vendredi 16 octobre 2020

LES CHATS ERRANTS

 

LES CHATS ERRANTS


Version française – LES CHATS ERRANTS – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – I gatti randagi Nomadi – 1990

 

 


 

LA BATAILLE DES CHATS

Foujita - 1940




Dialogue Maïeutique



Cette fois, Lucien l’âne mon ami, j’avouerai tout de suite avec la plus grande humilité avoir été frappé de réminiscence et c’est ainsi que le premier vers de la chanson est :


« Les chats errants sont les chats les plus beaux »


et qu’il s’est très certainement formé à l’écoute de ce vers de la Nuit de Mai qu’Alfred de Musset donna à connaître en 1835 et qui chantait :


« Les désespérés sont les chants les plus beaux »


Frappé de réminiscence ?, demande Lucien l’âne. C’est une maladie ?


Une maladie, si on veut, dit Marco Valdo M.I. ; une chose est certaine, c’est qu’elle m’a frappé cette fois encore et qu’elle frappe plus souvent qu’à son tour. C’est d’ailleurs à mon avis, une source de bien des textes, de bien des chants, de bien des musiques aussi. Ainsi va le monde se bâtissant de bric et de broc, de matériaux anciens, de mots, de phrases en déshérence.


Arrête-toi, Marco Valdo M.I., arrête-toi ici, je te le demande instamment, car j’aimerais vraiment que tu me parles de la chanson.


Mais, Lucien l’âne mon ami, je ne fais que ça. Quand même cette chanson est celle des chats errants, celle qui les salue et les magnifie. Les chats errants sont présentés comme des incarnations de la liberté et servent à portraiturer les humains tels qu’ils devraient être : amicaux, désintéressés, rêveurs, peu fortunés, un peu fainéants et porteurs d’un rêve de liberté. Mais, il vaut mieux le préciser tout de suite, pas de n’importe quelle liberté ; pas de cette liberté d’exploiter les autres, pas de cette liberté de se situer au-dessus des autres, de les dominer et d’en tirer profit, pas de cette liberté de les mépriser et de les écraser.


Je comprends, dit Lucien l’âne, de quelle liberté il s’agit. En gros, si on veut saisir de quelle liberté il s’agit, il faut la replacer au cœur de la Guerre de Cent Mille Ans dans laquelle s’affrontent ces deux libertés : d’un côté, celle du loup dans la bergerie, du renard dans le poulailler ; de l’autre, la liberté respectueuse de la nécessaire solidarité envers les plus faibles, les plus démunis, les moins bien lotis, la liberté qui se refuse à phagocyter les autres.


C’est bien ça, Lucien l’âne mon ami, et compte tenu de ce qui se passe dans le monde des humains, elle un rêve, une utopie. Pas tout à fait, pas complètement cependant, car ici et là, souvent, elle agit et se développe, mais c’est une fleur encore fragile. Pour en revenir à cette chanson, il faudrait préciser ce que sont ces chats errants. En fait, il est de la nature même des chats d’être des êtres errants, les chats, quand ils ne sont pas encagés ou coincés d’une autre manière, passent une grande partie de leur vie à errer ; pourtant, ce ne sont pas nécessairement des chats errants. Il y a ici, comme tu le sais, trois chats à demeure, sans compter les visiteurs, qui vont, qui viennent à leur guise et qui s’ils errent, aiment aussi à se faire dorloter un peu et à s’assoupir en un lieu retiré et clos – la plupart du temps, ma chambre. Ces chats-là s’arrangent avec les chats qui passent pour avoir des relations d’amabilité. Ils les laissent manger dans leur gamelle sans en faire un fromage, sans en concevoir un casus belli.


En somme, dit Lucien l’âne, ils sont pacifiques et ils ont le sens de l’accueil, de la non-violence et ils s’entendent à partager l’espace et le ravitaillement. Ce sont de bons chats, car une telle civilité est rare ; elle ne va pas de soi. Et je sais que parfois, chez les chats errants ou pas, il y a la guerre et même des batailles.


Bien entendu, Lucien l’âne mon ami, mais si dans l’ensemble chez les chats d’ici, la civilité est possible – la plupart du temps, elle devrait l’être chez les humains, cette espèce qui se veut supérieure. Enfin, c’est ce que raconte la chanson. Je n’en dirai pas plus, puisqu’il est des harmoniques que la poésie enchante et que je ne pourrais épuiser en un tel commentaire. La chanson a sa voix, la chanson a ses pensées errantes qu’il convient de laisser errer dans les têtes des gens.


Excellent, Marco Valdo M.I. ; en ce cas, tissons le linceul de ce vieux monde cacophonique, brouhahardeux, confus, conflictuel, incivilisé et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane







Les chats errants sont les chats les plus beaux.

Ce sont les amis de ceux qui n’ont que la peau

Sur les os et comme eux, rêvent le jour durant.

Les chats errants hantent les quartiers des pauvres gens.

La nuit, les chats vont sur les toits, miaulant à la lune.

Et chaque caresse leur est une bonne fortune.



Ils s’en repartent plus heureux,

Chacun s’en repart plus heureux.



Les chats errants sont les chats les plus beaux.

Le bébé le sait déjà en son berceau.

Regards, sourires, caresses, invitations

Et les chats, des amis seront.

Le jour, ils ne font que s’amuser,

Ils n’ont rien, ils sont légers

Et les caresses les mettent en joie

Et le soir, chacun s’en reva chez soi.



Les chats errants sont les chats les plus beaux ;

Ils n’aiment pas les devoirs, les maîtres et les clés ;

Ils toisent tous ces hommes qui les regardent de haut,

Ceux-là qui savent haïr, mais ne savent aimer.

La nuit, les chats vont sur les toits, miaulant à la lune.

Pour eux, chaque caresse est une bonne fortune.



Ils s’en repartent plus heureux,

Chacun s’en repart plus heureux.



Avec nos rêves en couleurs et de si beaux mots,

Nous sommes presque tous chats errants

Une bande de bons à rien, un peu fainéants,

Tirant toujours le diable par la peau du dos.

Et nous aussi, nous voulons musarder,

Nous voulons aimer, nous voulons rêver

Rêver un rêve de liberté,

Rêver un rêve de liberté.


mercredi 14 octobre 2020

LES MIGRANTS

LES MIGRANTS


Version française – LES MIGRANTS – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – MigrantiEnzo Iacchetti [2018] et Francesco Guccini – 2020 (?)



Chanson inédite écrite par Francesco Guccini, musique de Juan Carlos “Flaco” Biondini inteprétée par Enzo Iacchetti lors du spectacle « Libera Nos Domine ».

Finalement interprétée par ses auteurs (Francesco Guccini et Juan Carlos Biondini) avec les “musiciens” historiques du groupe de Guccini.



 

LES MIGRANTS

Eugène Laermans - 1896



Dialogue Maïeutique 

 



Ah, Lucien l’âne mon ami, voici une chanson qu’on dirait conçue dans le droit fil des réminiscences de ce très court texte È fatto giorno (1954), dont voici les deux premiers vers à comparer aux deux premiers de la chanson de Guccini :


« Le jour s’est levé, nous sommes entrés dans le jeu nous aussi.

Avec les vêtements et les souliers et les faces que nous avions. »


et qui avaient inspiré une chanson È fatto giorno, écrite par Mario Pogliotti et interprétée par Maria Monti. C’était en 1972.


En effet, dit Lucien l’âne, j’avais la même impression. Il suffit de lire ces premiers vers pour ressentir comme une remembrance. Cependant, nous sommes cinquante ou septante ans plus tard, et la migration a changé de sens.


Sans doute, reprend Marco Valdo M.I., et la chanson ne l’ignore pas qui est une chanson en deux parties et il s’agit bien de faire retrouver dans la première partie la voix de l’émigration italienne – des millions d’Italiens se sont égayés dans le monde, il y en a autant qu’en Italie ; c’est-à-dire environ 60 000 000 – afin de la mettre en balance avec la nouvelle immigration qui arrive en Italie (et en Europe) par la mer et il s’agit encore, de rappeler l’une pour faire comprendre et accepter la justesse de l’autre. Il y a là comme un appel à l’équité.


Oh, dit Lucien l’âne comme on le disait une autre fois, nous sommes tous des migrants ou des descendants de migrants et peut-être même, de futurs migrants ou les ascendants de futurs migrants. La migration est le lot commun de l’espèce humaine et des espèces commensales.


Oui, dit Marco Valdo M.I., et il faudra s’attendre à ce que ce phénomène se développe dans les décennies à venir. Ce n’est pas une sorte de vases communicants où le vide se remplit de l’excès du plein, comme c’était plus ou moins le cas de la colonisation, mais – car il n’y a pas de vide où aller – plutôt d’une sorte d’osmose où c’est le degré de « richesse », de « sécurité » et de « confort » qui joue le rôle d’aimant. Cette nouvelle migration fuit la guerre, la faim, la misère et en quelque sorte, elle ne voit pas d’autre issue que la fuite au destin de désespoir qu’elle entrevoit chez elle.


En fait, dit Lucien l’âne, si on veut vraiment comprendre ce phénomène, il faut partir d’un simple constat : quelqu’un qui est bien chez soi ne s’en va pas courir le monde à la recherche d’un chez-soi.


Mais cependant, Lucien l’âne mon ami, les migrations actuelles et celles de demain sont le fait de petites minorités poussées par la misère, la peur et la destruction de leur chez-soi ; elles sont, comme c’était le cas de l’émigration italienne, aussi l’espoir d’un retour fructueux. Prenons l’exemple de l’Afrique où la population croît à vive allure – je rappelle à ce sujet qu’elle ne fait qu’appliquer scrupuleusement l’enseignement de la parole chrétienne : « Croissez et multipliez ! » ou plus exactement, la Genèse dit : « Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre » – et où cette masse va probablement atteindre un ou plusieurs milliards et imaginons que seulement un habitant sur mille par an se déplace et migre – hors Afrique, on obtient un nombre de migrants annuels de l’ordre du million. Et on peut répéter ce calcul un peu partout dans le monde – par exemple entre l’Amérique latine et les Zétazunis. En fin de compte, la question se pose de savoir combien d’humains va pouvoir supporter la planète. Tout ça est vertigineux et j’avoue ne pas entrevoir une solution simple à ce casse-tête.


Oui, dit Lucien l’âne, c’est un peu le même problème que celui que pose une pandémie quand on veut enrayer sa croissance ; sauf qu’on ne peut mettre en circulation un vaccin. Ainsi, on arrive donc au mur de l’impensable, on est face à l’indicible. Questions : va-t-on vers un confinement ? Va-t-on imposer un masque sexuel ? À mon sens, l’espèce humaine est mal partie ; elle va tout droit sur les récifs.


Maintenant, dit Marco Valdo M.I., revenant à la question du « chez soi », j’essaye d’imaginer ceci, qui est fondé sur une revendication légitime : à chaque humain sa maison, avec son chauffage et/ou son climatiseur, avec sa télé, son ordinateur, Internet et autres équipements ménagers, sa voiture et ce mode de vie étendu à huit ou dix milliards d’habitants. C’est hallucinant. Je laisse y songer. Et si on se replace dans la perspective de la Guerre de Cent Mille Ans où les riches font la guerre aux pauvres pour conserver leur domination, accroître leurs privilèges, on peut imaginer l’ampleur du problème.


Mais enfin, dit Lucien l’âne, qui va renoncer sciemment à son « way of life » ? Par ailleurs et de plus, il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. En attendant, conclusion provisoire et tout à fait indiquée, tissons le linceul de ce vieux monde inique, tendu, branlant, chancelant, en sursis et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Nous allions qu’il ne faisait pas encore jour,

La bouche pleine de rêves et de douleurs,

Nous laissions là en quelques heures

Une maison pleine de gens et d’amour,

Une terre d’infamie, de pierres et de colère.

La misère collée à la peau comme une gale,

Dans nos poitrines, s’enflait un souffle

Qui voletait en une danse légère.


Amérique, Europe, par le monde,

Cherchant une place dans la ronde,

Nous allions souffrir

Pour vivre et nous reconstruire,

Mélangeant au sang l’histoire

Pour créer une mémoire

Nouvelle et nécessaire.


Dans un tourbillon d’espérance,

De vie, de travail, de réjouissance

Pour nous, par dizaines, par milliers,

Pour nous, les exilés,

Pour nous les riens, les néants,

Pour nous, les émigrants.


Et nous partons au hasard, au hasard,

Sur ces coquilles de noix véhiculées

Par des passeurs violents, amas hagard,

Humanité nue, bousculée,

De femmes, de vieux, d’enfants

Et de mort sans retour.

Un départ confus de l’arrivée ignorant,

De l’heure, du jour,

On y va et on y va vivants

Et dans les cœurs, on respire un air

Qui nous pousse à oser aller sur la mer.


Entre les peurs et les accidents,

Sur cette mer jamais connue,

Serrant notre rêve entre les dents,

Qu’une lointaine bienvenue

Nous tende la main à nous les suppliants,

À nous les moins que rien, les néants,

Différents de peau et de culture,

À nous qui sommes aussi le futur,

À nous, les immigrants.


Venus d’un monde de guerre et de faim partout,

Nous cherchons une patrie n’importe où

Pour recommencer à vivre malgré tout.


Venus d’un monde de guerre et de faim partout,

Nous cherchons une patrie n’importe où

Pour recommencer à vivre malgré tout.



mardi 13 octobre 2020

LA BOMBE

LA BOMBE


Version française – LA BOMBE – Marco Valdo M.I. – 2020

 Chanson allemande – Bombenstimmung Die Toten Hosen1986

Paroles et musique : Breitkof / Frege

Album : Damenwahl

(2007 Remastered Anniversary Edition Bonus Tracks)





 

Paysage de fin du monde

Edward Hopper - 1929







Dialogue Maïeutique



Oh la la, La Bombe, dit Lucien l’âne, quel titre effrayant et parfaitement à sa place quand il s’agit de la Guerre de cent Mille Ans.


Je suppose, Lucien l’âne mon ami, je suis sûr même que tu connais le double sens de cette expression « faire la bombe » » qui signifie d’une part, fabriquer un engin explosif – dont la puissance est très variable : la bombe à main, la bombe individuelle, la bombe artisanale : là on est à la taille minimale et à la puissance réduite et à la portée limitée ; et puis, il y a la bombe de gros calibre qui peut aller jusqu’à détruire des villes, des pays entiers (avec les gens dedans) et qui sait, toute la planète : là, on est à la dimension industrielle et à la puissance illimitée ou tout comme. En principe, l’usage en est totalement prohibé.


Il faut espérer qu’on n’aura pas recours à ces joujoux cauchemardesques, dit Lucien l’âne, mais oui, je n’ignore rien de ces gadgets humains et de leurs redoutables effets. Mais à quel deuxième sens fais-tu allusion ?


D’abord, Lucien l’âne mon ami, laisse-moi te dire que malgré l’apparence, ces engins et leurs capacités de destruction me paraissent assez terrifiants et je suis toujours attentif à mettre entre l’horreur et moi une certaine distance. Cette distance, on l’obtient par l’ironie, en traitant le sujet, l’objet, la circonstance – ici, la bombe – par le mépris. C’est le rôle de ce deuxième sens de l’expression « faire la bombe », autrement dit « faire la fête ». C’est comme ça, dans ces deux sens en même temps, comme les deux yeux d’un même regard, qu’il faut comprendre cette expression, que l’on trouve au cœur du refrain de la chanson :


« La bombe, partout où on fait la bombe

Dans le monde entier, le compte à rebours a commencé. »


Certes, dit Lucien l’âne, c’est une excellente façon de procéder et – même si je pense que tu y as pensé, il faudrait agir ainsi face à une telle catastrophe annoncée ; a minima, si on ne peut faire la fête, il faut éviter de se faire du mouron et puis, comme on dit, mourir seul, mourir tous ensemble, c’est toujours mourir et mourir, quelle importance ?, on ne meurt jamais qu’une seule fois et on n’en sait quand même rien.


Tout à fait, répond Marco Valdo M.I., laissons les catastrophistes et les tristes sires mariner dans leur inutile désespoir et continuons à vivre tranquillement notre vie. Enfin, et juste parce que ça reste en mémoire, du moins, dans ma mémoire, j’ai incorporé le « Dispersez-vous, ralliez-vous ! », évocation par les corbeaux d’un champ de bataille après la bataille. Souviens-toi donc, Lucien l’âne mon ami, en passant de ceci :


« Sur les routes aux vieux calvaires,

Sur les fossés et sur les trous,

Dispersez-vous, ralliez-vous !


Par milliers, sur les champs de France,

Où dorment les morts d’avant-hier,

Tournoyez, n’est-ce pas, l’hiver,

Pour que chaque passant repense !

Sois donc le crieur du devoir,

O notre funèbre oiseau noir ! »


Tu sais, Marco Valdo M.I. mon ami, je te connais assez pour avoir remarqué et resitué ce clin d’œil au jeune homme des Ardennes, qui passa avant toi dans le couloir du Journal où tu avais ton bureau. J’aime d’ailleurs toujours tes citations, aussi furtives soient-elles, aussi fréquentes parfois. Cela dit, tissons le linceul de ce vieux monde militaire, morbide, morne, mortifère, mortuaire et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



La bombe, partout où on fait la bombe

Dans le monde entier, le compte à rebours a commencé.

La bombe, partout où on fait la bombe

Dans le monde entier, le compte à rebours a commencé.



On évacue par précaution : toutes les gares.

Applaudissez tous, elle explosera pour vous.

10, 9, 8, 7, 6 – Planquez-vous partout

6, 5, 4, 3, 2, 1 – RTL en direct, ce soir,

Importera la guerre chez vous !



La bombe, partout où on fait la bombe

Dans le monde entier, le compte à rebours a commencé.

La bombe, partout où on fait la bombe

Dans le monde entier, le compte à rebours a commencé.



La guerre n’est plus ce qu’elle était avant-hier.

Les bombes modernes, tout le monde peut les faire.

10, 9 8, 7 6 – Des bombes, qui n’en a pas dans son panier ?

6, 5 4, 3, 2, 1 – Dispersez-vous, ralliez-vous ! Feu à volonté !



La bombe, partout où on fait la bombe

Dans le monde entier, le compte à rebours a commencé.

La bombe, partout où on fait la bombe

Dans le monde entier, le compte à rebours a commencé.



La bombe, partout où on fait la bombe

Dans le monde entier, le compte à rebours a commencé.

La bombe, partout où on fait la bombe

Dans le monde entier, le compte à rebours a commencé.

dimanche 11 octobre 2020

LE PAYS FABULEUX

LE PAYS FABULEUX


Version française – LE PAYS FABULEUX – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Il paese delle favoleNomadi1982

Paroles : Romano Rossi

Musique : Giuseppe Carletti – Romano Rossi






Dialogue Maïeutique


Voici, dit Marco Valdo M.I., le Pays fabuleux et en avant pour l’exploration de ce monde ensorcelant. Le Pays fabuleux ou littéralement traduit de l’italien - Il paese delle favole, le Pays des fables, tel est ce pays dont parle cette chanson. On avait déjà rencontré Le Pays des joujoux – Il paese dei balocchi, Le Pays de Polichinelle – Il paese di Pulcinella et d’autres encore qu’on trouverait si on les cherchait (et surtout, si on avait le temps de les chercher et de les traduire) et tous racontent des choses différentes. Tel est le charme des titres. En fait, le plus constamment, à rebours de la croyance répandue, au lieu de le révéler, le titre cache ce qu’il recouvre. C’est un brouillard.


En tous cas, il peut l’être, dit Lucien l’âne ; de toute façon, quelle que soit sa bonne volonté, il ne peut tout indiquer ; c’est une évidence sémantique. C’est pourquoi, il faut aller explorer un peu ce pays fabuleux ; qu’a-t-il de particulier ? Finalement, j’aimerais le savoir.


Eh bien, répond Marco Valdo M.I., ce qu’il a de particulier, c’est que c’est un pays où apparaissent certains personnages des fables, de ces fables revisitées, qui, comme tu le sais, sont des histoires lénifiantes qu’on raconte aux enfants sous le sain prétexte de les distraire, mais en réalité, il s’agit de leur inculquer une vision mesurée du monde. C’est une propagande perverse qui touche l’enfance sous la poitrine.


Eh là, dit Lucien l’âne, ça n’a pas toujours été le cas.


Certes non, reprend Marco Valdo M.I., mais ce l’est depuis un ou deux siècles. Auparavant, je te l’accorde, la fable était un genre poétique à part entière qui s’adressait au public lettré à l’instar des autres genres littéraires. C’est à partir du XIXe siècle, quand on fit de l’édition pour enfants une nouvelle industrie, que les fables sont devenues ce genre pour mineurs. Elles ont changé de nature et du coup, elles sont été cataloguées comme un genre mineur – manière comme une autre de créer un domaine réservé, à l’écart de toute critique.


C’est une évolution, dit Lucien l’âne ; du temps d’Ésope le bossu – qui, foi de Lucien l’âne qui les ai portés sur mon échine, n’était pas plus bossu qu’Homère était aveugle, la fable était une affaire sérieuse ; elle l’est restée jusqu’au moins La Fontaine et Florian. En ces temps-là, c’était un art impertinent et subversif.


Effectivement, Lucien l’âne mon ami, et son infantilisation l’a fortement émasculée et plus encore, sa colonisation par les industries de la communication et du divertissement. C’est à cette vénalisation que s’en prend la chanson. On y rencontre un Peter Pan amorti, Crochet en maquereau, Wendy en putain et Alice alcoolique ; on y retrouve Donald à l’usine et ses clones en déroute, Don Quichotte vaincu par les moulins, Ali Baba et ses voleurs au Parlement, Hänsel et Gretel font du profit, le Chat et ses bottes s’usent, la DCA abat les sorcières en plein vol, le Petit Poucet est espion et Cendrillon fait la courtisane.


Eh bien, dit Lucien l’âne, quelle galerie ! Mais où sont donc passés Pinocchio ? Et la fée bleue ? Le loup, l’agneau, la cigale, la fourmi et les langues du fabuliste ?


Lucien l’âne mon ami, un peu d’indulgence, ce n’est qu’une simple chanson, une chanson courte, on ne peut tout y mettre, elle doit forcément se limiter, mais tu a raison, où sont-ils passés ? On peut s’inquiéter pour eux vu ce qui est arrivé aux autres. Cela dit, cette chanson énonce et dénonce la vénalisation du monde enfantin ou si tu veux un mot plus commun pour dire la même chose, la prostitution des personnages des fables et des fables elles-mêmes. Ainsi, se dévoile le secret du pays fabuleux, celui où l’on vit au cœur de la Guerre de Cent Mille Ans et qui instille – via ses canaux et ses lucarnes fantasmatiques aux technologies toujours plus sophistiquées – une conception du monde à des enfants (et des grands enfants définitivement infantilisés) tenus sous hypnose médiatique, pétrifiés, stupéfiés et néantisés. Sauf, sauf à se tenir à l’écart des écrans, à se méfier des fées et de leurs racontars, à vomir les fables trop sucrées et à se remettre à lire les contes à la sauce Voltaire, car il est des histoires qui éveillent à la pensée, qui permettent de s’échapper du meilleur des mondes.


Ah, dit Lucien l’âne, fuir, là-bas fuir… s’échapper de ce monde gluant est chose difficile, mais salutaire. Alors tissons méticuleusement le linceul de ce vieux monde mou, mollasson, envoûtant, suggestif, brutal, menteur et cacochyme.


Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Peter Pan ne fait plus de vagues,

Il a vendu sa dague ;

Crochet envoie Wendy, le soir,

Faire le trottoir sur le boulevard.

L’île enchantée

Est déjà vérolée

Et Alice cherche ses merveilles

Au fond des bouteilles.


Donald est à la chaîne

Où il travaille comme un fou,

Daisy a de la peine

Et vend des baisers à Picsou.

Riri, Fifi et Loulou sont partis

En exil loin du pays.

Et vous, les intellectuels patentés,

Vous êtes-vous déjà demandé


À quoi sert d’avoir tant couru

Pour l’histoire du reflux ?


Don Quichotte n’est pas content,

Il travaille dans un moulin à vent ;

Ali Baba et les quarante voleurs,

Ont déjà gagné les élections ;

Hänsel et Gretel font leur beurre

Avec une usine de bonbons

Et Alice cherche ses merveilles

Au fond des bouteilles.


Le Chat et ses bottes de sept lieues

S’usent dans les banlieues,

Les balais de sorcières

Sont abattus par l’armée de l’air,

Le Petit Poucet joue les espions

Pour la CIA et la grande nation.

Et vous, les intellectuels patentés,

Vous êtes-vous déjà demandé


À quoi sert d’avoir tant couru

Pour l’histoire du reflux ?


Cendrillon a une auto très snob

Et une très belle robe,

Chaque fois que vient un prince,

Elle enlève sa culotte et se rince,

La marâtre, vieille harpie,

Prend tout l’argent des filles.

Et vous, les intellectuels patentés,

Vous êtes-vous déjà demandé


Comment revient le superflu

À la fin du reflux ?