vendredi 23 avril 2021

ULYSSE

ULYSSE


Version française – ULYSSE – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – OdysseusFrancesco Guccini – 2004



 

 

Ulysse et les sirènes


John William Waterhouse - 1891


 

 

 

Dialogue maïeutique


Ah, dit Lucien l’âne, Ulysse, quelle odyssée ! Mais il faut avoir connu Pénélope pour comprendre d’où est surgie toute cette histoire. D’abord, il faut dire qu’Ulysse n’a jamais été prince ou roi, c’était un paysan et comme beaucoup de paysans des âges anciens, quand la terre ne donna plus assez, il s’en est allé à la guerre. En fait, Ulysse et les autres de la bande à Homère étaient des mercenaires.


Hou-la, mon ami Lucien l’âne, je sais que tu as croisé Homère et peut-être même Ulysse et la bande, mais quand même, tu y vas fort. Imagine, Ulysse et tous ces grands héros de la grande épopée fondatrice de notre civilisation ramenés au rang d’une bande d’aventuriers, de bidasses réinventant leur guerre et magnifiant leurs exploits. On peut difficilement digérer que toute la grande histoire repose sur des conversations de bistro.


Soit, dit Lucien l’âne, d’abord, c’est toujours comme ça après les guerres – ceux qui en reviennent ou se taisent ou en font toute une épopée et puis, tu n’as encore rien entendu. Ce n’est pas par hasard que je t’ai demandé si tu connaissais Pénélope, une maîtresse femme celle-là. Ulysse l’avait épousée comme le font les jeunes paysans pour avoir une compagne et une aide pour les travaux quotidiens. Rien que de très coutumier. Mais après quelque temps, il s’est rendu compte de l’erreur qu’il avait commise. Il avait importé en sa demeure un dragon domestique, une femme à poigne, qui ne rigolait pas et qui s’y entendait pour régenter le ménage. Cette calamité ajoutée à la disette, c’était vraiment trop pour lui. Comme on le verra, ce fut aussi le cas pour bien de ses camarades. Alors, il partit à la guerre ; avec les copains, l’affaire lui paraissait plus attrayante. Ils s’en allaient la fleur au bout de la lance.


Ah, répond Marco Valdo M.I., là, tu m’expliques pourquoi Ulysse et les autres sont partis à la guerre ; mais son histoire, celle de la chanson, c’est principalement celle de son voyage de retour. Remarque que si on compare son destin à celui d’Achille ou d’Agamemnon, Ulysse s’en est bien tiré.


En effet, reprend Lucien l’âne, mais Ulysse était plus malin et il avait écouté les anciens du contingent et les vieilles histoires de famille. Donc, Ulysse au régiment rencontra des camarades et ils firent la guerre de Troie. C’est du moins ce qu’Homère a raconté. Je rappelle qu’à l’époque, il n’y avait pas de journaux, pas de journalistes, pas de correspondants de guerre au jour le jour, sur le terrain. Ainsi, Homère, qui était aveugle (réellement ou volontairement) n’a rien vu du réel ; il a raconté ce qu’on lui a raconté. A-t-elle vraiment eu lieu cette guerre et en tout cas, a-t-elle vraiment connu les événements qu’a rapporté le vieil Homère ?


Oh, dit Marco Valdo M.I., c’est comme pour la Bible ou le Coran, ce ne sont que des on-dits, de fols racontars, de la mise en récit de rumeurs, de propos de bistro ou de commérages.


Bref, dit Lucien l’âne, Homère va rapporter ce que la bande lui a raconté le soir à l’auberge tandis que les soirées allaient de libations en libations. Comme il l’a rapporté, c’est Ulysse qui a inventé l’histoire du cheval de bois. Cependant, tout à une fin, le siège de Troie aussi devait bien s’achever un jour et ces joyeux mercenaires devaient bien rentrer chez eux en ramenant le fruit de leurs exploits. C’est là que les choses se sont gâtées pour la plupart d’entre eux – du moins, ceux qui avaient survécu. Comme quoi, il s’était quand même passé quelque chose.


Oui, dit Marco Valdo M.I., mais ça, c’est l’Iliade et la chanson raconte l’odyssée d’Ulysse, sa mirifique aventure maritime.


J’y viens, dit Lucien l’âne. Donc, Pénélope lui avait dit quand il était parti : « Ne t’avise pas de traîner au retour ou alors, il faudra que tu m’inventes une fameuse histoire, que tu présentes de solides raisons. » Et c’est ce qu’Ulysse a fait. Comme on sait, les histoires, les excuses et les mensonges, plus c’est gros, mieux ça passe. La fiction noie la réalité dans les flots du récit. Il faut dire qu’avant de rentrer, Ulysse avait pris le temps de roder son conte à dormir debout avec le spécialiste de l’entourloupe qu’était Homère et avait assaisonné le tout avec les racontages des marins du port. Et comment faire passer ces aventures avec les dames de la côte ? Il fallait embellir le tout et envelopper le tout dans le mystérieux manteau de la poésie. Heureusement pour lui, Ulysse était lui-même un formidable hâbleur, un spécialiste du narrativium. Il fit donc de Nausicaa et des sirènes (en réalité, toutes des jeunes dames aux amours tarifées) : une princesse salvatrice, qui l’avait soigné avec tendresse et des magiciennes étourdissantes, qui l’avaient envoûté. Et puis, faute avouée est à moitié pardonnée et il comptait sur l’effet salvateur du retour, comme pour le fils prodigue.


Eh bien, Lucien l’âne mon ami, tout ça me paraît assez justement décrypter la chanson.


Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, regardons-la et puis, comme on n’a pas le temps de refaire toute l’Iliade et l’Odyssée, tels des pénélopes modernes, tissons le linceul de ce vieux monde (notre Ulysse et son odyssée contemporaine) raconteur, narrateur, hâbleur, guerrier et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Il me faut fortement l’affirmer :

À l’évidence, je ne suis pas marin.

Même si les dieux de l’Olympe et les humains

M’ont un jour poussé à naviguer,

Quand je regarde une île pierreuse,

Au-delà de la colline idéalement,

Il y a au comble de toutes choses,

Pour mon cœur et mon tempérament de paysan,

Une île de charrue et de froment,

Sans pêcheurs et sans voiles,

Où le corps et la terre suent l’argent,

l’or coule du vin et de l’huile.


Quand regardant une montagne en face,

On sent une autre montagne pousser,

Une île avec la mer qui l’embrasse

Qui vous appelle de l’autre côté

Et donne un visage à ces chimères,

Ces vaisseaux audacieux et fiers,

Navires concaves aux voiles noires,

Ainsi, ma vie plongea dans la mer,

Et la mer ignorée m’a submergé.

Alors, mon avenir quitta la terre

Avec le doute incertain

D’une navigation sans destin.


Dans le futur, les trames du passé

S’unissent aux lambeaux du présent,

L’eau s’exhale et de son goût salé

Brûle l’esprit innocent.

Chaque voyage réinvente un mythe ;

Chaque rencontre redessine le monde

Et on se perd dans les choses interdites

Aux saveurs toujours plus profondes.


Aller dans l’incendie des jours blancs,

À la force des bras, au souffle du vent,

La main à la barre et prendre en pleine face

L’écume et son éphémère trace

Pour aller dans la nuit sous la voile

Scrutant le scintillement des étoiles,

La grande Ourse et sa piste claire,

Tout droit vers le nord de la Polaire.

Et partir comme poussé par la nature,

Vers une guerre, vers l’aventure

Et se tourner contre les vaticinateurs,

Contre les dieux et contre la peur.


Aller dans des îles enchantées,

Vers d’obscurs arcanes, vers d’autres amours,

Mes compagnons perdus et les barques naufragées,

Des mois, des années, ou seulement quelques jours.

La mémoire confond et fonde l’oubli,

De qui étaient Nausicaa et les sirènes

Circé et Calypso, perdues dans les cris

De leurs voix aux échos obscènes

Et le cri de Polyphème aveuglé.

Mon gouvernail, ma voile, mon aviron

M’ont soudain échappé

Et pour finir, mon éperdue navigation.


À fuir, on meurt et quand tout se tait,

Si proche, je sens ma mort

Sur la mer, et je ne trouve pas la paix

Et je maudis ce décor.

Seul sur ma barque, je suis très frêle,

Mais ne tremble pas ma main

Et je change les rames en ailes

Pour m’envoler au-delà de l’humain.


La voie de la mer indique de fausses routes,

Ses pistes sont trompeuses, toutes ;

Seuls sont restés les récits engendrés

Dans la nuit de celui qui m’a chanté

Et m’a donné à moi, reclus

Dans ses vers, une éternelle vie

Et dans ses rythmes et dans ses rimes, la joie infinie

D’entrer dans des ports inconnus.


mercredi 21 avril 2021

CHANSON DE LA VIE QUOTIDIENNE

 

CHANSON DE LA VIE QUOTIDIENNE


Version française – CHANSON DE LA VIE QUOTIDIENNE – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – Canzone della vita quotidianaFrancesco Guccini – 1974

 

 

 

DANSE MARATHON

Philip Evergood - 1934




Dialogue maïeutique


Une fois encore, une fois de plus, Lucien l’âne mon ami, je me suis laissé aller à faire une version française d’une chanson de Francesco Guccini, un chanteur, dont je dois avouer que jusqu’il y a quelques années, j’ignorais même l’existence. C’était en ce temps lointain déjà où j’allais découvrir cet univers polymorphe, encyclopédique et labyrinthique des Chansons contre la Guerre. Ce n’était pas un sort réservé au seul Guccini, mais à vrai dire, en dehors de la chanson française, je ne connaissais à proprement parler rien ou très peu du monde de la chanson en d’autres langues.


Oh, dit Lucien l’âne, il n’y a pas de mal à ça et même, d’autant plus ou d’autant mieux qu’on reconnaît son ignorance et qu’on découvre son étendue abyssale. Comme on le remarquait l’autre jour, plus on connaît de nouvelles choses (ce n’est donc pas spécifique à la chanson), plus on dévoile les horizons qu’elles dissimulaient. Ainsi, le savoir engendre l’ignorance ; on est astreint à ignorer de plus en plus. C’est ça, la culture.


Autrement dit, selon toi, Lucien l’âne mon ami, la culture, c’est la connaissance de l’ignorance et j’insiste, l’inverse n’est pas vrai. L’ignorance de la connaissance, c’est franchement de l’inculture, de l’ignareté.


Ho, Marco Valdo M.I. mon ami, je propose qu’on arrête là l’exploration des champs de l’ignareté, qui toutes choses restant égales par ailleurs, me semble un mot ancien que je trouve très à propos.


Cela dit, reprend Marco Valdo M.I., la chanson de ce jour est en quelque sorte la prolongation diurne des chansons nocturnes du même Francesco Guccini : Canzone di notteCanzone di notte n°2Canzone di notte n. 3Canzone di notte n.4. ; elle s’intitule Canzone della vita quotidiana – CHANSON DE LA VIE QUOTIDIENNE. En parcourant le texte italien pour en faire la version française, il m’était venu du fond de la mémoire une chanson courte de Boris Vian qui traitait du même sujet sous le titre explicite : La vie, c’est comme une dent. Comme elle est vraiment très courte, je te cite le texte in extenso :


« La vie, c’est comme une dent :
D’abord, on n'y a pas pensé,
On s’est contenté de mâcher
Et puis, ça se gâte soudain,
Ça vous fait mal, et on y tient,
Et on la soigne et les soucis,
Et pour qu’on soit vraiment guéri,
Il faut vous l’arracher, la vie. »


Mais je la connaissais cette chanson de Vian et même, je la savais par cœur. Pour le reste, j’imagine, dit Lucien l’âne, que cette chanson de la vie quotidienne, c’est un peu dans le prolongement des Chroniques de Vasco Pratolini, c’est une sorte de description de la vie, une méditation sur les heures et les mélancolies, un remue-méninges poétique, une chanson quasiment philosophique. Maintenant, pour faire court, tissons le linceul de ce vieux monde mélancolique, dépressif, plein d’avenir vide, immensément ignare, légèrement pessimiste et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




À l’aube ou en fin d’après-midi,

Ça ne fait pas vraiment de différence,

Avec les heures toutes pareilles, on n’en a jamais fini,

Il faut du courage pour vivre son existence.


La vie quotidienne vous a vu et aspiré

Comme le café bu à peine levé,

Et l’eau froide efface vos rêves,

Et le besoin noie l’espérance,

Et la douceur du songe se lève,

Et la vie quotidienne commence.


Et vous suffoquez dans mille détails,

La tête pleine de vacances et d’oisiveté

Et les maux sont pires en réalité.

La maladie, c’est l’ennui du travail :

Efforts sans but, courses vaines,

Angoisses vagues, incertaines,

Jour après jour, meublent le désert annuel

Avec ses oasis à la mi-août et à Noël.

Année après année, on les comptera,

Ces jours de la vie devant soi.


Hypocrisies légères, rages à bas prix,

Réponses sagaces toujours en retard,

Salutations anxieuses d’ennui ou de mépris

Sans que jamais se croisent les regards.


Les confidences du sexe ou de la maladie

Où chacun n’écoute que ses réparties ;

Les fictions naturelles dont on se pare

Pour ne pas sembler être ce qu’on peut voir.

À peine commencée, elle est déjà finie ;

Elle s’en va ainsi tous les jours, la vie.


Amours désespérés, amours à la sauvette,

Consommés par colère ou par devoir,

Qui fatigués éteignent avec la cigarette

Les désirs nés au long de tant de soirs.

Amours faits de fureur, affrontement parfait,

Vengeance nocturne où, pour être vrai,

Après ces films de faste et de luxure,

Par la pensée, l’un trahit l’autre :

Amours vus, amours vécus, amours des jours,

Amours de la vie de chaque jour.


Peurs assidues, joies solitaires,

Drames qui n’émeuvent qu’eux-mêmes,

Solutions ambiguës, compromis différents,

Les gloires vantées de temps en temps.


Les petits maux toujours plus nombreux,

Les ans passent plus douloureux,

Lutte vide et vaine, pathétique à tenter

De repousser un peu plus loin l’éternité.

Enfin vieux, vous n’avez toujours pas compris

Que la vie quotidienne vous a trahi.

lundi 19 avril 2021

UNE CHANSON NOCTURNE

 

UNE CHANSON NOCTURNE





Version française – UNE CHANSON NOCTURNE – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – Una canzone di nottePippo Pollina – 1986



Nuit noire, quand les chats veillent sur la ville



Une chanson de nuit, gucciniane dès le titre, qui – même si elle n’est pas explicitement contre la guerre – capte très bien un état d’esprit, quand il semble que nous n’en faisons pas assez ou que nous sommes entourés de trop de gens indifférents. Ou que nous sommes aussi indifférents.

Les pensées qui viennent avec la nuit.

(Lorenzo Masetti)




Dialogue maïeutique


Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson nocturne. « UNE CHANSON NOCTURNE », c’est même son titre.


Une chanson nocturne, dit Lucien l’âne, ça n’a rien d’exceptionnel, on en a déjà rencontré plusieurs qui portaient ce titre.


Oui, dit Marco Valdo M.I. , tout au contraire, c’est bien pour ça que c’est exceptionnel. Jusqu’ici, toutes les chansons nocturnes (en italien : canzone di notte) étaient l’œuvre du même auteur. Francesco Guccini avait écrit quatre de ces chansons que chemin faisant il dut numéroter, c’étaient : Canzone di notteCanzone di notte n°2Canzone di notte n. 3Canzone di notte n.4. Celle-ci n’est pas de lui, mais de Pippo Pollina, lequel par ce titre vise sans doute à marquer une certaine parenté avec les chansons de Guccini, une sorte continuité en écrivant à la manière de Guccini.


Voilà pour le titre, dit Lucien l’âne, et qu’en est-il du reste ?


La chanson nocturne de Pollina, répond Marco Valdo M.I., se veut une réminiscence des chansons nocturnes de Guccini, ces chansons qu’on imagine imaginée dans la nuit noire, quand les chats veillent sur la ville du haut des toits et elle le dit clairement (du moins dans sa version française, où l’explicitation est nécessaire) :


« Et alors, chers amis,

Permettez-moi une fois

De faire comme Guccini.

Écoutez-moi, cette fois

Chanter cette chanson de nuit. »


C’est donc une parenté revendiquée. Du reste, elle s’inscrit dans le droit fil de son titre, c’est-à-dire qu’elle a toutes les allures d’une méditation. Elle retrace comme un bilan de vie, elle fait le point, elle expose une catharsis, qui s’étend à la société (italienne). Et la chanson conclut :


« Sans imposer de vérité,

En gardant ce désir sensé

De cracher ce que j’ai à l’intérieur

Sans crainte et sans peur. »


Eh bien, dit Lucien l’âne, voyons ça et tissons le linceul de ce vieux monde conservateur, stationnaire, perclus et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane








Il est v
ingt-trois heures, il fait noir

Et je n’ai pas sommeil ce soir ;

Je ne veux pas rejoindre Morphée

Qui les bras ouverts, comme toute l’année,

M’attend entre le drap et l’oreiller pour

Rêver que demain sera un autre jour


Et alors, chers amis,

Permettez-moi une fois

De faire comme Guccini.

Écoutez-moi, cette fois

Chanter cette chanson de nuit

Permettez-le-moi cette fois-ci.


Si
je n’avais le cœur blessé,

Si je n’étais pas si affecté

Par cette étrange maladie

Appelée nostalgie,

Je ne me devrais pas me tourner

Vers le temps passé,

Les souvenirs et la mémoire

Aux images maintenant noires.


Je me vois souventes fois

Discutant pendant des heures

De la paix, de l’anti-mafia,

Des gens qui meurent.

Puis, je rentre chez moi

Cahin-caha et je pleure

Comme un chien qui ne sait

Comment retrouver son toit.


Je vois Pierre

Et je réalise qu’un révolutionnaire

Sait cacher ses rides,

Et dissimuler ses vides.

Et si Antoine à la quarantaine

Cesse de courir la prétentaine,

Je donnerai ma fierté au premier

Qui vient à passer.


Il y en a beaucoup dans la ronde

De ces artistes bon marché

Qui snobent tout le monde

Et se croient arrivés,

Qui se moquent des autres

Et disent « Qui peut bien être

L’idiot, le crétin obscène

Qui les a mis sur la scène ? »


Heureusement, certaines fois

Dans les rangs des églises et des partis,

On organise des marches, des défilés

Aux fins de se rappeler

Que chacun a une seule mère,

Que nous sommes tous frères,

Tous unis par un idéal de fraternité.

Si pour une procession nocturne

Sont venues 30 000 personnes,

Qui donc a inventé la mafia ?

Sûr, à Palerme, elle n’existe pas ;

Mais peut-être chez les Danois,

Ce doit être le fantasme ésotérique

D’un journaliste nordique.


Il vaut mieux, je le garantis,

Sourire et sourire encore,

Car il n’a pas tort

Ce chanteur qui dit

Qu’ici, on vit de l’air du temps

Et de football aussi évidemment,

Car pendant la journée, bouche close,

On ne peut parler d’autre chose.


« 
Avez-vous gagné au pari ? »

« Forza Juve », « Forza Rossi »,

Dans les usines, dans les ministères,

Dans les maisons, jusqu’en enfer.

Le froid de la nuit

S’assoupit sur ma peau

Et me rappelle que bientôt

L’hiver sera à nouveau ici.


Et mon père répète

Qu’on meurt

Sur les routes d’un rêve

Sans couleurs.

Je regarde dehors tous ces gens

De leur charrette préoccupés

Et qui la font rouler sans

Se soucier des bœufs attelés.

La ville me crache au visage

L’écho de mes vers hors d’usage,

Comme aujourd’hui, on ne vole pas,

Comme on l’a dit déjà,

Je vais essayer de marcher

Pour faire rire ma guitare

Qui réclame d’autres soirs

Pour jouer.


Voilà, maintenant
ça va.

Ma vue commence à s’embrumer,

Je délire depuis une heure, déjà,

Il faut m’excuser,

Il faut me pardonner,

Je perds ma raison, parfois.


Et
quand me vient l’envie

De m’enfouir sous terre,

Je pense aux yeux de ma mère,

Aux mains de mes amies,

Aux étoiles, au ciel

Et les flots éternels

Me poussent tout de suite

À rentrer au plus vite.


Chers amis, j’en suis sûr déjà

Parmi vous certains pensent parfois

Avoir entendu ces choses-là.

Les notes et les textes sont certains.

Ainsi, il est vrai que demain

Nos jours ne changeront

Pas leurs connotations.

Et pour conclure, je chante

Aux oreilles qui portent

De prudents bouchons

Sans fioritures, ni prétentions,

Sans imposer de vérité,

En gardant ce désir sensé

De cracher ce que j’ai à l’intérieur

Sans crainte et sans peur.