vendredi 2 septembre 2022

Le Congé éternel


Le Congé éternel


Chanson française — Le Congé éternel Marco Valdo M.I. — 2022




LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.




LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; 064. Que faire ?; 065 : Ni chaud, ni froid ;

 

 

Épisode 66







LA MÉRIDIENNE

Vincent Van Gogh — 1890-91





Dialogue Maïeutique


À voir ce titre, dit Lucien l’âne, j’ai des visions macabres.

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, détrompe-toi, il n’en est rien. Ce congé éternel est bien sûr une vision de l’esprit, mais pas nécessairement macabre. En fait, il désigne autre chose que ce que tu imaginais. Évidemment, cette expression de « congé éternel » convient parfaitement pour désigner la mort et de ce point de vue, tu as complètement raison, je ne saurais en disconvenir.


Soit, dit Lucien l’âne, mais alors quoi ? De quoi est-il question ?


Ah, dit Marco Valdo M.I., ce congé éternel, c’est tout le contraire du temps macabre, ce n’est vraiment pas l’univers de la mort, c’est la vie, mais par n’importe quelle vie. C’est là le thème central de la chanson : la vie en rêve.


« La vie en rêve, c’est évident,

C’est le véritable paradis.

En rêve, personne pour vous obliger ;

La vie alors est un éternel congé. »


Qui peut avoir de telles idées ?, demande Lucien l’âne.


Comme d’habitude en ce voyage, dit Marco Valdo M.I., et j’ajouterais, comme d’ordinaire en Zinovie, qui a de telles idées se garde bien de révéler son identité ; c’est une voix anonyme et c’est la voix de toute la chanson.


Et donc pas si anonyme que ça, dit Lucien l’âne, même si on ne peut lui mettre un nom.


Peut-être, répond Marco Valdo M.I., mais en tout cas, elle échappe ainsi aux services et à leurs sévices.


Alors, que dit-elle cette vox clamantis in deserto zinoviano ? , demande Lucien l’âne.


En fait, continue Marco Valdo M.I., cette vie en rêve est une manière de clandestinité, un moyen de résistance (au demeurant fort efficace) que cette voix anonyme expose – à bons entendeurs, salut ! C’est aussi un mode de survie en Zinovie, où la vie quotidienne est à la fois, terne et pesante, toujours sous contrôle et la victime des mouchards et des dénonciations. Cependant, la vie en rêve demande un apprentissage, de l’entraînement et de l’expérience – comme la marche, on l’apprend en la pratiquant. Elle suppose aussi une auto-discipline et une grande discrétion. En quelque sorte, il faut se fondre dans le paysage, ne jamais se laisser deviner.


Oh, dit Lucien l’âne, c’est l’intime forteresse ; c’est tout un art.


En effet, dit Marco Valdo M.I. ; et la leçon vaut également pour tous les mondes oppressifs, que l’oppression soit fille d’une autocratie, de l’idéologie ou de la religion, elle n’en est pas moins oppressive. Maintenant, pour le reste de la chanson, la voix de l’inconnu zinovien raconte sa vie, l’endroit où il est né – dans un village perdu d’une lointaine province là-bas au fond de la Zinovie ; son départ à la ville dans le grand exode des populations paysannes de Zinovie – il en résulta des disettes et des famines énormes ; un épisode imaginaire de défilé militaire ; ensuite, l’histoire d’un savant exilé que les services (dits de sécurité) vont empoisonner.


Voilà des choses très diverses et pas roses, dit Lucien l’âne, et pour la dernière, carrément effroyable. Je vais te dire, moi, avec tous ces épisodes de ce voyage – on en est au soixante-sixième, je commence à me faire une idée de la vie en Zinovie et j’avoue que je m’y ferais guère et même, à vrai dire, pas du tout. Raison de plus pour continuer notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde infâme, infernal, infirme, infini et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Nés en province, au fin fond,

Là où on vivait sans façon

Avant et pendant la révolution ;

Après, on a quitté nos maisons

Pour aller en ville chercher

Fortune et vivre la modernité.

Au village, on retourne parfois

Enterrer grand-père, enterrer grand-mère,

Et retrouver de notre commune prospère

Les ruines, les friches et les bois.

La télé, le frigo, les jeans et les collants

Y sont à présent d’un usage courant.


Imaginez : on déboucherait sur la place,

On montrerait la face, on marquerait le pas.

On n’entendrait plus que notre pas.

On marquerait le pas, on montrerait la face.

La foule médusée ferait silence :

Elle ne verrait que notre être immense.

Logique : même à boire de l’eau,

L’excès est un défaut.

Logique : prolonger la vie des gens

Est certes une bonne chose ;

Logique : elle peut être une mauvaise

Chose pour le Guide et les dirigeants.


Vivre endormi, jamais d’éveil

Le sommeil, c’est mon conseil.

Dormir debout est mon postulat,

Pour vivre une vie sans embarras,

La vie en rêve, c’est évident,

C’est le véritable paradis.

On échappe au gouvernement

On échappe au parti,

Pas de contrôle, pas d’irruption,

Pas d’armée, pas d’espions.

En rêve, personne pour vous obliger ;

La vie alors est un éternel congé.


Un savant de chez nous, écœuré,

Est parti vivre loin à l’étranger.

En Zinovie, on ne pouvait l’interner,

On ne pouvait le mettre en prison,

On ne pouvait le faire mourir.

Comment expliquer les raisons ?

Il avait fallu le laisser aller,

C’était le moyen de s’en débarrasser.

En Zinovie, on a préféré le bannir.

On ignore la nature du poison

Et l’identité des exécutants,

À l’étranger, morts aussi, maintenant.




jeudi 1 septembre 2022

LES CHAÎNES D’ACIER

 


LES CHAÎNES D’ACIER


Version française — LES CHAÎNES D’ACIER — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après les versions

italienne : CATENE D’ACCIAIO — Cristina Contilli — Ines Scarparolo
et anglaise : STEEL ROOTS — Translated from the Farsi Dari by Farhad Azad

d’une chanson afghane en persan : رشته های پولادينNadia Anjuman — 2001






ANDROMÈDE ENCHAÎNÉE

Rembrandt — 1631


 

 




« Catene d’acciaio » (Chaînes d’acier) est le titre donné à ce poème dans la traduction italienne, qui accentue l’image de la souffrance par rapport à la traduction anglaise intitulée « Steel roots » (Racines d’acier). Nadia ne voit en fait aucune lueur d’espoir, même le poème ne parvient pas à libérer l’être humain en identifiant une zone libre du désespoir.

La traduction italienne, précieuse, est une reprise assez libre du poème qui ne s’écarte pas du message de l’auteur. Ce n’est que dans la partie centrale qu’il nous semble que la traduction anglaise parvient à solliciter quelques vibrations supplémentaires : « my amorous words hark back to death / the river shall flow at the foot of hope's flower vines » (mes mots amoureux renvoient à la mort / la rivière coulera au pied des vignes fleuries de l’espoir).

Sur Nadia Anjuman, se sont croisées les failles d’une société qui espérait se débarrasser bientôt de siècles d’obscurantisme et d’oppression tribale grâce à un changement de régime. La réalité était bien différente… Nadia a vécu cet état de désillusion et de malaise à fleur de peau, dans sa sensibilité de femme et d’artiste, loin de la politique et des statistiques.

C’est un langage qui se manifeste plus clairement aujourd’hui. Quarante millions d’Afghans sont pris dans un étau : d’une part les délires théocratiques anachroniques, fonctionnels au blocage des relations sociales, d’autre part les délires d’omnipotence de ces secteurs occidentaux qui mettent tout un peuple au banc des accusés et en état d’isolement, avec des millions de personnes affamées et analphabètes, coupables de contiguïté avec les terroristes du 11 septembre.

Ubi solitudinem faciunt, pacem appellant.


[Riccardo Gullotta]









Mes lèvres bannies de la nef du chant,


Les murmures arrachés de mon cœur,


Pour ma nature riante, pour la joie et le bonheur,


L’homme est douleur et chagrin consternant.


Mon travail cligne d’étoiles ;


Le conte mes rêves infinis dévoile.


Ne demandez pas l’amour, encore ;


Ses mots renvoient à la mort.


L’espoir coule au pied des vignes,


La musique achoppe au tempo de mes larmes,


Je suis fille de la ville des sonnets et des odes.


Malades et naïfs sont mes vers routiniers,


Mes semis n’ont pas connu le jardinier.


N’attendez pas grand-chose de mes bourgeons,


Main, pied, langue entre les chaînes d’acier,


Sur le dos du temps, écrivent mon nom.

mardi 30 août 2022

BOUCHE CLOSE

 


BOUCHE CLOSE

Version française — BOUCHE CLOSE — Marco Valdo M.I. — 2022

D’après la version anglaise — NO DESIRE TO OPEN MY MOUTH de Mahnaz Badihian (Mahnaz Badihian est une poètesse et écrivaine iranienne, naturalisée américaine depuis 30 ans. Sa traduction est la référence pour les autres langues ; sans son soutien, nous n’aurions aucune connaissance des poèmes de Nadia Anjuman.)

espagnole : Trasversales : NO DESEO ABRIR LA BOCA

et italiennes : Ines Scarparolo et Cristina Contilli — NON HO VOGLIA DI APRIR BOCCA et NESSUNA VOGLIA DI PARLARE

d’une chanson en langue persane (afghane) نیست شوقی که زبان باز naset shewqa keh zeban baz Nadia Anjuman — 2005


Poèsie : Nadia Anjuman


Interprété
e par : 1. Inconnues, 2. Miriam GuidettiChristopher Gunning, 3. unaisladeideas




UNE FEMME AFGHANE – BOUCHE CLOSE

2022




Nadia Anjuman fine poètesse afghane, morte à 25 ans, semble avoir projeté sur elle toutes les contradictions d’un peuple écrasé entre les superstructures féodales et la modernité. Elle est le paradigme de la femme afghane, un être considéré comme marginal, réduit à un objet, une image réifiée de la violence. Elle a été tuée par son mari lors d’une violente dispute.


Sur la condition des femmes en Afghanistan


Selon le département des affaires économiques et sociales des Nations unies, la population afghane en 2022 sera d’environ 41 millions d’habitants, dont 51,7 % d’hommes et 48,3 % de femmes. Le taux de croissance annuel est de 3 %.

Le taux d’analphabétisme de la population adulte (plus de 15 ans) est de 76 % pour les femmes, 48 % pour les hommes.

Le taux d’analphabétisme de la population jeune (moins de 15 ans) est de 54 % pour les filles, 30 % pour les garçons.

L’Afghanistan occupe l’une des dernières places du classement mondial pour le taux d’alphabétisation.

Selon les statistiques de l’OIT (Organisation internationale du travail), la main-d’œuvre féminine à la fin de 2021 est de 17 % sur un total de 9,7 millions, et se réduit progressivement. En 2021, selon les données de la Banque mondiale, le taux de participation à la population active est de 14,85 % pour les femmes et de 66,52 % pour les hommes, avec une tendance significative à la baisse dans les deux cas.

La répartition en pourcentage de la main-d’œuvre féminine dans les différents secteurs en 2020 était la suivante : 52 dans l’agriculture, 25 dans la fabrication de textiles, 18 dans l’administration publique et le secteur tertiaire (données de l’OIT).

L’Afghanistan est le pays où le taux d’emploi des femmes est le plus faible au monde. Les personnes souhaitant analyser cette question plus en détail peuvent consulter la monographie Desai et Li Analyzing FLFP in Afghanistan, Harvard University, 2016, en précisant que les projections indiquent une détérioration continue des indicateurs en lien avec la montée en puissance des talibans.

Voir quelques photos de femmes afghanes dans la ville dans les années 1970.

Il n’y a pas besoin de dire un mot sur le rôle des femmes dans la société afghane ; les informations ne manquent pas dans les médias de diverses orientations. Nous aimerions ajouter quelques points sur lesquels le courant dominant ne s’est pas attardé, peut-être en raison de la difficulté d’obtenir des informations directes.

Nous sommes tombés sur un communiqué sur le site web afghan du ministère de la justice. Poussés par la curiosité, nous avons alors pu constater ce qui suit. Le ministère des Affaires féminines [dari : وزارت امور زنان], créé en 2001, a été supprimé le 7 septembre 2021, après la prise du pouvoir par les talibans. Ses fonctions ont été transférées au " Ministère de la diffusion de la vertu et de la prévention de la dépravation " [dari : وزارت دعوت و ارشاد امر بالمعروف و نهی المنکر] [sic]. Même si aucun lecteur n’a la moindre connaissance du dari, y compris l’auteur, il peut être intéressant de parcourir les images du document pour se faire une vague idée de la police des mœurs au ministère.


Quelques faits saillants


26 décembre 2021 : de nouvelles restrictions entrent en vigueur pour les femmes afghanes. Elles ne peuvent pas voyager à plus de 50 miles (72 km) si elles ne sont pas accompagnées par le tuteur masculin, le mahram [مهرام]. Il y a des femmes sans tuteur, pas par leur propre volonté. Aucune exception n’est autorisée. Les chauffeurs de taxi sont tenus de signaler (ou de dénoncer) les transgressions. La police des mœurs fait le guet.


Mars 1922 : les femmes afghanes ne sont plus autorisées à prendre des vols intérieurs ou internationaux si elles ne sont pas escortées par leur tuteur masculin, le mahram.


22 mars 2022 : les écoles pour filles de plus de 6ᵉ année sont définitivement fermées.


7 mai 2022 : le ministère susmentionné publie un décret sur la tenue des femmes et les sanctions en cas de transgression. Toutes les femmes afghanes sont tenues de porter au moins le hijab, un voile qui les couvre, ou une robe longue, en veillant à ce qu’elle ne soit ni serrée contre le corps ni assez fine pour qu’on puisse la voir en dessous. Si une femme est arrêtée sans le hijab, le tuteur, le mahram, est responsable.

Trop stricte ? Pas du tout, le choix des alternatives est large : burqa, niqab, tchador, shayla, al-amira, khimar. Sur la haute couture islamo-afghane, il n’y a pas lieu de s’attarder, peut-être à une autre occasion.


Des informations récentes sur le statut des femmes en Afghanistan peuvent être lues dans les articles de Ruchi Kumar, DW, Zahra Nader e di Kreshma Fakhri.


Le poème


Le poème proposé fait partie du recueil گل دودی [Gul-e-dodi] / Fleur de fumée. Les poèmes de Nadia n’ont pas de titre. Certains traducteurs italiens l’ont intitulé « Cri de douleur ». D’autres s’en tiennent à la pratique consistant à répéter le premier vers, de sorte que le titre est « Nessuna voglia di aprire bocca ».

C’est aussi dans ce poème que Nadia manifeste toute son angoisse, entre désespoir étouffé et envie de réagir. « Je ne suis pas un peuplier faible.

Aucune hésitation, seulement le désarroi de ceux qui, jusqu’à hier, avaient cru à une autre réalité. « J’ai été silencieuse pendant trop longtemps, mais je n’ai pas oublié la mélodie ».

Nadia n’a pas d’autre moyen de protestation que les mots : tranchants, secs, directs mais avec une profondeur unique, celle que seuls les êtres touchés au plus profond d’eux-mêmes sont capables d’exprimer avec une simplicité désarmante.

Il ne s’agit pas d’une invocation consolatrice, mais d’une parole prononcée « pour me rappeler qu’un jour je détruirai cette cage et m’envolerai loin de la solitude ».

C’est la parole qui veut se matérialiser, la parole qui est devenue du sang.


Les interprétations


La première interprétation proposée est celle de deux jeunes femmes afghanes qui, dirait-on, connaissent bien l’œuvre de Nadia. Nous ne pouvons en dire plus, leurs noms ne sont pas connus bien sûr, ni l’origine de la mélodie, elles risqueraient beaucoup plus que la peine qu’elles subissent déjà en tant que femmes afghanes. Seule la chaîne youtube a rendu cela possible est connue, " The last torch ".

Dans le second, Miriam Guidetti récite le poème en italien avec une force expressive remarquable. La musique de fond est due au compositeur anglais Christopher Gunning.


[Riccardo Gullotta].








Aucune envie de parler

Pour que chanter ?

De moi, la vie désespère :

Chanter ou se taire,

Parler de douceur,

Avec tant de rancœur ?

D’un tyran, la rage farouche

Bouche ma bouche.

Personne dans ma vie,

Pas de douceur amie.

Tout est indifférent : rire, dire,

Mourir, vivre.

Avec ma seule détresse,

Ma douleur, ma tristesse,

Je suis née pour le néant,

Ma bouche est condamnée.

Mon cœur, sens-tu le printemps ?

De la fête, voici le temps.

Que faire ? Mon aile brisée,

M’empêche de voler.

Longtemps, je me suis tue,

Je voilais ma mélodie perdue.

Je ressasse à présent

En mon cœur, les doux chants,

Secrets messages

Du jour où je briserai la cage,

Où je laisserai cette solitude,

Où je psalmodierai mon hébétude.

Je ne suis pas tremble tremblant,

Ballotté au gré du vent.

Je suis femme afghane,

Cela seul me condamne.