mardi 10 septembre 2019

NEUF NEUF NEUF

NEUF NEUF NEUF


Version française – NEUF NEUF NEUF – Marco Valdo M.I. – 2019
Chanson italienne – 9 / 9 / 9 – Riccardo Venturi – 2019

Massacre (Carlo Levi)


Dialogue maïeutique

Oh, dit Lucien l’âne, Neuf Neuf Neuf, comme c’est drôle, on dirait une vieille auto qui démarre. Toutefois, je suppose qu’il ne s’agit pas de ça dans la chanson.

Certes non, Lucien l’âne mon ami, je te résume l’aspect « historique » tel que le présente notre commentateur italien. Je résume, car je veux aller vite et que je préfère – de loin – célébrer sa poétique chanson « 9/9/9 ». Il dit donc notamment, en introduction :

« Le 9 septembre d’il y a deux mille dix ans, soit le 9 septembre de l’an 9 de notre ère, les trois légions du général Publio Quintilio Varo furent anéanties dans la forêt de Teutoburg, en Basse-Saxe (près de la colline de Kalkriese). Pour les détails, voir La Bataille de Teutoburg, qui est considérée comme un événement central de l’histoire européenne, malgré son ancienneté considérable. La civilisation romaine a pris note que, dans le nord de l’Allemagne, il y avait des gens qui ne voulaient pas connaître sa mission civilisatrice, un acte qui, dans l’Histoire, s’est répété plusieurs fois. »

Bien, dit Lucien l’âne, moi qui ai promené mes lattes dans mille endroits tout aussi essentiels que Teutobourg – à Tongres, par exemple où on célèbre par une autre statue du même genre, la victoire d’Ambiorix (trente ans auparavant et quasiment sur la Meuse, là où elle s’apprête à rejoindre le Rhin) et le massacre subséquent des légions romaines de Jules César. En fait, on trouve de ces défaites des légions romaines, curieusement, partout aux frontières de l’Empire (en Europe, mais aussi en Afrique et en Asie – en Amérique pas, car il n’y est jamais allé) et au moment où l’Empire, ayant atteint son acmé, commence à s’épuiser de vouloir conquérir le monde.

Oui, dit Marco Valdo M.I., c’est également mon idée. L’Empire avait eu l’appétit plus grand que le ventre et n’arrivait plus à se digérer lui-même. Si on veut, on peut décrire ce phénomène – caractéristique de tous les empires, comme étant une phase normale de la croissance impériale, comme la mort est une phase normale de la vie. Je suis à peu près persuadé qu’un tel processus peut être celui qui s’applique à tout système. Appliqué à l’Empire, ce phénomène est plus ou moins rapide et tient à l’implosion du système, épuisé de s’être tant étendu, plus qu’à une ou l’autre défaite locale, infligée par des éléments étrangers. C’est une chose à retenir quand on regarde l’histoire pour comprendre ou apprécier les temps présents. On ne saurait par exemple fixer la fin de l’empire hitlérien à une ou l’autre défaite locale, ni celle de l’Impero mussolinien à telle ou telle déroute – d’abord, laquelle ?, il y en eut tellement, ni celle de l’Union soviétique à ses déboires en Afghanistan, ou à la chute d’un mur, ni expliquer la lente désagrégation des empires coloniaux (hispanique, lusitanien, français, anglais, néerlandais) par une bataille localisée ; les Babyloniens, les Scythes, les Perses, les Grecs, les Ottomans, les Mongols, les Chinois et j’en passe, ont connu les mêmes mésaventures. Quand il prend Moscou en 1815, Napoléon a déjà perdu ; Koutousov était sans doute un de ceux qui l’avaient compris depuis longtemps, lui qui encaissait les défaites locales avec une souveraine philosophie, sûr qu’il était de l’irréversible inertie du monde. Dès lors, tu le comprends aisément, ces histoires de « bataille tournant historique », c’est de la foutaise.

Et alors, Marco Valdo M.I., comment tu expliques cet arrêt des Romains de l’Empire sur la rive ouest du Rhin ?

En gros, répond Marco Valdo M.I., car un tel fleuve était – vu de Rome, une limite facile à reconnaître et à fixer ; c’est un point de vue d’administration. Le reste, que raconte la chanson, c’est du romancero, c’est de la romance, c’est du roman. Même si, la canzone serait plutôt à ranger dans les « lamentations » – plaintes, complaintes, élégies. Cependant, Lucien l’âne mon ami, cette plainte, cette complainte, cette élégie a tout son sens et sa grandeur dans ce qu’elle entend pleurer les morts trop tôt – on meurt toujours trop tôt dans ces cas-là ; même les légionnaires égarés en forêt profonde, dans des déserts arides ou dans des rizières lointaines.



Oh, dit Lucien l’âne, elle vaudra encore longtemps cette plainte, cette complainte, cette élégie ; pour moi, tant que durera la Guerre de Cent Mille ans que les riches et les puissants et les hégémoniques et les grands et les ambitieux de ce monde mènent contre les petits, les sans-grade, les pauvres, les miséreux, les n’importe qui, les tout un chacun, qui n’ont d’autre souci que de vivre leur vie, du moins les elkerlijks, les nobodies, les ulysses, les odysseus rejetés, sur le rivage, ces athées qui pensent et qui savent – comme toi, comme moi – qu’ils n’en auront jamais qu’une de vie et que c’est là l’ultime dimension du monde. Comme dit Léo Ferré,



« On vit on mange et puis on meurt
Vous ne trouvez pas que c'est charmant
Et que ça suffit à notre bonheur
Et à tous nos emmerdements
Y en a marre
»

Alors, tissons le linceul de ce vieux monde impérial, militaire, barbare ambitieux et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane






Pauvre Arminius, pauvre Varus,
Pauvres légions
Dix-septième, dix-huitième,
Dix-neuvième.


Pauvres barbares, pauvres Germains,
Pauvre forêt d’outre-Rhin,
Pauvres Arbres, pauvres troncs
Recouverts de viscères et d’os


Pauvres Limes, pauvres frontières
Pauvres inexistences
Pauvres commandants sur les routes
Pauvres riens sur les sentiers


Pauvre fluctuation du néant
Pauvres dimensions
Pauvre naissance des symboles vides
Pauvres dieux du sang


Pauvres talus trompeurs,
Pauvre héros, Lucius Eggius,
Pauvre Ceionius, anti-héros échappé
Pour mourir torturé.


Pauvre jeune Calidus Celius.
Qui se frappa d’une chaîne
Jusqu’à faire jaillir son cerveau,
Yeux arrachés, bouches cousues.


Pauvre Europe déjà dans la boue,
Pauvres conquérants inutiles,
Conquistadors d’une mort idiote,
Réduits à une mort insane.


Pauvre Arminius au double jeu,
Pauvre civilisation future,
Pauvre Augustus qui montre au soir
Le squelette sombre du pouvoir.


Pauvre liberté, pauvre conquête,
Transmutées toutes deux
En nationalismes aux siècles derniers,
Pauvres historiens, pauvres peintres.


Pauvres uns et pauvres autres,
Pauvres dates et pauvres noms :
Les uns sur les lèvres du Duce,
Les autres sur celles de Goebbels.


Forêt pauvre de Teutobourg,
Acte originaire des massacres,
Sang originaire d’un autre sang,
Boue originaire d’une autre boue.


Os originaire d’autres os,
Crâne originaire d’autres crânes
La liberté perdue dans la trahison
Et les envies barbares des empereurs.


Ne leur rendez pas leurs légions !
Toi, Varus, rends l’histoire à l’histoire.
Rends la paix à la forêt,
Le cri d’un Non à tout pouvoir.


Et ne cède pas, Arminius, à la tromperie
De celui qui a abusé de toi pour Bergen Belsen !
Ne vous rendez pas, abattez les murs
Dans ce brouillard épais qui s’épaissit encore.

lundi 9 septembre 2019

MOI, JE NE M’ÉTONNE PLUS DE RIEN

MOI, JE NE M’ÉTONNE PLUS DE RIEN

Version française – MOI, JE NE M’ÉTONNE PLUS DE RIEN – Marco Valdo M.I. – 2019
Chanson allemande – Ich wund’re mir über gar nichts mehrOtto Reutter – 1917
Célèbre poème d’Otto Reutter (1870-1931), chanteur et acteur allemand, précurseur du Kabarett berlinois qui connut son âge d’or entre les deux guerres. Texte trouvé sur www.otto-reutter.de .




Otto Reutter n’était certainement pas un auteur politique, mais il a toujours décrit la société allemande entre les deux siècles avec sarcasme et irrévérence. Sa poésie – en couplets, distiques aux rimes croisées – devient plus amère pendant la Grande Guerre, surtout après que son fils ait perdu la vie dans la terrible bataille de Verdun (février – décembre 1916).
Dans ce « Ich wund’re mir über gar nichts mehr », Otto Reutter décrit la vie à Berlin en 1917, une vie loin du front, mais pas de la guerre…


« … Dans ces années-là, se produisait au théâtre Apollo (Berlin) Otto Reutter… Le grand artiste de cabaret s’est fait connaître avec une seule et longue chanson, Onkel Fritz (« Oncle Fritz »), qui est immédiatement devenue très populaire. Reutter était un petit homme avec un long nom, Otto Pfützenreuter (il fut bientôt abrégé en Reutter), il avait les yeux ronds un peu saillants et une grande touffe sur son front, il venait du Mecklembourg. Il a commencé à travailler dans les Tíngeltangelos de Berlin en présentant des strophes qu’il écrivait lui-même, directement inspirées des faits du moment. Sa satire était dirigée contre la double morale bourgeoise, contre les lois dépassées de l’Empire Guillaume, contre l’opacité de l’armée et l’ignorance totale du Kaiser en matière d’art. Inévitablement, ce comédien polyvalent d’une verve exceptionnelle se heurta à la censure ambiante, aux fanatiques de la célèbre Lex Heinze, mais sa carrière fut néanmoins longue et riche en succès. La censure était également devenue une source de satire dans ses strophes :



Quelle chose odieuse et quelle grande horreur !
Qui parmi les notes affole le grand censeur.
Mes compositions bien rimées
Il m’arrive de les voir effacées.
Les meilleures répliques sont marquées
D’un crayon rouge très sévère,
Quelle belle vie, on aurait pu faire
Sans cette injustice planifiée !
(« Kabarett!: Satira, politica e cultura tedesca in scena dal 1901 al 1967 » (« Kabarett ! : Satire, politique et culture allemande sur scène de 1901 à 1967 »), de Paola Sorge, Elliot, 2014.)


À l’arrêt du bus, je suis souvent là,
J’attends souvent des heures pour le A.
Au moment prévu, il n’arrive pas.
Et quand il en vient un, alors il est plein.
Et vide celui dont je n’ai pas besoin.
Moi, je ne m’étonne plus de rien.


Même s’il ne vaut rien, je mange le fromage.
Je mange la saucisse de cheval et même, le saucisson.
Pour la patrie, je me mets volontiers à table,
Je mange le gâteau de sable avec le sable
Et je goûte la marmelade au goût de goudron,
Moi, je ne m’étonne plus de rien.


J’ai vu un homme avant la guerre,
Qui portait des bottes déchirées,
La première année, il les a ressemelées,
La seconde, il en avait une nouvelle paire.
À la troisième, il était déjà millionnaire.
Moi, je ne m’étonne plus de rien.


À huit heures, j’achète du savon, huit marks pièce,
À neuf heures, neuf marks, le prix monte.
À dix heures, dix marks, ça va encore,
À onze, onze marks, la même pièce.
À douze, douze marks, le prix monte encore.
Moi, je ne m’étonne plus de rien.


D’abord, vingt-cinq pfennigs le café.
Puis trente, et le lait s’est éclipsé,
Puis trente-cinq, et le sucre est perdu,
À quarante, la chicorée est pour moitié,
À cinquante, le café a disparu.
Moi, je ne m’étonne plus de rien.


Aujourd’hui, j’ai pris un bain
Et je n’ai pas l’habitude du bain.
Je tourne le robinet complètement,
Il n’en sort rien, malheureusement.
C’est dur d’avoir de l’eau chaude, maintenant.
Moi, je ne m’étonne plus de rien.


J’ai vu partout un avis :
« Collecte de noyaux de fruits ».
Je l’ai lu, puis, je me suis dit :
Comme il n’y a pas de fruits et pas de noyau, sans fruit,
Cette collecte est impossible dans ce pays.
Moi, je ne m’étonne plus de rien.


On fait maintenant les costumes en papier.
Moi, je n’aime pas ça pour m’habiller.
En carton, ça pourrait encore aller,
Mais le papier buvard, quel malheur !
Quand il pleut, c’est une horreur.
Moi, je ne m’étonne plus de rien.


Le journal écrit : « La paix est pour demain ».
Puis il écrit : « C’est pas encore maintenant. » :
Puis il écrit à nouveau : « Elle est encore loin ! »
Puis il écrit à nouveau : « Il faut encore du temps. »
Il écrit ceci après – ils écrivaient cela avant.
Moi, je ne m’étonne plus de rien.


On n’a plus que trois faux-cols,
Et même, on ne met plus de cols,
Et les manchettes aussi se réduisent.
Bientôt, on va défaire nos cravates.
Bientôt, se promènera en chemise,
Moi, je ne m’étonne plus de rien.

jeudi 5 septembre 2019

LA GRÈVE DU SOLEIL

LA GRÈVE DU SOLEIL


Version française – LA GRÈVE DU SOLEIL – Marco Valdo M.I. – 2019
Chanson italienne – Lo sciopero del SoleBandabardò – 1998

Le départ du soleil



Une comptine écologique dans laquelle Bandabardò soulignait il y a plus de vingt ans l’indifférence totale des politiciens (et qui sera maintenant l'homme du miracle à la télévision ?) aux questions environnementales. Le soleil, indigné et fatigué parce que l’air est devenu irrespirable, abandonne tout le monde et s’en va…






Dialogue Maïeutique

Cette fois-ci, Lucien l’âne mon ami, je t’ai apporté une comptine comme l’appelle le commentateur italien et que je nommerais plus volontiers, une parabole. Tu me diras sans doute que l’une n’empêche pas l’autre et tu aurais parfaitement raison. Disons donc, une comptine-parabole.

Oui, dit Lucien l’âne, j’aime beaucoup cette idée d’une comptine-parabole. Mais au fait, que raconte-t-elle ? Quelle est sa morale, quel est son argument ?

En gros, reprend Marco Valdo M.I., comme l’indique le titre, le soleil va faire la grève et il va même aller plus loin, il va s’en aller sans doute au bout de l’espace.

Faut dire que là-bas, il y a de la place et de quoi faire pour un soleil, répond Lucien l’âne.

Certes, mais je continue, dit Marco Valdo M.I. Le soleil en a marre de la Terre des Terriens et plus exactement, de ce qu’est devenue la Terre en raison de la fréquentation des humains et de leurs mauvaises habitudes. En somme, pour te donner une idée de la situation, les Terriens se comportent comme les touristes ou les vacanciers, dont Ricet Barriet disait :

« Les vacanciers, c’est comme les sauterelles
Quand ça tombe, c’est pire que la grêle. »

Oh, dit Lucien l’âne, vacanciers ou touristes, ce sont souvent les mêmes et ils se comportent de la même façon. Donc, les Terriens sont des touristes sur la Terre qui n’en peut plus.

Donc, le soleil trouve les humains idiots, ravageurs et malséants et à mon sens, il n’a pas tort, continue Marco Valdo M.I. Dès lors, le soleil ne peut plus supporter ça et veut s’en aller, puis finalement, comme rien ne change, il s’en va.

Oh, dit Lucien l’âne, c’est une terrible catastrophe. Et que va-t-il se passer ensuite ? J’imagine – connaissant l’Histoire des humains – qu’il va surgir un prophète, un sauveur, un messie, un « deus ex machina ».

Comme toujours, Lucien l’âne mon ami, tu penses bien et tu mets dans le mille. Le sauveur ne va pas se faire attendre, même s’il va se faire prier pour accorder aux humains la grâce d’un miracle. Évidemment, ce miracle est encore une escroquerie et le soleil nouveau est en carton. Sans vraiment insister, je souhaite que tu réfléchisses au sens que peut avoir cette parabole appliquée par exemple à d’autres domaines : la société ou la politique, car comme souvent dans la chanson, elle parle beaucoup de ce dont elle ne dit rien. Au fait, j’insiste : il ne faudrait pas confondre sauveur et sauveteur – le second a vraiment l’intention de vous sauver.

Eh bien, conclut Lucien l’âne, c’est bien une parabole et la morale qu’elle implique me paraît être la suivante : « Méfiez-vous des miracles ! », « Méfiez-vous des sauveurs ! ». Pour le reste, tissons le linceul de ce vieux monde croyant, crédule, pollué, sauvé et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Un jour, le soleil vint et dit : « Qu’il en soit ainsi !
Si on ne veut pas de moi, je vais m’en aller !
Je ne vous ai demandé ni autels, ni croix, ni crucifix,
Et moins encore, un monde où on ne peut respirer. »


Et tous ont répondu : « Non, tu dois rester !
Sans toi, tu sais, on ne peut plus bronzer !
Et devenir beaux avec les crèmes solaires,
Tout oublier en été à la mer. »


Ils lui offrirent de l’argent, mais il n’y avait rien à faire.
Le soleil s’est levé et a cessé d’illuminer la Terre !


L’homme du miracle est venu à la télévision
Se montrer et dire dans toutes les maisons :
« Faites-moi confiance, le soleil, je vais le remplacer.
Croyez et priez et je vous donnerai –
Miracle ! – Un soleil en carton. »
« Faites-moi confiance, le soleil, je vais le remplacer.
Croyez et payez et je vous donnerai –
Miracle ! – Un soleil en carton. »

mercredi 4 septembre 2019

À L’ÉCOLE, ON A APPRIS


À L’ÉCOLE, ON A APPRIS


Version française – À L’ÉCOLE, ON A APPRIS – Marco Valdo M.I. – 2019
D’après la version italienne de Riccardo Venturi d’une
Chanson suédoise – I skolan fick vi lära ossKjell Höglund – 1975
Paroles et musique : Kjell Höglund



Et voici une autre version – suédoise celle-ci – de la chanson que Pete Seeger avait écrite en 1964. D’abord, il faut insister aussi sur sa date de naissance : 1975 ; il lui a fallu un certain temps pour percoler jusque-là. Cependant, elle se distingue par son caractère nordique, dû vraisemblablement à la personnalité de Kjell Höglund. C’est une version bien différente de l’originale parmi bien d’autres de What Did You Learn In School Today ? (M.V.M.I.)




À l’école, on a appris
Qu’on doit toujours dire la vérité ;
Mais si aux grands, on dit la vérité,
Ça implique qu’on ment aux petits
Et de ça, ils ne nous en ont jamais parlé.

À l’école, on a appris
Qu’il faut obtenir les meilleurs résultats,
Et qu’il est ridicule d’échouer.
Mais ce que ça signifie quand on n’y arrive pas,
Ils ne nous en ont pas parlé.

À l’école, on a appris
Qu’il faut prier Dieu et avoir la foi.
Ils nous ont prêché l’humilité,
Mais pas enseigné la confiance en soi,
Ni qu’on ne peut faire que ce qu’on croit.
De ça non plus, ils ne nous ont pas parlé.

À l’école, on a appris
À réciter les psaumes par cœur,
On nous a dit de saluer et de respecter
Et que c’est idiot de librement penser.
Mais que nos pensées et nos idées ont une valeur,
Non, ils ne nous en ont jamais parlé.

À l’école, nous avons appris
À la fermer et rester assis
Si on n’obéissait pas au maître, on était puni,
Si on n’obéit pas à la police, on est sanctionné,
Si on n’obéit pas au patron, on se fait virer.
Ils ont dit qu’il fallait apprendre le bon chemin
Et nous entraîner comme des chiens pour une vie de chien.
Mais à ça, ils ne reprochaient rien.

À l’école, on a appris
Qu’on n’était que de la merde,
Que si Médor fait le beau, il aura un susucre.
Mais les chiens deviennent des loups quand ils se découvrent trompés.
Et de ça, personne ne nous en a jamais parlé.

mardi 3 septembre 2019

Qu’as–tu appris à l’École ?



Qu’as–tu appris à l’École ?

Chanson française – Qu’as–tu appris à l’École ?Graeme Allwright – 1968



Dialogue maïeutique



Tout d’abord, il importe de situer cette chanson dans le temps, car quand même elle a au moins cinquante ans, elle fut – en tout cas – enregistrée en 1968 et je n’en ai pas trouvé trace avant. Cela dit, je ne sais pas, Lucien l’âne mon ami, à quelle école tu es allé, ni si de ton temps déjà, l’école enseignait le respect de l’État. Sans doute, pas.

Oh, répond Lucien l’âne, de mon temps ? Lequel d’abord ? C’est une étrange expression que ce « de mon temps ». Et puis, du temps où j’étais enfant, il n’y avait pas d’école ; du moins d’école comme on la conçoit ces derniers temps ; disons depuis environ trois siècles dans ce coin-ci du monde.

Oui, Lucien l’âne mon ami, et l’école à laquelle se réfère la chanson est encore plus récente, car c’est l’école publique, c’est celle de l’enseignement primaire obligatoire et généralisé et dans le cas de la chanson, qui est française, c’est l’école de la République où l’instituteur a remplacé le curé de l’ancienne école de la paroisse. On trouve ces écoles dans la plupart des communes. Idéalement, dans toutes.

Oui, mais, dis-moi, Marco Valdo M.I., a chanson, que dit-elle ?

Eh bien, reprend Marco Valdo M.I., c’est l’histoire d’un jeune garçon qui rentre de l’école et que son papa interroge sur ce qu’il a appris à l’école ce jour-là. Cette mise en scène permet d’aborder différents thèmes de société et de critiquer la façon dont ils sont traités « à l’école », dans cette école qui, à force de vouloir faire une société rassemblée autour de la nation, s’est muée en école du conformisme. Son modèle est l’armée et le « je ne veux voir qu’une seule tête ». Avant d’aller plus loin, je voudrais quand insister sur le fait que c’est grâce à cette école pour tous qu’une bonne partie des gens savent lire, écrire, compter et connaissent un peu d’histoire et le monde qui les environne et celui plus lointain ; c’est grâce aussi à cette école que ceux qui le veulent ont accès au savoir et que globalement, la société peut se développer. Il ne faudrait pas l’oublier, ni renier cette bonne vieille école avec ses qualités et ses défauts.

Oui, certes, dit Lucien l’âne, mais l’école sur le modèle de l’allégeance à la société, au pouvoir, ou en d’autres lieux ou en d’autres temps, à l’Église, à la croyance, à Dieu ou à n’importe quoi, est assez insupportable.

Je le pense aussi, Lucien l’âne mon ami, mais pour en revenir à la chanson, il faut préciser que le garçon se contente de rapporter à son père ce qu’il a appris à l’école et il ne dit jamais ouvertement ce qu’il en pense. Même s’il court dans la chanson une explosive ironie implicite, c’est à l’auditeur de l’exprimer, en quelque sorte, car à lire le texte, on n’y trouve aucune attaque frontale contre les valeurs promues par l’école.

Cependant, dit Lucien l’âne, il me semble que c’est quand même le rôle de l’école de former les citoyens, de leur enseigner ce qu’il convient pour qu’ils puissent se prendre en charge, de les inciter à agir selon leur conscience et d’avoir les capacités pour vivre en paix et en société, ce qui implique évidemment la tolérance, l’acceptation de l’autre dans sa diversité (sauf s’il est agressif, totalitaire, nationaliste, raciste, fasciste, etc) et la solidarité.

Oui, Lucien l’âne mon ami, ce serait bien là son rôle, mais l’école de la chanson a d’autres vues ; comme on le verra, elle aime l’obéissance, le respect de l’autorité et la soumission.


Voilà bien le problème, dit Lucien l’âne, et pourtant, depuis le temps que des enfants, des parents et des enseignants veulent changer l’école, on aurait dû y arriver. Sauf que, comme toujours dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour les dominer et les asservir, l’école est aussi un lieu d’affrontement et des forces considérables pèsent sur elle afin de préserver certains intérêts et de maintenir autant que possible (a minima) le statu-quo. Pour ce qui nous concerne, pourtant, tissons le linceul de ce vieux monde pusillanime, dominé, écrasé, conservateur et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Qu’as–tu appris à l’école, mon fils,
À l’école, aujourd’hui ?
Qu’as–tu appris à l’école, mon fils,
À l’école, aujourd’hui ?

J’ai appris qu’il ne faut mentir jamais,
Qu’il y a des bons et des mauvais,
Que je suis libre comme tout le monde,
Même si le maître parfois me gronde.
C’est ça qu’on m’a dit à l’école,
Papa, c’est ça qu’on m’a dit à l’école.

Qu’as–tu appris à l’école, mon fils,
À l’école, aujourd’hui ?
Qu’as–tu appris à l’école, mon fils,
À l’école, aujourd’hui ?

Que les gendarmes sont mes amis
Et tous les juges très gentils,
Que les criminels sont punis pourtant,
Même si on se trompe de temps en temps.
C’est ça qu’on m’a dit à l’école.
Papa, c’est ça qu’on m’a dit à l’école.

Qu’as–tu appris à l’école, mon fils,
À l’école, aujourd’hui ?
Qu’as–tu appris à l’école, mon fils,
À l’école, aujourd’hui ?

Que le gouvernement doit être fort,
A toujours raison et jamais tort.
Nos chefs sont tous très forts en thème
Et on élit toujours les mêmes.
C’est ça qu’on m’a dit à l’école.
Papa, c’est ça qu’on m’a dit à l’école.

Qu’as–tu appris à l’école, mon fils,
À l’école, aujourd’hui ?
Qu’as–tu appris à l’école, mon fils,
À l’école, aujourd’hui ?

J’ai appris que la guerre, c’est pas si mal,
Qu’il y en a des grandes et des spéciales,
Qu’on se bat souvent pour son pays
Et peut-être, j’aurai ma chance aussi.
C’est ça qu’on m’a dit à l’école.
Papa, c’est ça qu’on m’a dit à l’école.