jeudi 5 septembre 2019

LA GRÈVE DU SOLEIL

LA GRÈVE DU SOLEIL


Version française – LA GRÈVE DU SOLEIL – Marco Valdo M.I. – 2019
Chanson italienne – Lo sciopero del SoleBandabardò – 1998

Le départ du soleil



Une comptine écologique dans laquelle Bandabardò soulignait il y a plus de vingt ans l’indifférence totale des politiciens (et qui sera maintenant l'homme du miracle à la télévision ?) aux questions environnementales. Le soleil, indigné et fatigué parce que l’air est devenu irrespirable, abandonne tout le monde et s’en va…






Dialogue Maïeutique

Cette fois-ci, Lucien l’âne mon ami, je t’ai apporté une comptine comme l’appelle le commentateur italien et que je nommerais plus volontiers, une parabole. Tu me diras sans doute que l’une n’empêche pas l’autre et tu aurais parfaitement raison. Disons donc, une comptine-parabole.

Oui, dit Lucien l’âne, j’aime beaucoup cette idée d’une comptine-parabole. Mais au fait, que raconte-t-elle ? Quelle est sa morale, quel est son argument ?

En gros, reprend Marco Valdo M.I., comme l’indique le titre, le soleil va faire la grève et il va même aller plus loin, il va s’en aller sans doute au bout de l’espace.

Faut dire que là-bas, il y a de la place et de quoi faire pour un soleil, répond Lucien l’âne.

Certes, mais je continue, dit Marco Valdo M.I. Le soleil en a marre de la Terre des Terriens et plus exactement, de ce qu’est devenue la Terre en raison de la fréquentation des humains et de leurs mauvaises habitudes. En somme, pour te donner une idée de la situation, les Terriens se comportent comme les touristes ou les vacanciers, dont Ricet Barriet disait :

« Les vacanciers, c’est comme les sauterelles
Quand ça tombe, c’est pire que la grêle. »

Oh, dit Lucien l’âne, vacanciers ou touristes, ce sont souvent les mêmes et ils se comportent de la même façon. Donc, les Terriens sont des touristes sur la Terre qui n’en peut plus.

Donc, le soleil trouve les humains idiots, ravageurs et malséants et à mon sens, il n’a pas tort, continue Marco Valdo M.I. Dès lors, le soleil ne peut plus supporter ça et veut s’en aller, puis finalement, comme rien ne change, il s’en va.

Oh, dit Lucien l’âne, c’est une terrible catastrophe. Et que va-t-il se passer ensuite ? J’imagine – connaissant l’Histoire des humains – qu’il va surgir un prophète, un sauveur, un messie, un « deus ex machina ».

Comme toujours, Lucien l’âne mon ami, tu penses bien et tu mets dans le mille. Le sauveur ne va pas se faire attendre, même s’il va se faire prier pour accorder aux humains la grâce d’un miracle. Évidemment, ce miracle est encore une escroquerie et le soleil nouveau est en carton. Sans vraiment insister, je souhaite que tu réfléchisses au sens que peut avoir cette parabole appliquée par exemple à d’autres domaines : la société ou la politique, car comme souvent dans la chanson, elle parle beaucoup de ce dont elle ne dit rien. Au fait, j’insiste : il ne faudrait pas confondre sauveur et sauveteur – le second a vraiment l’intention de vous sauver.

Eh bien, conclut Lucien l’âne, c’est bien une parabole et la morale qu’elle implique me paraît être la suivante : « Méfiez-vous des miracles ! », « Méfiez-vous des sauveurs ! ». Pour le reste, tissons le linceul de ce vieux monde croyant, crédule, pollué, sauvé et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Un jour, le soleil vint et dit : « Qu’il en soit ainsi !
Si on ne veut pas de moi, je vais m’en aller !
Je ne vous ai demandé ni autels, ni croix, ni crucifix,
Et moins encore, un monde où on ne peut respirer. »


Et tous ont répondu : « Non, tu dois rester !
Sans toi, tu sais, on ne peut plus bronzer !
Et devenir beaux avec les crèmes solaires,
Tout oublier en été à la mer. »


Ils lui offrirent de l’argent, mais il n’y avait rien à faire.
Le soleil s’est levé et a cessé d’illuminer la Terre !


L’homme du miracle est venu à la télévision
Se montrer et dire dans toutes les maisons :
« Faites-moi confiance, le soleil, je vais le remplacer.
Croyez et priez et je vous donnerai –
Miracle ! – Un soleil en carton. »
« Faites-moi confiance, le soleil, je vais le remplacer.
Croyez et payez et je vous donnerai –
Miracle ! – Un soleil en carton. »

mercredi 4 septembre 2019

À L’ÉCOLE, ON A APPRIS


À L’ÉCOLE, ON A APPRIS


Version française – À L’ÉCOLE, ON A APPRIS – Marco Valdo M.I. – 2019
D’après la version italienne de Riccardo Venturi d’une
Chanson suédoise – I skolan fick vi lära ossKjell Höglund – 1975
Paroles et musique : Kjell Höglund



Et voici une autre version – suédoise celle-ci – de la chanson que Pete Seeger avait écrite en 1964. D’abord, il faut insister aussi sur sa date de naissance : 1975 ; il lui a fallu un certain temps pour percoler jusque-là. Cependant, elle se distingue par son caractère nordique, dû vraisemblablement à la personnalité de Kjell Höglund. C’est une version bien différente de l’originale parmi bien d’autres de What Did You Learn In School Today ? (M.V.M.I.)




À l’école, on a appris
Qu’on doit toujours dire la vérité ;
Mais si aux grands, on dit la vérité,
Ça implique qu’on ment aux petits
Et de ça, ils ne nous en ont jamais parlé.

À l’école, on a appris
Qu’il faut obtenir les meilleurs résultats,
Et qu’il est ridicule d’échouer.
Mais ce que ça signifie quand on n’y arrive pas,
Ils ne nous en ont pas parlé.

À l’école, on a appris
Qu’il faut prier Dieu et avoir la foi.
Ils nous ont prêché l’humilité,
Mais pas enseigné la confiance en soi,
Ni qu’on ne peut faire que ce qu’on croit.
De ça non plus, ils ne nous ont pas parlé.

À l’école, on a appris
À réciter les psaumes par cœur,
On nous a dit de saluer et de respecter
Et que c’est idiot de librement penser.
Mais que nos pensées et nos idées ont une valeur,
Non, ils ne nous en ont jamais parlé.

À l’école, nous avons appris
À la fermer et rester assis
Si on n’obéissait pas au maître, on était puni,
Si on n’obéit pas à la police, on est sanctionné,
Si on n’obéit pas au patron, on se fait virer.
Ils ont dit qu’il fallait apprendre le bon chemin
Et nous entraîner comme des chiens pour une vie de chien.
Mais à ça, ils ne reprochaient rien.

À l’école, on a appris
Qu’on n’était que de la merde,
Que si Médor fait le beau, il aura un susucre.
Mais les chiens deviennent des loups quand ils se découvrent trompés.
Et de ça, personne ne nous en a jamais parlé.

mardi 3 septembre 2019

Qu’as–tu appris à l’École ?



Qu’as–tu appris à l’École ?

Chanson française – Qu’as–tu appris à l’École ?Graeme Allwright – 1968



Dialogue maïeutique



Tout d’abord, il importe de situer cette chanson dans le temps, car quand même elle a au moins cinquante ans, elle fut – en tout cas – enregistrée en 1968 et je n’en ai pas trouvé trace avant. Cela dit, je ne sais pas, Lucien l’âne mon ami, à quelle école tu es allé, ni si de ton temps déjà, l’école enseignait le respect de l’État. Sans doute, pas.

Oh, répond Lucien l’âne, de mon temps ? Lequel d’abord ? C’est une étrange expression que ce « de mon temps ». Et puis, du temps où j’étais enfant, il n’y avait pas d’école ; du moins d’école comme on la conçoit ces derniers temps ; disons depuis environ trois siècles dans ce coin-ci du monde.

Oui, Lucien l’âne mon ami, et l’école à laquelle se réfère la chanson est encore plus récente, car c’est l’école publique, c’est celle de l’enseignement primaire obligatoire et généralisé et dans le cas de la chanson, qui est française, c’est l’école de la République où l’instituteur a remplacé le curé de l’ancienne école de la paroisse. On trouve ces écoles dans la plupart des communes. Idéalement, dans toutes.

Oui, mais, dis-moi, Marco Valdo M.I., a chanson, que dit-elle ?

Eh bien, reprend Marco Valdo M.I., c’est l’histoire d’un jeune garçon qui rentre de l’école et que son papa interroge sur ce qu’il a appris à l’école ce jour-là. Cette mise en scène permet d’aborder différents thèmes de société et de critiquer la façon dont ils sont traités « à l’école », dans cette école qui, à force de vouloir faire une société rassemblée autour de la nation, s’est muée en école du conformisme. Son modèle est l’armée et le « je ne veux voir qu’une seule tête ». Avant d’aller plus loin, je voudrais quand insister sur le fait que c’est grâce à cette école pour tous qu’une bonne partie des gens savent lire, écrire, compter et connaissent un peu d’histoire et le monde qui les environne et celui plus lointain ; c’est grâce aussi à cette école que ceux qui le veulent ont accès au savoir et que globalement, la société peut se développer. Il ne faudrait pas l’oublier, ni renier cette bonne vieille école avec ses qualités et ses défauts.

Oui, certes, dit Lucien l’âne, mais l’école sur le modèle de l’allégeance à la société, au pouvoir, ou en d’autres lieux ou en d’autres temps, à l’Église, à la croyance, à Dieu ou à n’importe quoi, est assez insupportable.

Je le pense aussi, Lucien l’âne mon ami, mais pour en revenir à la chanson, il faut préciser que le garçon se contente de rapporter à son père ce qu’il a appris à l’école et il ne dit jamais ouvertement ce qu’il en pense. Même s’il court dans la chanson une explosive ironie implicite, c’est à l’auditeur de l’exprimer, en quelque sorte, car à lire le texte, on n’y trouve aucune attaque frontale contre les valeurs promues par l’école.

Cependant, dit Lucien l’âne, il me semble que c’est quand même le rôle de l’école de former les citoyens, de leur enseigner ce qu’il convient pour qu’ils puissent se prendre en charge, de les inciter à agir selon leur conscience et d’avoir les capacités pour vivre en paix et en société, ce qui implique évidemment la tolérance, l’acceptation de l’autre dans sa diversité (sauf s’il est agressif, totalitaire, nationaliste, raciste, fasciste, etc) et la solidarité.

Oui, Lucien l’âne mon ami, ce serait bien là son rôle, mais l’école de la chanson a d’autres vues ; comme on le verra, elle aime l’obéissance, le respect de l’autorité et la soumission.


Voilà bien le problème, dit Lucien l’âne, et pourtant, depuis le temps que des enfants, des parents et des enseignants veulent changer l’école, on aurait dû y arriver. Sauf que, comme toujours dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour les dominer et les asservir, l’école est aussi un lieu d’affrontement et des forces considérables pèsent sur elle afin de préserver certains intérêts et de maintenir autant que possible (a minima) le statu-quo. Pour ce qui nous concerne, pourtant, tissons le linceul de ce vieux monde pusillanime, dominé, écrasé, conservateur et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Qu’as–tu appris à l’école, mon fils,
À l’école, aujourd’hui ?
Qu’as–tu appris à l’école, mon fils,
À l’école, aujourd’hui ?

J’ai appris qu’il ne faut mentir jamais,
Qu’il y a des bons et des mauvais,
Que je suis libre comme tout le monde,
Même si le maître parfois me gronde.
C’est ça qu’on m’a dit à l’école,
Papa, c’est ça qu’on m’a dit à l’école.

Qu’as–tu appris à l’école, mon fils,
À l’école, aujourd’hui ?
Qu’as–tu appris à l’école, mon fils,
À l’école, aujourd’hui ?

Que les gendarmes sont mes amis
Et tous les juges très gentils,
Que les criminels sont punis pourtant,
Même si on se trompe de temps en temps.
C’est ça qu’on m’a dit à l’école.
Papa, c’est ça qu’on m’a dit à l’école.

Qu’as–tu appris à l’école, mon fils,
À l’école, aujourd’hui ?
Qu’as–tu appris à l’école, mon fils,
À l’école, aujourd’hui ?

Que le gouvernement doit être fort,
A toujours raison et jamais tort.
Nos chefs sont tous très forts en thème
Et on élit toujours les mêmes.
C’est ça qu’on m’a dit à l’école.
Papa, c’est ça qu’on m’a dit à l’école.

Qu’as–tu appris à l’école, mon fils,
À l’école, aujourd’hui ?
Qu’as–tu appris à l’école, mon fils,
À l’école, aujourd’hui ?

J’ai appris que la guerre, c’est pas si mal,
Qu’il y en a des grandes et des spéciales,
Qu’on se bat souvent pour son pays
Et peut-être, j’aurai ma chance aussi.
C’est ça qu’on m’a dit à l’école.
Papa, c’est ça qu’on m’a dit à l’école.

lundi 2 septembre 2019

MILLE HOMMES ET UN ORDRE



MILLE HOMMES ET UN ORDRE


Version française – MILLE HOMMES ET UN ORDRE – Marco Valdo M.I. – 2019
Chanson allemande – Tausend Mann und ein BefehlOomph – 2019


Encore presqu’enfant, il a déjà perdu son innocence
Ne pas réfléchir !
Dans le rang !
Il faut obéir !
Au pas cadencé, en avant !
Marche !





Le titre et le contenu de la chanson sont inspirés par la chanson « Hundert Mann und ein Befehl »« CENT HOMMES ET UN ORDRE » du chanteur autrichien Freddy Quinn. Dans les deux cas, il s’agit de la version allemande de la célèbre ballade patriotique américaine, « The Ballad Of The Green Berets » (La Ballade des Bérets verts), ici transformée en chanson contre la guerre.



Pendant mille jours dans une région étrangère,
En avant, lui et son bataillon marchèrent.
Au faux seigneur, il a juré allégeance ;
Encore presqu’enfant, il a déjà perdu son innocence


Ne pas réfléchir !
Dans le rang !
Il faut obéir !
Au pas cadencé, en avant !
Marche !


Tirez à volonté !
Sans jamais hésiter !
Faites votre devoir en priorité !
En avant, au pas cadencé!
Marche !


Plus jamais la guerre !
N’importe où sur la Terre,
Mettez le feu au monde !
Mille hommes et un ordre :
Un ordre !


Plus jamais la guerre !
Frappe cruellement le destin :
Aujourd’hui moi, et toi demain.
Mille hommes et un ordre :
Un ordre !


Fixe – Garde à vous ! – Repos !
Fixe – Garde à vous ! – Repos !
Fixe – Garde à vous ! – Repos !


Depuis déjà mille jours, en première ligne,
Il fixe l’horizon, les yeux vides.
Celui qui, avec fierté, voulait aller à la guerre,
Mourant a bien vite crié après sa mère !


Soldat, sois fort et brave !
Soldat, mange ou crève !
Au pas cadencé, en avant !
Marche !


Pour ta patrie, bats-toi !
Au mur, qui ne veut pas !
Au pas cadencé, en avant !
Marche !


Plus jamais la guerre !
N’importe où sur la Terre,
Ils mettent le feu au monde !
Mille hommes et un ordre :
Un ordre !


Plus jamais la guerre !
Frappe cruellement le destin :
Aujourd’hui moi, et toi demain.
Mille hommes et un ordre :
Un ordre !


Plus jamais la guerre !
Plus jamais la guerre !
Plus jamais la guerre !
Plus jamais la guerre !
Plus jamais la guerre !
Plus jamais, plus jamais la guerre !


Quelque part au bout de la terre,
Ils mettent le feu au monde.
Mille hommes et un ordre
Un ordre !


Plus jamais la guerre !
Frappe cruellement le destin :
Aujourd’hui moi, et toi demain.
Mille hommes et un ordre :
Un ordre !


Fixe – Garde à vous ! – Repos !
Fixe – Garde à vous ! – Repos !
Fixe – Garde à vous ! – Repos !
Fixe – Garde à vous ! – Repos !
Fixe – Garde à vous ! – Repos !


dimanche 1 septembre 2019

CENT HOMMES ET UN ORDRE


CENT HOMMES ET UN ORDRE



Version française – CENT HOMMES ET UN ORDRE – Marco Valdo M.I. – 2019
Chanson allemande – Hundert Mann und ein BefehlFreddy Quinn – 1966





Quelque part en une terre étrangère,
Nous marchons sur le sable et la pierre.
Loin de chez soi et hors-la-loi,
Une centaine d’hommes, et moi.


Cent hommes et un ordre
Et un chemin dont on ne peut démordre.
Jour après jour,
Jour après jour.
Dans ce pays en feu, qui sait où on va ?
Et quel est le sens de tout ça?


Tout seul dans la nuit noire,
J’ai souvent pensé pour ma part,
Que loin d’ici, la pleine lune brille
Et loin de moi, pleure une fille.


Et le monde est pourtant si beau parfois,
Pourrais-je te revoir encore une fois ?
Déjà, une longue année nous a tenus à l'écart,
Et le destin frappe au hasard,
Aujourd’hui moi et demain toi.
J’entends crier les corbeaux dans le noir
De l’aube. Pourquoi ?


Quelque part en une terre étrangère,
Nous marchons sur le sable et la pierre.
Loin de chez soi et hors-la-loi,
Une centaine d’hommes, et moi.


samedi 31 août 2019

LE PROCÈS DES SORCIÈRES

LE PROCÈS DES SORCIÈRES


Version française – LE PROCÈS DES SORCIÈRES – Marco Valdo M.I. – 2019
d’après la traduction italienne de Riccardo Venturi – 2019 (Riccardo Venturi, Policlinico di Careggi (Firenze), 23-05-2019)
d’une chanson suédoise – HäxprocessKjell Höglund – 1973
Paroles et musique : Kjell Höglund

La sorcière au miroir 
Félicien Rops


Dialogue Maïeutique 


Mon ami Lucien l’âne, toi comme moi, nous aimons beaucoup les sorcières, je le sais.

Certes, Marco Valdo M.I.mon ami, il en est ainsi aujourd’hui. Je dis ça, car qui se souviens de ma mésaventure, qui somme toute se rappelle mon histoire, pourrait avoir l’idée que je serais en colère contre les sorcières. Il n’en est rien, avec le temps, vois-tu, je me suis mis à aimer celle qui me fit âne. Si tu te souviens, au début de ma vie errante, une vie d’aventures et de pérégrinations forcées, qui était due à une erreur résultant de mon envie de pratiquer son art sans y être initié, j’en voulais à cette femme de mon destin de jeune homme ainsi contrarié. Cependant, aujourd’hui, je me rends compte que ce fut moi le seul fautif et même si elle n’y est finalement pour rien, je la bénis de m’avoir ouvert le chemin de l’immortalité.

N’exagère pas, Lucien l’âne mon ami, ton immortalité ne durera que ce que durera l’humanité, ce qui la raccourcit grandement. Mais venons-en aux autres sorcières, à celles qu’on brûle, qu’on jette en cendres en dehors des cimetières.

Oh, dit Lucien l’âne, en dehors de leurs cimetières consacrés, mais elles s’en moquent bien les sorcières, car pour elles, la terre vaut la terre et la rivière et l’océan aussi sont accueillants à la poussière. Le vent lui-même la berce et la porte dans ses bras. Mais poursuis cependant.

D’abord, je te rappelle, Lucien l’âne mon ami, que la chose n’est pas nouvelle pour nous de deviser des sorcières. Ensemble, on a vu et commenté trois chansons Hou! Hou !, où Clara la folle était brûlée comme une sorcière, Katheline la bonne sorcière, qui est la mère de Nelle, dont on brûla les cheveux et qu’on fit noyer en l’épreuve de l’eau telle que la concevait l’Inquisition et Les Sorciers, qui conte le procès de Katheline et bien des choses furent dites à ces occasions. Mais poursuivons. Il est question ici d’un long sermon à la manière de ceux que font les pasteurs, les prêtres et tous les prêcheurs de toutes les religions contre les sorcières, réputées impies. Je n’insisterai pas sur cette haine à l’égard des sorcières qui sont pourtant l’incarnation de la vie hors des temples et loin des odes qu’on récite. De toute façon, il ne s’agit pas ici uniquement de ces sorcières anciennes, il s’agit également de sorcières intemporelles et de sorcières en un sens plus général, qui dès lors, étant pourchassées peuvent aussi bien être des hommes.

Des sorcières, des hommes ?, dit Lucien l’âne, un peu interloqué. J’aurais toujours pensé que les hommes de cette catégorie étaient des sorciers. Il faudrait que tu m’expliques cette curiosité.
Soit, Lucien l’âne mon ami. En fait, la chasse aux sorcières désigne de manière générale la persécution par un pouvoir ou n’importe quel groupe humain des contradicteurs, des dissidents, de ceux qui ne soumettent pas ou même ne correspondent pas aux exigences, aux us, aux coutumes, aux usages, aux usances et aux croyances de ce groupe, de ce clan, de cette communauté. Dès lors, la chasse aux sorcières peut tout autant désigner une persécution religieuse qu’une persécution raciale ou politique ou sociale ou culturelle ou même, linguistique ou un mélange de diverses sortes. Elles ont lieu partout dans le monde et sont extrêmement tenaces – par parenthèse, elles sont aussi extrêmement stupides et méchantes. L’Histoire des hommes en est remplie.

J’en ai vu de mes yeux vu, dit Lucien l’âne, et même, un grand nombre de fois de ces persécutions.

Cependant, reprend Marco Valdo M.I., la chanson a un cadre précis, qui est de mettre face à cette vilaine manie de la chasse aux sorcières comme phénomène social, comme mécanisme de catharsis tendant à l’exonération de leurs turpitudes, ceux qui n’ont le courage ni de s’y opposer, ni de les dénoncer, ni même de vouloir voir qu’elles existent et surtout, de s’interroger sur quoi elles se fondent et à quoi elles servent. Kjell Höglund fait bien de mettre les bonnes gens de Suède et d’ailleurs face à face avec eux-mêmes et à la chasse aux sorcières et à tout ce que ça signifie. En fait, il les sermonne dans la plus pure tradition des grands sermons : Démosthène lançant ses Philippiques aux Athéniens ou Cicéron ses Catilinaires aux Romains.

C’est là qu’il a dit « Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra? », que je te traduis, dit Lucien l’âne, « Jusqu’à quand Catilina abuseras-tu de notre patience ? »

On pourrait citer bien d’autres exemples, dit Marco Valdo M.I., mais l’essentiel reste ce que dit la chanson, qui malgré qu’elle date de 1973, paraît être un sermon d’aujourd’hui tant ce qu’il dénonce, les attitudes qu’il décrit, les comportements qu’il démonte, les vilenies qu’il met à jour sont présents dans notre société et constituent le fondement de ce que l’on nomme à présent pudiquement le populisme et qui n’est rien d’autre que le fascisme revisité. C’est à cet égard un texte lumineux qui illustre avec beaucoup de précision ce qui était dit dans La Guerre de Cent Mille Ans. Cette liaison intime du particulier au général, qui fait que chaque geste que l’on pose, chaque parole qu’on expose, chaque pensée de chaque jour, de chaque seconde nous implique dans cette lutte faite des milliards de décisions ou d’indécisions, d’acceptations ou de refus de milliards d’êtres humains ; tout se joue dans ces détails. C’est ainsi que se forme la cohérence de ce monde.

Ho, s’écrie Lucien l’âne, arrête-toi là. Il nous faut conclure.

Non, non, dit Marco Valdo, je veux encore dire quelques mots de la version française, car elle s’écarte un peu par son style de la version italienne, dont j’imagine qu’elle a elle-même établi une certaine distance par rapport à la chanson suédoise. Et si parfois, elle s’écarte plus encore, le tort en est à la rime, ce bijou. Ce que je veux souligner, c’est que je suis quand même persuadé que globalement, elles se ressemblent et qu’en tout cas, elles donnent le même sens au sermon sur la scène.

Bon, cette fois, dit Lucien l’âne, je conclus et je dis qu’il nous faut tisser le linceul de ce vieux monde persécuteur, menteur, voleur, assassin, criminel et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Si on veut, il est facile de trouver des boucs émissaires
Et bien que soit passé le temps des procès de sorcières,
On n’en a pas oublié le principe, il est toujours bon ;
Quand on veut quelque chose, toujours il répond
Et comme le monde n’est pas encore parfait,
Si parfois, on en a besoin, il est toujours prêt
Pour qu’on donne libre cours à nos émotions
Et qu’on se retrouve une once de considération.

Nous avons rarement besoin d’un prétexte clair,
Souvent suffit un défaut imaginaire.
Alors, les amis de la justice se réunissent pour le procès
Qu’on déroule à huis clos, en secret,
Et rend un verdict selon la coutume usuelle
Et ensuite, nous donnons la justification habituelle :
« Tout n’est pas encore exactement comme on l’aurait souhaité,
On a donc brûlé une autre sorcière pour des raisons de sécurité. »

Le dégoût que vous ressentez pour votre existence,
Votre manque de compétence et votre impuissance,
Le doute que vous avez éternellement quant à votre intelligence,
Votre désir d’ordre, de structure et de cohérence,
Les livres à lire que vous n’avez jamais regardés,
Les lettres que vous n’avez jamais écrites et votre mentale cécité
Sont choses difficiles à affronter, même quand vous le voulez ;
Alors, vous mettez une autre sorcière au bûcher pour des raisons de sécurité.

Vous rêvez de coucher avec des houris,
Pour mille et une nuits, pour mille et deux nuits.
Vous rêvez de parcourir le monde en millionnaires enviés
Et obtenir exactement tout ce que vous voulez.
Vous rêvez de vivre dans le luxe et l’abondance
Vous voulez la mort d’autrui avec insistance,
Mais vous n’osez jamais vraiment l’avouer.
Alors, vous mettez une autre sorcière au bûcher pour des raisons de sécurité.

Vous voulez empoisonner, poignarder ou pendre
Ou avec une locomotive écraser les plus tendres.
De l’extérieur, vous aimez avoir l’air aimable et sensible,
Mais au dedans, votre volonté est cruelle et primitive.
Il vous plaît particulièrement de voir les autres mal finir
Et de ressasser vos vilaines petites vilenies ou encore pire.
Mais il est difficile de reconnaître sa propre malignité ;
Alors, vous mettez une autre sorcière au bûcher pour des raisons de sécurité.
Vous avez peur d’attraper le sida ou la syphilis,
Le cancer, la tuberculose ou la chaude-pisse.
Pour le reste, vous êtes surtout une baudruche
Qui refuse ses responsabilités et fait l’autruche.
Vous volez dès que vous en avez l’occasion
Et vous pleurez et vous réclamez la compassion.
Vous vous prenez pour un génie incompris
Et plutôt que d’agir, vous laissez tout aller de mal en pis.
Vous mentez par habitude sans aucune réticence,
Il vous manque sans doute une conscience.
Vous avez peut-être honte de ce que vous avez perpétré,
Alors, vous mettez une autre sorcière au bûcher pour des raisons de sécurité.

En réalité, vous vous détestez et ça vous attriste,
Alors pourquoi ne pas en parler à votre analyste ?
Dites-lui ce que vous ressentez et s’il s’étonne,
Dites-lui que vous êtes vraiment une personne,
Que vous êtes malade, que vous souffrez tellement.
Pensez à votre réputation, car il reste peu de temps,
Car vous êtes assez vieux et qu’il faut vous hâter.
Alors, mettez une autre sorcière au bûcher pour des raisons de sécurité ?

Comme nous avons été contraints de nous rendre,
Notre ressentiment est fort et notre haine n’est pas tendre
Pour celui qui a conservé ses idées et qui ne s’est pas rendu,
On ne peut pas le tolérer, car nous avons perdu.
Tout ce qui nous reste est une amère désillusion,
Tout ce que nous avons est amertume et illusion,
Tout ce qu’on peut espérer, c’est ignorer,
Et croire que tout est juste et se garder de discuter.

Éviter de se souvenir et penser que ça va bien,
Faire semblant de ne comprendre jamais rien,
Nier que nos espérances ont pris l’eau,
Que la drogue nous a chamboulé le cerveau
Et quand la mémoire vient, tout oublier.
Éviter celui-là qui n’a pas cessé de rêver,
Celui-là qui veut un autre monde, qui a d’autres envies,
Qui conçoit un avenir meilleur et lutte pour la vie.

Et alors, il nous prend un ressentiment incisif,
On sent qu’on vit un moment décisif
Qu’il faut agir pour ne pas être anéantis,
Pour ne pas laisser nos espoirs démentis,
Et soudain, on conclut follement,
Que d’une seule personne tout dépend,
Que toute cette diablerie est la faute de ce saboteur,
Que derrière chaque mystère se cache un conspirateur
Qui mène un diabolique complot
Pour nous plonger tous dans le fiasco,
Qui trame des plans odieux et manigance des mystères,
Qui décide de faire monter l’eau et de noyer la terre.
Alors, on sacrifie nos descendants dans un jeu menteur :
Le bien, on l’appelle le mal ; le juste, on le nomme l’erreur.
Puis, on passe la maladie aux enfants de demain,
De notre lugubre mission, les schizophrènes témoins.
Telle une immense cascade, la paranoïa nous abasourdit,
On explose à l’intérieur tandis que du passé surgit
Une senteur faible et lointaine de cerises, de camomille et d’été ;
Alors, on remet une sorcière sur le bûcher pour des raisons de sécurité.

À chaque époque, nous avons eu cette nécessité
D’inciter à l’erreur pour couvrir notre culpabilité,
Pour trouver à blâmer, pour brûler les sorcières,
Pour faire un exemple, pour punir ces mégères.
Nous avons crucifié Jésus et tant d’autres encore
Et bâti une culture sur cette métaphore.
Depuis lors, la pensée humaine est imprégnée
Du mythe d’une paix intérieure par les dieux donnée.

Ainsi, on a répondu à la honte qui nous plombe
Et mis prématurément des millions de gens dans la tombe.
Car la condition de la paix intérieure est le sacrifice sanglant
Et c’est une langue qu’on comprend aisément.
Les tout premiers chrétiens ont dû subir le châtiment de l’enfer,
On les a jetés aux bêtes féroces, on les a mis aux fers.
Puis, avec l’Inquisition, les croyants devenus majorité ont traîné
Les hérétiques au bûcher pour se faire par le Père Éternel pardonner.
Ceux qui n’étaient pas d’accord ont reçu le traitement qu’ils méritent,
Car on doit tous soutenir ceux qui mènent et ce qu’on hérite ;
Tous ceux qui pensaient innocents à de grandes choses et à la liberté
Ont été dûment récompensés par les Autorités.
Certains ont été assez futés pour revoir à temps leur position
Galilée, par exemple, malgré ses signes de dénégation,
Pour sa part, a proclamé l’immobilité de la Terre.
Et ainsi, cette fois-là, on a évité de brûler une autre sorcière.

L’évêque Brask était intelligent, c’était une exception,
Un bout de papier caché démentit sa soumission.
Cependant, les Juifs, par millions, on les a brûlés ;
Tant à se demander comment cela a pu arriver
Et brûler le dissident, ça arrive encore maintenant parfois.
Qui donc va allumer le prochain bûcher, ne serait-ce pas toi ?
Comme avant, la chasse aux sorcières réjouit nos cantons,
Pour chaque bouc émissaire abattu, on tire une salve de canon.

Si par hasard, arrive un étranger,
On lui colle à l’instant un faux nez
On croque du communiste sans ménagement
Et on regarde de travers celui qui n’est pas blanc.
Pourtant, mille formes de vie libre animent les champs
Et se glissent l’été parmi les petites fleurs des enfants.
Des voyous et des vauriens de tout acabit,
Des païens et des métis nous empestent jour et nuit,
De dangereux escrocs se faufilent dans le noir,
On regarde d’un œil noir passer des hommes noirs.
Un rossignol gringotte dans le bosquet vert,
Et pendant ce temps, on met au bûcher une autre sorcière.

Maintenant : à qui profite tout ça ? Réfléchissons un peu.
Il s’agit, voyez-vous, de gens qui sont heureux
De voir ici et là le bûcher des sorcières s’allumer,
Ravis de voir chasser des fantômes dans l’obscurité.
Ce sont eux qui se frottent les mains et sifflent un petit air,
Quand une nuit de Walpurgis, brûlent les boucs émissaires
Alors qu’eux, les mains sales s’en vont libres,
Dormir en leur maison après avoir fermé la serrure.

Ils exploitent notre désillusion et notre culpabilité.
Pour qu’on ne s’aperçoive pas qu’ils viennent de nous voler.
Ils jouent sur nos peurs un jeu si fin
Qu’on ne sait plus ce qui est mal et ce qui est bien.
Ils savent faire tourner la meule et se faire du blé
Et se jouer de nous, pauvres corps courbés.
Nous, on ne voit rien de leurs détournements
Et on se retrouve Dons Quichotte face aux moulins à vent.

Ils profitent tranquillement quand nous regardons ailleurs,
Ils se tiennent derrière des nuages de vapeur
Et de nos efforts cumulés, font leur capital
Et alors, on condamne ceux qui n’ont fait aucun mal.
Ils ressemblent au magicien d’un spectacle de variétés.
Qui nous abuse de fausses réalités,
Qui fait des tours étonnants, sort une colombe son chapeau,
Qui fait du pain avec le gâteau et transforme le vin en eau.

Et nous, le bon public, on applaudit ses prestations :
Un lapin est sorti du néant, il est vraiment mignon.
Le monde veut être trompé et il pense à peine
À ce qu’il a payé pour toute cette scène.
Le tricheur jette une fausse carte sur la table,
Et ramène à la maison ses gains considérables.
Et nous, dépités, on s’accuse l’un l’autre.
C’est lui ! Non, c’est lui ! Non, c’était l’autre… !

On cherche un nouveau bouc et le spectacle peut reprendre.
Quelque chose clignote. Apprendrons-nous jamais à comprendre
Qu’il y a quelque chose de louche quand la banque gagne toujours,
Même si au coin de la rue, le bûcher flambe nuit et jour ?
Il ne sert à rien de chasser les sorcières dans l’obscurité,
Ce sont les règles du jeu que nous devons changer.
Jouer sans tricher, si on le veut, nous, nous pouvons le faire,
Et nous, on n’aura pas besoin de brûler une autre sorcière.