mardi 5 octobre 2021

Le Parti National Social

 


Le Parti National Social


Chanson française – Le Parti National Social – Marco Valdo M.I. – 2021


Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.


Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 – La Prise de Monastir ; Épisode 6 – La Vérité sur La Prise de Monastir ; Épisode 7 – Le Parti et les Paysans ; Épisode 8 – Le Premier Chrétien ; Épisode 9 – Le Provocateur ; Épisode 10 La Victoire morale ; Épisode 11 – Le Parti et ses Partisans ; Épisode 12 Le Monde des Animaux ;



Épisode 13






PROMÉTHÉE

Antonín Procházka - 1911



Dialogue maïeutique


La politique, Lucien l’âne mon ami, est une chose curieuse, une étrange pratique que l’on trouve dans certaines sociétés humaines ; celles qui se veulent civilisées.


Oui, dit Lucien l’âne, de ça, je suis au courant et j’en ai vu mille formules. À mon idée, c’est le mot qu’on utilise pur désigner la manière dont on organise la direction et le fonctionnement du pouvoir dans la société des hommes. Par exemple, chez nous les ânes, il n’y a pas de politique ainsi conçue.

D’un certain point de vue, reprend Marco Valdo M.I., c’est bien la distinction qu’établit la chanson dès le départ, quand elle déclare :


« Chez les sauvages, il n’y a pas de parti ;

Chez les sauvages, on ne fait pas de politique.

Les gens civilisés ont des partis ;

Les gens civilisés font de la politique. »


Du même point de vue, indique Lucien l’âne, il n’y a rien à y redire. Cependant, d’un autre point de vue, j’y sens une sorte d’ironie assez complexe et pur tout dire, à double sens. On devrait y voir plus clair avec le reste de la chanson.


Là, Lucien l’âne mon ami, tu n’as pas tort, car la chanson est une charge contre un parti politique concurrent et surtout, contre son penchant au nationalisme tchèque et à l’antisémitisme.


Oui, dit Lucien l’âne, toute cette explication est fort belle, mais elle manque quand même de précision. De quel parti s’agit-il ? A-t-il réellement existé dans l’histoire et quel était, à ce moment, son profil ?


Ah, dit Marco Valdo M.I., il me faudra bien donner des explications. Je vais le faire en style télégraphique ; de manière concise, car on ne peut ici faire une conférence encyclopédique sur la politique en pays tchèque. Il faudrait remonter à Jean Huss, au moins. Donc, pour ce qui nous intéresse ici, on est en 1911 dans l’Empire austro-hongrois, dans cet Empire, les Tchèques se trouvent sous la domination de l’Autriche dont Vienne est la capitale. Parmi les partis politiques tchèques, en dehors du parti des agrariens – parti paysan, il faut comprendre des propriétaires terriens et des fermiers aisés, qui est le premier parti, émergent deux courants numériquement plus importants et rivaux : les sociaux-démocrates et le Parti National Social. Tous se veulent tchèques et défenseurs de la nation tchèque, mais le Parti National Social se distingue par sa virulence, sa xénophobie et sa haine des juifs. C’est sur le plan de l’Empire, le plus vindicatif et celui affiche le plus des positions de matamore. Par la suite, après la guerre de 1914-18, et l’indépendance de la Tchécoslovaquie, il évoluera dans un sens plus démocratique et abandonnera l’antisémitisme. C’est lui que vise la chanson.


En voilà une histoire, dit Lucien l’âne, mais comme je dis toujours, on ne saurait faire une histoire dans la raconter.


Oui, dit Marco Valdo M.I., mais de là à utiliser les médias – ici le journal « Vienne tchèque », pour raconter des histoires fausses, pour inventer des faits divers afin de déclencher et entretenir la haine, pour capitaliser des électeurs et des supporters sur le mensonge et la méchanceté, sur l’appel aux bas instincts, il y a une marge qu’il ne faut jamais franchir.


Oui, je vois de quoi parle la chanson, dit Lucien l’âne, avec cette histoire de la couturière tchèque violentée par son patron juif et social-démocrate en plus et une intrigue de romans populaires de cette époque. Des rumeurs comme ça, qu’est-ce que j’en ai entendues, on en invente tout le temps. C’est vraiment puant. Ça finit par des pogroms ou des émeutes et quand ça déborde, ce sont les guerres civiles ou internationales.


Avant de conclure, dit Marco Valdo M.I., il me semble que ce parti et son comportement sont en quelque sorte des précurseurs de partis qui se diront nationaux et affirmeront une forte connotation sociale, comme le Parti National Socialiste en Allemagne ou le Parti National Fasciste en Italie. Si l’on s’en tient à la chanson, on dirait qu’il a fait école, alors qu’on sait qu’en réalité, il s’inscrivait tout à fait bien parmi d’autres dans le courant nationaliste qu’on trouve partout en Europe à ce moment et même au-delà des océans.


Oui, dit Lucien l’âne, c’est quand même exemplatif, ça donne à penser et pourquoi ne pas le dire, à craindre, quand on voit ce qui se passe actuellement dans certains pays d’Europe et d’ailleurs. L’avenir va-t-il nous repasser les vieux plats ? En attendant ce qui sera, redisons le mot de Piero Calamandrei, à la fin de son épigramme « Lo Avrai camerata Kesselring ! » : « Ora e sempre, Resistenza ! » – « Maintenant et toujours : Résistance ! » et tissons le linceul de ce vieux monde national, brutal, déséquilibré mental, insensé et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient, Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Chez les sauvages, il n’y a pas de parti ;

Chez les sauvages, on ne fait pas de politique.

Les gens civilisés ont des partis ;

Les gens civilisés font de la politique.

Chez nous, on a les sociaux-démocrates

Et le Parti National Social – tchèque,

Qui est différemment démocrate,

Qui à Vienne, publie « Vienne tchèque »

Avec l’œillet rouge et blanc sur le plastron,

Sa devise est : « Ne courbons pas le front. »


À « Vienne tchèque », organe national-social,

Le rédac-chef écrit son édito dans les cabinets,

Là où, dans sa solitude, il a la paix.

Il mène le combat sans cérémonial

Contre ces traîtres à la nation, que sont

Les sociaux-démocrates, vendus aux juifs ;

Le rédac-chef écrit aussi un feuilleton :

Une couturière est membre du Parti National-Social ;

Abusée, elle tue son chef juif ;

Il était social-démocrate, c’était fatal.


Après le meurtre de son séducteur,

La couturière va en prison ;

Elle accouche d’un garçon,

Confié à un oncle tuteur,

Un social-démocrate, évidemment,

Qui torture le pauvre enfant.

Mais un de nos frères le récupère,

Le ramène à Prague et puis,

L’enfant grandit au pays.

Dans le souvenir de sa mère.


L’homme du Parti National Social

Dit : « Ici, on mène le vrai combat social,

Du courage, de la volonté, du moral.

Frères tchèques, le Parti, c’est pas du mou ;

L’aubergiste est inscrit chez nous.

Voilà un porc bien cuit au saindoux.

De la bière et de vrais porcs tchèques,

Notre Parti National Social est en plein essor,

Frères tchèques, encore un effort ! 

Et Vienne sera bientôt tchèque. »



dimanche 3 octobre 2021

L’ALLÉGRESSE

L’ALLÉGRESSE


Version française – L’ALLÉGRESSE – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson portugaise – Alegria – José Saramago – 1970 : #alegria – Teresa Salgueiro – 2019

Texte : José Saramago – 1970

Chanson : Teresa Salgueiro – 2019


 

 

L’ALLÉGRESSE

Amadeo de Souza-Cardoso – 1911







En 1970, José Saramago a publié son deuxième recueil de poèmes, intitulé Provavelmente alegria, ALLÉGRESSE PROBABLEMENT. Dans ce recueil, il a inclus un poème qui parlait – dans ce Portugal endormi, morose, émigré partout, écrasé par une dictature peut-être plus catholique que fasciste, penché sur les guerres coloniales – d’un droit inaliénable de l’homme : la joie. Je ne sais pas si nous sommes encore habitués à considérer la joie comme un droit, et même comme l’un des plus importants ; le fait est qu’elle est généralement l’une des plus piétinées, des plus opprimées, des plus brisées. Tout pouvoir – et j’ajouterais même, saramagiquement, toute “religion” – cultive une inimitié mortelle envers la Joie, et une amitié tout aussi mortelle envers la Mort. Habitués que nous sommes à esquiver les moments où nous nous sentons joyeux, à en avoir honte, d’ailleurs, et à ne pas oser en exprimer les accents parce que c’est un péché, un crime ou les deux, nous refusons catégoriquement ce droit, nous le craignons comme la peste bubonique et nous nous remettons entre les mains poilues de ceux qui exercent sagement cette forme d’esclavage subtil et barbare. En 2019, Teresa Salgueiro a dû remarquer tout cela ; elle dit qu’elle cherchait quelque chose qui parle de la joie pour y mettre une mélodie, et qu’elle l’a trouvée dans les vers de Saramago. Qui sont donc arrivés au port dans une chanson à laquelle Teresa Salgueiro a donné un titre avec le hashtag Twitter, #alegria, presque comme si elle voulait la diffuser par les moyens dont José Saramago n’aurait pas pu disposer il y a plus de 50 ans. Note textuelle : dans la chanson chantée, Teresa Salgueiro répète les strophes. Dans le texte qui suit, elles sont indiquées en retrait et en italique. [RV]






Dialogue maïeutique


C’est toujours la même chose, Lucien l’âne mon ami, pour déterminer le mot juste quand on passe d’une langue à une autre – ici, du portugais au français. Pourtant, il n’y a même pas de doute sur le sens, sur la qualité de l’objet, du sentiment en cause ; c’est juste qu’il y a plusieurs états à cet état.


Ohlala, dit Lucien l’âne, que tout ça m’a l’air tarabiscoté. Ne peux-tu en venir au fait, ce serait plus simple, ne penses-tu pas ?


Oui, non, peut-être, pas vraiment, répond Marco Valdo M.I., mais allons-y quand même. Le mot portugais est « alegria ». Comment le ressens-tu, comme ça, sans chercher plus loin ?


Qui ? Moi ?, dit Lucien l’âne. Sans plus réfléchir, je dirais : la joie, le plaisir, le contentement.


C’est bien ça, répond Marco Valdo M.I. ; sans réfléchir, tu m’en cites trois, sans même dire, l’allégresse qui est, à mon sens, le plus évident et sa transposition en français. Il faudrait y ajouter la gaîté, la gaieté, l’entrain, la vivacité, l’alacrité, la jouissance et la réjouissance, le ravissement, la jubilation, la félicité, le bonheur. Je m’arrêterai ici.


Moi, dit Lucien l’âne, j’y ajouterais le bien-être, la béatitude, le bien, la satisfaction, la bénédiction, le délice, la volupté, l’extase (et en son pas ultime, l’épectase), l’exaltation, le septième ciel, l’euphorie, le nirvana, l’enivrement, l’ivresse, la délectation, l’enchantement.


Restons-en là, Lucien l’âne mon ami, il y en a sans doute d’autres encore, mais tel n’est pas mon propos et encore moins celui de José Saramago, ni de Teresa Salgueiro.


J’imagine, dit Lucien l’âne, qu’il s’agit de tout ça à la fois.


Peut-être, reprend Marco Valdo M.I., et finalement, j’avais opté pour la joie et maintenant, d’avoir dialogué avec toi, de t’en parler, je penche définitivement pour l’allégresse. Le pire, c’est que le même genre de question se pose pour de nombreux mots. C’est d’ailleurs une des raisons qui font que primo, je ne propose jamais qu’une « version française » – parfois, plusieurs, et que secundo, j’évite également de commenter les versions faites par d’autres surtout quand il s’agit d’un texte qui s’affirme lui-même poétique.


Et, suggère Lucien l’âne, c’est souvent le cas dans la chanson.


Certes, ajoute Marco Valdo M.I., et je ne parle même pas de la place des mots, ni de l’ordre des phrases. C’est un fameux bazar, tu peux me croire. Sur le fond, quand même, deux mots pour dire que cette « allégresse » soit chantée par José Saramago est assez inattendu, car, comme tu le sais certainement, c’était un fervent de Fernando Pessoa, dont on sait le penchant vers la saudade, la mélancolie, la tristesse, la dépression. Là-dessus, je n’épiloguerai pas non plus, j’en ferais toute une histoire bourrée d’hétéronymes. Contentons-nous donc de l’allégresse, ce n’est pas si souvent qu’on la rencontre.


L’allégresse, dit Lucien l’âne, est notre seule terre d’exil. Ici, dans l’île de la Joie, petite, introuvable et infinie, nous vivons et nous rions en tissant le linceul de ce vieux monde ennuyeux, bruyant, adipeux, cirrhosé et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Au loin, j’ouïs déjà les cris

Déjà, la voix de l’amour dit

L’allégresse du corps,

L’éclipse du mauvais sort.


Les vents déjà s’échauffent,

Déjà l’été débourse

Tant de fruits, tant de sources

Et le soleil nous réchauffe.


Je cueille le jasmin, déjà et le nard ;

Déjà, je mets mes colliers de roses

Et je danse entre les trottoirs

De prodigieuses danses.


Les sourires déjà s’amorcent,

Déjà, la ronde rompt les solitudes

Oh, la certitude des certitudes ;

Oh, l’allégresse des noces.


Je cueille le jasmin, déjà et le nard ;

Déjà, je mets mes colliers de roses

Et je danse jusque bien tard

De prodigieuses danses.


Les sourires déjà s’amorcent,

Déjà, la ronde rompt les certitudes ;

Oh, l'allégresse des solitudes ;

Oh, l’incertitude des noces.




samedi 2 octobre 2021

LE CROQUEMITAINE

LE CROQUEMITAINE


Version française – LE CROQUEMITAINE – Marco Valdo M.I. – 2021
Chanson italienne – L’uomo neroCarmen Consoli – 2021
Album : Volevo fare la rockstar



LE CROQUEMITAINE

 

 

Encore moins rassurant est « L’homme noir », un personnage inquiétant qui voudrait se débarrasser des gays et des noirs, rêve du retour d’Hitler et des berceaux pleins avec un langage et une rhétorique vétéro-fascistes. Il le dit ironiquement : « La démocratie est un échec, une perte de temps, mieux vaut laisser une seule personne décider. J’étudie les chants de Balilla, je deviendrai un fasciste diplômé en souveraineté, mais hélas, je suis toujours un “démocrate”.

L’homme noir, Le croque-mitaine, souvent identifié à la figure de Babau, est une créature légendaire, un être amorphe, maléfique et sombre présent dans les traditions de différents pays. En Russie, il est connu sous le nom de Buka, en Hongrie sous le nom de Mumus ou Bubus, dans la région allemande sous le nom de Butzemann, aux États-Unis d’Amérique sous le nom de boogeyman (également orthographié bogeyman, boogyman ou bogyman). Dans les pays hispanophones, cette figure est connue sous le nom d’El Coco. Dans les pays francophones, il est connu sous le nom de croquemitaine.



Dialogue Maïeutique


Commençons, Lucien l’âne mon ami, par le titre de la chanson, qui en italien est « L’uomo nero » et qui devrait se traduire tout à fait régulièrement par « L’homme noir ».


Oui, dit Lucien l’âne, je vois bien la difficulté ; il y a une ambiguïté, une amphibologie, un amphibole, un vague, une incertitude. Un « homme noir », soit, mais est-ce un homme à la peau noire ou foncée, un homme habillé de noir, un homme saoul, un jésuite, que sais-je ? Voilà le problème de ce titre.


Oui, et en plus, Lucien l’âne mon ami, il faudrait y ajouter tout le poids de cette nouvelle manie contemporaine du « politiquement correct ou incorrect » ou du « socialement correct ou incorrect » ou dans le cas qui nous occupe, on ne saurait échapper au « racialement correct ou incorrect » et donc, honneur aux dames, la question se pose de mettre ce nom au féminin. Pour éviter ces difficultés, j’ai utilisé le sens populaire de l’« uomo nero » en italien, celui en français de « croquemitaine », mot très avantageux, car il est pareil pour le masculin, le féminin, le plurisexe, le neutre et que sais-je encore – on en invente tous les jours ? De cette manière, on peut éviter aussi la question spéciste, c’est-à-dire du spécisme qui est une variante répandue du racisme.


Évidemment, dit Lucien l’âne, on aurait pu traduire l’« être noir », ce qui aurait permis de n’exclure aucune espèce biologique. Mais qu’en sera-t-il demain avec les robots ? Revendiqueront-ils aussi qu’on les appelle autrement que de ce mot que d’aucun artificiel pourrait considérer comme infamant et exiger, comme le font actuellement certains, d’interdire les livres de Karel Čapek et d’Isaac Asimov ? On a déjà interdit et brûlé tant de livres.


Mais, Lucien l’âne mon ami, cet « être noir » aurait eu les mêmes inconvénients de genre que l’« homme noir » et puis, l’idée même qu’on utilise le mot « noir » est en soi insupportable à certains. Il faudrait occulter le noir. D’autant plus qu’on avait déjà fait une version française d’une chanson italienne et qu’on l’avait intitulée « L’homme en noir » ; souviens-toi, elle était de Brunori Sas, c’était elle aussi « L’uomo nero » Ainsi, le croquemitaine convient très bien. Encore que c’est une dénomination et un concept ancien que les nouvelles générations ne connaissent pas et ne reconnaissent pas. À propos du croquemitaine, qu’on ne rencontre plus trop de nos jours, je ne saurais trop conseiller d’aller voir ce qu’en dit Erik Jordan : Le croque-mitaine et autres monstres du monde.


Oh, répond Lucien l’âne, rien n’est moins sûr, car les croquemitaines eux-mêmes pourraient considérer qu’on les considère mal, qu’on les dévalorise et exiger l’abandon d’un tel usage de leur nom. Quel foutoir ! C’est pas pour dire, mais ne pourrait-on s’en tenir aux mots et aux langues tels qu’ils se sont constitués eux-mêmes à travers le temps. Ce ravalement de façades me semblent futiles et en même temps, terriblement lourds et imprécis.


C’est pourquoi, Lucien l’âne mon ami, étant grands partisans de la « liberté », je propose qu’en ce qui nous concerne, nous nous en tenions à nos habitudes.


Oh, dit Lucien l’âne en riant, la « liberté », elle est comme l’âne, elle a bon dos. Par exemple, pour nous les ânes et généralement tous les animaux, toutes les espèces sauf une, on considère d’un œil étonné le port du pantalon chez les hommes, qui a l’air d’être une obligation et être dès lors, un odieux attentat à la « liberté ».


D’accord, Lucien l’âne mon ami, je te comprends parfaitement, mais moi, sous nos latitudes, j’ai froid aux fesses sans pantalon. Mais je t’en prie, revenons à notre croquemitaine et je vais faire court en dévoilant que « l’uomo nero » qui sévit ici est identifiable et qu’il s’agit in fine du ou de la fasciste, noirs en raison de leur chemise, de leur uniforme et e qu’on ne voit pas immédiatement, de leurs intentions – toutes choses des plus noires. Pour le reste, on s’en reportera à la chanson.


En effet, Marco Valdo M.I., tenons-nous-en là et reprenons notre tâche qui est, je le rappelle, de tisser le linceul de ce vieux monde nationaliste, fasciste, sexiste, raciste, spéciste et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.






J’ai un plan parfait dans ma tête

L’équilibre entre instinct et entendement

Un pied dehors, un pied dedans

Un coup au tonneau et puis un, au cercle.


Il me faudra décider, convaincre

Et puis, la peur fédère.

À outrance, je défendrai la frontière,

J’ai un arsenal de slogans pour vaincre.


Oh mein Führer, il est temps de revenir de l’enfer.

Plus aucun dissident, aucun pédé, aucun visage noir.

Audacieux avant-gardistes, il est temps de sortir du placard ;

Je suis votre chef, moi aussi, je suis un vrai Führer.


J’ai un plan parfait dans ma tête.

Le but suprême cautionne tous les moyens ;

Je suis l’homme qui convient,

L’antidote idéal à ce monde indompté et bête.


Il me faudra convaincre, il me faudra savoir

Avaler la boue pour survivre.

Les certitudes et les berceaux pleins vont revivre ;

Femme, tu pourras de nouveau honorer ton devoir.


Oh mein Führer, il est temps de revenir de l’enfer.

Éclopés, artistes, débauchés, faites vos bagages.

Avant-gardistes audacieux, il faut montrer notre visage.

Je suis votre chef, peut-être grossier, mais fier.


J’ai un plan parfait dans ma tête,

Un but stratégique, un coup décisoire.

Il me faudra convaincre, il me faudra savoir

Inventer un ennemi terrible, une tempête.

Cela peut sembler un choix fermé

De ne laisser qu’un seul parler.


Viens à nous, Grand Frère !

Laisse ta moustache au vestiaire.

Avec ta malignité et ton poing de fer,

Tu as su y faire.

Liquidons le Moyen Âge,

Moto et sac de couchage.

Je suis votre condottiere,

J’ai un évangile et de la rage

Et le cœur noir (Ah ah, la la la la la),

Noir (Ah ah, la la la la),

Noir (Ah ah, la la la la la).