jeudi 6 décembre 2018

L’Algérien



L’Algérien


Chanson française – L’Algérien – Patrick Font – 1972






Dialogue Maïeutique

La guerre d’Algérie est déjà de l’Histoire ancienne, presqu’aussi ancienne dans la mémoire des gens d’aujourd’hui que les guerres mondiales, déclare Marco Valdo M.I.

Oui, dit Lucien l’âne, elle date de plus d’un demi-siècle. C’est déjà un bon bout de temps.

Imagine Lucien l’âne mon ami que sur les 42 000 000 d’Algériens actuellement en Algérie, seuls les gens de plus de 60 ans, soit environ 5 % auront vécu durant cette guerre et plus de la moitié de la population a moins de 30 ans. Cependant, sauf peut-être pour de vieux Pieds-Noirs ou de vieux harkis ou les vieux d’Algérie, elle ne fait plus l’actualité, même si le FLN (Front de Libération Nationale) est encore toujours au pouvoir ; mais, il a perdu l’aura qu’il avait vers 1960, au moment de l’indépendance.

En effet, dit Lucien l’âne, l’Algérie n’est plus ce qu’elle était ou ce qu’on a cru ou espéré qu’elle pourrait être. Elle n’est pas la seule dans ce cas, on dirait même que c’est une sorte d’évolution naturelle. Avec le temps, les États (et leurs dirigeants, leurs élites) se sclérosent et paralysent leur environnement, l’empoisonnent ou l’étouffent.

Il y a certainement de ça et nous ne pouvons que le constater, reprend Marco Valdo M.I. ; pourtant, la chanson même si elle s’intitule « L’Algérien » ne pare directement ni de l’Algérie, ni de la guerre d’Algérie, même si, à la réflexion, elle baigne dedans. Elle est une lettre adressée par un Français à un de ses amis Algériens, qui dix ans après l’indépendance, après des années de travail immigré en France, vraisemblablement à Paris, est retourné au pays. C’est une lettre d’adieu, car les deux amis savent ou sentent qu’ils ne se reverront jamais. Elle raconte avec nostalgie leur amitié et l’espoir d’une future « mythique » retrouvaille. Elle me fait penser à ce Flamenco de Paris de Léo Ferré, qui dit :

« Toi mon ami l’Espagnol de la rue de Madrid »

En fait, si je comprends bien, dit Lucien l’âne, si ce sont des amis depuis un certain temps, ils devaient être amis depuis un certain temps déjà et pour eux, la guerre était encore toute proche, toute chaude.

À mon sens, précise Marco Valdo M.I., ce sont d’incorrigibles pacifistes, pour, sur les cendres d’une guerre qui avait fait environ 350 000 morts algériens en moins d’une dizaine d’années, vouloir bâtir une amitié entre des gens des camps adverses. Un peu comme si, au cours de la guerre de 1914-18, un poilu avait fait ami-ami avec un fritz.

Certes, dit Lucien l’âne, il faut du courage, de la conscience, de la confiance et de la volonté pour affirmer son humanité au milieu du délire binaire et massacreur, face aux nationalismes des camps.

Ce que tu dis, Lucien l’âne mon ami, est vrai pour ces deux amis de la chanson, mais aussi et même surtout, pour celui qui l’a écrite et qui l’a chantée en public ces années de tout-après-guerre. On lui en a beaucoup voulu.

Je pense qu’on en a dit assez à propos de la chanson ; alors, tissons le linceul de ce vieux monde guerrier, nationaliste, binaire, vindicatif, absurde et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Depuis que tu es reparti
Retrouver dans ton Algérie
Tout ce qui te manquait chez nous,
Tu nous manques un peu
Et tu me croiras si tu veux,
Tu nous manques même beaucoup.
Tu nous disais qu’avec le temps,
On oublierait les bons moments.
Hélas, tu n’étais pas prophète,
Car le temps passe et tu verras,
Quand tu liras cette lettre,
Que les copains ne t’oublient pas.

Dans Paris que tu aimais bien,
Il y a de plus en plus d’Algériens,
Il en arrive tous les jours.
Comme disent les gens civilisés,
On sera bientôt colonisés;
Moi, je leur dis chacun son tour.
Ils ont des yeux de pauvre chien
Qui me rappellent un peu les tiens
Lorsque nous avons fait connaissance.
Je ne sais plus pourquoi on s’est parlé,
Mais je sais qu’on ne s’est plus quittés
Jusqu’à ce que tu quittes la France.

Aujourd’hui, c’est comme autrefois,
Tous les Arabes sont en proie
Aux quolibets des imbéciles.
Tous les Arabes ont des surnoms :
Bicots, bougnoules, ratons –
Tu parles d’un état-civil.
On a des fourmis dans les poings
Quand la vue d’un Nord-Aricain
Fait déblatérer les minables ;
Mais s’il fallait cogner les cons,
Il faudrait un marteau-pilon
D’une taille incommensurable.

Comment se portent tes enfants
Que tu nous montrais en ouvrant
Ton portefeuille en peau de chagrin ?
La photo était si râpée
Qu’il nous fallait deviner,
Mais tu nous en parlais si bien
Que malgré la distance qui
Nous séparait de ton pays,
On les voyait mieux qu’en image
Et le parasol du café
Se changeait alors en palmier,
Le court espace d’un mirage.

Et puis l’automne a rappliqué,
Les parasols ont replié
Les feuilles qui nous abritaient.
Alors, avec tous les oiseaux,
Tu as rejoint les pays chauds
En nous disant, je reviendrai.
On a dit oui en sachant bien
Que tu mentais comme un chrétien,
Sacré Bon Dieu de fils de ta race !
Le jour où on se reverra,
Je suis certain qu’il y aura
De vrais palmiers sur la terrasse.

Visite à la Ferme


 
Visite à la Ferme


Chanson française – Visite à la Ferme – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
115
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
IV, XVII)

Chez Lamme, on dîne



Dialogue Maïeutique

L’autre jour, dit Lucien l’âne, on a fait ici la version française d’une chanson italienne (La fattoria degli animali), une version qu’on avait intitulée « La Ferme des Animaux ». Est-ce la suite ?

Oh non, pas du tout, se récrie Marco Valdo M.I., et tu le sais fort bien, puisque celle-ci est une chanson de la Légende, un épisode de la Geste de Till. De plus, faux devin, elle ne raconte pas du tout la même chose. C’est forcé, rappelle-toi, nous avions laissé Till, Lamme et compagnie – toute une flotte en vérité – devant Amsterdam. Depuis des jours, Till et son équipage vivaient sur la Brielle prise par le gel au beau milieu du détroit de l’IJ et le temps passant, les vivres vinrent à manquer.

Ohé, ohé !, chante soudain Lucien l’âne. Ohé, ohé, matelot…

Non, Lucien l’âne mon ami, on ne tirera pas à la courte paille pour savoir qui sera mangé, car Lamme se révèle et impose une expédition à terre pour s’emparer de la ferme du félon afin de réapprovisionner la flotte entière. Till décide de prendre la tête de ce raid. On en était resté là.

De ça, je me souviens, déclare Lucien l’âne, et je brûle de connaître la suite ; d’autant, si je m’en souviens bien qu’il est aussi question d’aller châtier ce traître, le dénommé Slosse, qui avait vendu des Gueux aux Espagnols ; des Gueux que les Espagnols avaient décapités sur le marché aux Chevaux du Petit Sablon à Bruxelles, un jour en plein midi.

Exactement, dit Marco Valdo M.I., la Visite à la Ferme commence là, quand le commando s’élance dans la nuit et s’empare de la ferme, du fermier, des autres gens, de vivres et du bétail. Il fait également main basse sur le trésor (dix mille florins, une fortune !) du délateur. Puis, ils ramènent le tout au bateau. Voilà pour l’action.

Pour de l’action, s’exclame Lucien l’âne, on peut dire qu’il y a de l’action. Aller-retour en pleine nuit, un vrai rezzou. Mais tu voulais ajouter quelque chose ?

Bien sûr, assure Marco Valdo M.I. sans acrimonie, et merci de me le rappeler. Je voulais une fois encore attirer ton attention sur la métamorphose de Lamme, qui soudain devient non pas un scarabée, mais un chef, un maître, par la grâce de la cuisine. Non seulement, au nom de son engagement à nourrir l’équipage, il impose à Till son autorité en imposant cette razzia du la ferme, mais ensuite, de son propre chef, il organise la célébration de sa victoire en une fête de cuisine.

« Demain, tous ensemble, chez Lamme, on dîne. »

Oui, poursuit Lucien l’âne, on est loin du Lamme, pleutre et pleurnichard, qu’on a connu au début de la Geste. Voyons ça et puis, tissons le linceul de ce vieux monde lâche, pleutre, traître, veule, félon et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



« Silence les Gueux ! Sans parler, sans chanter,
Sans bruit, filons tout droit à l’étoile. »
Les fins patins de fer griffent la glace.
« Qui tombe se relève !, dit Till. Venez ! »

Pas une ombre humaine sur le sol gelé,
Pas un oiseau ne frémit dans l’air léger,
« Les chiens de la ferme ont aboyé.
Déchaussez vos patins, on est arrivés. »

Till frappe le portail du grand heurtoir,
À l’étage, une fenêtre s’ouvre dans le noir.
« Qui va là ? », « Messager d’Albe ».
La porte s’ouvre. Vingt Gueux entrent.

Till dit : « Slosse, traître batelier
Qui en embuscade fit tomber
Dix-huit Gueux, l’autre printemps,
Paie à présent le prix du sang ! »

« Ô Gueux ! Votre pitié, votre pardon !
Je ne savais, j’ignorais
Le sort qui les attendait. »
« Où caches-tu le salaire de l’espion ? »

« Je n’ai pas cet argent, je n’ai plus cet or. »
D’une planche, un pot à fleurs tombe alors ;
Ducats et florins roulent à terre en tintant fort.
« Tiens, le voilà revenu, le trésor ! »

Et Slosse tempête et hurle « Aux voleurs ! »
Valets et servantes viennent au secours.
Les Gueux garrottent les hommes en un tour ;
Les femmes, en linge, sanglotent de peur.

Plus tard, tous repartent vers les bateaux,
Poussant les traîneaux chargés de tonneaux,
Pourchassant par les cornes, par les naseaux,
Bœufs, cochons, moutons, chevaux.

Mettez les ceintures aux vaches et aux veaux,
Tirez les poulies, hissez bien haut !
Les pigeons dans les paniers roucoulent,
Dans les cages, caquètent chapons et poules.

Dans la cale, oies et poulardes seront mieux.
Je suis le Maître Queux ! Vive les Gueux !
« Demain, dit Lamme, sera musique de cuisine ;
Demain, tous ensemble, chez Lamme, on dîne. »

mercredi 5 décembre 2018

Il est né le divin Enfant


Il est né le divin Enfant

Chanson française – Il est né le divin Enfant – Jean Yanne – 1982



Il est né le divin enfant





Ah ! Lucien l’âne mon ami, aujourd’hui, je m’en vais te rapporter une fable. Non pas une fable d’Ésope ou de La Fontaine, emplie d’animaux et de proverbes, mais une fable en quelque sorte humaine. Une fable dont les personnages sont des êtres humains et bien évidemment, comme dans toutes les fables, des personnages inventés.

Voilà qui est intéressant et somme toute, qui nous rendra justice à nous les animaux. Mais, dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, n’appelle-t-on pas habituellement ce genre de récits des contes.


Bien évidemment. Les contes sont des fables où les personnages sont des humains. Ainsi en va-t-il des célèbres contes des mille une et une nuits. Donc, je précise : une fable du genre particulier appelé généralement « conte ».


En fait, fables ou contes, ce sont des histoires où il faudrait indiquer en préambule : « Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé… » Tu connais le texte habituel.




Certes, mais ce n’est pas exactement ça. Contes ou fables, il est essentiel de bien indiquer qu’il s’agit de pures inventions, de pures créations, même si comme c’est le cas ici, l’auteur est anonyme ou inconnu. Les contes ont toujours servi à mille choses et particulièrement, à dire ce qui ne peut être dit ouvertement. En clair : quand placé sous une chape de plomb ou face à une dictature avouée ou insidieuse (ici, pour Jean Yanne, il s’agit de mettre en cause le conformisme religieux de la bonne société, dont on sait qu’il est une dictature du genre insidieux et de plus sournoise) le poète, l’auteur, l’écrivain, l’artiste, le penseur, le philosophe, l’homme engagé ne peut dire la vérité, connaissant par avance le sort qui l’attend : La Vérité ; il suffit de voir ce qu’il advient des mécréants quand les religieux sont au pouvoir ou même simplement, en majorité ; ce qui se vérifie partout dans le monde et dans l’histoire. Le conte est un message crypté. Donc pour en revenir à notre chanson et plus précisément, à notre cantique – un cantique du 18 ou 19ième siècle, on ne sait trop – réinterprété par Jean Yanne. Ce cantique fort populaire au demeurant est resservi d’année en année au repas de Noël à la sauce Tino Rossi, sur les radios bien-pensantes; pour la clarté des choses, je te rappelle le texte intégral :

« Il est né le divin enfant
Jouez hautbois, résonnez musettes
Il est né le divin enfant
Chantons tous son avènement.

Depuis plus de quatre mille ans
Nous le promettaient les prophètes,
Depuis plus de quatre mille ans
Nous attendions cet heureux temps.

Il est né le divin enfant
Jouez hautbois, résonnez musettes
Il est né le divin enfant
Chantons tous son avènement.

Ah! qu’il est beau, qu’il est charmant,
Ah! que ses grâces sont parfaites,
Ah! qu’il est beau, qu’il est charmant,
Qu’il est doux, ce divin enfant.

Il est né le divin enfant
Jouez hautbois, résonnez musettes
Il est né le divin enfant
Chantons tous son avènement.

Une étable est son logement,
Un peu de paille est sa couchette,
Une étable est son logement,
Pour un Dieu quel abaissement!

Il est né le divin enfant
Jouez hautbois, résonnez musettes
Il est né le divin enfant
Chantons tous son avènement.

O Jésus, ô roi tout puissant,
Tout petit enfant que vous êtes,
O Jésus, ô roi tout puissant,
Régnez sur nous entièrement.

Il est né le divin enfant
Jouez hautbois, résonnez musettes
Il est né le divin enfant
Chantons tous son avènement. »

Ce cantique, je le connais, tu parles, mon ami Marco Valdo M.I. Déjà qu’il est lui-même une parodie de cantique, le texte est aussi délirant que l’ironique interprétation qu’en fera un siècle après Jean Yanne. D’ailleurs, n’était son existence ancienne, on pourrait croire que lui aussi a été écrit par Jean Yanne. J’ai d’ailleurs longtemps cru que c’était une blague, mais j’ai bien dû déchanter : c’était réellement un cantique. Le pire, c’est que j’ai dû le subir un nombre considérable de fois quand ils me réquisitionnaient pour jouer l’âne dans leurs crèches ; c’est un sommet du kitsch cathoromain. Ce n’est pas un hasard, si « Noi, non siamo cristiani, siamo somari ».

Tu remarqueras que dans la chanson, Jean Yanne prend le parti de l’âne et dénonce le sort qu’on lui fait subir. Et puis, Jean Yanne devait lui aussi en avoir par-dessus la tête de cette siroperie ecclésiastique et il l’a passée au moulinet du reggae ; cette fois, il a encore eu recours à la parodie, à un « à la manière de ». Ici à la manière du Gainsbourg de Aux armes ; choristes y comprises. Avant d’aller plus loin, il faut quand même signaler que comme beaucoup de chansons de Jean Yanne, celle-ci avait été composée pour le film Deux Heures moins le Quart avant Jésus-Christ, dont elle était la conclusion .Le résultat est détonant et rebondit dans notre temps contemporain : la télé est là et surgit au dernier couplet le conflit absurde qui se déroule dans le pays où se déroula la vie de Brian, film des Monty Python (1979) avec lequel il a une certaine parenté, c’est-à-dire en Galilée-Palestine-Israël-Judée, etc.


J’aime beaucoup cette canzone, ce cantique qui est finalement un beau conte et les beaux contes sont mes bons amis. Quant à nous, reprenons notre tâche, dans cette Guerre de Cent Mille Ans – réelle celle-là, et tissons le linceul de ce vieux monde engoncé dans ses crédulités, malade de ses croyances, bigot, infantile et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Il est né le divin enfant,
Jouez transistors, résonnez cassettes !
Il est né le divin enfant,
Magnétoscopons cet événement !
(Choristes : Il est né le divin enfant)

Le père vivait bien tranquille,
Bon ouvrier, bon artisan, (Choristes : Il est né le divin enfant)
C’était le meilleur de la ville
Pour faire les tables et les bancs. (Choristes : Il est né le divin enfant)
Tôt le matin dans son échoppe,
Avec le bois de l’olivier, (Choristes : Il est né le divin enfant)
Par le rabot, par la varlope,
Il ennoblissait son métier. (Choristes : Il est né le divin enfant)

Il est né le divin enfant,
Jouez transistors, résonnez cassettes !
Il est né le divin enfant,
Magnétoscopons cet événement !
(Choristes : Il est né le divin enfant)

L’histoire est simple et plutôt belle ;
Un jour, il rencontre Marie, (Choristes : Il est né le divin enfant)
Jeune et jolie, douce et fidèle,
Il veut lui consacrer sa vie. (Choristes : Il est né le divin enfant)
Le voilà déjà qui installe
Meubles et tapis dans sa maison, (Choristes : Il est né le divin enfant)
Il repeint les murs de sa salle
Et met des plumes aux édredons. (Choristes : Il est né le divin enfant)

Il est né le divin enfant,
Jouez transistors, résonnez cassettes !
Il est né le divin enfant,
Magnétoscopons cet événement !
(Choristes : Il est né le divin enfant)

Dans leur bonheur, un ange passe
Et dit à Marie étonnée : (Choristes : Il est né le divin enfant)
Je vous salue pleine de grâce
Et vous annonce un héritier (Choristes : Il est né le divin enfant)
Qui va naître sans toit, sans âtre,
Sans draps, sans berceau, presque nu, (Choristes : Il est né le divin enfant)
Près d’un bœuf que l’on va abattre,
Et d’un âne qu’on a battu. (Choristes : Il est né le divin enfant)

Il est né le divin enfant,
Jouez transistors, résonnez cassettes !
Il est né le divin enfant,
Magnétoscopons cet événement !
(Choristes : Il est né le divin enfant)

C’est bien ainsi qu’en Palestine,
La face du monde a changé ; (Choristes : Il est né le divin enfant)
Qu’on prévienne les magazines
Et le journal télévisé. (Choristes : Il est né le divin enfant)
Sur la paille d’une cabane
Et sous le ciel de Galilée, (Choristes : Il est né le divin enfant)
Ce jour entre le bœuf et l’âne,
Un petit enfant juif est né. (Un petit enfant juif est né)

Il est né le divin enfant,
Jouez transistors, résonnez cassettes !
Il est né le divin enfant,
Magnétoscopons cet événement !
(Choristes : Il est né le divin enfant)
(Choristes : Il est né le divin enfant)
(Choristes : Il est né le divin enfant)


mardi 4 décembre 2018

LA FERME DES ANIMAUX

LA FERME DES ANIMAUX


Version française – LA FERME DES ANIMAUX – Marco Valdo M.I. – 2018
Chanson italienne – La fattoria degli animaliAssemblea Musicale Teatrale – 1978








Le vent des ans ’70 souffle encore sur une Italie qui semble très éloignée de celle d’aujourd’hui, même si beaucoup de problèmes restent plus ou moins inaltérés, comme les guerres qui frappent le monde et les diverses fermes de Monsieur Jones dispersées dans les continents avec les mêmes logiques d’exploitation et de profit toujours sur le dos des plus faibles, naturellement. Et l’écho du livre de George Orwell continue à retentir dans la réalité, quotidiennement. Les noms et les modalités changent, mais les activités contre la vie de l’homme restent pareilles. Et alors résister et lutter pour améliorer la vie de tous reste l’unique programme vraiment valide.


Dialogue Maïeutique


Celle-là, je la connais fort bien, dit Lucien l’âne. La Ferme des Animaux, j’y suis allé voir mon cousin et j’en ai gardé le souvenir impérissable de ce qui arrive à ceux qui pensent pouvoir changer le monde en prenant le pouvoir. Patrick Font, qui chante La Vieille[[57413]], disait dans un mémorable discours pour les législatives françaises de 1978, précisément l’année de cette chanson – La fattoria degli animali, qu’il ne voulait
« pas le pouvoir pour le pouvoir,
mais le pouvoir pour pouvoir pouvoir ».


D’autant plus que la plus intéressante formule de cette parabole orwellienne est une création de l’âne, un de mes lointains cousins à qui je l’avais enseignée. Elle dit : « Tous les animaux sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres ». Ces derniers sont évidemment les cochons ; après, il y aura les chiens et ce sera pire encore.


Donc, Lucien l’âne mon ami, tu sais clairement de quoi il s’agit et tu conviendras comme moi que c’était une bonne idée d’en faire une chanson. Bien sûr, la situation décrite par cette ferme ne peut en aucun cas être comparée à ce qui se passe dans nos sociétés et l’animalisme, qui est le régime de la ferme des animaux, ne saurait être confondu avec les grands « ismes » de notre temps. Comme par exemple, le libéralisme.


Cependant, Marco Valdo M.I., il me paraît que dans la lignée de ce philosophe d’Orwell, on pourrait rappeler ce paradoxe :


« Le capitalisme, c’est l’exploitation de l’homme par l’homme ;
le communisme, c’est l’inverse »


et à mon sens, pour ce qu’on en a vu jusqu’ici, ce n’est pas faux.


Tu dis juste, Lucien l’âne mon ami et d’ailleurs, j’ai toujours eu l’idée que cette fable s’appliquait autant à l’un qu’à l’autre de ces modes de domination. En fait, ce conte moral ou politique, comme on voudra, me paraît être assez inspiré des fabulistes anciens et singulièrement, de ces grenouilles qui demandaient un roi que racontait La Fontaine et dont le conseil aux grenouilles, après remplacement du roi débonnaire par un roi plus autoritaire, est :


« De celui-ci contentez-vous,
De peur d’en rencontrer un pire. »


Et avant de te laisser conclure, je voudrais revenir un instant sur la conclusion de la chanson, qui intéresse spécialement la question de la guerre, qui dit :


« Chacun en arrive sans hésitation
À se demander pourquoi sans patron,
On s’entretue encore
À la guerre. »
et dire qu’à mon sens, c’est que quel que soit le système d’État et quelle que soit la nation ou la religion, il y a toujours – dans les sociétés que nous connaissons – un patron ; qu’il soit un dictateur (c’est le plus simple), un conglomérat, un comité central, un congrès, un comité, une assemblée, un gouvernement, un président, un conseil d’administration, une église, un prophète, un directeur, un chef d’atelier, un chef de bureau, un officier, peu importe, pour l’homme, c’est toujours un pouvoir.


Effectivement, dit Lucien l’âne, moi ce qui m’est toujours venu en tête et à travers tous les âges, c’est que l’âne ou l’homme, le vrai problème avec le pouvoir, c’est le pouvoir lui-même, qu’il soit en des mains individuelles ou collectives. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde dominateur, libéral, socialiste, communiste, religieux et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


La ferme des animaux
Laisse un vide derrière soi
Comme dans les yeux de toute bête qui travaille.
À peine réussit-on parfois
À se demander pourquoi
Sans patron, on se tue encore à la guerre.

La ferme des animaux,
Dans une fureur du pouvoir populaire,
Brûlant tous les trophées et les cotillons,
A jeté Monsieur Jones à la porte,
Car elle en avait marre de se faire rudoyer
Et retrouva le goût de la juste appropriation
De ce que le patron
Tous les jours lui a volé.

La liberté se mélangeait à la conscience
Du péril qu’il s’en revienne
Et la peur qu’il resurgisse
Poussait les animaux à se rapprocher
Et les a convaincus de s’organiser.
Ainsi, sous la conduite provisoire
D’un gouvernement de cochons,
Tous travaillèrent à la collective accumulation.

Il peut sembler étrange, mais il est prouvé
Presque scientifiquement
Que le suidé est fait pour diriger.
La ferme des animaux reconnaissante
A remercié
L’intelligentsia pour ce service éminent.

Et par son travail, on produit chaque jour
La part des cochons qui toujours
S’empressent de hurler : « Travaillez
Si vous ne voulez
Pas que le patron revienne un jour ! ».

Et le pouvoir provisoire
Employa à titre transitoire
Deux chiens policiers
Pour confisquer autoritairement
Les oeufs de Cococò la poule
Qui ne voulait pas voir cuire ses enfants.

On cassa les œufs dans la gamelle
Du cochonnet qui s’écrie :
« Quelle stupide bête de basse-cour,
L’échange de marchandises
Avec les amis du terrible monsieur Jones
Est seulement un moyen pour l’avoir moins hostile,
Cette poule est un espion trotskiste
Ou précapitaliste qui ne comprend pas
Le sens historique de donner pour aider notre État
Ses enfants en sacrifice ».

De là, la vieille histoire
La laide histoire des errements,
Plans quinquennaux, guerre froide, purges,
Qui provoquèrent le désastre
Dans les fermes voisines,
Les répressions par les patrons ou les cochons.
De là, la vieille histoire
comme il y en eut tant et tant
Des tentatives des races dominantes
Pour masquer la prétendue
Science de la foi
À la bête de cour qui croit.

Mais le dirigeant n’est pas mis en discussion
Et moins encore le scientifique, bien sûr
Même les camarades les plus durs
Hurlent : « À bas les hommes et les cochons,
Essayons avec les plans ou avec les kangourous ».
La ferme des animaux
Laisse un vide derrière elle
Dans les yeux de toute bête qui travaille.
Chacun en arrive sans hésitation
À se demander pourquoi sans patron,
On s’entretue encore
À la guerre.