



À toi, la parole enracinée
Née dans ce vent qui secoue
Tu te diffuses dans chaque pensée
Sans que personne ne t'entende.

Avec toi, c'est le baiser volé
D'un avenir plus coloré
Qui au loin se répand
Comme un parfum de printemps.

Révolution appelle des voix rebelles
Révolution veut des voix fraternelles
Révolution appelle des voix rebelles

À toi ce regard bleu foncé
De souffle marin baigné
Qui pour l'avenir rêve
D'une vie sans chaînes.

Par toi sont baignés la prière
Et les larmes d'une mère
Pour ce père qui est tombé
Pour ce fils incarcéré.

Révolution appelle des voix rebelles
Révolution veut des voix fraternelles
Révolution appelle des voix rebelles

Par toi renaîtra le germe
D'une conscience qui se resserre
Pour faire disparaître la guerre
Des confins de la terre.

Cette colombe blanche, en effet
Qui avance à ton flanc
Porte un rameau de paix
Pour cette humanité qui vient là devant

En nous toujours courra
Un fleuve fou qui avalera
Les idées faites de pauvreté
Pour faire renaître la vérité

Révolution appelle des voix rebelles
Révolution veut des voix fraternelles
Révolution appelle des voix rebelles

En nous toujours courra
Un fleuve fou qui détruira
Les digues fondées
De mensonges pétrifiés
Révolution appelle des voix rebelles
Révolution veut des voix fraternelles
Révolution appelle des voix rebelles


Révolution appelle des voix rebelles
Révolution veut des voix fraternelles
Révolution appelle des voix rebelles

vendredi 22 novembre 2013

LE CHANT DES AFFAMÉS

LE CHANT DES AFFAMÉS


Version française – LE CHANT DES AFFAMÉS – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne (Laziale Romanesco) - Il canto degli affamati – Il muro del canto – 2013
Paroles : Daniele Coccia
Musique : Il Muro del Canto


Nous avons déjà un Canto degli affamati (CHANT DES AFFAMÉS) du dix-neuvième... celui-ci est « LE NOUVEAU CHANT DES AFFAMÉS » contemporain... J'espère l'avoir transcrit assez bien à l'audition (même si je suis de Turin). Bienvenue aux corrections.




Toits de Rome - Carlo Levi





J'ai bossé tout l'été
Et soif et faim me sont restées
Ma femme est blanche comme la cire
Et pour la soirée rien à cuire

À contrejour, on dirait deux fantômes
Il ne nous reste que la voix qui proteste
Cette guitare qui n'a qu'une seule corde
Et à minuit, le cœur qui se restaure

Cette chanson le vent l'emporte
Plus haut que Saint Pierre et le Parlement
Cette Rome miséreuse, acide
Une main derrière, une main devant.

Celui qui a quelque chose le garde serré
Près du lit, il tient son fusil chargé
Il se lève toutes les demi-heures et contrôle
S'il n'y a pas quelqu'un qui mange

Celui qui n'a rien vit au jour le jour
Il vend ses habits et mange la salade
Il compte ses os tout au long du jour
Sa faim, sa faiblesse le rendent malade

Cette chanson le vent l'emporte
Plus haut que le Parlement et Saint Pierre
Cette voix s'est élevée de bonne heure
La Rome des pauvres dort encore

Je ne mange rien depuis trop de temps
Je mangerais une ceinture de serpent
Je n'y rêve même pas, tant elle est chère
Je mangerai la selle de l'âne.

J'ai tellement faim que sommeil je n'ai plus
Ça fait des jours que de faim, je ne dors plus
Un autre système, il faudrait inventer
Pour ne plus aller dormir sans manger

Cette chanson le vent l'emporte
Plus haut que Saint Pierre et le Parlement
Cette Rome miséreuse, acide
Une main derrière, une main devant.

mercredi 20 novembre 2013

AIDA

AIDA




Version française – AIDA – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – Aida - Rino Gaetano – 1978








Tiens, Lucien l'âne mon ami, encore une chanson qui raconte l'Italie.




Ça me rappelle cette vieille chanson française de Mireille et Jean Nohain qui disait à peu près ceci et j'en profite pour paraphraser directement: « Quand un chanteur d'Italie rencontre un autre chanteur d'Italie, qu'est-ce qu'ils se racontent des histoires d'Italie... »...




Mais, Lucien l'âne mon ami, soudain, j'y pense, elle n'est pas si anodine ta réminiscence et cette chanson d'une autre époque ; elle date de 1935 et elle pourrait bien s'appliquer à ce qui se passe aujourd'hui...




Bon, Marco Valdo M.I. mon ami, je t'arrête tout de suite, on n'est pas ici pour parler de Mireille, Jean Nohain, le Vicomte et Tonton Georges... Tu le feras une autre fois. Et puis si j'ai fait allusion à cette chanson, c'est pour dire que ce n'est pas la première chanson italienne sur l'Italie ou dont l'Italie est un des personnages dont on rapporte l'histoire. Il y a eu … Cinquante-deux chansons recensées, ici dans les CCG... y compris, celle de Gaber [[39805]], que tu avais insérée et traduite sous le titre « Je ne me sens pas Italien ». Voilà tout. Alors, raconte-nous... Elle dit quoi la canzone de Gaetano ?



Pour ça, je te renvoie à la longue introduction de Riccardo Venturi que je t'ai spécialement traduite. Et à ces cinquante-deux chansons sur l'Italie déjà recensées ici, j'ajouterais volontiers un de ces jours les « Huit jours en Italie » de Boris Vian, version carte postale de l'Italie vue d'ailleurs en Europe ou dans le monde ; chanson où par contraste, en quelque sorte, on découvrira la portée et le sens de cette « Histoire d'Italie », vue par Rino Gaetano. Septante ans d'Histoire d'Italie... S'il n'avait bêtement perdu la vie, que n'aurait-il pu en raconter des cent ans d'Aida ? Et c'était à cela que je voulais en venir, à cette Italie contemporaine en proie aux mêmes maux et peut-être en pire état encore que celle évoquée par la chanson. Même si les mêmes maux malmènent le reste de l'Europe, en Italie, les effets néfastes sont plus nets et les décrépitudes plus marquées. De ce point de vue, l'Italie est en avance. On disait l’autre jour, « Regardez ce qu'ils font aux Grecs... » ; ici, on dira « Regardez ce que fait l'Italie... »






Je regarde et je comprends à quoi tu fais allusion... C'est en effet caricatural et partant, on peut s'imaginer ce qu'en aurait dit Rino Gaetano ou ce qu'il en aurait fait dire à une Aida centenaire... Mais laissons courir l’imagination et reprenons notre tâche qui consiste très précisément à tisser le linceul de ce vieux monde caricatural, obscène, décrépit, autodestructeur, suicidaire et cacochyme.






Heureusement !









Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane









Aida est l’Italie
de Riccardo Venturi





« Aida » est l'Italie. Dans cette chanson, difficile et splendide, Rino Gaetano a su tracer de son style inimitable et lié à la symbologie, une fresque de toute l'Italie contemporaine, du fascisme à la guerre, de l'après-guerre aux scandales et aux difficultés énormes des années '70.


Pour le faire, Rino choisit pour titre un nom symbolique. Aida. L’œuvre de Giuseppe Verdi écrite pour célébrer l'ouverture du canal de Suez (et lorsqu'on dit canal de Suez, la mémoire pense stratégies, guerres, affaires planétaires). Mais c'est aussi, dans le sillage de l’œuvre de Verdi et d'une présupposée glorification du « génie italien », un nom porté par des centaines de petites vieilles. Bien que le canal de Suez ait été réalisé par le Français Ferdinand De Lesseps, les projets originaux semblent devoir être attribués à l'ingénieur italien Luigi Negrelli, qui ne reçut jamais aucune reconnaissance officielle, mais qui en Italie fut à la longue considéré comme le « vrai réalisateur » du canal. Dès lors, on doit parler d'authentique coup de génie de Rino Gaetano pour le choix de ce nom.


Et ça commence avec les brefs vers de la chanson, étalés l'un derrière l'autre, rauquement hurlés, entrecoupés de quelques phrases musicales. Aida, c'est-à-dire l'Italie, feuillette son album de photographies. Ses souvenirs. Et ce ne sont pas de doux souvenirs. Ce sont des souvenirs de tabous, qui vont de pair avec les « madones » et avec les « rosaires » d'une tradition catholique qui représentent une partie décisive de son histoire et même une partie décisive de sa tragédie.


Les « mille mers » de la « mare nostrum », des Républiques Marines dont les drapeaux campent sur le drapeau de la marine militaire, de la rhétorique du pays des saints et des navigateurs. Une rhétorique nationaliste qui a son prolongement naturel dans l'« alalà » du fascisme. Les symboles de la chanson procèdent en un enchaînement historique parfait et ils n'épargnent pas le costume (les « vêtements de lin et soie » est, peu le savent, une citation des actualités de l'Istituto Luce sur le mariage d'Edda Mussolini et Galeazzo Ciano : « vêtus de lin et de soie, après la cérémonie, ils s'avancent vers leur radieux futur de nouveaux époux ».) Il y elle a Marlène (Marlène Dietrich ou Lilì Marlene, peu importe), il y a les Temps Modernes de Charlot et avec eux, la période d'entre deux guerres.


Et « après juin », c'est-à-dire après le 10 juin 1940, date où Benito Mussolini plastrona au balconnet du Palazzo Venezia pour annoncer aux « Italiens du ciel, de terre et de mer » que « l'heure sonnée par le destin » était arrivée, voilà le « grand conflit », voilà l'« Égypte » d'autres rhétoriques guerrières (El Alamein, Giarabub…). Voilà les « marches et croix gammées », voilà les « fédéraux » fascistes (comme ne pas penser au film avec Ugo Tognazzi ?). Sous les lanternes, qui pourraient être précisément celles de Lilì Marlene, il y a seulement obscurité. Il y a l’obscurcissement des nuits de guerre. Il y a le noir d'un futur qui n'apparaît pas possible. Le « retour dans un pays divisé », dans un après-guerre « plus noir sur le visage » dans lequel l'amour cependant a une couleur bien précise : le rouge.


Le premier refrain : « Aida, comme tu es belle ». Le premier cri, à la fois ironique et terriblement sincère, d'amour à ce pays de merde, finit la première partie de l'histoire et commence la deuxième.


La seconde partie, celle de l'après-guerre. Batailles et compromis, un pays en proie à la pauvreté la plus noire, aux travailleurs qui ont faim, au spectre de la « terreur russe » agitée à partir de 1947. Le plan Marshall, l'exclusion des communistes du gouvernement, le 18 avril. Avec un seul très bref vers, l'histoire est transplantée dans ses mille ruisselets. Ceci suffirait seulement pour faire définir Rino Gaetano un « très grand », et sa chanson un chef-d’œuvre absolu.


Christ et Staline.
Avec ce « Stalìn » prononcé à la façon populaire (parfois on disait même « Stalino »). Le chef de l'Union soviétique, le phare des travailleurs mis comme un paysan vénétien. L'excommunication des communistes par Pie XII en 1949. La célèbre affiche électorale du DC (« Voulez-vous qu'arrive ceci… ? ») avec les chars russes sur la place Saint-Pierre.


L'assemblée Constituante. La démocratie, suivie ce désespéré « et c'est qui qui l'a », c'est presque dire que la démocratie en Italie n'a été qu'une illusion, une façade derrière laquelle on cachait l'éternel fascisme qui remonte toujours à la surface. Et c'est l'histoire de ces jours-ci. C'est une histoire qui ne finit pas. Qui semble ne devoir finir jamais.


« Trente ans de safari », de chasse au gros gibier. La déprédation. On ne peut pas ne pas penser ici à Pasolini. Les scandales, des « antilopes » de Lockheed aux « peaux de lapin » de certaines dames, toutes en fourrure, qui faisaient le pendant aux détenteurs du pouvoir et qui parfois en étaient les victimes (qui me vient à esprit ? peut-être la patronne Maria Pia Fanfani, peut-être Wilma Montesi… ou peut-être un mélange des deux).


Aida, comme tu es belle. Voilà. Dommage que maintenant tu te sois encore si décidément enlaidie, cassée, abrutie. Qui sait ce qu'aurait écrit Rino Gaetano si une maudite nuit de juin, il ne s'en était pas allé ; d'autre part, il fut aidé à s'en aller précisément par ce foutoir spécifiquement italien de ne pas trouver une place aux urgences. Qui sait ce qu'aurait été la suite d'« Aida ». Mais il est inutile de lui demander. Rino Gaetano a été mis à l'écart. De temps en temps, on entend « Gianna Gianna ». Pour situer finalement « Mon frère est fils unique » à la place où il doit être, il y a fallu un film sur une radio réprimée. Le reste ? On ne sait pas.






Elle feuilletait
Ses souvenirs
Ses instantanés
Ses tabous
Ses madones
Ses rosaires
Et mille mers
Et alalà
Ses vêtements
De lin et de soie
Ses bas résille
Marlène et Charlot
Et après juin
Le grand conflit
Et ensuite l’Égypte
Et un autre âge
Marches et croix gammées
Et les fédéraux
Sous les flambeaux
L'obscurité
Et ensuite le retour
Dans un pays divisé
Plus noir sur le visage
Plus rouge d'amour

Aida
Comme tu es belle

Aida
Tes batailles
Tes compromis
Ta pauvreté
Tes salaires bas
La faim frappe
La terreur russe
Christ et Staline

Aida
Ta Constituante
Ta démocratie
Et c'est qui qui l'a
Et ensuite trente ans
De safari
Aux antilopes et jaguars
Aux chacals et lapins

Aida
Comme tu es belle