dimanche 22 mars 2020

L’Odyssée du Conscrit


L’Odyssée du Conscrit

Chanson française – L’Odyssée du Conscrit – Marco Valdo M.I. – 2020

ARLEQUIN AMOUREUX – 47

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.



Paysage de Bohême
Caspar David Friedrich  - 1808



Dialogue Maïeutique


Mon ami Lucien l’âne, avant d’aborder la chanson et cette odyssée de conscrit, je te propose une petite excursion mentale – on ne peut en faire d’autre en ces temps de virus – du côté de la pandépidémie en cours et te faire part d’une de mes réflexions à cet égard. En fait, il s’agit tout simplement de constater l’étroite parenté biologique entre l’humanité et son virus bien tempéré.

Comment ça, demande Lucien l’âne ? De toute façon, une telle réflexion est inévitable, on ne peut faire semblant d’ignorer la folle aventure en cours. Explique-toi vite, on n’a pas de temps à perdre en de longs commentaires.

Tu dis juste, Lucien l’âne mon ami. Donc, pour ce qui est de la parenté de l’humaine nation avec son virus, c’est une évidence ; ils vivent ensemble, ils sont confinés ensemble, tous deux sur une même minuscule planète d’une minuscule étoile d’une minuscule galaxie. Ceci pur la dimension cosmique du problème ; sans compter ensuite, sa dimension temporelle, elle-même infinitésimale. Mais il m’était venu ainsi l’idée que si l’on prend comme référence la planète, la Terre et donc, la vie organique ou apparentée, il faut se rendre à une autre évidence : à cette dimension, l’humanité se comporte exactement comme un virus. Elle a envahi toute la planète (ou a l’intention de le faire) et elle y détruit systématiquement les autres espèces et les autres formes de vie.

En somme, dit Lucien l’âne, tu me dis que du point de vue planétaire, l’humanité est un virus. Il me semble que ce n’est pas faux. Évidemment, il se trouvera bien l’un ou l’autre scientifique pour ne pas comprendre la dimension poétique du monde et contester idiotement cette affirmation.

Mais, il est heureux, dit Lucien l’âne, qu’il en est qui ont plus de dimensions à leur regard.

Bien !, reprend Marco Valdo M.I., cela dit j’en viens à l’Odyssée du Conscrit, lequel n’est autre que l’Arlequin amoureux que nous suivons à la trace dans cette longue évasion. Comme tu le sais, il y a un branle-bas en Bohême et les affaires de François Ier et celles de la Cacanie ne s’arrangent pas. C’est la débandade. Karl Mack, qui commande ses armées, a capitulé ; les Français sont à Vienne. Pour Matthias aussi, ça se complique : on l’a retrouvé, on l’accuse d’assassinat. Mais heureusement, c’est la guerre et on a besoin de soldats. On ne cherche pas plus loin et on renvoie le déserteur à son régiment. Entretemps, toujours en fuite, l’armée tout entière a disparu. Il ne manquait plus que ça : les conscrits et leurs gardes qui ont perdu leur armée et même leur régiment, divaguent, refusent d’obéir à leur officier, qui les abandonne et sont donc, tous devenus déserteurs. Ce qui est curieux, c’est qu’ils restent groupés comme pour se rassurer et ne savent où aller.

Quel bazar ! Et que peuvent-ils faire ?, demande Lucien l’âne.

Bonne question, Lucien l’âne mon ami. Les conscrits-déserteurs, toujours sans armes, ont très peur de la cavalerie mameluk des Français et se relancent à la poursuite de l’armée autrichienne au travers de la Bohême. Une vraie Odyssée, où Matthias, le déserteur le plus expérimenté, emmène la troupe comme un Ulysse des temps modernes.

Quelle histoire, dit Lucien l’âne, pour les sauvegarder, il n’y manquerait qu’un miracle en Bohême. Voyons ça et tissons le linceul de ce vieux monde perdu, perclus, diffus, confus et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Pauvre Karl Mack, défait, patience !
À Josefstadt, vaincu, dans la forteresse :
Mort, perpétuité ou future clémence ?
Finalement, pour toi, rien ne presse.

Pauvre Matěj Kuře, trahi par un curé,
Le saint homme, mine de rien, l’accuse
D’avoir assassiné Ondrěj Serenus.
Ce ne serait rien, s’il n’était arrêté.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Par son passeport, dénoncé :
« Serenus ? Halt ! », il y a un dossier.
Matthias suspecté d’assassinat est interrogé.
Pour se disculper, il avoue sa vraie identité.

Le déserteur de Marengo est repris.
Comme son régiment est fort incomplet,
Sans discuter, il engage les vieux comme lui ;
L’uniforme blanc aux boutons jaunes, on lui remet.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Avec vingt autres recrues, on l’envoie fissa
Rejoindre son unité qu’on ne retrouve pas.
À Ulm, l’armée se désagrège : quel cafouillis !
Le régiment Colloredo n’existe plus ; il a fui.

Sans armes, les apprentis soldats
Se tiennent à l’écart du grand combat.
Mais où est passée l’armée ?
Les conscrits la cherchent. Quelle Odyssée !

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

vendredi 20 mars 2020

Le Fossoyeur


Le Fossoyeur

Chanson française – Le Fossoyeur – Georges Brassens – 1952




Yorick le Fossoyeur
Eugène Delacroix - 1859


Dialogue Maïeutique

Dis-moi, Lucien l’âne mon ami, as-tu idée d’un personnage central de notre société dont on s’ingénie à cacher la présence et même l’utilité ? Dont on s’ingénie la plupart du temps à ignorer jusqu’à l’existence ? Et pourtant, il a fort à faire de ces temps-ci, comme en temps de guerre, d’ailleurs.

Que sais-je, moi à qui tu penses toi ?, Marco Valdo M.I. mon ami. Est-ce le balayeur de rues qui a presque disparu ? Ou alors, le laitier qui chaque matin, comme dans Drôle de Drame, porte le lait devant les portes et même, dans les maisons ? Est-ce l’ânier qui nous faisait si souvent escorte pour veiller sur nous comme un garde du corps ?

Nullement, Lucien l’âne mon ami, nullement. Songe un peu à ce qui se passe en ce moment, car c’est une profession de saison et sans doute, une idée te passera - en vitesse – par ta cervelle d’âne. Comme je vois un immense point d’interrogation dessiné par ton oreille gauche, je t’offre un indice supplémentaire en te précisant que tu l’as nombre de fois rencontré lorsque tu menais certaines gens à leur dernier domicile.

Cette fois, dit Lucien l’âne, je suis sûr d’avoir trouvé la bonne réponse ; c’est le dernier intervenant, celui qui s’assure de votre logement éternel, qui prend le dernier relais après l’intervention du croque-mort et après l’eau bénite, quand il y en a : c’est le fossoyeur.

Très exactement, Lucien l’âne mon ami, le fossoyeur, celui-là même à qui Georges Brassens a consacré toute une chanson, il me paraît à la fois utile et de circonstance de l’exhumer. Elle ne date pas d’hier cette joyeuse chansonnette, même si, intitulée naturellement « Le Fossoyeur », elle est de la brûlante actualité. C’est un personnage assez proche du « Pauvre Martin », qui du reste, lui avait retiré le pain de la bouche, ce qui entre personnages d’un même auteur, n’était pas vraiment très confraternel. Voici ce qu’il avait fait :

« Il creusa lui-même sa tombe
En faisant vite, en se cachant,
En faisant vite, en se cachant, »

Oh, dit Lucien l’âne, c’était à coup sûr, un manque à gagner. Quoique aujourd’hui, ce serait plutôt un coup de main ; les fossoyeurs ont tant à faire ; je dirais même, comme l’agriculture, les funérailles manquent de bras. Mais quand même, fossoyeur, quel métier ! Surtout ces temps-ci où, comme je viens de te le dire, on manque cruellement de main d’œuvre expérimentée dans ce domaine un peu particulier. Cependant, c’est une excellente idée de ressortir ce fossoyeur de la tombe.

Pour autant, reprend Marco Valdo M.I., il ne me paraît pas inopportun non plus de citer la fin d’une autre chanson de Tonton Georges, celle dédiée à Grand-Père, qui me semble elle aussi d’une singulière justesse, tant elle est consolante pour les défunts qui s’en vont aujourd’hui au cimetière (quand ils y arrivent) comme ils allaient la veille au bistro, pour chercher une compagnie. Mais à présent, paraît-il, il faut attendre son tour.

« Bon papa,
Ne t’en fais pas,
Nous en viendrons
À bout de tous ces empêcheurs d’enterrer en rond,
À bout de tous ces empêcheurs d’enterrer en rond. »

Oh, dit Lucien l’âne, je me souviens du début :

« Grand-père suivait en chantant
La route qui mène à cent ans. »

et que « la mort, la mort, la mort le prit », comme elle avait surpris l’amateur de nombril de femme de flic (Le nombril des femmes d’agents).

Oh, tu sais, Lucien l’âne mon ami, il y en a encore d’autres qu’il ne faudrait pas négliger en ces circonstances : « Le Testament », qui conviendrait tant à tant :

« Ici-gît une feuille morte,
Ici finit mon testament.
On a marqué dessus ma porte :
« Fermé pour cause d’enterrement. »
J’ai quitté la vie sans rancune,
J’aurai plus jamais mal aux dents :
Me voilà dans la fosse commune,
La fosse commune du temps.
Me voilà dans la fosse commune,
La fosse commune du temps. »

« Oncle Archibald », qui montre la bonne voie à beaucoup, la bonne façon de s’en aller« Quand faut y aller, faut y aller » :

« Et mon oncle emboîta le pas
De la belle, qui ne semblait pas
Si féroce
Et les voilà, bras dessus, bras dessous,
Les voilà partis je ne sais où
Faire leurs noces,
Faire leurs noces. »

et une qui s’impose plus que tout de nos jours : « Les Funérailles d’antan ».

Oui, oui, dit Lucien l’âne, surtout le début :

« Jadis, les parents des morts vous mettaient dans le bain,
De bonne grâce, ils en faisaient profiter les copains.
Y a un mort à la maison, si le cœur vous en dit,
Venez le pleurer avec nous sur le coup de midi
 »
Mais les vivants
aujourd’hui ne sont plus si généreux,
Quand ils possèdent un mort, ils le gardent pour eux. »

Et songe qu’il y a encore « L’Auvergnat »

« Toi l’Auvergnat quand tu mourras
Quand le
croque-mort t’emportera »

Soit, Lucien l’âne mon ami, mais je suggère (aux messieurs, évidemment) une fin aussi heureuse que celle revendiquée par « L’Ancêtre » (et par moi aussi, d’ailleurs), qui réclamait l’heure de la pipe avant de la casser.

« Quand nous serons ancêtres,
Du côté de Bicêtre,
Pas d'enfants de Marie, oh ! non,
Remplacez-nous les nonnes
Par des belles mignonnes
Et qui fument, cré nom de nom ! »

Pas la cigarette, évidemment ! À propos de pipe, il faut dire toute la justesse qu’il y a dans ce passage de la chanson « Le Temps passé » :

« Il est toujours joli, le temps passé.
Une fois qu’ils ont cassé leur pipe,
On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés,
Les morts sont tous des braves types. »

On ne peut passer à côté de ces obsèques (zobs secs ?) des Quat’z’Arts, qui ont une fin de circonstance :

« Adieu! les faux tibias, les crânes de carton...
Plus de marche funèbre au son des mirlitons!
Au grand bal des quat'z'arts nous n'irons plus danser,
Les vrais enterrements viennent de commencer.

Nous n'irons plus danser au grand bal des quat'z'arts,
Viens, pépère, on va se ranger des corbillards. »

Remarque qu’il n’est pas question de « Mourir pour des Idées », car des idées, il n’y en a pas ; on meurt bêtement ces temps-ci ; c’est une mort de circonstance. Comme chez le grand Jacques, à mourir, on se retrouve Seul.

« Mais lorsqu’on voit venir
En riant la charogne,
On se retrouve seul. »

Je suis sûr, dit Lucien l’âne qu’on pourrait encore continuer longtemps. La mort est partout ; c’est normal, puisque c’est la dernière étape de la vie. Mais comme il nous faut finir, tissons le linceul de ce vieux monde mortel, mortifère, morticole, mortuaire et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Dieu sait que je n’ai pas le fond méchant,
Je ne souhaite jamais la mort des gens,
Mais si l’on ne mourait plus,
Je crèverais de faim sur mon talus,


Je suis un pauvre fossoyeur.


Les vivants croient que je n’ai pas de remords
À gagner mon pain sur le dos des morts,
Mais ça me tracasse et d’ailleurs,
Je les enterre à contrecœur,


Je suis un pauvre fossoyeur.


Et plus, je lâche la bride à mon émoi,
Et plus, les copains s’amusent de moi,
Ils me disent : « Mon vieux, par moments,
Tu as une figure d’enterrement »,


Je suis un pauvre fossoyeur.


J’ai beau me dire que rien n’est éternel,
Je ne peux pas trouver ça tout naturel
Et jamais je ne parviens
À prendre la mort comme elle vient,


Je suis un pauvre fossoyeur.


Ni vu ni connu, brave mort, adieu !
Si du fond de la terre, on voit le Bon Dieu
Dis-lui le mal que m’a coûté
La dernière pelletée,


Je suis un pauvre fossoyeur.

jeudi 19 mars 2020

Jours tranquilles


Jours tranquilles



Chanson française – Jours tranquilles – Marco Valdo M.I. – 2020







Dialogue Maïeutique

Comme tu le sais, Lucien l’âne mon ami, l’humanité vit une période assez particulière et peut-être étonnante aux yeux d’un observateur à l’esprit calme et curieux. Ainsi, actuellement, ici, tout ou presque est à l’arrêt – sauf ce qui ne l’est pas, bien évidemment. Sauf le bruit infernal qui sort des boîtes électriquement alimentées.

Sans doute, Marco Valdo M.I. mon ami, en ces temps d’obligations et d’interdictions civiques de toutes sortes a-t-on oublié de préciser que lorsqu’on regarde la télévision ou qu’on écoute la radio, il est de bon ton de couper le son.

Oui, reprend Marco Valdo M.I., ce serait une excellente chose qu’un peu de silence afin que l’on puisse vraiment bénéficier de ces jours tranquilles. Les jours tranquilles, c’est le rêve absolu et c’est le titre de cette chanson, que j’avais d’abord intitulée « Vive les Vacances ! ».

Mais alors, interroge Lucien l’âne, ces jours tranquilles d’où viennent-ils ?
Eh bien, Lucien l’âne mon ami, ces jours tranquilles sont une réminiscence d’un roman de l’exilé étazunien Henry Miller« Jours tranquilles à Clichy », qui relate son séjour à Paris dans les années 1932-33, années qui précèdent l’installation du Troisième Reich. « Das Dritte Reich » est la chanson de Kurt Tucholsky dont j’étais occupé à faire une version française quand m’est venue cette soudaine envie d’écrire cette chanson-ci, chanson de circonstance.

Une chanson de circonstance ?, demande Lucien l’âne, et me semble-t-il doublement de circonstance.

Doublement, en effet, Lucien l’âne mon ami. Ces jours tranquilles (ceux de Miller), qui précèdent à peine, l’ascension des folies impériales, semblent confirmer l’adage maritime : « le calme avant la tempête ».

C’est étrange, dit Lucien l’âne, la manière dont les idées se forment dans la tête ; on dirait des collisions de mots. Ainsi, je suppose que l’autre circonstance est cet étrange printemps qui s’annonce.

Précisément, répond Marco Valdo M.I., un peu comme pour les chats qui s’empressent de sortir de leur torpeur hivernale pour saluer la venue du printemps, j’ai décidé séance tenante, pris d’une certaine impulsion, de faire cette petite chanson sans prétention. Tellement sans prétention que je n’oserais t’affirmer en connaître véritablement l’objectif, ni même si elle en a un. C’est une chanson, c’est tout. Et les chansons, c’est comme les idées, il faut les saisir quand elles passent, sinon on les perd et c’est ce qu’avait dû faire Charles d’Orléans qui, prisonnier des Anglois, disait à l’orée d’un lointain printemps :

« Le temps a laissié son manteau
De vent, de froidure et de pluye,
Et s'est vestu de brouderie,
De soleil luyant, cler et beau.

    Il n'y a beste, ne oyseau,
Qu'en son jargon ne chante ou crie :
Le temps a laissié son manteau !

    Riviere, fontaine et ruisseau
Portent, en livree jolie,
Gouttes d'argent, d'orfaverie,
Chascun s'abille de nouveau :
Le temps a laissié son manteau ! »


M’est avis, dit Lucien l’âne, que dans ces circonstances, ce qu’il faut, c’est un instantané, comme il s’en fait en photographie. Clic, voilà tout. Enfin,sans plus épiloguer, tissons le linceul de ce vieux monde en débandade, croulant, paniquant et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Hier, l’hiver s’est enfui
De tout le pays.
Ce matin, le matin est gris :
C’est le printemps des souris.
Ce matin, il n’y a pas de vent.
L’air stagne vacant.
Le monde est en pénitence.
Vive les vacances.

Tout comme les fleurs,
Les feuilles hésitent fort
À sortir leurs corps,
C’est le printemps en pleurs.
Un bourdon solitaire dépaysé
Papillonne.
Le clocher bourdonne,
Tout est confiné.

Certains ont de la chance :
Les croyants en confiance
Partent en avance
Pour de grandes vacances
Au Paradis,
Au grand pays
Du soleil et des houris.
Vive les vacances !

Notre avenir est tout en patience,
Vive les vacances !
C’est le temps des jonquilles !
La vie en jaune conserve.
Terrés dans la réserve,
Avec ou sans famille,
Au cœur de la ville,
On coule des jours tranquilles.

mardi 17 mars 2020

Un Branle-bas en Bohême



Un Branle-bas en Bohême

 Chanson française – Un Branle-bas en Bohême – Marco Valdo M.I. – 2020

ARLEQUIN AMOUREUX – 46

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.




Dialogue Maïeutique

Oui, Lucien l’âne mon ami, j’anticipe ton inévitable question à propos du titre : » Un Branle-bas en Bohême » ? Qu’est-ce à dire ? D’abord, il faut préciser ce qu’est un branle-bas, du moins au sens où il est employé ici. Comme on est en Bohême, qui est une région d’Europe Centrale, nullement maritime et franchement montagneuse, il va de soi que le branle-bas ne peut être celui en vigueur dans la marine à voile : une manœuvre destinée à plier et déplier les hamacs – les-dits hamacs étant nommés les branles, du fait qu’à l’usage, ils se balançaient, ils s’agitaient de bas en haut, de gauche à droite, et inversement. Tel était le sens d’origine de cette curieuse expression. Le branle-bas n’est pas non plus ce qui faisait tant rire les gamins de mon école. Pour fait court, je te dirai qu’il s’agit de ce moment d’alerte où tout brusquement est désordonné, chaotique avant de se recomposer pour le combat. Ramené à la Bohême de 1805, c’est cette agitation qui naît de l’annonce de la guerre et de la mobilisation qui s’ensuit.

Autant dire, commente Lucien l’âne, que la chanson pourrait s’intituler « Mobilisation générale en Bohême ».

Exactement, reprend Marco Valdo M.I. ; en fait, la chanson raconte, vue du camp autrichien, de la cour de François Ier, le début d’une de ces guerres napoléoniennes. En gros, le Kaiser avait eu l’idée de chasser les Français de Bavière. Napoléon arriva en force et défit les armées de Mack. L’affaire se termine en une sorte de joyeuse entrée à Vienne : les habitants applaudissaient aux fenêtres, il n’y avait pas eu de combat. Quelques semaines plus tard, c’était la bataille des Trois Empereurs à Austerlitz. Tel est le contexte historique.

Ah, dit Lucien l’âne, je pense qu’il y a déjà une chanson sur cette bataille où il est question de Koutouzov et son scepticisme quant aux ambitions du tsar. Au fait, pour rester dans l’actualité et faire un clin d’œil à ta dernière chanson « Le Vî Russe ou la Victoire de l’Amour », on peut dire qu’assurément, Koutouzov en était un de vî Russe.

Oui, Lucien l’âne mon ami, tu as toujours ta mémoire d’un âne, digne des fables de la comtesse Rostopchine. Quant à la chanson, elle s’intitulait « Le Sommeil Tranquille de Koutouzov ». Pour en revenir à notre histoire d’Arlequin déserteur, ce nouvel accès de fièvre guerrière ne va certainement pas lui permettre de connaître la vie tranquille qu’il recherche depuis longtemps. Vois le dernier verset où il est dit :

« C’est le branle-bas en Bohême, en somme .
On enrôle jeunes, vieux, tous les hommes ;
Tous y passent, fermiers, mariés, estropiés,
Artistes, vagabonds, nul ne peut y couper. »

Ça s’annonce mal, en effet, répond Lucien l’âne, pour le déserteur. Mais c’est toujours ainsi dans la Guerre de Cent Mille Ans, que les riches et les puissants font sempiternellement pour se départager les dépouilles des pauvres et assurer leur propre domination, leurs privilèges et étendre leur imperium sur les populations humaines. Au fait, la question se pose de savoir comment être riche et puissant, s’il n’y a pas de pauvres et de dominés ; en corollaire, on est d’autant plus riche et plus puissant qu’il y a plus de pauvres et plus de dominés. Enfin, comme on dit au théâtre, le décor est planté ; attendons les trois coups. Pour l’heure, tissons le linceul de ce vieux monde caduc, perclus, inconscient, paniqué, absurde et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



La guerre lorgne le pays.
François, l’Empereur, est mal pris :
Son étoile est mal placée,
La Cacanie est mal préparée.

Rien ne tient : ni ses officiers,
Ni ses fantassins, si ses chevau-légers.
Sa monnaie, ses réserves, tout à fondu.
Pauvre souverain, il est tout perdu.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

L’Europe ressemble peu à une orangerie
Et le Kaiser n’a rien d’un oiseau de Papouasie.
Il choisit le camp des Russes et de l’Angleterre ;
Mauvaise affaire, que va-t-il faire dans cette galère ?

Le Corse s’élance, vif comme l’éclair,
Les armées de France traversent le continent,
Foncent en Bavière allègrement
Et triturent l’adversaire comme des pommes de terre.

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Avide de gloire, le tsar entre dans la danse
Pour vaincre les gens de France.
Koutouzov n’aime guère la guerre
Et déconseille l’aventure militaire.

C’est le branle-bas en Bohême, en somme .
On enrôle jeunes, vieux, tous les hommes ;
Tous y passent, fermiers, mariés, estropiés,
Artistes, vagabonds, nul ne peut y couper.


Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

lundi 16 mars 2020

Le Vî Russe ou la victoire de l’amour

 

Le Vî Russe ou la Victoire de l’Amour

Chanson française – Le Vî Russe ou la Victoire de l’Amour – Marco Valdo M.I. – 2020




Dialogue Maïeutique

Ceci, Lucien l’âne mon ami, est une parodie, mais ne t’y trompe pas, une parodie est une chanson en soi. Ce n’est pas un ersatz, une vaine copie et puis, celle-ci en tous cas, est bien plus que ça. Disons qu’elle est surgie à la lecture de la parodie que fit l’autre jour, en toscan florentin, l’Athée du XXIe Siècle sous le titre : « I’ vìrusse, ovvero L’ Alluvione adattata alle esigenze di’ momento » (I’ vìrusse, c’est-à-dire le déluge adapté aux besoins du moment) de la chanson L’Alluvione de Riccardo Marasco . Tu vois tout de suite que la chose est assez compliquée.

En effet, je n’ai déjà rien compris, Marco Valdo M.I., à ce que tu m’as dit. Enfin, si quand même, mais précise un peu.

Oui, il me faut préciser, car l’affaire ne s’arrête pas là, dit Marco Valdo M.I. en souriant. Cependant, reprenons. J’ai donc fait une chanson, inspirée par une autre chanson, inspirée d’une chanson.

Oh, dit Lucien l’âne, ça je comprends. C’est presque toujours comme ça, dans la chanson.

Cette chanson est une nette allusion, Lucien l’âne mon ami, non seulement à l’Alluvion, autrement l’inondation de Florence en 1966, mais aussi, certainement, à la situation que nous subissons.

La situation ?, dit Lucien l’âne. Tu veux sans doute parler de cette histoire de virus qui agite les populations comme des vers dans le panier d’un pêcheur.

Exactement, Lucien l’âne mon ami. De cette chanson, revisitée par l’Athée XXI, au commencement, j’ai gardé – disons – la structure et l’avancée ; un peu le rythme aussi. Bref, je cheminai avec elle. Jusqu’à tant qu’il m’est venu l’idée qu’il existait une chanson française où un Russe, un Russe blanc, prénommé Igor s’est perdu dans un bar où il n’arrête guère de boire, car sa Katie l’a quitté ; c’est d’ailleurs le titre de cette chanson de Boby Lapointe : « Ta Katie t’a quitté ».

Houla, dit Lucien l’âne, ça démarre fort ton histoire. Je me réjouis déjà de l’entendre. Mais, procède, je t’en prie.

Donc, Igor (celui de Lapointe) est un Russe blanc, donc, forcément, un vieux Russe, ce qui se dit par chez nous, comme tu le sais, un Vî Russe. Il est aux prises avec le virus et quinteux, s’en va en ville à la recherche d’un secours, d’autant qu’il s’imagine que sa Katie l’a quitté. C’est une fausseté que lui souffle le malin virus pour le démoraliser. Igor entend alors chanter Boby et en finale aussi, mais le refrain a changé ; bonne fin, bonne nouvelle, Katie est rentrée. Et puis, il y aurait tant à expliquer, que chacun use un peu ses méninges ! Et lise la chanson. D’ailleurs, Boby ne donnait jamais d’explication. Un dernier indice pourtant : il y a là-dedans Avanie et Framboises de Boby Lapointe (Avanie et framboises sont les mamelles du destin), Le Cid de Pierre Corneille, La Ballade des Pendus de François Villon, Boileau, Otchi chornye et sans doute d’autres allusions encore. À Cambronne, par exemple. Le monde des morts est fait d’allusions. Toute la chanson est une scènette digne de l’immortel Henri Cami, son titre est d’ailleurs lui-même une allusion à sa pièce : « Dupanloup, ou les prodiges de l’amour », dont je traitais récemment dans « La Confession camique d’Henri Cami », publiée par la revue des Athées de Belgique.

Oui, dit Lucien l’âne en soupirant, trop de bien nuit. Alors, allons-y, Alonzo ! Tissons le linceul de ce vieux monde déboussolé, virusé (par un virus vî rusé, qui a plus d’un tour (du monde) dans son sac), angoissé, incertain et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo et Lucien Lane




Dante, le poète divin cède la place à Boby le marin
Ô frères humains, apprenez les adages
Quand règne la loi des grands partages,
Bactéries et virus vont sur les ailes du destin.

Igor est Russe et va tout seul à son bistro ;
Passe un bus, un tram, un métro,
Ils sont vides et roulent lentement.
Mais où se cachent tous ces gens ?

Les boutiques sont toutes fermées,
Les bars barricadés, les maisons closes ;
Les rues ont des allures d’allées
De cimetière. La ville est morose.

Sur la place du centre, un vî Russe
Blanc chante les yeux noirs,
Sans se soucier du virus
Qui le lorgne plein d’espoir.

Un cri : « Si j’entre ici, perdez tout espoir ! »
Soudain, un souffle, un courant d’air froid
Renverse un panneau, un grand écrit noir :
« La ville se meurt, mais ne se rend pas ! »

Igor, hagard, au bar, au café,
D’un alcool bien frappé,
D’un café bien serré,
Igor, noir, veut se consoler.

« Tic-tac, tic-tac,
Ta Katie t’a quitté ;
Tic-tac, tic-tac,
Ta Katie t’a quitté ;
Tic-tac, tic-tac.
T’es cocu, qu’attends-tu ?
Cuite-toi, t’es cocu.
T’as qu’à, t’as qu’à te cuiter
Et quitter ton quartier »

Il hoquète de la poitrine, il a peur,
Il avise là-devant une officine
Il se traîne, il se meut, il se meurt
Il s’agite devant la vitrine.

Derrière sa vitre blindée,
La pharmacienne éberluée
L’écoute tousser, tousser
Ses poumons fatigués.

Enfin, l’enchifrené peut entrer
Pour un remède acheter.
L’apothicaire lui propose une affaire :
Pour vingt euros, un masque de fer.

Au toussoteux, au fiévreux, elle propose
Un fébrifuge, une drogue, une quinine
Et rentrez chez vous prendre une dose,
Conclut la pharmacienne à la voix coquine.

Igor, en chemin, se sent toujours mourir
Il sue, il tremblote, il dégouline,
Rien ne lui sert de courir,
Déjà, il défaille, le virus le mine.

Les statues de la ville, les poteaux et les feux
Encouragent en son odyssée pharmacologique,
Igor, le Vî Russe, ce pauvre vieux, presque feu,
Pris maintenant en traître de la colique.

Judith et Olopherne lui serinent :
« Perds pas la tête, ça ira, ça ira !
Dépêche-toi de regagner ta cuisine
Katia y est déjà, ta Katia t’attend là ! »

Il court alors, il vole, il arrive à bon port.
Igor, le Vî Russe sème le virus encore.
Il actionne sa sirène, passe les carrefours
Contre le virus, c’est la victoire de l’amour.

« Tic-tac, tic-tac,
Ta Katie est rentrée ;
Tic-tac, tic-tac,
Ta Katie est rentrée ;
Tic-tac, tic-tac.
Cours-y vite, qu’attends-tu ?
J’ai le virus au cul.
T’as qu’à, t’as qu’à le semer
Et le virer du quartier.
Ta Katie est rentrée,
Ta Katie est rentrée »

Dante, le poète divin cède la place à Boby le marin
Ô frères humains, apprenez les adages
Quand règne la loi des grands partages,
Bactéries et virus vont sur les ailes du destin.