vendredi 9 juillet 2021

Le Premier Chrétien

Le Premier Chrétien


Chanson française – Le Premier Chrétien – Marco Valdo M.I. – 2021


Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.


Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 : La Prise de Monastir ; Épisode 6 : La Vérité sur La Prise de Monastir ; Épisode 7 – Le Parti et les Paysans


Épisode 8



LA RÉUNION RÉVOLUTIONNAIRE

Ilia Répine – 1883




Dialogue maïeutique


Dans cette histoire du Parti (le Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi), lequel incarne l’image de l’histoire de tous les autres partis, dit Marco Valdo M.I., on a jusqu’ici vu arriver outre son créateur, Jaroslav Hašek, le poète Gustav, le voïvode Klim et comme il faut s’y attendre, ce défilé ne fait que commencer. En plus des héros, des enthousiastes, des militants, des convaincus, il vient au Parti toutes sortes de curieux.


Oh oui, dit Lucien l’âne, c’est bien normal. Les gens cherchent leur voie dans la vie et beaucoup espèrent trouver une solution à leurs difficultés dans l’action des partis. C’est, à mon avis, faire la plupart du temps preuve d’un assez grand optimisme, mais le fait est qu’il en va ainsi.


D’autant plus, Lucien l’âne mon ami, quand le Parti, comme celui de Hašek, tient ses réunions dans des salles d’établissements accessibles au public. Au début, ils sont assez peu nombreux et comme dans la meilleure tradition, on tient les réunions autour d’une simple table. Puis, il a fallu étendre un peu. Comme tu l’as sans doute déjà vu, le titre de la chanson est « Le Premier Chrétien ». En fait, le Parti l’appelle ainsi, car c’est quelqu’un de très pieux et qui d’ailleurs, ne fait pas mystère de sa foi. Il vient même en partie au parti par prosélytisme. Cependant, comme le révèle la chanson, c’est un sournois et il est plein d’autres défauts.


Si je comprends bien, dit Lucien l’âne, c’est une canaille dévote.


En effet, reprend Marco Valdo M.I., les bigots et les bigotes ont des tempéraments cauteleux, mais ce personnage nourri de piété et d’hosties, qui répond au joli nom de Kopek, va se démontrer encore plus abject qu’on peut l’imaginer. Sinueux dans ses déterminations, c’est un traître fondamental : il trahit successivement tout et tout le monde : sa croyance, son Dieu et in fine, ceux qui l’avaient accueilli parmi eux et le Parti tout entier.


C’est bien ce que je pensais de lui, s’exclame Lucien l’âne. Ce Kopek n’en vaut pas un ; de kopek, je veux dire.


Pas besoin de préciser ça, dit Marco Valdo M.I. en riant, j’avais saisi. Monsieur Kopek est un cas emblématique de ce qui attend tout parti et cela, quel que soit le régime en place. Il y a toujours un espion, un indicateur, un agent de renseignement qui doit nécessairement se joindre à ces réunions. Sinon, comment savoir ce qui s’y dit, ce qui s’y ébauche. Du point de vue de la police, c’est une nécessité et même si elle est – elle doit être – confidentielle, c’est une fonction plus ou moins officielle et plus ou moins, rétribuée. Mais Kopek, finalement, même pour la police, n’est pas fiable et la seule personne qui parvient à le tenir à peu près droit, c’est sa femme, qui le dresse et arrive à le tenir par la peur qu’elle lui inspire.


Pauvre homme, dit Lucien l’âne, et d’après ce que j’en sais, il y en a des millions comme ça dans le monde. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde bigot, menteur, lâche, traître et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient, Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Monsieur Kopek, homme très pieux,

S’en est venu chez nous défendre Dieu,

Comme un croyant parmi les païens,

Au Parti, on l’appelle « le premier chrétien ».

Croque-mort de métier,

Il veut vivre et mourir dans sa foi.

Nous, nous avions plutôt décidé

De le faire abjurer, ne fût-ce qu’une fois.

En plus de sa totale confiance en Dieu,

Il était hanté par le démon du jeu.


Au Parti, on jouait de petites mises.

Un samedi, Kopek mit sa belle chemise

Et pria que dans la partie, on le laisse entrer.

Il se signa avant de commencer.

Dieu l’accompagnait, il gagna tout au début ;

Ensuite, jusqu’au dernier sou, il a tout perdu.

Pour continuer, il emprunta ;

Pour emprunter, il abjura.

Kopek perdit encore, Dieu l’avait abandonné ;

Pire, sa femme venait le rechercher.


À la Montagne sainte, Kopek fit alors pénitence.

Au retour, il dévoila nos jeux interdits

Et sur la foi régénérée de sa croyance,

À la police, il dénonça notre Parti,

Nos jurons, nos sacrilèges et nos infamies :

On insultait l’Empereur, on moquait Dieu,

Le fils, l’Esprit et toute sa Sainte Famille.

Sa Majesté doit venir à Prague sous peu ;

Assurément, il faut surveiller de près

Nos dangereuses activités de suspects.


Au Parti, Kopek le dévot était brûlé,

Sa femme l’avait définitivement cloîtré.

Vu son incapacité à continuer sa mission.

Kopek remit à la Sûreté, sa démission.

Pour l’État, il fallait incessamment

Trouver à l’espion pieux un remplaçant.

On vit venir alors Monsieur Mark,

Un brave homme, père de six enfants.

Qui était ce Monsieur Mark ?

On devait l’apprendre rapidement.


mardi 6 juillet 2021

Le Parti et les Paysans

 


Le Parti et les Paysans


Chanson française – Le Parti et les Paysans – Marco Valdo M.I. – 2021


Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.


Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 : La Prise de Monastir ; Épisode 6 : La Vérité sur La Prise de Monastir


Épisode 7

 

 


Campagne tchèque

Rudolf Bém – vers 1900





Dialogue maïeutique


Tout comme, Lucien l’âne mon ami, chez les rats de La Fontaine ou d’Ésope, chez les humains, il existe une forte différence, comme un grand écart entre les modes de vie des humains des villes et des humains des champs.


C’est une histoire de culture, dit Lucien l’âne doctement.


Tu ne penses pas si bien dire, répond Marco Valdo M.I., car ce clash culturel est précisément le sujet de la chanson. Donc, je rappelle que le Parti est né en ville ; c’est un parti citadin et de ce fait, son recrutement, son électorat, son champ d’action, son programme et de façon générale, tout le reste et sa façon de concevoir le monde, les choses, les gens et le futur sont imprégnés de l’air de la ville. Il n’en reste pas moins que l’étrange désir lui est venue de conquérir un espace agricole et le Parti va tenter de pénétrer la zone rurale et de rallier les paysans à ses idées.

À se demander, rétorque Lucien l’âne, ce que diable, il allait faire dans cette galère. Mais tout compte fait, c’est dans la logique de tout parti d’aller ainsi vers le peuple, où qu’il se trouve. De là à le faire adhérer, il y a une longue marche. C’est d’ailleurs vrai dans le sens inverse, car un parti rural a souvent les plus grandes peines à s’installer en ville.


Soit, reprend Marco Valdo M.I., mais nous ne sommes pas ici pour faire un traité de science politique, ni pour débattre de la stratégie et de la propagande des partis dans leur ensemble. Il s’agit de s’intéresser à cet épisode du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi quand il tente une percée dominicale dans les campagnes tchèques ; c’était il y a cent-dix ans. Au passage, on constatera que les choses n’ont pas beaucoup évolué. La méthode mise en œuvre est assez classique : il faut rassembler le public visé, ici les paysans et le convaincre de l’intérêt du discours du Parti. Et comme on peut le voir, ce premier essai est un remarquable échec : la tentative tourne à la catastrophe comme ce fut également le cas dans la chanson de Mani Matter : « Si hei dr Wilhälm Täll ufgfüertOn a joué Guillaume Tell ».


Oui, dit Lucien l’âne, c’est que tout simplement les cultures ne sont pas les mêmes en ville et à la campagne et ce n’est pas près de s’arranger. Pour le reste et les détails de cette incompréhension mutuelle, il faut aller voir la chanson. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde irréductible, divisé, contradictoire, antagoniste et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Pour atteindre l’autonomie,

Pour améliorer sa condition,

Pour agrémenter sa vie,

Le peuple a besoin d’instruction.

Le Parti a promis de fournir

Une révolution culturelle et un bel avenir.

Le paysan continue à labourer ;

Les vaches, à ruminer et à meugler.

Le monde rural n’est pas prêt

À réaliser un tel progrès.



Au village de Letna, il y a une auberge

Avec une terrasse sur la berge.

Le Parti y programme une séance éducative,

D’un intérêt vital pour les paysans ;

Une conférence très instructive

Sur l’assainissement des prés et des champs

Par l’extermination des rongeurs ordinaires

Selon une méthode révolutionnaire

Inventée par un scientifique anglais

Et perfectionnée par des experts français.


Une telle conférence est une aubaine,

La salle de l’auberge est pleine

Le dimanche au moment convenu.

Après avoir longuement marché

Sous le ciel torride de l’été,

De tous les environs, les paysans étaient venus.

Ils se saluent, ils s’interpellent,

Lentement, le comice s’assemble.

Du comptoir, la bière coule à flots,

La conférence commence bientôt.


En 1812, un savant anglais déclarait

Les mulots stériles.

En 1815, grâce à Wellington, il imposait

À la France, cette thèse débile.

La campagne et l’Université de France

Face à ce délire firent alliance

Et prouvèrent scientifiquement

Qu’un mulot moyen a 240 descendants.

Furieux, les paysans nous chassèrent.

Dure leçon pour le Parti : c’était la première.



dimanche 4 juillet 2021

La Vérité sur La Prise de Monastir

 

La Vérité sur La Prise de Monastir


Chanson française – La Vérité sur La Prise de Monastir – Marco Valdo M.I. – 2021


Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 : La Prise de Monastir


Épisode 6



Le Parti va vers le peuple et vers le Parti va le Peuple.

Ensemble, on est plus unis.




Dialogue maïeutique


La vérité, dit Lucien l’âne, en voilà une drôle d’idée ; que vient-elle faire dans cette épopée héroïco-comique du Parti ?


D’abord, Lucien l’âne mon ami, je dois dire que ta remarque est tout à fait justifiée, car en vérité, la vérité est un mot immense, une sorte d’infini nébuleux et en même temps, un monstre d’exactitude. La vérité en soi est en quelque sorte intangible. Cependant, cette vérité-ci n’est pas n’importe quelle vérité ; elle entend éclairer ce qu’avait raconté, ce que raconte Klim, le voïvode macédonien, volontaire engagé quelque peu trop hâbleur. Trempé dans l’acide véridique, le héros s’épure, la baudruche patriotique se dégonfle et se révèle certaine dimension particratique fondatrice de tout rassemblement à vocation dominatrice.


Depuis le début de cette épopée, je me demande, s’inquiète Lucien l’âne, si ce Parti dont elle raconte l’histoire, tout en tant à coup sûr le Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi, ne serait pas par hasard une quintessence du Parti en général. J’ai bien l’impression qu’elle met à jour la nature du Parti, de n’importe quel parti, son essence, son squelette, son fondement.


En cela, Lucien l’âne mon ami, tu mets le doigt sur un des ressorts de cette histoire. Je n’en dirai pas plus, car ça nous entraînerait trop loin et de toute façon, j’ai l’idée qu’on y reviendra encore. Pour l’instant, je voudrais attirer ton attention sur le fait qu’il s’agit dans cette chanson de la complète réfutation de la chanson précédente – La Prise de Monastir et même, de la destruction de notre dialogue qui s’était efforcé de prendre au pied de la lettre les vantardises et les supercheries de Klim, le voïvode macédonien.


Vérité pour vérité, il nous faut quand même avouer, dit Lucien l’âne en riant, que ni toi, ni moi n’étions dupes de ce fanfaron et qu’on jouait le jeu, tout en sachant la vérité vraie de l’affaire.


Soit, reprend Marco Valdo M.I. ; pour ce qui est du Parti et de sa plus ou moins grande universalité, il faut faire la distinction entre les détails particuliers concernant les aventures, les paroles et les actes – réels ou inventés de Klim le héros et les considérations générales. Certains éléments sont directement d’application à tous les partis indistinctement, comme les slogans qui concluent la chanson :


« Le Parti va vers le peuple

Et vers le Parti va le Peuple.

Ensemble, on est plus unis. »


Oh oui, dit Lucien l’âne, ça me semble évident. Que serait un parti sans ses slogans et un parti qui n’irait pas vers le peuple et d’ailleurs, que serait ce parti si le peuple (qui c’est ?) n’allait pas vers lui ?


Fais attention, Lucien l’âne mon ami, à ce que tu déclares ici, car on marche sur des braises, car ni le(s) parti(s), ni le(s) peuple(s) n’aiment qu’on questionne leur nature réelle. On risquerait de rencontrer la vérité.


Certes, répond Lucien l’âne, beaucoup ont payé cher une telle insolence. Maintenant, pour ce qui est du peuple, disons le mot, c’est un concept vague que des cuisiniers de tous bords assaisonnent à leur mode et c’est souvent peu ragoûtant. Cela dit, tissons le linceul de ce vieux monde chaotique, brouillon, populaire, folklorique et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Les discours du voïvode macédonien

Étaient une bénédiction pour le Parti

Tant Klim parlait bien

De ses exploits face à l’ennemi.

On sentait le patriote à chaque mot,

Par ses effluves de héros,

Sa sauvage exaltation fascinait

Les clients du bistro

Qui buvaient, buvaient, buvaient

Ses phrases et chacun de ses propos.


Dans cette affaire de Monastir,

Il y avait un certain décalage

Entre la réalité et ses bavardages.

Certes, Monastir était Monastir.

Mais la vérité a ses droits

Et Monastir n’était pas

Une ville, une citadelle de l’Empire ottoman.

Après notre reddition au pied du Mont Garvan,

Les Turcs nous avaient menés à la frontière

Et ce couvent était vraiment un monastère.


Après deux heures de siège, on entra au monastir,

Où les moines ont bien voulu nous nourrir.

Puis, à peine installés dans un champ,

À notre campement vint une belle,

Aussi furieuse qu’elle était vielle.

Elle nous chassa en hurlant

La bave aux lèvres

Qu’on en voulait à sa chèvre.

On repartit clopin-clopant jusqu’à Sofia

À une heure de marche de là.


À Sofia, après quelques bières,

Le voïvode courageux s’empressa

D’exhiber ses blessures de guerre,

Témoins muets de la bataille de Vitocha.

À Prague, Klim fit plus d’une fois

Les récits pédagogiques de ses exploits.

Ainsi, grâce à lui, grandit le Parti.

Klim disait : Le Parti va vers le peuple

Et vers le Parti va le Peuple.

Ensemble, on est plus unis.


jeudi 1 juillet 2021

La Prise de Monastir

 

La Prise de Monastir


Chanson française – La Prise de Monastir Marco Valdo M.I. – 2021


Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim


Épisode 5




ARMÉE TURQUE OTTOMANE – Vers 1900



Dialogue maïeutique


Tu vois, Lucien l’âne mon ami, ce titre « La Prise de Monastir » nécessite une mise au point, une précision particulière destinée à écarter une amphibologie, une ambiguïté. Ce n’est pas la signification de « la prise » qui pose problème. Une « prise » dans ce sens est tout simplement la conquête, l’enlèvement de Monastir.


Si c’est pour dire une telle évidence, Marco Valdo M.I. mon ami, je l’aurais bien énoncée moi-même.


Soit, Lucien l’âne mon ami, mais si je disais, si je faisais ce préambule, c’est qu’il me fallait bien commencer quelque part et souligner ainsi l’importance de la suite. Comme on s’en doute à présent, c’est sur le nom de Monastir que je veux attirer ton attention. D’abord, comme son nom l’indique, quoi que soit devenu Monastir, au départ, il a eu un monastère ou plusieurs, comme ce fut le cas. Un monastère est – tu le sais certainement, mais il convient de le préciser – un établissement qui accueille des moines chrétiens.


Oh, dit Lucien l’âne, je connais une ville qui s’appelle Monastir ; une belle vielle au bord de la mer au fond d’un golfe en Tunisie ; c’était une ville fortifiée de l’Empire ottoman, au temps où les Turcs contrôlaient le sud-est de la Méditerranée.


Certes, répond Marco Valdo M.I., cette ville est célèbre – et encore aujourd’hui bien connue des touristes, mais ce n’est pas d’elle qu’il s’agit ici. Donc, il existait dans ce même empire ottoman, une autre ville fortifiée appelée également Monastir et qui se trouvait en Macédoine. En gros, au nord de la Grèce et des Balkans. C’est bien évidemment de celle-là qu’il s’agit dans la chanson. Aujourd’hui, elle se trouve toujours en Pélagonie, en Macédoine du Nord et s’appelle Bitola. Juste une dernière petite note complémentaire pour indiquer que comme « monastir » renvoie à « monastère » et au grec « monastiri », Bitola renvoie au mot slave « obitel » qui signifie également « monastère ». Bitola était d’ailleurs le nom avant que les Byzantins ne la rebaptisent Monastir.


Oh, dit Lucien l’âne, voilà qui est compliqué. Maintenant, je me souviens, n’était-ce pas elle qui s’appelait au temps de la Préhistoire « Lyncestis », puis plus tard, Heraclea Lyncestis et beaucoup plus tard encore, après tant de séismes, des sacs, des prises et des destructions, fut rebâtie un peu plus loin par les Slaves sous le nom de Bitola. Cependant, je suppose que la chansonne se limite pas à ça.


Non, répond Marco Valdo M.I., car en fait, elle raconte – par la bouche de Klim lui-même – toute l’héroïque campagne du voïvode en terre macédonienne. Maintenant, je te laisse découvrir les détails et le somptueux récit qui les établit.


Faisons ainsi, Marco Valdo M.I. mon ami, et tissons le linceul de ce vieux monde versatile, confus, monastique, polysémique, énigmatique et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Klim et moi, on descendit le premier raki,

Solennellement, sur le drapeau, on jura.

Puis, on but jusqu’au cinquième raki

Et on partit pour la frontière d’un bon pas.

Au dépôt, on nous donna nos fusils.

Klim dit : et pan !, et on vise bien,

Et on court, et on coupe la tête à l’ennemi.

Parole de voïvode macédonien :

Le Turc doit mourir, c’est écrit.

Passez-moi la gourde et vive le vin.


On nous envoya devant, face aux Turcs ;

Objectif : semer la terreur.

Klim et moi, presque morts de peur,

On a mis le feu à une grange turque.

Du mont Garvan, la nuit, on voyait tout ;

Les feux de l’armée turque brillaient partout.

Klim et moi, sans hésiter, on jeta nos fusils

Et aux soldats ottomans, on se rendit.

À Prague, Klim raconta que lui et moi,

On avait tué des milliers de ces soldats.


Puis, Klim continue avec de grands soupirs

Son récit véridique par la prise de Monastir.

Dans notre commando, on était quatre-vingts

Face à quatre mille janissaires

Et à vingt-huit mille fantassins

Des armées turques régulières.

Avec prudence, on s’approcha

Et encore, l’ennemi nous échappa.

Un matin, devant nous, la forteresse imprenable

Jusqu’au ciel se dressa telle une énorme table.


On prit aux Turcs les canons

On bombarda sans interruption

Trois jours et trois nuits

Au quatrième soir, vint une belle,

La beauté des mille et une nuits,

Fière, elle jura être toujours pucelle.

À mes pieds de voïvode, elle se jeta

Sans tarder, elle fut toute à moi.

Puis, je mis en cendres la ville entière ;

Puis, je fis pendre les habitants avec leurs mères.