mercredi 3 février 2021

LA CHANSON SOCIALE


LA CHANSON SOCIALE



Version française – LA CHANSON SOCIALE – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – Canto socialeLuca Bassanese – 2017

 

Envol de l'Utopie

KAREL APPEL - 1959

 



Dialogue maïeutique

 


 

J’ai déjà lu le texte, dit Lucien l’âne, et je trouve curieux de commencer une chanson par des excuses.


Je comprends ton étonnement, Lucien l’âne mon ami, cependant, cet introït n’a rien d’étonnant et l’explication en est facile si on prend la peine d’aller au bout du vers :


« Excusez, excusez, c’est une chanson sociale »



et cette adresse insolite, vise à prévenir la réticence qu’un certain public éprouve face à la chanson sociale et, il faut faire gaffe, car « les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux. » Chez ceux-là celle-ci a la mauvaise réputation d’être sulfureuse, et a priori, ennuyeuse. Il est possible que pour certaines gens que la chanson relève du divertissement et qu’elle se doit d’être sentimentale, qu’elle doive parler d’amour(s), toujours, et éventuellement, s’étendre aux joies et aux peines qu’engendre ce joli penchant. C’est leur goût, je n’en discuterai donc pas.


Oui, dit Lucien l’âne, la chanson d’amour, modèle bonbons roses et barbes à papa, il doit y en avoir qui aiment ça et d’autres seraient plutôt portés sur la chanson minou rose et moustaches de chat. Moi aussi, je soutiens que c’est leur droit et moi aussi, j’en aime parfois, même avec beaucoup de sucre et de sirop. C’est juste que je trouve que la chanson ne doit pas être emprisonnée dans un genre.


Évidemment, reprend Marco Valdo M.I., que c’est leur droit et qu’ils sont parfaitement libres d’apprécier particulièrement ça ; delà à réduire la chanson à la chansonnette, ce n’est pas une bonne façon. L’auteur de la chanson italienne, ici, Luc Bassanese, qui connaît bien le public, annonce la couleur. C’est une technique éprouvée de bateleur, de comédien et de chanteur des rues. Bref, c’est une chanson sociale, une chanson qui cherche à refaire le monde dans une société en décomposition. Elle appelle un nouveau monde. Elle a raison :


« l’indifférence est bête

Et ne peut avoir de justifications,

Ni maîtres, ni dieux, ni prophètes

Qui fondent en haine les raisons.

Il est un sens profond à la beauté

Qu’il ne faut pas tuer,

Il faut le faire vivre, il faut penser. »


Moi, dit Lucien l’âne, je reste dans l’idée que la chanson sociale est ostracisée, car elle dérange, elle met en cause l’ordre établi, la hiérarchie de la société et bouscule les fondements du système. C’est un grain de sable qui vient enrayer la belle mécanique de la domination à l’œuvre dans la Guerre de Cent Mille Ans, que les riches font aux pauvres afin de maintenir leur pouvoir, d’assurer leurs privilèges, de perpétuer l’exploitation et les profits. L’âne est toujours mal vu quand il se rebiffe ; quand il rebute, on le bat. C’est bien ce qui racontait ta chanson La mauvaise Réputation des Chômeurs :


« On ne fait pourtant de tort à personne,
En n’écoutant pas les sirènes qui sonnent.
Mais les patrons n’aiment pas que
L’on vive sans trimer pour eux,
Non les patrons n’aiment pas que
L’on vive sans trimer pour eux,
Tout ce beau monde nous montre au doigt,
Nous on s’en fout, ça va de soi. »



Pour le reste, je pense qu’il est temps de découvrir la chanson, qui mille autres choses encore. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde dérisoire, avide, odieux et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane







Excusez, excusez, c’est une chanson sociale,

Car moi, moi, j’ai une inclinaison.

Quand je vois que les choses vont mal,

J’essaie d’en comprendre la raison.

Désolé, si je triture mon cerveau

À la recherche d’un monde nouveau,

Moi, je ne crois en aucune idéologie,

Je préfère la libre utopie.

C’est un rêve qui n’a pas d’appartenance

Et qu’on ne peut découvrir par la science.

Et moi, je me retrouve ici à chanter,

À suer, à rire, à crier.

Car vous aussi vous ne pouvez souffrir

Un monde fait de misère.

Car vous aussi vous ne pouvez souffrir

Un monde fait de misère.


Excusez, excusez, c’est une chanson sociale,

Car moi, moi, j’ai une inclinaison.

Quand je vois que les choses vont mal,

J’essaie d’en comprendre la raison.

Pour vos grands yeux d’enfant

Qui savent regarder l’infini,

Pour vos mains qui s’agitent dans le vent,

Pour ma chanson et pour vos soucis,

Et pour la terre, pour l’eau et pour la vie,

Pour la dignité qui fait les personnes

Pour l’aveugle à la vue infinie

Je chante et je raisonne, je résonne

Et je m’agite, car l’indifférence est bête

Et ne peut avoir de justifications,

Ni maîtres, ni dieux, ni prophètes

Qui fondent en haine les raisons.

Il est un sens profond à la beauté

Qu’il ne faut pas tuer,

Il faut le faire vivre, il faut penser.

Car vous aussi vous ne pouvez souffrir

Un monde fait de misère.

Car vous aussi vous ne pouvez souffrir

Un monde fait de misère.

lundi 1 février 2021

LES MAINS DE MÈRE

 

LES MAINS DE MÈRE

 

Version française – LES MAINS DE MÈRE – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson allemande – Mutterns HändeKurt Tucholsky – 1929
Texte de Kurt Tucholsky

Musique de Hanns Eisler

Interprétée par Gisela May (1924-), actrice et chanteuse allemande, sur son disque « Gisela May Singt Tucholsky » (1967), avec une musique de Henry Krtschil.

Plus tard, interprétée par la chanteuse allemande Dagmar Krause (sur la musique originale d’Eisler) sur son album intitulé « Panzerschlacht : Die Lieder Von Hanns Eisler » (« Batailles de chars : les chansons de Hanns Eisler ») en 1988.


 

MÈRE

Théophile Alexandre Steinlen – 1899



Dialogue maïeutique


Comme tu le sais, Lucien l’âne mon ami, tout humain (comme tout être vivant sexué) a une mère. Chez les humains, comme tu le sais aussi, le rejeton comme la rejetonne ne peut se débrouiller seul pendant une période assez longue et même, avec l’évolution, ce temps a tendance à s’allonger, plus encore avec les années d’études. Et durant ce délai, il faut pourvoir aux besoins de ces jeunes. Ce n’est pas une mince affaire.


J’imagine, dit Lucien l’âne, et puis, souviens-toi, je suis un humain d’origine, même si une ensorceleuse distraite m’a métamorphosé en âne. Donc, poursuis ton récit.


Pour accomplir cette noble et immense tâche, digne du brave Hercule, reprend Marco Valdo M.I., dans la plupart des cas – les exceptions sont assez rares –, c’est à la mère de prendre en charge les multiples interventions quotidiennes que nécessite l’élevage de la progéniture. Il arrive aussi souvent qu’elle se retrouve seule face à ce bénévolat ; Car, figure-toi, ce travail essentiel n’est pas considéré comme un vrai travail (du moins quand il est opéré à domicile ; le même travail fait en dehors du cercle familial, lui est considéré comme une intervention professionnelle et donne lieu à une rémunération) et dès lors, il n’est pas payé, ni reconnu comme tel, ce qui complique singulièrement la situation quand cette mère se retrouve seule avec ses enfants. Il lui faut alors surmonter cette difficulté et trouver de quoi faire vivre sa famille, c’est-à-dire un autre travail qu’elle doit effectuer en plus de tout le reste.


Mais, dit Lucien l’âne, ça m’a tout l’air d’être une double charge qu’on lui inflige ainsi et il me semble qu’il y a dans la société humaine une sorte de déni de cette réalité, un silence pesant recouvre cette inéquité.


Oui, dit Marco Valdo M.I., et ce n’est vraiment pas facile à assumer cette double charge, surtout quand comme dans la chanson, la dame a six enfants. Pour ce qui est la mère évoquée dans la chanson, je pense qu’elle n’était pas seule et qu’elle n’avait pas à assurer cette double charge. Néanmoins, six enfants, c’est toute une histoire.


Oh, Marco Valdo M.I., si tu commençais par le commencement et si tu me disais le titre et le sujet de la chanson.


Soit, dit Marco Valdo M.I., mais le sujet de la chanson, je te l’ai quasiment dévoilé. Pour le titre, qui en allemand est « Mutterns Hände », il est devenu en français « Les Mains de Mère ».


Ça m’a l’air bien solennel, dit Lucien l’âne.


En effet, répond Marco Valdo M.I., le propos de la chanson est sérieux, même si on y sent couler une rivière d’affection. Donc, les mains de mère sont ici évoquées pour parler de la mère, pour l’honorer, pour l’encenser. Oui, c’est conventionnel, si on n’écoute pas l’entièreté de la chanson, car elle chante la mère et elle détaille, énumère soigneusement tout ce qu’elle a voulu, pu, dû faire pour ses enfants.


Ah, dit Lucien l’âne, je comprends ces mains de mère, c’est une synecdoque, c’est la partie pour le tout.


Exactement, répond Marco Valdo M.I., mais cette synecdoque est là seulement une caractéristique anecdotique, elle-même un détail d’un ensemble. L’éloge des mains de la mère camoufle ou magnifie, comme on voudra, celui de la mère elle-même ; une apologie pourtant extrêmement sobre, simple dans son expression, sans fioritures, ce qui, à mon sens, la renforce. Pour les détails, on se reportera à la chanson. Un petit sursaut de ma mémoire m’a fait retrouver une chanson française sur un thème où il est aussi question des mains d’une femme. C’est une chanson de Claude Nougaro de 1966, qui s’intitule « Les mains d’une femme dans la farine » et laisse entrevoir le rôle que l’homme réserve à sa compagne dans la vie quotidienne. Et encore, cet homme-là, celui de la chanson, est amoureux et bienveillant.


Oui, dit Lucien l’âne, l’amour sanctifie bien des choses et fait avaler tant de couleuvres, mais quand même, je me demande comment cette chanson serait reçue, si elle était créée aujourd’hui. Je suis à peu près persuadé que ce pauvre amoureux serait contraint à la mutitude, même si son aimée aimait son petit air goguenard. Enfin, tissons le linceul de ce monde dur, aveugle, ahuri, patriarcal, masculin et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Tu nous as beurré le pain

Et préparé le café,

Tu as lavé nos culs nus,

Tu as nettoyé, tu as cousu,

Tu as tout arrangé,

Le tout de tes mains.

Tu as mis à bouillir notre lait du matin,

Tu nous as donné des bonbons en cachette

Tu nous as apporté des gazettes,

Tu as reprisé nos chemises

Et pelé les patates.

Le tout de tes mains.

Tu nous as parfois secoués

Et pour un gros scandale,

Tu nous a donné une mandale.

Tu nous as tous élevés.

Nous étions huit enfants,

Et six sont encore vivants.

Le tout de tes mains.


Elles étaient chaudes, elles étaient froides.

Maintenant, elles sont roides.

Maintenant, tu es presque à ta fin.

Alors, maintenant, nous sommes ,

Et nous voici près de toi,

Et nous caressons tes mains.



dimanche 31 janvier 2021

L’ÉTÉ SUR UNE PLAGE BONDÉE

 

L’ÉTÉ SUR UNE PLAGE BONDÉE



Version française – L’ÉTÉ SUR UNE PLAGE BONDÉE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Summer on a spiaggia affollataIosonouncane – 2010


Texte et musique de Jacopo Incani, à la scène Iosonouncane


Le titre fait référence au célèbre Summer on a Solitary Beach de Franco Battiato, mais ici la plage qui assiste au débarquement d’un bateau de migrants est bondée de vacanciers indifférents à ce qui se passe, ou tout au plus dégoûtés par le spectacle qu’ils suivent en direct à quelques pas d’eux.



 

ULYSSE ET NAUSICAA

 

 


 Dialogue maïeutique


Je vais, Lucien l’âne mon ami, commencer par une explication rétrospective et parler de la chanson qui a servi de base à cette parodie et qui n’est pas celle qui est signalée par le commentaire italien qui évoquait Franco Battiato et sa chanson « Summer on a Solitary Beach ».


Il me semble pourtant, dit Lucien l’âne, que le titre « Summer on a spiaggia affollata » renvoie assez clairement à « Summer on a Solitary Beach ».


Sans aucun doute, reprend Marco Valdo M.I., mais pour ce qui est de la chanson, en vérité, je suis plus persuadé qu’il s’agit ici de l’œuvre impérissable d’Edoardo Vianello et sa tout aussi fameuse interprétation de « Pinne, fucile e occhiali », un estival succès (?) de 1962.


Comment, dit Lucien l’âne, moi, je veux bien te croire, mais il faut quand même que tu me l’expliques.


Ça, c’est facile, dit Marco Valdo M.I., l’une et l’autre commencent quasiment mot pour mot de la même façon. Je t’épargnerai le reste du texte de la chanson de Vianello et son interprétation stupéfiante.

Vianello – 1962 :

« Con le pinne, fucile ed occhiali 

(Avec les palmes, le fusil et les lunettes)


quando il mare è una tavola blu »

 (Quand la mer est un tableau bleu)

et

Iosonouncane – 2010

« Pinne fucile ed occhiali 

(Palmes, fusil et lunettes)


il Mediterraneo è una tavola blu
 

(La Méditerranée est un tableau bleu).


C’est à l’évidence une réminiscence et non un plagiat. C’est une citation parodique qui renvoie à une certaine « Italie », une sorte de portrait flash de l’été sur les plages. Du reste, toute la chanson – celle de Iosonouncane – 2010 – est une chanson-reportage d’un après-midi sur une plage où des migrants viennent s’échouer. C’est un spectacle que l’on voit depuis tant d’étés.


Oui, dit Lucien l’âne, Ulysse lui-même échoua sur une plage, mais comme le raconte Homère, Ulysse fut recueilli et soigné par une pléiade de jeunes suivantes qui entouraient une princesse. Elle s’appelait Nausicaa, elle était fille de roi et elle aurait volontiers gardé son réfugié à demeure.


Oui, certes, je sais tout cela aussi, Lucien l’âne mon ami. Actuellement encore, des myriades de princesses modernes se déshabillent encore sur les plages, mais elles sont moins hospitalières. Sans doute, n’ont-elles pas lu l’Odyssée.


Ah, dit Lucien l’âne, ce manque de civilité est un manque de culture. Que penserait Sappho, qui vivait à Mytilène sur l’île de Lesbos, des naufrages d’aujourd’hui ? Après pas loin de deux mille huit cents ans, elles auraient quand même pu apprendre les bonnes manières. Toutes ces Circés envahissent les plages, c’est un « must » de nos étés. Mais là aussi, à l’inverse de l’enchanteresse, elles n’entendent pas vraiment accueillir dans leurs bras ces étrangers venus par la mer. Enfin, tissons le linceul de ce vieux monde maritime, solaire, venteux et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





Palmes, fusil et lunettes

La Méditerranée est un tableau bleu

L’Italie se traîne le long des autoroutes

Une foule sauvage envahit la plage et s’émeut

Elle discute et commente

En direct et en chair et en os, la vision

Des décès vus à la télévision.

Puis, finalement

La barque bondée chavire doucement

Et coule soudainement

Les parasols rugissent de joie et saluent ceux

Qui regardent la télé chez eux.

Salut à vous, salut mes chéris,

Salut à tous ceux qui me connaissent,

Salut à tous ceux qui me connaissent.

Et un salut particulier pour ce cher ami.

Oh, regardez ! Ils ne savent pas nager !

Ils ne savent pas nager !

Quelle histoire !

Mais c’est normal, ce sont des noirs.

Sur l’estran, les naufragés de la mer

Reposent privés de crème solaire

Entre les ballons des petits

Et les mères en bikini.

Une de ces femmes modernes crie fort :

« Ne dérangez pas monsieur ! Il dort. »


« Oh, il ne pouvait pas trouver un autre endroit pour s’étendre ?

Maintenant, ce n’est plus comme avant, il y a des chiens et des porcs ! »

Le soir descend sur les corps échoués

Avec en écho les chœurs du monde.

Le soir descend sur les corps échoués

Avec en écho les chœurs du monde.

Le soir descend sur les corps échoués

Avec en écho les chœurs du monde.

Le soir descend sur les corps échoués

Avec en écho les chœurs du monde.

En écho les chœurs du monde.

En écho les chœurs du monde.

En écho les chœurs du monde.

En écho les chœurs de tout le monde.

En écho les chœurs de tout le monde.

En écho les chœurs de tout le monde.

En écho les chœurs de tout le monde.


Maman, je ne sais pas nager ! Maman ! Maman ! Maman, je ne sais pas nager !

Bois, nègre ! Bois, nègre ! Bois, nègre ! Bois ! Nègre !

Maman, je ne sais pas nager ! Au secours, maman ! Je ne sais pas nager !

Buvez ! Tu es un nègre, et alors bois ! Bois, nègre ! Bois, nègre !

Maman, je ne sais pas nager ! Je ne sais pas nager !

C’est mieux ! Tu es un nègre ! Bois, c’est mieux ! Bois, nègre !

Je ne sais pas nager, maman, je ne sais pas nager !