samedi 4 novembre 2017

LE LAVEUR DE PAREBRISES

LE LAVEUR DE PAREBRISES

Version française – LE LAVEUR DE PAREBRISES – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson italienne – Il lavavetriNuvole Pesanti – 2004
Texte de De Siena
Musi
que de De Siena-Sirianni-Voltarelli



Comme la chanson s’intitule « Le laveur de parebrises », il m’est venu à l’esprit l’idée qu’il fallait préciser en commençant que le laveur de parebrises, qu’il vaudrait mieux appeler le barbouilleur de parebrises, est de ces personnages de nos sociétés urbaines ; c’est une figure récente de l’imaginaire collectif.

Forcément, dit Lucien l’âne en riant, il n’y a pas si longtemps qu’il existe des parebrises automobiles.

Certes, reprend Marco Valdo M.I. ; donc, le laveur de parebrises surgit d’un coup devant les autos à l’arrêt au carrefour pendant la durée calibrée des feux de signalisation. Il se déroule alors une scène que raconte la chanson. D’un côté (du parebrise), l’automobiliste coincé à son volant dans son cocon d’acier et de verre, l’œil rivé sur le sémaphore et les pieds en suspension dans le vide au-dessus des pédales. Il est extrêmement concentré tant il ne pense qu’à ça. De l’autre côté du parebrise, juste en face de lui, le laveur de parebrises avec un torchon humide, une éponge, parfois une raclette, qui s’efforce de laver le parebrise et par cela-même, de forcer l’automobiliste à un petit geste de rétribution.L’ensemble est plutôt symbolique et rituel, car comme je l’ai déjà signalé, pour ce qui est de laver le parebrise, l’opération est généralement assez inefficace. Il y a là un moment de tension, dans la mesure où l’automobiliste n’a pas vraiment envie que l’on « nettoie » son parebrise.

En effet, dit Lucien l’âne, j’ai déjà assisté à de pareils affrontements, qui peuvent devenir très dramatiques, au moment où le feu passe au vert ; à ce moment, l’auto s’élance sans trop se préoccuper du laveur de parebrises. C’est un ballet mortel, un peu comme la tauromachie. Dan l’idéal, on peut imaginer que de tels moments pourraient être moins tendus si les automobilistes reprenaient leurs esprits.

Oui, Lucien l’âne mon ami, même furtif, ce serait un moment sympathique entre deux êtres humains et tout pourrait se présenter comme un instant de détente pour l’automobiliste et une rencontre conviviale avec le laveur. Un peu comme l’échange du matin avec le marchand de journaux, le garçon de café, la boulangère, le facteur, le chauffeur de bus, que sais-je encore. Mais là aussi, de nos jours, les choses finissent par se gâter. On parle d’heure, de ponctualité, de presse, de stress, de burn-out. Toutefois, outre qu’il entrave la marche de l’automobile, le laveur de parebrises est marqué d’un signe pire encore que tous les autres, il est auréolé de soupçon. Vois-tu, Lucien l’âne, les gens pensent : c’est un étranger, un immigré, un migrant, un clandestin peut-être, un sans-papiers, un sans domicile, à tout le moins, une sorte de mendiant. D’ailleurs, il ne travaille pas ; en tout cas, il n’exerce pas une profession respectable. Dès lors, on le méprise, on se méfie et que fait la police ? Dans la tête des automobilistes aux autos rutilantes, aux machines dont le prix nourrirait le laveur de parebrises pendant des années, ce n’est jamais qu’un de ces faquins des temps anciens. Pour un peu, ils l’assimileraient aux moustiques qui collent sur le parebrise de leur véhicule.

Oh, dit Lucien l’âne, je l’entends encore ce mot faquin qui avait tout l’air d’une apostrophe infamante, d’une insulte.

Cependant, continue Marco Valdo M.I., la chanson se place à un autre niveau. Elle raconte cette aventure urbaine du point de vue de l’acteur ; elle nous dévoile ce qui se passe pour le laveur, dans la tête du laveur. Si le but pour ce dernier est de décrocher un peu d’argent (Faut bien qu’il vive ! Olé !), cet objectif précis et immédiat de son action ne l’empêche pas de se garder à l’écart de ce jeu social, une zone de vie personnelle :

« Il voyage dans sa tête,
Il se réfugie dans son enfance
Quand alors encore son avenir
Était le bonheur.
Le bonheur ! »

C’est ce qui le sauve, comme ce recul hors du monde afin de se retrouver soi-même et de résister ainsi à la pression quotidienne sauve le prisonnier.

Tout comme nous le faisons nous aussi, les ânes quand on nous réduit aux travaux forcés, dit Lucien l’âne. Maintenant, voyons cette histoire singulière et puis, reprenons notre tâche volontaire et tissons le linceul de ce vieux monde inégal, inéquitable, injuste, méprisant, méprisable et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I et Lucien Lane



Avec dans la main l’éponge
Et la mousse dans l’éponge,
Il a dans les yeux le parebrise
De cette auto qui arrive
Et ensuite s’en ira.
Appuyé
au poteau,
Il met
ses rêves dans son seau.
Comme un chat, il s’approche
Du moteur et il se réchauffe
Et ensuite
s’en va.

Et il lave lave et lave lave
Les vitres de cette voiture officielle
Qui maintenant est à l’arrêt au rouge
Et dans un instant sera déjà lointaine.

Il lave les vitres et il est content ;
Il n’a cure pour le moment
De ce travail idiot,
De ce
lui qui fait « no »
Et ensuite va partir.
Il voyage dans sa tête,
Il se réfugie dans son enfance
Quand alors encore son avenir
Était le bonheur.
Le bonheur !

Et s’ouvre s’ouvre la fenêtre
Et lentement la main,
petite
Fait tomber une pièce, petite
Premier euro du laveur de parebrises 

Mais une violente et soudaine
Averse de saison est là,
Lave les yeux du laveur de parebrises,
Lui chuchote des choses étranges,
Et ensuite
s’en va.

Et il lave lave et lave lave
Le cœur de cet homme en bleu
Accroché maintenant à ses privilèges
Et dans un instant ou deux,
Déjà sera tombé.
Olé !


vendredi 3 novembre 2017

L’indépendance catalane vue d’une réserve indienne de Wallonie

L’indépendance catalane 

vue d’une réserve indienne de Wallonie




LE SAC D’ANVERS PAR LES ESPAGNOLS
1576




Dans cette affaire de l’indépendantisme catalan vue de la réserve indienne de Wallonie, l’analyse qu’on peut en faire en l’état (de siège) actuel est la suivante :

Posons certains jalons historiques :
Les Catalans ont été conquis et colonisés par la Castille (qui comme dit justement Boby Lapointe, n’est pas l’Aragon), comme d’autres régions et peuples en Ibérie et de par le monde.
Comme d’autres régions et peuples, les Catalans entendent bien se libérer de l’occupant et en ça, ils ont raison.
On se souvient encore ici du passage des Espagnols dans nos régions : massacres, guerres, bûchers, répressions et ruines. Certes, il a fallu du temps pour s’en débarrasser, c’était au XVIIième siècle, mais on ne l’a pas oublié.
Ce fut également le cas de très nombreux peuples et régions dans le monde, où les victimes se comptèrent par millions.
Actuellement se pose la question des possessions « espagnoles » sur le territoire de l’Ibérie. Leur destin est sans doute similaire ; elles vont de plus en plus s’autonomiser jusqu’à l’indépendance et l’égalité entre toutes régions.
Récemment, le gouvernement espagnol (c’était déjà le sinistre barbeau actuel) a réduit les avancées autonomes de la Catalogne. C’était une erreur ; il persiste, c’est une faute.
Pour les derniers événements, contrairement à certaines analyses, pour les indépendantistes catalans – qui jouent leur indépendance bien au-delà de l’actualité, qu’ils en soient conscients ou non – c’est déjà une réussite.
Les Catalans ont réussi à sortir la question catalane du réduit espagnol et à ouvrir des voies d’avenir, même et surtout, si on les met en prison. La répression est le meilleur renfort que peut avoir le goût de l’indépendance dans le cœur et la détermination des gens de Catalogne.
La volonté d’indépendance des Catalans (et non des Espagnols qui vivent en Catalogne, dont la situation est assimilable à celle des colons) est à présent connue du monde entier et il est évident que la répression madrilène, nationaliste et franquiste, a montré son vrai visage.
Pour les Catalans, le reste n’est plus qu’une question de temps.

Cela dit, rien ne nécessite un État national pour que vivent en coopération, solidarité et amitié le mineur asturien, le paysan andalou, l’ouvrier basque, l’intellectuel catalan, l’employé madrilène, etc. Ça s’était déjà produit, c’était la République espagnole.
Dans les faits, les régions s’en tirent généralement mieux lorsqu’elles peuvent contrôler leur développement en Espagne comme ailleurs.
Quant à cet argument de la « crise économique et sociale », il a toujours été un moyen pour mépriser et faire mépriser les revendications autonomistes, avec sous-bassement libertaire, des populations. Les camarillas, les castes en place n’aiment pas perdre leurs privilèges.
S’il y a crise (quelle crise ? Selon les sirènes des puissants, on vit dans une crise éternelle et on connaît l’origine de cet état endémique de nos sociétés, qui est juste le résultat de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres pour assurer leur domination, protéger leurs privilèges, accroître leurs richesses) économique et sociale en Espagne, on ne saurait l’imputer aux dirigeants récents de la Catalogne. L’effondrement espagnol est dû au retard catastrophique de la Grande Espagne (traduisez : l’Espagne aux mains des Grands d’Espagne et de leurs affidés – ceux qui ont capté le pouvoir central à Madrid et veulent à tout prix le maintenir et le conserver), qui a vécu en vieille douairière et continue à le faire en consumant les rentes qu’elle tire des possessions – celles qui lui restent encore.

Maintenant, comme on habite tous le territoire du continent européen, la meilleure voie pour nous tous est la fin des États cacochymes qui craquent de partout et la mise en place d’une véritable Europe plus décentralisée, plus régionalisée et plus fédérale.
Là aussi, ce n’est plus qu’une question de temps.


Pour ce qui est de la réserve indienne de Wallonie, nous on ferait bien comme les Catalans.

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


jeudi 2 novembre 2017

COMPLAINTE POUR LES SEPT CENTS

COMPLAINTE POUR LES SEPT CENTS

Version française – COMPLAINTE POUR LES SEPT CENTS – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson italienne – Ninna Nanna ai SettecentoCompagnia Daltrocanto – 2017




La guerre, l’avidité d’argent et de pouvoir, la prévarication de l’homme sur l’homme. Ce sont des réalités terribles qui aujourd’hui forcent beaucoup à abandonner leur terre à la recherche d’un futur meilleur, disposés à risquer leur vie « Parmi les vagues et les peurs, les rêves et les courants ». Et alors, face à la désespérance, face à la négation de l’espoir, le risque de se trouver toujours « Qui dorment sous la mer et dans ses châteaux » devient tout à coup un poids supportable.
Voici la triste réalité quotidienne que nous avons essayé de raconter dans notre dernier travail, en y mettant tout notre cœur et notre amour pour la vie. Afin que dans les châteaux de la mer, ne doive jamais plus dormir personne…


Dialogue maïeutique


Voici donc, Lucien l’âne mon ami, une « ninna nanna », encore une « ninna nanna », mot, concept désignant une sorte de chanson et que mon dictionnaire traduit généralement par le mot français « berceuse » et j’avais d’ailleurs intitulé ma version « Berceuse pour les Sept Cents ». Cependant, après avoir établi la version française définitive de cette canzone, j’ai modifié le titre pour mieux rendre le sens du texte en « Complainte pour les Sept Cents ».

Je vois ça, dit Lucien l’âne, mais j’aimerais que tu m’expliques le pourquoi de ce revirement.

Je m’en vais accéder à ta demande, répond en souriant Marco Valdo M.I., à l’instant. Mais avant ça, je voudrais faire une parenthèse à propos de la « ninna nanna » comme genre particulier de la canzone ; car si à l’origine, la « ninna nanna » est une berceuse destinée aux enfants que l’on met à dormir et donc, en clair, une chanson pour enfants, tout comme pour la bande dessinée, elle a été utilisée comme genre musical particulier et spécifiquement, par dérision ou par antonymie, dans le domaine de la chanson adulte comme pamphlet, épigramme ou satire politique ou sociale.

Si je me souviens bien, Marco Valdo M.I., tu avais toi-même utilisé une berceuse célèbre pour ta chanson « La troisième Guerre », reprenant une comptine utilisée par Mozart pour une série de variations, connue sous le titre « Ah, vous dirais-je, maman ! » et également en langue française : « Quand trois poules vont aux champs ».

Évidemment, Lucien l’âne mon ami, les ânes ont une très bonne mémoire et meilleure que la mienne, car je ne me souvenais plus du titre de cette comptine mozartienne revisitée. Maintenant, pour en revenir au pourquoi, je te dirai d’abord qu’il faut se souvenir que je ne découvre véritablement le sens des chansons qu’au moment où j’en ai fini la traduction, que lorsque je peux en lire la version en français. Comme je l’ai déjà souvent signalé, si je traduis, c’est d’abord pur comprendre. Ceci dit, ce que j’en comprends est forcément personnel et peut être assez différente de ce qu’un autre pourrait en dire.

Oh, dit Lucien l’âne en hochant le front, il n’y a rien là de gênant. Au contraire, c’est un des effets de la polysémie et voir les choses sous divers angles st plutôt une bonne chose. Mais dis-moi, la chanson que raconte-t-elle ? Pour comprendre vraiment le sens, Lucien l’âne mon ami, il faut tenir compte du titre « Complainte pour les 700 », car cette ninna nanna de berceuse a glissé vers la lamentation et de ce quatrain qui revient et revient par un tempo obsessionnel pour marquer le vrai sens :

« Maintenant dors mon enfant chagrin !
Que demain, la lumière du matin
Efface tout signe du mal du monde
Et éloigne de toi ce navire. »

Vois-tu, mon ami l’âne Lucien, tout tourne autour de ce naivre, qui n’est autre qu’un de ces navires, bateaux, rafiots, radeaux qui transportent des réfugiés vers l’Europe,
une sorte de « Radeau de Lampéduse ».

Ça se pourrait, dit Lucien l’âne. En attendant, nous autres, nous allons reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde triste, malade, mercantile, mortifère et cacochyme.

Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Il y a sept cieux par-dessus notre terre,
Bernée et blessée par cette guerre,
Sept étoiles de la Petite Ourse,
Sept notes de ma tristesse.

Et sept mers caressées par les vents.
Parmi les vagues et les peurs, les rêves et les courants,
Sept cents sont mes fils les plus beaux
Qui dorment sous la mer et dans ses châteaux


Maintenant dors mon enfant chagrin !
Que demain, la lumière du matin
Efface tout signe du mal du monde
Et éloigne de toi ce navire.


Maintenant dors mon enfant chagrin !
Que la lumière du matin demain
Efface tout signe du mal du monde
Et éloigne de toi ce navire.


Sept diamants dans mes yeux de femme,
Sept crevasses dans cette colonne,
Sept épines qui frappent mon ange
Et font saigner mon cœur de mère.

Maintenant dors mon enfant chagrin !
Que la lumière du matin demain
Efface tout signe du mal du monde
Et éloigne de toi ce navire.


Maintenant dors mon enfant chagrin !
Que la lumière du matin demain
Efface tout signe du mal du monde
Et éloigne de toi ce navire.


dimanche 29 octobre 2017

LES ÉTOILES S’EN FOUTENT

LES ÉTOILES S’EN FOUTENT
Version françaiseLES ÉTOILES S’EN FOUTENT – Marco Valdo M.I.2017
Chanson suédoise – Stjärnorna kvittar det lika - Tor Bergner – s.d.





Tor Bergner (1913 – 1990) était un poète, chanteur et acteur suédois.



Dialogue maïeutique

Ah, dit Lucien l’âne, voilà un titre qu’on comprend sans difficulté, tellement il est plein de vérité. Cependant, il est tellement vrai qu’il demande quand même certaines précisions ; car il peut s’appliquer à peu près à tout.

Certes, « les étoiles s’en foutent », c’est le point de vue de Sirius, comme on dit chez nous, répond Marco Valdo M.I. et les étoiles se foutent complètement de ce qui concerne la vie de l’un d’entre nous et même, de nous tous, ancêtres et descendants compris. Elles se foutent aussi complètement de nos guerres, de nos crises, de nos catastrophes tout autant que de nos réussites, de nos paix et de nos bonheurs. Quant à nos amours, même s’il y a des étoiles dans les yeux des amoureux, les vraies, les grandes, les lointaines s’en tapent comme de leur première étincelle, laquelle a dû se produire généralement, il y a quelques milliards d’années, au moins. Et si elles nous voient, ce qui est de la plus extrême improbabilité, ce serait après plus de deux fois cette durée ; quand je dis nous, je veux parler au minimum du système solaire tout entier ou plus sûrement, de la galaxie. Et nous, poussières d’étoiles, que dis-je, événements minusculissimes et instantanissimes, nous donc, ce nous individu ou collection d’individus humains, on n’atteint même pas la taille et la durée d’une particule élémentaire, telle que peut en imaginer le chimiste ou le physicien. On est tout bêtement des riens imperceptibles, même pas du néant – car lui, on peut le percevoir à l’échelle des étoiles et même, ce sont elles qui baignent dedans.

Mais où tu vas, Marco Valdo M.I. mon ami. Où tu m’entraînes, dis ? C’est la chanson qui raconte tout ça ?

Pas vraiment, Lucien l’âne mon ami, mais si on extrapole, sans doute que oui. Il aurait fallu interroger son auteur, mais il est parti pour les étoiles depuis un certain temps et je ne suis pas sûr de pouvoir le rattraper. Enfin, c’est très conforme au titre et à la fin de la chanson :

« Mais les étoiles s’en foutent,
Qu’on vive ou qu’on meure. »

M’est avis, Marco Valdo M.I. mon ami, que ce Suédois pensait en athée, car s’il eût été croyant, il aurait dit tout simplement : Dieu, les dieux… s’en foutent qu’on vive ou qu’on meure. Et même cette façon de dire l’aurait rangé dans les descendants d’Épicure. Cela dit, il nous faut retourner à notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde minusculissime, brévissime, tristissime, absurdissime et cacochymissime.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



On sait et on entend
Depuis la nuit des temps
Qu’une étoile tombera,
Chaque
fois qu’un homme mourra.

Entre les cris des hiboux,
Le vent glacial crie fort ;
J’entends des loups
Hurler à la mort.

Les veuves, pour de la soupe,
Pour du pain, les enfantspleurent
Mais les étoiles s’en foutent,
Qu’on vive ou qu’on meure.


vendredi 27 octobre 2017

L'HISTOIRE D’ESPAGNE (EXPLIQUÉE AUX ESPAGNOLS)

L'HISTOIRE D’ESPAGNE 
(EXPLIQUÉE AUX ESPAGNOLS)

Version française – L'HISTOIRE D’ESPAGNE (EXPLIQUÉE AUX ESPAGNOLS) – Marco Valdo M.I. – 2017
d’après la version italienne de Riccardo Venturi
d’une chanson catalane – Història d’Espanya (explicada pels espanyols)Brams2014
Texte : Francesc Ribera
Musique : Xevi Vila





Hégésippe Simon

LE PRÉCURSEUR


Une « histoire de l’Espagne » ironique des origines à nos jours, avec des moments très significatifs comme lorsque les habitants originaires du continent américain sont si émerveillés par leurs conquérants qu’ils meurent par milliers dans les mines d’or pour se payer le catéchisme et les leçons d’espagnol. Intéressant aussi lorsque le général Franco remporte les élections de 1936 en devenant le fondateur de la démocratie !


Dialogue maïeutique

Évidemment, tout le monde sait que ce n’est pas Franco Bahamonde – Generalísimo Francisco Franco, Caudillo de España por la Gracia de Dios – qui inventa la démocratie, mais bien Hégésippe Simon ; on se souvient encore de l’inauguration de sa statue sur la place principale de la riante commune de Poil, pour célébrer son centenaire le 31 mars 1914, où le grand précurseur de la démocratie qu’était Hégésippe Simon était en effet né à Poil, le 31 mars 1814. Il faut rendre à Hégésippe ce qui lui revient. Répétons-le : l’inventeur de la démocratie n’est pas Franco, c’est Hégésippe. On en fit à l’époque une chanson qui atteste la gloire de ce créateur de la démocratie. Je te propose le refrain de la biographie héroïque d’Hégésippe Simon, le Grand Précurseur de la Démocratie :

« Il fit tout jeune ses débuts politiques
En se faisant sous la Révolution
Guillotiner pour la Grande République.
C’est ce qui fit la gloire de son nom.
Un peu plus tard, cet aigle au cœur de bronze
En quarante-huit se faisait fusiller
Et finalement, c’est en soixante et onze
Qu’il succombait parmi les Fédérés.
Ah ! Ah ! mes bons amis chantons
La gloire d’Hégésippe Simon. »

Il fallait que ce fut dit ; d’ailleurs, le dénommé Franco n’a jamais participé aux élections de 1936 ; là aussi, c’est un imposteur.

C’est bien vrai ça, dit Lucien l’âne en riant.

Maintenant, mon ami Lucien l’âne, il s’agit de se souvenir que c’est une chanson catalane et en ce jour de proclamation de l’indépendance, il importe de plaider pour que sans délai et sans discuter, elle lui soit accordée. Les Espagnols, quoi qu’en pense le barbeau madrilène et son chœur national, ont l’habitude de céder aux demandes d’indépendance et ils ont perdu leur vertu coloniale des dizaines de fois et depuis longtemps. J’en tiens pour preuve ce qui suit. Au fil des siècles, les rois espagnols qui se sont succédés ont dû reconnaître l’indépendance ou abandonner la possession de – je ne retiendrai que les possessions les plus importantes : le Sahara espagnol (1976), la Guinée équatoriale (1968), le Gabon (1900), Malte (1530), la Sardaigne (1718), la Sicile (1735), le Royaume de Naples (1714), Cuba (1898) Porto Rico et les îles Vierges (1898), la Floride (1821), une série d’États d’Amérique du Nord en 1803 (Louisiane, Arkansas, Oklahoma, Missouri, Kansas, Texas, Colorado, Nebraska, Iowa, Dakota, Minnesota, Wyoming, Montana, Alberta, Saskatchewan) la Californie en 1821, Hispaniola (Haïti en 1697 + Saint Domingue en 1865), Vancouver, Colombie britannique, Washington, Oregon, Idaho (1819), les Philippines et Guam (1898), etc.
Alors, une indépendance de plus, qu’est-ce que ça changerait ? Au contraire, l’Espagne se grandirait de choisir d’admettre la liberté et de rejeter ses vieux démons coloniaux du passé. Elle se ferait peut-être même une nouvelle virginité.

Oh, dit Lucien l’âne, la virginité des vierges est une chose miraculeuse.

C’est d’autant plus vrai en Espagne où la vénération pour ces descendantes de Vénus est de plus extrême ; ils ont tué tant de gens en son nom. De plus, la Vierge est censée faire des miracles ; alors, attendons. À propos de miracle, je ne peux m’empêcher de te rappeler l’histoire du rabbin de Bratislava ou de Prague qui avait dû répondre aux comitards locaux du Parti communiste tchécoslovaque (c’était en 1968) inquiets de l’arrivée soudaine de milliers de touristes en chars d’assaut, venus du pays voisin, qui lui posaient avec insistance la question épineuse de savoir quand ces joyeux visiteurs s’en iraient et surtout, comment. Le rabbin, qui n’en menait pas large, réfléchit et répondit. J’ai consulté en haut lieu et Dieu m’a fait connaître deux solutions : une solution normale et une solution miraculeuse. La première, la solution normale est que des milliers d’anges vont descendre du ciel et ramener ces honorables visiteurs chez eux. Ah !, fit le comité. Et la solution miraculeuse, alors ? La solution miraculeuse, dit le rabbin, c’est qu’ils s’en aillent d’eux-mêmes. Comme l’Histoire (encore elle) nous l’a appris, c’est pourtant celle-là qui triompha ; au bout d’un temps, ils s’en allèrent et depuis, ils ne sont jamais revenus. On peut dès lors espérer un miracle espagnol.

Dans le fond, conclut Lucien l’âne, miracle pour miracle, ils ont vraiment gagné un mondial et Saint Bernabéu s’en réjouit encore. Avant de terminer, je voudrais rappeler ce que je disais l’autre jour :

« les Catalans sont des gens patients. Mais quand même, la seule voie raisonnable serait d’accorder leur indépendance à ces gens et puis, ensuite, trouver les arrangements qui s’imposent entre des voisins égaux ; ce serait d’ailleurs absolument indispensable du fait que les territoires sont immobiles. Voilà ce que je peux dire, moi qui ai vu tant de conflits, de luttes de libération. » 

Pour le reste, il nous faut reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde réactionnaire, colonial, franquiste, débile, stupide et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Bienvenue à la conférence magistrale
Sur l’histoire officielle de l’Espagne
Qui dégonflera les fables et les contes malséants
Dont les nationalistes abreuvent les enfants.

Avec l’aide de gens comme Fabra et Bauzá
Pour combattre les mensonges, finalement parviendra
À toutes les écoles, le cours d’histoire
D’Espagne que les enfants devraient savoir.

Trois mille ans d’histoire font de l’Hispania
La nation la plus ancienne du monde, et déjà
Dans les peintures d’Altamira, on voit
Santiago Bernabéu, un tricorne et une tuna.

Les Romains et les Wisigoths sont venus ici
Non en conquérants, mais comme touristes
La Dame d’Elche, qui parlait le valencien
Se mit à l’espagnol, un beau matin.

Mais ce qui est si
Étrange et si confondant,
C’est malgré une si
Grande Histoire, d’Espagne, pourtant,
Certains veulent foutre le camp.

Le roi Jacques, qui était subtil et lapaoparlant
Sans reconquête, chassa de Majorque et du Levant,
Tous les Maures qui étaient venus
Voler le travail des gens du cru.

Plus tard, on a découvert le Nouveau Continent
Et les pauvres de là-bas s’en émerveillèrent tant
Qu’ils moururent par milliers dans les mines
Pour payer les cours d’espagnol et le catéchisme.

Et ainsi, on est devenu l’empire
Où le soleil jamais ne se couche
Et si l’empire a fondu, c’est qu’on n’usa pas
De la force contre ceux qui ne l’aimaient pas.

Quand l’Europe fit sa première révolution industrielle
D’abord, on a fainéanté et puis, on a couru derrière elle
Et on a évolué jusqu’au moment précis
Où Franco a remporté les élections de trente-six.

Franco lui-même est le fondateur
De la démocratie et en détient les droits d’auteur.
Certaines personnes attribuent aux Grecs cette invention,
Mais ce gouvernement du peuple est une perversion.

La démocratie et la monarchie séparément
Nous ont donné un résultat si spécial
Qu’on les a unies expérimentalement.
Et qu’on a gagné le mondial.