dimanche 24 septembre 2017

SI PAS MAINTENANT QUAND ?

SI PAS MAINTENANT QUAND ?


Version française – SI PAS MAINTENANT QUAND ? – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson italienne – Se non ora quando?Primo Levi – 1982
Musique d’Andrea Polini, interprétée l’Orchestra Bequadro





Nous sommes les moutons du ghetto, vous nous reconnaissez ?
Tondus pendant mille ans, à l’offense résignés.
Nous sommes les
tailleurs, les copistes et les voix
F
létries à l’ombre de la Croix.
Maintenant, nous
connaissons les sentiers des bois,
Nous avons appris à tirer, et
nous tirons droit.

Si je ne suis pas pour moi, qui sera pour moi ?
Si pas ainsi, comment ? Et si pas maintenant, quand ?

Nos frères sont montés dans les airs
Par les cheminées de Sobibór et de Treblinka,
Ils se sont creusé une tombe en l’air.
Nous seuls avons survécu
Pour l’honneur de notre peuple perdu,
Pour le témoignage et la vendetta.
Si je ne suis pas pour moi, qui sera pour moi ?
Si pas ainsi, comment ? Et si pas maintenant, quand ?

Nous sommes les fils de David et les obstinés de Massada.
Chacun de nous a en poche la pierre
Qui le front de Goliath brisa.
Frères, fuyons l’Europe des tombes,
Allons ensemble vers la terre
Où nous serons des hommes parmi les autres hommes.


Si je ne suis pas pour moi, qui sera pour moi ?
Si pas
ainsi, comment ? Et si pas maintenant, quand ?

samedi 23 septembre 2017

UN AMOUR DE 750 000 ANS

UN AMOUR DE 750 000 ANS

Version française – UN AMOUR DE 750 000 ANS – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson italienne – 750 000 anni fa…l’amore – Banco del Mutuo Soccorso – 1972
Texte de Francesco Di Giacomo et Vittorio Nocenzi
Musique de Vittorio Nocenzi
Album : Darwin !


Homo Antecessor - La soirée en famille


Mil neuf cent septante-deux, c’était le quaternaire, période Olocene. Textes de Vittorio Nocenzi et de Francesco Di Giacomo, musique de Vittorio Nocenzi. Chant de Francesco Di Giacomo, de Siniscola, Thiniscòle en sarde nuorese, un nom d’origine probablement nuragique. Album : Darwin ! , avec le point d’exclamation. Un album entièrement dédié à l’évolution humaine, à l’évolution physique et psychique dans la préhistoire très lointaine qui, on le comprend de tous les morceaux, annonce l’aujourd’hui sans solution de continuité. Darwin ! est un album qui, dans le presque nouveau-né rock progressif italien, se retrouva d’un coup au sommet du monde, et ce n’est pas une exagération : le Banco del Mutuo Soccorso a été un band progressif parmi les plus grands de toute la planète, et il n’y a pas que moi pour le dire et basta. Le morceau n° 3 du côté B de l’album est cette incroyable chanson, et qu’on comprenne bien que je ne suis pas certainement pas habitué à jouer de l’hyperbole et de l’incroyable. Une histoire d’amour d’il y a septcentcinquantemilleans, et vu que nous sommes précis, la plaine ionienne du Pléistocène Moyen. La plaine s’appelle « Ionienne » car, géologiquement, les sédiments de la période sont particulièrement évidents sur la côte italienne de la Mer Ionienne. 

Il y a septcentcinquantemilleans, selon la science, vivait du côté de l’Atapuerca d’aujourd’hui , en Espagne, des hominidés d’une sorte intermédiaire entre l’Homo Georgicus et l’Homo Heidelbergensis dite Homo Antecessor. Dans le site d’Atapuerca, on a retrouvé environ 80 fragments osseux, parmi lesquels le mieux conservé est une mâchoire appartenant à un individu de dix ans d’âge. Il semble que l’Homo Antecessor était plutôt robuste, avec une taille entre 1,60 m et 1,80 m, et un poids qui pouvait atteindre les 90 kg. Sa capacité crânienne était d’environ 1000/1150 cm³ contre les 1350 cm³ de l’homme moderne. L’Homo Antecessor était déjà droitier, chose qui le diversifie des singes. Il avait une capacité auditive semblable à cette de l’Homo sapiens, et on présume qu’il était déjà en mesure d’utiliser d’un langage au moins symbolique, et qu’il était capable de raisonner.

En 1972, Francesco Di Giacomo et Vittorio Nocenzi ne pouvaient pas encore savoir ce qu’il en est du Quaternaire Olocène. Les découvertes d’Atapuerca autour de l’Homo Antecessor sont récentes, elles remontent à 1994 et 1995. Il peut se faire que les « 750 000 ans », auxquels ils firent remonter leur histoire d’amour, avaient été simplement inventés. L’ hominidé d’il y a 750 000 ans n’était pas du tout un grand singe sans raison, il était déjà glabre, et sa lèvre n’était déjà plus inerte, elle pouvait déjà dire ou exprimer quelque chose. Peu importe ; tout ceci n’ajoute et n’enlève rien à la chanson du Banco del Mutuo Soccorso, qui est peut-être l’unique chanson au monde où ce très humain désir d’amour, et d’amour physique, est daté d’une époque aussi lointaine. Avec mon célèbre frère aîné, qui en 1972, avait déjà dix-sept ans (j’en avais neuf), ça fait 45 ans que je connais cette chanson et cet album, dont j’ai encore une cassette originale terriblement éculée : ma préhistoire, en somme, maintenant. Il me déplaisait de ne pas la voir ici cette histoire d’amour du Moyen Pléistocène d’où, j’en suis certain, Francesco Di Giacomo, Homo Digiacomensis, faisait en quelque sorte partie avec sa voix catapultée dans le monde d’aujourd’hui peut-être de ce lointain. Et avec son humanité merveilleuse, avec sa discrétion, avec son intelligence. Si je devais dire quel artiste italien me manque davantage, il serait parmi les premiers.

Toujours selon la science, l’Homo Antecessor pratiquait gaiement le cannibalisme. Peut-être si l’individu de la chanson avait réalisé son désir de posséder la belle Mulier Antecessor au corps clair et aux larges flancs. Peut-être, qui sait, s’il ne l’aurait pas mangée, ou été mangé par elle. Comme, au fond, settecentocinquantamila ans après. Bonne écoute, en ce dernier jour d’été, ou premier d’automne, comme vous voulez. [At-XXI]


Dialogue maïeutique


Comme tu as pu l’entendre et le comprendre des explications données par l’A.T. XXI (l’athée du 21e siècle ?), c’est une histoire d’amour assez antique. Peut-être tellement antique que, même toi, Lucien l’âne mon ami, tu n’étais pas encore né quand elle s’est produite – oui, oui, même si ce n’est pas vraiment ce que dit la chanson, elle s’est produite ; il fallait bien, sinon comment cette espèce d’homos se serait-elle reproduite ? On ne peut quand même pas y voir la main du Saint-Esprit ou je ne sais quelle Immaculée Conception ; ce sont fariboles bonnes pour d’ignares pudibonds. Cela dit, 750 000 ans, c’est quand même une fameuse période.

Eh bien, Marco Valdo M.I. mon ami, nous les ânes, on était déjà là et comme l’Homo en question, nous étions un peu plus rudes et un peu moins, comment dire, civilisés (?) qu’à présent. On tenait plus de l’onagre que du baudet domestiqué qu’on rencontre parfois. Cependant, rassure-toi, même si j’ai gardé certaines de mes habitudes anciennes, nous les ânes, on ne s’est jamais mangé entre nous et de façon générale, on n’a jamais mangé d’animaux, fussent-ils des « homos ». L’inverse, malheureusement, n’est pas vrai. Ainsi, nous nous tenions vraiment à l’écart de cette espèce cannibale et carnivore. On savait se défendre, tu peux me croire ; d’ailleurs, on est toujours là et moi en particulier, même si, bien des sous-espèces asines sont en voie de disparition, comme bien d’autres sur cette planète que l’humanité est en train de détruire.

Sais-tu, Marco Valdo M.I. mon ami, que le Coran traite les athées d’onagres épouvantés. Ça me paraît être une vaste carabistouille, cependant, il est vrai que les ânes, les hémiones et les onagres sont des athées têtus et bien décidés à le rester. Ce n’est pas pour rien que les paysans de Lucanie disaient : « Noi, non siamo cristiani, siamo somari », ce que je traduirais volontiers par « Nous, nous ne sommes pas des chrétiens, nous sommes des bêtes de somme ». Autrement dit, notamment, des ânes.

Maintenant que penses-tu, Lucien l’âne mon ami, de la réflexion de Lorenzo ?

Oh, dit Lucien l’âne, moi, je veux bien en penser quelque chose, mais au fait, il me faudrait d’abord savoir ce que dit Lorenzo.

Certes, tu as raison, Lucien l’âne mon ami. Eh bien, Lorenzo dit ceci : « Il serait bien de demander à Marco Valdo M.I. si ce morceau se déroule à une époque précédente à la Guerre de cent mille ans ou si La Guerre de Cent mille ans doit être retrodatée ?

Pour moi, dit Lucien l’âne et j’imagine que pour toi aussi, la réponse est simple. Il y a 750 000 ans, la Guerre de Cent Mille Ans n’avait pas encore commencé. Tout simplement, car les riches n’existaient pas ; il n’y avait que des Homos Antecessors ou peut-être, des Homos Erectus. Pour ces Homos, les choses étaient plus simples; à l’époque, on ne prenait pas le temps d’accumuler; on mangeait tout de suite le pauvre qui vous tombait sous la dent. Il faut dire que la vie était plus courte et que du coup, on n’avait pas le temps de faire de la richesse, ni même, de développer une société d’exploitation. En gros, chez les Homos de l’époque, on ne pensait qu’à manger et sans doute également, à se reproduire.

En effet, Lucien l’âne mon ami, mes pensées vont dans le même sens que les tiennes, même si personnellement, je n’ai pas vécu à cette époque légèrement éloignée.
En fait, je pense que le chiffre de 100 000 ans est trop petit ; quand je l’ai énoncé la première fois, il voulait simplement dire beaucoup, vraiment beaucoup. Mais ce pourrait aussi bien être un million ou un milliard. Qui sait ? Et puis, nul ne sait exactement quand elle a vraiment commencé cette Guerre. Bien sûr, comme tu l’as fait, on peut fixer les conditions minimales pour qu’elle existe : en gros, il faut de la richesse considérée comme l’accumulation de choses et considérée comme désirable, il faut aussi de l’ambition, il faut une bonne dose d’avidité, de ladrerie, un manque total d’intelligence du monde. Quant à sa durée dans le futur, on ne pourra pas la vérifier. Enfin, je le pense ; sauf toi peut-être, mais de toute façon, tu ne pourras jamais nous en informer. En résumé, on ne peut fixer exactement ni la date où elle a commencé, ni la date où elle finira. Il est donc assez improbable qu’on puisse en donner la durée avec précision. Dans ces conditions, en l’absence de recherches pour mettre à jour des données plus précises, on peut garder l’expression « Guerre de Cent Mille Ans », tout en sachant ce que ça recouvre.

Soit, Marco Valdo M.I. mon ami. Adoptons cette idée ; de toute façon, on pourra toujours la reconsidérer ; il n’y aura aucun inconvénient à le faire. En attendant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde accumulateur, ambitieux, peu respectueux de la vie des espèces, destructeur de la planète et cacochyme.

Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Déjà le soleil dans l’eau s’enfouit,
Ton sein danse, tu remontes la vallée
Avec ton troupeau aux puits
Désaltérer tes lèvres séchées …
Corps étendu aux larges flancs,
Je suis dans l’ombre à te regarder.
Te posséder, te posséder, oui te posséder !

Et je retiens mon souffle,
Si tu me voyais, tu fuirais…
Et dans la terre, je prends
L’argile rouge pour cacher mon visage,
Mais je voudrais, juste un instant,
Te serrer contre moi ici sur ma poitrine,
Mais je ne peux pas, tu fuirais, tu me fuirais !

Te posséder, je ne peux pas, je ne peux pas,
Je ne peux pas, tu fuiras.
Te posséder, moi je ne peux pas…
Même pour une seule fois.

Si être mienne tu voulais,
De gouttes d’eau, ton sein je couvrirais,
Sous tes pieds, j’étendrais
Des voiles de vent et des feuilles
Corps clair aux larges flancs,
Je te porterais dans le vert des champs
Et je danserais, je danserais avec toi sous la lune.

Je le sais, mon esprit veut
Mais ma lèvre inerte, dire ne peut.
Le ciel devient tout noir,
Tu t’éloignes, reste encore à boire…
Mienne vraiment ! Ah, si c’était vrai !
Mais que suis-je, moi ? Un grand singe,
Sans raison, sans raison, sans raison,
Tu fuirais, tu fuirais,

Un grand singe !
Un grand singe, un grand singe, sans raison !
Tu fuirais
 !

jeudi 21 septembre 2017

Juste un homme

Juste un homme


Chanson française – Juste un Homme – Marco Valdo M.I. – 2017




Juste un homme




Petite notice récapitulative : il y a un certain temps, en deux temps en 2005 et en 2009, j’avais écrit, puis publié une chanson intitulée « Sto benissimo ! Je vais très bien ! ». Je l’ai parcourue récemment et il m’est apparu qu’elle ne disait qu’une partie des choses ; je l’ai donc revue, j’y ai ajouté une dernière tranche et j’en ai fait une chanson nouvelle avec un titre nouveau « Juste un homme », qui n’est pas sans donner une réponse contemporaine à la question de Primo Levi : « Se questo è un uomo » – « Si c’est un homme », car c’est la même question qui se pose ici ; et aussi, à son autre question « Se non ora, quando ? » – « Si pas maintenant, quand ? », qui doivent être réinsérée dans le courant du temps et être posées à tous les niveaux de la Guerre de Cent Mille Ans, même et surtout aux niveaux les plus modestes, les plus minuscules, à l’intérieur-même de l’être ; comme on le sait, cette Guerre a mille facettes, cette Guerre trouve ses prolongements jusque dans la vie quotidienne. Nous sommes à l’ère de la généralisation de la devise libérale : « Arbeit macht frei ! ».

On connaît tous de ces gens, de ces athlètes du travail, de ces marathoniens de l’effort, de ces acharnés de l’activité, de ces malades atteints d’un cancer du lucre, de ces accros de la calculette, du téléphone et de l’ordinateur, de ces stakhanovistes du capital, de ces fétichistes de l’action et des bourses, de ces obsédés du rendement et de ces tueurs de coûts qui s’agitent tellement qu’ils suent le « burnout ». Au passage, je rappelle cette élégante expression coloniale : « faire suer le burnous » qui exprimait finement qu’il fallait faire crever de travail les Maghrébins, qu’il convenait d’exploiter au maximum le personnel indigène. Paradoxalement, en dépit de la disparition des colonies, cette loi d’airain est de plus en plus appliquée là-bas dans le Sud, mais aussi, ici, aux « nouveaux travailleurs » de notre ère de prospérité déséquilibrée.

Il faut reconnaître également que pour assurer la croissance éternelle, ces messieurs s’appliquent à eux-mêmes ces tourments jusqu’à s’y brûler les ailes et le reste. Précisément, en angliche, « Burn out ». Un esprit espiègle y entendrait : « Burnes out », traduction : génitoires à sec, couilles plates et il ne se tromperait pas, me susurre mon ami Jean, médecin de son état.

Ces gens-là, Monsieur, se soignent à l’autoconviction, à l’autoconditionnement : Je vais bien, je vais très bien, disent-ils, et ils en meurent. Enfin, s’ils n’en meurent pas tous tout de suite (et c’est bien dommage!), tous en sont frappés là où disait l’esprit espiègle.

Le travailleur de base (ancien ou nouveau), lui, fait moins de chichi. Il maintient la façade, sous peine de perdre son emploi, mais il sait qu’il est toujours éreinté par un travail qui dans le meilleur des cas, l’indiffère et qu’à la vérité, la plupart du temps, il déteste.
Et puis, un jour, la bulle éclate et il crie la vérité : Je suis mal, très mal. Ils me prennent pour un élément, pour une chose, pour un rouage. Ici, il crie : « je ne suis pas un élément, je ne suis pas une pièce d’auto, un morceau de radiateur ».

C’est le début d’une libération; elle commence par la dénonciation, elle naît dans la haine et finit dans l’affirmation de soi, dans la révélation de la conscience d’être un homme, dans l’idée qu’il y va de la dignité, de la conscience et de la vie elle-même.
Alors, s’achève le temps des plaît-il maître, ainsi finit le temps des courbettes et de l’acceptation.

Du coup, notre personnage va mieux, beaucoup mieux et le refrain soudain devient vérité : il va très bien, benissimo. Mais c’est encore une illusion, induite par la nécessité de donner une « bonne image de soi », de développer un nouveau versant de la « méthode Coué », où le placebo est remplacé par des incantations. Là s’arrêtait la version ancienne ; elle s’y arrêtait ironiquement, c’était évident.
Mais il convient parfois de mettre des points sur des « i » et de dire le « non-dit », le « sous-entendu », car il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre et on ne voit que ce qu’on veut bien voir ou que ce qu’on veut ne pas se dissimuler. À l’échelon de la personne, se pose alors une question de santé mentale et surgit la nécessité de la vérité regardée en face et de l’acte de libération. C’est la seule voie possible de guérison.

Et là, commence la révolte : « Non siamo più cose, ma protagonisti ! » « Ne soyons plus des choses, mais des protagonistes ! » ; c’est une sentence de résistance énoncée par Carlo Levi dans le premier bulletin de la Filef (Fédération internationale [italienne] des Travailleurs et de leurs familles), dont il était le fondateur. Avec ce cri de révolte, l’esclave prend le chemin de la résistance ; il ne le quittera plus. Il redevient alors « Juste un homme ».
Peut-être, un jour, au passage, au détour d’un sentier, près d’un étang nommé Walden, rencontrera-t-il un promeneur ou une sorte de coureur des bois, qui le confirmera dans sa nouvelle dignité d’homme libre.

Ora e sempre : Resistenza !

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.



Très bien ! Très bien !
Je vais très bien !
Je le dis ! Je le dis !
Je le suis ! Je le suis !
Mais ce n’est pas vrai,
Ce n’est pas vrai !
Je vais mal, très mal !
Je suis normal !
Je suis un élément ! Un bon élément !
Qu’ils disent. En somme,
Bien calculé : Un bon élément !
Au lieu de dire homme,
D’user du mot personne,
Ils disent élément !
Pour eux, on est une chose anodine,
Une machine,
Un radiateur,
Ou un morceau de moteur.

Au lieu d’hommes,
Ils veulent des éléments.
Plus des hommes,
Des éléments, des documents,
Documents, documents,
Plus des hommes
Des documents,
Des documents,
Nous sommes en somme,
Des objets, des instruments,
Mais plus des hommes,
Rien que du néant.
Je les hais, je les hais,
Ces monstres !
Ces monstres et leurs secrets,
Je les hais !
Ce sont de vrais monstres.
Je les hais ! Je les hais !

Très bien ! Très bien !
Je vais très bien !
Je le dis ! Je le dis !
Je le suis ! Je le suis !
Très bien ! Très bien !
Je vais très bien !
Je le dis ! Je le dis !
Je le suis ! Je le suis !
Mais ce n’est pas vrai,
Ce n’est pas vrai !
Je vais mal, très mal !
Très mal ! Très mal !
C’est normal,
Je suis normal !
C’est évident, en somme :
Je ne suis plus un homme.
Je suis un instrument,
Juste un élément.

Pas très bien ! Pas trop bien !
Je ne vais pas trop bien !
Du lundi au lundi !
Je le dis ! Je le dis !
Très mal ! Très mal !
Je vais très mal !
Je le sais ! Je le sens !
Je le sens ! Je le ressens !
Ça doit cesser !
Ça doit changer !
Fini d’accepter !
Fini de m’incliner !
Je redeviens un homme,
Seulement un homme.
C’est évident en somme :
J’ai des bras, j’ai des mains,
Je suis un être humain,
Juste un homme !